Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 31 juillet 2019

La Fraction Armée rouge (RAF) allemande


La Rote Armee Fraktion (Fraction Armée rouge), mouvement gauchiste terroriste allemand créé en 1968 par Andreas Baader et Ulrike Meinhof, actif de 1968 à 1998, et ayant établi des liens avec ses homologues palestiniens, notamment Septembre Noir, contre l’Etat d’Israël. Deux documentaires l'évoquent : « Une jeunesse allemande » (Eine deutsche Jugend) par Jean-Gabriel Périot et « L'Allemagne à l'heure de la RAF  » de Felix Moeller qu'Arte diffusera le 1er août 2019.

          
En 1968, en République fédérale d’Allemagne (RFA), Andreas Baader et Ulrike Meinhof fondent la Rote Armee Fraktion (Fraction Armée rouge, FAR ou RAF), mouvement gauchiste terroriste allemand, actif dans la contestation politique du régime démocratique jusqu’en 1998, année où il a opéré sa dissolution.

La FAR organise des attentats contre des grands magasins francfortois le 3 avril 1968. Arrêtés le lendemain, Andreas Baader, Gudrun Ensslin, Thorwald Proll et Horst Söhnlein sont condamnés le 31 octobre 1968 à trois ans de prison. Bénéficiant de la libération provisoire le 13 juin 1969, ils entrent dans la clandestinité. Baader est arrêté dès avril 1970, s’évade en mai...

Le 5 juin 1970, Agit 883 publie le texte « Bâtir l’armée rouge », insistant sur le caractère indispensable de la violence et promouvant la guérilla urbaine : « Favoriser la lutte des classes - Organiser le prolétariat - Commencer la résistance armée ». 

Les victimes de la FAR : des policiers allemands et néerlandais, des soldats américains, des attachés de l’ambassade de RFA à Stockholm (Suède), un procureur général et son chauffeur, un directeur de banque, Hanns Martin Schleyer, représentant du patronat allemand et ancien nazi, des douaniers hollandais, une cliente de banque tuée lors d’un braquage, etc.

En 1974, après s’être rendu à la prison où est détenu Baader à Stuttgart, le philosophe Jean-Paul Sartre s’indigne, lors d’une conférence de presse, des conditions d’emprisonnement des dirigeants de la FAR dans le quartier de haute sécurité de Stammheim. Mais il a confié à Daniel Cohn Bendit combien il trouvait Baader « con ».

Le 6 mai 1976, Ulrike Meinhoff se pend dans sa cellule.

Le 18 octobre 1977, les gardiens de la prison de Stammheim, à Stuttgart, découvrent Andreas Baader, âgé de 34 ans, Gudrun Ensslin, âgé de 34 ans, Jan-Carl Raspe, âgé de 32 ans, et Irmgard Möller, quatre membres de la FAR, inanimés dans leurs cellules du 7e étage de cette prison. Seule Irmgard Möller survit. Les trois autres succombent à leurs blessures par armes à feu ou pendaison. La police conclut à des tentatives de suicides. Ce même jour, la FAR tue Hanns Martin Schleyer qu’elle avait enlevé et séquestrait depuis le 5 septembre. Via Libération, la FAR informe que son cadavre se trouve à Mulhouse, en France. Peu auparavant, l’unité antiterroriste allemande GSG9 avait libéré à Mogadiscio (Somalie) les 91 otages du Boeing de la Lufthansa en tuant trois terroristes du commando « Martyr Halimeh » qui avait réclamé la libération des quatre détenus de la FAR.

« Une jeunesse allemande » 
« Une jeunesse allemande » (Eine deutsche Jugend) est un documentaire franco-allemand réalisé par Jean-Gabriel Périot (2016). « Un poignant et magistral récit en archives qui fait résonner au présent le choix de la lutte armée, après 1968, par une frange de la jeunesse allemande en révolte. »

« Quand je repense aujourd'hui, trente ans après, à l'automne 1977, je ne crois pas que notre attitude ait été erronée. Je n'en suis pas moins conscient que nous portons une part de responsabilité dans la mort de Hanns-Martin Schleyer », a écrit l'ancien chancelier Helmut Schmidt dans Ausser Dienst (éd. Siedler, Munich).

Ancien ministre vert des Affaires étrangères, Joschka Fischer, « qui, au début des années 1970, fit partie du milieu « alternatif » de Francfort, a expliqué qu'il comprit l'importance de la renonciation à la violence quand les membres du commando de Mogadiscio commencèrent à trier les passagers juifs et les non-juifs ».

Quant à Karl-Heinz Dellwo, il a participé à l’âge de 23 ans à la prise d’otages à l’ambassade de RFA à Stockholm en 1975. Il a été condamné en 1977 à une « double perpétuité » et a été libéré au terme de vingt ans de prison. A Hambourg, il dirige une société de production de films documentaires et a fréquenté les milieux altermondialistes. En 2007, il a expliqué son engagement par le contexte politique en RFA : mort de Benno Ohnesorg, étudiant tué par un policier en 1967 lors d'une manifestation contre la venue du Chah Mohammad Reza Pahlavi à Berlin-Ouest, « dialogue impossible entre les générations dans un pays sortant à peine de la dictature » nazie. 

« On a l'air de considérer que nous vivions alors dans une société heureuse et satisfaisante, comme s'il n'y avait pas eu de guerre du Vietnam ni de colonialisme, comme si la République fédérale n'avait pas été créée sur une histoire criminelle et comme si presque tous les nazis n'avaient pas été intégrés dans la nouvelle société. Un des aspects de la RAF est que nous avons voulu mener la résistance au nazisme que nos parents n'avaient pas faite. Je ne cherche pas à me justifier. Chaque mort était de trop et la violence révolutionnaire reste de la violence, mais je refuse d'entrer dans un débat qui renierait l'Histoire... Dans les années 1960, les mouvements de libération étaient tous liés à la lutte armée : la Fraction armée rouge n'est pas tombée du ciel. Il y a eu des actions, lors de la lutte armée, qui étaient incontestablement fausses et illégitimes et dont on doit avoir honte aujourd'hui. Mais nous avons passé des décennies en prison pour cela. Aujourd'hui, des journalistes m'appellent et, sans même s'être présentés, me demandent par trois fois si je regrette. Que nous ayons purgé de lourdes peines de prison ne leur suffit pas. Comme si nous en étions sortis intacts, ils veulent encore nous casser moralement - ce que je ne peux ni ne veux accepter », a confié Karl-Heinz Dellwo, ancien membre de la RAF, à L’Express (22 mars 2007). Sous le nazisme, son père a été chassé du lycée : il avait pour mère une « demi-juive ».

Le 19 février 2016, Dieter Dehm, député du parti antilibéral Die Linke, « a reconnu dans le quotidien Bild que Christian Klar », ancien membre de la « deuxième génération » de la FAR, entré en clandestinité en 1976, arrêté en 1982, condamné en 1985 notamment pour neuf assassinats et détenu en prison pendant 26 ans, libéré en 2008, « travaillait pour lui depuis plusieurs années afin de gérer sur le plan technique son site internet et d'autres contenus en ligne, et qu'il lui avait donné à ce titre plusieurs fois accès à la chambre des députés à Berlin, le Bundestag ». Il a ainsi motivé son recrutement : « Christian Klar est aujourd'hui un citoyen comme les autres, il a effectué sa peine et depuis sa sortie de prison il ne s'est rendu coupable de rien ». Une révélation qui a suscité une polémique outre-Rhin.


« Années de plomb »

« Une jeunesse allemande s'ouvre sur une question, en voix off, de Godard : « Est-ce qu'il est encore possible de faire des images aujourd'hui, en Allemagne ? » Il se clôt sur des extraits du film L'Allemagne en automne, réalisé en 1978 par Fassbinder sous le choc de la mort en prison, officiellement par suicide, d'Andreas Baader et de Gudrun Esslin, deux des membres de la Rote Armee Fraktion (Fraction Armée rouge, RAF). Le cinéaste s'y met en scène, hors de lui, face à sa propre mère, laquelle professe son désir d'un « dirigeant autoritaire qui serait bon, aimable et raisonnable ».

« Entre ces deux séquences, Jean-Gabriel Périot déploie l'histoire, racontée d'abord par leurs images et leurs mots, puis, à partir du moment où la République fédérale allemande (RFA) a fait d'eux les ennemis publics absolus, par les journaux et reportages télévisés, de quelques-unes des figures de la RAF : Ulrike Meinhof, la journaliste au verbe clair, qui met brillamment en cause l'ordre établi, dans le mensuel de gauche Konkret et à la télévision, ou Holger Meins, l'émule de Dziga Vertov, qui avec ses camarades de la DFFB, l'école de cinéma de Berlin inaugurée en 1966, documente la révolte des étudiants et la répression policière ». 

Il « met en scène des films d'abord joyeusement combatifs, puis de plus en plus rageurs, où apparaissent aussi Baader et Esslin, ou encore Horst Mahler, l'avocat socialiste qui ferraille contre l'État policier dans les prétoires ».

« D'une intensité constante, le montage magistral des archives, dépourvu de tout commentaire, met en évidence la répression et la surdité opposées par le pouvoir et sa police, appuyés par les médias, notamment le tout-puissant groupe Springer, à la rébellion d'une partie de la jeunesse ». 

« Vingt ans après la chute du nazisme, celle-ci dénonce l'amnésie historique et l'injustice sociale qui fondent le miracle économique, et crie dans la rue sa colère contre les faux-semblants de la démocratie ». 

« En montrant combien l'aventure sanglante des leaders de la RAF fut aussi la conséquence de cette violence d'État, Jean-Gabriel Périot en restaure la dimension tragique. Il fait aussi résonner au présent la force intacte de cette révolte et le poids de son échec ».

« La singularité de la RAF, c’est qu’elle avait fabriqué des images. Meinhof était une journaliste de télévision en plus de la presse écrite, Holger Meins était réalisateur, Gudrun Ensslin avait joué dans un film… Je n’ai pas eu besoin de l’écrire ou de la penser comme telle, mais il est indéniable que ce qui m’a touché, c’est le côté tragique de cette histoire. Sa part de mythologie, de tragédie grecque : avec des enfants qui vont mourir, à cause de leurs pères et de cette histoire du nazisme qui les dépasse. Car il s’agit d’une génération d’enfants auxquels on a montré Nuit et brouillard de Resnais et qui, une fois revenus à la maison, ont forcément questionné leurs parents », a déclaré le réalisateur (Télérama, 15 octobre 2015).

Et de poursuivre : « Il y a une dimension de gâchis terrible, à mes yeux très incarnée dans les dernières images d’archives de Ulrike Meinhof, deux mois avant la fondation de la RAF, où elle apparaît très atteinte. Sur son visage et dans la manière dont elle parle, quelque chose a changé. Physiquement, on sent que rien n’a marché dans tout ce qu’elle a entrepris jusque-là, qu’elle est découragée, qu’elle porte de grandes failles. Se profile alors très nettement un moment de crise, d’impasse qui va se révéler tragique ».

Ce documentaire a été présenté en particulier au Festival international du film documentaire Docaviv  en Israël.

« L'Allemagne à l'heure de la RAF  » 
Arte diffusera le 1er août 2019 « L'Allemagne à l'heure de la RAF » (Sympathisanten. Unser deutscher Herbst) de Felix Moeller, documentariste auteur des "Films interdits du IIIe Reich". « Plongée dans les mémoires des "sympathisants" de la Rote Armee Fraktion (RAF) : des artistes, intellectuels ou religieux accusés de complaisance avec la "bande à Baader", violemment traqués par l’État ouest-allemand et les médias ». Parmi les personnalités interviewées : Margarethe von Trotta, mère du réalisateur, Volker Schlöndorff, Peter Schneider, Marius Müller-Westernhagen, Daniel Cohn-Bendit.

« Dans les années 1970, la Rote Armee Fraktion (la RAF, Fraction armée rouge), organisation d’extrême gauche, choisit la lutte armée pour s’opposer au pouvoir ouest-allemand, au libéralisme et à l’impérialisme américain. Dans un pays qui peine encore à assumer son passé nazi, des personnalités de gauche, assimilées à des "sympathisants" de la RAF, sont alors pourchassées par le gouvernement et les médias, dont le tout-puissant groupe de presse Springer. Inventée par les journaux, cette étiquette (un néologisme en allemand) instaure dans le pays un virulent climat de délation. Comme le prix Nobel de littérature Heinrich Böll, Margarethe von Trotta et Volker Schlöndorff, figures de proue du cinéma politique allemand et par ailleurs mère et beau-père du réalisateur Felix Moeller, ont été accusés de faire le lit de l’organisation terroriste. »

« Construit autour des carnets personnels de Margarethe von Trotta, le film éclaire sous un angle inédit les "années de plomb" allemandes en brossant le portrait d’une génération de partisans de gauche, déchirée entre ses idéaux révolutionnaires et ses doutes vis-à-vis de la lutte armée. Nourri de nombreuses images d’archives et de témoignages – ceux des deux cinéastes, mais aussi de Daniel Cohn-Bendit, René Böll, fils du prix Nobel, Peter Schneider, écrivain et d'anciens membres de la RAF –, le film retrace avec acuité la rage contestataire d’une époque, la chasse aux sorcières menée contre les militants de gauche et le climat de violence qui pesait sur la société allemande, sans occulter les stratégies de manipulation de la "bande à Baader" et les raisons de son échec. »

Israël
La FAR a noué des relations avec les terroristes palestiniens, notamment avec Septembre Noir, contre l’Etat d’Israël. 

Ses membres s’entraînaient dans les camps du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), ont participé au détournement de l’avion d’Air France à Entebbe en juin 1976… 

Lors de la prise d’otages durant les Jeux olympiques de Munich 1972, les terroristes palestiniens ont exigé notamment la libération de terroristes de la FAR emprisonnés.

« Le terrorisme de gauche aurait existé en Allemagne, même sans le soutien des Palestiniens. Les contacts n'en ont pas moins été réels : débutant en 1969-1970, ils se sont poursuivis pendant toute la durée de la lutte armée en Allemagne jusqu'aux années 90. Des militants des futurs groupes de l'ultragauche se sont rendus en Jordanie, au cours des étés 1969 et 1970, pour y suivre des camps d'entraînement à la lutte armée. A l'autre bout de la chaîne, une terroriste de la RAF a fourni une assistance logistique à un groupe palestinien auteur de » l'attaque près de l’aéroport de Budapest (Hongrie), en 1991, d'un bus de Juifs russes souhaitant faire leur aliyah, a déclaré à Libération  Thomas Skelton-Robinson, historien britannique, un des auteurs de l'ouvrage collectif La RAF et le terrorisme de gauche.

Et de préciser : « Des liens existaient aussi avec des pays tels que l'Algérie, la Libye, la Syrie, le Yémen du sud et surtout l'Irak jusqu'en 1979. Ces pays ont moins soutenu le terrorisme de gauche allemand que l'action des alliés palestiniens de ces terroristes. Mais ils savaient ce qu'ils faisaient et des témoins parlent de contacts directs entre certains membres de la RAF et les services de renseignement irakiens par exemple. Ces pays ont d'ailleurs soutenu toutes sortes de groupes du terrorisme international. L'Algérie, par exemple, a soutenu les Black-Panthers au début des années 70, la Libye a soutenu l'IRA [Armée républicaine irlandaise, ndlr]. Les terroristes de gauche allemand se sont retrouvés, à leur insu, impliqués dans de complexes conflits et querelles d'intérêt qui les dépassaient. En Allemagne, nombre de militants de la lutte armée venaient des mouvements pacifistes et avaient refusé de faire leur service militaire. Il leur fallait acquérir l'expérience de la lutte armée. Par ailleurs, les groupes terroristes allemands se considéraient comme une part d'un vaste mouvement anti-impérialiste… Un groupuscule a commis un attentat raté contre des locaux de la communauté juive de Berlin, le 9 novembre 1969, jour anniversaire de la Nuit de cristal. L'action a été justifiée après coup dans un appel critiquant la position dominante de la gauche allemande de l'époque : «La Palestine est pour la RFA et l'Europe ce que le Vietnam est aux Américains». Ulricke Meinhof a également pris position en septembre 1972 dans un long article après le massacre des athlètes israéliens de Munich appelant Moshe Dayan « le Himmler » d'Israël. Mais le plus souvent, les terroristes allemands, dans un pays hanté par l'Holocauste, se sont arrangés pour ne pas avoir à se justifier de ces crimes contre des juifs. Ils ne se considéraient pas comme antisémites, mais comme « antisionistes ». La différence est ténue lorsque des terroristes allemands séparent les juifs des autres otages lors d'un détournement d'avion en 1976. Dès le début des années 80, les groupes allemands, tout comme leur principal soutien arabe, le FPLP-SC [Front de libération de la Palestine-Commandement spécial], ne sont plus les bienvenus en Irak après l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein en 1979. Ne subsistent que des liens épars, avec quelques terroristes isolés, comme Carlos. Mais de nombreux membres de la RAF trouvent refuge en RDA (République démocratique d’Allemagne). On suppose que l'Allemagne de l'Est a proposé cette solution pour rendre service aux groupes palestiniens. Il ne faut pas oublier que l'Union soviétique a longuement soutenu les groupes palestiniens, qu'elle a utilisés comme source d'information sur le Moyen Orient ». 


CHRONOLOGIE
(Le Monde, 25 octobre 2007)

1968.Premiers attentats matériels.

1970. Premier mort. Un policier est tué lors d'une action pour libérer Andreas Baader, en prison.

1972. Arrestation d'Andreas Baader et Ulrike Meinhof, les deux leaders de la RAF.

1977. Après une série d'assassinats, la RAF enlève le 5 septembre le patron des patrons ouest-allemands Hanns Martin Schleyer, pour demander la libération de ses chefs. Le 13 octobre, un avion de la Lufthansa est détourné dans le même but. L'échec de l'opération, le 18 octobre, conduit au suicide en prison des fondateurs de la RAF et à l'assassinat de Schleyer.

1998. Dissolution officielle.


« L'Allemagne à l'heure de la RAF » de Felix Moeller
Allemagne,  Blueprint Film, Rundfunk Berlin-Brandenburg (RBB), Südwestrundfunk (SWR), 2018, 90 min
Sur Arte le 1 août 2019 à 02 h
Visuels : © Börres Weiffenbach/Blueprint Film

« Une jeunesse allemande » par Jean-Gabriel Périot
Allemagne, France, 2016, 93 min

Visuels :
Studentenprotest
Als die dffb besetzt wurde, wurde sie umbenannt in Dziga-Vertov-Akademie
Holger Meins bei der Eröffnung der Deutschen Film- und Fernsehakademie Berlin (dffb) durch Willy Brandt
Ulrike Meinhof zu Gast in der Talk-Runde "?Die ausgehöhlte Autorität?"
Filmausschnitt aus ?"The Green Beret?" von Carlos Bustamante aus dem Jahr 1968
Ausschnitt aus einem Übungsfilm für ein dffb-Kameraseminar: „Farbtest. Die Rote Fahne“ von Gerd Conradt (1968)
© W-film Distribution/Local Films

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations sur le documentaire proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 23 mai 2018.

« Bazar d’Orient. Jérusalem », de Elke Werry


Arte rediffusera les 30 juillet et 11 août 2019, dans le cadre de la série Bazars d’Orient, « Bazar d’Orient. Jérusalem » (Basare Der Welt), documentaire de Elke Werry. Une balade dans la vieille ville de Jérusalem, capitale éternelle et indivisible de l'Etat d'Israël.


« Découverte des plus beaux marchés couverts d'Orient, à travers les dédales des ruelles et les artisans qui y travaillent. Aujourd'hui : le bazar de Jérusalem, à cheval sur les quartiers chrétien et musulman, creuset bouillonnant traversé de tensions explosives ».

Dans les échoppes de ce bazar vieux de deux mille ans, on vend de tout : bijoux, objets liturgiques, vêtements, bibelots anciens, etc.

« Sept portes traversent les épaisses murailles qui encerclent le vieux Jérusalem, ville sainte des trois religions monothéistes. Le bazar, à cheval sur les quartiers chrétien et musulman, est à l'image de la cité, creuset bouillonnant traversé de tensions explosives. Des boucheries du souk Al-Lahamin à l'échoppe d'un photographe arménien - "venu en 1920, son père a perdu 160 membres de sa famille pendant le génocide nié par Turcs" - en passant par une boulangerie "palestinienne", une déambulation dans ce marché fascinant, où l'on rencontre un coiffeur pour dames à la clientèle œcuménique ». Or, Jérusalem est sainte pour le judaïsme et le christianisme, mais n'est pas mentionnée dans le Coran. Le documentaire allègue aussi : "Chacun y a ses racines et veut y faire valoir ses droits" et "l'occupation illégale" !? C'est délégitimer Israël que d'en nier les racines historiques, juridiques, bibliques.


Curieusement, ce documentaire débute par des commerçants "palestiniens" musulmans. Les juifs israéliens sont d'abord évoqués par des "soldats israéliens qui patrouillent" et auxquels il est préférable de ne pas "se frotter de trop près". Puis "l'atmosphère se raidit quand se profile le chabbat", mais pas pendant les prières du vendredi. La "crise du logement est due aux familles nombreuses et aux juifs venus du monde entier".

"Pendant des siècles, Jérusalem a été la plate-tournante entre la Palestine, l'Asie et l'Afrique". Un raccourci sémantique qui accrédite l'idée d'une prétendue "Palestine" ancrée de toute éternité dans l'Histoire. Ainsi, Ayman tient une boucherie halal qui "appartient à sa famille depuis des générations", et des "maisons urbaines de tradition palestinienne s’intègrent dans l'architecture globale". Ce mythe éclate quand le documentaire interviewe le propriétaire, quarantenaire ayant vécu aux Etats-Unis, d'une auberge accueillant les pèlerins :  l'origine remonte à 150 ans".

Saïd al Mansour "vend des bibelots du monde entier, surtout des objets anciens juifs : boite à ranger le cédrat venant de Pologne, boite de donation en argent de Shiraz, gobelet d'Iran du chabbat". Et des "antiquités israéliennes, pakistanaises, afghanes, iraniennes". Il souligne que les "gens ont moins d’argent à dépenser". Il "a acheté ces objets à des familles démunies".
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Des "anciens bains turcs", témoignant de la grande culture orientale, sont à l’abandon. Un hammam a plus de 500 ans". Mais rien sur les bâtiments et découvertes archéologiques prouvant que Jérusalem, "citée à plus de cent reprises dans le Nouveau Testament", est le berceau du judaïsme, siège des deux Temples.


2015, 43 min
Sur Arte les 31 mai 2016 à 15 h 35, 14 octobre 2017 à 17 h 20, 14 janvier 2018 à 11 h 55, 30 juillet 2019 à 13 h et 11 août 2019 à 13 h 35
Visuels : © HR/Elke Werry
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié les 31 mai 2016 et 14 octobre 2017.

lundi 29 juillet 2019

« Le procès » par Sergei Loznitsa


Arte diffusera le 30 juillet 2019 « Le procès » (Der Prozess ; The Trial ; Process) par Sergei Loznitsa. « En 1930, un procès stalinien filmé au plus près des accusés. Grâce aux extraordinaires images d'archives récupérées par le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa ("Une femme douce"), une immersion dans la machine à propagande du régime soviétique. »


« Le procès » par Sergei Loznitsa 
Sergueï Eisenstein (1898-1948) 
« Ivan le Terrible » par Sergej M. Eisenstein

Né en 1964 en Biélorussie, Sergei Loznitsa a grandi à Kiev, en Ukraine. Diplômé en mathématiques, cet ingénieur est employé comme scientifique à l'Institut de Cybernétique de 1987 à 1991. Il traduit aussi des oeuvres du japonais au russe.

« À l'âge de 24 ans, j'ai ressenti soudain le besoin de faire, dans ma vie, quelque chose de sérieux et d'important. J'avais fait des études de mathématiques, j'avais un métier, mais je ne me sentais pas concerné, ça me passait au-dessus de la tête, si je puis dire. J'ai lu beaucoup pendant ma jeunesse, et peut-être que ces multitudes de textes se sont accumulés en moi et ont déclenché une réaction en chaîne... Je me suis senti poussé vers l'éducation des lettres et des arts. J'avais le choix entre la littérature, l'histoire ou le cinéma. La première faculté que j'ai visitée à Moscou était l'Institut d’État pour le cinéma. J'y suis resté. Et il m'a fallu sept ans pour découvrir que j'avais fait le bon choix », a-t-il expliqué.

Diplômé, il réalise, en 2000, des films documentaires à Saint-Pétersbourg dont le court-métrage La Station, remarqué par la critique. Il reçoit, la même année, une bourse du programme Nipkow à Berlin. En 2001, il se fixe, avec sa famille, en Allemagne.

« Je pense qu’il est nécessaire pour un cinéaste, ou tout artiste, d’établir une distance avec le sujet dont il traite. C’est ce que Victor Chklovski appelle "otstranenie" qui inspira à Brecht le concept de "distanciation". C’est une étape nécessaire pour contrôler sa matière, sinon l’émotion prend le dessus et les puissances de la raison et de la création sont mises en péril. Il faut toujours faire un pas de côté, ce qui suppose une certaine duplicité ou une fracture de la personnalité. En physique quantique, c’est que l’on appelle le principe de superposition », a-t-il précisé.

En 2006, ce réalisateur est distingué par un Nika du meilleur film documentaire pour Blokada sur le siège de Léningrad au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Ses trois longs-métrages ont tous été sélectionnés en compétition officielle au Festival de Cannes : My Joy pour le Festival de Cannes 2010, Dans la brume pour le Festival de Cannes 2012 (Prix FIPRESCI de la critique internationale) et Une femme douce pour le Festival de Cannes 2017.

Sergei Loznitsa enseigne à l'École du nouveau cinéma de Moscou créée en 2012.

Dans sa filmographie : des documentaires et des films dramatiques. Citons Den’ Pobedy (2018), Une femme douce (2017), Austerlitz (2016), The Old Jewish Cemetery (2015) sur le premier cimetière juif de Riga "ouvert en 1725 et lieu d'enterrements jusque dans les années 1930. Après l'invasion de Riga en 1941 par des troupes allemandes nazies, ce cimetière a été transformé en site de fosses communes pour les plus de mille Juifs tués dans les rues et immeubles du ghetto de Riga. Après la Deuxième Guerre mondiale, de nombreuses pierres tombales du cimetière ont été enlevées et utilisées comme matériau de construction. Dans les années 1960, le site a été rasé et renommé "Le Parc des Brigades communistes". En 1992, le parc a été appelé "Le Vieux cimetière juif". Actuellement, le parc, situé dans un des quartiers les plus pauvres de la ville, surnommé Maskachka (Maskava est le nom de Moscou en letton), est un endroit populaire pour les ivrognes, les enfants et les touristes américains. The Old Jewish Cemetery est dédié à la mémoire des Juifs de Riga".

Le Procès a été présenté à la 75e Mostra de Venise, hors compétition.

 « Moscou 1930. Ils sont ingénieurs, scientifiques ou économistes, sur le banc des accusés d'un procès public retentissant. Huit cadres haut placés dans l’administration soviétique, soupçonnés d'avoir participé à une "organisation contre-révolutionnaire". 

« Le Parti industriel aurait tenté de saboter l'économie en freinant l'essor industriel ou l'approvisionnement dans certaines villes. Son but : démontrer la faillite du pouvoir, et tenter de le renverser, par le soulèvement des masses et avec l'aide de soutiens étrangers, dont Raymond Poincaré ». 

« Un à un, les prévenus prennent la parole, reconnaissent leurs responsabilités. Leurs actes de contrition se doublent d'un appel à la clémence. Une session sans mauvaise surprise pour le juge Vychinski, sauf que… »

« … Si le procès est vrai, l'histoire est fausse. Le Parti industriel n'a jamais existé et les accusés n'ont rien saboté. Ils sont pour leur malheur les jouets d'une purge stalinienne, orchestrée par la Guépéou, la police politique soviétique ». 

« Grâce aux extraordinaires images d'archives récupérées par le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa (Dans la brume), c'est le cœur d'une terrifiante machine de simulacre et de propagande qui est ici révélé ». 

« Le procès, qui a duré plus d'une semaine, a été filmé de bout en bout ». 

« Sans commentaire, sans intervenant extérieur, le film nous le restitue au plus près, en condensé, faisant de chaque spectateur un témoin privilégié ». 

« Visages blêmes des accusés, voix chancelantes, moues marmoréennes du juge et longs plans sur le public (qui applaudit le jugement) procèdent d'une dramatisation glaçante ». 

« La justice comme un spectacle édifiant au service d'un pouvoir totalitaire ».


« Le procès » par Sergei Loznitsa 
Pays-Bas, Atoms & Void, Wild at Art, 2018, 124 min
Sur Arte le 30 juillet 2019 à 0 h 55
Visuels : Images d'archives montrant les procès des " dissidents" et " traîtres" à la révolution bolchévique durant les années 20 et 30 dans " Le procès" (2018) de Sergei Loznitsa
© Sergei Loznitsa/ Atoms & Void

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Les citations proviennent d'Arte.

« Le procès Céline » d’Antoine de Meaux


« Le procès Céline » est un documentaire d’Antoine de Meaux. Archives, extraits de livres et de chansons interprétées par Céline et interviews d’historiens et d’écrivains alternent pour instruire le procès fictif de Céline (1894-1961), médecin, récipiendaire du Prix Renaudot pour son premier roman Voyage au bout de la nuit (1932), et auteur de pamphlets antisémites, dont certains publiés sous l’Occupation nazie. En janvier 2018, Gallimard a suspendu sa décision de publier des pamphlets antisémites de Céline. Du 15 au 19 juillet 2019, France Culture a consacré plusieurs émissions à Céline.

« Signes de la collaboration et de la résistance » par Michel Wlassikoff et Philippe Delangle
La Collaboration 1940-1945
« Sigmaringen, le dernier refuge » par Serge Moati
L’Académie française au fil des lettres de 1635 à nos jours 
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation
Hélène Berr (1921-1945) 
« Le procès Céline » d’Antoine de Meaux 
Proust, du Temps perdu au temps retrouvé
« Paul Auster - Le jeu du hasard » par Sabine Lidl
Colette (1873-1954) 
Edmond Fleg (1874-1963), chantre Juif et sioniste du judaïsme 
Romain Gary, des « Racines du ciel » à « La Vie devant soi »
« Leone Ginzburg, un intellectuel contre le fascisme » par Florence Mauro 
« Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman » par Priscilla Pizzato 
Isidore Isou (1925-2007) 
Les combats de Minuit. Dans la bibliothèque de Jérôme et Annette Lindon
George Orwell (1903-1950) 
Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944)

« Qu’on le veuille ou non, le génie de Céline est inséparable de l’accusation d’antisémitisme et de collaboration avec le nazisme ».

D’emblée, ce documentaire intéressant souligne cette alliance entre génie littéraire et haine des Juifs jusque dans l’adhésion à l’idéologie nazie.

Une « grande attaque contre le verbe » (Céline)
Louis-Ferdinand Destouches nait dans une famille « bourgeoise, prolétaire et qui prétend à l’aristocratie » résume François Gibault, écrivain et biographe. La mère de Céline est boutiquière en dentelles anciennes. Son père est commis dans une entreprise d’assurance, antisémite, antidreyfusard et un lecteur d’Edouard Drumont.

Céline grandit passage Choiseul, à Paris, dans un « milieu facilement antisémite » (François Gibault).

A 19 ans, il s’engage dans l’Armée. Dès les débuts de la Première Guerre mondiale, volontaire pour une mission, il est gravement blessé en 1914. Il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre et réformé. Une expérience militaire qui marque sa vie et son œuvre, et qui explique son pacifisme, sa conviction que la guerre est un massacre inutile.


Après avoir exercé divers métiers – gérant d’une plantation, conférencier pour la fondation Rockefeller -, il étudie la médecine et consacre sa thèse au Dr Ignace Semmelweis (1818-1865), obstétricien ayant découvert que le lavage de mains des médecins réduisait le taux de mortalité par fièvre puerpérale des femmes après l’accouchement. Une découverte qui avait alors suscité l’hostilité de ses confrères incrédules.

Céline est recruté comme docteur dans un dispensaire de banlieue. Il y travaille deux heures par jour, ce qui lui laisse du temps pour l’écriture et des aventures féminine, avec une préférence pour les danseuses dont l’Américaine Elizabeth Craig.


C’est un inconnu - Louis-Ferdinand Destouches choisit comme nom de plume Céline, prénom de sa grand-mère - qui reçoit le Prix Renaudot en 1932 pour son premier roman Voyage au bout de la nuit. Une œuvre refusée par Gallimard, publiée par Denoël, écartée par le Prix Goncourt et qui « démode » nombre de livres contemporains par son introduction personnelle du langage parlé, son inspiration pessimiste et morbide. Céline y « dénonce l’absurdité de la guerre, la criminelle bêtise du colonialisme, l’abrutissement par l’industrialisation, la misère des banlieues, la pitoyable solitude des hommes ».


Au printemps 1936, parait Mort à crédit qui est mal accueilli par la critique et le public.

Céline surprend, déconcerte : il renvoie dos à dos le communisme - après un court séjour en Union soviétique, il écrit un opuscule de 27 pages Mea Culpa - et le capitalisme. « Il désespère Billancourt, Meudon, Courbevoie », résume l’historien Pascal Ory.

Pamphlétaire antisémite

Dès 1933, l’antisémitisme imprégnait la pièce de théâtre L’église de Céline.

Céline creuse ce sillon antisémite dans Bagatelles pour un massacre (1937). Un succès.

C’est « le massacre des aryens, le franchouillard, la chair à canon » qu’il faut éviter, selon l’écrivain Marc-Edouard Nabe qui voit dans ce pamphlet une réaction contre la critique « n’ayant pas bien compris son précédent roman ».


Pour l’historien des idées Pierre-AndréTaguieff, « en 1936-1937, Céline ressent une période de relative impuissance en matière de création littéraire ». Et d’ajouter : Céline « est pacifiste parce qu’il peut dénoncer les Juifs comme fauteurs de guerres. En ce sens, il n’est pas original. Toute la presse stipendiée par les nazis disait la même chose ».

Céline, c’est « la propagande hitlérienne en version française, assez fidèle à la version originale », estime l’historienne Annick Duraffour qui liste « les stéréotypes et métaphores de l’antisémitisme hitlérien : rats, poux, termites, punaises ».

Une logorrhée antisémite si inventive qu’Hergé s’en inspire pour les injures proférées par le capitaine Haddock dans une aventure de Tintin, Le crabe aux pinces d’or.

Puis parait L’école des cadavres (1938).

1940. Les Allemands nazis occupent Paris.

Pendant l'Occupation, Céline vit une vie de bohême à Montmartre. Si cet individualiste n’adhère pas à un parti, il adresse des lettres à des amis journalistes qui les publient dans des journaux, sans qu’il soit rémunéré.

Il dénonce aussi comme Juifs deux médecins - il jalouse le poste d’un médecin, d'origine haïtienne, de Bezons et il signale comme Juif un médecin qui s’avère catholique d'origine polonaise -, ainsi que Desnos.

Les beaux draps, autre pamphlet antisémite, est interdit par le régime de Vichy irrité des critiques qui le vise.

En mai 1941, Céline assiste à l’inauguration de l’Institut d’études des questions juives. Puis, il proteste en septembre 1941 contre l’absence de ses livres dans l’exposition Le Juif et la France au Palais Berlitz.

Céline « adhère à une hypothèse de collaboration extrême. Il en demande toujours plus. Il reproche aux Français d’être encore enjuivés en 1941. Des positions proches de celles des nazis… A titre personnel, il ne marche pas au pas », analyse Pascal Ory.

Céline « a essayé en 1942 de fédérer tous les mouvements collaborationnistes à Paris, avec pour unique thèmes le racisme et l’antisémitisme. S’il ne devient pas commissaire aux Affaires juives, c’est parce que les Allemands n’en veulent pas car ils le considèrent comme un personnage ingérable et un peu vulgaire. On ira chercher Darquier de Pellepoix », observe Emile Brami, écrivain et biographe.

Un « procès-farce » (Philippe Alméras)

En juin 1944, pressentant la victoire des Alliés et qu’il devra rendre des comptes, Céline fuit la France avec son épouse, la danseuse Lucette Almanzor, et le chat Bébert. Muni de faux papiers, il rejoint, via Baden-Baden puis Berlin, le château de Sigmaringen (Allemagne). Là, se trouvent des dirigeants collaborateurs : le maréchal Pétain, Laval… Céline évoque cette atmosphère dans D’un château l’autre, premier volume de sa trilogie allemande avec Nord (1960) et Rigodon (1969).

Puis, il se rend en mars 1945 au Danemark pour récupérer de l’or mis à l’abri par une amie danseuse. Un « juge d’instruction à Paris lance un mandat d’arrêt contre Céline qui risque l’extradition, donc vraisemblablement la mort ». Céline est détenu en prison au Danemark pendant 18 mois, puis est autorisé « à résider au bord de la Baltique à 100 km de Copenhague ».

Céline ne cesse d’écrire et de vitupérer dans l’attente de son procès.

« A partir de 1947-1948, Céline cherche à avoir confirmation que les chambres à gaz n’ont pas existé. On a là le premier moment de l’argumentation négationniste.  Céline est responsable et coupable. Mais ce qui caractérise Céline, c’est que contrairement à d’autres collaborationnistes, il ne reconnaît jamais sa responsabilité et sa culpabilité. Bien au contraire, il procède à une inversion satanique : il se présente comme une victime. Au fond, le Juif, c’est lui », indique Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS.

En 1950, la Cour de justice de la Seine le condamne, par contumace, à un an de prison et 50 000 francs d’amende. « Frappé d’indignité nationale », Céline perd la moitié de ses biens, confisqués.

La défense de Céline ? Le déni.

En 1951, Céline bénéficie d’une amnistie par le tribunal militaire permanent de Paris au titre d’ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Pourquoi ? Audience tardive éloignée de l’atmosphère tendue de l’après-guerre ? Astuce de son avocat qui mentionne comme identité de Céline : Destouches ? Absence de loi punissant la discrimination ou la haine à fondement racial ou religieux ?

Céline interdit la réédition de ses pamphlets antisémites. Ses autres livres sont republiés par Gallimard. Sans rencontrer le succès espéré.


Dans son pavillon de Meudon, Céline se met « en scène dans un décor misérabiliste » où il joue au persécuté. Conscient de son « image détestable dans l’opinion publique », il tente de récupérer son statut d’écrivain génial. Pratique le « double langage codé où le constructeur désigne l’aryen, le destructeur le Juif » (Annick Durafour, historienne). Forge son image auprès des journalistes pour le présent - sur le mode « Je suis le plus grand écrivain du XXe siècle, j’ai révolutionné le style, et vous m’avez rendu clochard » - et pour l’avenir.

Viennent le voir ses amis, l’actrice Arletty, le comédien Michel Simon, l’écrivain Marcel Aymé, le jeune romancier Roger Nimier.

Céline se présente comme « mystique », c’est-à-dire raciste.

Il n’exprime aucun remord, aucun regret, sauf « celui d’avoir dit trop fort ce qu’il pensait… Il donne à ceux qui veulent l’entendre des armes pour justifier l’extermination d’une certaine catégorie d’êtres humains. Dire après, que ce ne sont que des phrases, c’est nier tout sens à l’écriture, y compris journalistique, à la littérature, au verbe », relève Pascal Ory.

« Brasillach, on lui pardonne car il a payé. Drieu La Rochelle, on lui pardonne aussi car il s’est suicidé. Il a payé d’une certaine manière aussi. Tandis que Céline, il n’a pas payé et il est mort dans son lit. Et cela, c’est insupportable », pense François Gibault, écrivain et biographe.

Calendrier des célébrations nationales 2011
Sous l’impulsion de SergeKlarsfeld, président des Fils et filles des déportés juifs de France, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, a ordonné en janvier 2011 d’ôter toute référence sur Céline dans le Calendrier des célébrations nationales 2011. Une controverse au cours de laquelle Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a rappelé des citations antisémites de Céline. Exemple : « Les Juifs sont des monstres, des hybrides, des loupés tiraillés qui doivent disparaître » (L’Ecole des Cadavres). Le livre est paru en 1938, il a été réédité pendant la guerre, c’est un appel au meurtre ».

Québec
En septembre 2012, les éditions québécoises Huit ont annoncé leur intention de publier prochainement et en un volume intitulé Ecrits polémiques et annoté par Régis Tettamanzi, professeur de Littérature française à l’université de Nantes, les pamphlets antisémites de Céline - Bagatelle pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938), Les Beaux draps (1941) -, dont la réédition est interdite en France depuis 1944.

Paris Céline
Histoire rediffusa le 12 décembre 2014 à 1 h 25 "Paris Céline", documentaire de Guillaume Laidet. "50 ans après sa mort, Paris Céline propose pour la première fois de voyager dans le Paris de Louis-Ferdinand Céline. Un voyage, en compagnie de Lorànt Deutsch, au cœur des lieux céliniens les plus emblématiques, du passage Choiseul à Clichy, de Montmartre à Meudon. Pour faire revivre ce Paris aujourd'hui presque entièrement disparu, le comédien passionné par la capitale se fait tour à tour lecteur des grands textes de Céline se rapportant à chaque lieu, et guide dévoilant à l'aide de nombreuses anecdotes ce qu'y fut la vie de l'écrivain et de ceux qui le côtoyèrent. Paris Céline est aussi un "bestiaire de Paris", un hommage à son petit peuple, à ses figures devenues mythiques, à la culture populaire et à ce parler argotique qu'emprunte allègrement l'auteur de Métronome, l'histoire de France au rythme du métro parisien. Grâce à une riche iconographie mêlant des reproductions de dessins de Tardi et de grands peintres montmartrois, des gouaches de Gen Paul, des photos et extraits de films d'époque..." 

Céline, la race, le Juif
En février 2017, Fayard a publié "Céline, la race, le Juif" de Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour : 
"On croit connaître Céline. On connaît les bribes d’une légende pieusement transmise qui se défait pour se recomposer, ainsi que les portraits arrangés au fil des biographies publiées.
La recherche de la vérité plutôt que les ruses de la disculpation conduit à ce portrait sans complaisance, qui examine les moments cruciaux d’un itinéraire qu’on ne peut réduire à une carrière littéraire, sous peine de ne plus comprendre vraiment l’écrivain. Car celui-ci a cherché à agir sur son époque.
En 1937, ennemi du Front populaire et partisan d’une « alliance avec Hitler », Céline choisit de devenir un écrivain antijuif. Il s’engouffre opportunément dans la vague antisémite, bataillant sans relâche contre le « péril rouge » et le « péril juif ». Pour confectionner ses pamphlets, il puise dans la propagande nazie diffusée par diverses officines, dont le Welt-Dienst. Il met en musique les idées et les slogans. Pendant l’Occupation, il fait figure de nouveau « prophète », de « pape de l’antisémitisme ».
Cette vérité historique heurte frontalement la légende de l’écrivain, celle de l’« écriture seule ».
Le cas de Céline est-il comparable à celui des autres intellectuels du collaborationnisme ? Jusqu’à quel point adhère-t-il à la vision hitlérienne ? Jusqu’où est-il allé ? Que savait-il vraiment sous l’Occupation ? Que peut-on reprocher à Céline, des mots seulement, ou aussi des actes ?
Avec Céline, c’est tout un imaginaire raciste, antisémite et complotiste qui se livre à l’observation. Se montre ici le fonctionnement d’un esprit raidi dans un réseau de préjugés et de convictions inébranlables, qui force à poser autrement la question du scandale-Céline : comment cet homme a-t-il pu écrire Voyage au bout de la nuit ?
Ce livre est une somme, le livre de référence que l’on attendait sur le cas Céline. Il croise la lecture des textes avec l’histoire intellectuelle et politique. Une étude critique, rompant avec les habituelles approches, plus ou moins apologétiques. L’érudition y est mise au service de la volonté de clarifier et de comprendre. Pour une vision « décapée » de l’écrivain engagé, par-delà les clichés".

Gallimard
En janvier 2018, Gallimard a suspendu sa décision de publier des pamphlets antisémites de Céline.  Un acte donc temporaire. Dans l'attente du décès des principaux opposants ? Diverses organisations, des dirigeants d'organisations juives françaises, dont Serge Klarsfeld, et l'ambassadrice d'Israël en France Aliza Bin Noun s'étaient indignés après l'annonce de cette future publication qui aurait eu l'accord de la veuve centenaire, à la santé fragile, de l'écrivain français. Ce qui semble d'autant plus surprenant que la veuve de Céline s'était toujours opposée à cette republication. 

Le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et l'homophobie avait écrit à l'éditeur pour exprimer ses inquiétudes.


Le Premier ministre Edouard Philippe s'était montré favorable à cette republication si elle était "soigneusement accompagnée". Il y aurait donc eu des propos antisémites sanctionnés par la justice, et d'autres autorisés par le gouvernement et non condamnables.

Curieusement, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, était demeurée silencieuse, alors qu'elle a exprimé publiquement le 28 janvier 2018 son "rejet total des thèses et de l'engagement de Maurras" quand certains se sont offusqués que soit inscrit dans le registre des commémorations prévues pour 2018 l'anniversaire de la naissance de Charles Maurras.


 Le 11 janvier 2018, "j'ai suspendu ce projet, mais je n'y ai pas renoncé. La raison de cette suspension est simple : on ne construit rien de valable dans un incendie, on ne peut pas se faire entendre dans un amphithéâtre en ébullition", a expliqué le PDG des éditions Gallimard, Antoine Gallimard, dans "Le Journal du dimanche" (JDD). Il a réfuté "l'idée d'avoir été convoqué par le gouvernement en décembre 2017 à ce sujet. "Le terme 'convocation' est inexact. "J'ai reçu une lettre du délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, M. Frédéric Potier, et j'ai choisi de le rencontrer", a indiqué Antoine Gallimard. L'éditeur explique avoir alors fait savoir à Frédéric Potier, qui s'inquiétait d'une possible réédition des textes sans mise en contexte, qu'elle se ferait accompagnée d'un "appareil historique", avec une analyse du professeur d'université Régis Tettamanzi et d'une préface signée de l'écrivain Pierre Assouline. Antoine Gallimard a justifié à nouveau dans le "JDD" son projet "par goût de la vérité" et la nécessité de montrer "la coexistence du génie et de l'ignoble en un seul homme".

"Le projet de rééditer les pamphlets antisémites de Céline ("Bagatelles pour un massacre", "L'École des cadavres" et "Les beaux draps") avait suscité une vague d'indignation notamment de la part de Serge Klarsfeld, président de l'association Fils et filles de déportés juifs de France. Les textes concernés ont été rédigés par l'auteur du "Voyage au bout de la nuit" entre 1937 et 1941. Ils devraient tomber dans le domaine public en 2031 (soit 70 ans après la mort de l'écrivain en 1961) et seront alors libres de droits. Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais n'ont pas été réédités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L'écrivain lui-même puis sa veuve, Lucette Destouches, âgée de 105 ans, s'y opposaient".

Le 21 janvier 2019, le Grand rabbin de France Haïm Korsia a déclaré au Point : Céline "est porteur de haine, et a été condamné à l'indignité nationale, ne l'oublions pas. Cela a du sens pour moi, et je me fais un pieux devoir de ne l'avoir jamais lu. Pas une ligne. La polémique récente n'aurait jamais dû exister, car personne n'aurait dû poser encore la question. Je trouve honteux de voir désigner ces horreurs comme des « pamphlets » ou pire encore, comme des « écrits polémiques ». Il s'agit de textes violemment antisémites et nauséabonds. Je me réjouis de la réponse finale apportée par Gallimard".


"Le culte célinien a eu ses Cinquante Glorieuses. Mais, depuis quelques années, il a de moins en moins d'adeptes. Nous assistons aujourd'hui à la fin d'un engouement soigneusement entretenu par divers milieux culturels, éditoriaux et académiques, qui ont favorisé pour diverses raisons la confusion entre la question esthétique et la question biographique, comme si l'enthousiasme suscité par la lecture de Voyage au bout de la nuit pouvait et devait sauver de l'opprobre l'individu Louis Ferdinand Destouches, dit Céline, et faire oublier ses engagements politiques. La réhabilitation littéraire de l'écrivain a dérivé vers la célébration du personnage - assimilé indûment à Bardamu (le héros de Voyage) -, pour en masquer la triste figure, celle d'un antijuif fanatique fasciné par le nazisme, d'un comédien provocateur, d'un menteur ordinaire et d'un martyr imaginaire" a écrit Pierre-André Taguieff dans  « Céline a été un collaborateur enthousiaste de l'Allemagne nazie » (Le Figaro, 14 décembre 2018).

Et de rappeler : "Alors qu'on découvrait les horreurs de l'extermination nazie des Juifs d'Europe, Céline écrivait à son épouse, le 13 août 1946: «Le persécuté, c'est moi.» La leçon victimaire a été entendue par les admirateurs aveugles de l'écrivain, puis récitée comme une prière ou fredonnée comme un refrain... De Faurisson à Sollers en passant par Nabe et Soral, des marginaux aux installés de la célinerie, les prédicants célinistes ont tous entonné le credo victimaire. Est-il besoin de préciser que la vénération pieuse ne confère ni compétence particulière ni autorité intellectuelle? Il faut bien sûr distinguer les adeptes naïfs du culte célinien des propagateurs de la légende mi victimaire mi héroïsante. Nous nous trouvons à la fois devant un phénomène de croyance, relevant de l'idolâtrie, et du résultat d'un long travail de désinformation, origine du culturellement correct célinien observable depuis les années 1980. Aucun argument n'ébranle les sectateurs de Céline, voués à défendre becs et ongles leur idole mais aussi leurs intérêts propres, lorsque sont menacées leurs carrières ou leurs réputations... Il faut reconnaître que, commencée dès le début des années 1950, l'entreprise de blanchiment et de promotion de l'écrivain engagé dans le nazisme avait parfaitement réussi. Après l'extrême droite qui avait fabriqué la légende d'un Céline «prophète», c'est la gauche culturelle qui, sur la base des propos trompeurs de l'écrivain et d'une lecture biaisée de Voyage, s'est chargée d'inventer un Céline anticolonialiste, anticapitaliste, anarchiste et pacifiste. Elle a fait de lui un noble révolté de rêve! La célinolâtrie s'est donc institutionnalisée en France, du monde universitaire au monde de l'édition, en passant par celui du journalisme. De Gallimard à son enclave à la Sorbonne (où régnait Henri Godard, éditeur de Céline dans la «Bibliothèque de la Pléiade»), en passant par Tel Quel puis L'Infini, des anarchistes aux néo-nazis, du Tout-Paris aux négationnistes, Céline était fêté. Les études céliniennes ronronnaient, les approches apologétiques et hagiographiques s'étendaient de la vie et l'œuvre de l'écrivain-polémiste à son chat Bébert et à son épouse Lucette, sans oublier les maîtresses et les amis du Maître, ni les lieux qu'il avait fréquentés. Les mondanités céliniennes faisaient rage, et l'on se pressait à Meudon, route des Gardes, autour de Lucette. Les collectionneurs frénétiques d'objets céliniens étaient aux aguets, la bimbeloterie célinienne se portait à merveille, les compilateurs d'anecdotes compilaient avec jubilation. On s'agitait beaucoup au sein du petit monde clos des Alliot, Mazet et Cie, les boutiquiers du célinisme militant. Le marché de l'édition célinienne se montrait fort dynamique, avec par exemple ses tirages de luxe".

Et d'analyser : "L'affaire Céline est récemment revenue dans l'espace public après la publication en février 2017 de notre ouvrage, Céline, la race, le Juif (Fayard). Nous y montrons, sources historiques et archives inédites à l'appui, que Céline a dénoncé sous l'Occupation au moins trois médecins, un chirurgien, deux écrivains et un jeune résistant. C'était mettre à mal le cliché inlassablement répété par les sectateurs célinistes: «Céline n'a dénoncé personne». Les archives relatives à Helmut Knochen, alors chef de la police allemande, ouvertes en décembre 2015, nous ont permis d'établir en outre, par recoupements des témoignages, que Céline n'a pas hésité à jouer le rôle d'agent des services de renseignements allemands."

"Et d'observer : "Le débat sur l'engagement antijuif de Céline a pris de l'ampleur à partir de décembre 2017, après que le projet d'une réédition chez Gallimard des trois pamphlets antisémites de l'écrivain a été rendu public. Il porte moins sur l'antisémitisme délirant de Céline, reconnu comme tel - sans être pour autant suffisamment étudié -, que sur son engagement pronazi dès 1938, que les céliniens inconditionnels continuent de nier ou de minimiser, avec une surprenante mauvaise foi. C'est que les croyants et les prêcheurs de l'église célinienne perçoivent que leur idole s'enfonce dans la nuit. Les étudiants en Lettres ne s'engagent plus dans des travaux sur l'écrivain. Les célinologues officiels comme les éditeurs spécialisés s'inquiètent. Placés devant la triste vérité historique concernant leur héros, les plus naïfs de ses admirateurs s'indignent plus ou moins bruyamment, tandis que les céliniens alimentaires, disons ceux qui vivent du commerce des choses céliniennes (la maison Alliot et Mazet, notamment), montrent les dents. On ne s'en étonnera pas: les chiens de garde aboient." 

Et d'expliquer :
"Nous nous en tiendrons ici aux preuves permettant d'affirmer que Céline a joué le rôle d'agent des services de renseignements de la police allemande:
- L'audition de Hans Grimm, responsable du SD (service de renseignement allemand) de Rennes, devant le tribunal de Leipzig, fin 1949. Celui-ci déclarait, entre autres, que Céline avait effectué en 1942-1943 des missions pour la Gestapo à Saint-Malo.
- L'audition de Helmut Knochen, chef de la Sipo («police de sécurité») et du SD, par la DST en novembre 1946. Sur la base des déclarations de Knochen, la direction générale des Renseignements généraux dresse une liste de noms d'agents français de la police allemande. On trouve, parmi 45 noms, la mention suivante: «Destouches, écrivain [Céline]. Agent du SD. Réfugié au Danemark». Knochen, interrogé ensuite par la direction des Renseignements généraux, cite Céline parmi cinq «Français désireux de collaborer volontairement avec les services allemands».
- Enfin, le témoignage d'Hermann Bickler − chef des services de renseignement pour l'Europe occidentale − confirme les relations assidues de son ami Céline avec le SD: «Souvent, quand Céline passait dans les parages en pétaradant avec sa moto, il nous rendait une petite visite.» Ces «petites visites» avaient lieu avenue Foch, au siège de la police allemande.
Par ailleurs, l'ambassadeur nazi Otto Abetz, le 1er mars 1941, mentionne le nom de Céline parmi les collaborateurs français - Marcel Bucard, Louis Darquier, Jean Boissel, etc. - qu'il propose à Theodor Dannecker, chef du «Judenreferat», section des Affaires juives de la Gestapo. Il s'agit alors de créer l'«Office central juif», destiné à préparer la «solution finale», entendue à ce moment-là comme «élimination des Juifs» par la «déportation totale» et leur regroupement «dans un territoire qu'il reste à déterminer». Ce projet se concrétisera par la création, le 29 mars 1941, du Commissariat général aux questions juives, réponse de Vichy aux pressions allemandes.
Le rapport du 8 novembre 1943 du commissaire de police Soutif, chef du service des Renseignements généraux de Quimper, montre que Céline ne répugnait pas au rôle d'indicateur: c'est, par exemple, sur l'information qu'il donne à Karl Epting, son admirateur qui dirige l'Institut allemand, que la police allemande recherche un résistant en Bretagne.
Le 22 août 1942, Céline est reçu par Fernand de Brinon (délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés), qui, suite à l'entrevue, introduit son ami auprès de Karl Bömelburg, chef de la Gestapo. Il le recommande «tout particulièrement» à son «bon accueil» puisqu'«il a été, en France, bien avant la guerre, un ardent antisémite et, par ses livres, le plus utile défenseur du rapprochement entre la France et l'Allemagne nationale-socialiste.» Dans sa préface de 1942 à la réédition de L'École des cadavres (1938), Céline souligne lui-même la précocité de son engagement pronazi, non sans vantardise, dans une énumération qui vaut programme: «L'École était le seul texte à l'époque (…) à la fois et en même temps: antisémite, raciste, collaborateur (avant le mot) jusqu'à l'alliance militaire immédiate, antianglais, antimaçon (…)».
Il convient de rappeler brièvement que, dans Bagatelles pour un massacre (décembre 1937) comme dans L'École des cadavres, Céline joue le rôle d'un vulgarisateur de talent, mettant sa plume d'écrivain comme sa réputation au service de la propagande antijuive autant que de la propagande prohitlérienne. Grâce aux bons soins de son ami Henri-Robert Petit, activiste au service du Troisième Reich, Céline fait partie des réseaux mis en place par le Welt-Dienst, ou «Service mondial», agence nazie spécialisée dans la propagande antijuive, qui soutient et fournit en matériaux divers les professionnels français de l'antisémitisme, en particulier les agents stipendiés, à l'image de Louis Darquier (dit «de Pellepoix») ou de Jean Boissel.
Dès le printemps 1938, après le succès rencontré par Bagatelles et sa traduction en allemand sous un titre plus explicite: Le Complot juif en France (Die Judenverschwörung in Frankreich), avec l'aval de l'Office Rosenberg sur la littérature et l'édition, Céline s'intègre dans le dispositif de la propagande antijuive internationale orchestré par les nazis. Il assiste à des réunions de La France enchaînée, organe du Rassemblement antijuif de France dirigé par Darquier, et fréquente le Centre de Documentation et de Propagande de Henri-Robert Petit, qui lui fournit des matériaux pour la rédaction de ses deux premiers pamphlets antijuifs. Il entretient des relations amicales avec le leader antijuif et pronazi canadien Adrien Arcand, correspondant du Welt-Dienst en Amérique du Nord, qui l'accueille à Montréal en «invité d'honneur», début mai 1938, à l'assemblée générale de son mouvement, les «Chemises bleues». L'un des traducteurs de Bagatelles, Arthur S. Pfannstiel, qui aura sous l'Occupation de hautes responsabilités (co-directeur, fin juillet 1940, de la section antimaçonnique de l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg), devient son ami."

Et de préciser : "« Je suis raciste et hitlérien, vous ne l'ignorez pas», écrit Céline à Robert Brasillach en juin 1939. Et d'ajouter: «Je hais le Juif, les Juifs, la juiverie, absolument, fondamentalement, instinctivement, de toutes les façons. Une haine parfaite.» Cette lettre, Brasillach refusera de la publier dans Je suis partout, comme d'autre part la suite. Céline, par son pro-hitlérisme inconditionnel et son extrémisme antijuif, avait réussi à choquer la direction de l'hebdomadaire fasciste. Ce fanatique de la haine des Juifs avait donc bien des idées fixes, de grosses convictions, mais pas de pensée politique, à la différence d'un Maurras, par exemple.
Comme l'a récemment établi l'historien Emmanuel Debono dans un article publié par la revue Cités en juin 2018 («Sampaix contre Céline: une affaire oubliée»), diverses sources archivistiques attestent le rôle joué par Céline, à la veille de la guerre, dans l'élaboration et la mise en place de «nouvelles méthodes pour la lutte antijuive». Ce «plan antijuif», élaboré par le groupement portant le nom de Cinquième Force, figure dans les archives de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), et, dans le dossier concernant l'organisation secrète, le nom de Céline apparaît parmi ses membres, avec la mention: « Écrivain, collaborateur de DARQUIER DE PELLEPOIX».
Il faut rappeler ici le témoignage d'Ernst Jünger, qui, capitaine de l'état-major de l'armée allemande à Paris, rencontre L.-F. Céline à l'Institut allemand le 7 décembre 1941. Ce témoignage crucial, alors même qu'il est corroboré par un autre témoignage ainsi que par une lettre de la même teneur adressée par Céline à sa secrétaire Marie Canavaggia en 1938, les biographes complaisants ont tout fait, les uns après les autres, pour le discréditer. On comprend aisément pourquoi. Jünger note en effet dans son Journal, rapportant avec stupeur les propos meurtriers de Céline:
« Il dit combien il est surpris, stupéfait que nous, soldats, nous ne fusillions pas, ne pendions pas, n'exterminions pas les Juifs − il est stupéfait que quelqu'un disposant d'une baïonnette n'en fasse pas un usage illimité. “Si les Bolcheviks étaient à Paris, ils vous feraient voir comment on s'y prend ; ils vous montreraient comment on épure la population quartier par quartier, maison par maison. Si je portais la baïonnette, je saurais ce que j'ai à faire”.»

Et le politologue d'ajouter : "Le 11 décembre 1941, Céline et l'hebdomadaire Au pilori décident de rassembler leaders politiques et leaders d'opinion du collaborationnisme parisien. Le journal donne, à la suite des propos de Céline, une première liste de quinze personnalités invitées: de Marcel Bucard à Darquier de Pellepoix, en passant par Pierre Costantini, Marcel Déat, le capitaine Sézille et George Montandon. Cette réunion est lancée par une déclaration de Céline à Au pilori, publiée sous le titre «Prologue au parti unique?», dans laquelle il se fait le porte-parole de «tous les Français antijuifs». La réunion eut lieu le 20 décembre et aboutit à la rédaction d'une plate-forme commune dont le premier point était: «Racisme: Régénération de la France par le racisme.»
On sait en outre que, sous l'Occupation, Céline, proche des milieux doriotistes et jouant avec application son rôle de «prophète» de l'antisémitisme et du racisme, a multiplié les «lettres» incendiaires publiées à la une par les journaux les plus extrémistes de la Collaboration (Au pilori, La Gerbe, L'Appel, Le Réveil du peuple, Je suis partout, etc.). Il y incite à la radicalisation de la politique antijuive, il y dénonce les tergiversations et le temps perdu en la matière. Céline apporte son soutien à la L.V.F., cette «preuve de la vie», et à Doriot: «C'est un homme. Et oui, il n'y a rien à dire. Il faut travailler, militer avec Doriot», déclare-t-il en novembre 1941. Le chef du PPF avait dans son discours du 25 mai 1941 justifié l'annexion du racisme à son programme en citant les raciologues René Martial, George Montandon… et Céline: «La gouttelette noire, comme dirait Céline, ne se mélange pas à notre sang.»
Ce ne sont là que quelques-uns des faits permettant d'affirmer que Céline a joué le rôle d'un collaborateur enthousiaste de l'Allemagne nazie. Si, dès le 14 juin 1944, Céline a fui précipitamment la France pour rejoindre l'Allemagne, alors que même le sinistre Darquier attendra septembre 1944 pour s'enfuir en Espagne, c'est parce qu'il avait de très bonnes raisons de déguerpir. Celui qui, dès 1938, déclarait «Je me sens très ami d'Hitler, très ami de tous les Allemands» et qui l'avait prouvé sous l'Occupation, savait fort bien ce qui l'attendait dans une France libérée. Sept ans plus tard, le 20 avril 1951, grâce aux manœuvres de son avocat d'extrême droite Tixier-Vignancour, il a fini par être amnistié, après avoir été, l'année précédente, condamné par contumace à la confiscation de la moitié de ses biens et frappé d'indignité nationale."

Et de conclure : "Le temps du blanchiment est fini. Il est devenu très difficile aux céliniens inconditionnels de continuer à nier l'engagement pronazi de Céline. Très difficile aussi de continuer à diffuser les mensonges, fort divers, constitutifs de sa légende - mis en évidence par l'historienne Odile Roynette dans son livre paru en 2015: Un long tourment. Louis-Ferdinand Céline entre-deux-guerres (1914-1945) (Paris, Les Belles Lettres). C'est là ce qui explique leur raidissement dans la mauvaise foi et leur fuite en avant dans le déni. Ils enragent, diffament et insultent ceux qui osent déranger leur confort culturel. Mais les faits sont têtus. Les croisés du célinisme pieux se sont engagés dans une vaine entreprise de négation: Céline a bien collaboré et dénoncé sous l'Occupation, conformément à ses convictions idéologiques profondes. L'ignorance, aussi volontaire soit-elle, n'est toujours pas un argument. Surtout lorsqu'elle se colore de malhonnêteté intellectuelle. Nous assistons aux derniers soubresauts des gardiens du temple. Les nuages de fumée qu'ils ont créés se dissipent. La figure du vrai Céline se dégage de sa gangue mythologique. Nous allons pouvoir enfin lire Céline sans œillères."

Film d'Emmanuel Bourdieu
Le 29 janvier 2018 à 10 h 35, OCS City diffusa "Louis Ferdinand Céline", d'Emmanuel Bourdieu (2016, 1 h 33) avec Denis Lavant (Louis-Ferdinand Céline), Géraldine Pailhas (Lucette Destouches), Philip Desmeules (Milton Hindus), Rick Hancke (Le Ministre De La Justice), Marijke Pinoy (La Femme Du Ministre). "Emmanuel Bourdieu adapte le livre de M. Hindus et dépeint l'un des écrivains les plus controversés de la littérature française".

France Culture 2019
Du 15 au 19 juillet 2019, France Culture a consacré, dans le cadre de Grandes traversées, plusieurs émissions à Céline sous le titre "Louis-Ferdinand Céline, au fond de la nuit". Une "série documentaire produite par Christine Lecerf et réalisée par Franck Lilin". En partenariat avec Le Nouveau Magazine littéraire.
"La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit". Louis-Ferdinand Céline.
"Comment être tout cela à la fois ? Un génie de la littérature et un monstre de l'histoire. Ecrire un grand roman comme "Voyage au bout de la nuit" et un odieux pamphlet antisémite comme "Bagatelles pour un massacre".
"Lire Céline est une expérience indélébile, qui ne laisse personne indifférent. La force de son style emporte et fascine. La noirceur de sa vision du monde effraie. Et la radicalité de ses propos dégoûte et scandalise. Ecrivains, historiens, comédiens témoignent de cette expérience inédite de lecture."
"Cinquante ans après sa mort, Céline continue de diviser les esprits. En 2011, sous la pression, l’écrivain est retiré de la liste des célébrations nationales. En 2017, le projet de publication de ses pamphlets chez Gallimard est suspendu." 
"Les pamphlets de Céline ont eu un rôle important et criminel. Pour ceux qui ont vécu la période nazie, il est insupportable de les voir rééditer". Serge Klarsfeld, avocat, fondateur de l'Association des fils et filles des déportés juifs de France".
"Toute l'oeuvre de Céline doit-elle être publiée ? Faut-il au contraire censurer ses écrits noirs ? Comment penser ensemble littérature et politique ? Dans le monde des chercheurs, des historiens, et même parmi ses adeptes les plus fervents, on ne se contente plus des étiquettes du “génie” et du “salaud” pour penser Céline. L'heure est à une nouvelle réception."
"Céline prend tout à l’excès et c’est pour cela qu’il est si précieux : il révèle l’hypocrisie de son époque. Denis Lavant, acteur"
"Plus de cinquante ans après sa mort, Louis-Ferdinand Céline rôde toujours dans les cavernes obscures de notre imaginaire. Génial et abject, artiste et antisémite, créateur et délateur, l’auteur du grand roman Voyage au bout de la nuit et de l’immonde pamphlet Bagatelles pour un massacre emporte, dégoûte, fascine et scandalise. Génie ou salaud ? À lire ou à censurer ? Céline fend les cœurs et divise les esprits. Insaisissable, Céline noircit le monde et nous attire au fond de la nuit".
Le 15 juillet 2019 : "Un génie monstrueux".
Le 16 juillet 2019 : "Le voyage".
Le 17 juillet 2019 :  "Une double vie".

"Médecin le jour, écrivain la nuit, Céline ausculte les corps et travaille la matière des mots"

"Etudiant en médecine, Céline découvre les travaux de Philippe Ignace Semmelweis, l'inventeur non reconnu de l'asepsie. S'identifiant à cette figure tragique, il lui consacre une thèse, qui s'apparente à un véritable récit. Il pratique la médecine moins comme une thérapie que comme une vocation, dans l'empathie avec le patient, conscient de son impuissance à vaincre la mort."

"Céline a l'œil du médecin, il regarde les choses vraiment". Yves Buin, médecin 

"A la fin des années 20, Céline habite au cœur de Montmartre. Médecin le jour et écrivain la nuit, il mène une double vie. Entre les soins au dispensaire et le travail acharné sur ses manuscrits, Céline profite de la vie parisienne entouré de ses amis, Henri Mahé, Gen Paul, Marcel Brochard. Il s'est pris de passion  pour une magnifique danseuse américaine, Elisabeth Craig, dont il fera la dédicataire du Voyage au bout de la nuit. "
"La passion de Céline pour les corps ne s’arrête pas à la médecine. La danse, le mouvement des corps des femmes le fascine et donne un élan à son écriture". 
"Il n’y a rien de plus important pour Céline que le corps humain qui danse en musique". François Gibault, biographe de Céline.
Le 18 juillet 2019 : "Bagatelles pour un massacre".
En 1937, bien avant l'Occupation, Céline publie "Bagatelles pour un massacre", son premier pamphlet antisémite qui contribue à acclimater la France aux futures mesures de Vichy.
1936 est une année de rupture pour Céline. Son nouveau roman Mort à crédit ne remporte pas le succès qu’il escomptait. Les récents bouleversements politiques ne font qu'aiguiser sa colère. Le Front populaire avec à sa tête Léon Blum vient d'accéder au gouvernement. Socialiste, d'origine juive, Blum cristallise toute la haine d'un Céline hors de ses gonds. 
"Le Front populaire, c’était la catastrophe. Blum, c’était le diable. Plutôt Hitler que Blum. Céline est le pur produit de cela". Laurent Joly, historien
Après un voyage décevant dans la Russie communiste, Céline prend la plume pour écrire son texte pamphlétaire, Mea culpa. Prenant goût à l'invective, il abandonne la littérature pour rédiger Bagatelles pour un massacre, son premier pamphlet antisémite et raciste. 
L'historien Johann Chapoutot commente "Bagatelles pour un massacre"
Néo-pacifiste et pro-hitlérien, Céline trouve des réponses à ses angoisses dans la vision du monde nazie, qui nourrit son second pamphlet L’Ecole des cadavres.  Publiés à des dizaines de milliers d’exemplaires, ces textes haineux, fourmillant de métaphores scatologiques, vulgarisent et diffusent les obsessions antisémites, racistes de Céline.
"Quelque chose casse le romancier et casse le roman. Les pamphlets merdifient l’oeuvre de Céline". Yoann Loisel, médecin psychiatre et psychanalyste
Durant les années d’Occupation, Céline fait partie du milieu collaborationniste. Il fréquente l’Ambassade d’Allemagne et l’Institut allemand. Il envoie des lettres aux journaux collaborationnistes et rédige Les Beaux draps, troisième pamphlet résolument militant. Il rédige également plusieurs lettres de dénonciation. L’ampleur de son engagement continue d’interroger les historiens et les spécialistes. 
"Céline a dénoncé sous l'Occupation. Les preuves sont dans les journaux, à la BNF, dans les Cahiers Céline. Il faut juste lire, ouvrir les yeux, toucher à l'idole". Annick Duraffour, spécialiste de l'antisémitisme en France 
19 juillet 2019 : "Dans les décombres"
"Dans le monde d’après 1945, en exil au Danemark, puis dans la solitude de Meudon, Céline construit sa légende."
"Conscient que sa vie est en péril, Céline fuit Paris à l’été 1944 en compagnie de sa femme Lucette et de son chat Bébert. Ils traversent une Allemagne en ruines, rejoignent Sigmaringen, où se sont exilés miliciens, officiels et membres du gouvernement du Vichy, pour finalement trouver refuge au Danemark."
"Rattrapé par son passé durant les années d’Occupation, Céline est emprisonné pendant dix huit mois dans une prison de Copenhague. Affaibli, malade, dans l'attente angoissée de son procès, l'écrivain entame la rédaction de ses Cahiers de prison. Notations, souvenirs, réquisitoires, amorces de fiction, Céline s'échauffe, se maintient en vie et entre dans la peau de son nouveau personnage de victime et de persécuté."
"Le bout de tout - à pied - en route - le feu, la ville hallucinante - le train des mutilés -les femmes dans le tunnel avec les voitures d’enfant - la frontière, un écrasement bleu". Céline, Cahiers de prison
"A sa sortie de prison, Céline s’installe à Korsør, sur les bords de la Baltique. Coupé de son pays et de sa langue, l'écrivain entretient une abondante correspondance, notamment avec un jeune universitaire américain, Milton Hindus. Cette relation épistolière intense va brutalement s'interrompre lors de leur rencontre à Korsør." 
"Croyez-moi infiniment touché par tant de gentillesse et d’efforts à mes soins. Je connais la musique du fond des choses. Je saurais s’il le fallait faire danser les alligators sur la flûte de pan. Ecrivez-moi, cher ami". Céline à Milton Hindus, mars 1947
"Quelque chose se détraque. Le charme est rompu. En se rencontrant, Céline et Hindus ont détruit ce qu'ils avaient construit par la correspondance". Jean-Paul Louis, éditeur
"Condamné à l'indignité nationale, puis amnistié du fait de son passé d'ancien combattant, Céline rentre en France en 1951. Débute alors la nouvelle vie du fameux clochard de Meudon. Après une longue traversée du désert, l'écrivain refait surface en publiant sa Trilogie allemande, chronique tragicomique d'une Europe des décombres. Céline meurt juste après avoir achevé son dernier livre, Rigodon, léguant à la postérité l'oeuvre de toute une vie. "
"Céline m'a permis de faire un travail ahurissant : croire dans la phrase, croire dans le génie de l'écrivain. Ces écrivains de la taille de Céline ou de Flaubert te forcent à savoir ce qu'est une partition. De la musique. Fabrice Luchini, acteur" 




« Le procès Céline » réalisé par Antoine de Meaux
Ecrit par Alain Moreau
Program 33/Arte, 2011, 54 minutes
Commentaire lu par Marie-Christine Barrault
Textes de Céline lus par Didier Sandre
Diffusions les  17 octobre 2011 à 22 h 30, 24 octobre 2011 à 10 h 30 et 29 octobre 2011 à 5 h

Visuels :
Céline
© Rue des Archives
Céline
© François Gragnon, 1960

Articles sur ce site concernant :
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Publié pour la première fois le 16 octobre 2011, cet article a été modifié le 8 décembre 2014.
Il a été republié le :
- 10 septembre 2012 alors qu'un éditeur québécois (Canada) a annoncé la prochaine publication de pamphlets antisémites de Céline ;
- 15 octobre 2012 à l'approche de la diffusion de Louis-Ferdinand Céline, une légende, une vie, documentaire (1976) de Claude-Jean Philippe et Monique Lefebre et D'un Céline à l'autre (1969) par Yannick Bellon par la chaine Histoire, les 15 et 20 octobre 2012 ;
- 17 décembre 2012 à l'approche de la diffusion D'un Céline à l'autre (1969) par Yannick Bellon par la chaine Histoire, le 18 décembre 2012, à 9 h ;
- 7 mai et 11 septembre 2013 à l'approche de la diffusion de Paris Céline  (1969) de Guillaume Laidet par la chaine Histoire, les 11 et 16 mai, les 14 et 21 septembre 2013, et du concert Chansons de Céline, La musique pendant l'Occupation à la Cité de la Musique, le 16 mai 2013 à 20 h ;
- 13 octobre 2013 à l'approche de la diffusion de Paris Céline de Guillaume Laidet par la chaine Histoire, les 15 et 21 octobre 2013. "50 ans après sa mort, Paris Céline propose pour la première fois de voyager dans le Paris de Louis-Ferdinand Céline. Un voyage, en compagnie de Lorànt Deutsch, au cœur des lieux céliniens les plus emblématiques, du passage Choiseul à Clichy, de Montmartre à Meudon. Pour faire revivre ce Paris aujourd'hui presque entièrement disparu, le comédien passionné par la capitale se fait tour à tour lecteur des grands textes de Céline se rapportant à chaque lieu, et guide dévoilant à l'aide de nombreuses anecdotes ce qu'y fut la vie de l'écrivain et de ceux qui le côtoyèrent. Paris Céline est aussi un "bestiaire de Paris", un hommage à son petit peuple, à ses figures devenues mythiques, à la culture populaire et à ce parler argotique qu'emprunte allègrement l'auteur de Métronome, l'histoire de France au rythme du métro parisien. Grâce à une riche iconographie mêlant des reproductions de dessins de Tardi et de grands peintres montmartrois, des gouaches de Gen Paul, des photos et extraits de films d'époque..."
- 21 septembre 2014 avant la rediffusion de "Paris Céline, documentaire de Guillaume Laidet, les 21 et 23 septembre 2014 ;
- 8 décembre 2014, 29 janvier 2018, 28 juillet 2019.