Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 10 janvier 2019

« Histoires d’Israël » par William Karel et Blanche Finger


« Histoires d’Israël » (Israel erzählt ; Israel: Stories Of Modern Days) est un documentaire partial par William Karel et Blanche Finger. « Marqués par un quotidien sous tension, mais aussi portés par une grande vitalité créative, dix écrivains israéliens majeurs dressent le portrait de leur pays, et en révèlent les ambiguïtés ». L'Institut Elie Wiesel / Campus Valde Marne propose, à la Maison de la Culture Juive de Nogent, le cycle de conférences "70 ans de littérature israélienne, quatre œuvres, quatre écrivains" avec Michèle TAUBER, Maître de conférences en littérature israélienne. Université Paris 8. Quatre séances de 2 h, de 19 h 30 à 21 h 30, les mercredis 9, 16, 23 et 30 janvier 2019.


« Histoires d’Israël » est conçu par ses auteurs Blanche Finger et William Karel comme le débat suivant leur série documentaire « Une terre deux fois promise : Israël – Palestine ».

Le 9 avril 2018, sur Judaïques FM, dans le cadre de Mass’Media, Léa et Christophe Dard ont interviewé les réalisateurs binationaux, qui ont vécu dix ans en Israël, dans un kibboutz. William Karel a effectué un service de trois mois dans l’armée israélienne.

Blanche Finger a déploré : « Ces écrivains rencontrés ont donné leurs impressions, leurs sentiments. Ils sont dans leur pays, y vivent… On n’a pas rencontré d’écrivains nationalistes. La plupart des intellectuels israéliens ont la même position. Ils sont terrifiés par ce qui se passe, la folie de leurs gouvernants qui n’ont aucune projection dans le futur. On a l’impression qu’ils règlent les problèmes au quotidien en fonction des événements ».

Quant à William Karel, il a déclaré, parfois avec mépris : « Il y avait un accord avec Arte pour interroger des écrivains connus, aux livres traduits en français. On connait la plupart [des « écrivains interviewés] depuis des années. On a fait un film avec Amos Oz, David Grossman, Avraham B. Yehoshua… On a voulu rencontrer l’écrivain arabe Sayed Kashua parti à Montréal, mais il n’a pas voulu nous voir. On aurait aimé interroger un écrivain « de droite », mais il n’y en a pas, enfin pas d’un certain talent. On a posé deux questions au début : « Pourquoi écrivez-vous ? Pensez-vous que la littérature peut modifier le cours de l’histoire en Israël ? » Ils ont répondu Non. Le moins bavard a parlé 1 h 30. On avait 15 heures d’entretiens ; on a réduit à 52 minutes. La facture d’« Histoires d’Israël  » diffère de « Une terre deux fois promise : Israël – Palestine » : il n’y a pas image d’archives, pas de commentaire ».

Ce documentaire sera visible sur Libération.

Littérature ou géopolitique ?
En ce 70e anniversaire de l’État d’Israël, « que connait-on vraiment de ce pays ? Où en est le conflit avec les Palestiniens ? Quel rôle jouent les colons, les militaires, les religieux dans la société ? Quel est l’impact du terrorisme et de la guerre sur la vie de tous les jours ? »

« Et si la réponse à ces questions se trouvait dans les livres, et chez ceux qui les écrivent ? Et si, pour vraiment comprendre ce pays incroyablement complexe, il fallait interroger ses écrivains, plutôt que les correspondants de guerre et les experts en géopolitique ? Car quel meilleur miroir d’une société que ses écrivains ?

« Miroir de son histoire, de ses angoisses, de ses espoirs, de ce qui la rassemble et l’écartèle. Héritiers d’une culture nationale nourrie par la tradition juive et le goût du débat, les auteurs israéliens ont les mots, le cœur et la raison pour raconter Israël différemment de ce que l’on a l’habitude d’entendre dans les journaux télévisés ».

Ce documentaire « Histoires d’Israël » « donne la parole à dix figures majeures de la bouillonnante scène littéraire israélienne : Amos Oz, David Grossman, Avraham B. Yehoshua, Alona Kimhi, Meir Shalev, Zeruya Shalev, Eshkol Nevo, Etgar Keret, Benny Barbash et Ronit Matalon, disparue en 2017 et à laquelle le film est dédié ».

« Ces hommes et ces femmes de lettres puisent leur inspiration dans le climat de tension permanente dans lequel ils vivent. Leurs œuvres se font l’écho de toutes les problématiques rencontrées par leur pays : le conflit avec les Palestiniens et la proximité des territoires occupés, le poids du passé, le projet sioniste, la religion, l’armée et la jeunesse, les tensions sociales et territoriales ».

« Ces auteurs traduits dans le monde entier dépeignent avec humour, sensibilité et lucidité un environnement à la fois hédoniste et hanté par l'Holocauste, le traumatisme des guerres et le quotidien sous tension ».

« Ces auteurs dressent leur état des lieux de la société israélienne : Emigrants des quatre coins du monde, rescapés de la Shoah, traumatisés des guerres qui se succèdent, soldats confrontés à leur rôle d’occupants. Ils nous révèlent toutes les ambiguïtés de ce pays, ses valeurs, ses craintes, ses contradictions, entre un quotidien qui parfois les submerge, et une vitalité créative qui ne les quitte pas. Et toujours ce désir de vivre une vie normale, quand la normalité se dérobe constamment. Un portrait original et subjectif d’Israël, où la littérature permet de comprendre la géopolitique ».

Israël « concentre une telle quantité de tensions, d'identités, de tempéraments et de blessures que le pays constitue une inépuisable source d'inspiration. D'autant que certains auteurs ont grandi auprès d'extraordinaires conteurs ».

« Pour un écrivain, c'est un paradis », assure Eskhol Nevo. « Dans les transports où, contrairement aux mutiques Parisiens, les Israéliens s'expriment haut et fort, l'auteur a entendu « des hommes divorcer en direct ou dévoiler des secrets militaires ».

La « mère d'Etgar Keret se faisait ainsi un devoir de lui inventer une nouvelle histoire chaque soir. « Pour elle, lire un livre à un enfant, c'était comme lui acheter une pizza pour dîner : ce que faisaient les parents paresseux », raconte-t-il ».

Zeruya Shalev « décrit aussi les rapports chargés de culpabilité et d'angoisse entre mère et fils, dans un pays où, à 18 ans, « l'armée vous prend votre enfant ».

Certains écrivains réitèrent leurs critiques politiques. «On ne peut pas garder une attitude démocratique quand on contrôle un autre peuple depuis cinquante ans », affirme David Grossman, qui a perdu un fils dans la guerre contre le Liban en 2006. « Je ne peux pas penser à mon identité sans penser aux Arabes qui vivent ici. Ils font partie de mon identité, notamment depuis 1967», note Avraham Yehoshua. «Ce qui se passe en ce moment est le résultat de 1967. Les colons ont triomphé, ils ont réussi à imposer leur politique, ce sera très difficile de revenir en arrière», regrette Benny Barbash.

« Tous voudraient en finir avec l'occupation des territoires palestiniens, et s'inquiètent de choix politiques désastreux qui menacent la survie de leur pays ou, au mieux, le condamnent à « la stupidité », selon Amos Oz qui ajoute : « La réalité est toujours moins belle que le rêve. Si on réalise son rêve, on est toujours un peu déçu. Israël, c’est un rêve qui s’est réalisé ».

« Ce précis de géopolitique à la lumière de la littérature offre un passionnant portrait, choral et subjectif, d’Israël ». Et partial.

70 ans de littérature
L'Institut Elie Wiesel / Campus Valde Marne propose, à la Maison de la Culture Juive de Nogent, le cycle de conférences "70 ans de littérature israélienne, quatre œuvres, quatre écrivains" avec Michèle TAUBER, Maître de conférences en littérature israélienne. Université Paris 8. Quatre séances de 2 h, de 19 h 30 à 21 h 30, les mercredis 9, 16, 23 et 30 janvier 2019.

"1 – Méir SHALEV (1948)
Quel meilleur auteur choisir pour ouvrir ce voyage dans la littérature israélienne de la « génération de l’État » que Méir Shalev né en 1948 au moshav Nahallal (lieu de naissance de Moshé Dayan)
Toute son œuvre de fiction évoque l’odyssée familiale sur la terre d’Israël par le truchement de l’imagination et de la fiction. Les époques se chevauchent depuis l’arrivée des pionniers russes de la deuxième aliya (première décennie du XXè siècle) jusqu’à nos jours, mais il ne s’agit nullement de romans historiques. Humour et fantastique se conjuguent joyeusement dans tous les romans, l’auteur n’hésitant pas à mêler le tragique au comique. Chaque épopée familiale, qui n’est « chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre » est chaleureuse, drôle, teintée de nostalgie, de tendresse et de dérision. La mémoire joue un rôle central, mais elle est toujours entrelacée à l’imagination.
BIBLIOGRAPHIE 
Les romans sont tous publiés en livre de Poche – Folio – Gallimard
Que la terre se souvienne, Le baiser d’Esaü, Fontanelle, Pour l’amour de Judith, La meilleure façon de grandir, Le pigeon-voyageur, Un fusil, une vache, un arbre et une femme, Ma grand-mère russe et son aspirateur américain, Ma Bible est une autre Bible

2 – Ronit MATALON (1959-2017)
Dans son roman le plus autobiographique, le premier traduit en français par Rosie Pinhas-Delpuech, Le Bruit de nos pas (Stock «Cosmopolite», 2012), Ronit Matalon raconte le huis-clos d’une famille d’immigrés juifs égyptiens dans les « camps de transit » d’une lointaine banlieue de Tel-Aviv, parmi les ronces et le sable, bien après le terminus du bus. Tout est vu à hauteur d’enfant, et donc sans jugement politique, sociologique ou psychologique, pour montrer les difficultés d’intégration en Israël d’une famille juive égyptienne. 
Ronit Matalon, l’une des voix féminines les plus marquantes de sa génération, disparue prématurément en décembre dernier, est connue pour sa liberté de ton et son écriture informelle. Elle fait également partie des écrivains mizrahim, orientaux, qui retrouvent ces dernières années une légitimité dans le sérail des écrivains israéliens.
BIBLIOGRAPHIE 
Les romans sont publiés chez Stock et Actes Sud
Le bruit de nos pas, de face sur la photo
La mariée a fermé la porte (à paraître)
La fille du café : nouvelle (Anthologie de nouvelles israéliennes contemporaines, Gallimard, 1998)
Légitimité dans le sérail des écrivains israéliens. 

3 – Aharon APPELFELD (1932-2018)
Figure majeure de la littérature israélienne contemporaine, Aharon Appelfeld se situe toutefois hors du sérail des écrivains qui dépeignent les états d’âme d’une société israélienne en mutation permanente. Appelfeld, lui, s’attache à retracer le vécu du judaïsme européen d’Europe Centrale tout au long du XXème siècle. La quête de la mémoire occupe une place prépondérante dans son œuvre où sont évoquées des enfances idylliques à jamais perdues, des périodes troublées de l’assimilation ou des survies précaires après la Shoah. Dans un hébreu qu’il acquiert à l’âge de quatorze ans Appelfeld forge des langages universels : selon lui, « l’Art, et l’Art seulement peut-être, est capable d’endiguer la banalisation et de lutter contre la perte de signification de la Shoah. [...] La littérature doit obéir à un impératif : traiter de l’individu, un individu auquel son père et sa mère ont donné un nom, ont parlé une langue, ont donné leur amour et leur foi. Par sa nature même, l’Art défie constamment le processus d’anonymat auquel chaque individu est réduit. »

BIBLIOGRAPHIE 
Toute l’œuvre d’Aharon Appelfeld traduite en français est publiée aux Éditions de l’Olivier et dans la collection Points Seuil, à l’exception d’Adam et Thomas (Étions l’École des Loisirs).

4 – Yehuda AMIHAÏ (1924-2000)
Celui que l’on nomme « le poète de Jérusalem » publie son premier recueil de poésie en 1955, intitulé « Aujourd'hui et autres jours », puis son second en 1958. Il a été tenté par des nouvelles, des pièces de théâtre et surtout le roman avec Ni de maintenant, ni d'ici, dès 1963, mais la reconnaissance populaire le place d'emblée parmi les grands poètes de sa génération. Il fait partie d'une vague de poètes radicalement différente de l'art poétique de l'entre-deux-guerres, perpétuant la rigueur et les codes d'expression imposés à la fin du XIXè siècle. 
Son œuvre prend souvent l'aspect d'une célébration d'êtres aimés empreinte d'une douce tristesse ou d'une joie indéfinissable. Elle excelle à esquisser à travers des motifs triviaux de la vie quotidienne, la douceur de vivre en Israël, la banalité d'une situation réelle (la guerre vécue et ses stigmates sont bien réels, contrairement à une perception virtuelle d'une pensée onirique) et particulièrement à Jérusalem. L'écrivain parvient à rester naturel et spontané, presque naïf, tout en distillant l'ironie, l'absence de complaisance et tout en laissant paraître en ultime dévoilement son érudition littéraire. 
BIBLIOGRAPHIE 
Perdu dans la grâce, Gallimard
Poèmes, Actes Sud
Poèmes de Jérusalem (édition bilingue), Éditions de l’Éclat
Anthologie personnelle, Actes Sud
Les morts de mon père et autres nouvelles, Éditions de l’Éclat
Début, fin, début, (édition bilingue), Éditions de l’Éclat".


« Histoires d’Israël » par William Karel et Blanche Finger
Roche Productions, Arte France, Zed, France, 2018, 52 minutes
Sur Arte le 25 avril 2018 à 22 h 35
Ce documentaire sera projeté les 5 et 6 mai 2018 dans le cadre du 28e Festival du cinéma juif de Washington. Il sera co-présenté par by the Foundation for Jewish Studies
Visuels : © Roche Productions
    
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Les citations sur le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 23 avril 2018.

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