mercredi 7 septembre 2016

« Les territoires perdus de la République. Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire » sous la direction d’Emmanuel Brenner



En 2002, a été publié « Les territoires perdus de la République. Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire » sous la direction d’Emmanuel Brenner (Ed. Mille et une nuits). Un constat alarmant, refusé par de nombreux médias lors de sa publication. Les 7 et 21 septembre 2016, Arte diffusera La Cour de Babel, de Julie Bertuccelli.

Une « école » juive française en mutations
« Les territoires perdus de la République. Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire » sous la direction d’Emmanuel Brenner

Dès sa publication en 2002, au début de la recrudescence d’agressions antisémites consécutives à l’Intifada II, cet essai dirigé par Emmanuel Brenner, pseudonyme de l’historien Georges Bensoussan, a provoqué un choc.

Témoignages sous couvert d’anonymat à l’appui de professeurs de collèges et de lycées, de proviseurs, de principaux et de conseillers principaux d'éducation, il relatait la propagation de l’antisémitisme, le racisme, le sexisme, les insultes contre les Français provenant d’élèves issus de l’immigration d’Afrique du Nord et subsaharienne. Dénonçait ces « identités meurtrières ». Alertait sur cette violence qui « a pénétré l’école » et ces cours sur les Hébreux, la Shoah ou l’affaire Dreyfus qui suscitaient l’hostilité de ces élèves. Déplorait le « pédagogisme ». Décrivait ces "négociations" entre un professeur de musique et la chef de classe d'origine maghrébine , pour "pouvoir enseigner le gospel et le chant choral, la partie arabe de la classe refusant de "chanter Jésus", ces refus de visiter les églises et a fortiori les synagogues, ces élèves musulmans exultant au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001, ces professeurs anti-israéliens et ces enseignements biaisés, l'amertume d'enseignants devant les démissions de responsables d'établissements scolaires.

« Il existe bien, et de longue date, une tradition de l’antijudaïsme au Maghreb fait plus souvent de mépris que de haine et qui s’exacerbe parfois en bouffées de violence… C’est cet antisémitisme-là que l’immigration arabo-musulmane dans notre pays a introduit au sein de la République », constate Emmanuel Brenner. Un antisémitisme longtemps non relaté par des médias français "politiquement corrects".

Victimes de ces agressions, verbales et physiques, en milieu scolaire, des enseignants, membres du personnel administratif et des élèves Juifs, tels cet élève de sixième du Lycée Montaigne et ces deux élèves Juives tabassées par des collégiennes musulmanes, ont du affronter les « territoires perdus de la justice » - la justice a condamné les parents d’une victime juive française, et l'établissement scolaire prestigieux d'un quartier huppé a réintégré les agresseurs.

Nombre d'élèves français Juifs ont été contraints de fuir l'école publique, ou n'y ont pas été inscrits par des parents soucieux d'éviter à leurs enfants des situations dramatiques, et à cacher leur identité juive par crainte de l'hostilité agressive de condisciples.

Dix années se sont écoulées depuis la première édition de cet essai, republié en 2004 dans une édition augmentée.

Un bilan en a été donné lors du colloque du B’nai B’rith France et du B’nai B’rith Ben Gourion du 14 octobre 2012.

Profs en territoires perdus de la République ?
Le 22 octobre 2015,  à 23 h 15, France 3 diffusa Profs en territoires perdus de la République ?, documentaire de Georges Benayoun : "En 2002 paraissait « Les Territoires perdus de la République », un ouvrage collectif dans lequel des professeurs de collèges et lycées de quartiers dits sensibles alertaient l'institution scolaire et l'opinion publique sur le climat de violence et d'intolérance qui s'installait dans ces établissements. La sortie du livre fut accompagnée d'un silence gêné ; un déni qui, pour ses auteurs, augurait des jours difficiles. Les attentats de janvier 2015 ont remis au centre du débat la question de la transmission des valeurs de la République. Plusieurs professeurs exerçant dans des collèges et lycées de la région parisienne livrent leur témoignage".

"Pourquoi n'ont-ils pas voulu voir ce que nous écrivions ? On était en présence d'une régression. Le fait d'avoir été victime ne vous donne pas une innocence à perpétuité", s'interroge l'historien Georges Bensoussan qui a dirigé ce livre collectif sorti dans une relative indifférence ou sous les quolibets.

Eugénie Raymond, professeur de lettres, a vu sa classe divisée en deux parties après les attentats : une partie n'a pas compris, l'autre voulait s'armer. Les élèves ont ressenti son émotion.

Dans d'autres établissements scolaires, des élèves "n'étaient pas Charlie. Pour ces élèves musulmans, la caricature du prophète était un blasphème". Pour eux, "les dessinateurs n'auraient pas du être tués, mais ils l'avaient bien cherché". Nadège Pierotti, professeur d'histoire et de géographie, estime que cette réaction n'était pas nouvelle : elle l'avait déjà entendue sous une autre formulation après les attentats islamistes du 11 septembre 2001, et déplore le sexisme chez des jeunes. Pour d'autres élèves musulmans, "certains tel Dieudonné n'ont pas le droit d'exprimer certaines choses, mais les Juifs ont tous les droits". Benjamin Marol déplore : "Le complot c'est le nœud du problème". Professeur agrégée d'histoire, Sophie Ferhadjian est agacée qu'on "doive argumenter sur des faits avérés, sur lesquels notre parole ne devrait pas être mise en doute". Marie-Eve Eyrolles, professeur de lettres, sent sa parole être mise en doute par certains élèves.

Iannis Roder, professeur d'histoire en Seine-Saint-Denis, avait observé cet antisémitisme. Il relève : "Spontanément, la nationalité qu'ils revendiquent est celle de leurs parents ou grands-parents, pour dire "Je ne suis pas français", alors qu'ils sont profondément français. Pratiquement tous se réclament d'une pratique religieuse, qu'ils soient chrétiens ou musulmans". Ce problème identitaire privilégiant la part islamique sur la nationalité française génère le "Eux et nous" exprimé par nombre d'élèves musulmans. Pour Cécile Chéné, professeur d'histoire, les "jeunes filles voilées ne sont dans dans l'ostentation" et l'homophobie est une réalité reconnue par les élèves comme "la pire chose". Pour Sébastien Durand, la loi de 2004 prohibant les signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires publics a été une "arme de guerre contre les musulmans".

Sophie Cadot a entendu des propos homophobes, sur la volonté "d'épouser des filles du bled". Elle évoque des filles voilées dans le lycée, puis se rend compte de l'énormité de ses propos peu conformes avec la loi.

Georges Bensoussan estime que l'image du père a été affectée par le déclassement social, l'immigration, et note que la réussite scolaire des filles et la féminisation du personnel enseignant posent problème auprès d'élèves musulmans. "La misogynie et la judéophobie sont  perçues comme des atteintes à l'ordre voulu par Dieu", résume-t-il en évoquant la dhimmitude.

En 2004, lors d'un stage en Seine-Saint-Denis, un collègue de Iannis Roder s'étonne qu'un professeur dans ce département de la banlieue au nord de Paris ait encore des enfants Juifs dans sa classe, puis la conversation passe à un autre sujet, comme si le départ des élèves français juifs des établissements scolaires publics était normal. Cécile Chéné a entendu les victimes d'antisémitisme lui faire part de l'antisémitisme. Un "antisémitisme ordinaire qui s'est enkysté", une "expression libre d'un antisémitisme". Ces élèves "se font le relais de ce qu'ils entendent : les Israéliens et les enfants palestiniens, les Juifs et l'argent... Des lieux communs", déclare Iannis Roder. L'origine ? La famille.

"Le complot et le deux poids deux mesures pourraient venir à l'esprit des gens incultes... La véritable identité [des élèves] est d'être musulman. L'appartenance à l'oumma crée des liens. L'islam a eu sa gloire, son mot à dire sur le destin du monde sur plusieurs siècles... Cet antisémitisme est dans l'espace domestique. Il est quasi-naturellement déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants afin de les réprimander : il suffit de les traiter de "Juifs". Toutes les familles Arabes le savent. Cet antisémitisme est domestique, sans aucun doute renforcé, durci, légitimé, quasi-naturalisé, au  travers d'un certain nombre de distinctions, à l'extérieur. Il n'y aura pas de discontinuité radicale entre chez lui et l'environnement extérieur qui le plus souvent est comme dans l'air qu'on respire, il n'est pas étranger, surtout quand on se retrouve entre soi... Ce sont les mêmes visions du monde qui circulent. La première opposition, bipolarité, c'est eux et nous", reconnait Smaïn Laacher, sociologue, professeur à l'université de Strasbourg.

"Le dernier avatar, c'est le conflit israélo-palestinien", considère Sébastien Durand. "Ils n'y connaissent rien. Ce qu'ils font aux Palestiniens, ils le font aux frères musulmans", dit Sophie Cadot. "Qui est plus victime que l'autre? Il y a une jalousie mémorielle", résume Georges Bensoussan. Certains élèves tentent de monter la classe contre l'enseignant voulant évoquer la Shoah, les Juifs... Ce qui suscite la crainte de professeurs avant d'aborder ces thèmes.

Des élèves au vocabulaire limité, et qui ont du mal à lire, à écrire, même en classes de lycées. Pour Iannis Roder, ces dysfonctionnements proviennent de ceux de la société.

Le 3 juillet 2016, à 9 h 30, sur Judaïques FM, Jean Corcos interviewa Jean-Paul Fhima, professeur agrégé d'histoire dans un lycée francilien.


 Les 7 et 21 septembre 2016, Arte diffusera La Cour de Babel, "film choral" de Julie Bertuccelli (2013). 


"En immersion dans une classe d'accueil pour primo-arrivants d'un collège parisien du Xe arrondissement, la réalisatrice Julie Bertuccelli signe une chronique bouleversante, débordante d'énergie et d'espoir en un avenir meilleur".

"Ils viennent d'arriver en France. Ils se prénomment Abir, Andromeda, Djenabou, Kessa, Mihajlo, et sont âgés de 11 à 15 ans. Originaires du monde entier, ils n'étaient a priori pas faits pour se rencontrer. Ils se retrouvent pourtant dans la classe d'accueil d'un collège parisien pour apprendre le français. Julie Bertuccelli ( L'arbre, Depuis qu'Otar est parti) s'est immergée pendant un an dans ce petit théâtre du monde où s'expriment les questionnements, les craintes, mais aussi les espoirs d'une vie meilleure de ces ados habités par une formidable énergie. Au fil des mois, ils forment un groupe suffisamment soudé pour accepter de se dévoiler. Préparant un concours, ils se filment eux-mêmes, évoquant leurs histoires parfois tragiques, comme cette jeune Chinoise qui n'a pas vu sa mère depuis dix ans ou cet adolescent serbe persécuté par les néonazis, car juif" comme sa mère.

"Toujours à bonne distance, la réalisatrice montre les familles uniquement lors de réunions avec l'enseignante (la formidable Brigitte Cervoni), qui fait vivre ensemble ce petit monde. Quelques mots, souvent traduits en français par les enfants, suffisent pour dire les difficultés éprouvées dans leur pays d'origine : pauvreté, menace d'excision, persécutions... Le public a largement applaudi ce film choral, chronique douce-amère d'une enfance déracinée capable malgré tout de s'inventer un avenir et de remettre en cause les idées reçues sur la jeunesse et l'intégration".


Sous la direction d’Emmanuel Brenner, Les territoires perdus de la République. Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire. Mille et une nuits, 2002, rééd. en 2004. 368 pages. ISBN : 9782842058241

Colloque du B’nai B’rith France et du B’nai B’rith Ben Gourion Les Territoires perdus de la République, 10 ans après
Le 14 octobre 2012
De 113h 30 à 16 h 30
6, rue Albert Lapparent 75007 Paris

Visuels 
© Pyramide Films
 Cet article a été publié le 12 octobre 2012, puis les 30 janvier et 20 octobre 2015, 2 juillet 2016.

1 commentaire:

  1. http://www.skardanelli.com/2015/01/ou-en-sont-les-territoires-perdus-de-la.html

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