mercredi 29 mars 2017

« Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano


« Le nom des 86 » est un documentaire de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano. En 1943, « 86 Juifs sélectionnés au camp d'Auschwitz sont déportés à l'été 1943 au camp de Natzweiler-Struthof où une chambre à gaz a été spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes Juifs, pour garder trace de cette « race ». Une enquête pour retrouver les identités de ces victimes des Nazis lors de la Shoah. Le 29 mars 2017, à 18 h, à l’auditorium de la Bibliothèque Municipale de Mériadeck, le Centre culturel Yavné Bordeaux proposera la projection-rencontre autour du documentaire « Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano. 



 A l'été 1943, 86 Juifs du camp d'Auschwitz (Pologne) sont déportés au camp de Natzweiler-Struthof, en Alsace, aujourd'hui en France, où une chambre à gaz a été aménagée pour les assassiner.

Directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, August Hirt veut créer une collection de squelettes Juifs, pour conserver une trace de cette « race » qui «incarne une sous-humanité repoussante, mais caractéristique» selon » ses mots.

« Comment ce sinistre projet a-t-il vu le jour? Que sont devenus les 86 Juifs gazés pour cette collection anatomique ? »

Sur « les lieux du crime, experts, témoins et acteurs de la mémoire font le récit d'un des plus tragiques épisodes de la Seconde Guerre mondiale, emblématique de la Shoah et des dérives de la science sous le nazisme, tout en questionnant la difficile mémoire du crime et ses implications éthiques. Mais cette histoire, c'est aussi et surtout la quête, le combat inlassable du journaliste et historien allemand Hans-Joachim Lang « pour redonner une identité à ces hommes et femmes réduits à une liste de matricules ».

La quête des noms
Le 1er décembre 1944, une semaine après la libération de Strasbourg en Alsace, le commandant Raphel recherche des documents dans l’Hôpital civil.

Dans les sous-sols de l’Institut d’anatomie, il « découvre les restes de cadavres entassés et dépecés ». Ainsi débute l’Affaire Hirt.

Lors de l’enquête suivant cette macabre découvert, des collaborateurs du professeur August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de l’Université nazie de Strasbourg (Reichsuniversität Strassburg), et des archives révèlent que Hirt « avait fait gazer, à l’été 1943, 86 Juifs au camp de Natzweiler-Struthof dans le but de constituer une collection anatomique raciale ».

Célèbre anatomiste et fervent nazi, August Hirt dirigeait l’Institut d’anatomie de l’Université nazie de Strasbourg depuis novembre 1941. Il était devenu rapidement membre de l’Ahnenerbe, société scientifique nazie dirigée par Heinrich Himmler et Wolfram Sievers.

En février 1942, Hirt proposa à ses supérieurs de l’Ahnenerbe la constitution d’une collection de crânes de «commissaires judéo-bolchéviques qui incarnent une sous-humanité répugnante mais caractéristique ».

Son « projet fut particulièrement bien reçu et encouragé. Hirt s’associa à l’anthropologue Bruno Beger dans cette mission ».

A Auschwitz, au printemps 1943, Beger y sélectionna sur des critères physiques des Juifs pour constituer cette collection anatomique Juive.

Après avoir été choisis et mis en quarantaine, 29 Juives et 57 Juifs « furent envoyés par train au camp de Natzweiler où une chambre à gaz rudimentaire avait été aménagée dans le but de les tuer ».

Après le gazage, les cadavres des 86 Juifs furent amenées discrètement à l’Institut d’anatomie de Strasbourg. Là, faute d’instruments idoines pour « les transformer en squelettes », ils furent abandonnés.

A l’approche des Alliés de Strasbourg en septembre 1944, Hirt, effrayé, donna l’ordre à ses assistants de « découper les corps et de faire disparaître toute trace criminelle, ce qui fut partiellement fait ».

Secrètement, un de ses assistants, Henri Henrypierre, a écrit tous les 86 matricules.

Hirt a pris la fuite.
A la Libération, Henrypierre confie « cette liste aux autorités judiciaires ».

Après la découverte des cadavres par les Français, une autopsie des cadavres fut pratiquée et des documents furent analysés.


Les méfaits de Hirt ont été commentés lors du Procès des médecins à Nuremberg. Mais, ils ont curieusement été peu évoqués au Procès des médecins du Struthof, en décembre 1952 à Metz.

Ses actes barbares sont tombés dans l’oubli, jusqu’en 1970-1971, date du procès à Francfort de Bruno Beger, l’anthropologue ayant, à Auschwitz, sélectionné ces 86 Juifs. Beger a été condamné à trois ans de prison. L’instruction judiciaire avait permis de découvrir que Hirt s’était suicidé en 1945.

En France, ce procès n’attira qu’un faible intérêt.

En 1978, les déclarations du négationniste Robert Faurisson ramènent au premier plan « la réalité de la chambre à gaz du Struthof ».

Serge Klarsfeld demanda à Jean-Claude Pressac, pharmacien devenu historien des chambres à gaz et crématoires dans les camps nazis, une « étude du gazage de 87 Juifs au camp du Struthof » publiée en 1985 (The Struthof Album). Il « y détailla le processus de gazage et publia des documents accablants tirés du Procès Beger ». Il révélé aussi « l’identité d’une des victimes de Hirt : Menachem Taffel, Juif berlinois, déporté en mars 1943 avec sa femme Klara et leur fille de 14 ans, Esther (toutes deux gazées à Auschwitz) ».

Des publications ont apporté leur contribution à l’écriture de cette page tragique.

Dans les années 1990, deux psychiatres ont créé le Cercle Menachem Taffel à la mémoire des victimes.

En septembre 2003, un historien et journaliste allemand Hans-Joachim Lang révéla, lors d’un colloque à Strasbourg, le nom des 86 Juifs déportés d’Auschwitz pour être gazés par Hirt. 

Publié en août 2004, son livre Die Namen der Nummern, Wie es gelang, die 86 Opfer eines NS-Verbrechens zu identifiziere a reçu le Prix de la Fondation Auschwitz. L'auteur y écrit : "Ce livre parle de la façon dont les numéros du camp de concentration se sont de nouveau transformés en noms. Un monde invisible durant de nombreuses décennies surgit de l'obscurité. Trait pour trait, les personnes sortent de l'anonymat, des hommes et des femmes vous mènent aux endroits où ils ont vécu et qui, nulle part en Europe, n'étaient à l'abri des nazis, que ce fût à Larvik en Norvège, à Théssalonique en Grèce, à Sittard aux Pays-Bas ou à Szereszow en Pologne… Ces gens assassinés continuent à vivre dans le souvenir de ceux qui les ont connus".

Le 27 janvier 2014, a eu lieu la cérémonie au cimetière juif de Cronenbourg en mémoire des 86 Juifs gazés au KL-Natzweiler.

Après un long combat du Cercle Menachem Taffel, le 11 décembre 2005, en présence de familles de victimes, une plaque a été dévoilée devant l’Institut d’anatomie », et un Mémorial sur lequel sont inscrits les noms des victimes Juives a été inauguré au cimetière israélite de Strasbourg-Cronenbourg.

Documentaristes
C’est ce pan méconnu de l’histoire de la Shoah en France que relate ce documentaire « Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano diffusé par Alsace 20.

Consultant audiovisuel spécialisé dans les nouvelles technologies télévisuelles et producteur, Emmanuel Heyd a travaillé comme journaliste pour ARTE et ZDF. En 1996, il initie ses recherches sur le passé de l’Institut d’anatomie de la Faculté de médecine de Strasbourg.

Médecin à Strasbourg, Raphael Toledano se spécialise depuis 2003 dans « l’étude historique des expériences médicales nazies menées pendant la Seconde guerre mondiale en Alsace. En 2004, « le professeur Christian Bonah, qui dirigeait le département d’histoire de la Faculté de médecine de Strasbourg », lui « proposa d’en faire son sujet de thèse. Bénéficiant de dérogations d’accès exceptionnelles du fait de mon statut de doctorant », il a eu accès à de nombreuses archives en France et à l’étranger, dont certaines totalement inédites. A l’occasion de la soutenance de sa thèse en décembre 2010, il s’est rendu compte de l’importance de ce thème dans l’histoire de la Faculté de médecine de Strasbourg. En décembre 2010, il « a soutenu à Strasbourg sa thèse de doctorat en médecine sur les expérimentations menées au Camp de Natzweiler-Struthof par le virologiste Eugen Haagen » : il y révélait « pour la première fois le nom des 189 Roms victimes de ces expériences ». Il a été distingué par de nombreux prix, notamment le Prix International de la Fondation Auschwitz 2010-2011. Membre du Conseil scientifique du Centre européen du résistant-déporté (Musée du Struthof) depuis 2012, il se consacre à l’étude de « l’élaboration d’un projet d’exposition au Struthof et prépare un ouvrage consacré aux expériences nazies menées au Struthof ».

Pour relater cette histoire, tragique chapitre de la Shoah, les documentaristes ont recueilli les interviews d’experts : historiens (Robert Steegmann, Serge Klarsfeld), spécialistes de la médecine sous le nazisme (Paul J. Weindling, Yves Ternon), anthropologue (Edouard Conte), anatomiste (Jean-Marie Le Minor), historien de la médecine (Christian Bonah), spécialiste des politiques mémorielles (Serge Barcellini), psychiatre (Georges Y. Federmann).

Ils ont joint des documents « inédits - à l’instar du projet original de Hirt ou de la liste des 86 matricules recueillis en cachette par Henri Henrypierre, l’assistant de Hirt ».

S’ajoute la « voix, rare et précieuse, des témoins : « Pierre Karli, un ancien élève de Hirt, la Doyenne du Block 10 qui s’est occupée des femmes sélectionnées par Beger, le fermier du Struthof, Ernest Idoux qui, de sa fenêtre, a assisté au gazage des premières femmes et l’assistant d’anatomie Henri Henrypierre sans qui les 86 noms n’auraient jamais été retrouvés », indique Raphael Toledano.

Le film révèle le sort de la 30e femme sélectionnée par Bruno Beger et son identité, grâce à un témoignage inédit.

Il souligne la quête pendant des dizaines d’années, de Hans-Joachim Lang , journaliste et historien allemand, pour redonner leur nom à toutes les victimes. « Inlassablement, il chercha la liste d’Henrypierre, puis tenta de retrouver le nom qui se cachait derrière chaque numéro, à en retracer l’histoire, à en contacter les proches survivants ».

Le nom des 86 est « le récit de ces deux destins que tout oppose : celui d’un médecin nazi qui réduit des êtres humains (au motif qu’ils sont Juifs) à l’état de squelettes dont il ne reste finalement que des numéros matricules, et celui d’un journaliste allemand qui parcourt le chemin inverse, redonnant une identité perdue à de simples numéros ».

Tournage
« J’ai été sensibilisé aux agissements d’August Hirt en 1997 par mon père, médecin installé à Strasbourg. Je rencontrai alors Jacques Heran, un professeur de médecine qui enseignait l’histoire des expérimentations nazies aux étudiants de première année. Il me remit des copies de certaines archives de la Faculté de médecine de Strasbourg relatives à August Hirt, des lettres de Hirt et des photos de femmes retrouvées dans les papiers de Hirt, et me donna sa version des faits », a déclaré Raphael Toledano.

Et d’ajouter : « Étudiant en médecine quelques mois plus tard, je fréquentais désormais l’Institut d’anatomie de Strasbourg où une rumeur persistante prétendait que les bocaux étudiés contenaient les restes des malheureuses victimes de l’anatomiste nazi. Je fus frappé par l’attitude de certaines autorités universitaires médicales et par le refus de certains professeurs d’apposer une plaque devant les lieux du crime ou de continuer à enseigner cette histoire aux jeunes étudiants en médecine après la mort de Jacques Heran. De là, naquit un désir, comme une évidence, celui de rechercher par tous moyens à poursuivre les travaux de celui qui avait été mon maître et surtout celui de transmettre le récit de ces crimes commis par des médecins à mes futurs confrères. Emmanuel Heyd et moi nous sommes rencontrés à l’occasion du colloque de 2003 au cours duquel un journaliste allemand, Hans-Joachim Lang, exposa pour la première fois l’identité des 86 victimes juives de Hirt ».

Après avoir longtemps refusé l’autorisation pour leur tournage, la Faculté de médecine de Strasbourg et de l’Institut d’anatomie acceptent finalement de mettre un terme à leurs opacité, silence. « Néanmoins, le sujet reste sensible. La peur de l’amalgame et d’une incompréhension de cette histoire reste tenace. Il faut sans cesse souligner que l’on parle de la Reichsuniversität Strassburg, et non pas de l’Université française de Strasbourg, alors réfugiée à Clermont-Ferrand », précise Emmanuel Heyd.

« Nous avons tous été marqués par les trois jours passés à Auschwitz en compagnie d’Hans-Joachim Lang qui a accepté d’y revenir pour nous raconter le fil de ses recherches. Je garde intact le souvenir de cet homme extrêmement humble, au milieu du sinistre Block 10 [du Stammlager d’Auschwitz, où les femmes ont été sélectionnées pour le projet de Hirt], racontant comment il a contacté les premières familles de victimes après avoir retrouvé leurs noms. Il se pose la question du sens de sa démarche, de l’éthique : ne risque-t-il pas d’engendrer du malheur à venir fouiller le passé ? Ne va-t-il pas rouvrir de vieilles blessures ? Et il a cette réponse magnifique d’une famille : « Vous ne rouvrez pas nos plaies, elles ne se sont jamais refermées » », se souvient Raphael Toledano.

Le 19 mai 2015,  à 19 h, l'université de Strasbourg (Unistra) a accueilli la projection-débat, en présence des réalisateurs, Emmanuel Heyd, et Raphaël Toledano, et du Pr Christian Bonah (Département d’histoire de la vie et de la santé), de ce documentaire : "En 1943 à Auschwitz, 86 Juifs sont sélectionnés et déportés au camp de Natzweiler-Struthof en Alsace où une chambre à gaz a été aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs pour garder trace de cette "race qui incarne une sous-humanité repoussante". Ce film retrace cette histoire et relate l’inlassable quête pour retrouver le nom des 86 victimes".

Polémique
En janvier 2015, dans son livre Hippocrate aux enfers sur les médecins des camps nazis de concentration et d'extermination, Michel Cymes, médecin et chroniqueur médical, a évoqué des restes, notamment des "coupes anatomiques des 86 victimes" Juives encore gardés par l’Institut de médecine légale de Strasbourg. Il se fondait sur les déclarations du psychiatre Georges Federmann, président du cercle Menachem Taffel, qui milite pour la mémoire des quatre-vingt-six victimes juives déportées à Auschwitz, gazées au camp alsacien du Natzwiller-Struthof, et dont les corps furent transférés à l'Institut d'anatomie. Le docteur Federmann "aurait évoqué un creux axillaire, une main et la coupe transversale d'une tête conservés dans des bocaux. Mais le médecin, qui n'est pas cité directement dans le livre, estime avoir été « trahi » par l'auteur dans la retranscription de ses propos".

Une polémique a surgi.

Le 28 janvier 2015, l'université de Strasbourg "a réfuté ces accusations" : "Les corps ont quitté l'institut en septembre 1945". Après la découverte d'une partie de ces restes en décembre 1944, ceux-ci ont été « enterrés au cimetière juif de Cronenbourg, à l'endroit où fut apposée il y a quelques années la stèle qui porte le nom des quatre-vingt-six victimes. Depuis septembre 1945, il n'y a donc plus aucune de ces parties de corps à l'institut d'anatomie et à l'université de Strasbourg ». Affirmer qu'auraient subsisté des restes de victimes juives à l'université ou à l'Institut est « faux et archi-faux.  C'est faux depuis 1945 ! », a asséné Alain Beretz, président de l'université de Strasbourg. Et de qualifier « rumeurs » des faits « avancés sans preuve ». A la Libération, "après la découverte des restes de ces victimes, deux médecins légistes strasbourgeois, le professeur Fourcade et le docteur Simonin, ont fait une expertise médico-légale de ces pièces avant qu'elles soient enterrées".

Le 31 janvier 2015, Michel Cymes a fermement nié avoir allégué que cet Institut détenait encore des restes de ces victimes Juives : "Je me contente de reprendre le témoignage d'un médecin qui affirme avoir vu des bocaux renfermant des restes humains pouvant dater de la période nazie. Je relate ma visite de l'Institut grâce à l'accueil chaleureux de son patron, le professeur Kahn. Et je laisse la parole à ce même Pr Kahn qui m'affirme qu'il n'y a plus rien à l'Institut. Sans jamais mettre en doute, ni le témoignage du médecin, ni les propos du Pr Kahn.Car je suis intimement persuadé que si il y a eu, aujourd'hui, il n'y a plus rien à l'Institut d'Anatomie. Mon livre se veut une modeste participation à un devoir de mémoire qui me tient à coeur. Ce n'est pas le livre d'un universitaire, pas celui d'un historien, mais celui d'un médecin qui se demande comment, ceux qui exerçaient le même métier, ont pu basculer dans l'horreur".

Découverte de restes de victimes Juives
Le 18 juillet 2015, la ville de Strasbourg a révélé que, le 9 juillet 2015, Raphaël Toledano avait découvert à l’Institut de médecine légale de Strasbourg des restes de victimes de l’anatomiste nazi August Hirt, conservés dans un bocal et des éprouvettes", et dont diverses autorités universitaires niaient l’existence. Grâce à l'aide du  professeur Jean-Sébastien Raul, directeur de l’Institut de médecine légale de Strasbourg, il a pu identifier plusieurs pièces.

Un bocal contenait « des fragments de peau d’une victime de chambre à gaz ». Deux éprouvettes renfermaient « le contenu de l’intestin et de l’estomac d’une victime et un galet matricule utilisé lors de l’incinération des corps » au camp de concentration alsacien de Natzwiller-Struthof. Ces restes appartiennent à plusieurs des 86 victimes d’un projet de « collection de squelettes juifs » conçu par August Hirt. Les "préparations retrouvées" avaient été « constituées en vue de documenter les crimes commis au Struthof à la demande d’August Hirt ». « Les étiquettes identifient chaque pièce avec précision et font notamment état du matricule 107969, qui correspond au numéro qui fut tatoué au camp d’Auschwitz sur l’avant-bras de Menachem Taffel, une des 86 victimes (…), comme cela est confirmé par les archives du camp d’Auschwitz »,

Cette découverte a été fortuite. "En découvrant une lettre très précise d'un ancien professeur de médecine légale, l'historien Raphaël Toledano a voulu vérifier par lui-même : c'est ainsi qu'il est tombé "presque par hasard" sur des bocaux contenant des prélèvements réalisés sur les victimes juives dans les camps."Cela a été un choc de découvrir ces restes : comme tout le monde, je pensais qu'ils étaient enterrés depuis des années", a-t-il expliqué sur Europe 1 le 20 juillet 2015. Et d'expliquer : "L'accès à ce musée est difficile : il est fermé à clef. Ce n'est pas un endroit fréquenté assidûment". Il a soulevé "la question de la vérification des pièces" car si l'Institut d'anatomie avait été vérifié, "on n'avait pas pensé à vérifier ailleurs". Raphaël Toledano a exhorté à lancer des investigations, en estimant possibles d'"autres découvertes.

La municipalité strasbourgeoise songe à confier ces restes à la communauté Juive de Strasbourg, afin que celle-ci leur assure une inhumation conforme à la halakha (loi juive), au cimetière israélite de Cronenbourg à l'ouest de ville alsacienne.

La "majorité des restes, en grande partie découpés, avait été retrouvée par les Alliés peu après la libération de Strasbourg en 1944, et fut rapidement inhumée dans un cimetière juif".

Le 6 septembre 2015, dans le cadre de la cérémonie en hommage aux martyrs de la Déportation, ayant lieu le dernier dimanche avant Rosh HaChana (Nouvel An Juif), ont été inhumés au cimetière juif de Cronenbourg les trois récipients contenant les restes de ces trois victimes Juives découverts en juillet 2015. "Des lambeaux de peau lacérés par une « bastonnade brutale », les restes du dernier repas de Menachem Taffel avant la chambre à gaz – des épluchures de pomme de terre…"

Environ 300 personnes ont assisté à la cérémonie dirigée par René Gutman, grand rabbin de Strasbourg. Parmi elles : Raphaël Toledano, médecin et historien, le journaliste allemand Hans-Joachim Lang, "qui avait rendu leur identité aux 86 victimes en 2003, après 8 années de recherches", Michel Cymes, médecin, Alain Beretzn président de l’Université de Strasbourg.

« C'est un devoir religieux d'inhumer tout corps ou reste humain. Ne pas le faire est, dans la religion juive, une offense à Dieu. C'est aussi la manière la plus juste de répondre à la tentative des nazis de faire disparaître toute trace de la solution finale, mise à l'œuvre par Hirth. Au moment de l'avancée de l'armée française et des alliés, ils voulaient faire exploser le laboratoire et brûler les corps dans le four crématoire », a déclaré le grand rabbin de Strasbourg.

Une "stèle portant ces 86 noms a été posée au cimetière juif de Cronenbourg en 2005, 62 ans après la mort de ces 86 personnes, tuées par le médecin nazi August Hirt, qui voulait en faire une « collection de squelettes juifs ». C’est à côté de cette stèle que le cercueil contenant les fragments a été enterré ce dimanche matin. Les bocaux enterrés ce dimanche matin contiennent des prélèvements effectués par les médecins chargés en 1945 de l’expertise médico-légale sur les 86 victimes d’August Hirt, et de prouver son crime".

Le 26 janvier 2016, le cinéma Le Royal à Rothau présenta ce documentaire : "86 Juifs sélectionnés au camp d'Auschwitz sont déportés à l'été 1943 au camp de Natzweiler-Struthof où une chambre à gaz a été spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs. Comment ce sinistre projet a-t-il vu le jour ? Que sont devenus les 86 Juifs gazés pour cette collection anatomique ? Sur les lieux du crime, experts, témoins et acteurs de la mémoire font le récit d'un des plus tragiques épisodes de la Seconde Guerre mondiale, emblématique de la Shoah et des dérives de la science sous le nazisme, tout en questionnant la difficile mémoire du crime et ses implications éthiques. Mais cette histoire, c'est aussi le combat d'un journaliste allemand pour redonner une identité à ces hommes et femmes réduits à une liste de matricules. L'inlassable quête pour retrouver le nom des 86".

Le 26 février 2016, France 3 diffusa Au nom de la race et de la science Strasbourg 1941-1944, documentaire de Sonia Rolley, Axel Ramonet et Tancrède Ramonet : "En novembre 1944, les troupes alliées découvrent en franchissant les portes du sous-sol de l'Institut d'anatomie de l'Université de Strasbourg 86 corps mutilés. Ces corps sont ceux de déportés juifs, gazés au camp de Natzweiler-Struthof, en Alsace. Cette découverte lève le voile sur l'un des projets les plus méconnus du régime nazi : sous la direction d'Himmler en personne, une poignée de scientifiques reconnus, des aventuriers et des soldats fanatisés ont conjugué leurs efforts pour créer une collection de squelettes, dans le but de prouver l'existence des races et de conserver une trace du «spécimen» juif après son extermination. A l'aide d'images d'archives et de documents inédits, retour sur une terrible expérimentation".

Le 10 mai 2016 à 20 h, le Cinéma Aventure à Bruxelles (Belgique) a projeté Le nom des 86, de Emmanuel Heyd et Raphaël Toledano : "En 1943 à Auschwitz, 86 Juifs sont sélectionnés et déportés au camp de Natzweiler-Struthof en Alsace où une chambre à gaz a été aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs pour garder trace de cette "race qui incarne une sous-humanité repoussante".

Le 29 mars 2017, à 18 h, à l’auditorium de la Bibliothèque Municipale de Mériadeck, le Centre culturel Yavné Bordeaux proposera la projection-rencontre autour du documentaire « Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano. Cette projection-rencontre est réalisée grâce au soutien de l’AFMD 33 (représentation territoriale pour Fondation de la Mémoire de la Déportation) et aux partenariats avec la Bibliothèque de Bordeaux & le Goethe Institut.

La rencontre réunira "Frédérique Neau-Dufour, historienne et directrice du Centre Européen du Résistant Déporté (à Struthof, site de l’ancien camps de concentration de Natzweiler), en présence de Carole Lemée – anthropologue, enseignant-chercheur – et de Roland Boisseau – président de l’AFMD 33. les échanges seront animés par Stéphane Brunel (maître de conférences en productique, Président de la Ligue de L’Enseignement de la Gironde).

« 86 Juifs sélectionnés au camp d’Auschwitz sont déportés à l’été 1943 au camp de Natzweiler-Struthof où une chambre à gaz a été spécialement aménagée pour les tuer. August Hirt, directeur de l’Institut d’anatomie de Strasbourg, souhaite constituer une collection de squelettes juifs, pour garder trace de cette « race » qui « incarne une sous-humanité repoussante, mais caractéristique ». Comment ce sinistre projet a-t-il vu le jour? Que sont devenus les 86 Juifs gazés pour cette collection anatomique ? Sur les lieux du crime, experts, témoins et acteurs de la mémoire font le récit d’un des plus tragiques épisodes de la Seconde Guerre mondiale, emblématique de la Shoah et des dérives de la science sous le nazisme, tout en questionnant la difficile mémoire du crime et ses implications éthiques. »


« Le nom des 86 » de Emmanuel Heyd et Raphael Toledano
63 min
Dora films SAS, Alsace 20, Télébocal, Cinaps TV, avec la participation du Centre national du cinéma et de l'image animée, avec le soutien de la Communauté urbaine de Strasbourg, la Région Alsace en partenariat avec le CNC, le Conseil Général du Bas-Rhin, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et la Fondation Matanel
2014, 63 min
Réalisateurs : Emmanuel Heyd et Raphael Toledano
Image : Aline Battaglia
Son : Richard Harmelle
Montage : Stephanie Schories
Mixage : Nicolas Cadiou
Producteur : Daniel Coche
Sur Alsace 20 le 8 mai 2015 à 20 h 30

Visuels : ©  Dora films SAS et Archives départementales du Bas-Rhin,
Rampe de départ des convois d'Auschwitz-Birkenau
Camp de Natzweiler
Chambre à gaz du Struthof
Stèle du cimetière de Cronenbourg
Hans-Joachim Lang
Emmanuel Heyd, Armand Felder, Raphael Toledano
Cote 150 AL13

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Les citations proviennent du site du documentaire.
Cet article a été publié en mai, puis les 20 juillet 2015, 25 janvier, 25 février et 9 mai 2016.

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