Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 30 avril 2018

La mer Morte


La mer Morte est un lac salé, alimenté par le Jourdain et partagé entre l'Etat d'Israël, la Jordanie et l'Autorité palestinienne. Sa surface est d'environ 810 km². Malgré sa forte salinité, des organismes de taille infinitésimale parviennent à y vivre. En 2011, on a découvert des sources d'eau douce dans le fond de la mer Morte. Arte diffusera le 28 novembre 2020 "Peut-on sauver la mer Morte ?" (Die Rettung des Toten Meeres) de Terri Randall. 

La Mer Morte
Qumrân, le secret des manuscrits de la mer Morte

À 422 mètres au-dessous du niveau de la mer, la mer Morte  - dénommée par la Torah « Mer de sel » ou « mer de la plaine » - est l’une des merveilles du monde, et attire des touristes aimant s’y faire photographier y flottant.

La "région de la mer Morte s'est développée en se divisant en quatre principaux secteurs : le nord regroupe principalement les kibboutzim, Ein Bokek concentre les hôtels et les stations balnéaires, Sodome réunit l'industrie et la Arava se focalise sur l'agriculture". (Hamodia, 10 février 2010)

"Au début du XXe siècle, la mer Morte commence à intéresser la communauté des chimistes qui découvrent que ces eaux constituent une réserve naturelle de potasse et de brome. Le premier projet d'exploitation de ces matières premières voit le jour en 1930 grâce à l'ingénieur d'origine russe Moché Novomeysky. Ce dernier reçoit une franchise du gouvernement britannique qui administre alors le pays, et fonde la "Palestine Potash Company", une usine au nord de la mer Morte. Les premiers bassins d'évaporation sont construits sur le site de Sodome. En 1937, les autorités locales décident de créer un autre complexe au sud de la mer Morte, comprenant des bassins d'évaporation en raison de la petite profondeur des eaux. Mais les bouleversements politiques de 1948 gèlent les productions. Après la guerre d'Indépendance de 1948, la partie nord de la mer Morte passe à la Jordanie. Bien qu'au sud, Sodome soit sous autorité israélienne, l'accès pour y arriver est bloqué. Afin de le désenclaver, en 1952, le gouvernement israélien construit la route nationale Dimona-Sodome. Parallèlement, il investit de gros fonds pour créer la société "Usines de la mer Morte" (Dead Sea Works Ltd) qui fabrique et distribue dans le monde entier des produits chimiques à base des minéraux extraits de la mer Morte : chlorure de potassium, chlorure de magnésium, chlorure de sodium, brome, sels industriels, chlorure d'aluminium anhydre, sels de tables et sels de bain. Avec 3 millions de tonnes de potasse extraite par , les Usines de la mer Morte se positionnent comme le quatrième plus grand producteur et fournisseur mondial de potasse. Dès les années soixante, Sodome devient plus accessible, en grande partie pour permettre aux employés de se rendre à l'usine et d'ouvrir une voie d'accès pour la commercialisation de ses produits. Dans le même temps, le développement industriel de la mer Morte sert de levier à l'essor du réseau de transports dans la région. En 1961, une nouvelle ressource naturelle est découverte dans la région : de petits gisements de gaz sont repérés à Hakanaïm. En 1965, la ligne de chemin de fer Ashdod-Dimona est construite. Ainsi, la potasse extraite de la mer Morte est chargée dans des camions à Sodome, transportée jusqu'à Dimona, et de là, transférée par wagons au port d'Ashdod. En 1968, le gouvernement israélien crée le IsraLe Chemicals, une société qui réunit sous un même toit la plupart des usines de l'industrie chimique du pays, y compris celles de la mer Morte. En 1987, un transporteur de haute capacité est mis en service pour augmenter l'acheminement des produits de l'usine de Sodome, jusqu'à la plaine de Rotem près de Dimona. En 19965, dans le cadre du processus de privatisation de l'économie israélienne, le gouvernement vent une grande partie de l'actif de la société Usines de la mer Morte à des partenaires privés. Cette société s'associe avec le groupe allemand Volkswagen pour monter conjointement la société "Dead Sea Magnesium". Les produits des Usines de la mer Morte sont exportés dans plus de 60 pays. Les bassins de potasse de la mer Morte sont considérés comme les plus grands au monde, et possèdent une surface atteignant les 105 km² ! On y extrait la potasse la plus pure grâce à l'extraordinaire ensoleillement dont bénéficie le site." (ibid)

En 1956, le kibboutz Ein Guedi est fondé par un groupe de jeunes recrues de l'armée rêvant de s'installer dans le désert de Judée. Il est aujourd'hui le plus important de la région. Le mochav Néot Hakikar, situé à proximité du Na'hal Arava, dans la plaine de Sodome, émerge au début des années soixante. Puis le ministère du Logement construit Névé Zohar en 1964 dans le but de fournir des résidences aux employés des usines de la mer Morte. En 1968, le kibboutz Kalya est le premier d'une lignée de nouvelles colonies dans la région. Un an plus tard, c'est au tour du kibboutz Mitspé Chalem, le détenteur de la société de cosmétiques Ahava, de voir le jour. Parallèlement, dans les années 1980, de nouveaux villages agricoles fleurissent dans la région : le kibboutz Almog, du nom d'un des pionniers de la région, est fondé en 1977 et abrite des entreprises industrielles, le mochav Véred Yéri'ho et le kibboutz Bet Haarava voient le jour en 1980. Enfin, le mochav Ein Tamar est construit en 1982. Tous les kibboutzim de la région sont principalement spécialisés dans les cultures d'hiver, les fruits tropicaux, les plantations de dattiers et la pisciculture. Outre ces occupations, le kibboutz Kalya se concentre également sur l'élevage bovin et les services touristiques." (ibid)

Ein Bokek réunit des "équipements balnéaires. Une station thermale propose des cures médicales héliomarines. Les nombreux spas de la mer Morte proposent des séjours de remise en forme et de beauté... Depuis 2002, la vallée de la Arava est devenue le laboratoire écologique d'Israël. Son Centre de recherche et développement, aidé par le ministère de l'Agriculture, focalise ses efforts sur les légume, les fleurs, la protection des plantes, l'agriculture biologique et la pisciculture". (ibid)

Ma mer Morte est liée aussi aux manuscrits de Qumrân. Des rouleaux de cuir en hébreu sont découverts en 1947, peu avant la recréation de l’Etat d’Israël, par deux Bédouins dans une grotte de Qumrân, près de la mer Morte. Des fragments des manuscrits, des documents inédits insérés dans un cadre rappelant le contexte des « découvertes archéologiques, leur histoire et leur impact sur l’imaginaire scientifique et populaire de notre temps ». Des témoignages précieux sur des habitants juifs de Qumrân, « de la naissance de la Bible, du judaïsme ancien et des premiers temps du christianisme ». 

Différent du lac d’eau douce de Tibériade - « lac de Kinneret », mer de Galilée ou lac de Genézareth - au nord d’Israël et à plus de 200 mètres au-dessous du niveau de la mer, la Mer Morte est un lac de 810 km² et sept à dix fois plus salé que l’eau d’océans (2-4%). 

Avec une salinité moyenne de 22 à 25%, les eaux de la mer Morte, en Israël, n'abritent aucun poisson, et seuls y vivent quelques organismes microscopiques (plancton, bactéries). En 2011, des scientifiques de l’université Ben-Gourion du Néguev ont découvert  des sources d’eau douce emplies de micro-organismes, dans les profondeurs de cette mer.

Mais les vertus médicinales et minérales ("un concentré de 21 minéraux aux propriétés thérapeutiques") de ses eaux sont connues - soins en cas de psoriasis, rhumatismes, maladies pulmonaires -, et utilisées pour des soins de balnéothérapie ou de dermatologie. En 2010, 88 entreprises de cosmétiques réalisaient un chiffre d'affaires à l'exportation de 60 millions de dollars par an, dont 40 millions" vers les Etats-Unis. L’une des plus célèbres marques de produits de beauté à base de sels et boues de la Mer Morte et en vantant les bienfaits est AHAVA, cible de campagnes BDS (Boycott, Désinvestissement Sanctions). Israël a lancé des campagnes en Europe afin de favoriser le tourisme médical.

Problème : le niveau de la mer Morte décroit d’un mètre de profondeur par an. « Depuis les années 1960, le plan d'eau le plus salé au monde a perdu un tiers de sa surface  ». La « mer Morte agonise, victime de la féroce compétition pour l'eau au Proche-Orient ». 

« D’ici à trente ans, si rien n’est fait, il ne restera plus qu’un étang. Car au Proche-Orient, le manque d’eau est une source supplémentaire de conflit, et c’est la loi du plus fort qui triomphe ». Poncif éculé… Quid des tensions entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie autour du Nil  ou entre la Turquie, la Syrie et l’Irak à propos du Tigre et de l’Euphrate? 

Cette « mort annoncée de la mer Morte a des causes bien humaines : les usines chimiques jordaniennes et israéliennes qui retraitent ses sels minéraux accélèrent son exploitation, tandis que le Jourdain, qui la nourrissait en eau douce, n’est plus qu’un ruisseau nauséabond. Son cours est diverti par tous les pays voisins pour les besoins de l’agriculture ».

Un projet pharaonique controversé
Pourtant « des solutions existent, mais il faudrait que » les Jordaniens, les Israéliens et les Arabes palestiniens, « s’accordent pour les mettre en œuvre. La construction d’un canal », pompeusement appelé « canal de la paix », s’étirant sur 180 km, « relié à la mer Rouge, permettrait ainsi d’alimenter des usines électriques assez puissantes pour dessaler l’eau de mer, fournir toute la région en eau potable et redonner vie à la mer Morte. Elle redeviendrait alors source de bienfaits pour toute la région ». Le coût de ce projet  pharaonique ? Trois à quatre milliards de dollars. Un accord a été signé le 9 décembre 2013 entre l’Etat d’Israëk, la Jordanie et l’Autorité palestinienne pour « sauver » la Mer Morte par un canal et une usine de dessalement, pour un coût de 250-400 millions de dollars.

A noter que Theodor Herzl avait songé en 1902 à un tel canal, mais qui relierait la Mer Morte à la Méditerranée.

D’une part, ce projet de « canal de la paix » ambitieux s’inscrit dans la vision du « Marché commun proche-oriental » de Shimon Peres convaincu, à tort, que l’avènement de la paix est conditionné à un tissu dense de relations économiques denses relie ce monde à cet Etat. Or, le monde musulman refuse l’Etat Juif pour des raisons religieuses. 

D’autre part, « l’ONG Friends of the Earth Middle East (FoEME) et d'autres associations écologistes ont appelé  les trois gouvernements à rejeter ce projet, soulignant ses risques pour l'environnement. Selon elles, le fait d'y déverser une trop grande quantité d'eau de la mer Rouge pourrait radicalement modifier la composition chimique unique de la mer Morte, formant des cristaux de gypse et introduisant des éclosions d'algues rouges. De plus, les nappes phréatiques de la vallée de l’Arava, dans le sud-est d'Israël, pourraient être contaminées en cas de fuite des conduites transportant l'eau salée ».

Enfin, cette période d’assèchement n’est pas la première dans l’histoire de la Mer Morte, déjà asséchée voici 120 000 ans, et s’inscrirait dans une histoire cyclique.

Sigalit Landau
L'artiste israélienne Sigalit Landau « est très engagée sur le thème de l’eau et particulièrement de la mer Morte ».

L'une de ses œuvres est une robe noire - "une réplique de la robe hassidique traditionnelle portée par le personnage Leah dans la pièce de théâtre yiddish « Le Dibbouk » - plongée dans la mer Morte, et qui au terme de deux mois, se transforme, sous l'érosion du sel, en vêtement blanc, brillant. 

Sigalit Landau a photographié cette robe à diverses étapes de cette métamorphose. 

Les "eaux riches en sel de mer ont cristallisé la robe, transformant un « symbole associé à la mort et à la folie en une robe de mariage qu’elle était toujours été destinée à être », a déclaré cette artiste lors de l'exposition en 2016 des photographies au musée contemporain Marlborough à Londres.

Partialité
Arte diffusa « Que vive la mer Morte !  », documentaire biaisé de German Gutierrez - « Comment la mer Morte agonise, victime de la féroce compétition pour l’eau au Proche-Orient, et comment la coopération régionale pourrait la faire renaître » -, et, dans le cadre de la série Voyage au bout du monde, France 2 diffusa un autre documentaire partial sur la mer Morte, vue essentiellement du point de vue jordanien. Comme si cette mer ne jouxtait pas aussi l’Etat d’Israël et n’était pas liée à l’histoire du peuple Juif… 

On regrette la partialité de ces deux documentaires. « Que vive la mer Morte !  », documentaire de German Gutierrez, filme complaisamment un Arabe palestinien se plaindre du "refus" d'Israël de lui donner de l'eau, stigmatiser l'"occupation israélienne", voler de l'eau, etc. Or, l'Autorité palestinienne est responsable des problèmes d'eau de sa population : gabegies, détournements des fonds, absence d'entretien des installations, non-respect de leurs engagements, etc.

Curieusement, le numéro de la série Voyage au bout du monde consacrée à la mer Morte présente d’emblée celle-ci en la localisant par rapport à Amman. Et le reste est à l’avenant, mais avec de belles images. Pourtant les liens de ce lac salé avec l’histoire du peuple Juif sont nombreux : manuscrits (rouleaux de cuir en hébreu) découverts en 1947, peu avant la recréation de l’Etat d’Israël, par deux Bédouins dans une grotte de Qumrân, près de la mer Morte, Massada, cité antique surplombant la mer Morte et ayant abrité les Sicaires qui, assiégés par les légions romaines au 1er siècle, décidèrent en 73 de se donner la mort, etc.   
            
Le 1er mai 2018, France 5 rediffusa Les trésors cachés de la mer Morte, de Tom Fowlie. "En 1952, une équipe d'archéologues découvre un rouleau de cuivre dans une grotte située à Qumrân, près de la mer Morte. Sur la fine plaque de métal, les textes manuscrits ne sont pas porteurs d'un message biblique, mais décrivent l'emplacement d'une soixantaine de sites renfermant des trésors. Qui a rédigé cette carte et à qui appartiennent ces richesses ? Pourquoi ont-elles été cachées et restent-elles à découvrir ? Enquête entre Israël, Jordanie, Egypte et Rome pour éclaircir ce mystère." 

"La baisse rapide du niveau de la Mer Morte, très préoccupante actuellement, n’est pas un phénomène nouveau : elle a déjà eu lieu dans un passé lointain, ce qui entraîna son assèchement complet. C’est du moins le résultat auquel a récemment abouti un projet de forage international auquel ont participé, entre autres, des chercheurs de l’Institut des Sciences de la Terre Fredy and Nadine Herrmann à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Ces recherches ont ouvert une fenêtre sur l’histoire climatique et sismique de la mer Morte, en remontant le temps sur plusieurs centaines de milliers d’années", a écrit Jonathan Garel, Volontaire International chercheur, Institut Weizmann  (Daguesh Science, n° 76, mars 2012).

Et de poursuivre : "Ce projet a mis en évidence qu’il y a environ 125 000 ans, le lac s’était asséché presque entièrement à la suite d’un changement climatique. Cette découverte suscite l’inquiétude quant à la situation actuelle de la mer Morte - le point le plus bas sur la terre - dont la dangereuse baisse de niveau est en grande partie la conséquence de l’activité humaine.  Une plateforme spéciale a été amenée en Israël spécifiquement pour ce projet, comportant notamment un équipement destiné à récolter des échantillons sédimentaires du plancher lacustre. Les travaux de forage ont duré de Novembre 2010 à Mars 2011, et ont exploré deux sites différents : le centre du lac à une profondeur de 300 mètres, et le rivage près d’Ein Gedi. Ils ont été dirigés, entre autres, par les Profs Mordechai Stein (Université Hébraïque de Jérusalem) et Zvi Ben-Abraham (Université de Tel Aviv)."

Et de rappeler : "La Mer Morte est un lac salé situé dans une profonde dépression tectonique : le bassin de la mer Morte. Celui-ci est endoréique, c’est-à-dire que l’eau de la mer Morte ne s’écoule pas vers l’océan et est évacuée uniquement par évaporation. Depuis des centaines de milliers d’années, le Jourdain et d’autres petits cours d’eau avoisinants charrient des sédiments qui se déposent au fond du lac : ces sédiments permettent donc d’étudier l’histoire climatique et hydrologique de tout le bassin versant, et même au-delà. Par ailleurs, la dépression de la mer Morte est d’une importance capitale pour la préhistoire de l’Homme moderne, car elle se situe dans le prolongement du grand rift africain et constitue vraisemblablement le principal couloir de migration de l’Homo Sapiens hors d’Afrique."

Et de préciser : "Une analyse préliminaire des carottes sédimentaires à mis en évidence, à une profondeur de 250 mètres sous le plancher lacustre (550 mètres sous la surface du lac), d’épaisses couches de sel couverts par des cailloux et des roches. C’est le signe distinctif d’une période où la mer Morte s’était presque totalement asséchée. Au dessus de cette séquence sel/roches, les scientifiques ont découvert un sol boueux qui indique en revanche un apport accru d’eau douce, et donc des conditions climatiques plus pluvieuses."

Et de conclure : "Aujourd’hui, le niveau de la mer Morte est de 426 mètres en dessous du niveau de la mer et décroît de presque un mètre par an. La disparition du lac par le passé devrait être un signal d’alarme concernant son éventuel tarissement à l’avenir, nous avertissent les scientifiques. Alors que dans le passé, un changement climatique naturel a contribué à la «réhydratation» de la mer Morte, le niveau de celle-ci ne pourra pas remonter tant que les eaux du Jourdain continuent d’être surexploitées".

Crue
Dix adolescents israéliens ont été tués lors d'une crue près de la mer Morte, dans le désert du Néguev.

"Peut-on sauver la mer Morte ?"
Arte diffusera le 28 novembre 2020 "Peut-on sauver la mer Morte ?" (Die Rettung des Toten Meeres ; Saving the Dead Sea), documentaire de Terri Randall. "Parce qu’il n’est presque plus irrigué, le célèbre lac salé menace de disparaître. La Jordanie, la Palestine et Israël ambitionnent de lui apporter l’eau de la mer Rouge au travers d’un gigantesque projet d’ingénierie. Mais ce projet pharaonique est-il réalisable ?" Pourquoi utiliser le terme partial "Palestine" ?

"La mer Morte est-elle à l’agonie ? Pour cette étendue d’eau enserrée entre la Palestine, la Jordanie et Israël, les indicateurs sont au rouge. Depuis 1976, son niveau a baissé de plus de 30 mètres et son littoral a reculé, à certains endroits, de plus de 1,5 kilomètre. Sur sa partie nord, ses plages ferment, grevées par des percées soudaines et dangereuses de cratères, les dolines. Mais qu’arrive-t-il à ce célèbre lac situé au niveau le plus bas sur Terre (- 430 mètres) ? Dans cette région du Moyen-Orient, l’une des plus sèches du monde, l’eau a toujours été source d’enjeux politiques et de conflits parfois violents. Dans les années 1950, Israël a besoin d’eau pour faire "fleurir le désert " et alimenter ses jeunes villes côtières. L’État hébreu détourne le cours du Jourdain, qui abreuvait la mer Morte via le lac de Tibériade, et la prive de 96 % de son approvisionnement. Aujourd’hui, le Jourdain ressemble à peine à un ruisseau. "Une catastrophe provoquée par l’homme", selon les experts, qui a ruiné les agricultures locales jordanienne et palestinienne."

"Dix fois plus salé que n’importe quel océan, ce lac, réputé pour sa minéralité et ses vertus thérapeutiques pour les traitements cutanés, est aussi épuisé par l’extraction de potasse. Mais malgré le pessimisme de certains experts, il pourrait être sauvé. Ce documentaire raconte la genèse d’un projet pharaonique en cours d’étude, évalué à 10 milliards de dollars : relier la mer Rouge à la mer Morte pour renflouer cette dernière." 

"Ce plan novateur, élaboré par une équipe de scientifiques, permettrait aux Palestiniens, Israéliens et Jordaniens de trouver, pour une fois, un accord tripartite inédit". 

"Il comprend notamment un canal faramineux et une usine de dessalement géante. Mais ce qui constituerait la plus grande expérience de chimie de l’eau au monde se heurte pour le moment à de nombreux obstacles, notamment de financement. Prédire comment la nature réagira au mélange de ces deux mers très différentes dans leur constitution relève aussi d’une difficulté majeure. Alors que les menaces autour de la mer Morte se précisent, géologues, biologistes marins, hydrogéologues ou politiques livrent leurs analyses. "La nature n’aurait pas besoin d’être sauvée si nous la traitions avec respect", regrette l’un deux."

"
Produced for WGBH NOVA and aired on PBS in 2019, tells the story of how exploitation of natural resources compounded by the effects of climate change has driven one of the world unique treasures, The Dead Sea – the lowest body of water on the surface of the Earth- to the brink of extinction. It also tells the story of how scientists team-up with governments of the region in an epic effort to roll back some of the damages and try to save the Dead Sea. But complex scientific uncertainties and challenging political realities could put this epic project in jeopardy."

Etats-Unis, WGBH NOVA, 2019, 53 min
Sur Arte le 28 novembre 2020 à 23 h 35
Disponible du 21/11/2020 au 26/01/2021
Visuel : © WGBH NOVA

 « Que vive la mer Morte !  », documentaire de German Gutierrez
ARTE France, Alegria Productions, Intuitive Pictures, Radio-Canada, 2011, 77 minutes
Diffusion sur Arte le 22 octobre 2014 à 0 h 25

25 minutes
Diffusion sur France 2 le 22 octobre 2014 à 04:05

Les trésors cachés de la mer Morte, de Tom Fowlie
Sur France 5, le 7 septembre 2016, le 1er mai 2018 à 21 h 40
Visuels : © Alegria-Intuitive

Articles sur ce blog concernant :

Les citations sur les émissions sont extraites de communiqués des diffuseurs. Cet article a été publié le 21 octobre 2014, puis les 6 septembre 2016 et 30 avril 2018

dimanche 29 avril 2018

Destinations Auschwitz. Convois des déportés tatoués


En 2002, le Mémorial-musée du maréchal Leclerc a rendu hommage à 4 500 hommes et femmes déportés de Compiègne (France) à Auschwitz (Pologne) en raison de leur engagement dans la Résistance. 82 000 Français ont été déportés au titre de la répression. Cartes, affiches, livres, photographies, journaux, témoignages audiovisuels et objets façonnés par les déportés (actes de résistance et de préservation de la dignité) présentent le contexte historique et la vie dans les camps. Didactique, cette exposition s’attachait aussi aux déportés envoyés à Auschwitz depuis les camps de Dachau, Mauthausen et Buchenwald. Un catalogue accompagnait l’exposition. Article republié en cette Journée de la commémoration des héros, victimes de la déportation dans les camps de concentration au cours de la guerre 1939-1945.
« Le nom d’Auschwitz reste associé au génocide des Juifs et des Tziganes. Ce complexe concentrationnaire a aussi été la destination de 4 500 hommes et femmes déportés au titre de la répression. Ce sont les « déportés tatoués » ainsi appelés car le numéro de matricule était tatoué sur leur avant-bras gauche. C’était le signe distinctif d’un passage par Auschwitz », camp de concentration, centre d’extermination dans les chambres à gaz et vaste complexe industriel. Les autres déportés avaient un matricule qui était « soit un bracelet soit un numéro cousu sur leur veste. Tous ces déportés ont été les témoins oculaires du génocide  ».

Cette exposition didactique retrace l’histoire des trois convois des 6 juillet 1942, 24 janvier 1943 (composé de 230 femmes) et 27 avril 1944, partis de Compiègne. Ils emportaient Marie-Claude Vaillant-Couturier, Danielle Casanova, l’écrivain Charlotte Delbo, le poète et journaliste Robert Desnos, Hélène Solomon (fille de Paul Langevin), des ouvriers, patrons d’entreprises, étudiants, artisans, prêtres, employés, lycéens, députés, journalistes (Max Rénier), etc. Toutes « régions de France, religions et familles politiques » confondues.

Est aussi décrit le « contexte général du système concentrationnaire nazi pendant la guerre et de la répression exercée par le gouvernement de Vichy complice de l’occupant à l’égard des résistants » (Christine Levisse-Touzé).

En mars 1933, les SA humilient publiquement Bernard Kuhnt, député social démocrate, traîné dans un tombereau à ordures dans Chemnitz. La lecture du statut des Juifs du 3 octobre 1940 glace : court, concis, pris sans aucune pression allemande, ce texte définit la « race juive » qu’il exclut de pratiquement toutes les fonctions, publiques ou privées. En 1939, un Livre blanc publié en Grande-Bretagne dénonce les atrocités commises par les Nazis dans les camps d’internement. Sont aussi affichés des photos de déportés, des textes de Primo Levi et Robert Antelme, etc.

La consultation d’un CD-Rom permet d’approfondir certains thèmes.


Destinations Auschwitz, Des déportés tatoués, par le Mémorial du Mal Leclerc et le Musée Jean Moulin. Ed. Paris-Musées

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Cet article a été publié par Actualité juive. Il a été publié sur ce blog le 29 mars 2016.

dimanche 22 avril 2018

« Martin Buber, itinéraire d'un humaniste » par Pierre-Henry Salfati


« Martin Buber, itinéraire d'un humaniste » (Martin Buber, Religionsphilosoph und Humanist) est un documentaire par Pierre-Henry Salfati. Une exploration de la vie et de la pensée de Martin Buber (1878-1965), philosophe, conteur et pédagogue juif né à Vienne et mort à Jérusalem. Une œuvre féconde résultant d’une pensée dense articulée autour du dialogue avec l’autre.  Arte rediffusera ce documentaire le 25 avril 2018 à 2 h 10.

« Toute sa vie, ce militant du parti des « Juifs heureux » (contre une conception lacrymale de l'histoire du Judaïsme) a promu un sionisme humaniste et une religion ouverte à l'autre ».

« Étrangement méconnu en France, le philosophe Martin Buber (1878-1965) est l'un des penseurs majeurs du judaïsme au XXe siècle ». « L'émergence du sionisme, le nazisme et la création de l'État d'Israël ont particulièrement nourri et habité sa réflexion ».

« Témoin du conflit judéo-arabe, il a été le premier à plaider pour une solution à deux États. À travers ses écrits, il n'a cessé d'appeler au respect des populations du Proche-Orient, en mettant en garde Israël et ses alliés contre les risques encourus ».

Dialogue
Né dans une famille juive viennoise – son grand-père, vivant en Galicie, était renommé pour son savoir concernant la tradition et la littératures juives -, Martin Buber maîtrise plusieurs langues dès l’enfance : allemand, yiddish, hébreu, français, polonais. Une enfance marquée par le divorce de ses parents et son rapprochement avec ses grands-parents qui l’élèvent. Buber  découvre la Haskala (Lumières juives) et le hassidisme (mouvement de renouveau juif fondé au XVIIIe siècle).

Lors de sa période d’éloignement du judaïsme, il étudie Kant et Nietzsche.

En 1896, il étudie à Vienne la philosophie et l’histoire de l’art.

Deux ans plus tard, il s’engage dans le mouvement sioniste. Il diverge avec Theodor Herzl sur la voie, politique et culturelle, à suivre. Il souligne l’importance de créer des bibliothèques et musées juifs, fonder une université hébraïque…

A Zurich, il fait la connaissance de Paula Winkler, qu’il épousera. Un mariage durable, jusqu’au décès de son épouse en 1958.

En 1902, il publie Der Jude, magazine sioniste.

Après avoir (re)découvert le judaïsme hassidique en 1903, il se distancie du mouvement sioniste et s’attelle à son œuvre. L’année suivante, parait sa thèse Beiträge zur Geschichte des Individuationsproblems (« Contributions à l'histoire du problème de l'individuation »).

Suivent Die Geschichten des Rabbi Nachman (1906), recueil sur le rabbi Nahman de Bratslav, figure du mouvement hassidique, Die Legende des Baalschem (La Légende du Baal Shem Tov, 1908), fondateur du hassidisme. Buber s’intéresse aussi à l’analyse des mythes.

En 1908, avec Gustav Landauer, Erich Mühsam et Margarethe Faas-Hardegger, il est parmi les fondateurs de la Sozialistischer Bund.

Lors de la Première Guerre mondiale, il contribue à fonder la Commission nationale juive qui vise à améliorer les conditions de vie des Juifs d’Europe de l’Est.

En 1921, avec le philosophe Franz Rosenzweig dont vient de paraître L’Etoile de la Rédemption, il crée Freies Jüdisches Lehrhaus, « Libre maison d’études juives » à Francfort.

1923 marque la publication de Ich Und Du (Je et Tu).

Après avoir mis un terme à Der Jude en 1924, Buber initie avec Rosenzweig la traduction de la Bible de l’hébreu en allemand - Verdeutschung (« germanification »).

Il débute son enseignement de la philosophie religieuse juive à l'université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le-Main.

L’avènement du nazisme met un terme à son activité professorale.

Buber met en place l’organisme central d’éducation adulte juive.

En 1938, il fait son aliyah. Il enseigne la sociologie à l’université hébraïque de Jérusalem, et œuvre au sein du parti Yi’houd à l’amélioration des relations entre Juifs et Arabes en Palestine sous mandat britannique. Il prône alors un Etat bi-national et démocratique en Eretz Israel.



1946 voit la publication des Voies de l’Utopie de Buber.

C’est la période où Buber donne des conférences en Europe et aux Etats-Unis, et entame un processus de resserrement des relations avec les intellectuels allemands.

En 1951, le Prix Goethe de l’université de Hambourg couronne son œuvre centrée sur la rencontre essentielle dans toute vie, le dialogue fondé sur deux bases – réciprocité et responsabilité - et la religion. L’être humain se construit dans le dialogue avec l’autre, en découvrant « l’altérité d’autrui ».

Martin Buber « a échangé des milliers de lettres avec les plus brillants esprits du siècle dernier. Son ouvrage majeur, Je et tu, a nourri les discours de Martin Luther King et les chansons de Leonard Cohen ».

Le Prix Israël en 1958 et le Prix Erasme à Amsterdam en 1963 distinguent cet intellectuel qui décède en 1965 à Jérusalem.

Pierre Henry Salfati (Je suis venu vous dire...) a réalisé un des premiers documentaires « consacrés à ce grand penseur. Il y « retrace son parcours et fait résonner sa voix à partir d'archives inédites, couplées à des témoignages de chercheurs et d'universitaires ».

On ne peut que déplorer les horaires tardifs de diffusion.

Dans La trahison des clercs d'Israël, Pierre Lurçat stigmatise leur cécité à l’égard de la réalité, leur préférence pour des « principes abstraits et éternels au détriment des nécessités vitales de l’heure dont dépendaient l’existence concrète du peuple juif ». Un aveuglement persistant qui les incite à adopter un processus pervers d’inversion du réel : ces membres de l’intelligentsia juive reprochent aux Juifs les vices de leurs ennemis implacables : dirigeants nazis ou arabes.

L’auteur désigne Brith Chalom (Alliance pour la paix) réunissant des intellectuels allemands dont Martin Buber et Gershom Scholem. Prétendant « réconcilier politique et morale », ce groupe a privilégié, dans son analyse du conflit au Proche-Orient, la « question arabe » soluble, selon Brith Chalom, par la coexistence pacifique entre Juifs et Arabes dans un Etat binational. La négation du sionisme politique.

Le 11 juin 2017, de 19 h à 21 h, l'Union Libérale Israélite de France proposa la conférence De Vienne à Jérusalem, Martin Buber, avec Dominique Bourel, Directeur du Cnrs. "Martin Buber (1878-1965) est un des grands penseurs du judaïsme moderne. Après un engagement sioniste durant sa vie d’étudiant, durant lequel il pose les fondements de l’université hébraïque de Jérusalem, il fait découvrir le hassidisme et devient rapidement le porte parole de la renaissance juive entre les deux guerres". 

« Martin Buber, itinéraire d'un humaniste » par Pierre-Henry Salfati
2015, 57 min
Sur Arte les 12 octobre à 23 h 55 et 19 octobre 2016 à 3 h 45, 25 avril 2018 à 2 h 10

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 9 octobre 2016, puis le 12 juin 2017.

vendredi 20 avril 2018

Marian Apfelbaum, survivant du ghetto de Varsovie et professeur de nutrition



Enfant survivant du ghetto de Varsovie (Pologne), Marian Apfelbaum  survit à la Shoah grâce à une chaîne de solidarité, notamment celle de l'organisation de résistance polonaise catholique Zegota. Il arrive en France en 1946. Élève au lycée Louis le Grand, il est accueilli dans un foyer de l’OSE (Œuvre de secours aux enfants). Professeur agrégé de médecine, il devient un nutritionniste réputé. Le 19 avril 2018 à 17 h 30, le Mémorial de la Shoah à Paris accueillera la cérémonie,organisée en partenariat avec la Commission du Souvenir du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), pour le 75e anniversaire du soulèvement du ghetto de VarsovieCette cérémonie "est ponctuée de prières par le rabbin Olivier Kaufmann, d’un témoignage sur la révolte du ghetto, accompagné de musique par la Fanfare de la Garde républicaine et de chants en yiddish par Talila. En présence d’Éric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, Aliza Bin-Noun, ambassadeur d’Israël en France (sous réserve), et de Francis Kalifat, président du CRIF".


« J’ai une bonne mémoire livresque, mais une mauvaise mémoire ponctuelle », déclare le Professeur Marian Apfelbaum, célèbre expert en nutrition. Rectifions : une bonne mémoire.


Marian Apfelbaum est né à Varsovie en 1931 dans une famille aisée. Son père Emil était docent (professeur agrégé), un cardiologue « polonais de confession mosaïque » ; sa mère Barbara était issue d’une famille Juive « très pratiquante ».


La maison a été détruite lors d’un bombardement pendant la bataille de Varsovie (1939). Un an plus tard, la famille est contrainte de rejoindre le ghetto.
 

Au ghetto de Varsovie
Le Dr Emil Apfelbaum travaille à l’hôpital Czyste et participe à Maladie de famine, Recherches cliniques sur la famine exécutées dans le ghetto de Varsovie en 1942, dont il sera rédacteur en chef. Un livre référence…



Irena, sœur aînée du jeune Marian, combat au sein du ZZW (Zydowski Zwiazek Wojskowy ou Union militaire juive), un mouvement dirigé par le capitaine Mieczyslaw Dawid Apfelbaum, leur cousin. Dans Retour sur le ghetto de Varsovie (2002, Odile Jacob), le Professeur Marian Apfelbaum rappelle le rôle important, longtemps méconnu, du ZZW lors du soulèvement du ghetto.


Tandis que Irena, âgée de 17 ans, reste dans le ghetto pour lutter, la famille Apfelbaum fuit via les égouts. Internée dans un camp, Irena s’évade grâce à la résistance polonaise et meurt lors de l’insurrection polonaise, un an plus tard, en 1944.



Le professeur Marian Apfelbaum a publié Retour sur le ghetto de Varsovie (Ed. Odile Jacob, 2002), un livre d’histoire « né d’un autre livre1, né lui-même d’une dette ». Le fruit aussi de recherches dans les archives, notamment en Pologne et en Israël, pour restituer le rôle du ZZW dans la lutte et le soulèvement du ghetto de Varsovie. Une histoire alors méconnue en raison de « la connivence entre la Pologne communiste et les Israéliens marxistes » et évoquée en avril 2007 lors de la commémoration en Pologne du soulèvement de ce ghetto. Traduit en hébreu, polonais et espagnol, son ouvrage a été publié en 2007 par Gefen Publishing House sous le titre Two flags: Return to the Warsaw Ghetto (Deux drapeaux : retour au ghetto de Varsovie).



« Ma famille a survécu à Varsovie grâce à une chaîne de gens qui ont pris des risques énormes, notamment au sein de Zegota1une organisation politique catholique clandestine, dont beaucoup de membres étaient antisémites », confie le Professeur Marian Apfelbaum. Histoire a diffusé les 23 et 28 décembre 2015, 3, 8, 9 et 15 janvier 2016, dans la série Héros de guerreZegota, les anges de Varsovie, réalisé par Joshua Whitehead : "Dans la Pologne occupée, une organisation secrète du nom de Zegota lutte contre l'Holocauste. Sa mission : soustraire des hommes, femmes et enfants juifs à la solution finale mise en oeuvre par les nazis. Les membres de ce réseau clandestin s'exposent au pire pour les sauver. En septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne depuis l'ouest et l'Union Soviétique attaque par l'est. Le pays capitule le 6 octobre de la même année. Les envahisseurs se partagent le pays et les nazis instaurent leur dictature. Les Juifs polonais sont enfermés dans des ghettos et ont pour interdiction d'y sortir. Le 25 juillet 1942, les nazis emmènent des Juifs en masse pour qu'ils soient déportés au camp de la mort de Treblinka. Zofia Kossa, résistante polonaise, lance un cri de ralliement par le biais d'un tract nommé "Protestation" qui appelle les activistes à agir. Zegota voit alors le jour. Les forces d'occupation allemandes punissaient de mort toute personne qui aidait un Juif. Cette loi n'aidait pas à trouver des volontaires pour les héberger. Zegota se chargeait de trouver les cachettes et de leur fournir de faux papiers d'identité leur permettant de survivre hors du ghetto et de pouvoir se rendre dans la partie aryenne de la ville".


La famille de Marian Apfelbaum quitte Varsovie pour le camp de Piastow. Quelques semaines plus tard, elle retrouve une capitale « détruite à 90% ».


Le Dr Emil Apfelbaum « reprend son activité dans des conditions dures 
». Il décède en 1946 d’une crise cardiaque. Barbara Apfelbaum fait son aliyah et envoie provisoirement son fils en France.
 

La nutrition
A Paris, cet adolescent déterminé choisit le « meilleur lycée » - lycée Louis le Grand - et sa mère suit des cours d’esthéticienne avant de s’installer définitivement à Tel Aviv.


Marian Apfelbaum est accueilli au foyer FoPoGo (Foyer Pauline-Godefroy), un « endroit agréable, libéral » dans Le Vésinet.



Devenu médecin, il est jusqu'en 1998 chef du service de nutrition de l'hôpital Xavier-Bichat à Paris et directeur de l'unité Nutrition humaine de l’INSERM.

Nul doute que le livre de son père a joué un rôle dans le choix de sa spécialité. De plus, « le métabolisme et la nutrition formaient un domaine évoluant vite », explique le Professeur Marian Apfelbaum, « à l’origine de l’introduction de la nutrition comme discipline universitaire en France ».


Il déplore « l’explosion du surpoids et de l’obésité depuis trente ans », un phénomène « à connotation sociale et un problème de santé publique ».


Les raisons ? « La dépense énergétique a diminué en raison de l’absence d’effort physique et du chauffage. L’offre alimentaire d’aliments goûteux est permanente et notre physiologie n’est pas fabriquée pour cette abondance ». La prédisposition génétique ne représente qu’une part minime dans l’obésité.



Une situation qui risque de perdurer en raison de « matières premières – sucre et graisse – très bon marché et d’emballage individuel pas coûteux ».



Il est l’auteur d’une huitaine d’ouvrages, dont Vivre avec le cholestérol (1992), Risques et peurs alimentaires (1999).


Le professeur Marian Apfelbaum est membre du Comité scientifique d’OCHA (Observatoire Cidil des habitudes alimentaires), « un site ressource sur l'alimentation, les cultures et les comportements alimentaires en relation avec les identités, la santé et les modes de vie ».



« Maladie de la « vache folle », aliments génétiquement modifiés, nitrates dans l’eau, salmonelles dans l’œuf, listeria dans le fromage : dans quelle mesure nos peurs face à la nourriture sont-elles justifiées ? Les risques alimentaires sont-ils plus importants aujourd’hui ? », interroge le professeur Marian Apfelbaum.


Il pourfend le catastrophisme ainsi que les préjugés. Dénonce « l’alimentation biologique, une monstrueuse foutaise ». Défend les produits AOC (Appellation d’origine contrôlée), qui présente une variété de goût que n’offre pas l’industrie agro-alimentaire...


1 : Zegota, Commission d’aide aux Juifs de Teresa Prekerowa (Ed. du Rocher, 1999). Traduction et préface de Marian Apfelbaum.


Bibliographie du professeur Marian Apfelbaum
Le savoir maigrir,
Physiologie de la nutrition
Régulation du bilan d’énergie
Les Mangeurs inégaux (1978)
Abrégé de diététique et de nutrition (Masson, 1982 1989)
Dictionnaire pratique de diététique et de nutrition (1980)
Vivre avec le cholestérol (1992)
L’alimentation biologique (1993)
Risques et peurs alimentaires (1999)
Diététique et nutrition (2004)
Tous obèses (2006)

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié dans  le n° 14 d'Osmose (avril-juin 2007), revue trimestrielle de l'OSE, et sur ce blog le :
- 19 avril 2013 à l'approche de la cérémonie commémorant le soulèvement du ghetto de Varsovie (19 avril-16 mai 1943). Organisée par le Mémorial de la Shoah en partenariat avec le CRIF, cette cérémonie aura lieu au Mémorial de la Shoah le 21 avril 2013, à 17 h ;
- 20 avril 2014. Le 71e anniversaire du soulèvement des habitants Juifs du ghetto de Varsovie contre l'occupant nazi allemand a été commémoré le 19 avril 2014 ;
- 17 mars et 22 décembre 2015, 18 avril 2016 ; le 19 avril 2016, à 17 h 30,  le Mémorial de la Shoah accueillera la cérémonie du 73e anniversaire du soulèvement du ghetto de VarsovieOrganisée en partenariat avec la Commission du souvenir du Conseil représentatif des institutions juives de France, "cette cérémonie ponctuée de prières par le Grand Rabbin Olivier Kaufmann, d’un témoignage sur la révolte du ghetto, accompagné de musique par la fanfare de la Garde républicaine et de chants en yiddish par Talila. Avec le concours du Grand Rabbin de France, Haïm Korsia (sous réserve), et en présence de Claude Hampel, président de la Commission du souvenir, Éric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, Aliza Bin-Noun, ambassadeur d’Israël en France (sous réserve), Andrzej Byrt, ambassadeur de Pologne en France (sous réserve), et Roger Cukierman, président du Crif".
- 18 avril 2016 ;
- 20 avril 2017. Le 19 avril 2017, le Mémorial de la Shoah marquera le 74e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie. Cette cérémonie est ponctuée de prières par le rabbin Olivier Kaufmann, d’un témoignage sur la révolte du ghetto, accompagné de musique par la Fanfare de la Garde républicaine et de chants en yiddish par Talila. En présence d’Éric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, Aliza Bin-Noun, ambassadeur d’Israël en France (sous réserve), Dariusz Wisniewski, chargé d’Affaires près l’ambassade de Pologne, et Francis Kalifat, président du CRIF. Un hommage sera rendu à Claude Hampel..