vendredi 19 juin 2015

Albert Göring (1895-1966)


Albert Göring (1895-1966), homme d’affaires allemand, frère d’Hermann Göring, chef de la Luftwaffe, membre éminent du parti Nazi et pilleur des collections d’art européennes, s’est distingué de son frère en sauvant des Juifs et dissidents politiques allemands sous le IIIe Reich. Après la publication de Thirty Four, livre de William Hastings Burke, Yad Vashem étudie son dossier et des témoignages démontrant que son action justifie de le nommer Juste parmi les Nations. Le 19 juin 2015 à 20 h 45, RMC Découverte  diffusera Goering’s Last Secret, documentaire de Linda Parkhurst.


Deux frères Göring. Deux contraires.

Hermann Göring (1893-1946) : chef de la Luftwaffe et membre éminent du parti Nazi, pilleur des collections d’art européennes, détenues par des musées nationaux, galeries ou amateurs Juifs. Il a « créé la Gestapo, préparé les lois contre les Juifs et le réarmement ». Jugé et condamné par le tribunal de Nuremberg pour crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Condamné à mort par pendaison pour les quatre chefs d’inculpation, il se suicide en absorbant une dose de cyanure cachée dans sa cellule la nuit de son exécution, le 14 octobre 1946. Le cadavre de Göring est envoyé dans un crématorium à Munich ; les cendres sont « dispersées dans un cours d’eau pour éviter que soit édifiée une construction à la mémoire de Göring ».

Albert Göring (1895-1966) est né dans une famille allemande près de Berlin, apparentée aux comtes Zeppelin, à l’historien d’art et nationaliste Hermann Grimm, à l’historien de la culture Jacob Burckhardt, au président de la Croix-Rouge internationale Carl J. Burckhardt, à la famille Merck, dirigeant la puissante firme pharmaceutique, à la femme de lettres catholique Gertrud von Le Fort. Son père Heinrich Ernst Göring a été consul d’Allemagne en Afrique du Sud-ouest (actuelle Namibie) et à Haïti. Hermann von Epenstein, médecin Juif allemand célèbre, veillait sur les enfants Göring lors des absences d’Heinrich Göring. La ressemblance physique entre ce dernier, parrains des enfants Göring, et Albert Göring a suscité l’hypothèse d’une liaison entre von Epenstein et Franziska Göring, épouse du diplomate.

Ingénieur, Albert Göring devient réalisateur de films, tandis que son frère Hermann, héros de la Première Guerre mondiale, est fasciné par Hitler.

A l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, certains affirment qu’il manifeste publiquement son hostilité au régime nazi : il utilise son influence pour obtenir la libération de son ancien patron Juif Oskar Pilzer, arrêté par les Nazis, et il aide la famille Pilzer à fuir l’Allemagne. Il aurait agi ainsi en faveur de dissidents politiques.

Il s’installe en Autriche.

Directeur de Škoda Works en Tchécoslovaquie, Albert Göring favorise en 1944 les actes de sabotage et transmet des informations à la résistance tchèque. Il imite la signature de son frère sur des documents officiels pour permettre à des dissidents de quitter le pays. Interpellé, il recourt à son frère influent pour recouvrer la liberté. Il obtient aussi la libération de Juifs du camp de Theresienstadt en prétextant avoir besoin de main d’oeuvre.

A la Libération, il est interrogé durant le procès de Nuremberg. Grâce aux témoignages de ceux qu’il a aidés, il est libéré. Hasard ? Après 14 mois de détention, son nouvel interrogateur le major Victor Parker était  le neveu de Sophie Paschkis, épouse du compositeur Franz Lehár qu’Albert Göring avait sauvé et dont le nom figurait dans la liste des 34 personnes qu’il avait sauvées. Des ouvriers de l’usine Skoda témoignent aussi en sa faveur.

Gêné par son nom patronymique, Albert Göring gagne sa vie modestement comme écrivain, traducteur, sans se prévaloir de ses actes courageux. Il sombre dans la dépression et l’alcoolisme. Quatre mariages consécutifs, trois divorces, la naissance de sa fille Elizabeth – il ne répond à aucune de ses lettres -, rythment sa vie.

Albert Göring est enterré en 1966 dans le caveau familial munichois surplombé par la devise des Göring : « Nous ne sommes pas de ceux qui plient, mais de ceux qui croient ».

En 2009, Thirty Four, livre de William Hastings Burke et un article de cet écrivain australien dans The Guardian  (20 février 2010) révèlent les actions d’Albert Göring pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le titre se réfère aux 34 noms de personnes qu’Albert Göring  a aidées et dont il sollicitait le témoignage devant le tribunal de Nuremberg.

Avocat israélien renommé, ancien membre de la délégation d’Israël lors de négociations de paix et ancien chef du bureau du Premier ministre, Gilead Sher a comparé Albert Göring  à Oskar Schindler et Raoul Wallenberg dans un article du Jewish Chronicle (22 décembre 2010).

En 2011, Linda Parkhurst réalise Goering’s Last Secret, documentaire retrace la vie d’Albert Göring. Ce film est diffusé par RMC Découverte  le 19 juin 2015 à 20 h 45.

Matthias Göring (ou Goering), petit-neveu de Goering, « paladin d’Hitler », opère une démarche spirituelle vers la conversion au judaïsme. Il a accepté de témoigner dans le documentaire passionnant « Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Rambault et Michael Grynszpan  (2010). Né en 1956, il a quitté l’Allemagne pour la Suisse où il exerce la profession de kinésithérapeute, et soulage ses patients de douleurs. Endetté après son divorce, il cherche une solution qu’il trouve en même temps qu’une… « révélation mystique ». Sa quête spirituelle le mène vers des études théologiques au sein d’une institution protestante qui ne répond pas à ses attentes. Matthias Goring s’achemine alors vers le judaïsme et se rend en Israël. Très attaché à la Torah, il s’interroge sur le courant du judaïsme qu’il choisira et s’il aura la force d’aller jusqu’au bout du processus.

Petite-nièce d’Hermann Göring, Bettina Göring s’est faite stérilisée pour ne pas enfanter d’un monstre. Son frère a fait le même choix.


A Jérusalem (Israël), Yad Vashem a ouvert un dossier  de Juste parmi les Nations au nom d’Albert Göring. Faute de témoignages nombreux et fiables, le titre ne lui a pas été décerné. « Nous avons recueilli deux témoignages de juifs qui étaient très jeunes à l’époque, et qui nous ont dit qu’Albert Göring a aidé leurs parents à émigrer de Vienne, mais sans nous dire ce qu’il a fait exactement. Mais il ne faut pas oublier qu’entre 1938 et 1939, les juifs étaient contraints à l’émigration, donc les aider n’allait pas contre la politique nazie, rappelle-t-elle. Il n’y a pas d’indication qu’il ait fait quelque chose d’illégal », a déclaré nous a confirmé Irena Steinfeldt, directrice du département Juste parmi les nations de Yad Vashem, à Paris Match (14 avril 2013). Et d’ajouter : « Des témoignages directs de survivants ou, dans de rares cas, des documents d’archives » sont nécessaires, même si « tout acte de résistance est grandement admiré ».
     
Visuel : © Thirty Four

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