Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 29 septembre 2021

« Influence, les armes de la com » de Diana Neille et Richard Poplak

Arte diffusera les 5 et 15 octobre 2021 « Influence, les armes de la com » (Der Königsmacher: Mit den Waffen der Werbung ; Influence - The Rise and Fall of the World's Most Dangerous Public Relations Company) de Diana Neille et Richard Poplak. L'ascension et la chute du défunt magnat de la com politique Timothy Bell, qui a promu tour à tour Margaret Thatcher et Jacob Zuma, Pinochet et Asma el-Assad. Une vertigineuse incursion dans la géopolitique de la désinformation. »

La fabrique des saintes images. Rome-Paris, 1580-1660
« La loi de la banane » par Mathilde Damoisel
« L’affiche - La naissance de la publicité moderne » par Adolfo Conti
Au temps de Klimt - La Sécession à Vienne 
L'esprit du Bauhaus
TIM

Arte propose un "Spécial Propagande". "Quelles formes a pris la propagande au fil du temps ? ARTE consacre à la question une programmation spéciale, avec, entre autres, un documentaire qui recense les manipulations les plus emblématiques de l’histoire."
« Anobli pour ses hauts faits de communicant politique après des débuts fracassants en 1979 auprès de Margaret Thatcher, Timothy Bell (1941-2019) aura travaillé quarante ans à "vendre" aussi, avec un succès inégal, le dauphin de Pinochet, le dernier président du régime sud-africain d'apartheid Frederik De Klerk, l'épouse du dictateur syrien Asma el-Assad ou le projet américain de "nation building" en Irak ». 

« Mais en 2017, les basses œuvres de sa multinationale, Bell Pottinger, rappelée en Afrique du Sud pour redorer le blason des corrupteurs frères Gupta et de leur homme de paille, le président Jacob Zuma, sont exposées en pleine lumière ». 

« Vingt ans après avoir attisé en 1994 les rivalités entre le mouvement zoulou Inkatha et l'ANC de Mandela, au prix de sanglants affrontements, sir Bell a tenté cette fois d'orchestrer la colère des déshérités noirs contre les propriétaires blancs ». 

« Le scandale entraîne sa chute et celle de ses clients. »

« Recueillant l'effarant testament du vieux mercenaire déchu, Richard Poplak et Diana Neille confrontent sa parole à une fascinante pléiade d'anciens alliés, clients et adversaires ». 

« Si Lord Bell, refusant de s'avouer vaincu, déroule un an plus tard avec une forfanterie de façade ses précédents faits d'armes ("J'éprouve une sympathie innée pour les gens qui réussissent"), un autre spin doctor dévalué, Nigel Oakes, expose sa vision quasi mystique de la manipulation “scientifique” des masses ». 

« Ébloui dans les années 1980 par les performances du KGB russe, “trente ans en avance sur tout le monde”, il est le fondateur de la société SCL, dont la filiale Cambridge Analytica a siphonné en 2016 les données de millions d'utilisateurs de Facebook dans le but de faire élire Donald Trump ». 

« Face à ces “vieux hommes blancs riches” (dont Frederik De Klerk), deux des tombeuses sud-africaines de Bell Pottinger, la pétulante ex-députée Phumzile Van Damme et la journaliste Marianne Thamm, apportent une touche d’espoir combatif ». 

« Tissées avec un art consommé du cadre et du montage, les voix de cette vingtaine de témoins de première main racontent l’émergence et l'essor d’un des secteurs commerciaux les plus lucratifs de notre temps, souvent légal, toujours occulte : la subversion de la démocratie ».

« Une incursion vertigineuse dans la géopolitique mondiale de la désinformation ». 


« Influence, les armes de la com » de Diana Neille et Richard Poplak
Afrique du Sud/France/Canada, 2020, 1 h 23mn
Coproduction : StoryScope, EyeSteelFilm, ARTE France
Sur Arte les 5 octobre 2021 à 22 h 30 et le 15 octobre 2021 à 9 h 25
Sur arte.tv du 28/09/2021 au 03/12/2021
Visuels :
Paul Bell
Phumzile Van Damme
FW De Klerk
Nigel Oakes
Marianne Thamm
Protestation contre le Brexit
© Daniel Hewett

Interview du psychanalyste Gérard Huber sur l’affaire al-Dura

  
L’écrivain et psychanalyste Gérard Huber (1946-2011) est l’auteur du livre Contre-expertise d’une mise en scène (Editions Raphaël, 2003) sur l’affaire al-Dura. Un ouvrage que Gérard Huber avais mis sur son blog. Dans cette interview, il retraçait les circonstances de son enquête et nous livrait son opinion sur les derniers rebondissements de cette affaire grave. Interview publiée en janvier 2008 par Guysen. Durant l'opération israélienne "Gardien du Mur" ou "Gardien des Murailles" (Chomer Hahomot en hébreu, Guardian of the Walls en anglais), menée du 6 au 21 mai 2021 par l'Etat Juif en réaction aux frappes par tirs de missiles (jusqu'à 400 kg d'explosif par missile) du mouvement islamiste Hamas à partir de la bande de Gaza en direction des populations civiles israéliennes, des blood libels ont été diffusés, dont celui des "al-Dura".

  
Le 30 septembre 2000, le JT de 20 h de France 2 diffusait le reportage de Charles Enderlin commentant les images de son cameraman palestinien Talal Abu Rahma sur les "al-Dura". Le correspondant de France 2 à Jérusalem alléguait que des soldats israéliens avaient sciemment tiré sur les "al-Dura", en tuant Mohamed al-Dura et blessant son père, Jamal al-Dura. 

Comment vous êtes-vous intéressé à l’incident al-Dura ?

Avant de vous répondre, permettez-moi de m’interroger sur ce terme « incident ». Faut-il l’entendre au sens d’un « événement peu important en lui-même, mais capable d’avoir de graves conséquences » (Le Robert) ?

Lorsque les images filmées par Talal Abu Rahma, cameraman palestinien de France 2, le 30 septembre 2000, à Netzarim (bande de Gaza), parviennent à Charles Enderlin (Ndlr : correspondant de France 2), à Jérusalem, et compte tenu de ce qu’il reconnaîtra plus tard (« Ils font ça tout le temps »), ce correspondant de France 2 aurait, en théorie, tout lieu de n’y voir que des images parmi toutes celles que les Palestiniens l’ont habitué à voir en matière de jeux de scènes de guerre.

Ce même jour, peu auparavant, Charles Enderlin se trouve à Ramallah, quand soudain Talal Abu Rahma l’appelle et lui parle au téléphone, en lui faisant entendre un arrière-fond sonore fait de cris et de bruits de tirs, destiné à accréditer l’idée que ce qu’il tourne est un fait de guerre.

Enderlin qui a une totale confiance en son caméraman ne peut que donner du crédit au récit de Abu Rahma qui lui dit qu’il est sous le feu israélien, qu’il risque de mourir, mais qu’au risque de sa vie et de sa mort, il est en train de tourner les images d’un assassinat intentionnel et de sang-froid d’un enfant palestinien, Mohamed al-Dura, par les soldats israéliens.

L’incident, de mineur, devient majeur.

Le 30 septembre 2002, Abu Rahma a démenti la partie essentielle de son témoignage fait auprès d’Enderlin, puis celui auprès de l’organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza le 3 octobre 2000. (Ndlr : Talal Abu Rahma avait déclaré sous serment le 3 octobre 2000 : « L’enfant [Mohamed al-Dura] a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne »). 

En conséquence, l’incident « mineur » est devenu « majeur » du fait qu’il a menti à Enderlin.

En 2002, à la suite de ma prise de position dans Le Monde contre l’endoctrinement anti-israélien qu’au nom de la paix au Proche-Orient des organisations pro-palestiniennes répandaient, j’avais été approché par le groupe « Paix et Vérité au Proche-Orient » qui voulait publier un livre autour de 500 lettres d’enfants juifs au Président de la République, dans lesquelles ceux-ci disaient leur malheur d’être victimes d’agressions antisémites dans le cadre scolaire à Sarcelles, à Marseille, etc.

J’avais réuni de nombreux universitaires, quand la mise en route du projet de ce livre collectif fut brutalement contrecarrée.

En attendant de publier un livre sur l’antisémitisme en général, et ce sujet en particulier (1), je cherchais un moyen de communiquer mes analyses à mes lecteurs. Très vite, en effet, tous mes articles étaient refusés par Le Monde et Le Figaro.

Un ami organisa une rencontre avec Stéphane Juffa, rédacteur en chef de Metula News Agency (Mena). II fut convenu que j’en serais le correspondant permanent à Paris, bénévole. Depuis, je me suis retiré de la Mena.

C’est au cours de mes activités journalistiques pour la Mena que j’ai pris connaissance du dossier « Mohamed al-Dura » et que je découvris la controverse autour du reportage de France 2.

Quelle a été votre méthode ?

A l’époque, la question essentielle était la suivante : quelle était l’origine des tirs des balles qui avaient tué l’enfant ? Abu Rahma et Enderlin étaient catégoriques.

Leur attitude n’était pas celle de la crainte, mais au contraire de l’enthousiasme devant la multitude d’effets produits par la diffusion de ces images. Enderlin était fier de ne pas s’être opposé à la diffusion du reportage et d’avoir osé montrer ce qu’il estimait être la réalité de la politique palestinienne d’Israël. Plus que par amour du scoop, Enderlin croyait dur comme fer qu’il avait agi pour servir la vérité.

Or, ayant assisté à la projection du reportage d’Esther Schapira (Ndlr : en mars 2002, la chaîne allemande ARD diffuse l’enquête de la journaliste Esther Schapira, déduisant la responsabilité vraisemblable des Palestiniens dans « la mort de Mohamed al-Dura »), je fus envahi par un nombre impressionnant de questions auxquelles Enderlin refusait de répondre.

Dès lors, je décidai de poser ces questions dans le cadre de la Mena. Puis, un de mes lecteurs m’informa que, si je voulais en savoir plus, il suffisait que j’entre en contact avec un des principaux protagonistes du reportage d’Esther Schapira, le physicien israélien Nahum Shahaf.

Les discussions que j’eues avec cet homme furent longues. J’étais tout à la fois surpris par ce qu’il m’affirmait et taraudé par l’impératif de mettre en doute son témoignage de manière systématique. Je n’avais, à l’époque, que les mots prononcés lors de conversations téléphoniques ou échangés dans des courriels pour me faire une idée du sérieux de cette source d’information. Mais après avoir passé au crible nombre d’objections, et après avoir lu tout ce qui existait sur le sujet sur le web - articles de presse israéliens, palestiniens traduits en anglais… -, je décidai de mettre Juffa en relation avec Shahaf, afin que mon enquête soit élargie.

L’élargissement consista essentiellement en deux actes :
- le visionnage d’une partie des 27 minutes des rushes de France 2, celui des rushes de Reuters et d’Associated Press que Shahaf détenait depuis qu’il avait enquêté au service de l’armée israélienne, et qui tous montraient ce qui s’était passé le 30 septembre 2000 à Netzarim ;

- le croisement de ces rushes avec tout ce que j’avais lu et entendu de la part des protagonistes, des enquêteurs et des journalistes.

Puis Juffa et moi décidâmes de faire un audit du reportage de France 2 qui serait produit par la Mena et de le soumettre à France 2. J’ai rencontré Didier Epelbaum, un des chargés de mission de la chaîne publique, mais le directeur général de celle-ci, Christopher Baldelli, ne répondit pas à toutes nos demandes de rendez-vous.

Parallèlement, à la demande de Yaël König, éditrice à Paris, j’écrivais un livre.

Le titre de votre livre est particulièrement explicite : Contre-expertise d’une mise en scène. Quel but poursuiviez–vous en l’écrivant ?

Le but essentiel était de donner au grand public et aux décideurs l’information nécessaire pour comprendre que le vrai sujet de la controverse n’était pas : qui a tué l’enfant ? Mais qui a voulu faire croire que l’enfant avait été tué, alors que les images montraient que ce n’était pas possible, et pourquoi ?

Il était hors de question que j’écrive un brûlot ou un acte d’accusation, car c’était incompatible avec mon éthique d’intellectuel.

Mon rôle se limitait à produire des documents authentiques qui n’avaient jamais été exposés - croisés avec ceux de l’audit télévisuel - et à les soumettre au jugement de tous.

L’expression « Contre-expertise » était utilisée pour que les lecteurs sachent qu’ils étaient invités à refaire tous les parcours des différentes démarches entreprises par les Palestiniens, Enderlin, les Israéliens, la famille al-Dura, France 2, les journalistes (presse écrite et audio/télévisuelle), les politiques (individus, organisations, États) et les écrivains qui s’étaient prononcés sur le sujet.

Quant à l’expression « mise en scène », je l’imposai pour indiquer le cadre dans lequel la controverse prenait désormais tout son sens. Tous les reportages télé étaient « mis en scène », mais cette « mise en scène » avait quelque chose de particulier qui était sans commune mesure avec celles des autres reportages télévisuels. En effet, la mise en scène palestinienne portait sur l’habillage d’un théâtre de rue fictionnel et propagandiste en témoignage authentique d’un fait de guerre de la pire espèce : le massacre délibéré d’un enfant palestinien par les soldats israéliens.

Quel a été l’accueil de votre livre ?

Dans un premier temps, seuls les auditeurs de Radio J, les lecteurs de la Mena et de quelques sites électroniques intéressés par ses analyses, ainsi que les personnes qui ont assisté à la dizaine de conférences que j’ai données en ont entendu parler.

Le sérieux de la contre-expertise a convaincu, les débats qui ont fait suite aux conférences ont aussi été sérieux, et pas une seule fois, je n’ai entendu la moindre insulte à l’adresse de qui que ce soit de France 2. Partout, en revanche, une exigence de vérité et de courage pour que l’information soit rectifiée a été formulée.

Les autres médias qui ont eu vent de sa parution ont pris garde de ne pas l’annoncer. Même lorsque des journalistes y ont fait allusion pour le vouer au pilori, ils se sont bien gardés de se confronter à son argumentation et d’en donner le titre et l’éditeur.

Le 7 avril 2003, dans l’émission Lundi Investigation sur Canal +, j’apparaissais à tort comme un « attiseur de haine » entre Juifs et Arabes. J’ai demandé des excuses à Canal +, mais en vain.

Comment analysez-vous les derniers rebondissements judiciaires de l’affaire al-Dura ?

Vous venez de passer du mot « incident » au mot « affaire » et ce n’est pas sans raison. Car, à force de prétendre que la vérité sur ce reportage ne sera dite que devant une Cour de justice, Enderlin commence à obtenir gain de cause, sauf que tout ceci risque bien de se retourner contre lui in fine. Certes, aujourd’hui, c’est Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, qui est accusé de diffamation, mais, au train où vont les choses, il n’est pas impossible que, demain, ce soit France 2 qui ait à s’expliquer.

Pour autant, la force d’Enderlin, c’est de savoir que tout parallèle avec l’Affaire Dreyfus est inadéquat. D’abord parce que, pour que France 2 soit poursuivie, il faut qu’il y ait une victime qui dépose plainte. Or, force est de constater que sept ans après, la plainte est toujours en quête du plaignant. Il y a bien l’Etat d’Israël et des Juifs – en Israël et dans le monde - qui ont été victimes du déferlement de la haine antisémite et des attentats, après la diffusion de ces images. Qui, en la matière, peut les représenter sur le plan judiciaire ? C’est aux juristes de répondre.

En fait, ceux qui se plaignent le font, mais en silence. Ce sont ceux qui souffrent : les nombreuses familles Juives martyrisées en Israël, exposées à la vindicte antisémite en France et ailleurs, dans le monde.

Voilà pourquoi, sans parler au nom des victimes qui n’ont pas la parole, mais par exigence de vérité, il faut amorcer un autre processus parallèle à celui du rebondissement judiciaire. Tant qu’il n’y a pas de plaignant judiciaire, il est un peu vain d’attendre que la justice se prononce sur le fond.

Dans l’attente, il y a cette solution : appeler à la constitution d’une Commission d’enquête internationale qui sera chargée d’établir toute la vérité.

Quelle est votre interprétation de psychanalyste de l’incident al-Dura ?

Si je n’avais pas été éduqué à la vision et à l’écoute des actes manqués inconscients, je n’aurais jamais pris sur moi de me lancer dans un tel décryptage.

Le scénario de ces images a eu l’effet dévastateur que tout le monde a pu constater et qui continue encore aujourd’hui, parce qu’il met en scène l’accomplissement d’un désir inconscient : le meurtre du Dieu des Juifs.

Il s’agit, en fait, de la figure inversée du meurtre du Dieu biblique pendant la Shoah. Le monde ne parvient pas à se défaire de ce fantôme et tente de le maîtriser, mais dans un renversement.

L’exploitation de la guerre israélo-palestinienne joue en cette affaire pleinement son rôle. Les juifs « avec ou sans Dieu », les chrétiens, les musulmans, les athées ont été saisis d’effroi à l’idée que l’État d’Israël, qui, à leurs yeux, est, quoi qu’on en ait, l’ultime preuve de l’existence du Dieu des juifs après la Shoah, ait pu intentionnellement et de sang froid détruire un enfant palestinien - un descendant d’Ismaël – en direct live.

Dans la Bible, Dieu envoie un ange pour retenir le bras d’Abraham prêt à égorger son fils Isaac. Mais dans ce scénario télévisuel, le Dieu des juifs montre qu’il n’a jamais été qu’un être sanguinaire qui a d’abord exigé l’égorgement d’Isaac, puis l’a sauvé afin d’accomplir ultérieurement la crucifixion de Jésus, puis l’assassinat du « petit Mohamed », figure réactualisée d’Ismaël.

C’est pourquoi, le soir même de la diffusion de ces images, pris au dépourvu, tout le monde a été hypnotisé par ce scénario et a commencé par croire en sa vraisemblance.

Il y avait aussi l’attente de savoir ce qu’Israël et son armée allaient dire. Dans un premier temps, les autorités israéliennes sont restées silencieuses, puis, le lendemain, elles ont récusé l’accusation d’assassinat ciblé et se sont s’excusées en invoquant le hasard dû à un échange de tirs, ce qui, pour moi, a, au moins, le mérite de montrer que non seulement elles connaissent les ordres données par leur commandement aux soldats, mais aussi qu’elles croient encore au Dieu des juifs.

Depuis, même ceux qui, au vu de l’effondrement de toutes les soi-disant preuves de France 2, sont acquis aux conclusions de ma contre-expertise, ne se mobilisent pas massivement pour exiger de la chaîne publique qu’elle fasse la lumière sur cette imposture palestinienne. Ce qui, à mes yeux, est la preuve que, pour eux, ce n’est encore pas l’essentiel. Ils trouvent toujours une « bonne » raison pour éviter de se confronter à cette exigence.

Ma conclusion ne fera plaisir à personne : il y a là une glaciation des esprits qui résulte de l’impossibilité actuelle de penser la folle satisfaction inconsciente du désir de démasquer le Dieu des Juifs.

(1) Gérard Huber, Guérir de l’antisémitisme, sortir de la condition post-nazie. Préface de Henry Bulawko, avant propos du père Jean Dujardin. Edition du Serpent à plumes, 2005.

ADDENDUM

Cet article a été republié en 2012 à l'occasion de l'hommage intitulé Mystique et folie que rendra l'Institut Elie Wiesel à Gérard Huber le dimanche 22 janvier 2012, de 14 h 30 à 19 h, au Centre communautaire de Paris.

L'opération israélienne "Gardien du Mur" ou "Gardien des Murailles" (Chomer Hahomot en hébreu, Guardian of the Walls en anglais) a été menée du 6 au 21 mai 2021 par l'Etat Juif en réaction aux frappes par tirs de missiles (jusqu'à 400 kg d'explosif par missile) du Hamas à partir de la bande de Gaza en direction des populations civiles israéliennes. Des blood libels ont été diffusés.

Le 15 mai 2021, l’acteur tunisien Mhadheb Rmili, dont la photo a pour fond un drapeau palestinien et le dôme de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem (Israël), a posté sur Facebook un texte qui a suscité "une grande controverse. Affirmant défendre la cause palestinienne, il a publié sur sa page Facebook : « leurs lieux de culte ne sont pas plus sacrés que les notres » et laissant entendre que les défenseurs de la cause palestinienne devraient utiliser les lieux de culte juifs situés dans le monde arabo-musulman afin de faire pression sur Israel. « Ainsi, le gouvernement sioniste se retrouvera dans l'obligation de ne pas toucher à la mosquée al-Aqsa afin de sauvegarder la sécurité de ces lieux », a-t-il écrit."

"Citant entre autres la synagogue de la Ghriba à Djerba, Mhadheb Rmili a suggéré un échange de lieux de culte juif dans les pays arabes contre la mosquée al-Aqsa laissant entendre que « pour garantir la sécurité de ses lieux de culte, l’Etat sioniste serait dans l’obligation d’assurer celle d’al-Aqsa »." 

"Une publication très critiquée au sujet de laquelle l'acteur a dû s'expliquer, affirmant que ses propos devaient être compris au second degré et ajoutant qu'il s'agit d'une « solution tout à fait pacifique » et non « d'un appel à la violence ».

Le 17 mai 2021, l'acteur tunisien 
Mhadheb Rmili a forwardé un post du 9 mai 2021 contenant une vidéo siglée Euronews contenant notamment la photo de "Jamal al-Dura" protégeant "Mohamed al-Dura" et commentée en arabe. Traduit en français, ce commentaire est : "Souviens-toi ! Pas de réconciliation". 

L'ensemble a disparu du compte Facebook de l'acteur.
Le 20 mai 2021, l'hebdomadaire français "Marianne" a publié l'éditorial "
Israël-Palestine : sans espoir..." par Natacha Polony, qui révèle ses ignorances historiques :
"La situation actuelle au Proche-Orient résulte à la fois de la radicalisation qui ronge l’ensemble du monde et voit le Hamas et les intégristes juifs se faire la courte échelle, et de l’abandon des Palestiniens par des pays du Golfe qui trouvent que, décidément, il est assez peu payant de soutenir une cause gratuite et qui pourrait bénéficier à l’Iran.
Les bombardements israéliens qui ensevelissent sous leur maison des enfants palestiniens sont en train d’enterrer un peu plus tout espoir de paix, non seulement au Proche-Orient, mais partout où ce conflit sert de catalyseur aux frustrations de chacun. On peut avoir pleinement conscience de la façon dont le Hamas utilise pour sa propagande chaque mort provoquée par une offensive qu’il a lui-même déclenchée. On peut avoir en tête que le prétexte à ce nouvel épisode est une simple querelle juridique sur des maisons de Jérusalem-Est réclamées par des juifs qui en possèdent les titres de propriété (mais les Palestiniens expulsés de chez eux en 1948 ont-ils, eux, les moyens et le droit de réclamer les maisons de leurs ancêtres ?). Pour autant, nul ne peut rester indifférent à la souffrance d’un peuple privé (par Israël, par ses propres dirigeants, par l’apathie de la communauté internationale) du simple droit de croire en l’avenir."
Le 24 mai 2021, Yana Yana Grinshpun a écrit :
"Outre le fait que cette ouverture recrée, peut être involontairement, le topos usé de l’armée israélienne tueuse d’enfants, elle oublie de préciser qu’Israël exerce le droit de défense de ses citoyens qui lui est octroyé par le droit international...
Hamas est l’ennemi global à la fois des Israéliens, mais aussi de Palestiniens opprimés par le totalitarisme meurtrier et anti-démocratique de cette organisation. Malheureusement, la réponse globale ne lui a pas encore été donnée. Quant aux enfants, le Hamas les utilise sans vergogne, sans morale, sans éthique, comme une chair à canon, comme des ouvriers gratuits...
L’armée israélienne prévient les civils gazaouis des attaques à venir, pour qu’ils évacuent les zones qui doivent être bombardées. Et si des enfants sont tués, c’est parce qu’ils sont souvent utilisés comme boucliers humains que le Hamas n’hésite pas à sacrifier pour se présenter comme victimes des méchants juifs...
La remarque finale sur la religion témoigne de l’incompréhension de la dynamique des rapports entre l’islam et le judaïsme, et du rôle du religieux dans cette partie du monde. Natacha Polony raisonne comme une bonne universaliste laïque nichée dans le 5ème arrondissement de Paris, qui ne connaît ni l’histoire, ni le terrain, ni l’arabe, ni la tradition juive, ni la tradition islamique. Ce n’est pas un crime pour un journaliste, qui ne peut pas être spécialiste de tous les sujets, mais cela n’excuse pas une professionnelle qui a décidé de régler le problème par trois clichés et deux poncifs. Il faut rappeler que les événements ont commencé pendant le Ramadan, or le Ramadan, dans la tradition musulmane, est un mois de jihad et de martyr. C’est ce que rappellent des savants musulmans très clairement.
La jeunesse palestinienne est élevée dans cet esprit, l’esprit du jihad, et la haine des ennemis du Prophète. On consultera à ce propos le travail de Impact-se (Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education)
Ce n’est pas donc le litige de Cheikh Jarrah, dont Polony balaie d’un revers de phrase l’aboutissement légal, cautionné par la Cour Suprême d’Israël (où siègent des juges juifs et arabes), mais la propagande antijuive qui s’est renforcée dans les médias arabes depuis le mois de mars et qui a coïncidé à la fois avec le Ramadan et les élections annulées par Abbas.
Sa remarque sur les Arabes expulsés de leurs maisons et qui n’auraient pas eu les mêmes droits que les juifs est complètement déplacée, elle est fondée sur la méconnaissance du contexte historique. Quelques rappels historiques :
En 1948, le 15 mai 1948, le Premier Ministre d’Irak déclara à la presse à Bagdad : « Nous écraserons le pays avec nos fusils et nous détruirons tout lieu où les Juifs chercheront refuge. Les Arabes devront emmener leurs femmes et leurs enfants à l’abri pendant le danger, après quoi toute la Palestine sera à eux. »
Les 18 et 24 mars 1948, le recteur d’Al-Azhar au Caire déclara : « Nous jetterons à la mer les bandes de sionistes criminelles et il ne restera plus ainsi un seul Juif en Palestine. Pour que nos armées victorieuses puissent accomplir leur mission sacrée sans s’exposer à faire des victimes parmi nos frères arabes, il faut que ceux-ci quittent provisoirement le pays, afin que nos combattants exercent, dans une liberté totale, l’œuvre d’extermination. »
Le 16 mai 1948, le haut commandement des volontaires arabes pour la libération de la Palestine lance cet appel à Radio Le Caire : « Frères arabes de Palestine, nos armées libéreront en quelques jours le territoire sacré profané par les bandes criminelles athées. Afin que les Juifs, mille fois maudits par Allah, ne se vengent pas sur vous avant leur anéantissement total, nous vous invitons à être nos hôtes. Les Arabes vous ouvrent leurs foyers et leurs cœurs. Nous vaincrons les infidèles, nous écraserons les vipères. Votre patrie, purifiée par vos frères, vous accueillera à nouveau dans la joie et l’allégresse. »
Beaucoup d’Arabes sont partis en attendant l’extermination d’Israël.  Les « réfugies expulsés » palestiniens sont la conséquence des guerres qu’Israël n’a pas initiées. Autre chose, ces « réfugiés » n’ont jamais été intégrés dans leurs pays d’accueil lorsque ces pays sont arabes (Liban, Iraq, Syrie, etc.). Les pays arabes les ont toujours maintenus dans ce statut, d’une part pour qu’ils ne puissent pas bénéficier des droits civiques (par exemple, le statut des Palestiniens en Iraq[3]) d’autre part, pour les avoir comme moyen de pression sur l’ONU afin de délégitimer Israël. 
Par ailleurs, un autre échange de populations a eu lieu dont on n’entend pas parler dans les médias. Entre 1940 et 1970, 900 000 Juifs ont été chassés des pays arabes — et spoliés. 600 000 se sont installés en Israël. Eux, ils n’ont aucun droit de demander la restitution de leurs biens dans les pays dont ils ont été chassés. Pourquoi ne pas le rappeler ? Il s’agit ici de faits vérifiables, attestés et documentés par les historiens, voir les travaux de Shmuel Trigano et Georges Bensoussan sur les Juifs du monde arabe...
L’édito parle des destructions, il pourrait indiquer que le Hamas a enterré des milliards d’euros dans les territoires qui sont les siens et que, au lieu d’en faire un paradis sur terre (car aucun pays au monde n’a reçu autant de subventions que Gaza et l’OLP) depuis 1948, il a rendu Gaza misérable.
Tsahal a détruit un système gigantesque de tunnels : une ville souterraine entière avec un équipement militaire qui coûte des millions de dollars, des  plateformes de  tirs, des armes. Le service de presse de l’IDF a annoncé que, depuis le début de l’opération, l’armée israélienne a détruit cent kilomètres de tunnels. Ce système, dont le seul et unique  but est d’exterminer les Juifs, est appelé « le métro » à Gaza. Pour comparer, le système d’exploitation du métro avec d’autres villes, car vous aimez comparer, par exemple, le métro de Rome (60 km), de Kiev (67,6 km) ou, mettons, de Saint-Pétersbourg (120km). À Gaza, c’est 100km de tunnels qui ont été détruits !
Sur les 4500 roquettes que le Hamas a lancées sur Israël, un bon quart est tombé dans la Bande sans atteindre sa cible. Il n’existe aucune preuve que les enfants enfouis sur leurs maisons ne soient pas victimes de « tirs amis » !"
Le 30 juin 2016, Hallel Yaffa Ariel, âgée de treize ans, de Kiriat Arba, a été mortellement poignardée dans son lit par un Palestinien de 17 ans qui s'était infiltré dans son domicile. "Dans sa chronique du matin", Natacha Polony, avec "une pointe de désinformation exonératrice", avait déclaré : ” La famille de la petite israélienne proclame le droit du peuple juif sur la terre biblique, quitte à expulser les Palestiniens. “ Si on la comprend bien, le tueur avait frappé pour ne pas être expulsé de sa terre. Israël imagine-t-il, prétend-il, prépare-t-il une quelconque expulsion des Palestiniens ?" (Jean-Pierre Bensimon, 4 octobre 2016) La famille du terroriste reçoit une allocation mensuelle. Sa mère a exprimé sa fierté en qualifiant son fils de "héros". 

Le 28 mai 2021, The New York Times a publié en Une, sous le titre "They Were Just Children" (Ils n'étaient que des enfants) les photographies d'enfants palestiniens qui auraient été tués par l'armée israélienne durant ce conflit. Or, il s'agissait d'un montage incluant aussi des visages d'enfants palestiniens toujours vivants ou de victimes gazaouies de tirs du Hamas ou du Djihad islamique. Directeur d'honneur de l'Anti-Defamation League (ADL) a annulé son abonnement à ce quotidien en justifiant son acte par son indignation suscitée par ce blood libel. Il a twitté : "Today’s blood libel of Israel and the Jewish people on the front page is enough." 

Le 5 août 2021, Sami Hamadouche, candidat du Rassemblement national (RN) ayant figuré sur la liste d'Andréa Kotarac (RN) lors des dernières élections régionales dans la Loire, a twitté : "Le nez de Benhamou est le nez d'un fabriquant de poison. Il veut en mettre dans tous les bonbons des enfants".

Le 6 août 2021, la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) a twitté en illustrant son post de copies-écrans de twitts sde Sami Hamadouche : 
"Le #RN s'enorgueillit-il vraiment des ambitions du militant #Hamadouche qui parle du "juif", du nez du juif, de l'empoisonneur d'enfants, du juif oligarque, etc. et qui pense éteindre tout soupçon d'antisémitisme le concernant en mettant en avant son ascendance ? #JeNeCroisPas".
Le 16 août 2021, Sami Hamadouche a appelé "au rétablissement du national-socialisme pour redonner le "privilège au peuple avant les étrangers". Il a également assuré que "la France prévaut sur le reste du monde est de l'humanité".

Le 28 septembre 2021, Mohammed El-Kurd, écrivain, correspondant de The Nationa twitté en l'illustrant notamment par quatre photographies de l'incident "al-Dura" : 
"Today marks 21 years since the start of the Second Intifada. Glory to those who resisted and sacrificed. Glory to the martyrs, the women and men whose makeshift weapons confronted artilleries, the children whose stones intimidated tanks. The struggle continues, until liberation." (Aujourd'hui, marque le 21e anniversaire du début de la deuxième Intifada. Gloire à ceux qui ont résisté et se sont sacrifiés. Gloire aux martyrs, aux femmes et aux hommes dont les armes de fortune affrontaient les artilleries, aux enfants dont les pierres intimidèrent les chars. La lutte continue, jusqu'à la libération.)

Ce même jour, Yoseph Haddad, journaliste pour i24News en arabe, militant arabe chrétien israélien pour la coexistence, Président de l'association "Together - Vouch for Each Other", a retransmis ce twitt en le commentant : "Muhammad al-Kurd, un activiste du réseau palestinien de Sheikh Jarrah qui a été choisi par le magazine Time comme l'une des 100 personnes de l'année, fait l'éloge de la deuxième Intifada. Oui, les kamikazes qui ont assassiné plus d'un millier d'Israéliens, les lynchages à Ramallah, les actes terroristes contre des civils innocents. Il ne devrait pas être sur la liste des personnes de l'année mais sur la liste des personnes recherchées !"


Gérard Huber. Contre-expertise d’une mise en scène. Editions Raphaël. Paris, 2003. 242 pages. ISBN : 2-87781-066-6


Visuel :
Le Sacrifice d'Abraham par Rembrandt (1635)
huile sur toile, 193 x 133
Musée de l' Hermitage, St. Petersbourg

A lire sur ce blog :
La justice française se prononcera sur les images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura »
Interview de l'historien Richard Landes sur l'affaire al-Dura
Pas d’antisémitisme en France ?
Le sénateur Jean-Pierre Plancade a interpellé Rémy Pflimlin, futur président de France Télévisions, sur l’affaire al-Dura
Qui a tué Mohamed al Dura ? (2001) Documentaire de Esther Schapira. DVD, ASIN: B000E6TYTI
Dossier de Media-Ratings sur l'affaire al-Dura
Revue de presse sur l'affaire al-Dura
Dossier sur l'affaire al-Dura par CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America)
Dossier sur l’affaire al-Dura par HonestReporting
Sites de l'historien américain Richard Landes :
http://www.seconddraft.org/movies.php
http://www.theaugeanstables.com/
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié pour la première fois sur ce blog le 14 août 2010 et modifié le 25 novembre 2011. Il a été republié le 27 novembre 2011 à la mémoire de Gérard Huber (1946-2011). Décédé le 24 novembre 2011, Gérard Huber a été enterré au cimetière de Bagneux le lundi 28 novembre 2011 à 15 h 30. J'ai alors adressé mes condoléances à sa femme Danièle, et à ses enfants Jenny, Paul, Constance et Thomas-Elie.
Article republié le 21 janvier 2012, puis le 29 septembre 2021.

lundi 27 septembre 2021

Mathieu Kassovitz

Né en 1967, Mathieu Kassovitz est un acteur - "Regarde les hommes tomber" de Jacques Audiard (1994), "La Cité des enfants perdus" de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet (1995), "Un héros très discret" de Jacques Audiard (1996), "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet (2001), 
« Amen. »"Munich" -, scénariste, monteur, producteur et réalisateur - "Métisse", "La Haine" - français d'origine juive hongroise. Politiquement engagé, il a multiplié les déclarations controversées. Arte diffusera le 1er octobre 2021 « La haine » (Hass) de Mathieu Kassovitz avec Vincent Cassel, Hubert Koundé, Saïd Taghmaoui


Mathieu Kassovitz est né en 1967 à Paris dans une famille d'artistes. 

Son père 
Peter Kassovitz, Juif hongrois, acteur, réalisateur et producteur né en 1938 à Budapest (Hongrie), fils du dessinateur hongrois Félix Kassowitz, a fui la Hongrie lors de l'insurrection de Budapest (Hongrie) en 1956. Après avoir débuté à l'ORTF, il a réalisé "Au bout du bout du banc" (1979) avec Jane Birkin, Victor Lanoux et Georges Wilson, "Drôles d'oiseaux" (1991) avec Bernard Giraudeau, Patrick Chesnais, Ticky Holgado et "Jakob le menteur" (Jakob the liar) (1998) avec Robin Williams, Armin Mueller-Stahl, Alan Arkin, adapté avec Didier Decoin d'un roman de Jurek Becker.

Son grand-père Félix Kassowitz (1907-1983) était un dessinateur hongrois qui signe « Kasso ». Il a débuté comme dactylographe pour divers journaux. De 1930 à 1932, à Paris, il est caricaturiste pour Le Rire, Marianne, Le Petit Journal et L'Intransigeant. Puis, il revient à Budapest où il illustre le Vasárnapi Ujság. Vers 1935, avec Gyula Macskássy, il est un des pionniers du film d'animation hongrois, en particulier pour la publicité. Dans le milieu avant-gardiste budapestois, il côtoie György Szénásy et János Halász, se lie avec les artistes de Szentendre - Jenő Barcsay et Dezső Korniss -, noue des liens d'amitié avec Lajos Vajda et Endre Bálint. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il est détenu dans un camp de travail en 1943, puis déporté avec son épouse comme Juifs. Rescapé de la Shoah, le couple retourne dans la capitale hongroise. Félix Kassowitz devient membre du Parti des travailleurs hongrois. Dès la fin des années 1940, il entre dans les rédactions des revues Ludas Matyi et Képes Hét, et crée des dessins pour les journaux Füles, Népszabadság, Szabad Száj et TükörEn 1956, il abandonne le parti communiste et se concentre sur sa carrière de dessinateur. En 1957, est publié le recueil de caricatures Dessins de Kasso, et, dès les années 1960, il crée des affiches publicitaires. Il reçoit le Prix Munkácsy 1968.

Sa mère 
Chantal Rémy est une monteuse de films française catholique. 

Au début des années 1990, Mathieu Kassovitz mène une carrière d'acteur et de réalisateurs de courts-métrages, Fierrot le Pou, Cauchemar blanc et Assassins.

Premier long métrage qu'il réalise, "Métisse" (1993), est influencé par Do the Right Thing (1989) de  Spike Lee,

Succès critique et commercial, récipiendaire de trois César, dont celui du Meilleur film et du Meilleur montage, "La Haine" rend Mathieu Kassovitz célèbre comme réalisateur.

En 1997, sort "Assassin(s)" de Mathieu Kassovitz qui réalise aussi des clips publicitaires - pour le parfum Miracle de Lancôme (2001), "Protégeons les humains, pas les frontières" pour le Collectif pour une Nation Refuge (CNR) en 2017 -, en 2000 "Les Rivières pourpres", thriller avec Jean Reno et Vincent Cassel et en 2003 "Gothika", thriller fantastique avec Halle Berry et Penélope Cruz, et en 2011 "L'Ordre et la Morale". Mécontent de l'accueil public de ce film et de son unique nomination aux Césars, il twitte : « J'encule le cinéma français. Allez vous faire baiser avec vos films de merde. »

Dans sa filmographie d'acteur : "Au bout du bout du banc" de Peter Kassovitz (1979), "L'Année prochaine... si tout va bien" de Jean-Loup Hubert (1981), "Maigret chez les Flamands" de Serge Leroy (1992), "Regarde les hommes tomber" de Jacques Audiard (1994) - l'interprétation de Mathieu Kassovitz est distinguée par le César du Meilleur espoir masculin 1995 -, "La Cité des enfants perdus" de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet (1995), "Un héros très discret" de Jacques Audiard (1996), "Mon homme" de Bertrand Blier (1996 ), "Le Cinquième Élément" de Luc Besson (1997), "Le Plaisir (et ses petits tracas)" de Nicolas Boukhrief (1998 ), "Jakob le menteur" de Peter Kassovitz (1999), "Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet (2001), "Nadia" (Birthday Girl) de Jez Butterworth (2001), "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre" de Alain Chabat (2002), "Amen." de Costa-Gavras (2002), "Munich" de Steven Spielberg (2005), "Avida" de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2006), "Piégée" (Haywire) de Steven Soderbergh (2012), "Le Guetteur" de Michele Placido (2012), "Angélique" d'Ariel Zeitoun (2013), "Vie sauvage" de Cédric Kahn (2014), "Valérian et la Cité des mille planètes" de Luc Besson (2017), "Happy End" de Michael Haneke (2017), "Banlieusards" de Kery James et Leïla Sy (2019), "Les Choses humaines" de Yvan Attal, "The Way of the Wind" de Terrence Malick et "Lui" de Guillaume Canet (2021).

Pour la télévision, Mathieu Kassovitz, également producteur (MNP Entreprise) a tourné dans "Maigret chez les Flamands" de Serge Leroy (1992), "Guerre et Paix" (War & Peace) de Tom Harper (2015) et dans Le Bureau des légendes (BDL), série télévisée française créée et produite par Éric Rochant diffusée depuis 2015 sur Canal+ - il interprète le rôle principal, celui de Guillaume Debailly alias Malotru, agent de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE).

Des déclarations politiques de Mathieu Kassovitz ont suscité des polémiques. En 2009, il a exprimé des théories complotistes concernant les attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 et a rencontré au Liban Thierry Meyssan. Le 15 octobre 2009, durant l’émission de radio « Les Grandes Gueules » sur RMC, Mathieu Kassovitz a déclaré concernant l’avion AA77 qui s'était écrasé sur le Pentagone : « Si vous connaissiez bien le sujet, vous devriez savoir combien il y avait de passagers dans cet avion… Il y avait 49 passagers dans cet avion dont les deux tiers étaient des gens affiliés au gouvernement d’une certaine façon, soit au FBI, soit à Lockheed Martin, soit au monde de l’aviation ». Quelques secondes plus tard, Kassovitz persistera à déclarer que « cet avion était rempli de 49 personnes », ajoutant que cela « est extrêmement rare pour un avion qui fait ce genre de vols [car] normalement ils sont remplis »…

Le 26 octobre 2015, Mathieu Kassovitz a twitté : "Netanyahu est un mauvais juif". Devant les commentaires d'Israéliens francophones favorables au Premier ministre israéliens, il a supprimé son twitt.

"Qui a tué ces enfants juif? Sommes nous certain que c'est Merah et doit on croire la version officielle malgré les zones d'ombre?», a twitté Mathieu Kassovitz [en juin 2012]. Cette sortie fait suite à la plainte du père de Mohamed Merah déposée lundi pour meurtre. Son avocate, Zahia Mokhtari affirme détenir des preuves, notemment avec deux vidéos amateurs, de la «liquidation» de Merah par le Raid... Mathieu Kassovitz réunit ensuite sur internet plusieurs coupures de presse et s'adresse une fois de plus à la communauté web: «Assez d'éléments troublants réunis en 10 mn pour s'autoriser à poser des questions sans se faire traiter de conspirationiste ou d'antisémite.»

Avant le second tour de l'élection présidentielle de 2017, il a appelé à voter pour Emmanuel Macron, candidat de La République en marche. Apprenant le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, à Marine Le Pen, présidente du FN, Mathieu Kassovitz a qualifié, sur Twitter, de « trou du cul » Nicolas Dupont-Aignan. Celui-ci a annoncé qu'il allait porter plainte contre ce genre de « donneurs de leçons qui se comportent comme des racailles ».

Le 24 décembre 2017, des forces de l'ordre nantaises saisissent sept grammes de résine de cannabis dans un hôpital, et Mathieu Kassovitz a qualifié sur Twitter les policiers de « bons à rien » et de « bande de bâtards ». Le député Éric Ciotti (Les Républicains) exhorte dans une lettre ouverte que l'Etat poursuive judiciairement l'auteur de ce twitt, et reçoit les insultes du réalisateur. Celui-ci est condamné le 18 septembre 2019 pour injure publique à une amende de 1 000 euros et à verser un euro de dommages et intérêts à chacun des dix-sept agents, parties civiles, par le Tribunal correctionnel de Paris. Lors de l'audience, Mathieu Kassovitz a regretté la "susceptibilité" des policiers, a déclaré n'avoir pas voulu "blesser" : "Moi, j'ai été éduqué beaucoup dans la rue. La 'bande de bâtards', ce n'est pas une insulte, je l'utilise aussi pour les amis". Il a ajouté subir "des violences policières" depuis ses 25 ans et lutte dans ses films pour inviter à un "respect" mutuel entre jeunes et policiers.

15 mai 2018. Arno Klarsfeld et Mathieu Kassovitz "débattent. Via Twitter, l'avocat et le comédien montrent un avis contrasté. Arno Klarsfeld, Franco-Israélien, estime que « si des dizaines de milliers de Palestiniens excités par le Hamas détruisaient la clôture et passaient en Israël ce serait un carnage et Israël, sans frontières, cesserait d'exister ». Ce à quoi le comédien Mathieu Kassovitz a réagi : « aucune légitimité à ce massacre, aucune excuse pour le justifier. L'armée a tiré et tué des civils non armés qui se révoltent pour demander à être entendus. Enfants compris ».

"Dans une interview accordée au Parisien ce mardi 4 août 2020, le créateur du film ‘La Haine’ est revenu sur les émeutes racialistes liées à Black Lives Matter et à Adama Traoré, décédé en 2016 lors d’une interpellation policière. Selon lui, « il y aurait un film à faire sur l’histoire d’Assa Traoré (la sœur d’Adama), son combat, la violence étatique autour de cette histoire, le manque d’éthique et de respect pour des gens qui souffrent… » Pour Mathieu Kassovitz, ces sujets n’auraient « pas changé depuis vingt-cinq ans ». 

"Il revient notamment sur sa rencontre avec le réalisateur Ladj Ly, « dont (il est) fan et dont le travail de photographe a été inspiré par l’affiche de ‘La Haine’ », dit-il. Pour rappel, Ladj Ly, qui a connu le succès avec Les Misérables en novembre dernier, avait été condamné à trois ans de prison pour « complicité d’enlèvement et séquestration » dans une affaire remontant à janvier 2009. Mathieu Kassovitz qualifie son confrère de « Noir de quartier, qui a fait de la prison, qui s’en est sorti ». D’après le raisonnement du réalisateur de La Haine, « si son film (celui de Ladj Ly) résonne autant – plus que le (s)ien » – Les Misérables a en effet reçu onze nominations aux Césars, « c’est parce que les mecs des quartiers ont enfin leur voix », pense-t-il."

"Toutefois, lorsque Le Parisien lui rappelle qu’il a signé en février dernier une tribune « dénonçant la sous-représentation des acteurs afro descendants dans le cinéma français », Mathieu Kassovitz regrette. « Je n’aurais pas dû » car selon lui, « ce n’était pas la bonne année ». En effet, le franco-marocain Roschdy Zem avait remporté le César du meilleur acteur et « Les Misérables » celui du meilleur film. Cependant, il se reprend en assurant que c’est un « problème de manière générale ». « En France, contrairement aux Etats-Unis, on ne peut pas obliger les gens à en engager d’autres parce qu’ils sont Noirs. Mais l’intégration se fera de manière organique. » Mais Mathieu Kassovitz pense que la situation serait apparemment courue d’avance… « De toute façon, la France est métissée : les racistes ont perdu leur combat, leur discours est obsolète », lâche-t-il."

“Je n'aime pas Macron, je n’aime pas du tout le Premier ministre. Ce sont des ordures, ces gens-là. Ce sont des gens qui n’ont rien compris, qui n’ont aucune empathie, qui ne font jamais évoluer la société. S’ils ne se font pas virer et remplacer par des gens qui ont une humanité en eux, on ne va aller nulle part. Sauf que dans cette pandémie [de coronavirus], je suis juste content parce que s’ils avaient rouvert les cinémas, les restaurants, juste pour que l’économie aille mieux, pour qu’on vote pour eux, pour qu’on soit heureux, et que mon père meurt, je leur en aurait voulu. Donc, heureusement qu’ils ont fait fermer ces lieux”, a déclaré Mathieu Kassovitz sur RMC (16 décembre 2020). 

« J'ai l'impression d'être en 1990, j'ai l'impression d'avoir déjà eu cette conversation et de l'avoir déjà vu à la télé des centaines de milliers de fois. [...] Tout ce dont vous parlez là ce sont des faits divers», a défendu le réalisateur de La Haine», [en mai 2021] regrettant qu'il y aura toujours des actes similaires commis par «des fous, des criminels» dans notre société. Relancé par David Pujadas à propos des «caillassages» de véhicules de pompiers, Mathieu Kassovitz a estimé qu'il s'agissait «d'un autre niveau de frustration» de la part de jeunes des quartiers, en insistant sur le fait qu'il s'agissait d'une minorité d'entre eux".

"Outre la réponse cinglante de Mathieu Vallet, le secrétaire national adjoint du Syndicat indépendant des commissaires, en plateau, le point de vue du cinéaste de 53 ans a fait réagir. «Mathieu Kassovitz est l'archétype du grand bourgeois se prenant pour un révolté. Gosse de riches, études dans des établissements cotés entre privilégiés, maintenant millionnaire. C'est un idéologue fasciné par la #Racaille qu'il n'a jamais côtoyée», estime le syndicat Synergie Officiers sur Twitter."

«Non monsieur #Kassovitz les caillassages de #pompiers et de #policiers ne sont pas un “moyen d'expression d'une frustration” mais l'attaque physique de femmes et d'hommes au service des autres et de la paix publique», a écrit de son côté le Syndicat majoritaire des Cadres de la Sécurité Intérieure.

"La Haine"
Arte diffusera le 1er octobre 2021, dans le cadre de la programmation spéciale "culture hip-hop",  « La haine » (Hass) de Mathieu Kassovitz (1995). Musique signée par Assassin, groupe de hip-hop français.  

« Ce matin-là, les Muguets, cité de la banlieue parisienne apparemment sans problèmes, se réveille en état de siège... Le film culte de Mathieu Kassovitz, fable urbaine qui cristallise les tensions sociales des cités,  toujours d'actualité. Avec Vincent Cassel, Hubert Koundé et Saïd Taghmaoui. »

« 10 h 38 du matin. Les Muguets, cité de la banlieue parisienne apparemment sans problèmes, se réveille en état de siège. Toute la nuit, les jeunes du quartier se sont battus contre les forces de l’ordre. La veille, au cours d’un interrogatoire, Abdel Ichah, 16 ans, a été blessé par un inspecteur de police. Il est depuis dans le coma. Galvanisés par la haine du système, Hubert, Saïd et Vinz, trois amis qui ne se quittent jamais, vont vivre la journée la plus importante de leur vie... »

« Avec ses plus de 2 millions d’entrées en France, ses trois César, son prix à Cannes et la vive polémique qu’il suscite – La haine serait un film "antiflics", fait largement démenti par certains personnages policiers du film –, le deuxième long métrage de Mathieu Kassovitz devient immédiatement culte ».

«"Il ne nous appartient plus", résume dès sa sortie le cinéaste, alors âgé de 28 ans ». 

« Pourtant, même si vingt-six ans après sa sortie La haine reste un manifeste social qui fait puissamment écho aux violences policières et aux tensions dans les cités, c'est son esthétique qui saute désormais aux yeux ». 

« Restituée dans un sublime noir et blanc – fabriqué au montage –, la banlieue est ici "fantasmée". » 

« Une vision positive que l’on reprochera au réalisateur, qui fait de Paris le réel théâtre de la violence sociale ». 

« Son trio composé d’un Noir, d’un Juif et d’un Arabe, jugé improbable par les critiques, a une vocation universelle, et sa réalisation, une ambition tout américaine : plans-séquences inspirés de Scorsese, multiplication des effets, soin minutieux apporté au verbe des personnages et à la musique, dont le fameux mix, signé Cut Killer, entre "Fuck la police" de NTM et "Je ne regrette rien" de Piaf… » 

"C'est la mort de Makomé, dans un commissariat du 18e, qui a tout déclenché. Je me suis demandé comment un mec pouvait se lever, le matin, et mourir, le soir, de cette façon. La Haine n'est pas un film sur la banlieue, mais sur les bavures policières ou, plus exactement, sur la société qui autorise et suscite ces bavures. C'est pour cela que j'ai choisi ce trio, pour bien montrer que ce n'est pas les Arabes ni les Noirs contre la police, mais toute une jeunesse de banlieue qui n'en peut plus", a expliqué Mathieu Kassovitz (Télérama, 31 mai 2015).

Il a réfuté avoir choisir un trio "politiquement correct" : "Si on calculait tout, on ne ferait plus de film. Non, je n'ai pas cherché à établir un panel. Vinz aurait pu être portugais, mais il se trouve que je ne connais pas du tout les Portugais. Pour les flics, si tu ne montres que des Blancs, on pourrait croire que toute la police est blanche. Or c'est faux. Il faut donc mettre un peu de tout, mais sans trop réfléchir. Juste pour qu'on comprenne que ce n'est pas les Français de souche contre les autres, mais la police contre les jeunes. Sans distinction de race... Que ce soit Saïd Taghmaoui, qui vient de la cité des 3 000, Hubert Koundé, qui vient aussi de banlieue, Vincent Cassel et moi, qui n'y avons pas grandi, le langage, on le connaît tous. On le tient, pas de problème. En revanche, aucun d'eux ne correspondait à son personnage... Je n'ai pas eu l'Avance sur recettes, parce qu'ils m'avaient demandé de réécrire le scénario. Je leur ai dit d'aller se faire voir. Ces gens qui ne te connaissent pas et qui se permettent de critiquer ton scénario, c'est ordurier. Un scénario, c'est rien, c'est bon à jeter à la poubelle, une fois écrit".

"Ce film, il a coûté 15 millions de francs. On aurait pu le faire pour 300 000 francs, mais ç'aurait été un autre film. Moi, je ne voulais pas un « film de cité », tourné avec des bouts de ficelle. Je voulais que le sujet soit pris au sérieux, que le spectateur sente qu'il n'a pas affaire à des rigolos qui mettent leur casquette de travers et qui font « yoyo ». C'est une fiction très travaillée, pas un reportage sur la vie des cités... Je ne voulais pas d'une cité infernale, avec de la came, où tu ne peux pas filmer, parce que des mecs te tirent dessus. Je n'avais pas besoin de cette pression. Je ne voulais pas non plus d'immeubles défoncés. On connaît ces images-là. La cité où j'ai tourné est en meilleur état. Mais ce n'est pas parce qu'on installe des paniers de basket dans une cité que les jeunes sont moins énervés, au contraire. On leur met des paniers en métal, incassables. Les immeubles sont ravalés, mais la vie est la même. On a simplement repeint la cage du zoo. Et quand on approche, on voit des mômes en armes", a poursuivi Mathieu Kassovitz.

Et le réalisateur de préciser : "On est arrivé trois mois à l'avance, on dormait sur place. Trois mois, c'était le temps nécessaire pour faire comprendre qu'on n'était pas une équipe de Navarro [série policière télévisée (1989-2007), Ndlr]. Les jeunes des cités en ont forcément ras le bol de l'image qu'on donne d'eux. Certains n'ont pas voulu entrer en contact avec nous. Mais la confiance s'est installée petit à petit. J'espère qu'il ne le regretteront pas. Bien sûr qu'on a eu quelques galères, mais je n'ai pas envie d'en parler. L'important, c'est les trois cents figurants et la dizaine de mecs pour la régie, qu'on a embauchés sur place. Ça a été une sacrée expérience, pour eux comme pour nous".

Et de conclure : "Je n'ai pas fait un film contre les policiers, mais contre le système policier. Ils devraient avoir dix ans de formation, les flics, avant qu'on leur donne un flingue. Il faudrait qu'ils soient bien payés, qu'ils aient des locaux vivables. Il y a parmi eux un taux de suicides énorme. Ceux qui entrent dans la police parce qu'ils veulent faire régner l'ordre, au sens noble du terme, s'aperçoivent très vite que ça ne marche pas comme ça. Entre les jeunes et la police, entre les jeunes et la société, le respect s'est perdu. Si les politiques respectaient la banlieue, la banlieue respecterait les politiques."

"Œuvre culte en citant deux autres – Scarface et Taxi DriverLa Haine reste néanmoins un film d’avant 2000, et pas seulement parce qu’on n’y voit pas un seul téléphone portable. Encore dans l’euphorie de l’idéal black-blanc-beur, le film n’évoque pas une seule fois la question religieuse. Pas l’ombre d’une fille voilée – pas de filles du tout d’ailleurs – pas l’ombre d’un barbu ou d’un Coran", a analysé Marie-Claude Martin (Le Temps,19 juillet 2016).

« Prix de la mise en scène, Cannes 1995 – Meilleurs film, montage et producteur, César 1995. À revoir, pour agiter les consciences tout autant que pour le plaisir du cinéma. »

Quelques décennies plus tard, ce trio "Black Blanc/Juif Beur" d'une cité de banlieue, un de ces territoires perdus de la France ou de la République, semble peu crédible. Le film accrédite l'idée infondée de "violences policières". Des policiers sont caillassés ou brûlés vifs dans leur voiture. La justice relaxe les groupes musicaux appelant à tuer des policiers. 


« Amen. »
« Amen. » (Der Stellvertreter) est un film réalisé par Constantin Costa-Gavras (2002). « Pendant la guerre, un officier de la Waffen SS tente d'alerter le pape Pie XII du génocide dont les Juifs sont victimes... Un pamphlet poignant signé Costa-Gavras, avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz et Ulrich Mühe, éblouissants ».
   
« Kurt Gerstein est un officier de la Waffen SS, spécialisé dans la chimie et ses applications sanitaires. En Pologne, il découvre avec horreur que le gaz avec lequel il approvisionne les camps, le Zyklon B, sert en réalité à exterminer les Juifs en masse. Il décide d'alerter le Vatican pour que le pape condamne ouvertement ces crimes. Il trouve à Berlin une oreille attentive en la personne d'un jésuite, dont le père est haut placé dans la hiérarchie laïque de l'Église. Ils se rendent tous deux à Rome... »

Prix Lumières 2003 du Meilleur film, « César du meilleur scénario original ou adaptation en 2003, important succès public et critique à sa sortie, Amen est un véritable choc, dans la lignée des grands films politiques de Costa-Gavras (Z, L'aveu, Porté disparu) ». 

La pièce de théâtre Le vicaire (Der Stellvertreter) du dramaturge Rolf Hochhuth (1963), a été créée au théâtre de l'Athénée (Paris) dans une adaptation de Jorge Semprun.  Adapté de cette oeuvre, « le film dénonce la passivité de l'Église catholique et du pape Pie XII face au génocide des Juifs ».

« Pour autant, Costa-Gavras ne charge pas uniquement le Vatican et critique également l'attitude des puissances alliées, informées elles aussi des crimes nazis ». 

« Si les autorités religieuses l'ont accusé de fausser la réalité historique et de faire l'amalgame entre catholicisme et nazisme (en raison de l'affiche controversée du film, ornée d'un symbole mêlant croix chrétienne et croix gammée), Amen, notamment grâce à ses deux interprètes principaux, est une œuvre poignante et juste sur la lâcheté ». 

« Mathieu Kassovitz se montre parfait en jésuite naïf et idéaliste, tout comme Ulrich Tukur en officier SS ambigu. Face à eux, Ulrich Mühe, l'inoubliable agent de la Stasi dans La vie des autres, incarne avec subtilité un médecin directeur de camp inspiré du tristement célèbre docteur Mengele ».

L’action de Kurt Gerstein a été analysée par divers historiens, en particulier Léon Poliakov, Raul Hilberg et Saül Friedlander. 

Kurt Gerstein est réapparu dans l’actualité lors de la restitution en 2008 d’un tableau de Matisse peint en 1898, Paysage, le mur rose (de l’hôpital d’Ajaccio), qui avait été volé à un Juif allemand, Harry Fuld, et qui avait été retrouvé en 1948 dans une cache de Kurt Gerstein.

A quand une œuvre cinématographique sur le rôle de dirigeants musulmans, dont le grand mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, dans la Shoah ?


"Munich"
"Munich" est un film réalisé par Steven Spielberg (2005). 

"A Munich, en 1972, un commando de terroristes palestiniens affilié au groupe «Septembre noir» prend en otages des athlètes israéliens. L'opération tourne au carnage. Aussitôt, Golda Meir, Premier ministre israélien, prend la décision de répliquer. Avner, un jeune agent du Mossad, reçoit l'ordre de retrouver et d'éliminer les membres de «Septembre noir» qui sont considérés comme les commanditaires de l'attentat. Il change d'identité et quitte Tel Aviv en laissant sa femme enceinte. Arrivé en Europe avec un commando de quatre hommes, il tente d'entrer en contact avec le mystérieux «Papa», qui devrait lui permettre de localiser les terroristes..."



« La haine » de Mathieu Kassovitz
France, 1995, 1 h 34mn
Scénario : Mathieu Kassovitz
Production : Les Productions Lazennec, Le Studio Canal+, Kasso Inc. Productions, La Sept Cinéma
Producteur : Christophe Rossignon
Image : Pierre Aïm
Montage : Mathieu Kassovitz, Scott Stevenson
Musique : Assassin
Avec Vincent Cassel (Vinz), Hubert Koundé (Hubert), Saïd Taghmaoui (Saïd), Abdel Ahmed Ghili (Abdel), Edouard Montoute (Darty), Solo Dicko (Santo), Héloïse Rauth (Sarah), Benoît Magimel (Benoît), Choukri Gabteni (le frère de Saïd), Félicité Wouassi (la mère d'Hubert), Fatou Thioune (la soeur d'Hubert)
Sur Arte le 1er octobre 2021 à 20 h 55
Visuels :
Vincent Cassel (Vinz), Hubert Koundé (Hubert) et Saïd Taghmaoui (Saïd) dans " La Haine" de Matthieu Kassovitz
Vincent Cassel (Vinz) dans " La Haine" de Matthieu Kassovitz
Vincent Cassel (Vinz) et Hubert Koundé (Hubert) dans " La Haine" de Matthieu Kassovitz
© Le Pacte - D.R

« Amen. » par Constantin Costa-Gavras
France, Allemagne, Roumanie, 2002
Scénario : Constantin Costa-Gavras, Jean-Claude Grumberg
Production : Katharina Renn Productions, TF1 Films Production, KC Medien, K.G. Productions, Canal+
Producteur/-trice : Michèle Ray-Gavras
Image : Patrick Blossier
Montage : Yannick Kergoat
Musique : Armand Amar
Auteur : Rolf Hochhuth
Costumes : Edith Vesperini
Avec Ulrich Tukur (Kurt Gerstein), Mathieu Kassovitz (Riccardo Fontana), Ulrich Mühe (Docteur), Marcel Iures, Friedrich von Thun, Sebastian Koch, Hanns Zischler, Michel Duchaussoy, Ion Caramitru
Sur Arte le 9 décembre 2019 à 01 h 55

2005

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Les citations sur le film sont d'Arte. Cet article a été publié le 7 décembre 2019.