Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

vendredi 30 mars 2018

« Le Livre de la jungle » par Zoltan Korda


Arte diffusera le 1er avril 2018 « Le Livre de la jungle » (Jungle Book, Das Dschungelbuch) réalisé par Zoltán Korda (1942) et produit par Alexander Korda d’après le roman The Jungle Book de Rudyard Kipling (1894). « Librement adapté du chef-d'œuvre de Rudyard Kipling, un enchantement pour petits et grands ». 

Trois frères Korda figurent au générique du film « Le Livre de la jungle » : Alexander (1893-1956) à la production, Zoltán (1895-1961) à la réalisation et Vincent (1897-1979) à la direction artistique.

Les frères Korda, nés Kellner, sont nés dans une famille juive en Hongrie, alors dans l’empire austro-hongrois.

Ils ont débuté une carrière cinématographique en Hongrie.

Après avoir servi dans l’Armée hongroise comme officier de la cavalerie, Zoltán (1895-1961) travaille comme scénariste. Il a réalisé son premier film en Hongrie en 1918, et trois films muets, dont un en Allemagne (1927) avant son départ pour Londres.

Zoltán Korda y réalise Men of Tomorrow (1932).

En 1935, Sanders of the River (1935), avec Paul Robeson et Leslie Banks associe succès public et critique, et lui procure la première de ses quatre nominations dans la catégorie du Meilleur film au Festival du film de Venise, ou Mostra. En 1937, avec Robert Flaherty, il remporte le Prix du Meilleur réalisateur pour Elephant Boy, avec Sabu alors âgé de douze ans.

Il réalise des films d’aventures, dont The Four Feathers en 1936 avec Sir Ralph Richardson.

Alexander Korda est actif à Londres et en France où il réalise en 1931 Marius, d’après la pièce de Marcel Pagnol.

En 1940, ces trois frères ont quitté Londres pour Hollywood. Là, avaient été achevés deux de leurs films au tournage débuté en Angleterre : The Thief of Bagdad (Le Voleur de Bagdad), dont Zoltán Korda est producteur exécutif, et That Hamilton Woman.

Alexander Korda, qui a emprunté 300 000 $ à United Artists, crée sa société de production Alexander Korda Films Inc. Celle-ci produit Le Livre de la jungle.

Si Zoltán voulait une histoire réaliste, Alexander prônait une fantaisie foisonnante. Et finalement, c’est cette dernière option qui a prévalu.

« Dans un petit village de l'Inde britannique, le vieux conteur Buldeo raconte l'histoire de Mowgli. Enlevé par un tigre, le jeune garçon a échappé à la mort grâce à une meute de loups qui a pris soin de lui comme s'il était l'un des siens. Des années plus tard, Mowgli, devenu grand, retrouve le monde des hommes… »

« Dans une Inde de contes de fées, l'étincelante adaptation du chef-d'œuvre de Rudyard Kipling par Zoltán Korda (1895-1961). Bénéficiant de moyens hollywoodiens, celui-ci retrace l'incroyable aventure du jeune Mowgli, interprété par l'enfant-star Sabu (« Elephant Boy », « Le voleur de Bagdad »), avec une débauche de couleurs, d'animaux (qui parlent !) et de décors ».

Le film « Le Livre de la jungle » s’avère un succès commercial, mais critiqué pour la liberté de l’adaptation jugée trop libre de Laurence Stalling.

Il a été sélectionné dans quatre catégories aux Oscar, dont Meilleurs effets spéciaux, meilleur décor.

Il est distribué en France en 1945, après la libération du joug nazi.

Il est inscrit dans le catalogue de l’American Film Institute.
   
Zoltán Korda réalise sept autre films dont Sahara (1943) avec Humphrey Bogart, A Woman's Vengeance (1947) avec Charles Boyer et  Jessica Tandy ainsi qu’un film anti-apartheid Cry, the Beloved Country. Sa carrière est affectée par son combat contre la tuberculose.


« Le Livre de la jungle » par Zoltan Korda
Etats-Unis, 1942
Sur Arte les 1er avril 2018 à 9 h 25, 27 avril 2018 à 13 h 35
Image : W. Howard Greene, Lee Garmes
Musique : Miklos Rozsa
Production : Alexander Korda Films
Producteur/-trice : Alexander Korda
Scénario : Laurence Stallings
Acteurs : Sabu, Joseph Calleia, John Qualen, Frank Puglia, Rosemary De Camp, Patricia O'Rourke, Ralph Byrd, John Mather, Noble Johnson
Auteur : Rudyard Kipling

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Les citations sont d'Arte.

L’âge d’or des sciences arabes


L’Institut du monde arabe a présenté l’exposition L’âge d’or des sciences arabes. D’amalgames en occultations, cette exposition véhiculait moultes mythes et idées choquantes, voire dangereuses. Le "13e Colloque Maghrébin sur l’Histoire des Mathématiques Arabes (COMHISMA 13) aura lieu les 30 -31 mars et 1e avril 2018 en Tunisie."
  

En 2006, l’Institut du monde arabe (IMA) évoquait « l’âge d’or de la civilisation arabo-musulmane (VIIIe-XVe siècle) » dans une exposition didactique, riche de 200 pièces rares, accompagnée d’un beau catalogue publié par les éditions Actes Sud, d’une jolie synthèse dans la collection Découvertes de Gallimard, d’un livret destiné à la jeunesse et d’un CD-Rom coédité avec TF1 Video contenant « Terres d’islam », un film de Robert Pansard-Besson.

« La civilisation de l’islam s’est emparée de toutes les branches du savoir intellectuel et technique et a réalisé des découvertes importantes dans différents domaines de la science. Les savants des pays d’islam ont d’abord étudié et assimilé, puis prolongé d’apports nouveaux les disciplines pratiquées dans les civilisations antérieures en ayant recours à la science expérimentale et en défrichant des domaines et des techniques qui ne se constitueront que bien plus tard en Europe. Une langue commune, l’arabe, la prospérité de l’empire dont l’ampleur du territoire (de l’Espagne à l’Inde) a favorisé les échanges, le mécénat des califes et des princes, une tendance à la liberté de pensée et un esprit de tolérance, sont autant de facteurs qui ont permis de faire progresser le patrimoine scientifique universel », indique le dossier de presse.

A l’heure où politiciens et intellectuels débattaient des méfaits de l’impérialisme français et de la mondialisation, une telle ode à « l’empire arabe » et au libéralisme de ces « pays d’islam » surprend. 

Et l’expression de « sciences arabes » choque car elle contredit les principes mêmes des sciences et leur caractère universel.

Parasitée par la diffusion de films en vis-à-vis, la scénographie claire distingue quatre thèmes principaux : « le temps et l’espace », c’est-à-dire le contexte géo-politique, « le ciel et le monde » - astronomie, cartographie, astrologie -, « le monde du vivant et l’homme dans son environnement » - la médecine, la chirurgie, la pharmacopée, la botanique, la zoologie, l’art vétérinaire, la chimie, l’optique et la mécanique – et les rapports entre « les sciences et les arts : l’architecture, la musique, les automates, les arts décoratifs développés grâce aux sciences ».

A voir, un astrolabe d’Espagne – « instrument utilisé pour calculer l’heure, déterminer la position des objets célestes et faire des mesures » - datant de 1300 et comportant une inscription judéo-arabe.

De plus, est occulté l’apport des Juifs, non nommés dans l’exposition, et est minoré celui des Chrétiens, tel le traducteur Ishâq Hunayn (m. 910), dans l’essor des sciences ainsi que leur statut de dhimmis auxquels ils étaient soumis et qui contredit cette description idyllique de tolérance véhiculée par l’exposition.

En outre, l’absence de distinction entre « arabe » - peuple conquérant - et « musulman » - fidèle de l’islam - gêne la compréhension de cet âge d’or.

De même, on saisit mal les raisons pour lesquelles cet âge d’or a pris fin. Ce qui n’aide pas à trouver les voies permettant un nouvel essor de ces sciences dans le monde musulman sous l’impulsion de « promoteurs d’une nouvelle modernité ».

Des questions demeurent : les différents courants de l’islam ont-ils eu une approche différente des sciences ? Ces « terres d’islam », libérées notamment par la Reconquista, ont-elles vocation à le redevenir ? 

Les 20e Rendez-vous de l’Histoire à Blois (4-8 octobre 2017), dont le thème est EURÊKA Inventer, Découvrir, Innover, ont organisé la conférence d’Alexandre Moatti, ingénieur en chef des Mines, chercheur associé à l’université Paris-Diderot (SPHERE UMR 7219), intitulée Islam et science : antagonismes contemporains.

« Dans le cadre de ses travaux sur l’histoire de la critique de la science et l’alterscience, Alexandre Moatti examine les ressorts d’une opposition à une science dite “occidentale” par certains penseurs islamiques contemporains – certains prônant une « science islamique ». Certains de leurs arguments sont repris et amplifiés sur internet dans des discours radicaux fort éloignés du savoir académique. L’auteur soumet à discussion, sur la base du corpus qu’il a analysé, le concept de “concordisme” (intrication des discours entre science et religion), qu’il voit plus riche et mieux adapté que le terme “créationnisme(s)”.

Le "13e Colloque Maghrébin sur l’Histoire des Mathématiques Arabes (COMHISMA 13) aura lieu les 30 -31 mars et 1e avril 2018 en Tunisie. COMHISMA 13 marque notre désir de maintenir la tradition instituée il y a plus de trente ans visant à prendre connaissance de l’avancement des recherches sur l’histoire des mathématiques arabes et d’offrir aux chercheurs maghrébins un espace de rencontre entre eux et de confrontation de leurs travaux avec ceux de leurs collègues étrangers, notamment :
en rapportant les découvertes, l’édition et la traduction de manuscrits.
en mettant à sa juste place les contributions de l’Occident musulman dans la construction de l’édifice mathématique.
en explorant les liens entre les mathématiques et les autres domaines de la connaissance et, en particulier, leurs applications.
en analysant les traditions d’enseignement des mathématiques dans la civilisation arabo-islamique.
 Thèmes du colloque
1. Mathématiques et Astronomie
2. Mathématiques Appliquées
3. Histoire de l’enseignement et de la circulation des mathématiques arabes.
4. Mathématiques et société
5. Les mathématiques récréatives
Président du Comité scientifique international : Ahmed Djebbar
Comité local d’organisation
Béchir Kachoukh (Président d’honneur)
Mahdi Abdeljaouad
Faouzi Chaabane
Marouane Ben Miled
Hmida Hedfi
Taoufik Charrada et Salma Elaoud (Association Tunisienne des Sciences Mathématiques)
Mounir Dhieb et Rahim Kouki (Association Tunisienne de Didactique des Mathématiques)
Makkia Dammak (Association des Femmes Tunisiennes Mathématiciennes)
Saloua Aouadi (Mediterranean Institute for the Mathematical Sciences)"


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Cet article avait été publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 3 octobre 2017.

Thé, café ou chocolat ? L’essor des boissons exotiques au XVIIIe siècle


Le Musée Cognacq-Jay Musée du XVIIIe siècle de la Ville de Paris a présenté l’exposition éponyme assorti d’un magnifique catalogue, d’un livret d’accompagnement didactique et d’une application sur Apple store et Play store. Une succincte « histoire illustrée de l’essor de trois boissons exotiques devenues aujourd’hui indispensables à notre quotidien ». On peut regretter l’absence de toute mention sur le rôle des Juifs dans cette histoire. Le 29 mars 2018 à 13 h, Arte diffusera, dans le cadre de ARTE Regards, "Chocolat : le commerce équitable est-il possible ?" (Re: Schokolade ohne Reue - Ist fairer Genuss möglich?), documentaire (Allemagne, 2018, 30 minutes). 

« Point de maison bourgeoise où, à dîner, l’on ne vous présente du café. Point de fille de boutique, de cuisinière, de femme de chambre, qui, le matin, ne déjeune avec du café au lait. Ce goût […] a passé même jusqu’aux dernières classes du peuple. » (Le Grand d’Aussy, Histoire de la vie privée des Français, depuis l’origine jusqu’à nos jours, 1782) 

« Louées pour leurs vertus médicales et thérapeutiques », sources d’interrogations pour l’Eglise – breuvages aux bienfaits médicaux ? Elixir distillant le plaisir gustatif ? - , les boissons dites « exotiques » sont introduites durant la seconde moitié du XVIIe siècle en Europe. « Objets de curiosité, les plantes et produits exotiques sont des cadeaux diplomatiques précieux, dans une cour fascinée par les coutumes orientales. Consommées alors en tant que « liqueurs » ou boissons chaudes, ces trois composantes indissociables des repas » – thé, café, chocolat – « sont considérées en France comme des produits de luxe au moment de leur arrivée ». La « consommation des boissons issues du cacaoyer, du caféier et du théier – plantes exogènes à l’Europe – ont fait partie intégrante des usages de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie dès leurs introductions officielles auprès des cours d’Europe ».

Les boissons dites « exotiques » doivent « leur développement au succès qu’elles rencontrent d’emblée à la cour de Louis XIII puis de Louis XIV, dont les épouses, originaires de la Cour d’Espagne, sont de ferventes amatrices de chocolat. En tant que matière importée, leur coût d’achat classe aux XVIIe et XVIIIe siècles le thé, le café et le chocolat parmi les produits de luxe et de prestige ».

Ces boissons dites « exotiques » ont été « associées aux plaisirs et aux sociabilités du XVIIIe siècle ». Rapidement « à la mode », ces nouvelles boissons sont adaptées au goût européen, font découvrir aux palais des Européens des modes de préparation spécifiques ainsi que de nouvelles saveurs, et inspirent un « art de vivre », une sociabilité à la française. Elles suscitent ensuite l’apparition de mobiliers et de « nécessaires » ou « services » produits dans les manufactures et adaptés à leur dégustation : théière, cafetière et chocolatière à anse verticale ou horizontale, tasse, moulin à café... 

Leur consommation ne s’est pas seulement matérialisée dans l’apparition de mobiliers, mais elle a aussi généré « de nouveaux lieux de consommation publique - les cafés, qui fleurissent à la fin du XVIIIe siècle -, et de nouvelles pratiques de table, tels le petit déjeuner et le goûter, qui se diffusent progressivement dans la société".

Organisée autour de trois thématiques – « Vertus et dangers des boissons exotiques », « Cercles de consommation » et « Nouveaux services » –, l’exposition du Musée Cognacq-Jay, abrité dans l’hôtel de Donon, « propose une nouvelle lecture de ces breuvages entrés dans les rituels du quotidien, en présentant des œuvres de nombreux artistes emblématiques du XVIIIe siècle comme Boucher ou Chardin mais aussi plus de 120 objets ; tasses, litrons, trembleuses, théières à pâtes, cafetières-verseuses ou gobelets-cornets à deux anses… » Elle se déroule en quatre salles : « Des exotismes dans la tasse », « Des vices, des vertus et des spécialistes », « Cercles de consommation », et « A la recherche des formes les plus adaptées ».

Dans le catalogue « raffiné, gravures, œuvres peintes et services manufacturés illustrent la préparation de ces boissons, leur consommation, publique ou privée et, à travers des objets issus du commerce d’importation, le goût pour l’Orient, commentés par un historien de la gastronomie, un spécialiste de la porcelaine et un conservateur du Patrimoine ». 

Boissons exotiques en France
Le chocolat
Aztèques et Mayas appréciaient le chocolat qu’ils associaient à des divinités de la fertilité. 
En 1524, le conquistador Hernán Cortéz amène à Charles Quint, roi de Castille et empereur romain germanique, des fèves du cacaoyer, amères, qui demeurent jusqu’au XVIIe siècle sous monopole de l’empire des Habsbourg. Prisé de la cour, de l’aristocratie et du clergé espagnols, le chocolat est aussi consommé dans les Pays-Bas espagnols.
Ce sont des Juifs sépharades, marranes, conversos ou « nouveaux chrétiens », qui, fuyant l’Inquisition en Espagne et au Portugal, amènent  à l’aube du XVIe siècle, le chocolat dans le sud de la France. A Bayonne, dans le pays Basque, ils s’installent dans le quartier Saint-Esprit, sur la rive droite de l’Adour. Les épithètes dont les affublent les Bayonnais révèlent l’accueil, pas toujours enthousiaste, qui leur fut réservé : « Nation », « Nation juive », « Nation portugaise », « les étrangers ». Locataires des chanoines, ces entrepreneurs Juifs maîtrisent toute la chaîne de fabrication du chocolat : de la sélection des fèves à leur mélange avec des sucres, cannelle, vanille, poivre et clous de girofle pour atténuer l’amertume du chocolat, via la torréfaction des fèves. Malgré les interdictions qui les frappent – prohibition de la propriété d’une boutique et de l’exercice du commerce de détail, lourds impôts spécifiques, etc. -, ils parviennent à développer leur activité, et contribuent à l’essor de Bayonne. Leurs liens avec Amsterdam favorisent leur commerce des fèves de cacao et des épices. Après avoir transmis leur expertise aux Bayonnais chrétiens, ils affrontent les tentatives de ces derniers pour éliminer cette concurrence juive, évincer les Juifs de l’activité chocolatière. En 1761, la création d’une corporation de chocolatiers, dotée de statuts visant à éliminer tout postulant donc membre juif, s’avère l’étape cruciale dans l’ostracisme des chocolatiers Juifs. Ceux-ci portèrent leur différend devant l’intendant d’Auch, qui le confia au subdélégué à Bayonne, M. Moracin. Celui-ci conseilla en 1766 de supprimer la « jurande » (corporation) des chocolatiers. Les Juifs demandèrent, et obtinrent en 1768 l’autorisation de s’établir à Bayonne intra muros et la pratique du commerce de détail. Au XVIIIe siècle, la majorité des habitants du quartier de Saint-Esprit sont Juifs, ce qui représente 2 500 à 3 500 personnes. La Révolution française et l’Empereur Napoléon 1er leur confèrent des droits, dont la citoyenneté. Parmi les Juifs célèbres de Bayonne : Abraham Auguste Furtado, maire de la cité, et les frères Gomez – Louis (Bayonne, 1876 — Larressore, 1940) et Benjamin (Bayonne, 1885 — Bayonne, 1959)  - , architectes qui marquent de leur style « régionaliste néo-basque » l’urbanisme et la décoration d’intérieur des côtes basque et landaise.
Des faits évoqués par le musée Basque et de l’histoire de Bayonne et lors de l’hommage rendu en 2013 par Bayonne à ses premiers chocolatiers.
La « culture et les secrets de fabrication » de fèves de cacao se propagent rapidement dans toute l’Europe et dans les colonies des autres puissances européennes ».  
Ainsi, Benjamin d’Acosta de Andrade, converso portugais, retourne au judaïsme à son arrivée en Amérique centrale. A la Martinique française, il établit deux plantations de sucre, et la première usine moderne traitant le cacao au monde. Grâce à son réseau familial et relationnel avec des Juifs sépharades en Europe, notamment à Amsterdam, il exporte le cacao. Grâce à son activité, et celle d’autres Juifs sépharades, le chocolat devient la principale exportation de l’île antillaise. Expulsés de l’île française, les Juifs s’installent dans l’hollandaise Curaçao et dans la Jamaïque anglaise pour y poursuivre leur activité. La part des Juifs dans le commerce chocolatier périclite au XVIIIe siècle face à la rivalité du chocolat africain, moins onéreux. 
Les « deux mariages royaux franco-hispaniques (Louis XIII et Anne, Louis XIV et Marie-Thérèse) permettent à cette nouvelle boisson qu’est le chocolat chaud d’être connue à la cour du roi de France ». Adouci par le miel, la vanille et l’eau de fleurs d’orangers, le chocolat conquiert les papilles d’une élite fortunée.
Bien que le roi Soleil Louis XIV ne l’ait pas apprécié, le cacao « commence à être cultivé dans les Antilles françaises dans ces mêmes années et la première cargaison officiellement française de fèves est livrée à Brest en 1679 ».
Au XVIIIe siècle, les crypto-juifs et conversos du Mexique introduisent le chocolat dans le rite juif. En raison de la rareté du vin, ils débutaient le chabbat par ce breuvage chaud, et ont ajouté ce breuvage avec les œufs bouillis pour le repas des shivas, lors du deuil.
En Amérique coloniale, ce sont deux familles sépharades, les Gomez de New York et les Lopez de Rhode Island, qui produisent et commercialisent le chocolat.
En 1832, Franz Sacher, apprenti juif de 16 ans de Vienne, inventa pour le prince Klemens Wenzel von Metternich le sachertorte, gâteau rond constitué de deux couches de pâte génoise au chocolat séparées par une fine couche de confiture d’abricots, et entièrement couvert d’un glaçage de chocolat noir. Son fils Eduard fonda l'Hôtel Sacher de Vienne mondialement renommé pour cette spécialité pâtissière.

Le café
Vers 1550, les premiers cafés ouvrent à Constantinople, puis à Damas, La Mecque et Le Caire. En 1553, un rabbin cairote David ibn Abi Zimra déconseilla à ses coreligionnaires les cafés, et les invita à consommer le café chez eux. En 1632, un Juif ouvre un café à Livourne. En 1650, « Jacob le Juif », un Libanais, fonde le premier café à Oxford.
Des commerçants juifs, grecs et arméniens ont introduit le café en Hollande et en France.
Des autorités allemandes tentèrent de restreindre le commerce juif ducafé, par crainte de la concurrence à l’égard de leur industrie florissante liée à la bière. 
« Si les tout premiers consommateurs de café sont des voyageurs revenus avec dans leurs bagages les matières premières et les ustensiles de préparation, à titre de curiosités dans les années 1640 », l’usage du café « se répand essentiellement durant les décennies suivantes dans le milieu des marins ayant connu les escales orientales ».
En 1669, un événement majeur survient, conférant au café une place spécifique : l’« ambassade » de Soliman Aga Mustapha Raca, émissaire de Mehmet IV, sultan de l’Empire ottoman, suscite « la curiosité de l’aristocratie en accueillant ses hôtes à la mode turque : « De jeunes et beaux esclaves, habillés d’un riche costume turc, présentaient aux dames de riches serviettes damassées garnies de franges d’or et servaient le café dans des tasses de porcelaine fabriquées au Japon. » 
Cet « évènement marque la conquête de cette boisson noire, décoction de graines de café torréfiées » pour exalter leur arôme, « sucrée à convenance et servie dans des pièces de porcelaine chinoise et d’orfèvrerie ». 
Les « maisons de café qui ouvrent à Paris dans les années suivantes répondent à l’engouement pour cette boisson énergisante qui stimule l’intellect », et les discussions entre révolutionnaires.
A Francfort, les marchands chrétiens s’efforcent de réduire la part des Juifs dans le commerce du café. Une boisson étudiée par les rabbins allemands.
Au XVIIIe siècle, les cafés, lieux de socialisation, de lectures de journaux et de débats, se multiplient à Berlin, Vienne, Budapest et Prague. A Vienne, ils sont particulièrement fréquentés par l’intelligentsia juive : Stefan Zweig, Alfred Alder, Theodor Herzl.

Le thé
Au XVIe siècle, les commerçants portugais importent le thé de Chine en Europe. Ce sont les Jésuites qui l’introduisent en France comme plante digestive.
En raison de « son mode de préparation simple par infusion », le thé « ne rencontre pas le même succès ». En effet, il ne pénètre « dans les pratiques européennes qu’en suivant le développement de la route maritime des Indes sous l’impulsion des Anglais. Avec un commerce contrôlé par ses ennemis, la France ne manifeste qu’un intérêt modéré pour le thé, lourdement taxé et donc excessivement coûteux ». 
Cette « boisson aurait pourtant pu constituer le pendant de l’expérience du café, mais il faut attendre la seconde moitié du XVIIe siècle pour constater un succès dans les élites aristocratiques, grâce à l’adoption progressive de codes vestimentaires, gustatifs ou décoratifs provenant d’Angleterre ».
Philanthrope Juif pieux, actif dans la communauté « Baghdadi » de Bombay – Magen David - et Pune – Ohel David -, David Sassoon (1832-1964) a fondé un empire commercial  il vendait l’opium et le coton indiens en Chine contre de l’argent, du thé et de la soie chinois, qu’il exporait en Angleterre. Les bénéfices servaient à financer son activité - en Asie du sud-est, en Inde et en Chine, et en Angleterre.

Vertus et dangers des boissons exotiques

« Je déjeune rarement et si je le fais, je ne prends qu’une tartine au beurre. Je ne puis souffrir toutes les drogues étrangères ; je ne prends ni chocolat, ni thé, ni café […] » (Lettre de la Princesse Palatine, 26 février 1716)
« Je peux vous dire, ma chère enfant, que le chocolat n’est plus avec moi comme il l’était. La mode m’a entraînée comme elle le fait toujours. Tous ceux qui m’en disaient du bien m’en disent du mal. On le maudit, on l’accuse de tous les maux que l’on a. Il est la source des vapeurs et des palpitations, il vous flatte pour un temps puis il vous allume tout un coup d’une fièvre continue qui vous conduit à la mort. » (Lettre de la Marquise de Sévigné à Mme de Grignan, sa fille, le 15 avril 1671)
De la thèse médicale…
« Alicaments » pour les uns, générateurs de maux corporels pour les autres, les variations d’attitude de la Marquise de Sévigné et de la Princesse Palatine, tantôt amatrices, tantôt détractrices du café et du chocolat, illustrent les nombreux débats qui naissent sur l’intérêt de consommer ces boissons. Ils opposent d’un côté les qualités thérapeutiques, nutritives et stimulantes, aux dangers moraux voire physiques que ces dernières peuvent engendrer ».
Si « plusieurs positions de thèses médicales monographiques se consacrent à cet examen entre 1650 et 1670, il faut attendre la synthèse partisane du marchand Sylvestre Dufour en 1671 puis, la publication du traité du Bon usage du thé, du café et du chocolat « pour la préservation et la guérison des maladies » du médecin Nicolas de Blégny en 1687, pour que les effets stimulants des trois boissons soient parfaitement identifiées et leurs vertus digestives et anticéphaliques reconnues ».
Le « thé y est perçu comme salutaire pour prévenir des maux de tête et de ventre et soigner les excès. Le café, dont une série de remèdes est donnée par Blégny, est réputé efficace pour lutter contre le sommeil et les fièvres, favoriser la digestion, mais également la mémorisation et la prise de décision. Le cacao quant à lui, a suscité les prises de position les plus vives. Dès le début du XVIIe siècle, il fait l’objet d’un débat religieux sur l’intérêt de le consommer durant les périodes de jeûne. Réputé favoriser la prise de poids, le chocolat est déconseillé aux sédentaires urbains, mais sa consommation est fortement encouragée auprès des enfants, des malades et des vieillards ».
Au livre de cuisine…
Parallèlement aux publications « appartenant aux corps des médecins ou des apothicaires, les livres de cuisine constituent un genre écrit à part entière qui connaît un véritable âge d’or au XVIIe siècle ». 
En effet, « dès les années 1700, les professionnels - cuisiniers, limonadiers, pâtissiers - prennent désormais la plume pour livrer leurs secrets de fabrication. Ces ouvrages documentent précisément les évolutions alimentaires liées à la « nouvelle cuisine française » : dès 1720 les cuisiniers s’orientent vers un allègement des épices, un travail plus poussé des jus et coulis ou encore le recours à la crème dans les liaisons ». 
Le « sucre, plus accessible grâce aux produits importés des plantations, progresse dans la réalisation des mets et devient souvent l’accompagnant fidèle des boissons exotiques ».

Cercles de consommation

« Le café est très en usage à Paris : il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue. Dans quelques-unes de ces maisons, on dit des nouvelles ; dans d’autres, on joue aux échecs. Il y en a une où l’on apprête le café de telle manière qu’il donne de l’esprit à ceux qui en prennent : au moins, de tous ceux qui en sortent, il n’y a personne qui ne croie qu’il en a quatre fois plus que lorsqu’il y est entré » (Charles Louis de Secondat dit Montesquieu)
« Déjà connues des apothicaires et des voyageurs, ces trois boissons doivent aussi leur développement en France au succès qu’elles ont d’abord rencontré à la cour et par voie d’imitation parmi les cercles de sociabilités à Paris, déjà perçu comme la capitale des plaisirs gourmands ». 
Elles « contribuèrent à créer de nouvelles habitudes de table et de nouveaux usages de consommation qui demandèrent un temps d’adaptation. Il fallut en effet apprendre à les confectionner, différencier les techniques de préparation, expliquer la manière de les servir et de les boire, tout en créant une vaisselle adaptée à leur dégustation ».

Les premiers préparatifs du thé, du café et du chocolat
À « l’exception peut-être du thé, dont le mode préparatoire n’était pas inconnu des Européens, la confection des nouvelles boissons exotiques demanda un apprentissage plus ou moins long et plus particulièrement celle du café et du chocolat qui se faisait en deux temps ».
Pour préparer le thé, Nicolas de Blégny explique, dans Le Bon Usage du thé, du café et du chocolat (1687), qu’il faut observer « assez de précaution dans le choix du thé » pour « distinguer ses degrés de bonté ». Ainsi le meilleur et le plus excellent a-t-il « ses feuilles petites et délicates » qui donnent à l’infusion « une teinture d’un jaune clair et verdâtre, d’un goût et d’une odeur […] agréables ». 
Si « le choix du thé n’est pas encore chose courante pour l’Occidental de la fin du XVIIe siècle, la préparation des grains de café est tout aussi complexe puisqu’elle nécessite deux étapes : la torréfaction et la transformation en poudre ». 
Auteur d’un ouvrage publié en 1692 sur l’art de diriger une grande maison, Audiger précise que l’on peut torréfier les grains dans une « poêle à fricasser » ou dans une « poêle à confiture », ou encore dans une terrine ou un plat d’argent. Puis, on place « le récipient sur une source de chaleur, tout en remuant régulièrement pour colorer uniformément les grains, jusqu’à ce qu’ils soient noirs et « de couleur de fer », tout en prenant bien garde de ne pas les brûler. Le café torréfié est ensuite transformé en poudre, soit en pilant les grains dans un mortier et en les passant ensuite au travers d’un tamis, soit en utilisant un petit moulin ou « moulinet », spécialement inventé pour moudre le café ». 
Avant de devenir une boisson, le chocolat est d’abord « une pâte qu’il suffit de râper ou mettre des morceaux de chocolat dans une eau en ébullition dans une chocolatière, ou dans une cafetière, selon le récipient à disposition. L’habitude de mousser le breuvage avec un moulinet vient des Indiens d’Amérique du Sud. La pratique s’impose en Europe et devient, notamment en France, un rituel incontournable dans la préparation et le service du chocolat chaud ».
Servir et déguster les nouvelles boissons
Au XVIIIe siècle, apparaît « une véritable spécialisation des tasses dédiées à chacune des trois boissons ». 
À la fin des années 1680, Blégny explique que « la manière et la forme des tasses à boire le thé est […] diverse et indifférente », mais qu’il est assez habituel de préférer aux « tasses ou gobelets d’argent ou de quelque autre métal que ce soit, les chiques de porcelaine ou de Fayence », car « leur bords ne brûlent jamais les doigts ». 
Le café « se fait servir sur des soucoupes de cristal, de porcelaine ou de faïence de Hollande, ainsi que sur des « porte-chiques » que l’on appelle « cabarets à café », qui sont des sortes de plateaux avec des bords relevés ». 
« Servir le chocolat est toute une cérémonie. Lorsque la boisson est prête et la chocolatière retirée du feu, l’on continue à la faire mousser avec le moulinet, pour verser la mousse dans la tasse, puis achever de la remplir avec le reste de la boisson ».
Une consommation à tous les repas 
« Objets de curiosité à leur arrivée à la cour royale, ces trois boissons exotiques apparaissent à tous les repas de la haute société quelques décennies à peine après leur introduction ». 
Les « dictionnaires publiés tout au long du XVIIIe siècle définissent précisément une diversification des types de repas associés à des moments précis de la journée. Quatre repas principaux scandent la journée : le « déjeuner, dîner, goûter, souper ». 
« Trois moments semblent toutefois privilégiés : au déjeuner - soit la collation prise au réveil -, qui se teinte de sucre avec l’introduction des boissons exotiques, en particulier le café, très prisé à cet instant, puis au « goûter », soit une pause à mi-journée et enfin le soir, après dîner ».
La consommation de ces breuvage est couronnée d’un tel succès qu’au début du XVIIIe siècle, Paris offre « plus de 300 négoces tenues par la corporation des limonadiers ».
Les cafés parisiens
La fréquentation des maisons de cafés, « manufactures de l’esprit, tant bonnes que mauvaises » selon Diderot, et les « rencontres entre proches dans les salons constituent autant d’occasions pour la consommation du chocolat et du thé, mais plus particulièrement du café, boisson stimulante très prisée des philosophes, des politiques révolutionnaires et du peuple ».
« Utilisées comme argument publicitaire pour la santé, et à cause de la multiplication des débits de boissons et salons de café à Paris, ces boissons font l’objet d’un véritable combat de corporations. En effet, le monopole de leur distribution et de leur transformation est disputé par les limonadiers, les épiciers, et, à la fin du siècle, par l’émergence d’une nouvelle catégorie professionnelle, les restaurateurs ».

Nouveaux services
« Tasse. On appelle tasse un vase dans quoi on prend le caffé, le chocolat & le thé. Elles sont ordinairement de porcelaine, mais celles à chocolat sont plus grandes et plus hautes. » (Joseph Gilliers, Le Cannaméliste français ou Nouvelle instruction à l’usage de ceux qui désirent d’apprendre l’Office)

Dans le Salon d’Hiver de Mesdames de France au château de Bellevue étaient inventoriés « deux plateaux en tôle peinte, dont un garni de huit tasses avec Soucoupes et un sucrier porcelaine de Sèvres de différents dessins l’autre composé de dix tasses avec Soucoupes, un sucrier un pot au lait et une theyere, porcelaine de Sèvres différents desseins. »

« Éclatante manifestation de l’art de vivre au XVIIIe siècle, la consommation de ces boissons chaudes connaît en France un développement qui va de pair avec celui des manufactures de porcelaine ».

En effet, de « nouveaux usages de table et instruments de préparation et de consommation spécifiques à la prise de ces boissons se développent et constituent les témoins directs des changements de modes et de goûts ».

« Actrice essentielle dans le circuit de production organisé via la Compagnie des Indes orientales, la manufacture chinoise livre de nombreuses commandes en Occident. Quand les manufactures européennes se mirent à leur tour à produire leurs propres modèles, ces derniers étaient véritablement influencés par les formes et les décorations de leurs prédécesseurs orientaux - en témoigne une pièce exceptionnelle de théière dragon produite par la manufacture de Sceaux - mais ne tardèrent pas à s’en dégager en agrémentant leurs tasses d’anse et de soucoupe ».

Grâce aux innovations techniques, est mise au point « une palette très étendue de fonds colorés (fonds jaune, bleu « lapis », bleu « céleste », violet, vert, rose ou bleu « nouveau »), et de réaliser de nouveaux motifs plus audacieux ».

Au XVIIIe siècle, la célébrité et l’excellence de la manufacture de Sèvres, fondée  à l’initiative du roi Louis XV et de sa favorite Madame de Pompadour, « dépasse largement les frontières du royaume. La manufacture est admirée et ses productions souvent imitées elles deviennent même des objets de collection. Aussi, afin de satisfaire une clientèle avide de nouveauté la manufacture de Sèvre lance en 1758, une exposition-vente à Versailles dans les propres appartements du Roi où se pressent les amateurs les plus assidus. Leur clientèle compte les grands seigneurs de la Cour, le roi, sa favorite la marquise de Pompadour et plus tard la comtesse Du Barry ».


« À l’image de ces boissons et des pratiques sociales qui leurs sont associées, les productions de céramiques, à l’origine empreintes des influences étrangères, ont progressivement adopté des critères plus spécifiquement français. Ces derniers devinrent à leur tour des modèles pour le reste du monde ».

Les décors des services ? Des scènes pastorales, maritimes, inspirées de l’Antiquité romaine, l’Amour, des paysages ruraux français ou chinois, des « turqueries », des fleurs...

CHRONOLOGIE

« 1298
Première description d’une boisson issue du thé dans Le Devisement du monde par Marco Polo (1ère édition imprimée en 1477).
1524
Cortez rapporte à Charles Quint des fèves de cacao.
1600
Création de la Compagnie anglaise des Indes orientales.
1602
Création de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.
1606
Amsterdam enregistre la première cargaison de thé noir issu de Java.
1621
Création de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales.
1644
Pierre de la Roque débarque d’Orient à Marseille avec des cerises de café et des ustensiles de préparation du café à la turque.
1660
Mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche ; la mode du chocolat est lancée à la cour.
1664
Création des Compagnies françaises des Indes orientales et occidentales.
1669
Séjour parisien de Soliman Aga Mustapha Raca, « Ambassadeur de la Sublime porte » et réception par Louis XIV ; le café se diffuse dans l’élite aristocratique parisienne.
1671
La Correspondance de Mme de Sévigné fait état des effets de mode autour des trois boissons ; première publication, attribuée à Jean Spon ou Philippe-Sylvestre Dufour réunissant les trois boissons, De l’Usage du caphé, du thé et du chocolate, mentionnant l’existence de débits de café à Paris.
1674
Ouverture du Procope.
1676
Création de la corporation des Limonadiers.
1679
Première livraison à Brest de fèves de cacao françaises produites aux Antilles.
1681
Publication de synthèse par le marchand et botaniste Philippe-Sylvestre Dufour dans son Traitez nouveaux et curieux du café, du thé et du chocolate.
1684-1686
Ambassades de Siam ; plus de 1500 porcelaines de Chine, une théière et un bol à thé en or figurent parmi les cadeaux diplomatiques reçus par Louis XIV.
1687
Première synthèse médicale sur les vertus des trois boissons exotiques par Nicolas de Blégny dans Le Bon usage du thé, du café et du chocolate.
1691
Publication de recettes de boissons et entremets réalisés à partir de thé, de café et de chocolat par François Massialot dans le Cuisinier roïal et bourgeois.
1715
Introduction du caféier sur l’île Bourbon (act. La Réunion).
1723
Monopole royal de la Compagnie des Indes orientales pour l’import du café sur le territoire français.
1725
Introduction du caféier dans les Antilles françaises.
1753
Classifications scientifiques du thé, du café et du chocolat par Carl Linné dans le Species Plantarum.
1776
Réforme des corporations ».

Recette de crème de chocolat veloutée
Vincent La Chapelle, Le Cuisinier moderne, La Haye, 1742

« Prenez une pinte de crême ; mettez-y un morceau de sucre ; mettez-y un quarteron de chocolat par morceau, & le faites bouillir. Quand votre chocolat sera bien détrempé, voyez que votre crème soit d’un bon goût et l’ôter du feu. Ensuite, prenez deux ou trois gésiers de poules ou de poulardes ; ouvrez vos gésiers, &, en prenez la peau qui referme les aliments. Otez-en les ordures, et la laver & la hacher. Etant hachée, mettez-la dans un gobelet, ou autre vaisseau, avec un verre de crème de chocolat ; observez que la crème soit tiède ; ensuite, mettez-là auprès du feu ou sur une cendre chaude ; aussitôt qu’elle est prise, mettez-là dans votre crème de chocolat & passez-là promptement deux ou trois fois par l’étamine ; ensuite, mettez un plat sur une cendre chaude ; observez qu’il soit bien droit, & y versez promptement votre crème ; couvrez ce plat d’un autre plat avec un peu de feu dessus. Votre crème étant prise, mettez-là dans un endroit qui soit frais, & vous en servez quand vous le jugerez à propos. »
Version actualisée
« Tremper 10 g de gélatine en feuille dans l’eau froide.
Chauffer 2/3 L de crème entière à petits bouillons puis verser sur 125 g de chocolat râpé ; réserver.
Essorer la gélatine puis la faire fondre dans une tasse du mélange crème-chocolat très chaud.
Mélanger avec le reste de préparation.
Mixer et faire prendre au frais ».

Éloge du café
Recueil de chansons sur l’usage du café, du chocolat et du Ratafiat

« Si vous voulez vivre sans peine,
Vivre en bonne santé,
Sept jours de la semaine,
Prenez du bon café :
Il vous préservera de toute maladie,
Sa verture chassera, la, la
Migraine et fluxion, don, don
Rhume et mélancolie.
Sa force est sans égale
Contre les maux de coeur ;
La glande pinéale
Y trouve sa vigueur ;
Quand on y met du lait il guérit la poitrine,
Au sang il donnera, la, la
Sa circulation, don, don
Dans toute la machine.
[…] »


Les 4, 5, 8, 10, 16, 21 et 22 mars 2016, Histoire diffusa L'histoire fondante du chocolat Menierdocumentaire d'Eric Bitoun : "Ce documentaire retrace l'histoire d'une réussite familiale : celle d'un modeste préparateur en pharmacie, Jean Antoine Brutus Menier, qui découvre les bienfaits du chocolat et décide de les exploiter. En 1836, la première tablette de chocolat Menier est fabriquée, c'est la première tablette de chocolat jamais produite. Elle connaît immédiatement un succès mondial. A partir de cette année-là, Jean Antoine Brutus Menier doit peu à peu laisser les commandes de l'affaire à son fils car sa santé décline. A la mort de son père en 1853, Emile-Justin va donc prendre pleinement la direction de l'entreprise et lui donner le véritable essor qui va mener à l'empire Menier, en faisant entrer le chocolat dans l'ère de la production et de la consommation de masse. Découvrez une incroyable saga familiale qui dure depuis 150 ans et percez les mystères de la fabrication du chocolat, un procédé qui a beaucoup évolué depuis le XIXe siècle".

Les 12 et 13 novembre 2016, Arte diffusa Les aventures de Robert Fortune. Ou comment le thé fut volé aux Chinois (Die Abenteuer des Robert Fortune. Wie ein Mann den Chinesen ihren Tee klaute), documentaire de Jérôme Scemla (2016, 93 min). "Au milieu du XIXe siècle, Robert Fortune s'engage dans l'une des plus grandes opérations d'espionnage industriel de l'histoire : le botaniste est envoyé en Chine par l'Empire britannique pour percer les secrets de la fabrication du thé. On dit que cet homme fait partie de ceux qui ont contribué, au XIXe siècle, à faire de la Grande-Bretagne l'une des plus grandes puissances du monde. En mission en Chine pour la Compagnie britannique des Indes orientales, le botaniste Robert Fortune n'avait qu'un objectif (qui sera brillamment accompli) : voler l'arbre à thé, percer les secrets de sa fabrication et l'implanter en Inde. Alors que l'Empire britannique s'impose au XIXe siècle comme la première puissance mondiale, notamment grâce à ses colonies indiennes, son hégémonie en Asie se heurte à l'Empire du Milieu, fermé à l'Occident. Or, la Chine détient une denrée prisée des Anglais : le thé. La Compagnie britannique des Indes orientales, redoutable entreprise capitaliste, entend briser ce monopole et produire elle-même le précieux breuvage. C'est là qu'intervient l'espion Robert Fortune : déguisé en mandarin, il s'aventure sur des terres méconnues et hostiles aux Occidentaux, parcourant des années durant le pays à pied et en bateau, des ports de Shanghai et de Hong Kong aux décors somptueux des montagnes jaunes et des monts Wuyi-Shan. Partagé entre un sentiment de danger permanent et son émerveillement pour un pays qu'il adule, Robert Fortune découvre les secrets des meilleurs thés. Il finit par introduire dans l'Himalaya près de vingt mille plants originaires des meilleurs terroirs du centre de la Chine. Le succès de sa mission marque la fin du monopole de l'Empire du Milieu, accélérant le déclin du pays, prémices de la chute de la dernière dynastie impériale".

Le Salon du chocolat se déroula du 28 octobre au 1er novembre 2017 à Paris. 


Le 29 mars 2018 à 13 h, Arte diffusera, dans le cadre de ARTE Regards, "Chocolat : le commerce équitable est-il possible ?" (Re: Schokolade ohne Reue - Ist fairer Genuss möglich?), documentaire (Allemagne, 2018, 30 minutes). "Chaque Européen en mange plusieurs kilos par an. Sucré et fondant dans la bouche, le chocolat laisse toutefois un goût amer. Pauvreté, travail des enfants et dégradation de l’environnement… : peu de gens savent quel désastre il entraîne en Afrique occidentale, son principal lieu de provenance. Mais son commerce peut aussi être équitable... Hendrik Reimers, de "fairafric", fabrique ainsi du chocolat selon le principe du "bean-to-bar". De la fève de cacao à la tablette emballée, tout est produit dans le pays d’origine, le Ghana. Ainsi, la valeur ajoutée profite à l’économie ghanéenne, et des emplois qualifiés sont créés".



Rose-Marie Mousseaux, directrice du musée Cognacq-Jay, Patrick Rambourg, historien spécialiste de gastronomie et Guillaume Séret, spécialiste de la porcelaine de Sèvres, Thé, café ou chocolat ? L'essor des boissons exotiques au XVIIIe siècle. Paris Musées, 2015. 176 pages. 90 illustrations. 29 €. ISBN : 978-2-7596-0283-4

Jusqu’au 2015
Au Musée Cognacq-Jay 
8, rue Elzévir - 75003 Paris
Tél. : 01 40 27 07 21
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h.
#ThéCaféChoco

Visuels
Affiche et catalogue
Carmontelle (1717-1806). Mme la Marquise de Montesson, Mme la Marquise du Crest et Mme la Comtesse de Damas prenant le thé dans un jardin.
© Musée Carnavalet / Roger-Viollet

La table d'office ou Les débris d'un déjeuner - Jean-Baptiste Siméon - Chardin - Musée du Louvre

Tasse litron et soucoupe
© Eric Emo  Musée Cognacq-Jay  Roger-Viollet

Cabaret à décor bleu et rose
Manufacture de Meissen - Sèvres Cité de la Céramique
© RMN-Grand Palais - Martine Beck-Coppola

Gobelet cornet à deux anses
© Eric Emo Musée Cognacq-Jay Roger-Viollet
Sèvres, Cité de la céramique Photo © RMN-Grand Palais Martine Beck-Coppola

Sèvres, Cité de la céramique Photo © RMN-Grand Palais Martine Beck-Coppola

Jeanne Bécu, Comtesse du Barry et Zamor qui lui apporte une tasse de café - Jean-Baptiste-André Gautier d’Agoty - Château de Versailles

Photo © RMN-Grand Palais  Gérard Blot

Moulin à café, Martin Aisnez
© Musée le Secq des Tournelles

Soucoupe - Chabry fils et Chauveaux aîné
© Eric Emo  Musée Cognacq-Jay  Roger-Viollet

Tasse litron
©Eric Emo Musée Cognacq-Jay  Roger-Viollet

Musée Jacquemart-André Chaalis La tasse de chocolat Jean-Baptiste Charpentier

Gobelet cornet à deux anses © Eric Emo  Musée Cognacq-Jay  Roger-Viollet

Table en cabaret  © Stéphane Piera  Musée Carnavalet  Roger-Viollet

Tasse litron et soucoupe - Chabry fils et Chauveaux aîné © Eric Emo  Musée Cognacq-Jay  Roger-Viollet

Tasse litron - Chabry fils et Chauveaux aîné © Eric Emo Musée Cognacq-Jay  Roger-Viollet

Modèle d’une théière à pâte dure de Sèvres - Charles-Etienne Leguay © Musée Carnavalet  Roger-Viollet

Soucoupe © Eric Emo  Musée Cognacq-Jay  Roger-Viollet

Musée du Quai Branly La Culture du café à l’île Bourbon Pertu de Rosemond

A lire sur ce blog :
Les citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 26 septembre 2015, puis les 2 mars et 12 novembre 2016 - les 12 et 13 novembre 2016, Arte diffusa Les aventures de Robert Fortune. Ou comment le thé fut volé aux Chinois, documentaire de Jérôme Scemla -, 30 octobre 2017.

jeudi 29 mars 2018

Les Compagnons de la Libération


Les compagnons de la Libération sont membres de l'ordre de la Libération, institué le 16 novembre 1940 par le général de Gaulle, « chef des Français libres ». Ce titre a été décerné pour récompenser les personnes, les unités militaires et les collectivités civiles se distinguant "dans l'œuvre de libération de la France et de son empire". Ainsi, ils étaient "1 038 personnes, cinq communes - Paris, Île-de-Sein, Nantes, Grenoble et Vassieux-en-Vercors - dix-huit unités combattantes dont deux bâtiments de guerre" lors de la signature du décret de forclusion de l'ordre de la Libération, le 23 janvier 1946. Le Musée de l'Armée présente l'exposition "Une vie d'engagement - Les Compagnons de la Libération dans la Grande guerre".

Pierre Clostermann (1921-2006)
Romain Gary, des « Racines du ciel » à « La Vie devant soi »
Max Guedj (1913-1945), héros méconnu de la France libre
« Ceux de Normandie-Niémen » d’Yves Donjon


Le 16 novembre 1940, le général de Gaulle crée L’Ordre de la Libération pour « récompenser les personnes ou collectivités militaires et civiles qui se sont signalées de manière exceptionnelle dans l’œuvre de Libération de la France et de son Empire. Il puise dans l’histoire de France et de la chevalerie le modèle qui l’inspire. Plus qu’une simple décoration, c’est une véritable phalange de combattants exceptionnels, réunis en un même combat, qu’il veut susciter ».

Le général de Gaulle « répugne à décerner la Légion d’Honneur, largement attribuée par Vichy et dont le Maréchal Pétain a reçu le collier de Grand Maître le 26 juillet. Il connaît les vertus de l’émulation et souhaite mettre en exergue des figures de courage et d’action au service de la libération de la France et de son Empire ».

Il entend distinguer les résistants, peu nombreux, l’ayant rallié dans des circonstances difficiles, venus d’horizons variés, unis par leur amour de la France, la volonté de la libérer de l’occupant nazi, le rejet du gouvernement de collaboration dirigé par le maréchal Pétain, et résistant dans la France Libre et la Résistance intérieure.

En « instituant leur ordre, le général de Gaulle a redonné tout son sens au mot de ‘compagnon’ et réinventé cette fraternité sur laquelle notre République s'est construite ».

Au total, 1038 personnes, de tous horizons, cinq communes (île de SeinVassieux-en-Vercors) et 18 unités combattantes, sont décorées de la Croix de la Libération. Parmi elles, six femmes, dont Berty Albrecht, et 25 nationalités sont représentées (le général Dwight EisenhowerWinston ChurchillS.M. Mohammed V). Notons que 238 Croix sont attribuées à titre posthume. En 1945, 720 Compagnons étaient vivants. Le romancier et ministre André Malraux (1901-1976), célèbre Compagnon, écrit : « L’Ordre est un cimetière. Nous parlons au nom de nos survivants, qui parlent au nom de leurs morts, qui parlent au nom de tous les morts ». Evoquons la mémoire du Wing Commander de la RAF Max Guedj (1943-1945) et de Pierre Clostermannas du "Grand  cirque".

Après guerre, l’Ordre donne à la France 36 ministres, 71 députés, 13 sénateurs, 34 maires, 80 officiers généraux ou amiraux et trois maréchaux de France. Citons le juriste et Prix Nobel de la Paix 1968 René Cassin ou François Jacob (jeune médecin militaire et Prix Nobel de Physiologie en 1965).

Le projet de l’insigne – Croix de la Libération, seul grade – est « réalisé par le capitaine des Forces françaises libres Tony Mella et la maquette est exécutée par la succursale londonienne du joaillier Cartier. Les couleurs du ruban ont été choisies de façon symbolique : le noir, exprimant le deuil de la France opprimée par les envahisseurs, le vert, exprimant l'espérance de la Patrie ».


Au « revers de l'écu, est inscrite en exergue la devise « PATRIAM SERVANDO - VICTORIAM TULIT » (« En servant la Patrie, il a remporté la Victoire ») ».

"1940-1945 une « chevalerie exceptionnelle »

Dans le cadre du 70e anniversaire de l’appel du général de Gaulle le 18 juin 1940 et du 30e anniversaire de la mort de Romain Gary (1914-1980), la Fondation Charles de Gaulle, le ministère français de la Défense (Secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants) et la Chancellerie de l’Ordre de la Libération ont proposé l’exposition itinérante "1940-1945 une « chevalerie exceptionnelle », Romain Gary présente les Compagnons de la Libération" reprenant la formule du général. Rappelant le contexte de la défaite française, cette exposition didactique reprend les réponses inédites aux 43 questions adressées par l’écrivain Romain Gary à certains de ses frères d’armes, Compagnons de la Libération, pour évoquer les résistances, intérieure et extérieure, au régime de Vichy et à l’occupation nazie, les valeurs et le patriotisme de ces combattants. 

Quatre-vingt cinq témoignages écrits et sonores de Compagnons de la Libération soulignant leur patriotisme, leur peur et leur courage, 250 photos, cinq films dont deux projections sur grand écran, des cartes, une borne interactive, des panneaux historiques bilingues français-anglais visent à sensibiliser un public de tout âge à cette épopée.

En forme d’une Croix de Lorraine lumineuse, le parcours débute et s’achève par des espaces dévolus à Romain Gary.

L’axe majeur précise le contexte historique, la défaite française contre l’armée allemande, l’instauration du régime de Vichy, les premières résistances, à l’intérieur et à l’extérieur de la France, le premier statut des Juifs en 1940, rend hommage à des figures historiques (Jean Moulin, Félix Eboué)…

« Le plus grand moment de ma vie, ce fut la Croix de la Libération » (Romain Gary)
Romain Gary naît Roman Kacew en 1914, dans une famille juive de Vilno (Lituanie).

Son enfance est marquée par la Première Guerre mondiale : exode contraint vers la Russie, père enrôlé dans l’Armée russe et dont la trace est perdue. Dotée d’une grande volonté, sa mère « devient son unique repère », l’entourant « d’un amour débordant et exigeant ».

Tous deux fuient à Varsovie (Pologne), et arrivent en France où ils s’installent à Nice en 1928. Romain découvre la France dont il a tant rêvé.

Soldat en 1939, il est fasciné par les aviateurs, Guynemer, Mermoz, et par le journaliste et écrivain Kessel. Il postule à une préparation militaire supérieure à l’Ecole de l’Air.

En 1940, après la défaite de la France, il rejoint Londres et le général de Gaulle, via Casablanca (Maroc).

Il choisit comme nom de guerre « Romain Gary » (en russe, « Brûle ! »). Un pseudonyme qu’il gardera ce nom toute sa vie. La « France Libre devient sa seule famille lorsqu’il apprend le décès de sa mère, malade, en 1941 ».

Romain Gary est affecté au groupe de bombardement Lorraine. Début 1944, Romain Gary, observateur-navigateur, et son pilote Arnaud Langer sont blessés lors d’une mission de bombardement sur la France et accueillis à leur retour à la base en héros. La Croix de la Libération leur est attribuée le 20 novembre 1944.

Suivant l’injonction maternelle qui prédisait un destin d'ambassadeur, Romain Gary entame en 1945 une carrière diplomatique et publie Education Européenne, premier roman d’une œuvre diverse. Deux de ses œuvres – Les racines du ciel (1956) et La vie devant soi (1975) signé Emile Ajar - seront exceptionnellement récompensées par le Prix Goncourt.

En 1976, l’éditeur Lattès lui commande un livre sur les Compagnons. Enthousiasmé par le projet, Romain Gary élabore un questionnaire : il cherche à découvrir leurs « leviers intérieurs », les éléments qui les poussèrent à résister. Questions : « A quel moment avez-vous pris votre décision de continuer la lutte ? L’appel du général de Gaulle a-t-il été déterminant ou simplement propice ? », « Certains compagnons indiquent qu’ils n’acceptaient pas d’être vaincus. Pouvez-vous indiquer votre point de vue ? », « Si vous écriviez un livre sur les Compagnons de la Libération, que souligneriez-vous plus que tout le reste ? »…

Il demande à Jérôme Camilly, journaliste-reporter, d’enquêter auprès de ses frères d’armes. Il songe à trouver dans ce thème une source d’inspiration. Le projet n’aboutira pas. Ce questionnaire, des témoignages confiés et les écrits de Compagnons constituent le fil du parcours de cette exposition.

Publié quelques mois avant sa mort, Les Cerfs-volants, dernier roman de Romain Gary, porte sur cette période matrice dans sa vie.

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980.

Des Compagnons de la Libération
Interrogés par un des leurs, ces Compagnons répondent avec précision, sincérité et modestie. Leurs témoignages, écrits ou sonores, sont rendus publics pour la première fois.

A la question : « Aviez-vous plutôt le sentiment d’être guidé par votre sens de l’honneur humain en général, de la dignité humaine, ou par des considérations strictement nationales ? », Pierre Dureau répond : « J’étais de famille chrétienne. Le nazisme, c’est la négation du christianisme, au même titre que l’antisémitisme ». Quant à Jacques Baumel, il se souvient : « Méfions-nous des grands mots ! J’ai été guidé par le respect de l’homme, le respect de la dignité humaine, de la liberté. J’exècre ces deux régimes, puisque je ne les mélange pas, le régime nazi et le régime de Vichy. L’un étant cruel, l’autre fourbe »

A la question : « Pouvez-vous donner un aperçu des périls que vous avez courus, de ce que vous pouvez considérer comme « victoire personnelle » dans ces actions ? », José Aboulker répond :
« La seule victoire personnelle, au moment du débarquement allié à Alger, c’était de ne pas avoir abandonné le soir du 7 novembre notre entreprise qui paraissait vouée à l’échec. Sur les 800 camarades qui devaient faire la prise insurrectionnelle d’Alger, la moitié ont manqué. En face de nous, il y avait les chefs vichyssois qui avaient pris l’habitude de la défaite : j’étais sûr que nous l’emporterions ».
L’exposition « fait résonner encore la mémoire de ceux qui ont combattu pour elle et vise à sensibiliser les jeunes générations à l’engagement de ceux qui ont combattu pour une France libre ».

Le 6 octobre 2016, les Rendez-vous d'Histoire de Blois proposèrent la table-ronde "Partir pour résister : la résistance extérieure des Français Libres" : "La résistance extérieure des Français libres impliquait de partir de France pour continuer le combat. Engagés sur tous les fronts, ces exilés volontaires eurent également le souci de maintenir un lien avec la France occupée". Le modérateur en sera Robert Bresse, Président de la Fondation de la France Libre, Robert Belot, Professeur des universités, Jean-François MURACCIOLE, Professeur des universités, Guillaume PIKETTY, Professeur d'histoire à Sciences Po Paris, Sébastien ALBERTELLI, Agrégé d'histoire.

La Mairie du IXe arrondissement de Paris a accueilli l'exposition Résister ! Les Compagnons de la Libération 1940-1945, proposée par le Musée de l'Ordre de la Libération.

"Une vie d'engagement - Les Compagnons de la Libération dans la Grande guerre"
Cette exposition est réalisée par le musée de l’Armée et le musée de l’ordre de la Libération, dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre. Elle se déroule dans les galeries de la cour d’honneur en accès libre et gratuit.

"Les 1038 compagnons de la Libération ont des origines sociales, géographiques, confessionnelles et générationnelles très diverses mais ils se sont retrouvés, entre 1940 et 1945, dans un combat commun et des valeurs partagées qui sont le socle de la citoyenneté d’aujourd’hui. L’engagement, le désintéressement, le combat pour la Patrie et la liberté, le refus de l’asservissement en sont plusieurs exemples".

Les "futurs compagnons de la Libération, avant de s’engager dans le second conflit mondial, ont eu une formation, une éducation et des expériences qui constituent souvent la genèse de leur engagement résistant. Fait peu connu, une partie non négligeable d’entre eux (118 soit près de 12%) ont été également des acteurs de la guerre de 1914-1918 et, par conséquent, des deux conflits mondiaux qui ont ébranlé le XXe siècle. Ils se sont inscrits dans une forme de continuité dans l’action de défense nationale, dans le cadre de ce que le général de Gaulle a appelé « la Guerre de trente ans ».

Ces "hommes mais aussi ces femmes, nés entre 1880 et 1900, tout comme ceux de leur génération, font l’expérience du feu lors du premier conflit mondial. Quelque vingt ans plus tard, dans un contexte radicalement différent, ils se distinguent par un engagement volontaire dicté par leur conscience et rejoignent la petite minorité de ceux qui formeront la Résistance française dans les rangs de la France libre ou dans la clandestinité".

Cette exposition "en plein air se présente sous la forme de 32 panneaux installés sur les piliers de la cour d’honneur de l’Hôtel national des Invalides. S’inscrivant dans le cadre des célébrations du centenaire de la Première Guerre mondiale, elle a pour objet de rappeler l’engagement dans la guerre de 14-18 de ces futurs compagnons de la Libération, combattants des deux guerres mondiales".

"Chaque panneau présente un compagnon issu de l’armée de terre, de l’aviation ou de la Marine, ainsi que deux femmes, Berty Albrecht, ambulancière volontaire, et Émilienne Moreau- Evrard, « héroïne » de la Grande Guerre. Un panneau est également consacré au fondateur et grand-maître de l’ordre de la Libération, Charles de Gaulle".

Parmi ces combattants de la Grande guerre : René Cassin (5 octobre 1887-20 février 1976), Compagnon de la Libération par décret du 1er août 1941.

René Cassin "est né le 5 octobre 1887 à Bayonne dans les Pyrénées-Atlantiques" dans une famille juive. D'origine portugaise, "son père était négociant en vins. Il fait de brillantes études au lycée Masséna à Nice avant d'entrer à la faculté de droit à Aix-en-Provence. En 1906 il effectue son service militaire comme simple soldat puis reprend ses études. Licencié ès-Lettres, il remporte également le premier prix au concours général des facultés de droit. En 1914, il est Docteur ès sciences juridiques, économiques et politiques lorsqu'il est mobilisé, avec le grade de caporal-chef".

"Mobilisé en 1914 comme caporal-chef au 311e régiment d’infanterie, il participe à la bataille de la Marne. De ces violents combats, il garde toute sa vie à l’esprit « ces terribles nuits d’offensive au corps à corps, illuminées par l’incendie de nos villages ». A la tête d'un corps-franc, il est grièvement blessé par balles de mitrailleuse le 12 octobre 1914 à Saint-Mihiel. Il reçoit une grave blessure aux jambes et au ventre lors de la prise de Saint-Mihiel par les Allemands. Il est soigné à Antibes. Mutilé à 65%, réformé, il retourne à la vie civile où sa formation de juriste lui permet d’œuvrer à l’amélioration des conditions de vie des blessés, veuves et orphelins de guerre". Il reçoit la croix de guerre avec palme et la médaille militaire".

Il "enseigne à la Faculté d'Aix-en-Provence et à Marseille puis participe dès 1917 à la création de l'une des toutes premières associations départementales de victimes de guerre. Dès 1922, il "préside l’Union fédérale des Mutilés et Veuves de Guerre".

"Agrégé de droit en 1919, René Cassin est, à partir de 1922, président de l'Union fédérale des Mutilés et Veuves de Guerre ; professeur à la faculté de Lille, il rédige et fait voter des lois en faveur de l'emploi des victimes de guerre et se dépense sans compter dans ses différentes activités. En 1924, et jusqu'en 1938, le professeur René Cassin devient membre de la délégation française à la Société des Nations et lutte dans tous les domaines pour la Paix. En 1929, il est nommé professeur de droit à la faculté de Paris et devient vice-président du Conseil supérieur des Pupilles de la Nation".

"En 1930, après un voyage au Moyen-Orient où il rencontre, en Palestine, de nombreux Juifs allemands, il mène, dès son retour, une active campagne contre le nazisme. La même année, il obtient le vote de la loi sur la retraite du combattant. A la fin des années trente, il dénonce dans plusieurs discours le danger que représente le IIIe Reich pour l'Europe et le Monde".

"A la déclaration de guerre, René Cassin est nommé à la direction de la documentation au Commissariat à l'Information et, au moment de la débâcle, cet anti-nazi pressent la liquidation du régime républicain. Refusant l'idée de l'armistice, il décide, dès le 17 juin, de rejoindre l'Angleterre et embarque avec son épouse, le 24 juin à Saint-Jean-de-Luz, sur un bateau britannique de transport de troupes, l'Ettrick, à destination de Plymouth. "A Londres, il est l’architecte juridique de la France libre".

"Le 29 juin, il se présente à Saint Stephens House et le général de Gaulle lui confie la mission de rédiger un accord avec le gouvernement britannique, maintenant le caractère purement français de l'armée de la France Libre, Charte signée le 7 août 1940 entre Winston Churchill et Charles de Gaulle".

"Responsable du service juridique de la France Libre, membre du Conseil de défense de l'Empire à sa création en octobre 1940, René Cassin est le rédacteur des statuts de l'Ordre de la Libération créé par l'ordonnance n° 7 du 17 novembre 1940. René Cassin, qui multipliera pendant la guerre les interventions à la radio de Londres et les articles dans la presse française libre, est nommé Commissaire à la Justice et à l'Instruction publique du Comité national français en septembre 1941. Il entame, fin 1941, une tournée de trois mois au Proche-Orient et en AEF".

"A partir de 1942, il préside l'Alliance israélite universelle (AIU)".

Il "prend, à sa création en août 1943, la présidence du Comité juridique de la France combattante (qui fait office de Conseil d'Etat) fonction qu'il conserve au sein du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) avant de devenir à la libération, vice-président du Conseil d'Etat (jusqu'en juin 1960) puis Président honoraire. Il siège également à l'Assemblée consultative d'Alger dès novembre 1943. Entre 1942 et 1944, René Cassin est le représentant de la France au Comité des Ministres Alliés de l'Education et, de 1943 à 1945, représentant français à la commission d'enquête sur les crimes de guerre".

Il est "vice-président du conseil d’État après la guerre. A partir de 1946, il préside pendant seize ans le Conseil d'administration de l'Ecole nationale d'Administration (ENA), faisant constamment valoir dans ces fonctions les principes exigeants qui sont les siens dans le service de la Nation".

"En 1946, il fait partie du petit groupe international, présidé par Eleonor Roosevelt, qui a la charge de rédiger la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, votée à Paris, le 10 décembre 1948, par l'Assemblée générale des Nations-unies".

"En 1958 il préside le comité consultatif provisoire chargé de préparer la Constitution de la Ve République et reçoit, à l'Elysée, le serment du général de Gaulle, Président de la République en janvier 1959. En juin 1960, le professeur Cassin est nommé au Conseil constitutionnel dont il sera membre jusqu'en février 1971".

"Vice-président (1959) puis Président (1965-1968) de la Cour européenne des Droits de l'Homme, René Cassin reçoit en octobre 1968 le Prix Nobel de la Paix. Membre de l'Institut depuis 1947, Président de l'Académie des Sciences morales et politiques, Docteur honoris causa des universités d'Oxford, de Londres, de Mayence et de Jérusalem, il fonde en 1969, à Strasbourg, l'Institut international des Droits de l'Homme. Il est membre, en juin 1972, du Conseil de l'Ordre de la Libération".

"Le prix Nobel de la paix couronne en 1968 la carrière de cet humaniste, promoteur de la concorde universelle et des valeurs de la République pour laquelle il a tant œuvré".

René Cassin "est décédé le 20 février 1976 à l'Hôpital de la Salpetrière à Paris. Ses obsèques ont été célébrées à la Chancellerie de l'Ordre de la Libération. En 1987, son corps est transféré au Panthéon".
Titres l'ayant distingué :
• Grand Croix de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 1er août 1941
• Médaille Militaire
• Croix de Guerre 14/18 avec palme
• Médaille de la Résistance avec rosette
• Commandeur des Palmes Académiques

Jusqu’au 4 juillet 2010
Sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris (75004)
Ouverture tous les jours de 10 h à 20 h
Entrée libre

Visuels de haut en bas :
Affiche. (© DR)

1943, en Grande-Bretagne, au groupe de bombardement Lorraine. Romain Gary et son pilote, Arnaud Langer, dont il a enfilé le blouson. (© Musée de l’Ordre de la Libération)

Août 1945, à Nancy. Le Capitaine Romain Gary vient de recevoir la Croix de la Libération. (© DR)

Sur le décret d’attribution de la Croix de la Libération, les deux noms de Romain Gary et d’Arnaud Langer, son pilote, sont réunis comme dans le danger. (© Service Historique de la Défense)

Le général de Gaulle portant la Croix de la Libération, le 14 juillet 1941, à Brazzaville. En retrait, le général de Larminat. (© Musée de l’Ordre de la Libération)

La croix de l’Ordre de la Libération (© Musée de l’Ordre de la Libération)

René Cassin blessé à Chauvoncourt dans la Meuse le 12 octobre 1914. © Archives nationales (France)
Cet article a été publié le 24 juin 2010, puis le :
- 8 mai 2013 pour le 68e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, 
- 26 mai 2013 alors que France 3 diffusait Alias Caracalla, au coeur de la résistance, d'Alain Tasma.
Il a été modifié le 14 janvier 2011 ;
- 19 juin 2014 et 7 octobre 2016.
Les citations sont extraites du dossier de presse et du site de l'Ordre de la Libération