mardi 11 octobre 2016

« Histoire du judaïsme » par Sonia Fellous



Après un fascicule sur l'islam et avant celui sur le christianisme, la Documentation française a publié en 2008 une Histoire du judaïsme, par l'historienne Sonia Fellous, chercheur au CNRS-IRHT. Destinée à un public enseignant, cette publication assortie de visuels demeure problématique par certaines explications, minorations et omissions. Article publié à l'approche de Yom Kippour 5777 (Jour du Grand Pardon).



L’enseignement du judaïsme est marginal dans l'enseignement secondaire français qui traite très brièvement des Hébreux au collège et l’extermination des Juifs (Shoah) au collège puis au lycée. En 2008, le judaïsme ou les Juifs sont évoqués dans la Méditerranée au XIIe siècle, le Proche-Orient et le fait religieux depuis 1850.


Après L’histoire de l’islam, la Documentation française et l’IESR (Institut européen en sciences des religions) présidé par Dominique Borne publient une Histoire du judaïsme composée d’un dossier illustré signé Sonia Fellous, chercheur au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), et de huit pages de propositions de travaux sur transparents réalisées par Hélène Lefevre, professeur de lettres-histoire en lycée.

Ce « numéro souhaite donner aux enseignants une histoire scientifique et critique de cette religion ». Auteur de la remarquable Histoire de la Bible de Moïse Arragel - Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens (Tolède 1422-1433), Sonia Fellous « analyse les évolutions du judaïsme dans le temps et l'espace ».

Pourtant, malgré un style clair, ce fascicule rédigé par Sonia Fellous se révèle problématique.

D’autant plus qu’il s’adresse à des professeurs et  à des élèves et que Sonia Fellous a signé la remarquable « Histoire de la Bible de Moïse Arragel - Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens (Tolède 1422-1433) » 

Quelques exemples.

« A priori, le sionisme (de Sion, un mont de Jérusalem), qui visait la constitution d’un Etat en Palestine, ne répondait pas à la définition d’un mouvement de libération nationale », écrit Sonia Fellous. Peut-être que cette constitution a été envisagée aussi en Eretz Israël (la terre d’Israël)... De plus, « Palestine » s’avère un terme piégé historiquement, idéologiquement et à la géographie évolutive.

Retracer « le judaïsme au XXe siècle » (pp.14-15) sans évoquer la collaboration entre dirigeants nazis et arabes, dont le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, ainsi que l’exode d’environ un million de Juifs des pays arabes, de Turquie, d’Iran et d'une partie de Jérusalem, essentiellement des années 1940 aux années 1970 surprend.

Sonia Fellous distingue « Ashkénazes et sépharades » (p. 48) par un seul critère géographique. Lors de la conférence de la Fraternité judéo-noire (FJN) du 9 janvier 2011, le professeur Shmuel Trigano a indiqué que les Juifs Noirs, omis par Sonia Fellous (p. 62), étaient des Juifs sépharades, la distinction Ashkénazes/Sépharades étant liée à une application de la Halakha (loi juive), généralement plus rigoureuse par les Juifs Ashkénazes

Evoquer des « sciences juives » (p. 46) et associer la « Terre promise » (p. 58) à l’Amérique laissent pour le moins perplexe.

« Juifs en Afrique du Nord : une disparition progressive » (p. 50) ? C’est masquer que l’exode essentiellement forcé des Juifs de « terre d’islam » s’est effectué souvent rapidement, a constitué une mesure de rétorsion de dirigeants musulmans refusant la recréation de l’Etat Juif et a concerné aussi les Juifs au Moyen-Orient (Turquie, Iran, Yémen, etc.) Sans parler des demandes de dédommagements pour les spoliations et autres exactions subies par ces Juifs, devenus pour une partie des réfugiés. Quid de l’attentat islamiste du 11 avril 2002 contre la synagogue de la Ghriba à Djerba (Tunisie) ?

Quant au « statut de dhimmi (protégés, mais aussi soumis) », l’auteur élude, par cette définition lacunaire, le caractère cruel, avilissant, de ce régime imposé aux non-musulmans - Juifs, chrétiens, etc. - en « terre d’islam ». Quand Sonia Fellous revient sur la dhimmitude, elle en précise certaines caractéristiques – « ils sont tenus d’habiter un quartier particulier – le mellah au Maroc, la hâra en Tunisie -, d’où ils ne peuvent sortir que déchaussés. Ils doivent porter un vêtement spécial, il leur est interdit de monter à cheval » (p. 50) -, mais elle occulte l’impôt dénommé la jizya perçu avec humiliation (Coran, 9, 29), l’insécurité permanente, l’exploitation économique, les pogroms, les conversions forcées, les esclavages, etc. ainsi que ses pires éléments constitutifs, notamment le fait que la notion de « tolérance », provisoire et concédée aux vaincus du djihad s’oppose à celle de droits.

La mort du shtetl (agglomération, petite ville Juive en Europe centrale et orientale) n’est pas expliquée (p. 54), n’est pas liée à la Shoah (Holocaust)…

Navrant.


Histoire du judaïsme. Documentation française et IESR,  Documentation photographique, septembre-octobre 2008, n° 8 065. Dossier de Sonia Fellous, 64 pages : 10,80 euros. Dossier et projetables d'Hélène Lefevre : 20,50 €. Réf. : 3303331280651

La Torah comprend l’enseignement de Dieu transmis par Moïse dans cinq livres : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.

Quelques fêtes juives :
- les fêtes de Tichri en septembre-octobre. Le mois hébraïque de Tichri réunit trois fêtes juives majeures : Rosh HaShana (Nouvel an juif), Yom Kippour (Jour du Grand pardon) et Souccot.

       - Roch HaChana, littéralement "Tête de l'Année" est le Nouvel An juif. Il "rappelle :

- La création d'Adam et Eve, créés à l'image divine, et dont descend l'humanité tout entière.

- La ligature d'Isaac, quand l'Eternel refusa le sacrifice humain pour le sacrifice animal.

La leçon de Roch Hachana est double : L'humanité dans son ensemble, peuples, individus, est jugée par le Juge suprême, afin de souligner le partenariat irréversible qui existe entre le Créateur et ses créatures. Ce jugement divin fait écho à la liberté et à la responsabilité des hommes, les uns par rapport aux autres.
Comme Adam puis Caïn, chaque personne doit répondre à Roch Hachana à deux questions : « Où es-tu ? » et « Où est ton frère ? »
En refusant le sacrifice d'Isaac, l'Eternel a enseigné que le service divin ne pouvait passer que par le sacrifice de son animalité intérieure et non par l'assassinat de l'homme.
En écoutant la corne de bélier (chofar), nous nous rappelons ces leçons, afin de revenir vers notre Père et d'accepter sa volonté".
   - Kippour, "appelé communément « jour du grand Pardon » est le jour de la ferveur juive par excellence. « Le juif de Kippour » ressemble à un fils parti en voyage qui revient plein de nostalgie vers la maison paternelle. Kippour souligne que l'Eternel, tel un père miséricordieux, pardonne à ceux qui font amende honorable, qu'elle que soit leur religion, leur culture et leur passé, comme les habitants de Ninive à l'époque du prophète Jonas.
Ce jour de jeûne et d'abstinence appelle le fidèle à revenir vers l'Eternel d'un cœur sincère et à se réconcilier avec son prochain. Pour le prophète Isaïe (LVIII), Kippour n'a de sens que si chacun comprend qu'il vit pendant 25 heures la condition de l'indigent, pour ensuite s'investir pour aider les plus démunis".
  - Souccot. C'est la fête des Cabanes. Elle rappelle :

"La protection particulière que l'Eternel accorda pendant quarante ans aux enfants d'Israël, depuis leur sortie d'Egypte jusqu'à l'arrivée en terre promise.

Les cabanes que construisirent les Hébreux dans le désert.

Ces deux explications soulignent à la fois la protection générale qui s'exerce sur Israël, en tant que peuple témoin de la Révélation divine, et la valeur de chaque maison d'Israël au sens propre, comme au sens des différences approches identitaires".


- Hanoucca vers décembre. Hanouca - orthographiée aussi Hanoucca, Hanouka, Hanoukka, Ḥānukkāh, Chanukah - est une fête rabbinique qui rappelle le souvenir d’un évènement historique jugé important par les rabbins qui ont voulu en perpétuer les enseignements.
Hanouca, fête des Lumières, commémore la victoire en l'an -165 avant l’ère commune des Hasmonéens, dirigés par Juda Macchabée – fils du grand prêtre Matatiahou -, sur la dynastie hellénistique séleucide qui dominait la Judée. Le roi Antiochos IV veut helléniser la Judée. Surnommé « épimane » (insensé), il persécute les Juifs : il place l’auteur du dieu Baal Shamen dans le Temple de Jérusalem, veut offrir des porcs en holocauste (sacrifice religieux), prohibe la brith mila (circoncision) et le chabbat, tue des Juifs, etc. Moins nombreux, les courageux Juifs révoltés parviennent miraculeusement à vaincre les soldats Grecs aguerris d’Antiochos IV et à libérer Eretz Israël du joug grec. Ils prient et allument alors une ménora (chandelier à sept branches) avec une fiole d’huile consacrée dans le Temple de Jérusalem. Au lieu de durer un jour, l’huile brûle miraculeusement pendant huit jours.
La fête de Hanouca « rappelle cette victoire spirituelle et militaire ainsi que le renouvellement de l'huile consacrée qui, selon la tradition, a accompagné la restauration du culte juif dans le Temple de Jérusalem ».
Les Juifs célèbrent cette fête en allumant à la tombée de la nuit, pendant huit jours - du 25 kislev au 2 tevet (mois de novembre ou décembre du calendrier grégorien) -, de gauche à droite, une lampe ou une bougie supplémentaire de la hanoukia (hanoukiot, pluriel en hébreu), candélabre à neuf branches placé près d’une fenêtre. Ils allument chacune des huit bougies par le chamach (serviteur), neuvième branche placée au centre de la hanoukia.
Cet allumage symbolise la victoire de la lumière sur l’obscurité, de la Torah. Les enfants jouent avec des toupies.

- Tou Bichvat signifie "15 (du mois) de chévat", ou nouvel an des arbres car il correspond à la période de montée de la sève dans l'arbre. Les Juifs consomment "des fruits d'abondance et, en particulier, les 7 espèces que la Torah énumère en louange de la Terre d'Israël : « un pays de blé, d'orge, de vin, de figues et de grenades, d'olives et de miel », le vin renvoyant biensûr au raisin et le miel étant de dattes. De l'homme, la Torah nous dit qu'il est « tel l'arbre des champs ». L'arbre est un végétal, en hébreu, tsoméa'h, celui qui pousse. D'abord graine, il devient un arbuste et, envers et contre tout, s'efforce de grandir jusqu'à être un arbre portant ses fruits".

- Pourim "rappelle la délivrance de la communauté juive exilée en Perse (vers - 520), grâce au courage d'Esther et de son cousin Mardochée pour contrecarrer le décret d'extermination d'Aman. Le mot Pourim est un mot perse qui signifie " tirage au sort ", car Aman tira au sort la date du 14 adar pour exterminer la communauté. Par reconnaissance à l'Eternel, nous nous réjouissons en accomplissant quatre mitsvot.
Les quatre mitsvot de Pourim sont :
- la lecture de la méguilat (Livre) d'Esther le soir et le matin ; 
- le repas de Pourim (michté) ;
- l'envoi de mets entre voisins, michloah manot ;
- les dons aux pauvres (matanot laévionim)".
Cette fête est marquée aussi par le jeûne d'Esther (11 Adar, 21 février 2013, 4 mars 2015).

- Jeûne du 10 Tevet. Il rappelle le début du siège de Jérusalem avant la destruction du Temple par Nabuchodonosor en 586 avant l'ère commune. Le "10 tévet - 587, le roi de Babylone commença le siège de Jérusalem, ce siège s'acheva par la destruction du Temple et de la ville" le 9 av de l'an 586 avant l'ère commune. Le "jeûne du 10 Tevet est lié au traumatisme de la destruction (hourban) des deux Temples et de Jérusalem. Le choc fut terrible, non seulement à cause des nombreuses victimes (Flavius Joseph évalue à près d'un million, le nombre de Judéens massacrés par les légions de Titus), mais parce que cette catastrophe, et l'exil qui en découla, sapèrent toute la vision du messianisme biblique que l'on avait reçue depuis Abraham. En effet, le message spirituel d'Israël devait obligatoirement émaner du peuple ayant reçu la Torah à partir de la terre des promesses".

- Pessah (Pâque juive, 14-22 Nissan) commémore la sortie d'Egypte ancienne des Hébreux où ils y étaient tenus en esclavage, leur libération. Cette fête juive est aussi appelée fête de la liberté ;

Chavouot rappelle le don de la Torah, sur le mont Sinaï, au peuple Juif et le début de la saison de la moisson du blé. Une fête juive au cours de laquelle les Juifs prient, lisent le Livre de Ruth - un personnage biblique Moabite convertie au judaïsme - , consomment des laitages
Lors de la fête de Chavouot en 1941 a éclaté le Farhud, pogrom contre les Juifs à Bagdad, scellé par l'alliance entre les Nazis et les Arabes musulmans, notamment le grand mufti de Jérusalem al Husseini qui s'était installé dans l'Irak pro-nazi, et qui a contribué à l'exode des Juifs irakiens de leur terre natale depuis des siècles.  



Visuel :
Ce rouleau d'Esther de 1746 est conservé par la Bibliothèque Gottfried Wilhelm Leibniz de Hanovre. L'artiste de ce rouleau est Wolf Leib Katz Poppers, scribe Juifs et  illustrateur né à Hildesheim. Rouleau manuscrit dans un étui en bois, avec un cahier explicatif signé Falk Wiesemann, Taschen. Edition multilingue: allemand, anglais, français, hébreu. 642 x 33,5 cm, 194 pages. 


Articles sur ce blog concernant :

  Cet article a été commandé et non publié par L'Arche. Il a été modifié pour la dernière fois le 16 mai 2013.
Il a été publié sur ce blog le 16 septembre 2012, et republié les 25 janvier, 20 février, 25 mars, 26 avril, 14 mai et 4 septembre 2013 à l'approche de la fête de Rosh Hashana (Nouvel an juif) 5774,
- 13 septembre 2013 à l'approche de la fête de Kippour 5774, 29 septembre 2013 en cette fête de Hanoucca 5774 ;
- 15 janvier 2014 en cette fête de Tou Bichvat (nouvel an des arbres).
- 14 avril 2014 ;
- 3 juin 2014. Le Livre de Ruth est lu lors de la fête juive de Chavouot (3 juin au soir au 5 juin 2014 au soir, du 5 au 7 Sivan 5774) au cours de laquelle sont célébrés le don de la Torah sur le mont Sinaï et le début de la saison de la moisson du blé ;
- 24 septembre 2014. Rosh HaShana (Nouvel an juif) 5775 débute ce 24 septembre 2014 ;
- 4 février 2015, en ce jour de Tou Bichvat (Nouvel an des arbres) ;
- 13 septembre 2015 à l'approche de Rosh HaChana 5776 (nouvel an juif).

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