dimanche 29 août 2010

La solidarité juive, 200 ans d’action sociale, du Comité de bienfaisance israélite de Paris à la Fondation Casip-Cojasor


A l’occasion du centenaire de la Fondation Casip-Cojasor, l'exposition qui s’achève au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme (MAHJ) et son catalogue, beau et intéressant, retracent « deux siècles d’action menée par la communauté juive française pour aider les plus pauvres », intégrer dans la société française les immigrés juifs d’Europe de l’Est, du Maghreb et du Moyen-Orient. Puisés dans les archives de la Fondation et du MAHJ, des documents – photographies, archives manuscrites, infographies - parfois inédits éclairent ce pan d’histoire méconnu.




« La solidarité de la communauté juive française, c’est aussi celle d’une solidarité vivante au quotidien, valeur centrale de l’existence juive », écrit Eric de Rothschild, président de la Fondation CASIP-COJASOR, dans la préface du catalogue.

Et de citer Maïmonide : « Le monde est construit sur la solidarité » (Psaumes 89, 3) et « L’un de ses piliers est la bienfaisance » (Maxime des Pères).

La tsedaka

Pour désigner l’aide à autrui, l’hébreu recours au vocable tsedaka, souvent traduit à tort par charité. La tsedaka, c’est la justice, la droiture, « l’obligation de rétablir un certain équilibre entre riches et pauvres ».

Au début du XIXe siècle, l’empereur Napoléon 1er confie au Consistoire de Paris la tache de réformer et centraliser les nombreuses sociétés juives de bienfaisance. Ainsi est fondé en 1809 le Comité de bienfaisance israélite de Paris (CBIP).

A partir des années 1830, sous l’impulsion de politiciens, entrepreneurs et financiers philanthropes juifs, diverses institutions juives sont créées : écoles, orphelinats, dispensaires, hôpitaux, maisons de retraite Moïse Léon pour femmes âgées, etc.

Nouvelle étape dans la modernisation du CBIP en 1839. Ce Comité modifie ses statuts, se dote d’outils de contrôle – statistiques, enquêtes, etc. – et de moyens additionnels afin d’augmenter ses recettes : loteries, etc.

A ses 2 000 bénéficiaires, le CBIP distribue des bons alimentaires ou des repas casher, des vêtements, des aides financières pour payer les dots, les loyers ou les dépenses liées aux services funèbres, etc.

En 1887, le Comité est reconnu d’utilité publique. En contrepartie, il abandonne des aides cultuelles qu’il accordait, notamment le don de pains azymes pour Pessah (Nda : Pâque juive) ou les subventions pour les bains rituels (mikvé).

Lors de l’Exposition universelle (1900), le CBOP est distingué par la médaille d’argent du groupe « Economie sociale, hygiène, assistance publique » en raison de son efficacité comme institution charitable.

Puis, le nombre de bénéficiaires augmente avec l’afflux de milliers de juifs ayant fui la misère et les pogroms de l’Europe centrale et orientale à la fin du XIXe siècle, puis l’immigration de coreligionnaires fuyant le nazisme dominant en Allemagne, en Autriche dans les années 1930.

A chaque nouvelle mutation dans la composition de la population aidée, des inquiétudes animent le Comité face à la recrudescence de l’antisémitisme en France.

Sous le régime de Vichy, le Comité est dissout en 1942. C’est l’UGIF (Union générale des israélites de France), créée en 1941, qui récupère les locaux et biens – un patrimoine de 15 millions de francs (près de quatre millions d'euros) - du Comité.

Le Comité est réactivé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour des juifs traumatisés par les années de persécutions antisémites et par la Shoah.

Avec le soutien de l’American Joint Distribution Committee, est créé en 1945 le Cojasor (Comité juif d’action sociale et de reconstruction), né d’initiatives clandestines pendant la guerre. Son but : centraliser l’aide matérielle et morale aux survivants de la Shoah en France. Au fils des ans, le Cojasor se professionnalise – assistantes sociales, etc. – et élargit son action aux réfugiés ayant quitté dans des circonstances éprouvantes le Moyen-Orient, en particulier l’Egypte, et l’Europe de l’Est (Hongrie). Afin d’intégrer les jeunes dans la vie professionnelle, il offre des bourses d’études pour leur apprentissage, accorde des prêts à taux zéro pour les aider à créer leur entreprise, etc. Il gère aussi les maisons de retraite de Nice et d’Aix-les-Bains.

En 1963, le CBIP devient le Comité d’action sociale israélite de Paris (Casip).

Dans les années 1970, le Casip diversifie sa palette d’interventions : hôtel social pour hébergements d’urgence, foyer pour handicapés mentaux, prise en charge du Bureau du Chabbath pour aider à la recherche d’empois de juifs orthodoxes, halte-garderie, etc.

En 2000, les deux institutions fusionnent en une Fondation Casip-Cojasor, active auprès de 20 000 personnes.

Ce livre intéressant de Gabriel Vadnaï, directeur général de la Fondation Casip-Cojasor, et Laure Politis, archiviste, aurait gagné à être doté d’une chronologie.

Comme tous les livres d’associations ou d’entreprises, son esprit critique est quelque peu émoussé ou bridé. Il explique l’exode des juifs du Moyen-Orient, sans évoquer les mesures prises par les autorités politiques arabes dans certains pays, dont l’Egypte, afin de contraindre les juifs à l’exil.

Certes, il montre les résidences d’accueil aux 3e et 4e âges de la Fondation Casip-Cojasor, mais il effleure la période contemporaine, les problèmes actuels affrontés par la communauté juive française, spécifiques ou communs avec leurs concitoyens non juifs. En particulier, l’adaptation à la nouvelle carte géographique d’implantation de la communauté juive francilienne, les aides aux « aidants », etc.

Ajoutons que cette solidarité juive bénéficie aussi aux non juifs.



Gabriel Vadnaï et Laure Politis, La solidarité juive, 200 ans d’action sociale, du Comité de bienfaisance israélite de Paris à la Fondation Casip-Cojasor. Somogy éditions d’art, 2010. 120 pages, 210 illustrations. 25 €. ISBN : 9782757203804


Interview des auteurs du livre par Vincent Lemerre dans Mémoires vives, le 13 juin 2010

Les citations sont extraites du livre

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