Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

samedi 30 mars 2019

« Juste une dernière chose… » de Peter Falk


Le comédien Juif américain Peter Falk (1927-2011) a débuté dans le théâtre new-yorkais d’avant-garde, puis à Hollywood et dans le cinéma dit d’auteur (John Cassavetes). La série télévisée mythique Columbo (1968-2003) l’a rendu mondialement célèbre. Juste une dernière chose… Les mémoires de Columbo (Michel Lafon), livre de souvenirs, est paru avant que ne soit connue la maladie neurodégénérative dont il souffrait. Le 13 février 2010, le comédien Serge Sauvion, qui avait post-synchronisé Peter Falk dans la série des Columbo, est mort à 80 ans à Asnières (banlieue de Paris). Peter Falk est décédé à l'âge de 83 ans à Beverley Hills, le 23 juin 2011. Il souffrait de la maladie d'Alzheimer. Arte diffusera le 31 mars 2019 "Peter Falk versus Columbo", documentaire de Gaelle Royer et Pascal Cuissot. 


« Ce livre n’est pas une autobiographie », avertit Peter Falk dès l’avant-propos de cet ouvrage où il égrène des anecdotes drôles sur ses tournages, évoque son père ahuri et incrédule devant les étrangetés du monde du cinéma, ses amis, ou sa seconde épouse, l’actrice Shera Danese.

Les premiers pas à Broadway
Peter Falk naît en 1927 à New York et grandit à Ossining (New York). C’est un collégien sportif sans vocation artistique.

Ce jeune homme cherche sa voie. Il s’engage en juin 1945 dans la Marine, tente de rejoindre les rangs des combattants juifs lors de la guerre d’Indépendance de l’Etat juif renaissant…

Diplômé en science politique et administration publique, il échoue lors d’un entretien d’embauche à la CIA et entre à la direction du Budget du Connecticut comme conseiller à la productivité.

Intimidé par les artistes qu’il plaçait sur un piédestal, ce n’est qu’en 1956, à l’âge de 29 ans, après avoir suivi des cours de comédie, qu’il se décide à devenir acteur professionnel.

Il s’installe dans le quartier de Greenwich Village, « cœur du théâtre d’avant-garde dans la Grosse Pomme », et débute dans le off Broadway. Il connaît le succès dans Le marchand de glaces est passé d’Eugene O’Neill avec Jason Robards.

Le cinéma ? Harry Cohn, le patron de Columbia Pictures, ne propose pas de contrat à ce « futur John Garfield » au motif : « Pour le même prix, jeune homme, je préfère m’offrir un acteur avec deux yeux ». Une allusion à son œil de verre. A l’âge de trois ans, Peter Falk a subi l’ablation de son œil droit atteint d’un cancer.
Son interprétation d’un truand – il a beaucoup observé les mafieux dans les salles de billard de la côte Est – dans le film de Stuart Rosenberg Crime, société anonyme (1960) est saluée par la critique. L’acteur Sal Mineo l’invite alors à « faire campagne pour les Oscar ». Une première sélection suivie de bien d’autres…

La Grande course autour du monde

Peter Falk alterne les rôles au cinéma, au théâtre et parfois à la télévision (Les Incorruptibles). Il tourne sous la direction de Frank Capra (Milliardaire pour un jour, 1961), Stanley Kramer (Un monde fou, fou, fou, 1963), Blake Edwards (La grande course autour du monde, 1965), Sidney Pollack (Un château en enfer, 1968), Arthur Hiller (Ne tirez pas sur le dentiste, 1979)…

En 1965, Blake Edwards réalise The Great Race (La Grande course autour du monde)  avec Tony Curtis, Natalie Wood, Jack Lemmon, et Peter Falk...


"1908. Six voitures prennent le départ de la première grande course automobile autour du monde qui va de New York à Paris. Parmi les concurrents, l'ignoble professeur Fate et son âme damnée, Max, sont prêts à tout pour éliminer leurs adversaires. Bientôt, ils n'ont plus qu'un seul concurrent : le séduisant Leslie. Ce dernier voyage dans sa "Leslie spécial" en compagnie de Maggie DuBois, une jolie journaliste new-yorkaise et féministe..."

"Une course-poursuite hilarante et échevelée autour du monde, entre l'ignoble professeur Fate et l'élégant Leslie... Un film culte signé Blake Edwards, avec une distribution éblouissante".

Cette "comédie échevelée inspirée du slapstick (burlesque muet) est hilarante de la ligne de départ à celle d'arrivée. Des sabotages à répétition aux bagarres de tartes à la crème (celle du palais de Carpania est directement inspirée de La bataille du siècle réalisé par Laurel et Hardy en 1927), des courses-poursuites en Alaska et dans la jungle jusqu'à l'écroulement de la tour Eiffel, Blake Edwards ne s'autorise aucun temps mort. Il réalise là un de ses meilleurs films, servi par une époustouflante distribution - notamment Jack Lemmon, parfait en ignoble professeur Fate, et Tony Curtis, irrésistible en pilote de charme d'une élégance à toute épreuve".

En 1968-1969, Hanna et Barbera se sont inspiré du film pour créer Wacky Races (Courses délirantes, Les Fous du volant), série de dessins animés américains humoristiques. Une série de trente-quatre épisodes de onze minutes diffusée avec succès par les télévisions américaines, françaises, canadienne, etc. A bord de la Démone Double-Zéro Grand Sport (The Mean Machine) : Satanas et Diabolo (Dick Dastardly & Muttley). Pénélope Jolicœur (Penelope Pitstop) circule à bord du véhicule n° 5, la Compact PussyCat (The Compact Pussycat) et Pierre de Beau-Fixe (Peter Perfect), play-boy conduit l'automobile n° 9, la Turbo Terrific (The Turbo Terrific) 

Columbo
Peter Falk joue dans Le prisonnier de la 2e avenue de Neil Simon (1971), Glengarry Glen Ross de David Mamet (1986), Le désarroi de M. Peter de Arthur Miller (1998).

C’est en 1971 qu’il acquiert une célébrité mondiale en interprétant le lieutenant Colombo dans une série télévisée dont il signe le scénario et la réalisation de quelques épisodes et qui prend fin en 2003. C’est avec un soin méticuleux que Peter Falk compose son personnage : il choisit parmi ses vêtements un vieil imper froissé pour camper un policier intelligent et débonnaire, à la dégaine négligée, à l’indéfectible politesse, à l’éternelle étourderie, à la profonde modestie et aux répliques devenues cultes : « Quand je dirai çà à ma femme… Juste une dernière chose ». Son jeu sera récompensé par quatre Emmy Awards.

Cet acteur en quête d’expériences originales évoque notamment Frank Sinatra, producteur respectant sa promesse (Les Sept voleurs de Chicago, 1964), John Cassavetes (Husbands), dont il loue la « fertilité de l’esprit », et le réalisateur allemand Wim Wenders (Les ailes du désir).

De Peter Falk, on découvre la distraction, la curiosité qui l’incite à aller dans la Yougoslavie de Tito, l’ironie et ses hobbies, dont le dessin de femmes au fusain et à l’aquarelle.

On peut regretter que Peter Falk évoque peu sa famille juive - père d’origine russe, mère d’origine polonaise et tchèque – dont l’ancêtre Miksa Falk était le rédacteur en chef de Pester Lloyd, journal de langue allemande de Budapest (Hongrie).

"Peter Falk versus Columbo"
Arte diffusera le 31 mars 2019 "Peter Falk versus Columbo", documentaire de Gaelle Royer et Pascal Cuissot. "Comment l'acteur Peter Falk a créé, puis vécu, avec l'un des plus populaires antihéros de télévision de tous les temps. Un joyeux portrait en forme d'enquête".

"Premier antihéros de l’histoire des séries, Columbo est aussi l’un des rares personnages de télévision à être devenu une icône internationale. Mais si, de 1968 à 2003, plus de deux milliards de téléspectateurs dans le monde ont suivi ses enquêtes sur le petit écran, une infime partie d’entre eux connaît le nom de celui qui l’a incarné. Disparu en 2011, Peter Falk s'est si bien approprié le rôle qu'il en est venu à se confondre avec ce dernier. L’imperméable froissé, il l’a tiré de sa propre penderie, avant de choisir lui-même son véhicule, une vieille Peugeot abandonnée dans un studio par un Français de passage. Et une fois la première saison lancée, en 1971, ce déjà gros fumeur se mettra au cigare mâchonné. Quant à l’irrésistible dissymétrie du regard – la pupille droite fixe semblant confondre le coupable, la gauche plissée en signe de fausse perplexité –, elle procède d’une trouvaille d’acteur pour surmonter un handicap d’abord jugé rédhibitoire par l’un des patrons d’Hollywood : la perte, à 3 ans, d’un œil, remplacé par une prothèse."
"
Mi-biographie, mi-enquête policière, ce portrait malicieux et alerte, à l'image d'un acteur qui ne s'est jamais pris trop au sérieux, raconte comment s'est fabriquée, au fil des saisons, la symbiose unique entre Peter Falk et son double de fiction. Mais il rappelle aussi que ce natif du Bronx, qui a embrassé sur le tard, à 29 ans, le métier de comédien, a joué dans d’innombrables pièces de théâtre et films – notamment pour Nicholas Ray, Frank Capra, Blake Edwards, William Friedkin, Wim Wenders, et surtout pour son ami John Cassavetes, qui lui a donné ses plus beaux rôles dans Husbands (1970) puis Une femme sous influence (1974). Archives, extraits de films et entretiens ressuscitent le "vrai" Columbo dans toutes ses dimensions."


"Peter Falk versus Columbo" de Gaelle Royer et Pascal Cuissot
France, 2018, 52 min
Sur Arte les 31 mars 2019 à 22 h 45 et 13 avril 2019 à 6 h 25

Peter Falk, Juste une dernière chose… Les mémoires de Columbo. Michel Lafon. Paris, 2006. 272 pages. ISBN : 2-7499-0572-9


La Grande course autour du monde, de Blake Edwards
Warner Bros., Patricia, Jalem Productions, Reynard, Martin Jurow, 1965, 146 min
Auteur : Arthur A. Ross, Blake Edwards
Image : Russell Harlan
Montage : Ralph E. Winters
Musique : Henry Mancini
Scénario:  Arthur A. Ross
Avec Jack Lemmon, Tony Curtis, Nathalie Wood, Peter Falk, Arthur O'Connell, Dorothy Provine, Larry Storch, Ross Martin
Sur Arte les 25 mars à 13 h 35 et 13 avril 2013 à 13 h 35

Site du comédien :
http://www.peterfalk.com/

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié par Guysen, puis sur ce blog les 17 février 2010, 24 juin 2011, 8 avril 2013 et 13 avril 2016. Il a été mis à jour le 29 mars 2019.

Vivian Maier (1926-2009). Une photographe révélée


Vivian Maier (1926-2009) était une gouvernante d’enfants, photographe/réalisatrice amateur autodidacte et talentueuse. Son oeuvre a été redécouverte par hasard par John Maloof, en 2007, et est appréciée à l’aune de celle des plus célèbres street photographers (photographes de rues). « Un regard, une poésie et un humanisme hors du commun ».  Des expositions et Finding Vivian Maier (A la recherche de Vivian Maier), documentaire réalisé par John Maloof et Charlie Siskel lui rendent hommage. Les Douches la galerie propose l'exposition "Vivian Maier: The Color Work".


C’est par hasard que John Maloof, agent immobilier à la recherche de documents sur un quartier de Chicago, découvre en 2007, dans une salle des ventes de cette ville, un lot important d’épreuves, de négatifs et de diapositives, dont une grande partie non développée, ainsi que des films Super-8 d’une inconnue appelée Vivian Maier (New York, 1926-Chicago, 2009).

Il range son acquisition chez lui, et s’en désintéresse. Puis, quelques mois plus tard, il prend conscience de l’originalité de ces œuvres photographiques. Il rachète aux acquéreurs des autres lots de photographies de Vivian Maier vendus lors de cette vente aux enchères. Ce collectionneur les numérise et réunit les informations sur cettte auteur discrète, mais à la forte personnalité, en retrace le parcours biographique et promeut son œuvre singulière. 

Vivian Maier a réalisé plus de 120 000 prises de vue et produit en trente ans une oeuvre majeure inédite, qu’elle n’a quasiment jamais rendue publique.

Avec 120 épreuves argentiques noir et blanc et couleur tirées à partir des diapositives et négatifs originaux ainsi que des extraits de films Super-8 tournés dans les années 1960 et 1970, c’est la plus importante exposition consacrée à Vivian Maier en France.

Autodidacte, Vivian Maier « a cultivé un sens aigu de l’observation et de la composition. Son talent est à rapprocher des figures majeures de la street photography américaine telles que Lisette Model, Helen Levitt  ou encore Diane Arbus  et Garry Winogrand ». 

Une femme discrète
La biographie de Vivian Maier « est à présent partiellement reconstituée grâce aux recherches et aux interviews menées après la mort de la photographe par John Maloof et par Jeffrey Golsdtein, autre collectionneur qui fit l’acquisition d’une part importante de son œuvre ». 

Vivian Maier nait à New York le 1er février 1926. Son père est d’origine austro-hongroise et sa mère des Alpes françaises.

En 1930, son père quitte le domicile conjugal. Vivan Maier et sa mère partagent un appartement avec la photographe réputée Jeanne Bertrand. 

En 1932, elles se fixent à Saint-Bonnet-en-Champsaur, dans les Hautes-Alpes, et reviennent à New York en 1938.

En 1950, Vivian Maier « séjourne à nouveau en France pour percevoir un héritage de sa grand-tante ; cet argent lui permettra par la suite de financer ses voyages. Elle réalise de nombreux paysages et portraits des habitants de la vallée du Champsaur à l’aide d’appareils de type box ou folding ».

C’est à New York en 1951 que Vivian Maier réalise ses premières photographies. Elle séjourne à Cuba, au Canada et en Californie, tout en gagnant sa vie comme gouvernante d’enfants.

Vers 1952, elle achète son premier Rolleiflex. Elle « s’intéresse au quotidien des rues de New York. Elle réalise également des portraits d’enfants dont elle a la garde, mais aussi d’inconnus et de quelques célébrités qu’elle croise... Un appareil autour du cou (d’abord des appareils type box ou folding, puis un Rolleiflex et un Leica), elle consacre ses loisirs et ses moments de repos à arpenter et à photographier les rues de New York puis de Chicago ». 

Après un séjour professionnel à Los Angeles en 1955, Vivian Maier se fixe définitivement en 1956 à Chicago. Elle est employée comme gouvernante d’enfants par la famille Gensburg pendant dix-sept ans. Elle « aménage un laboratoire dans la salle de bains privative qui lui est réservée dans la maison ».

En 1959-1960, elle obtient de la famille Gensburg de cesser momentanément son travail afin d’entamer un voyage autour du monde qui la mène « aux Philippines, en Asie, en Inde, au Yémen, au Proche-Orient, en Europe méditerranéenne » puis en France.

En 1970-1980, elle réalise « des photographies en couleurs avec son Leica et tourne des séquences filmées en 8 mm et 16 mm ».

Vers 1990-2000, elle « dépose son importante collection de livres, de coupures de presse, de films et d’épreuves dans un garde-meuble. L’ensemble est saisi quelques années plus tard pour régler les loyers impayés et vendu en 2007 pour honorer des impayés. Elle est quasiment sans emploi et ses ressources sont faibles. La famille Gensburg loue un appartement pour l’héberger ».

Vivian Maier meurt anonyme le 21 avril 2009 à Chicago.

Les enfants « dont elle s’est occupée la décrivent comme une femme cultivée, ouverte d’esprit, généreuse mais peu chaleureuse ». 

Artiste méconnue
On ignore les circonstances l’ayant conduite à la photographie, puis à la réalisation de films.  

« Plus qu’une passion, la photographie apparaît chez elle comme une nécessité voire une véritable obsession : se sont accumulés dans les cartons qu’elle emportait à chaque changement d’employeur, à chaque déménagement, l’impressionnante quantité de films qu’elle n’a pas développés, faute d’argent, ainsi que des archives composés de livres ou de coupures de presse relatant des faits divers ».

« Ses images, quant à elles, montrent une réelle curiosité aux choses du quotidien et une profonde attention aux passants qui croisèrent son regard : les physionomies, les attitudes, les tenues et les accessoires à la mode pour les plus aisés ou encore les signes de pauvreté pour les plus démunis ». L’oeuvre de Vivian Maier « met en lumière des détails anodins, trouvés au hasard de ses promenades, décrivant l’étrangeté des gestes, la singularité des figures et la distribution graphique des corps dans l’espace. Elle a également exécuté une série d’autoportraits saisissants, reflets d’elle-même mis en scène par l’intermédiaire de miroirs ou de vitrines de magasins ».

Si « certains clichés ont été pris à la sauvette, d’autres rendent compte d’une véritable rencontre avec les individus qu’elle a photographiés frontalement et à faible distance. C’est d’ailleurs avec une évidente empathie qu’elle s’est s’intéressée aux sans-abris et aux marginaux, signant ainsi de troublants portraits dans une Amérique pourtant en plein essor économique ».

Finding Vivian Maier
Le 2 juillet 2014, est sorti sur les écrans A la recherche de Vivian Maier (Finding Vivian Maier), documentaire américain réalisé et produit par John Maloof et Charlie Siskel (2013). Dans le cadre de la 18e édition du Mois du film documentaire organisé par Images en bibliothèques, le documentaire sur cette photographe, qui a pris environ 100 000 photographies, a été projeté les 25 et 26 novembre 2017 à Rambouillet et à Genouilly. Il a été sélectionné aux Oscar dans la catégorie du Meilleur documentaire.

Arte diffusera le 26 août 2018 ce documentaire "À la recherche de Vivian Maier" (Finding Vivian Maier) par John Maloof et Charlie Siskel. "John Maloof raconte comment il a exhumé du néant l'œuvre de Vivian Maier, grande streetphotographer (photographe de rue) morte dans l'anonymat en 2009, avant de chercher à percer son mystère. Un documentaire virtuose."

"Ce film impeccablement raconté et mis en scène, sorti en salles à l'été 2014, repose sur deux personnages principaux : John Maloof, petit gars sportif un tantinet obsessionnel, aux allures d'aimable geek, fils de brocanteur devenu en 2007, par la grâce d'un carton de négatif acheté 380 dollars à une vente aux enchères de Chicago, découvreur de l'une des grandes photographes américaines du XXe siècle ; et ladite photographe, Vivian Maier. Celle-ci meurt dans la pauvreté et l'anonymat, deux ans plus tard, sans que son jeune admirateur ait soupçonné son existence, laissant derrière elle plus de 150 000 clichés non développés, essentiellement pris dans la rue, dont de saisissants autoportraits, mais aussi des films, des cassettes audio… Et, comme cela nous est peu à peu révélé, de vifs souvenirs chez ceux qui l'ont connue."

"Narrateur et coréalisateur, John Maloof, qui s'est donné la mission, largement accomplie à ce jour, de révéler l'immense qualité de cette œuvre profuse, utilise aussi les moyens du cinéma pour découvrir celle qui en fut l’auteure. De même qu'il fut l'un des premiers (mais pas le seul, comme il va le découvrir en chemin) à réaliser des tirages de ses photos, il met au jour le paradoxe, à la fois captivant et bouleversant, de Vivian Maier. Cette femme, qui s'est aussi beaucoup photographiée elle-même, son Rolleiflex bi-objectif en bandoulière, et qui a jeté sur ses contemporains un regard intensément humain et curieux, ne s’est jamais libérée d'une indomptable solitude, en dépit du statut qui fut le sien la plus grande partie de sa vie. Nounou et gouvernante, elle vécut dans les maisons des autres, à Chicago et ailleurs, brouillant les pistes, accumulant dans ses chambres successives des monceaux de journaux, ne montrant ses photos à personne (ou presque), comme elle dissimula les secrets de son âme."

"Montré dans les plus grands festivals, primé à six reprises, À la recherche de Vivian Maier tire parti avec virtuosité d'une matière première aussi richement visuelle que romanesque. Le documentaire la confronte aux témoignages non moins savoureux de ceux qui ont connu "Viv'", "Mlle Maier" ou même, comme elle se présentait parfois, "Mme Smith". De Chicago à un petit village des Alpes françaises, dont sa mère était originaire, ces récits poignants et parfois contradictoires, émanant notamment de ses anciens employeurs et des enfants qu'elle a gardés – et parfois maltraités – composent un portrait aux multiples facettes, sans épuiser le mystère de l'œuvre et de l'artiste."

Expositions
La galerie Les Douches (3-26 juillet 2014) et la galerie Frédéric Moisan (3 juillet-2 août 2014) ont présenté des œuvres de Vivian Maier.

La FotoFocus Biennial 2014 a présenté l'exposition Vivian Maier: A Quiet Pursuit composée principalement d'auto-portraits.

Dans le cadre du Mois de la photo à Paris 2014les Douches La galerie a montré l'exposition collective Autoportraitsavec notamment des œuvres de Vivian Maier.


"En retournant son objectif sur sa personne le photographe bouleverse ses codes, il peut dès lors voir son appareil comme un pistolet et la prise de vue comme un défi. Avec une quarantaine de tirages modernes et contemporains, l'exposition explore la photogénie intense de cet instant de vérité. Berenice Abbott, Val Telberg privilégient une démarche expérimentale du medium photographique. Lucien HervéArnold Newman, Vivian Maier, Sabine Weiss, Erwin Blumenfeld, s’approprient le miroir déjà si présent dans l’autoportrait pictural. À partir de son patronyme familial, Ezra Nahmad compose une autobiographie. Choi, Arno Minkkinen, Wols étudient les possibilités expressives de leurs corps et de leurs visages. Pour Rodolf Hervé, atteint d’une maladie, l’autoportrait est catalyseur de tensions extrêmes. Kourtney Roy, unique héroïne de ses mirages intimes, considère la photographie comme un jeu de rôles. Dan Leung construit un tableau photographique où, isolé au milieu des tours de Hong Kong, il évoque l'identité chinoise et interroge la place de l’homme dans la ville. Brassaï dans une fumerie d’opium en 1931, Louis Faurer à New York en 1947, Raymond Depardon sur son scooter à Paris en 1959 ou encore Jean-Christophe Béchet sur les pas de Robert Franck en 2009, utilisent les ressources de la mise en scène dans des registres divers. Virtuosité, humour, introspection, l'autoportrait est toujours le témoignage d'un état intérieur comme le montrent si bien les images d'Hervé Guibert".

Dans le cadre de la 4e édition de Photo Saint-Germain (7-22 novembre 2015), la galerie Moisan a présenté l'exposition collective "4,3,2,1 !" avec des œuvres de Vivian Maier, Bernard Guillot, Jerome Liebling, et  Leo Matiz. "Quatre photographes, trois pays, deux couleurs, une vision".

L'ancien Musée de Peinture a proposé l'exposition (Auto)Portrait. Sur les traces de Vivian MaierDans les années 1950, Vivian Maier "revient sur les traces de ses origines lors d’un voyage initiatique. Des clichés « vintage » immortalisent avec humanité les visages des habitants du Champsaur. Ces tirages d’époque d’une valeur inestimable sont présentés à l’Ancien Musée de Peinture dans le cadre d’un partenariat avec l’association « Vivian Maier et le Champsaur ». L’exposition « Sur les traces de Vivian Maier » présente à Grenoble pour la première fois le fonds français Vivian Maier encore à découvrir. Ce projet d’exposition existe grâce à l’accord de John Maloof, "découvreur" de cette photographe".

Les Douches La Galerie a proposé l'exposition Berenice Abbott / Vivian Maier Une fantastique passion (8 octobre-26 novembre 2016). "Qu’est-ce qui rapproche ces deux femmes aux destins si différents ? Berenice Abbott cherchait la lumière, Vivian Maier se confinait dans l’ombre. L’une frappait inlassablement à toutes les portes pour mettre sur pied ses projets, l’autre arpentait le monde en solitaire. Au-delà de ces attitudes, une passion commune pour documenter le réel les unissait. Deux vies sans concession, où rien, ni personne ne pouvait entraver leurs projets Avec en héritage deux œuvres singulières où soufflent un grand vent de liberté".

"L’apparition de Vivian Maier a bouleversé les dogmes du regard. Comme si, tout à coup, Nadar, notre gloire nationale, s’était révélé être une femme et qu’il avait fallu tout repenser avec ce sexe-là. C’est un peu exagéré, mais pas tant que ça. Car, au commencement, Vivian Maier n’avait rien d’original pour entrer dans l’histoire de la photographie, et encore moins pour y rester. Et pourtant, en un temps record, cette Américaine est devenue aussi célèbre que La Joconde. Elle est en haut de l’affiche, pour longtemps, et une foule de spécialistes se penchent sur son passé, espérant y découvrir matière à réflexion", a écrit Brigitte Ollier dans Vivian Maier, une vie rêvée.

Et de poursuivre : "Vivian Maier est née le 1er février 1926 à New York et morte le 21 avril 2009 à Chicago (elle a connu les Hautes-Alpes, sa mère était française, elles sont venues en 1932 dans la vallée du Champsaur). Elle avait une passion dévorante, la photographie, exercée dans la plus grande discrétion. D’abord avec un Rolleiflex, puis un Leica, elle entreprit de photographier les rues de New York et de Chicago, les passants, les pauvres sur les trottoirs, les poupées dans les poubelles, les bigotes à bijoux, les Cendrillons d’après minuit… On lui doit aussi une série d’autoportraits d’une extrême intelligence ; à la limite de la hantise, ses jeux de miroir font parfois peur. Lorsqu’elle voyagea autour du monde, grâce à l’héritage de sa grand-tante, elle continua à photographier, sans pour autant montrer ce qu’elle avait vu. Voici l’un des points mystérieux de cette autodidacte - qui gagnait sa vie comme gouvernante d’enfants, son obstination à rester dans le noir. L’anonyme parfaite. Manque de moyens, de temps, de place ? Désir d’absence au monde ?"


Et de rappeler : "Lors d’une vente aux enchères, en 2007, à Chicago, John Maloof, l’un des principaux acquéreurs, a acheté pour 400 dollars des cartons et des valises ayant appartenu à miss Maier. À l’intérieur : entre 100 000 et 150 000 négatifs, plus de 3000 tirages, des centaines de bobines Ektachrome non développées. La quantité n’a jamais prouvé le talent, mais là, entre les biens acquis par Maloof, plus ceux de Jeffrey Goldstein et de Ron Slattery, il y a de quoi être ébahi".

Et de conclure : "Depuis 2007 jusqu’à aujourd’hui, la machine à inventer Vivian Maier s’est mise en route. Films, livres, expositions, la « Mary Poppins de la pellicule » a dû supporter bien des commentaires (mais pas forcément idiots, un gibier de choix excite l’imagination). L’une des expositions made in France, par le Jeu de Paume (2013), a montré que Vivian Maier - qui adorait le cinéma - réalisait aussi des films super-8, et qu’elle était une intervieweuse du tonnerre. Tout ce flou qui l’entoure n’est pas prêt de se dissiper. Certitude : ceux qui ont acheté des tirages ne pourront le regretter, cette femme d’une bravoure feutrée donne envie d’être à ses côtés. Dans son ombre, justement".


Le Château de Tours a accueilli l’exposition Vivian Maier (1926-2009). Une photographe révélée produite par diChroma photography en collaboration avec le Jeu de Paume et la Ville de Tours, avec l’aide de la galerie Howard Greenberg à New York.

Black Chicago
Les Douches La Galerie a présenté l'exposition Black Chicago, avec notamment des photographies de Vivian Maier.

"Les sept photographes présentés dans cette exposition, Wayne Miller, Ray K. Metzker, Yasuhiro Ishimoto, Marvin E. Newman, Vivian Maier, Tom Arndt et Carlos Javier Ortiz couvrent une période de la photographie qui va de 1940 à nos jours. Ils n’ont ni le même parcours ni le même regard. Chacun nous livre une image différente de cette communauté afro-américaine venue à Chicago depuis le Sud, avec l’espoir de plus de liberté et d’un travail plus digne. Ces photos sont un témoignage bouleversant et hautement artistique de la vie des Noirs de Chicago pendant plus d’un demi-siècle", a écrit Henri Peretz, sociologue, Université de Paris 8, Senior Fellow Université de Yale.


Et de poursuivre : "Vivian Maier, dont le destin singulier est désormais connu de tous, n’a évidemment suivi aucun enseignement. Il n’était pas aisé pour elle de s’aventurer dans le South Side noir. Mais quelle réussite ! Elle a su saisir la lente attente des Noirs dans la rue ; et son regard est reconnaissable dans chaque photographie. Qu’éprouvent ces photographes pour ces gens de couleur encore en marge des autres communautés ? Ils n’ont pas caché leur appareil et ont été à leur rencontre pour saisir leur place dans la ville, leurs attitudes et leurs histoires. Cette exposition s’inscrit dans le cadre d’événements consacrés au Black Chicago, dont une conférence ouverte à tous, organisée par la branche parisienne de l’Université de Chicago du 15 au 18 novembre 2017".


"Vivian Maier: The Color Work"
En 2018 et 2019, la Howard Greenberg Gallery et Les Douches la galerie proposent l'exposition "Vivian Maier: The Color Work".

"The color work of street photographer Vivian Maier will be the subject of a new exhibition at Howard Greenberg Gallery from November 14, 2018 through March 2, 2019. Many of the photographs are on view for the first time, deepening the understanding of Maier’s oeuvre and her keenness to record and present her interpretation of the world around her. Dating from the 1950s to the 1980s, Vivian Maier: The Color Work captures the street life of Chicago and New York, and includes a number of her enigmatic self-portraits. An opening reception will be held on November 14 from 6-8 p.m.

"The exhibition coincides with the publication of Vivian Maier: The Color Work (Harper Design | HarperCollins, November 2018) the first book devoted to her color images. With a foreword by renowned photographer Joel Meyerowitz and text by Colin Westerbeck, a former curator of photography at the Art Institute of Chicago, the book was created in partnership with Howard Greenberg Gallery."

“Maier was an early poet of color photography,” writes Joel Meyerowitz in the foreword to the book. “You can see in her photographs that she was a quick study of human behavior, of the unfolding moment, the flash of a gesture, or the mood of a facial expression—brief events that turned the quotidian life of the street into a revelation for her.”

"Since 2010, Maier’s photographs have been exhibited in museums and galleries worldwide. The 2013 documentary film, Finding Vivian Maier, co-directed by historian John Maloof (who discovered her work at an auction in Chicago in 2007), was nominated for an Academy Award."

"Vivian Maier (1926–2009) was born in New York City, spent much of her youth in France, worked for 40 years as a nanny mostly in Chicago, and photographed consistently over five decades. When she died, Maier left behind more than 150,000 photographic images—prints, negatives, transparencies, and rolls of undeveloped film—though few had ever heard about or seen her work. Maier’s color work was made during her last 30 years. After retiring her signature Rolleiflex, she began working with a 35-millimeter camera and produced roughly 40,000 Ektachrome color slides".

“Maier was a self-invented polymath of a photographer,” writes Colin Westerbeck in the book. “The one advantage Maier gained from keeping her photography to herself was an exemption from contradiction and condescension. She didn’t have to worry about either the orthodoxy or the approval of her peers.”

"Un des préceptes incontournables de la photographie veut que les meilleurs photographes de rue soient ceux qui ont appris à être invisibles, ou du moins, à se convaincre qu’ils le sont. Au fil des années, j’ai arpenté les rues aux côtés de Cartier-Bresson, Garry Winogrand, Tony Ray-Jones, Diane Arbus, Lee Friedlander, Tod Papageorge, ainsi que de quelques artistes de la jeune génération – Gus Powell, Melanie Einzig, Ben Ingham et Matt Stuart –, et chacun de nous a un petit numéro bien rodé pour travailler dans la rue. Esquives, feintes, pirouettes, c’est en se faufilant, le regard aux aguets, que l’on traverse les foules ou les manifestations, les avenues et les ruelles, les parcs et les plages, tous les lieux où la vie ordinaire attire notre attention et notre désir. C’est notre invisibilité qui nous permet de dérober impunément le feu des dieux.

En 2009, c’est sans crier gare que la tornade Vivian Maier est entrée dans l’histoire déjà très riche de la photographie de rue. En octobre de cette année-là, j’ai reçu un e-mail de John Maloof, un jeune artiste que je ne connaissais pas. Il se présentait et me racontait qu’il était tombé sur une mine de négatifs, de diapositives et de tirages lors d’une vente aux enchères dans un entrepôt de stockage. Comme il connaissait mon travail et qu’il avait lu mon ouvrage Bystander: The History of Street Photography, coécrit avec Colin Westerbeck, il avait décidé de me contacter pour me demander mon avis sur les photographies de Vivian Maier.

En pièces jointes, il avait mis environ deux cents diapositives couleur prises entre la fin des années 1950 et le milieu des années 1970, qu’il avait toutes scannées lui-même. J’avoue que je ne les ai pas trouvées tout de suite géniales, mais en faisant défiler ces clichés en vrac, j’ai été frappé par la sensibilité et le timing de Vivian Maier : son attitude incroyablement positive, son sens du cadrage, sa témérité à se rapprocher volontairement de son sujet, la sincérité de sa curiosité, et une indéniable chaleur humaine, doublée d’ironie et d’humour – tout cela donnait l’impression d’un regard sur la vie d’une grande cohérence. Après avoir regardé toutes les photos, j’ai été envahi de ce plaisir que l’on ressent à la vue d’un travail intelligent et évocateur. J’ai visionné les diapos une nouvelle fois, j’en ai sélectionné quarante ou cinquante, que j’ai encore regardées.

Je commençais à saisir véritablement le fond de son travail. Qui était donc cette femme ? S’était-elle naïvement jetée à corps perdu dans le monde de la photographie américaine des années cinquante, ou avait-elle passé du temps à étudier un certain nombre d’autres travaux ? Avant de répondre à John, j’ai écrit à Colin : « Il faut que tu voies ce travail – une parfaite inconnue vient de débarquer dans l’histoire de la photographie de rue. » Il y avait des portraits pleins de tendresse, et de fabuleux moments pris sur le vif. Des paysages urbains et des enfants qui jouent. De petits gestes, des détails infimes majestueusement détectés et saisis au vol. Et aussi des images de personnes âgées, indigentes ou à la dérive, à Chicago et à New York. Mais surtout, on sentait que ce travail en couleur était guidé par une furieuse intelligence. Et tout cela en couleur ! Quel courage et quelle discrétion ! J’étais certain qu’elle ne faisait pas de tirages couleur, car quasiment personne n’en faisait à l’époque... Les photos étaient donc forcément restées cachées dans des cartons, influençant probablement fort peu son parcours d’artiste, et pourtant c’étaient (et ce sont toujours) des œuvres d’une grande valeur pour nous, qui sommes là pour voir son évolution.

En regardant de près les nombreux autoportraits de Vivian Maier, vous remarquerez son masque, son costume d’invisibilité. Elle a le physique banal d’une maîtresse d’école d’autrefois. On dirait une vieille fille timide, ou une touriste mal à l’aise dans la grande ville... mais que nenni ! Elle travaillait comme gouvernante, ce qui était déjà en soi un formidable camouflage – car qui se serait méfié d’une femme qui trimballait deux gamins derrière elle ? Sa profession lui a permis d’arpenter les rues à sa guise, de faire toutes les photos qu’elle voulait. Ses photographies laissent clairement transparaître sa rapidité à percevoir les comportements humains, le moment en train de se produire, un geste furtif, une expression sur un visage – ces brefs instants qui rendaient la vie dans la rue aussi passionnante à ses yeux.

Cependant, il me semble que Vivian Maier préférait le noir et blanc, qui donnait plus de force à ses œuvres, et ce pour plusieurs raisons. La pellicule noir et blanc était d’un maniement plus rapide, contrairement au Kodachrome, extrêmement lent et donc plus délicat. Avec le noir et blanc, elle pouvait obtenir des tirages et se pencher sur son travail, ce qui facilitait son approche instinctive. Sa passion du jeu visuel, la force et la pureté de son intuition et son amour infini de la photographie ressortent plus clairement en noir et blanc. C’est ce support qui lui a permis de persévérer, d’approcher de si près policiers, ivrognes, voyous et autres fanfarons, ainsi que des vieux et des infirmes, tout en gardant la tête froide – et son sens de l’humour – dans les situations difficiles.

Le travail en couleur de Vivian Maier recèle néanmoins des trésors, et le présent ouvrage montre des vues et des personnages absolument magnifiques. Au détour de chaque image, on la sent motivée par la couleur quand le flot de la vie quotidienne lui offre un « incident coloré ». Voyez par exemple l’image toute simple, en couverture de ce livre, de cette femme de dos qui serre son petit doigt, les mains posées sur sa robe rouge, en un geste étonnamment troublant – une image aussi forte que le drapeau d’une nation.

Vivian Maier compte parmi les premiers poètes de la photographie en couleur.
 Joel Meyerowitz
Avant-propos, Vivian Maier: The Color Work, Harper Design, 2018"


"À la recherche de Vivian Maier" par John Maloof et Charlie Siskel
Etats-Unis, 2013, 81 min
Sur Arte le 26 août 2018 à 23 h 35
Visuels :
Photographie noir et blanc d'un homme afro-américain à cheval à New York, non daté.
Credit : ©Vivian Maier_Maloof Collection
Photographie noir et blanc de la collection "streets 3", prise le 18 septembre 1962.
Credit : ©Vivian Maier_Collection John M
Photographie noir et blanc d'un homme traîné par les policiers dans la nuit du réveillon de l'année 1953, entre la 78e et la 3e avenue à New York.
Credit : © Vivian Maier/Maloof Collection

Du 19 janvier au 30 mars 2019
Du 8 octobre au 26 novembre 2016
Aux Douches La Galerie
5 rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous
Visuels :
Vivian Maier 
Milwaukee, MI, 1967
Tirage chromogène, posthume
Dimensions du tirage : 40,4 x 51 cm
Signé et tamponné par John Maloof
Papier Fujicolor Crystal Archive

Vivian Maier
Chicago, June 1978
Tirage chromogène réalisé en 2018
Dimensions du tirage : 40 x 50 cm
©Estate of Vivian Maier, Courtesy Maloof
Collection; Howard Greenberg Gallery, New York; Les Douches la Galerie, Paris

Vivian Maier
Chicago 1959
Tirage chromogène réalisé en 2018
Dimensions du tirage : 40 x 50 cm
©Estate of Vivian Maier, Courtesy Maloof
Collection; Howard Greenberg Gallery, New York; Les Douches la Galerie, Paris

Vivian Maier
Fontainebleau Hotel, Miami, 1960
Tirage chromogène réalisé en 2018
Dimensions du tirage : 40 x 50 cm
©Estate of Vivian Maier, Courtesy Maloof
Collection; Howard Greenberg Gallery, New York; Les Douches la Galerie, Paris

Du 14 novembre 2018 au 2 mars 2019
A la Howard Greenberg Gallery
41 East 57th Street
Suite 1406
New York, NY 10022
T. 212.334.0010
Du mardi au samedi de 10 h à 18 h
Visuels :
Sante Fe Railroad, Chicago, 1959
Chromogenic print; printed later
12 x 12 inches

Chicago, February 1976
Chromogenic print; printed later
10 x 15 inches

Chicago, May 1958
Chromogenic print; printed later
15 x 10 inches

Chicago, October 1976
Chromogenic print; printed later
10 x 15 inches
©Estate of Vivian Maier, Courtesy Maloof
Collection; Howard Greenberg Gallery, New York; Les Douches la Galerie, Paris

Vivian Maier
Chicago, 1962
Tirage chromogène réalisé en 2018
Dimensions du tirage : 40 x 50 cm
©Estate of Vivian Maier, Courtesy Maloof
Collection; Howard Greenberg Gallery, New York; Les Douches la Galerie, Paris

Du 4 au 28 novembre 2015
A la galerie Moisan 
72, rue Mazarine. 75006 PARIS
Tél. :  01 49 26 95 44
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h
Vernissage le 5 novembre de 18 h à 21 h

Du 29 octobre au 22 novembre 2015
l'ancien Musée de Peinture
9, place de Verdun, 38000 Grenoble
Tél : 04 76 40 75 91
Du mercredi au dimanche de 13 h à 19 h

Du 7 novembre 2014 au 10 janvier 2015
5, rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous
Vernissage le 6 novembre 2014, de 18 h à 21 h

Jusqu'au 1er novembre 2014
A la FotoFocus Biennial 2014
212 E. 14th St.  Cincinnati, OH 45202. Etats-Unis
T: (513) 400-4027
De 11 h à 17 h

Jusqu'au 1er juin 2014
25, avenue André Malraux. 37000 Tours
Tél. : 02 47 70 88 46
Du mardi au vendredi de 14 h à 18 h, samedi et dimanche de 14 h 15 à 18 h
Entrée gratuite

Visuels 
Vivian Maier, Florida, 1957, Gelatin silver print. © Vivian Maier / Maloof Collection, courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.

Vivian Maier, Self-Portrait, 1954, Gelatin silver print. © Vivian Maier / Maloof Collection, courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.

Vivian Maier, Self-portrait, n.d., tirage gélatino-argentique, 2013, 50,8 x 40,6 cm Édition de 15 © Vivian Maier / Maloof Collection, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York / Les Douches La Galerie

Vivian Maier
Tirage argentique posthume, 30 x 30 cm. Edition de 15.
Crédits photo: Galerie Frédéric Moisan.

©Vivian Maier/Maloof Collection, Courtesy Les Douches la Galerie, Paris & Howard Greenberg Gallery, New York

New York, NY, June 1953
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

New York, NY, 1954
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

Untitled, n.d.
Tirage gélatino-argentique
Édition limitée à 15 exemplaires
Dimensions du tirage : 40,6 x 50,8 cm

Vivian Maier
Chicago, n.d.
Tirage C-Print
Dimensions du tirage : 40 x 50 cm
© Vivian Maier / Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York / Les Douches la Galerie, Paris

Vivian Maier
Self-portrait, Chicago area, 1977
Tirage C-Print
Dimensions du tirage : 40 x 50 cm
© Vivian Maier / Courtesy Les Douches la Galerie, Paris /
Howard Greenberg Gallery, New York

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié sur ce blog le 1er juin 2014, puis republié les 2 juillet et 1er novembre 2014, 5 janvier et 5 novembre 2015, 24 novembre 2016, 23 novembre 2017, 11 janvier et 27 août 2018. Les citations proviennent des dossiers de presse.

vendredi 29 mars 2019

Le Kosovo


Ancienne province serbe, le Kosovo a proclamé son indépendance en 2008. Arte rediffusera le 30 mars 2019, dans le cadre du « Dessous des cartes » (Mit offenen Karten), « Kosovo, 10 ans d'indépendance et quel avenir ? » (Kosovo, welche Zukunft zehn Jahre nach der Unabhängigkeit?)
Le Kosovo est un territoire ayant fait partie de l’empire byzantin, puis de la Serbie dès 1170. En 1459, il est passé sous domination ottomane. Après la Deuxième guerre balkanique, le traité de Bucarest le confie en 1913 à la Serbie. A l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, le Kosovo devient une province autonome de la Serbie dans la Yougoslavie.

Dans les années 1990, la Yougoslavie est déchirée par des conflits opposant à la Serbie des forces séparatistes croates, albanaises, etc. En 1999, conformément à la résolution 1244 des Nations unies, le Kosovo est administré par l’ONU. En vertu des accords de paix de Kumanovo, la KFOR, force onusienne, est chargée de la paix et de l’ordre dans la région.

En 2008, le Parlement du Kosovo proclame unilatéralement l’indépendance du Kosovo. En 2011, 85 Etats reconnaissent cette indépendance.

« Le Champ des Merles »
« Kos » signifie « merle », du nom de la défaite fondatrice lors de la bataille du champ des Merles, en 1389, qui ouvrit cinq siècles de résistance à l’occupation ottomane. Kosovo signifie littéralement « ce qui appartient au merle » mais, pour être exact, il faut parler de Kosovo-Métochie – du grec metohion, désignant les terres de l’Eglise. Ce qu’est le Kosovo, coeur spirituel de la Serbie, avec plus d’un millier d’édifices religieux, dont le patriarcat de l’Eglise serbe, à Pec, et des joyaux, comme le monastère de Gracanica, classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. A la fin du XVIIe siècle, de nombreux Serbes quittent une première fois le Kosovo, fuyant les violences des Turcs et des Albanais. Cependant, deux siècles plus tard, ils constituent encore 60 % de la population. En 1941, la guerre les chasse à nouveau, tandis que le Kosovo est rattaché à la Grande Albanie sous protectorat italien. Les Albanais colonisent alors la région, passant, entre 1939 et 1945, de 35 % à 70 % de la population. Après la guerre, le maréchal Tito interdira le retour des expulsés, encourageant, au contraire, l’immigration albanaise – la Yougoslavie, selon lui, ne pouvant être forte qu’avec une Serbie faible. En 1974, il érige même le Kosovo en province autonome, favorisant encore les Albanais au détriment des autochtones. Lorsque, en 1989, ce statut spécial est supprimé par Slobodan Milosevic, les Serbes ne représentent plus que 15 % de la population sur cette terre jadis nommée Vieille Serbie. La suite est connue. Le 24 mars 1999, prenant prétexte de la mise en scène, deux mois plus tôt, du massacre de « civils »albanais (il s’agissait, en réalité, de membres de l’UCK, la guérilla séparatiste albanaise) et après l’échec programmé de négociations à Rambouillet, l’Otan lance sa « guerre humanitaire» : 200 000 chrétiens serbes fuient, à nouveau, le Kosovo. Après quasi neuf années d’administration sous tutelle de l’ONU, le Kosovo proclame, le 17 février 2008, une indépendance reconnue par seulement 70 pays… dont la France. En revanche, des puissances de premier plan, comme la Russie, la Chine, l’Inde, l’Espagne, la Pologne, mais aussi l’ONU, l’Union européenne ou encore l’Organisation de coopération de Shanghai refusent de reconnaître le nouvel Etat, sorte d’ovni géopolitique susceptible d’encourager tous les irrédentismes. Etat « fantôme » de 11000 kilomètres carrés, le Kosovo est, aujourd’hui, peuplé de 2millions d’habitants, dont 94 % d’Albanais musulmans. Les catholiques albanais représentent 2 % de la population et semblent les plus isolés. « Ethniquement coupés des Serbes, ils sont rejetés par leurs frères, qui les contraignent à la dhimmitude, nous explique Zeljko, diacre orthodoxe, et se font traiter de “sales porcs.” Je ne les envie pas. » Les Serbes orthodoxes, qui étaient 250000 en 2000, ne sont plus que 120 000, dispersés dans des enclaves en proie aux persécutions, au centre et au sud de la région (40 %) ; ou concentrés dans le nord du Kosovo, adossés à la Serbie, et vivant, vaille que vaille, à l’heure de Belgrade. Ici, la ville de Mitrovica, coupée en deux par la rivière Ibar, symbolise l’affrontement entre deux mondes aux identités si tranchées qu’elles rappellent l’univers épique d’un Tolkien. Au nord, l’Europe et sa branche slavo-orthodoxe, avec 20 000 habitants regroupés autour d’une nichée d’églises ; au sud, (80000 habitants), le mondialisme dans ce qu’il a de plus grotesque : l’alliance de l’islam wahhabite et des Etats-Unis, symbolisée par des mosquées flambant neuves pavoisant…aux couleurs de l’Oncle Sam ! » (Le Spectacle du Monde , février 2012)

Trafic d'organes
« Dans un rapport publié en 2011 sur un présumé trafic d'organes organisé pendant la guerre au Kosovo (1998-99) par la guérilla indépendantiste kosovare, le rapporteur du Conseil de l'Europe, Dick Marty, avait évoqué un lien entre ce trafic d'organes lors du conflit et le "cas contemporain" de la clinique Medicus. Dick Marty avait mis en cause notamment l'ex-chef de la guérilla Hashim Thaçi, actuel président du Kosovo, ce que l'intéressé a vivement démenti. Un tribunal spécial composé de juges et de procureurs internationaux, mis en place à la Haye à la suite du "rapport Marty", devrait annoncer prochainement ses premières inculpations. », rappelle L’Express  (6 janvier 2018).

Chrétiens persécuté
Le Kosovo "constitue la seule zone du continent européen à apparaître sur l’Atlas de l’intolérance répertoriant les lieux où les Chrétiens sont menacés… Nous avons scellé un partenariat exclusif avec le diocèse du Kosovo qui s’est traduit par l’ouverture d’un bureau humanitaire à Gračanica en 2011… La condition humanitaire des Chrétiens du Kosovo est dramatique. Ils représentent 120.000 personnes tout juste 8% de la population et vivent murés dans des villages appelés « enclaves ». Dans ces poches chrétiennes d’une extrême pauvreté, ils sont coupés du monde, sans accès à un emploi, au transport public ou encore à des soins médicaux. Injustice parmi les injustices, l’ostracisme forcé qu’ils subissent est doublée d’une violence antichrétienne. Multiforme. Permanente. Impunie », a déclaré Arnaud Gouillon, président de l'association Solidarité Kosovo, à Valeurs actuelles  (11 septembre 2018). Depuis 2004, l’association a mené « 45 convois humanitaires d’urgence apportant plus de 400 tonnes d’aliments et d’équipements divers dont la valeur totale dépasse les 2 millions d’euros », a déclaré le président de l'association Solidarité Kosovo Arnaud Gouillon à Valeurs actuelles (11 septembre 2018). Le 10 septembre 2018, les autorités albanaises lui ont notifié une interdiction de séjour au Kosovo.

Et Arnaud Gouillon d'ajouter : « La situation continue inexorablement à se dégrader pour les derniers Serbes du Kosovo. Une centaine de villages s'accrochent à quelques collines et survivent en autarcie. Les menaces et les agressions restent quotidiennes. Quel est leur avenir? Voici ce que me répondait une habitante l'hiver dernier, devant sa maison cambriolée pour la troisième fois en un an par des Albanais du Kosovo: «La situation est très critique, mais rien ne nous fera abandonner la terre de nos ancêtres. Tôt ou tard, les dirigeants politiques comprendront le drame qui se déroule en plein cœur de l'Europe. En attendant, nous ne pouvons compter que sur votre aide et sur celle de Dieu.»

Un lecteur de cet article a laissé ce commentaire : « Au Kosovo les Albanais font tout pour effacer l'histoire des Serbes vieille de plus de 1000 ans dans cette région, en 2004 (5 ans après la fin de la guerre) 4000 Serbes ont été chassé de leurs maison, 16 Serbes et 11 Albanais sont morts, 19 monuments, 16 Eglises Orthodoxes, 10 000 fresques, icônes, calices, reliques et plus de 900 maisons ont été détruites/brûlées, des villes et des villages ont été ethniquement nettoyé et tout ça sous le regard des forces de l'ONU. Aujourd'hui encore les Albanais saccagent les églises, y font leurs besoins, essayent d'empêcher les Serbes d'y aller et une de leur chanteuse (Era Istrefi) a même filmé un clip a moitié nu. Des Chrétiens sont discriminé par des Musulmans et tout ça au coeur de l'Europe, des soldats armés sont obligé de garder les monastères serbes à cause des attaques d'extrémistes albanais... »

Quant aux chrétiens du Kosovo, Serbes orthodoxes pour la plupart, ils sont persécutés.

Terrorisme
Le Kosovo est « connu pour être le premier pays « exportateur » de djihadistes au monde par tête d’habitant ».

En mai 2018, un tribunal du Kosovo a condamné huit Kosovars à des peines d'emprisonnement - un total de 35 ans et six mois - pour avoir comploté de commettre un attentat terroriste contre l'équipe israélienne de football en Albanie en 2016.

"L'impossible réconciliation"
Arte diffuse sur son site Internet "Kosovo : l'impossible réconciliation" (Der blockierte Aussöhnungsprozess). "Le Kosovo est aussi l'un des États les plus pauvres et des plus instables d'Europe. Bien qu'il célèbre samedi 17 février 2018 les dix ans de son indépendance, les stigmates du passé l’empêchent toujours d’aller de l'avant. Entre les communautés serbe et albanaise du pays, l’ombre du conflit ethnique qui a fait treize mille victimes entre 1998 et 2000 plane encore. "

Quel avenir ?

Arte rediffusera le 30 mars 2019, dans le cadre du « Dessous des cartes » (Mit offenen Karten), « Kosovo, 10 ans d'indépendance et quel avenir ? » (Kosovo, welche Zukunft zehn Jahre nach der Unabhängigkeit?) présenté par Emilie Aubry. « Dix ans après son indépendance, le Kosovo est encore dans une situation difficile ».

« Non reconnu par l’ensemble de la communauté internationale, et notamment par plusieurs États européens, sans viabilité économique et soumis à la corruption et aux réseaux mafieux, ce petit pays d'Europe centrale peine à devenir réellement autonome ».

« Son avenir pourrait se jouer à Pékin : la Chine le considère comme une étape clef de ses nouvelles "routes de la soie". »


France, 2018
Sur Arte les 15 septembre 2018 à 19 h 30, 30 mars 2019 à 19 h 30

"Kosovo : l'impossible réconciliation"
France, 2017

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Les citations sur l'émission sont d'Arte. Cet article a été publié le 14 septembre 2018.