Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 12 novembre 2019

Salman Rushdie


Salman Rushdie est un écrivain américain né en Inde en 1947. Cible d’une fatwa de l’ayatollah Rouhollah Khomeini en 1989 après la publication des Versets sataniques, il vit sous haute protection policière tout en poursuivant une œuvre relevant d’un réalisme magique et rédigée souvent en anglais, et tout en luttant pour la liberté d’expression et contre l’islamisme. Arte diffusera les 13 novembre et 1er décembre 2019, dans la collection « Les grands romans du scandale », « Salman Rushdie. La mort aux trousses », documentaire de William Karel.

Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

Ahmed Salman Rushdie est né en 1947, dans une famille bourgeoise, à Bombay (Mumbaï) en Inde.

Agé de treize ans, il part pour vivre en Grande-Bretagne. Il étudie notamment au King’s College de Cambridge.

Il travaille dans le secteur de la publicité, et entame une carrière d’écrivain par Grimus.

Les Enfants de minuit (Midnight's Children) le rendent célèbre en 1981 et lui valent d’être distingué par le James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. 

Deux années plus tard, le magazine littéraire Granta le classe parmi les « meilleurs jeunes romanciers britanniques ».

La Honte (Shame) suscite une controverse en raison de similarités entre des personnages et Zulfikar Ali Bhutto ainsi que le général Muhammad Zia-ul-Haq.

Mais Les Versets sataniques (1988), qui lui valent le Prix Whitbread, suscitent l’ire de nombreux musulmans, et une fatwa iranienne. La Grande-Bretagne de Margaret Thatcher protège son citoyen menacé de mort. Lors de la cérémonie des César, la comédienne Isabelle Adjani, dont le père est un Kabyle musulman d’Algérie, lit courageusement un extrait du livre.

1993. Après des meurtres d’hommes de lettres en Algérie, est fondé, notamment par Salman Rushdie, le Parlement international des écrivains (International Parliament of Writers), chargé de protéger la liberté d'expression des écrivains, en particulier contre les offensives visant à introduite le délit de blasphème dans les droits de pays européens. En 2003, l'International Cities of Refuge (ICORN) lui succède.

Daniel Pipes, expert en géopolitique et auteur de "The Rushdie Affair. The Novel, the Ayatollah, and the West", a écrit dans "La fatwa de Rushdie 25 ans plus tard" (14 février 2014) :
"Si Rushdie, âgé [aujourd'hui] de 66 ans, est bel et bien vivant (même si il n'est pas ce qu'on appelle prospère ; ses écrits ont connu une baisse de qualité après Les Versets sataniques) , beaucoup de personnes ont perdu la vie dans les troubles qui ont surgi autour de son livre. Pire encore, l'impact à long terme de l'édit a été de limiter la capacité des Occidentaux de librement discuter de Islam et des sujets qui s'y rapportent, ce qui a fini par être connu sous l'expression la Réglementation Rushdie. Une longue analyse sur ce sujet (y compris un livre écrit en 1989) , m'amène à conclure que deux processus sont en cours :
Tout d'abord, que le droit des Occidentaux pour discuter, critiquer et même ridiculiser l'islam et les musulmans s'est érodé au fil des ans.
Deuxièmement, que la liberté d'expression est une partie mineure du problème ; l'enjeu est quelque chose de beaucoup plus profond - en fait, c'est une question clé de notre époque : les Occidentaux vont-ils maintenir leur propre civilisation historique face à l' agression émanant des islamistes , ou vont-ils céder à la culture et à la loi islamiques et se soumettre à une forme de citoyenneté de seconde classe ?
La plupart des analyses de la Réglementation Rushdie se concentrent exclusivement sur la croissance de l'islamisme. Mais deux autres facteurs sont encore plus importants : le multiculturalisme tel qu'il est pratiqué casse la volonté de maintenir la civilisation occidentale contre les déprédations islamistes tandis que le fait que la gauche fasse cause commune politiquement avec les islamistes donne à ces derniers une entrée. En d'autres termes, le cœur du problème ne réside pas dans l'Islam, mais en Occident."

« Je suis en désaccord fondamental avec ces gens de gauche qui font tout pour dissocier le fondamentalisme de l'islam. Depuis cinquante ans, l'islam s'est radicalisé. Côté chiite, il y a eu l'imam Khomeini et sa révolution islamique. Dans le monde sunnite, il y a eu l'Arabie saoudite, qui a utilisé ses immenses ressources pour financer la diffusion de ce fanatisme qu'est le wahhabisme. Mais cette évolution historique a eu lieu au sein de l'islam et non à l'extérieur. Quand les gens de Daech se font sauter, ils le font en disant "Allahou Akbar", alors comment peut-on dès lors dire que cela n'a rien à voir avec l'islam ? Il faut arrêter cet aveuglement stupide. Bien entendu, je comprends que la raison de ce déni est d'éviter la stigmatisation de l'islam. Mais, précisément, pour éviter cette stigmatisation, il est bien plus efficace de reconnaître la nature du problème et de le traiter... Le présupposé constant de la gauche, c'est que le monde occidental est mauvais. Et donc tout est passé au crible de cette analyse », a déclaré Salman Rushdie à L’Obs (8 juin 2017).

« De L'amant de lady Chatterley aux Versets sataniques, la nouvelle collection documentaire d'ARTE « La plume dans la plaie » revisite l'histoire des romans majeurs et de leurs auteurs, dont les écrits engagés résonnent encore aujourd'hui ». Une « collection d'ARTE consacrée aux grands romans, en écho avec notre époque. S'appuyant sur des archives et des interviews, elle décrypte cet automne cinq œuvres engagées abordant des thèmes brûlants d'actualité ». 

« Salman Rushdie - La mort aux trousses » 
Arte diffusera les 13 novembre et 1er décembre 2019 « Salman Rushdie - La mort aux trousses » (Salman Rushdie - Den Tod im Nacken), documentaire de William Karel. « En dix ans, Salman Rushdie aura changé cinquante-six fois de domicile et fait l'objet d'une vingtaine de tentatives d'assassinat. Face à William Karel, l'auteur des Versets sataniques, condamné à mort par une fatwa de Khomeyni il y a trente ans, évoque avec humour et profondeur sa décennie de clandestinité, comme son amour des livres et de la vie ».

« Après la parution des Versets sataniques, en 1988, l’écrivain indo-britannique Salman Rushdie a vécu plus de dix ans traqué, reclus et sous protection policière ».  

En 1989, « l'ayatollah Khomeyni, le guide de la jeune révolution islamique iranienne, l'a condamné à mort dans une fatwa pour ce roman décrété blasphématoire ». 

 « Trente ans plus tard, citoyen américain installé à New York, sir Salman – il a été anobli par la reine en 2007 – retrace et commente pour William Karel cette longue épreuve au cours de laquelle, sous le pseudonyme de Joseph Anton, forgé à partir des prénoms de deux grands aînés tutélaires, Conrad et Tchekhov, il aura changé cinquante-six fois de domicile et fait l'objet d'une vingtaine de tentatives d'assassinat ». 

« Le romancier britannique d'origine indienne revient sur ces douloureuses années de clandestinité ». 

« Il déplore également la montée du fondamentalisme religieux et ses répercussions sur la liberté d'expression. "Toute critique de l'islam est devenue une attaque contre les musulmans", confie-t-il, évoquant l'attentat contre Charlie hebdo ». 

« S'il a été marqué par le déferlement de haine qui a suivi la publication de son roman, l'écrivain se réjouit que, trente ans plus tard, le public voit son livre comme une œuvre littéraire "et pas seulement comme un texte qui a fait scandale". (Hélène Porret)

« Plus de soixante personnes, dont deux de ses traducteurs, au Japon et en Turquie, périront en raison de la fatwa, jusqu'à la levée de celle-ci, en 1998, aux termes d'un accord négocié entre Londres et Téhéran ».

"J'ai ressenti une énorme vague de soutien. Beaucoup moins de gens me défendraient si c'était arrivé aujourd'hui." Salman Rushdie profère des vérités désagréables avec une placidité teintée d'humour qui ressemble à de la sagesse ». 

« Dans cet entretien émaillé d'archives, l'auteur des Enfants de minuit et de La maison Golden évoque avec force sa longue cavale en même temps que le fondamentalisme islamique, cible première de ce gros roman qu'il avait mis cinq ans à écrire, et cataclysme alors insoupçonné qui ouvrirait le XXIe siècle, un certain 11 septembre ». 

"Le racisme est au cœur de tout cela", résume celui qui, à 13 ans, dans un pensionnat chic de la froide Angleterre, découvrit qu'on pouvait être haï pour son accent et sa couleur de peau ». 

« Mais de son enfance heureuse à Bombay, où il est né quelques semaines avant la partition de l'Inde, en 1947, au règne étrange de Donald Trump, qu'il combat avec vigueur, en passant par sa cinéphilie et son rapport à l'écriture, l'ancien fugitif évoque aussi avec une gourmandise communicative son grand amour de la vie ».

« Salman Rushdie - L'Inde imaginaire »
« Salman Rushdie - L'Inde imaginaire » (Salman Rushdie - Imagining India) est un documentaire réalisé par Elisa Mantin. « Le 14 février 1989, suite à la parution de ses Versets sataniques, Salman Rushdie est condamné à mort par une fatwa de l'ayatollah Khomeiny. Vingt ans après, l'écrivain a accepté d'évoquer l'Inde de son enfance, la source de son inspiration, le pays qui a nourri son imaginaire et son œuvre ».

« En 1999, il décide de partir vivre aux Etats-Unis même si la fatwa court toujours. Depuis, le monde a changé. Il y a eu le 11 septembre 2001, la guerre en Irak… Quel regard porte-t-il sur lui-même et sur le monde qui l’entoure ? Salman Rushdie, l’Inde imaginaire évoque la terre de son enfance, source de son inspiration littéraire, le pays qui a nourri son imaginaire et son œuvre. Il évoque également ses dix dernières années d’homme libre. Une invitation au voyage dans l’univers intime d’un homme dont l’œuvre littéraire est devenue symbole de la lutte contre l’obscurantisme religieux. Une rencontre inédite avec Salman Rushdie, essayiste et romancier britannique né en Inde, qui est considéré comme l’un des plus grands auteurs du XXe siècle. Ses romans ont été traduits dans le monde entier ».

« Salman Rushdie - Imagining India », is a movie directed by Elisa Mantin. « In 1999, Rushdie decided to go and live in the US, even though the fatwa still remains in effect. Since then, the world has changed, with 9/11 and the war in Iraq... How does Rushdie now see himself and the world around him? Salman Rushdie, Imagining India looks at the land of his childhood, a source of literary inspiration for him that fed his imagination and his œuvre. It also looks at his last ten years as a free man. The film is an invitation to travel through the personal world of a man whose literary work has become the symbol of the struggle against religious obscurantism.An original meeting with Salman Rushdie, the Indian-born British essayist and novelist, who is now considered to be one of the greatest authors of the 20th century. His novels have been translated all over the world ».
  
« Les versets cathartiques »

« En 1989, condamné à mort par une fatwa de l'ayatollah Khomeyni pour son roman Les versets sataniques, l'écrivain Salman Rushdie plongeait dans la clandestinité. Avec sa complicité, William Karel consacre un documentaire, trente ans après, à ce livre "prophétique". »

« Aviez-vous lu Les versets sataniques lors de la parution du roman ? »
William Karel : « J'avais commencé à l'époque ce récit de plus de 500 pages, et puis je l'avoue, j'avais abandonné, parce que je n’avais pas su voir qu’il annonçait le monde dans lequel nous allions vivre. Complexe, foisonnant, il était plus ardu que Les enfants de minuit, le roman qui l'a rendu célèbre et lui a valu le Booker Prize *. Ce qui est frappant, quand on le lit aujourd'hui, c'est le caractère visionnaire, prophétique des Versets sataniques : à un moment où l'Occident n'a aucune conscience du danger, Rushdie y annonce l'emprise que le fondamentalisme islamique va exercer sur nos existences. Il y a trente ans, personne n'imagine qu'en Europe on puisse être condamné à mort pour avoir écrit un roman. D'ailleurs, malgré son intuition et sa lucidité, Rushdie non plus. Il compare son histoire à cette séquence des Oiseaux d'Hitchcock, dans laquelle à l'image banale de quelques corbeaux posés devant une école succède celle d'un portique littéralement recouvert d'oiseaux noirs. La fatwa a été le premier "corbeau". Au total, il y aura plus de soixante morts, et lui-même échappera à une vingtaine de tentatives d'assassinat ».

« Cette condamnation à mort a fait de lui un symbole, et donc une figure mondiale, depuis sa clandestinité… »
« Plaider publiquement sa cause, rappeler son calvaire d'homme proscrit a été pour lui une question de survie pendant ces dix années de clandestinité. On voit bien, dans le film, combien les manifestations de solidarité ont constitué une résistance certes symbolique, mais aussi vitale. Stephen King, par exemple, a empêché une chaîne de librairies de retirer de la vente Les versets sataniques en mettant ses propres livres dans la balance. Inversement, le discours de figures comme John Le Carré, Roald Dahl ou le prince Charles, qui ont critiqué le livre pour avoir offensé l'islam, et même la manière dont François Mitterrand a refusé de rencontrer Rushdie, tout cela relève pour moi d'une forme de renoncement face à la terreur. Après l'affaire des caricatures de Mahomet, et bien sûr le massacre à Charlie hebdo, nul ne peut plus ignorer la réalité de la menace. Mais comme le souligne Rushdie, l'Occident a abandonné une part de sa liberté de parole et de dénonciation face au fanatisme. L'affaire des Versets sataniques est fascinante parce qu'elle résume à elle seule tous les aspects d'une crise dans laquelle nous restons englués ».

« En interviewant Rushdie à New York, où il vit aujourd'hui, qu'avez-vous découvert que vous ne saviez pas ? »
« J'ai d'abord rencontré un bon vivant, plein d'humour, toujours prêt à s'amuser, étonnamment dénué de ressentiment et d'inquiétude, ce qui chez lui semble aussi une forme de résistance. J'ai été surpris par son optimisme, alors qu’il reste menacé malgré la levée de la fatwa iranienne. Il s'est même dit convaincu que l'islamisme radical serait balayé d'un coup, sans qu'on s'y attende, comme la superpuissance soviétique il y a trente ans. Aujourd'hui, s'il prend la parole en public – il déteste le concept d'"écrivain engagé" et réserve la politique à sa vie de citoyen –, c'est pour dénoncer, par exemple, le traitement que l'administration Trump inflige aux migrants à la frontière mexicaine ».

* L'équivalent britannique du Goncourt, pour lequel Salman Rushdie était à nouveau en lice cette année, avec son dernier roman en date, Quichotte.


France, ARTE France, Flach Film Production, 2019, 55 minutes
Sur Arte les 13 novembre 2019 à 22 h 50 et 1er décembre 2019 à 5 h 10
Visuels :
Salman Rushdie enfant
Couverture de " Les Versets sataniques" de Salman Rushdie
Couverture de " Joseph Anton" de Salman Rushdie
Couverture de " Joseph Anton" de Salman Rushdie
Couverture de " La maison Golden" de Salman Rushdie
© Flach Film Production / ARTE F

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Les citations sur les films proviennent du site d'Arte.

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