Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

dimanche 15 juillet 2018

Lauren Bacall (1924-2014)


Née Betty Joan Perske dans une famille juive new-yorkaise, Lauren Bacall (1924-2014) débute comme mannequin, puis à Hollywood dans Le Port de l’angoisse (1944) avec Humphrey Bogart (1899-1957) qu’elle épouse en 1945. Surnommée « The Look » (le regard), star démocrate, veuve en 1957, persévérante et exigeante, elle parvient à relancer sa carrière cinématographique et à affirmer ses talents de comédienne à Broadway. Arte rediffusera le 15 juillet 2018 « Lauren Bacall, ombre et lumière » (Lauren Bacall - Die diskrete Verführerin), documentaire par Pierre-Henry Salfati. 
Billy Wilder (1906-2002)


« J'ai passé une grande partie de ma vie à essayer de trouver ma propre identité. Et ça n'a pas été facile », a confié la star Lauren Bacall (1924-2014).

« L’histoire d’amour mythique avec Humphrey Bogart a imprimé à jamais la pellicule de chefs-d’œuvre du film noir ».

Le documentaire évoque rapidement la relation qui aurait unie, selon elle, la coiffeuse de Humphrey Bogart, Verita Bouvaire Thompson, et l'acteur.

« À son image », « Lauren Bacall, ombre et lumière », documentaire par Pierre-Henry Salfati est « un classieux portrait intime de Lauren Bacall. Son regard, magnétique, qui lui vaudra son surnom, « The Look », sa classe et son timbre de voix éraillé l’ont propulsé, dès son premier film, « Le port de l’angoisse », dans la mythologie hollywoodienne ».
   
Star
Betty Joan Perske est née en 1924, dans le Bronx, au sein d’une famille juive newyorkaise : sa mère Natalie, née Weinstein Bacal, d’origine roumaine, est secrétaire et changera son patronyme en Bacall, et son père William Perske est un vendeur dont les parents étaient originaires de Biélarussie, alors dans l’Empire russe. Betty Joan Perske a pour cousin  germain, Shimon Peres né Szymon Perski, qui deviendra président d’Israël et lauréat du Prix Nobel de la Paix.

Cinq ans après sa naissance, ses parents divorcent, et Betty grandit auprès de sa mère qui l’oriente vers la comédie et la danse. La jeune Betty ne voit qu’épisodiquement son père qui disparaît de sa vie, et elle adopte comme nom de scène Bacall.

Grâce au soutien de sa famille maternelle, elle est scolarisée dans un pensionnat huppé, The Highland Manor Boarding School for Girls, à Tarrytown, New York, et à la Julia Richman High School à Manhattan.

Adolescente, elle mène de front une carrière de mannequin et de comédienne à Broadway. Elle rencontre la comédienne Bette Davis en 1940.

En 1941, Betty Joan Perske entre à l’American Academy of Dramatic Arts tout en travaillant comme ouvreuse dans un théâtre. Elle s’y lie d’amitié avec Kirk Douglas, issu d’un milieu très pauvre, et auquel elle donne gentiment le manteau d’un de ses oncles.

En 1942, élue Miss Greenwich Village, elle est remarquée par le célèbre magazine Harper’s Bazaar qui la choisit pour une couverture en mars 1943, et par Vogue. Sa « grâce féline, sa chevelure blonde et ses yeux bleu-vert » la distinguent des autres modèles.

Betty Joan Perske est choisie pour jouer dans un théâtre de Broadway Johnny 2 X 4, et retourne vivre chez sa mère.

La « petite fille du Bronx, élevée par sa mère après l’abandon paternel, courait jusque-là les cachets à Broadway entre deux séances de mannequinat, quand Nancy Hawks, l’épouse du cinéaste, la repère à la une de Harper’s Bazaar ».

Le réalisateur Howard Hawks fait signer à la débutante un contrat de sept ans stipulant un salaire hebdomadaire de cent dollars. Premier film de l’actrice appelée désormais Lauren Bacall : Le Port de l'angoisse, adaptation du roman d'Ernest Hemingway, En avoir ou pas. Nancy Hawks conseille la comédienne débutante en matière vestimentaire pour adopter un style sophistiqué et élégant, et son époux lui impose des cours de comédie visant à la faire parler sur un ton plus grave.

Lauren Bacall « a 19 ans, et la passion naissante entre la débutante et son partenaire adulé, Humphrey Bogart, 44 ans, irradie l’écran ». Surnommée « The Look » - par timidité, non habituée jouer devant une caméra, elle maintient la tête baissée, et ne lève les yeux que pour donner la réplique à Bogart (1899-1957) -, elle incarne un nouveau genre de femme, déterminée, calme, audacieuse, sensuelle.

Réplique-culte du film To Have and Have Not? « Si vous avez besoin de moi, vous n'avez qu'à siffler. Vous savez siffler, Steve ? Vous rapprochez vos lèvres comme ça et vous soufflez  ! » (« You know you don’t have to act with me, Steve,” her character says to Bogart’s in the movie’s most memorable scene. “You don’t have to say anything, and you don’t have to do anything. Not a thing. Oh, maybe just whistle. You know how to whistle, don’t you, Steve? You just put your lips together and blow »).

« Avec son sens de l’autodérision, celle qui se décrit comme « une grande perche plate avec de grands pieds » s’étonne de cette gloire précoce ».

« Mais plus encore que son talent, c’est son histoire d’amour fou avec « Bogie » qui fonde sa légende, la condamnant du même coup au rôle d’épouse de l’icône ».

Le « couple le plus glamour de l’histoire du cinéma tourne trois joyaux noirs encore » : Le Grand Sommeil (The Big Sleep), les Passagers de la nuit (Dark Passage) et Key Largo de John Huston.

Marié en 1945, Humphrey Bogart et Lauren Bacall ont deux enfants : Stephen - prénom du personnage incarné par l'acteur dans Le Port de l'angoisse, né en 1949, producteur et documentariste, et Leslie - prénom du comédien Leslie Howard, née en 1952, professeur de yoga.

Ils les élèvent dans la religion épiscopalienne, celle de Humphrey Bogart. « Ma mère pensait que cela rendrait notre vite plus facile, à Leslie et à moi, durant ces années post-Deuxième Guerre mondiale », a écrit Stephen Bogart.

Kirk Douglas a écrit que Humphrey Bogart était membre d’un club interdit aux Juifs.

Femme au foyer, mère, Lauren Bacall  retrouve Kirk Douglas dans La Femme aux chimères (Young Man with a Horn, 1950), et alterne comédies - Comment épouser un millionnaire (How to Marry a Millionnaire, 1953) de Jean Negulesco avec Marilyn Monroe et Betty Grable, et Les femmes mènent le monde (Woman's World) de Jean Negulesco, Designing Woman (La Femme modèle) de Vincente Minnelli avec Gregory Peck (1957)  – et drames : La Toile d'araignée (The Cobweb) de Vincente Minnelli (1955) avec Richard Widmark, Charles Boyer et Lillian Gish, Écrit sur du vent (Written on the Wind) de Douglas Sirk (1956) avec Rock Hudson, Dorothy Malone et Robert Stack.

A la télévision, elle joue dans The Petrified Forest, avec Henry Fonda et Humphrey Bogart.
   
Démocrate
La photographie la montrant en février 1945, au National Press Club Canteen, assise sur le piano sur lequel joue le vice-président Harry S. Truman, devient rapidement célèbre.

Dès les années 1940, Lauren Bacall soutient les candidats démocrates aux élections présidentielles.

Lorsque le Comité de la Chambre des Représentants sur les activités anti-américaines (House Committee on Un-American Activities, HCUA ou HUAC) enquête sur l’influence et la propagande communistes au profit de l’Union soviétique à Hollywood, Lauren Bacall milite en tant que membre du Committee for the First Amendment (Comité pour le premier amendement de la Constitution), créé en septembre 1947 par le scénariste Philip Dunne, la star Myrna Loy, et les réalisateurs John Huston et William Wyler en soutien aux Hollywood Ten – dix artistes ayant refusé de répondre aux questions sur leur éventuel engagement dans le Parti communiste (Dalton Trumbo, Edward Dmytryk, etc.) – lors de leur audition par l’HCUA.

Laurent Bacall et Humphrey Bogart signent, avec environ 80 personnalités de Hollywood un télégramme protestant contre les investigations de l’HCUA à l’égard d’Américains soupçonnés de communisme. Les signataires avancent que ces enquêtes fondées sur des opinions politiques individuelles violent les principes basiques de la démocratie américaine.

En octobre 1947, le couple Bogart/Bacall se rend à Washington avec d’autres stars hollywoodiennes - Danny Kaye, John Garfield, Gene Kelly, John Huston, Ira Gershwin, Jane Wyatt - membres du Comité pour le premier amendement (CFA).

En mai 1948, le magazine Photoplay publie l’article de Humphrey Bogart I’m No Communist illustré par une photo du couple. Cet article viset à contrer la publicité négative induite par son apparition devant le HUAC. Le couple s’éloigne des Hollywood Ten et dit : « Nous sommes autant en faveur du communisme que J. Edgar Hoover », alors directeur du Federal Bureau of Investigation (FBI).

Le couple Bogart soutient la candidature du candidat démocrate Adlai Stevenson lors de la campagne électorale pour la présidence en 1952.

Lauren Bacall soutient aussi Robert Kennedy lors de sa campagne avant les élections sénatoriales en 1964.

En 2005, Lauren Bacall répond à Larry King : « Je suis anti-républicaine… Je suis une libérale… Etre libérale est la meilleure chose sur terre que vous puissiez être. Vous êtes accueillie par tout le monde quand vous êtes libérale. Vous n’avez pas un esprit étroit ».

Broadway
Au décès de Bogart en 1957, Lauren Bacall est considérée comme la veuve d’un grand acteur, une quasi-has been, et non l’actrice trentenaire ayant une personnalité spécifique.

Elle entame une liaison avec Frank Sinatra. Mais la nouvelle de leur prochain mariage ayant été éventée, Frank Sinatra en impute à tort la responsabilité à Lauren Bacall, et met fin à leur relation.

De retour à New York, Lauren Bacall « change de registre, basculant dans la comédie, avant d’être délaissée par les studios. Mais son triomphe tardif sur les planches de Broadway » - Goodbye, Charlie en 1959, Cactus Flower (1965-1968), Applause, comédie musicale en 1970 d’après All about Eve, film de Joseph L. Mankiewicz avec Bette Davis – « You're the only one who could have played the part » (Vous êtes la seule qui pouvait jouer ce rôle), lui confiera Bette Davis -, et Woman of the Year en 1981 – « sonnera comme une revanche », saluée par deux Tony Awards.

En 1961, Lauren Bacall épouse le comédien Jason Robards (1922-2000) dont elle a un fils Sam Robards, acteur. Le couple divorce en 1969 en raison de l’alcoolisme du comédien.

Lauren Bacall vit d'autres histoires d'amour, notamment avec l'acteur James Garner.

Au cinéma, Lauren Bacall alterne les genres cinématographiques : Aux frontières des Indes (North West Frontier) de  J. Lee Thompson avec Kenneth More (1959), Une Vierge sur canapé (Sex and the Single Girl) de Richard Quine (1964) avec Henry Fonda, Tony Curtis, Natalie Wood et Mel Ferrer, Détective privé (Harper) de Jack Smight (1966) avec Paul Newman, Shelley Winters, Julie Harris, Robert Wagner et Janet Leigh, Leçons de séduction (The Mirror Has Two Faces) de Barbra Streisand en 1996 – Lauren Bacall remporte un Golden Globe Award. Elle demeure une mère et grand-mère inconsolable ayant mûrement élaboré sa vengeance dans Le Crime de l'Orient-Express de Sidney Lumet (1974) avec Ingrid Bergman, Albert Finney, Vanessa Redgrave, Martin Balsam et Sean Connery, et tourne avec Robert Altman (Health en 1979, Prêt-à-porter en 1994), et Lars von Trier (Dogville en 2002).

Lauren Bacall rédige deux livres : Par moi-même (Lauren Bacall By Myself) en 1978 - National Book Award en 1980 - réédité en une version augmentée d’un chapitre en 2006 sous le titre By Myself and Then Some, et Seule (Now) en 1984.

En 1996, elle est distinguée par un César d’honneur et en 2009 un Oscar d’honneur « reconnait sa place centrale dans l’Age d’or cinématographique ».
     
En 1999, Lauren Bacall figure au 20e rang dans la liste des 50 plus grandes actrices de légende au cinéma dans le classement AFI's 100 Years... 100 Stars de l'American Film Institute (AFI). Première ? Katharine Hepburn. Le premier des cinquante plus grands acteurs de légence au cinéma est Humphrey Bogart, suivi de Cary Grant et de James Stewart.

Actrice célébrée dans de nombreux festivals, livres et cérémonies, raréfiant ses apparitions à la télévision, Lauren Bacall décède en 2014 dans son appartement de l’immeuble The Dakota qui donne sur Central Park. A la cérémonie au funérarium Frank E. Campbell, assistent notamment les acteurs Anjelica Huston et Michael Douglas.

« Au travers d’extraits cultes de sa filmographie, d’archives et d’entretiens délicieux, entre insolence et humilité, ce film part en quête de Betty derrière Bacall. Laquelle, timide et vulnérable, ne se reconnaissait pas dans cette image de femme fatale aux nerfs d’acier composée par les studios ».

« Celle qui disait avoir vécu sa vie à l’envers – star à 19 ans, presque oubliée à 32 – regrettait aussi de ne pas avoir davantage affiché ses origines juives ».

« Le portrait intime d’une « lady » new-yorkaise disparue en 2014, qui avait prédit avec un humour lucide : « Ma nécrologie sera pleine de Bogart. »


« Lauren Bacall, ombre et lumière » par Pierre-Henry Salfati
Siècle production, TCM Cinéma, 2015, 53 min
Sur Arte les 24 septembre 2017 à 22 h 30, 15 juillet 2018 à 23 h 05, 17 juillet 2018 à 15 h 40

Visuels :
To Have And Have Not, Humphrey Bogart, Lauren Bacall, 1944
To Have And Have Not, from left, front, Humphrey Bogart, Lauren Bacall, director Howard Hawks, on-set, 1944
The Big Sleep, from left: Lauren Bacall, Humphrey Bogart, John Ridgely, director Howard Hawks on set, 1946
L'actrice Lauren Bacall assise sur un piano pendant que le Vice Président Harry Truman joue, au National Presse Club Canteen, le 10 février 1945
Lauren Bacall, 1940
Lauren Bacall, en 1945
Humphrey Bogart, Lauren Bacall sur le torunage de KEY LARGO en1948
Credit : © Courtesy Everett Collection

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 24 septembre 2017.

Le théâtre yiddish en France


Dans le cadre d’une Saison polonaise en France – Nowa Polska (mai-décembre 2004) -, la Bibliothèque Medem a proposé en 2004 une exposition sur le théâtre yiddish en France. Affiches, photographies et manuscrits ont rappelé la variété et l’activité intense d’un mouvement artistique populaire et parfois d’avant-garde, nourri d’apports divers. Un art Juif associant aussi des éléments musicaux, illustrant l’histoire du peuple Juif ou des scènes de la vie quotidienne, et évoluant au fil de ses recherches d’avant-garde. Les Rencontres Interculturelles de Bréau (Yiddish & Cie en Cévennes) se déroulent du 7 au 14 juillet 2018.
C’est une histoire méconnue du grand public qui renaît en 2004 grâce aux archives photographiques déposées à la Bibliothèque Medem , par Gérard Frydman et Jean-Marc Zelwer, et à la collection personnelle de Liliane Poliakoff pour évoquer l’apogée et le déclin du théâtre yiddish en France.

Une aventure artistique juive  
Le théâtre yiddish est né à la fin du Moyen Age lors des fêtes de Pourim, qui autorisent les déguisements.

Programmes, affiches, livres, photographies et manuscrits retracent la variété et l’activité intense d’un mouvement artistique juif populaire et parfois avant-gardiste, né en Roumanie et disséminé dans le reste de l’Europe et en Amérique du Nord.

Vers 1870, le théâtre yiddish  bénéficie de circonstances qui favorisent son essor : l’émancipation d’une bourgeoisie juive, les effets du mouvement des Lumières, etc.

Et Iasi (Roumanie) accueille en 1876, dans une taverne, la pièce « Pomul Verde » de Abraham Goldfaden (24 juillet 1840-9 janvier 1908), poète et auteur dramatique juif russo-roumain de 40 pièces, et considéré comme le père du théâtre yiddish.

Le théâtre yiddish associe des éléments musicaux, s’inspire parfois de l’histoire Juive, présente des scènes issues de la vie quotidienne ou affiche un souci de recherches d’avant-garde.

Ses troupes, en partie professionnelles, voyagent au sein de l’Europe et aux Etats-Unis, et se mêlent aux comédiens locaux.

Parmi ce répertoire présenté à la fin du XIXe au Théâtre israélite de Paris, figurent « Der yiddisher Kenig Lear » (Le roi Lear) de Yankev Gordin, « Mishki mashki » (Méli Mélo) et « Gzerjres Portugal » (L’Expulsion du Portugal).

La Shoah marque tragiquement le monde yiddish.

Après 1945, le théâtre yiddish poursuit son activité grâce au Yidisher Kunst Teater (Théâtre artistique yiddish) et l’Ensemble théâtral juif.

La Shoah apparaît sous la forme d’allégorie, notamment dans « Les Jonas et la Baleine » de Haïm Slovès, une pièce dont des extraits ont été montés par la Maison de la Culture Yiddish avec des artistes amateurs début 2004.

La Bibliothèque Medem présenta l’exposition Affiches du théâtre yiddish d’État de Varsovie.  « En 1950, un théâtre yiddish d’État est créé à Wrocław et à Łódź » (Pologne). « Installé définitivement à Varsovie en 1955, il est dirigé par Ida Kaminska, fille d’Esther-Rachel Kaminska, la grande comédienne yiddish de la Pologne d’avant-guerre. Ida Kaminska quitte la Pologne en 1968. Après son départ, le théâtre est dirigé par Szymon Szurmiej. Le théâtre existe toujours, alternant des productions en yiddish et en polonais. Les affiches présentées couvrent une période allant de 1980 à nos jours. Elles proviennent des collections de la Maison de la culture yiddish ; certaines d’entre elles ont été offertes en 2013 par Alik et Charlotte Messer. L’exposition est complétée par des photographies et des programmes du théâtre yiddish d’État de Varsovie, provenant du fonds d’archives de la Maison de la culture yiddish ».



Les Rencontres Interculturelles de Bréau (Yiddish & Cie en Cévennes) se déroulent du 7 au 14 juillet 2018.


Jusqu'au 15 octobre 2014
A La Maison de la culture yiddish
29, rue du Château-d'eau. 75010 Paris
Tél. : +33(0)1 47 00 14 00
Cet article avait été publié en 2004 par Guysen. Cet article a été publié le 14 octobre 2014.

vendredi 13 juillet 2018

« Signes de la collaboration et de la résistance » par Michel Wlassikoff et Philippe Delangle

Avec didactisme, ce catalogue d’une exposition itinérante présentée en 2003 au Musée de la Résistance Nationale étudie une époque tragique (1940-1944) au travers d’un prisme original : le graphisme et la communication visuelle. Des enjeux idéologiques. Le 15 juillet 2018, le Centre d'histoire de la résistance et de la déportation à Lyon organise un parcours sur "les Juifs en France et à Lyon durant la Deuxième Guerre mondiale".

Conçue par l’Ecole supérieure des arts Décoratifs de Strasbourg dirigée par Jean-Pierre Greff et la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives, l’exposition itinérante  Signes de la collaboration et de la résistance a été inaugurée à Strasbourg en 2000.

Elle est le fruit d’un travail de deux ans d’étudiants et d’enseignants en communication graphique et en scénographie.

Le catalogue de l’exposition montre des documents souvent inédits sur la manière dont les régimes nazi et de Vichy ont instrumentalisé les signes - emblèmes maréchalistes, calligraphie gothique, etc. - notamment dans le cadre de leurs politiques d’aryanisation, d’exclusion, de culte de la personnalité, de contrôle de la population. Et ce d’abord « en Alsace-Moselle annexées de fait dès août 1940 », puis progressivement dans le reste de la France.

Cet ouvrage révèle aussi les réponses des Résistances, intérieure et extérieure.

Exemples de ces combats politiques, symboliques et graphiques : « la bataille des V » (V pour Victoire), l’exposition « Le Juif et la France » (1941), les étoiles jaunes de solidarité, et tant d’autres à découvrir dans ce livre passionnant.

Une « guérilla des signes »
« Très tôt en Allemagne, le régime national-socialiste a créé et mis en place un langage visuel qu'il a utilisé à l'envi tant dans la production d'affiches que dans l'utilisation de signes (d’emblèmes) destinés à exclure puis à éliminer des groupes entiers, notamment les Juifs. Le culte de la personnalité et l'organisation de manifestations et d'expositions mégalomaniaques en constituèrent les étendards. Par bien des aspects, le régime de Vichy a rapidement emboîté le pas - on pense notamment au culte du maréchal Pétain et aux expositions organisées à Paris contre les Juifs et les francs-maçons, véritables célébrations de la collaboration ».

En France, la « Résistance, pour répondre à la propagande et aux signes créés et diffusés par l’occupant, s'est employée à forger les siens en détournant ceux produits par les nazis ou Vichy. On assiste ainsi, à côté des combats armés, à une véritable lutte des signes dont le plus bel exemple est peut-être la « bataille des V ». Ce combat symbolique devient partie intégrante du conflit. Symboliques aussi sont les formes prises par la « politique visuelle » des nazis en Alsace-Moselle. Ces régions, annexées de fait par l'Allemagne, subissent l'emprise d'autres signes : alors que les caractères gothiques, considérés comme l'écriture par excellence de la « race des seigneurs » ne sont ni imposés ni utilisés en France occupée, ils le sont en Alsace-Moselle, sur les panneaux signalétiques ou les affiches... »

Pour « montrer l'ampleur et l'importance de ces combats graphiques et symboliques, les auteurs prennent le parti de confronter plus de 300 images de la collaboration et de la Résistance : affiches, journaux, plaques de rues, tracts, etc. Ils expliquent comment un simple trait, un ajout sur une affiche inversent la signification d'origine et envoient ainsi un message à ceux qui résistent. Cette démarche didactique fait de cet ouvrage un outil vivant et pédagogique, unique en son genre, original et passionnant ».

Le 15 juillet 2018, le Centre d'histoire de la résistance et de la déportation à Lyon organise un parcours sur "les Juifs en France et à Lyon durant la Deuxième Guerre mondiale".


Michel Wlassikoff et Philippe Delangle, « Signes de la collaboration et de la résistance  ». Préface Jean-Pierre Azéma. Ed. Autrement/édition Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg/Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (Ministère de la défense), 2002. 176 pages. ISBN : 978-2746702240

Cet article a été publié en une version plus concise par Actualité juive. Les citations proviennent du communiqué de presse. Il a été publié sur ce blog le 7 novembre 2014.

Le sultanat d'Oman


Arte diffusera le 13 juillet 2018 à 7 h 15, dans le cadre de "360° Géo" (360° Geo Reportage), "Oman, les roses du désert" (Oman - Die Rosen der Wüste) par Tilo Hoffmann. 
   
« Oman, au pays des contes »
Arte diffusa dans le cadre de la série documentaire « Mystérieuse Arabie » (Unbekanntes Arabien). « Oman, au pays des contes » (Es war einmal ... Das Märchenland Oman) réalisé par Nadja Frenz. 

De belles images lénifiantes sur un sultanat situé au sud de la péninsule arabique et à l'économie dépendante du pétrole et du tourisme.

« Avec une superficie équivalente à la moitié de la France pour seulement 4 millions d’habitants, le sultanat d’Oman reste largement méconnu ». 

« Le sultanat d’Oman accueille de plus en plus de touristes occidentaux. Vastes déserts aux verdoyantes oasis, majestueuses montagnes et plages de rêve attirent ainsi toutes sortes de voyageurs pour des randonnées, du farniente ou de la voile – un sport dont raffolent les Omanais ».

« Le périple débute dans les magnifiques fjords de la péninsule de Musandam, où le relief escarpé des monts Hajar côtoie des eaux turquoise ».

« Plus au sud, à Mussanah, se trouve la plus grande école de voile du pays, où Ibtisam s’entraîne pour les Jeux olympiques ». 

« Après un passage par la capitale, Mascate, l’épisode s’achève dans la partie méridionale du sultanat, où les Bédouins s’adaptent peu à peu à la modernité ».

Spécificités
"L'islam est constitué de trois branches principales : les sunnites (environ 90% des musulmans), les chiites (environ 9%) et les ibadites (environ 0,2%). Oman est le seul pays au monde composé d'une majorité ibadite. Comme il s'agit d'une infime minorité au sein du monde musulman, les dirigeants d'Oman se sont depuis toujours tenus à l'écart des grandes questions qui agitent le Moyen-Orient. Alors qu'une partie du pays est constituée d'une zone désertique et montagneuse isolée, l'autre est ouverte sur les mers particulièrement vers l'Inde et l'Afrique de l'Est. Pendant deux siècles, l'Empire omanais a concurrencé les Européens pour le contrôle de l'Océan Indien. Oman a en effet dirigé l'île africaine de Zanzibar jusqu'en 1964 et a été de la sorte le seul État non-européen à avoir contrôlé un territoire africain", a écrit Daniel Pipes, islamologue et géopoliticien, le 25 avril 2017.


Et Daniel Pipes de poursuivre : "Ce cas unique d'isolement par rapport aux problèmes du Moyen-Orient comme le conflit israélo-arabe ou l'expansionnisme iranien, est toujours d'actualité. Aujourd'hui, alors que la guerre civile fait rage au Yémen voisin et que l'Iran s'agite juste en face de la péninsule omanaise de Musandam qui fait saillie dans la zone ultra-stratégique du détroit d'Ormuz, Oman est une oasis de tranquillité. Jusqu'à présent, le djihadisme y est inexistant : le pays n'a subi aucun acte de violence et aucun Omanais n'a rejoint l'EI. Environ un million de barils de pétrole par jour permet de soutenir l'économie sans la dominer. Les deux millions et demi d'Omanais emploient environ deux millions d'expatriés, principalement de l'Asie du Sud... La révolte arabe qui a débuté en 2011 a touché Oman mais, comme ce fut le cas dans la plupart des monarchies, la révolte a été gérée facilement au moyen de quelques dépenses supplémentaires".

Le 7 novembre 2007, l’Université de Leyde (Pays-Bas) annonçait qu’elle avait désigné comme titulaire de sa chaire d’islamologie (Sultan Chair for Oriental Studies) concernant l’Etude de l’islam dans le monde occidental (Study of Islam in the Western World), bénéficiant de 2 500 000 € provenant du Sultanat d’Oman, Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères musulmans et prédicateur controversé. Ce qui a suscité une controverse. Tariq Ramadan a finalement décliné l'offre en alléguant des raisons personnelles : "une situation de famille, d’autres projets académiques importants et d’autres propositions aussi sérieuses".


Arte diffusera le 13 juillet 2018 à 7 h 15, dans le cadre de "360° Géo" (360° Geo Reportage), "Oman, les roses du désert" (Oman - Die Rosen der Wüste) par Tilo Hoffmann. "Dans le désert du sultanat d'Oman, il pleut rarement et il n'existe aucun fleuve ou lac naturel".

"Pourtant, les habitants ont réussi à faire fleurir les étendues arides et à faire pousser le rosier des champs, une fleur d'un rose lumineux. Ce miracle serait impossible sans l'aflaj, un gigantesque réseau de rigoles, d'écluses et de cours d'eau vieux de 1 500 ans. C'est le wakil qui veille à l'entretien du système d'irrigation – un privilège qui se transmet de père en fils. De ces "gardiens de l'eau" dépend la survie des villages de montagne du sultanat. 360°-Géo a rendu visite au wakil Suleyman Al Riyami dans son fief."

Cette rose délicatement parfumée et ce réseau d'irrigation constituent des atouts promus par le ministère et l'Office du tourisme du sultanat qui a favorisé la création de palaces. 

"Au printemps, la floraison des milliers de rosiers du Jabal Al Akhdar se traduit pour le voyageur par un spectacle enchanteur tandis que la distillation de la précieuse eau de rose bat son plein dans les villages perchés de la montagne. L'ouverture d'un éco-resort de luxe renouvelle l'escapade dans cette région très authentique. Le Jabal Al Akhdar, montagne verte en arabe, est l'une des régions les plus spectaculaires du Sultanat d'Oman et le plateau de Sayq, à 2000 mètres d'altitude, en est son cœur battant. On l'atteint par une route vertigineuse, réservée aux véhicules 4x4 tant le dénivelé est important : à peine deux heures de l'aéroport de Mascate et le dépaysement est absolu. Il ne pleut quasiment jamais ici et pourtant, au fur et à mesure que l'on grimpe, les flancs rocailleux du massif cèdent la place à des cultures en terrasse sur lesquelles veillent des petits villages traditionnels. Un miracle dû à un ingénieux système d'irrigation baptisé « falaj », « aflaj » au pluriel ; aujourd'hui classé au patrimoine mondial de l'Unesco, ce réseau ancestral de rigoles et d'écluses achemine l'eau des sources jusqu'aux zones agricoles. C'est lui qui permet aux arbres fruitiers et aux buissons de roses de Damas de prospérer sur ces terres arides, conférant au paysage un petit air de jardin d'Eden. Au printemps, un parfum délicat flotte dans l'atmosphère … Le temps de la floraison des rosiers, le trésor du Jabal Al Akhdar, est une saison enchantée."

"Probablement apportées à Oman par les Perses au XVIIe siècle, les roses sont cultivées par les villageois de génération en génération pour fabriquer l'un des produits les plus typiques du Sultanat, « l'attar », ou eau de rose, aux multiples vertus. C'est une ressource providentielle pour cette contrée isolée : la demande de la part des Emirats Arabes Unis et de l'Arabie saoudite est si importante qu'elle dépasse l'offre, assurant la prospérité de la région. Avril et mai sont donc deux mois d'activité intense dans la montagne. Cueillies de bon matin, les roses sont aussitôt traitées dans des distilleries artisanales. Le processus de transformation est rudimentaire mais c'est ainsi, assurent les producteurs, que les arômes révèlent toute leur subtilité. Inutile de vanter les avantages de techniques plus modernes à ces montagnards de pure souche, le Jabal Al Akhdar est un pays de traditions ! Avec le sourire, le visiteur de passage est invité à assister au rituel : les pétales recueillis dans un pot en argile empli d'eau sont mis à chauffer dans un four en brique, formant peu à peu une vapeur odorante soigneusement récupérée. Après refroidissement et filtrage, le liquide doit encore décanter plusieurs semaines. "L'essence de rose fait partie intégrante de la culture omanaise. Elle parfume les maisons, est versée sur les mains des invités à la fin des repas, entre dans la composition du fameux « halwa », le dessert national proche du nougat, aromatise le café, la limonade et certains plats de riz « biryani ». Les Omanais assurent aussi qu'elle est excellente pour le cœur et calme les migraines. Elle entre enfin dans la composition de nombreux produits cosmétiques et figure parmi les soins les plus prisés des spas locaux. Pour le voyageur, la découverte de la région de production du précieux nectar reste une expérience extraordinaire. Simple balade dans des jardins suspendus délicieusement odorants ou participation à la cueillette et à la distillation, l'escapade est formidable."


"Oman, les roses du désert" par Tilo Hoffmann 
France, Allemagne, 2007
Sur Arte le le 13 juillet 2018 à 7 h 15

« Oman, au pays des contes » par Nadja Frenz
Allemagne, 2017, 45 min
Sur Arte le 14 février 2018 à 19 h

Visuels :
La péninsule de Musandam sépare le golfe Persique du golfe Omanais.
Construite au XVIIe siècle, la forteresse Hisn Tamah dans l'oasis de Bahla était autrefois d'une grande importance stratégique en raison de son emplacement.
La mosquée du Grand Sultan Kabus, située dans la capitale omanaise Muscat, offre de l'espace à 20 000 croyants.
 L'Oman se considère comme une nation de marins et s'enorgueillit d'être la patrie de Sindbad.
L'athlète omanais Ibtisam al-Salmi, 26 ans, qui a remporté un succès international à la voile.
© Bea Müller

A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 13 février 2018.

jeudi 12 juillet 2018

« KaDeWe, Berlin » par Elke Werry


Arte rediffusera le 14 juillet 2018 à 6 h 15, dans la série « Les grands magasins, ces temples du rêve » (Die großen Traumkaufhäuser), « KaDeWe, Berlin », documentaire par Elke Werry. Fondé par Abraham Adolf Jandorf, commerçant juif allemand, en 1907, le KaDeWe  (Kaufhaus Des Westen ou « Grand magasin de l'Ouest ») est acheté en 1927 par Warenhaus Hermann Tietz AG, groupe appartenant à une famille juive allemande qui l’agrandit. KaDeWe est aryanisé par les Nazis, détruit par un bombardement pendant la Deuxième Guerre mondiale. Reconstruit, il ré-ouvre ses portes en 1950 et devient la vitrine consumériste emblématique de la République fédérale d’Allemagne (RFA). Institution berlinoise attractive pour les touristes, célèbre pour son exquise offre gastronomique raffinée - 35 000 produits - et ses articles de luxe, le KaDeWe s'est imposé comme l’un des deux plus grands magasins européens.

« Au bonheur des dames. L'invention du grand magasin », par Sally Aitken et Christine Le Goff 
« Les Galeries Lafayette, Paris », par Elke Werry
« KaDeWe, Berlin  » par Elke Werry
« Macy's, New York » documentaire par Janos Kereszti

Réalisatrice de la série documentaire « Bazars d’Orient » présentant notamment « Bazar d’Orient. Jérusalem » (Basare Der Welt), Elke Werry s’intéresse aux grands magasins apparus en Europe dans la deuxième moitié du XIXe siècle.


Curieusement, la chaîne franco-allemande publique Arte présente les deux volets de la série documentaire « Les grands magasins, ces temples du rêve » d’Elke Werry sans mentionner la judéité de leurs fondateurs !?

Or, à Berlin, au début du XXe siècle, les trois plus grands magasins sont détenus par des Juifs allemands : Wertheim fondé par Georg Wertheim, Hermann Tietz et KaDeWe (Kaufhaus Des Westen ou « Grand magasin de l'Ouest »).

Concept novateur
En 1898, fils d'un marchand de bestiaux, Abraham Adolf Jandorf, commerçant juif allemand, ouvre son premier magasin berlinois dénommé Spittel Mkt. Son rêve : devenir conseiller commercial de Prusse. Il aspire à la reconnaissance sociale. Il essaime ses magasins à Berlin où travaillent 3 000 employés. Avec son épouse et son fils, il vit dans un appartement de 19 pièces dans un quartier huppé de Berlin. Il théâtralise la marchandise : grands halls en marbre, étals attractifs pour toutes les classes sociales, etc.

En 1905, Abraham Adolf Jandorf commande à l’architecte Johann Emil Schaudt la construction à Berlin d’un immeuble pour y développer son concept de grand magasin destiné à la bourgeoisie. Fort de 800 000 habitants, Berlin est alors la capitale du royaume de Prusse, une ville en plein essor, emplie d'usines polluantes. Les ruraux qui affluent dans cette ville deviennent prolétaires et consommateurs. La façade est en calcaire coquillé au style sobre.

Abraham Adolf Jandorf  choisit avec soin son emplacement : rue Kürfürstendamm, sur la Wittemberg Platz, dans le quartier commerçant de Schöneberg, près de la gare Zoologischer Garten. Un lieu bien desservi dans la partie ouest la plus chic. La cible ? Une "clientèle mondaine et fortunée". Parmi la clientèle : le roi de Siam.

Ouvert en 1907, le KaDeWe (Kaufhaus des Westens, en français « Grand magasin de l'Ouest ») s’étend alors sur 24 000 m² près du quartier bourgeois Tiergarten Schaudt. Il est le plus grand magasin d’Allemagne avec ses 60 000 m². plus de 5 000 lampes à incandescence, un réseau pour le transfert de la monnaie, un personnel qualifié... Jandorf s'inspire du commerce britannique.

Au début du XXe siècle, 80% des commerces sont détenus par des Juifs. Au grand dam des petits commerçants. Ce qui alimente l'antisémitisme. Pour l'éviter, certains commerçants allemands juifs se convertissent.

L’idée originale ? Offrir aux clients des articles du monde entier, de la dernière mode parisienne aux fruits exotiques tropicaux, ainsi qu’un salon de thé pour une clientèle féminine bourgeoise.

En 1918, la "révolte populaire gronde à Berlin. L'empereur fuit". La république socialiste est proclamée. Brièvement.

Quatre millions d'habitants vivent à Berlin dans les années 1920, durant les Années Folles. Les quartiers ouest deviennent le nouveau centre de divertissements de Berlin. C'est l'âge d'or pour le commerce de luxe.

La concurrence commerciale s'intensifie : la Semaine du Blanc est créée. En 1927, KaDeWe dispose de 18 000 employés. Warenhaus Hermann Tietz AG, société portant le nom de son fondateur et pionnier dans l’introduction du concept de grand magasin en Allemagne, le rachète, le modernise, en augmente la superficie et l’inclut dans le groupe Hertie. Famille juive commerçante depuis 1882, Tietz avait introduit un concept américain : vente à prix fixes, chiffre d’affaires élevé.

Après et malgré la crise économique de 1929, le groupe Hertie projette de surélever KaDeWe de deux niveaux supplémentaires.

Mais l’arrivée au pouvoir des Nazis en 1933 bouleverse ses plans. Effet du boycott antijuif : les banques refusent d’accorder à un groupe juif le prêt indispensable au financement de travaux. 

Le groupe Hertie est aryanisé. Pour diriger KaDeWe, les Nazis choisissent Georg Karg. Le Ministère du Commerce du III Reich lui alloue un prêt de 11 millions de marks. Spoliée, la famille Tietz fuit l’Allemagne nazie.

« Largement détruit par un incendie en 1943 » causé par le crash d’un avion bombardier américain, KaDeWe est reconstruit après la Deuxième Guerre mondiale.

Les héritiers de la famille Tietz obtiennent en 1949 la reconnaissance de leurs droits.

En 1950, KaDeWe réouvre sur deux niveaux, et accueille chaque jour 180 000 visiteurs. 

Sa reconstruction sur sept étages prend fin en 1956.

Pendant la guerre froide, KaDeWe devient l’emblème de la prospérité de la République fédérale d’Allemagne (RFA), la vitrine de la société de consommation, le symbole de l’opulence occidentale lors du Wirtschaftswunder (miracle économique). 

En 1961, après l’édification du Mur de Berlin, KaDeWe est uniquement fréquenté par les Berlinois de l’Ouest.

De 1976 à 1978, il accroît sa superficie de 24 000 m² à 44 m².

En novembre 1989, après la chute du Mur de Berlin, les Berlinois de l’Est se ruent dans ce grand magasin devenu quasi-mythique, symbole de l’abondance capitaliste.

En 1996, des travaux sont menés à KaDeWe pour y créer un étage supplémentaire, l’agrémenter d’un jardin d’hiver et d’un restaurant. La superficie atteint alors 60 000 m².

Pour le centenaire de l’enseigne, des travaux de rénovation sont effectués à presque tous les niveaux.

Chaque jour, jusqu’à 180 000 clients sont accueillis à KaDeWe par environ 2000 employés dans les sept niveaux emplis de 380 000 articles disponibles. Au 6e étage : la Feinschmeckerabteilung, département gastronomique pour les gourmets curieux de world food (cuisine du monde).

Après Harrods à Londres, KaDeWe s’est transformé en plus vaste magasin en Europe. Il est détenu par le Central Group, un conglomérat basé en Thaïlande.

C’est l’un des trois monuments, avec le bâtiment du Reichstag et la Porte de Brandebourg, les plus visités par les touristes.

Comme les grands magasins parisiens, la direction de KaDeWe a accentué l’offre d’articles de luxe, de la gastronomie à la joaillerie, via le prêt-à-porter, les jouets et les arts de la table.

L'année est ponctuée d’événements. Ainsi, un célèbre photographe portraiture de jeunes clientes. Ses photographies ornent les vitrines du bâtiment.

Pour contrer Internet, KaDeWe se mue en lieu de rencontres.

Presque tous ses employés sont issus de l'immigration.

Le cabinet d'architectes OMA a été chargé de restructurer le magasin.  L'idée est de distinguer quatre espaces, avec une entrée spécifique, et aux caractéristiques particulières. L'espace commun se trouvera dans le lieu mansardé.

Israël
En novembre 2015, après l’injonction de l’Union européenne ayant interdit l’étiquette « Made in Israël » aux articles produits en Judée, en Samarie, de la partie de Jérusalem libérée en 1967 et dans les hauteurs du Golan, KaDeWe avait retiré de ses rayons les articles, notamment des bouteilles de vin, provenant de Judée et de Samarie. Devant l’indignation suscitée par ce boycott, exprimée par le gouvernement israélien et dans les médiaux sociaux, l’enseigne avait présenté des excuses pour « avoir agi trop rapidement et de manière insensible » et expliqué qu’il allait remettre en vente ces produits dans son magasin, après avoir procédé à l’étiquetage conforme à la décision de l’UE. Autre enseigne berlinoise, GALERIA Kaufhof n’avait pas procédé à cet étiquetage.

Grâce à des images d’archives, le documentaire « KaDeWe, Berlin » « retrace l’histoire mouvementée de ce temple du luxe, devenu une véritable institution berlinoise ».


« KaDeWe, Berlin », par Elke Werry
52 min
Sur Arte les 19 février 2017 à 17 h 25, 18 juin 2017 à 18 h 0514 juillet 2018 à 6 h 15

Visuels :
En 1907 a ouvert à Berlin le KaDeWe. C'est encore le plus célèbre grand magasin de l'Allemagne. Ceux qui recherchent le luxe, le trouveront ici
Das KaDeWe a ouvert en 1907 à Berlin
KaDeWe, Berlin, 1907
Intérieur du KaDeWe, 1928
Vue de la façade du KaDeWe, 1931
Vue de la façade actuelle du KaDeWe, rue Passauer
Le KaDeWe est l'un des plus grands centres commerciaux d'Allemagne. Il est également un endroit avec une histoire unique
© Telecult

Articles sur ce blog concernant :
Les  citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 16 février 2017, puis le 18 juin 2017.