lundi 6 février 2017

Regards sur la littérature israélienne


Romans, poésie, bandes dessinées (BD), littérature jeunesse… Dans toute sa variété, exprimée en diverses langues – hébreu, arabe -, parfois politisée en étant souvent ancrée à gauche, représentée par des figures célèbres, la littérature israélienne a conquis un public croissant en France, au-delà des rangs de la communauté juive française. Le 6 février 2017, à 19 h, à l’initiative du Département Aliyah et Intégration de la Mairie de Tel Aviv, la littérature israélienne sera évoquée à Tel Aviv, dans le cadre de « 68 ans de melting pot culturel », par Gaby Levin, directrice de la Fondation Recanati, critique littéraire, et La bohème, troupe de théâtre qui interprétera des textes israéliens traduits en français : « la visite de la maison de Bialik, la conférence de Gaby Levin et l'incontournable lecture et interprétation de textes israéliens traduits en français par les acteurs de la troupe La Bohème ».


La littérature israélienne présente des spécificités : elle a précédé la refondation de l’Etat d’Israël et s’exprime essentiellement en hébreu, langue liturgique, « langue sacrée » dont la résurrection à la charnière des XIXe et XXe siècles, en langue parlée, moderne, vernaculaire a résulté de l’initiative du lexicographe, philologue et journaliste, Eliézer Ben Yehoudah (1858-1922).

Colloque
Le 7 avril 2002, la littérature israélienne était présentée lors d’un colloque important organisé au Sénat par le B'naï B'rith de Paris-Ile-de-France. Sous le haut patronage de l’ambassadeur d’Israël, alors S.E. Elie Barnavi, ce colloque avait abordé deux sujets : la traduction et la littérature, miroir de la société. Des lectures avaient ponctué cette journée aux intervenants prestigieux et close par le Grand Rabbin René-Samuel Sirat, professeur à l’INALCO.

« La littérature israélienne présente une double spécificité. D’une part, elle s’enracine dans une société sioniste et nouvelle, principalement composée d’immigrés. D’autre part, elle s’exprime dans une langue qui a connu une véritable renaissance à la fin du XIXe siècle, après avoir été pendant près de deux millénaires seulement une langue de prière », annonce Michèle Rotman, présidente de la Commission culture du B’nai B’rith francilien.

Écrite dans une langue ancienne et récente, la littérature israélienne reflète une société complexe née d’un projet politique et religieux : et qui reflète ses mutations : de l’héroïsme des pionniers au réalisme des anti-héros les plus contemporains.

C’est à ses traductrices, médiateurs indispensables pour le grand public, que ce colloque a consacré sa première table-ronde. La présidence en était confiée à Mireille Hadas-Lebel, professeur émérite à la Sorbonne. Etaient invitées : Sylvie Cohen, introductrice de l’œuvre d’Amoz Oz, et Laurence Sendrowicz, traductrice de Hanokh Levin, « figure majeure du théâtre israélien contemporain ». Arlette Pierrot évoqua « Shulamit Hareven, une Levantine ». Madeleine Neige présenta l’œuvre de David Shahar. C’est au double titre de traductrice et de responsable de la collection Lettres hébraïques (Actes Sud) qu’était intervenue Rosie Pinhas-Delpuech : « Une écriture de la subversion entre classiques (Yaacov Shabtaï, Yehoshua Kenaz) et modernes (Alona Kimhi, Etgar Keret) ».

Cette littérature est diverse par les générations, tempéraments, genres et styles.

D’une société israélienne dépeinte dans ses mutations, émergeait une triple thématique : « la guerre, le kibboutz et la souffrance millénaire du peuple juif. Au fil des œuvres, on ressent qu’Israël est un lieu de confrontation permanente ». Apparaît aussi une société marquée de clivages : « jeunes/vieux, immigrants/Sabras et Juifs/Arabes ». Ses tensions semblaient d’autant plus aiguës que tout évolue très vite : les composantes démographiques, les phases économiques, les alternances politiques, l’essor urbain, les modes de vie, etc.

C’est Lily Permuter, maître de conférences à l’INALCO, qui anima les débats de l’après-midi. Ariane Bendavid, maître de conférences à la Sorbonne, traita du passage « de la littérature hébraïque à la littérature israélienne : déclin d’un idéal », Myriam Feldhendler, chargée de cours à l’INALCO, de « l’évolution de la mentalité israélienne » et Ephraïm Riveline, professeur des Universités, de « l’évolution du thème de l’exil et de la rédemption ». Michèle Tauber, agrégée d’hébreu, centra son intervention sur « Aharon Appelfeld ou les langues juives à travers le siècle ».

La poésie n’était pas oubliée. Poète et traductrice de poésie, Dory Manor décrivit « la poésie hébraïque des années 90 », et Masha Itzhaki, maître de conférences à l’INALCO, « le dialogue avec la Bible ».

Pour mieux rendre sensible cette littérature, la comédienne Mady Mantelin-Chouraqui a lu des passages d’œuvres de deux grandes figures : A.B. Yehoshua et David Grossman.

« La littérature israélienne est moins traduite en France que dans d’autres pays européens. Mon but est d’en donner le goût et de la faire mieux connaître. Puisse ce colloque donner aux libraires l’envie de commander plus de livres dans leurs maigres rayons sur Israël, aux éditeurs de continuer à faire traduire et connaître de jeunes écrivains et à nous d’en apprécier la profondeur et la beauté », espérait Michèle Rotman, présidente de la Commission culture dudit B'naï B'rith.

Vœu en partie réalisé : le colloque était déjà complet avant son ouverture.

Un secteur éditorial dynamique
Selon des statistiques extérieures de la Centrale de l’Édition et du Syndicat national de l’édition (SNE), « pour les échanges de droits avec Israël (en prenant en compte exclusivement l’hébreu comme langue de publication) en 2004, 2005 et 2006 au total 157 titres ont été cédés par une trentaine d’éditeurs français et 20 titres achetés par 8 éditeurs français. Dans la répartition par domaine de ces échanges, la littérature est la plus représentée (81 titres), suivie des sciences humaines et sociales (46 titres), puis des domaines jeunesse/BD (32 titres), actualités, documents, biographies (13 titres), érudition, religion (5 titres) ».

Environ « 35 millions de livres sont vendus chaque année en Israël. Le chiffre d’affaires de l’édition israélienne s’élevait à deux milliards de shekels en 2006 (soit environ 360 millions d’euros). Cependant, avec 6 866 titres publiés en 2006 – dont 5 900 en hébreu, 528 en anglais, 196 en russe et 133 en arabe –, le secteur souffre de surproduction pour un petit pays qui ne compte que 6,8 millions d’habitants. Les tirages moyens s’en ressentent, qui ne dépassent guère les 2 000 exemplaires pour une nouveauté en fiction, dont la durée de vie sur l’étagère d’une librairie est de courte durée. Un seuil de 5 000 ventes en fiction est suffisant pour apparaître dans les listes des meilleures ventes, quand ce chiffre était d’au moins 20 000 il y a quelques années  ».

« Spécificité de l’édition israélienne, 24% des livres produits sont des textes religieux (livres de prières, etc.), qui ne sont pas forcément commercialisés ou distribués par les canaux de vente habituels. La moitié des livres produits en Israël est éditée par des structures qui ne sont pas des maisons d’édition et 18% le sont par des associations, des instituts, des musées. 17% des livres sont publiés à compte d’auteur, 9% par des institutions gouvernementales et 5% par des institutions éducatives ».

« Le secteur éditorial traditionnel se caractérise par sa concentration : trois groupes éditoriaux se partagent plus de la moitié de la production. Deux d’entre eux se sont récemment associés aux deux plus grandes chaînes de librairies du pays, qui elles-mêmes détiennent près de 60% de parts de marché. Ce phénomène de concentration se retrouve également dans les partenariats entre grands éditeurs généralistes et petites maisons d’édition, qui permettent à ces dernières de réduire leurs coûts de fabrication, de distribution et de promotion. On recense 1 452 maisons d’édition en Israël (dont un tiers d’éditeurs religieux). Pour 996 d’entre elles, l’édition est l’activité principale ; et, pour les autres, c’est une activité secondaire… »

« Les trois grands pôles éditoriaux généralistes israéliens sont : le groupe Kinneret Zmora-Bitan Dvir, associé à la chaîne de librairies Tzomet Sefarim ; la maison d’édition Keter Sefarim, associée à la chaîne de librairies Steimatzky ; et la maison d’édition Yédiot Sefarim, qui appartient au grand quotidien, Yédiot Aharonot… effet, le livre est un produit cher en Israël : son prix moyen en littérature est d’environ 80 shekels (14,4 euros), et de 50 shekels (9 euros) pour un livre de jeunesse. Pourtant, et c’est là tout le paradoxe de la situation israélienne actuelle, l’immense majorité des livres (y compris, et même surtout, les nouveautés) est vendue en promotion… Le marché des traductions en Israël est dynamique, mais le nombre de publications d’ouvrages traduits du français reste bien en deçà de celui des ouvrages traduits de l’anglais ».

Salon du Livre 2008
En 2008, année des 60 ans de la refondation de l’Etat d’Israël, celui-ci était pays invité d’honneur du Salon du Livre (14-19 mars), désormais rebaptisé Livre Paris, et de la Foire du Livre de Turin.

Président de l'Union des écrivains palestiniens, Taha al-Moutawakel s’est indigné de ce choix à Paris. Une opposition partagée par l'Union des écrivains égyptiens, l’Organisation islamique de l'éducation, des sciences et de la culture (ISESCO) à Rabat, Yasmina Khadra, romancier et directeur du Centre culturel algérien à Paris, et Tariq Ramadan. Ce qui s’est traduit par quatre stands de la Tunisie, de l’Algérie, du Maroc et du Liban demeurés vides. Mais des professionnels du livre du monde arabe étaient venus, ainsi que les écrivains algériens Boualem Sansal ou Maïssa Bey.

Des Israéliens, tels Ilan Pappe et Benny Ziffer, se sont joints à ces appels au boycott.

Ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner a jugé « extrêmement regrettable » la décision du Liban de boycotter cet événement culturel.

Malgré les appels au boycott, plus de 25 000 livres israéliens avaient été achetés et quarante auteurs de fiction étaient présents au stand israélien.

Mais, le Salon avait du être évacué un dimanche après-midi en raison d’une alerte à la bombe.

En 2011, le Prix Médicis Etranger a été remis à « Une femme fuyant l’annonce » (Seuil) de David Grossman. L’écrivain israélien » y dresse le portrait d’une femme qui évite son propre foyer, de peur qu’on lui annonce la mort de son fils, parti à la guerre. L’auteur de « Voir ci-dessous amour » y transfigure la perte du sien, tué pendant la campagne libanaise de 2006 ».


Cet article a été publié en une version concise par Actualité juive.

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