samedi 30 septembre 2017

Le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Actualité juive condamnés par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffamé Jamal al-Dura


Le 29 avril 2011, la XVIIe chambre du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris a condamné le Dr Yehuda David, chirurgien, Clément Weill-Raynal, journaliste, et Actualité juive à payer solidairement 5 000 euros en dommages et intérêts à Jamal al-Dura pour l'avoir diffamé dans deux articles publiés en 2008. Le Tribunal a jugé diffamatoires des propos alléguant que, le 30 septembre 2000, ce Gazaoui avait participé à une mise en scène diffusée par France 2, puis avait imputé à tort à des tirs israéliens la mort de son fils Mohammed et ses anciennes blessures afin de berner l'opinion publique, et ce, avec la complicité de médecins palestiniens. Ce jugement laisse entières certaines questions, voire en suscite d'autres notamment sur la date de l'hospitalisation à Amman de Jamal al-Dura et la "foi" de magistrats en un "rapport" médical jordanien. Article republié en ce 17e anniversaire de la diffusion par France 2 de ce "blood libel".

Cet article a été publié en une version américaine plus concise par Ami magazine.
That article was published in American English and in a more concise version by Ami magazine.
Les blessures de Jamal al-Dura étudiées par le Tribunal correctionnel de Paris
La Cour d’appel de Paris a évoqué les blessures de Jamal al-Dura

C'est un jugement de 13 pages à la motivation sévère, mais il ne convainc pas et ne clôt pas l'affaire al-Dura.

Des images aux "blessures"
L'affaire al-Dura a débuté le 30 septembre 2000, quand France 2 a diffusé le reportage de Charles Enderlin, son correspondant permanent à Jérusalem, déclarant en voix off sur des images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma :
« Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

Jamal al-Dura a été filmé alité dans un hôpital à Gaza le 1er octobre 2000, puis à Amman (Jordanie) le 5 octobre 2000 lors de la visite du roi Hussein de Jordanie.

L’image du « petit Mohamed » devient l’icône de l’Intifada II.

Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes dès fin 2000 de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency). Nahum Shahaf et la Ména contestent l'authenticité des faits allégués dans ce reportage, et concluent à la mise en scène.

Au sein de la Ména, Gérard Huber, psychanalyste, et Luc Rosenzweig, journaliste confirmé, poursuivent leurs investigations. Gérard Huber publie un livre au titre significatif.

Dans son documentaire Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al-Dura ? diffusé en 2002 par ARD, Esther Schapira, documentariste allemande, soutient que l'enfant serait mort vraisemblablement par des balles palestiniennes. 

C'est Richard Landes, historien américain, qui parvient à interviewer Charles Enderlin, et forge le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande

La polémique sur ce reportage controversé est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives et contradictoires de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002, soit deux ans plus tard, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».

Le 23 octobre 2004, Talal Abu Rahma a filmé (13'04") Jamal al-Dura à son domicile Gazaoui en train de montrer les cicatrices censées remonter à l'incident du 30 septembre 2000. France 2 a diffusé ce film lors d’une conférence de presse le 18 novembre 2004 afin de mettre un terme à cette controverse.

Le 19 octobre 2006, la XVIIe chambre du TGI de Paris a condamné Philippe Karsenty, directeur de l'agence de notation des médias Média-Ratings, pour diffamation à l’égard de France 2 et de Charles Enderlin : il avait évoqué une « mise en scène » de ces images. Un jugement infirmé par la Cour d’appel de Paris qui a relaxé Philippe Karsenty le 21 mai 2008.

Les 4 septembre et 25 septembre 2008, Actualité juive (1) a publié l'interview du Dr Yehuda David, chirurgien à l’hôpital Tel ha Shomer à Tel-Aviv, par Clément Weill-Raynal - article titré Les blessures de Jamal al-Dura existaient déjà en 1993 sans la moindre ambiguïté possible ! -, puis une réponse de ce journaliste à un droit de réponse de Charles Enderlin.

Le Dr Yehuda David y affirmait que Jamal al-Dura, victime en 1992, de blessures au couteau lors d’une rixe entre Palestiniens, avait d'abord été opéré dans la bande de Gaza : ces coups avaient sectionné des nerfs médian et cubital ; ils avaient induit une paralysie de la main droite. En 1994, le Dr David a opéré Jamal al-Dura à l'hôpital Tel ha Shomer à Tel-Aviv : pour restaurer la flexibilité des doigts de cette main droite, il a prélevé un tendon dans le pied et la jambe gauches du patient pour les transférer dans sa main droite. Ce chirurgien a d'une part reconnu dans des cicatrices de Jamal al-Dura au pied et à la jambe gauches ainsi qu'à la main et à l'avant-bras droit les cicatrices de blessures originelles et celles de son opération, et d'autre part, douté de l'authenticité de faits allégués par Jamal al-Dura, en particulier l'imputation à des balles israéliennes d'autres blessures (artère fémorale).

Le 9 septembre 2008, le professeur israélien Raphaël Walden a écrit un "rapport" d'une page en se fondant seulement sur "le dossier médical pour l'hospitalisation de Jamal al-Dura à l'Al-Hussein Medical City Hospital" à Amman le "1er octobre 2000". Il a listé les blessures de Jamal al-Dura selon leur localisation : "membre supérieur droit", "membre inférieur droit" et "membre inférieur gauche" en évoquant des "blessures par balles" dans les seuls deux membres inférieurs.

Le 8 février 2011, le Dr Yehuda David et Clément Weill-Raynal, journaliste à Actualité juive, ont comparu et, Serge Bénattar, directeur de cet hebdomadaire français, était représenté, devant la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris.  Ils étaient poursuivis pour diffamation par Jamal al-Dura, A Dura ou Dura, absent de l'audience.

10 000 euros à verser à Jamal al-Dura
Le Tribunal n'a donc pas suivi les réquisitions de relaxe des prévenus proposées par Dominique Lefebvre-Ligneul, représentant le Parquet.

Il a condamné chaque défendeur à une amende de 1 000 euros, assortie d'un sursis total, et tous trois solidairement à verser à Jamal al-Dura 5 000 euros au titre des dommages et intérêts, ainsi que 5 000 euros au titre de ses frais de justice.

Il a aussi ordonné la publication par Actualité juive d'un communiqué sur ce jugement dans le mois suivant sa notification.

Il a débouté Jamal al-Dura du surplus de ses demandes.

Une diffamation établie
La diffamation est une « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne » (article 29 de la loi du 29 juillet 1881).

Le Tribunal estime que les six passages incriminés de ces deux articles sont diffamatoires car ils allèguent que Jamal al-Dura a participé à un incident mis en scène et qu'il a rendu "des tirs émanant de l'armée israélienne" responsables de "blessures anciennes", dans le but de tromper l'opinion publique "en faisant croire que des blessures venaient de lui être infligées au cours d'une fusillade qui avait fait perdre la vie à son fils", et avec le concours de complices médecins palestiniens.

Poursuivis pour diffamation, les prévenus peuvent être relaxés s’ils prouvent la vérité des faits allégués - exception de vérité -, ou s'ils démontrent leur bonne foi.

La « preuve des faits diffamatoires doit être parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée ». Le Tribunal estime que celle des trois défendeurs ne l'est pas, et n'examine pas celle de Jamal al-Dura. Ainsi, il écarte des articles de presse et l'arrêt de la Cour d'appel de Paris de 2008 tançant Charles Enderlin au motif qu'ils ne "sont pas probants au regard des imputations dont la vérité est recherchée", ainsi que les témoignages de Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), et de Luc Rosenzweig, journaliste ayant enquêté sur l'affaire car "ils n'ont pas permis d'établir la preuve recherchée par les prévenus". Quant à l'attestation du Dr Stéphane Romano du 7 juin 2010, certes elle reconnaît que "l'aspect de la main et le handicap au membre supérieur de ce patient sont consécutifs à un traumatisme précédent son éventuelle implication dans la fusillade d'octobre 2000", mais "la description des blessures ne permet pas d'identifier celles qui proviennent des interventions précédentes et celles qui seraient nouvelles".

Par contre, le Tribunal retient le "document médical" que Jamal al-Dura "avait présenté lors de l'entretien télévisé du mois d'octobre 2004, ainsi que la capture d'écran du rapport médical (avec sa traduction), établi par les docteurs Ahmaed Abdallah, Mohamed al Zaher et Hakem al Kadi, médecins de la cité médicale Al Hussein à Hamman en Jordanie où il avait été hospitalisé le 4 décembre 2000" et qui "constate :
- un état anémique grave dû à l'hémorragie,
- une double fracture (avec effritement osseux) au niveau de l'humérus droit,
- une fracture au niveau du bassin plus l'os de la "hanche droite",
- une section de l'artère, de la veine et du nerf au niveau de la cuisse droite (une intervention ayant été pratiquée dans la bande de Gaza),
- des blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes,
- d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit".

Ces "constatations distinguent clairement des blessures anciennes de la main droite d'autres blessures dont il n'est pas dit qu'elles seraient anciennes et dont il y a lieu de croire, sur la foi de ce rapport, qu'elles auraient été constatées lors de l'admission de Jamal al-Dura à l'hôpital Al Hussein d'Hammam".

Ces constatations "n'excluent nullement l'existence de blessures survenues ultérieurement à l'intervention du docteur Yehuda David et ne permettent donc pas de rapporter la preuve des imputations diffamatoires".

Pour résumer cet extrait du jugement fondé sur un argument chronologique : sur la base de ce "rapport médical", les "constatations" lors de l'admission de Jamal al-Dura dans cet hôpital "le 4 décembre 2000" ne permettent pas, selon le Tribunal, d'exclure l'hypothèse de blessures postérieures à 1994.

Sur la bonne foi, la jurisprudence requiert la réunion de quatre conditions : l’absence d’animosité personnelle, un but légitime, la prudence dans l’expression et une enquête préalable sérieuse.

Certes, le Tribunal reconnaît l'absence d'animosité du journaliste et du chirurgien à l'égard de Jamal al-Dura, ainsi que la nécessité d'informer sur un reportage ayant donné lieu à un "débat public et la polémique" et ayant généré une "affaire internationale particulièrement médiatisée", les "images de la mort du jeune Mohammed ayant fait le tour du monde et étant devenues emblématiques de la cause palestinienne".

Cependant, le Tribunal reproche au Dr David d'avoir manqué de prudence dans ses déclarations, de n'avoir pas examiné récemment Jamal al-Dura ni lu ses dossiers médicaux à Gaza et en Jordanie avant de s'exprimer sur certaines blessures. Quant à Clément Weill-Raynal, le Tribunal blâme son "engagement rédactionnel", son "acquiescement" aux propos du chirurgien, et une rétention d'informations à l'égard de celui-ci et des lecteurs, sans "donner au lecteur des éléments contradictoires lui permettant d'apprécier "la thèse de la mise en scène" développée".

Les trois défendeurs ont interjeté appel de leur condamnation.

Des avocats interrogés, seule Me Orly Rezlan, avocate de Jamal al-Dura, m'a répondu. Le 1er mai 2011, Me Orly Rezlan s'est réjouie de cette décision qui "reflète le contenu des débats à l’audience. Le docteur David a admis que son dossier médical ne pouvait expliquer les cicatrices les plus impressionnantes constatées sur le corps de Jamal al-Dura et en particulier, la cicatrice à l’aine... Il est ainsi démontré que les blessures de Jamal al-Dura ne préexistaient pas à la fusillade. Ce procès aura permis de poser à ce médecin des questions précises et de montrer les limites de son propos”.

Carences informatives et contradictions
Pourtant, le jugement laisse dubitatif par certaines assertions - notamment l'avis négatif sur l'enquête sérieuse menée par Clément Weill-Raynal -, ses contradictions et ses carences informatives, ainsi que ses partis pris non motivés : le Tribunal cite des déclarations officielles israéliennes anciennes (octobre et novembre 2000), mais non celles plus récentes, par exemples la lettre de la Direction nationale de l'Information auprès du Premier ministre le 21 octobre 2010 réfutant toute responsabilité israélienne dans la "mort de Mohamed al-Dura" ou les déclarations de Daniel Seaman, alors responsable du Bureau de presse gouvernemental (GPO), affirmant fin septembre 2007 au cabinet israélien d’avocats Shurat HaDin que "le cameraman Talal Abu Rahma a mis en scène tout l’incident" et précisant en 2008 que ce cameraman s'était vu retirer sa carte de presse par le GPO "car il était impliqué "dans la mise en scène d'évènements dans la bande de Gaza". On pourrait donc retourner au Tribunal le reproche de rétention d'informations qu'il adresse à Clément Weill-Raynal.
A cet égard, on comprend mal les louvoiements du gouvernement israélien entre deux thèses inconciliables : celle de la "mise en scène de l'incident al-Dura" et celle de la "mort de Mohamed al-Dura" selon "une forte probabilité" par des "balles palestiniennes". Il conviendrait qu'il fixe enfin sa position, et en tire toutes les conséquences.

Ce jugement du Tribunal suscite de nombreuses questions.

1. A quelle date Jamal al-Dura a-t-il été hospitalisé dans "la cité médicale Al Hussein à Hamman en Jordanie" ?
            - "sur la foi" du rapport jordanien d'hospitalisation de Jamal al-Dura à Amman, le Tribunal écrit que ce patient y "avait été hospitalisé le 4 décembre 2000".
            - se fondant sur le "rapport médical d'hospitalisation" de Jamal al-Dura à Amman, le professeur Raphaël Walden mentionne, dans son "rapport" évoqué devant le Tribunal, une autre date d'hospitalisation : le "1er octobre 2000".
            - le film montré par France 2 devant la Cour d'appel de Paris le 27 février 2008 et sur son site Internet, indique que "le lendemain des faits", donc le 1er octobre 2000, "Jamal al-Dura est allongé sur son lit d'hôpital à Gaza" (11'13").
            - le rapport médical jordanien traduit par la Metula News Agency (ou Mena) est signé par les docteurs Issam Albshari, Mohamed Altihar et Hakim Alkadi. Il indique que Jamal al-Dura a été admis dans cet hôpital al-Hussein " le 1er octobre 2000 après avoir été transféré de la bande de Gaza, Camp de El Burej, des suites de blessures par balles deux jours avant son transfert", soit le 29 septembre 2000. Or, le reportage de France 2 sur l'incident al-Dura date du 30 septembre 2000.
            - Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Mena (1), a indiqué :
"en date du 26 novembre 2000, la Direction de la Coordination et des Liaisons de l’armée israélienne fait parvenir par courrier au chef de la Commission d’enquête sur les événements du 30 septembre 2000 à Nétzarim, Nahum Shahaf, un compte-rendu des "Mouvements de sorties à l’étranger de Jamal Mohamed Ahmed Dura – carte d’identité 942395930". Le rapport des mouvements de sorties est signé par Yekhezkel Dgani, le coordinateur de l’Enregistrement de la population – Mirsham Ha-okhluzinn -, l’administration israélienne en charge du Contrôle de l’Habitant. Le compte-rendu référencie les cinq derniers mouvements de Jamal. Or ce document mentionne spécifiquement que c’est le 4 octobre qu’A-Dura [Nda : "La carte d’identité israélienne et le rapport jordanien mentionnent Dura et A Dura, ce qui est équivalent", précise Stéphane Juffa] a quitté le territoire alors contrôlé par l’Etat d’Israël, au poste de l’aéroport de Dahanya, dans le sud de la Bande de Gaza".
            - le roi Hussein de Jordanie a été filmé le 5 octobre 2000 au chevet de Jamal al-Dura qui a été interviewé par deux journalistes israéliens.

C'est d'autant plus étrange qu'il ressortait des débats que Jamal al-Dura avait été hospitalisé une seule fois dans cet hôpital jordanien en 2000.


2. Quelles blessures ? Quelles cicatrices de quelles blessures ?
Il est regrettable qu'après les dix heures d'audience du 8 février 2011, et même en reprenant la teneur du "rapport médical" de trois médecins de l'hôpital Al Hussein à Amman, le Tribunal ne fournisse pas des données essentielles et indispensables : nombre, nature et localisations exacts des blessures de Jamal al-Dura attribuées aux tirs israéliens le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim. De même, manquent les comparaisons entre les blessures de 1992, celles opérées en 1994 et celles datant du 30 septembre 2000.

Selon le Tribunal, ce "rapport médical" jordanien évoque des "blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes", et pour elles seules. Pourquoi les trois auteurs de ce "rapport médical" jordanien ont-ils tenu à spécifier la nature des blessures - "par balles" - pour ces seuls membres ? Par cette précision, ses trois auteurs ont opéré une distinction parmi toutes les blessures, selon leur nature.

A contrario, et ipso facto, les autres blessures constatées - "une double fracture (avec effritement osseux) au niveau de l'humérus droit, une fracture au niveau du bassin plus l'os de la "hanche droite", une section de l'artère, de la veine et du nerf au niveau de la cuisse droite (une intervention ayant été pratiquée dans la bande de Gaza)" et "d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit" - ne résulteraient donc pas de balles si l'on suit la distinction opérée par ces trois médecins. Et elles ne pourraient donc pas avoir été causées par des balles israéliennes le 30 septembre 2000.


Poursuivons ce raisonnement respectueux du sens littéral du "rapport médical" rédigé par trois praticiens jordaniens :
- ce "rapport médical" jordanien exclut ipso facto toute nouvelle blessure "au niveau de la main droite" et toute nouvelle "section du nerf cubital droit". L'état de la main droite de Jamal al-Dura se trouve donc en l'état résultant de l'opération chirurgicale effectuée par le Dr Yehuda David dans un hôpital réputé de Tel-Aviv en 1994.

- pourquoi le bras droit jusqu'à la main de Jamal al-Dura, hospitalisé le 1er octobre 2000 à Gaza, est-il entouré d'un plâtre ou bandage taché de rouge (surtout au niveau de la main, 11'12'') ? Surtout si seul "l'humérus droit" a subi une "double fracture" ?

- quand "l'intervention à la cuisse droite" a-t-elle été pratiquée "dans la bande de Gaza" ? Et dans quel hôpital ?
- quid du petit rond sur la fesse droite de Jamal al-Dura présenté comme la cicatrice d'une "blessure par balle" du 30 septembre 2000, filmé par Talal Abu Rahma le 23 octobre 2004 (13'40'') et omis par ce "rapport médical" jordanien et par le Tribunal qui a vu ce film ? Admettons qu'un médecin de cet hôpital d'Amman n'ait pas vu cette "blessure par balle" sur la fesse droite de Jamal al-Dura. Mais trois !? Ces trois médecins de l'hôpital d'Amman ont-ils ausculté leur patient à son arrivée ou se sont-ils fiés au dossier médical de l'hôpital palestinien en en recopiant une partie ? De quand date ce petit rond ? A l'audience, le Dr Yehuda David avait informé le Tribunal que des Palestiniens tirent une balle dans la fesse de ceux présumés avoir collaboré avec l’Etat d’Israël.


- Combien de "blessures par balles" ? "Neuf" selon des "sources médicales palestiniennes". Le Tribunal évoque, "sur la foi" du "rapport médical" jordanien, "des blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes". Dans le film tourné par Talal Abu Rahma pour France 2 le 23 octobre 2004 sur les cicatrices provoquées par des "blessures par balles" le 30 septembre 2000, Jamal al-Dura dirige son index le long de tracés de ce qui semble de longues et fines cicatrices sur sa jambe gauche (13'47'') puis désigne dans sa jambe droite ce qu'il présente aussi comme deux cicatrices : une petite zone que l'on peine à distinguer et qui semble au-dessous d'un rond foncé près du genou (14'22''), et un petit rond près du pied (14'28'').

- Jambe gauche. Selon le "rapport" du professeur Walden, Jamal al-Dura a " deux blessures par balles" situées " au milieu et au tiers supérieur". Cependant, Jamal al-Dura désigne de son index ce qui semble des cicatrices qui parcourent sa jambe du genou jusqu'au pied, donc bien au-delà du "milieu" de la jambe (13'47''-14'19''). Le Dr Yehuda David affirme que certaines cicatrices datent de son opération chirurgicale en 1994.
- Jambe droite. Selon le "rapport" du professeur Walden, Jamal al-Dura aurait de "multiples blessures par balles" et une "blessure par balle au tiers supérieur du tibia". Jamal al-Dura ne désigne que deux zones de cicatrices de "blessures par balles". Pointée par l'index de Jamal al-Dura, la zone du petit rond près du pied droit apparaît dépourvue de plâtre ou bandage et sans aucune blessure le 1er octobre 2000 dans le film de France 2 (11'21'') ; elle ne peut donc pas correspondre à une blessure par balle israélienne le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim. Comment Jamal al-Dura a-t-il pu se tromper ? Reste donc une "blessure par balle au tiers supérieur du tibia". Cette prétendue cicatrice est peu visible, et la caméra de Tala Abu Rahma la quitte rapidement pour se déplacer vers le petit rond près du pied.


- Quels calibres de balles ? A la différence du "rapport médical" jordanien cité par le Tribunal, le "rapport" du professeur Raphael Walden ne distingue aucune différence de calibre dans les balles censées avoir blessé Jamal al-Dura. Comment des balles de même calibre, provenant du même endroit, tirées par les mêmes soldats, peuvent elles provoquer des blessures tantôt aux "cicatrices" minuscules et rondes et tantôt aux cicatrices longues et fines ?


- Comment une fusillade aussi nourrie dans la durée - « Les balles pleuvaient autour de nous comme de la pluie » et ce, "pendant 45 minutes" selon Talal Abu Rahma -, a-t-elle pu laisser sur le corps de Jamal al-Dura si peu d'impacts de balles, toutes étrangement focalisées "au niveau des deux jambes", alors que sa tête était visible au-dessus du baril pendant 16 secondes sans être atteinte par des balles (7'58''-8'03'' et 8'19''-8'30'') ? "Les armes utilisées [par les soldats israéliens] sont des fusils d’assaut, capables de tirer par rafales et dont la cadence de tir est de six cents à huit cents coups à la minute. En supposant même qu’un seul tireur ait tiré 50 coups à la minute, le nombre de coups de feu sur une durée de 40 minutes aurait été de DEUX MILLE...", écrit l'expert balistique mandaté par Philippe Karsenty dans son rapport du 19 février 2008.


- Comment concilier "l'hémorragie" évoquée dans ce "rapport médical" jordanien et l'absence de sang sur les vêtements, le sol et le mur derrière Jamal al-Dura, pendant et après les "tirs venus des positions israéliennes" ? "Du sang sur un tee-shirt blanc, cela se voit", a ironisé le Dr David Yehuda interviewé par Michel Zerbib sur Radio J, le 5 mai 2011. Et sur un pantalon bleu aussi, serait-on tenté d'ajouter. Le commentaire du film présenté par France 2 à la Cour d'appel de Paris en 2008 allègue qu'une tache près du bras droit serait du sang (8'14''). Mais le "rapport médical" jordanien, auquel le Tribunal accorde une telle "foi", ne relève des "blessures par balles" qu'au "niveau des deux jambes".

Quel crédit accorder à ce "rapport médical" jordanien ? C'est sur ce "rapport" que le Tribunal se fonde - "il y a lieu de croire, sur la foi de ce rapport" - avant de conclure que la "preuve des imputations diffamatoires" n'est pas apportée. En fondant ainsi sa décision sur ce "rapport médical" jordanien - certaines de ses phrases contredisent notamment un autre "rapport médical" -, le Tribunal semble avoir renoncé à son devoir de statuer en droit, avec bon sens et avec logique. A noter que la justice française offre des exemples où des magistrats motivent leurs jugements en se fondant sur des rapports d'experts - psychiatre, spécialiste en immobilier - contestables par leurs imprécisions, leurs contradictions, etc. Ce qui est préjudiciable pour les justiciables qui subissent des dommages.

Curieusement, ce Tribunal qualifie de "déclaration péremptoire" une observation du Dr Yehuda David induite par son expertise acquise en particulier sur les champs de guerres au sein d'unités de Tsahal. Ce chirurgien émérite a affirmé, notamment à l'audience, que Jamal al-Dura n'aurait pas survécu - il se serait "vidé de son sang en quelques minutes sans pouvoir atteindre l'hôpital de Gaza" - si son artère fémorale avait été touchée par des balles de M16 israéliens ce 30 septembre 2000.

Une information majeure
En qualifiant de "limitée" la portée de la révélation du Dr Yehuda David, le Tribunal minore sans raison une information majeure.

En effet, en 2000, Jamal al-Dura a attribué toutes ses blessures à Tsahal. C'est aussi ce qui ressort de ce film de Talal Abu Rahma pour France 2 et en date du 23 octobre 2004. Un film intégré dans celui montré par France 2 et Charles Enderlin à la Cour d'appel de Paris le 27 février 2008 et visible sur le site de France 2 (13'04''). En rappelant son opération de chirurgie réparatrice de 1994, le Dr Yehuda David non seulement a annihilé les allégations de Jamal al-Dura, de Talal Abu Rahma et de France 2 en ce qui concerne les membres opérés, mais a réduit le crédit à apporter à leurs allégations d'autres "blessures par balles".

Et ce chirurgien se voit conforté dans ses affirmations par ledit "rapport médical" jordanien qui évoque, aux dires mêmes du Tribunal, "d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit", et donc, a contrario, aucune autre nouvelle blessure à cette main de Jamal al-Dura.

Enfin, on peut s'interroger sur le choix de Jamal al-Dura d'avoir judiciarisé les questions visant ses blessures, alors qu'il aurait pu répondre aux questions de Clément Weill-Raynal et de Luc Rosenzweig, venir s'exprimer devant le Tribunal et surtout accepter d'être examiné par les experts d'une commission d'enquête indépendante chargée d'établir la vérité sur ce qui s'est produit le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim, et dont la constitution a été demandée par Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) en 2008, puis en 2011.

D'autant que les autorités israéliennes ont toujours indiqué qu'elles ne mettraient "aucun obstacle à ses déplacements".

Il est désolant qu'aucune des institutions publiques françaises - notamment la direction de France Télévisions, le ministère de la Culture et de la Communication et le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) - ne soit intervenue depuis tant d'années pour mettre un terme par des réponses à ces questionnements légitimes et logiques sur "l'incident al-Dura".

(1) J'ai collaboré comme journaliste à Actualité juive et à la Metula News Agency.


Articles à lire sur
- l'affaire al-Dura/Israël
- la France
- le Judaïsme/Juifs
- le Monde arabe/Islam
- Articles in English

Cet article a été modifié le 15 octobre 2011 puis les 13 mai 2011 et 30 septembre 2016.

L’histoire sous les pieds. 3000 ans de chaussures


Le Spielzeug Welten Museum Basel (Jouet Mondes Musée Bâle) a présenté l’exposition L’histoire sous les pieds. 3000 ans de chaussures. Une histoire trimillénaire, révélatrice des variétés de chaussures, de leurs dénominations, ainsi que d’une société et de la personne les arborant. Une quasi-rétrospective qui omet d’évoquer le judaïsme, l’Etat d’Israël et la dhimmitude. Le 30 septembre 2017, à 16 h 25, Arte diffusera, dans le cadre des Objets de la vie (Meine Siebensachen), Histoires de chaussures (Der Schuh), par Michael Dörfler (2016, 27 min). 



Soulier, savate, sandale, botte, bottine, trotteur, sabot, spartiate, ballerine, Salomé, baby – ou Charles IX et Mary Jane -, bottillon, pantoufle, chausson, escarpin, mocassin, basket, tennis, espadrille, Santiag, Rangers, Richelieu, Monk, charentaise, tong, mule, babouche… Les variétés de forme de chaussures se comptent par dizaines.

Ajoutons les différents talons - aiguille, à (demi)pointe ou compensés, en bois ou en liège, recouverts ou non, peints, brodés ou cloutés, bas ou hauts… -, et les formes pointues, carrées ou en ogives.

C’est à la chaussure, « objet de la vie quotidienne protégeant depuis des millénaires la plante des pieds des hommes, des femmes et des enfants » que s’intéresse le Spielzeug Welten Museum Basel (Jouet Mondes Musée Bâle).

En partenariat avec le Northampton Museums and Art Gallery  en Angleterre, qui réunit « plus de 12 000 paires de chaussures historiques, soit la plus importante collection de souliers historiques au monde, ce voyage nous emmène à travers la mode de la chaussure de ces 3000 dernières années par l’intermédiaire de plus de 220 paires de modèles originaux ». 

Un « voyage dans le temps nous entraîne à travers les siècles – l’objet le plus ancien exposé provient de l’Égypte ancienne et date de 1000 ans » avant l’ère commune – « et l’histoire internationale de la chaussure jusqu’au XXIe siècle. 

La scénographie a inclus un « ancien établi de cordonnier accompagné des outils correspondants ». Sans oublier la publicité, des boucles et autres objets liés aux chaussures.

Car cet accessoire indispensable fait intervenir artisans, ouvriers tanneurs, designers, spécialistes en publicité et marketing, médecins, journalistes, fabricants de cirages, menuisiers pour dressing-room.

Le Spielzeug Welten Museum Basel souligne les fonctions de la chaussure : protection, reflet de la mode, du statut social et signe d’appartenance à un groupe. Ainsi, dans « l’Égypte ancienne, seuls les pharaons avaient le droit de porter des sandales en feuilles d’or ou d’argent ».


Conçue comme un résumé évolutif des modes passées, présentes et anticipatrice d’un air du temps à venir – une trentaine d’artistes/designers du monde entier ont confié leurs créations à ce musée -, la chaussure inspire des adages et des auteurs, tel Le savetier et le financier , deuxième fable  du livre VIII de Jean de La Fontaine (1678) adaptée en 1856 par Hector Crémieux, qui rédige le livret de l'opérette-bouffe Le Financier et le Savetier dont la musique est signée de Jacques Offenbach.

Qu’est-ce qu’une chaussure ? 

Une chaussure ? C’est un « élément d’habillement servant à la protection de la plante des pieds, dont la partie supérieure est toujours liée de manière fixe avec un support solide en cuir, en bois, en caoutchouc ou en matière plastique. Elle est composée de deux pièces principales: la partie supérieure, la tige, et la partie inférieure, appelée semelle. La tige est souvent composée de plusieurs couches et pièces détachées qui sont collées ou cousues ensemble: les quartiers de doublure (doublure), la doublure de tige (doublure intermédiaire) et la tige (dont l’empeigne) ». 

La base « est composée selon les modèles d’au moins une semelle (par exemple les mocassins) ou bien – selon l’exemple typique des chaussures basses en cuir – d’une première de montage sur laquelle est fixée une semelle d’usure. La zone du talon présente souvent une élévation de la semelle, appelée aussi talon ».

« Répandues dans le monde entier, biens élémentaires de vie et parfois de survie, articles de mode ou bien de consommation, les chaussures sont aussi des objets de désir. Soumises à une usure considérable », elles nécessitent un entretien, des réparations, voire un renouvellement continu.

En 2012, dix milliards d’euros ont été dépensés en Allemagne pour l’achat de chaussures, soit trois à cinq paires de chaussures neuves en moyenne achetées par personne et par an. 

Peu de vêtement ou d’accessoires ont « laissé autant de traces ou été porteurs d’autant de messages et d’émotions que la chaussure. Sa forme, sa couleur, son matériau, sa fabrication, son modèle et son prix en disent beaucoup sur le style de vie de son possesseur », voire sa personnalité, son statut social, ses goûts, sa perception de la vie, ses arbitrages financiers, son attention à la mode (fashion-addict)...

Selon « des sondages, une femme sur cinq détient plus de vingt paires de chaussures – contre seulement un homme sur vingt-cinq ».

Les chaussures au fil du temps
« Marcher avec des chaussures est un privilège humain. L’histoire de l’évolution de la chaussure reflète l’histoire des cultures de l’humanité ».

Il « n’existe pas de chaussures originelles. Dans les régions les plus froides, des fourrures d’animaux furent probablement utilisées pour entourer les pieds et les mollets. D’autres peuples entouraient seulement des peaux en forme de sacs autour de leurs pieds. Ce sont les ancêtres des mocassins. Dans les régions chaudes, des feuilles de palmier étaient attachées sous la plante des pieds et les protégeaient du sol brûlant – un ancêtre éloigné des sandales. Les débuts du découpage et du laçage ne se laissent pas exactement dater. L’élaboration formelle date probablement d’il y a 40 000 ans. La découverte la plus ancienne est une sandale en raphia datant d’environ 8300 av. J.-C. Elle protégeait le pied d’un Amérindien originaire d’Amérique du Nord. Les restes les plus anciens de chaussures en cuir sont originaires des Alpes bernoises. Ils furent probablement portés par un chasseur alpin du Néolithique vers 4300 av. J.-C. »

Les « premières informations historiques vérifiables concernent des sandales, le plus souvent en paille tressée ou en feuilles de palmiers, conservées pour la postérité dans le sol sec égyptien. Le droit exclusif de chausser ses pieds de sandales appartenait aux dieux, aux souverains et aux dignitaires de l’Égypte ancienne. Alors que dans les régions nordiques les femmes eurent la primauté du port des chaussures, ce sont ici les hommes qui en porteront les premiers. Le port des sandales était un insigne de pouvoir. La sandale égyptienne perdit pourtant de son exclusivité à travers les siècles. Dans l’Égypte ancienne, seuls les pharaons portaient des sandales en feuilles d’or ou d’argent et seuls les hauts dignitaires, ainsi que les prêtres eux-mêmes, avaient le droit de porter des sandales. Le peuple allait pieds nus ».

Il « en a été probablement de même dans les cultures anciennes de Mésopotamie, où le changement entre des modèles larges et des formes pointues semblent esquisser une évolution vers des phénomènes de mode. On y connaît les glissoirs et aussi déjà les poulaines retournées vers le haut ».

Dans la Grèce antique, le port des sandales était réservé exclusivement, ainsi que dans la vallée ancienne du Nil, aux hauts dignitaires. Les héros des guerres de Troie protégeaient leurs pieds de sandales splendides. D’autres modèles de chaussures étaient contemporains de la Grèce de l’époque classique. Les femmes et les vieillards préféraient les chaussures souples et fermées de style perse, les Persikai. Les nomades et les chasseurs portaient des chaussures montantes de type oriental et plus tard des bottes lacées ».

Dans la Grèce antique, « une ordonnance datant de 700 av. J.-C. réglementait l’utilisation de bijoux sur les sandales ». 

De « strictes règles ordonnaient sous l’Empire romain le port de tel modèle de chaussures par telle personne, ainsi que la manière selon laquelle les souliers pouvaient être décorés ». Les « Romains reprirent en grande partie les modèles des chaussures grecques, dont ils réglementèrent bien plus sévèrement le port. Ainsi sous l’empereur Hadrien (117-138) était-il moralement répréhensible de sortir avec des sandales lorsque l’on était une femme ou que l’on appartenait à la caste des sénateurs. Les semelles simplement nouées étant alors des accessoires ancillaires. La toge et le calceus étaient les insignes honorifiques de l’habit du citoyen romain. Les citoyens romains portaient habituellement des semelles de cuir tenues autour du pied et de la cheville par des bandelettes de cuir et attachées à l’aide de lanières. Le nombre de bandelettes indiquait le rang social. Les chaussures montantes sur les chevilles, fermées ou ouvertes sur les orteils, servaient d’accessoire de la toge à l’extérieur de la maison. Certaines positions sociales ouvraient le droit de porter des calcei distinctives. Les patriciens, plus tard les magistrats curules avaient le privilège du port du Calceus Patricius, fait de cuir rouge, à semelle montante et languette de cuir, munie d’une agrafe d’ivoire en demi-lune ». 

L’empereur Aurélien (270-275) « fit punir sévèrement les excès. Il était interdit aux hommes de porter des chaussures de couleurs. Les femmes conservaient l’option de porter des chaussures pour lesquelles des matériaux précieux, ornés de perles et de pierres précieuses étaient utilisés. Durant l’Antiquité, l’utilisation des sandales avec une variété de formes et de modèles reste majoritaire. Un changement se dessine vers la fin du 4e siècle, tout d’abord sur le territoire d’influence byzantine et ensuite à Rome, avec l’ascendant croissant des souliers fermés et des chaussons en cuir simple marron ou noir, mais aussi parfois en cuir pourpre richement décoré ».

Au Moyen Âge, la « longueur de la pointe du soulier alors en vogue, la poulaine, indiquait l’appartenance de son porteur à une certaine classe sociale ». 

Les tribus germaniques de l’Est du Rhin et les Francs à l’Ouest « portaient des chaussures primitives en peaux et fourrures. L’époque des grandes migrations voit la prépondérance de la chaussure attachée, chaussure faite d’un morceau de fourrure ou de peau liée au niveau de la cheville, sur tous les modèles plus élaborés de chaussures. Manifestement, les dignitaires civils et religieux furent les seuls à porter des souliers plus élégants. À l’époque carolingienne (du 7e au 10e siècle) apparaît une chaussure utilisant la technique du bandage, recouvrant le pied et le mollet, laissant ainsi les orteils libres ». 

Les « courtisans qui donnaient le ton portaient pour la plupart des modèles de chaussures pointues. La mode, portée à l’exagération et oubliant toute mesure, laissa grandir la pointe des chaussures vers la fin du Moyen Âge – sous une influence orientale déterminante rapportée par les croisés. La poulaine était lancée. Elle représentait à cette époque un insigne de rang. La poulaine se portait accompagnée de sa galoche en bois, le patin. La précieuse pointe de la poulaine était ainsi protégée de la boue des rues et le porteur s’en trouvait rehaussé d’autant. Lorsqu’une démarche affectée elle-même fut gênée par la longueur de la pointe, cette dernière fut attachée à la jambe. Le port de la poulaine fut aussi interdit par endroits. Une ordonnance zurichoise de 1371 annonçait : « De même est-il interdit à chaque homme, femme, garçon ou fille, de porter une chaussure au bout de laquelle se trouve une pointe pouvant contenir quelque objet que ce soit…»

Si les chaussures portées « reflétaient à la fois l’appartenance à un certain rang et le niveau de fortune, le rejet du port de chaussures pouvait prendre une signification toute particulière. Ce geste exprimait à la fois l’humilité et une disposition de repentance. Il était de mise d’approcher les saints pieds nus, cela appartient au savoir archaïque de nombreuses cultures. Les pèlerinages organisés ou en solitaire s’effectuaient parfois pieds nus (dans des conditions exacerbées de difficulté dans les deux cas); cette tradition perdure de nos jours dans les régions méditerranéennes. « Aller à Canossa » est une expression qui rappelle la tradition légendaire selon laquelle l’empereur Henri IV sollicita l’absolution du pape Grégoire VII durant l’hiver de l’année 1077 pieds nus et en chemise de pénitent dans la cour enneigée du château de Canossa ». 

A l’époque moderne, « au temps du Roi-Soleil Louis XIV (1643-1715, roi de France et de Navarre), le roi et la haute noblesse avaient seuls la permission de porter des talons rouges ».

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le « port de souliers haut de gamme à empeigne en cuir de veau (accompagnés d’un costume de qualité supérieure), suggérait que son porteur n’effectuait pas de travail physique, qu’il appartenait à la classe dirigeante, qu’il pouvait ainsi s’offrir ce genre de chaussures, sachant par là même apprécier le raffinement offert par la vie ».

« L’origine des talons et des chaussures à plateaux reste incertaine. On peut penser qu’ils facilitèrent l’utilisation des étriers en équitation ou qu’il était ainsi plus aisé de patauger à travers les rues dépourvues d’égouts au Moyen Âge. L’apogée de l’évolution des semelles élevées se rencontre au XVIe siècle, avec les chopines (Renaissance), des chaussures à socle portées à Venise et Florence pouvant atteindre 40 centimètres. Accompagnées d’autres accessoires – un serviteur d’un côté et un galant homme de l’autre en guise de tuteurs pour la porteuse – elles nécessitaient un très bon sens de l’équilibre. Ces chopines extravagantes, portées par les dames à la mode et un rien excentriques de Venise et Florence, étaient composées d’une semelle élevée en bois léger recouverte de tissus ou de cuir et en général décorée très richement. Le Grand Conseil de la ville sur la lagune intervint rapidement avec l’aide de règlements, afin de limiter les aberrations de la mode ». 

« Alors que l’homme du monde exprimait sa confiance en soi à travers la longueur de la pointe de ses poulaines, l’élévation des talons au XVIe siècle rendit une envergure considérable et impressionnante à son apparence. Le changement de posture des porteuses de talons donna à leur démarche un balancement érotique des hanches. La simple vue d’une cheville féminine découverte dépassant sous un long ourlet, faisait se pâmer la gent masculine. Au XVIIe siècle, les souliers à talons se répandirent à travers toute l’Europe ». 

Le « style enjoué de l’époque baroque » influa à la fois sur la chaussure et sur le talon. « On portait alors le soulier bas de velours ou de soie avec de riches broderies ornementales. À cela se rajoutèrent les barrettes de fermeture et les boucles. Sous le règne du Roi-Soleil Louis XIV (1643-1715, roi de France et de Navarre), le talon atteignit des hauteurs vertigineuses, ce qui rendit aux dames l’utilisation de cannes nécessaire dans leurs déplacements ». 

La Révolution française mit un terme à cette mode. Les « boucles aux souliers des hommes et les talons hauts devinrent des insignes de l’aristocratie », que les révolutionnaires abhorraient et visaient à éliminer. Naquit alors « un type nouveau de chaussures sans talons, plus menu, plus léger et sobre : l’escarpin ou la bottine de l’époque plus prosaïque de l’Empire. Timidement apparurent de nouveau les décorations, les étoffes plus riches ou les cuirs de couleurs ». 

Le Rococo rendit indissociable le talon de la chaussure. « Ce fut la haute époque de la chaussure féminine effilée et portant un fort message érotique. L’idéal de la beauté féminine était le pied menu et fin au début du XVIIIe siècle. Ainsi les chaussures étaient-elles façonnées comme de petits chefs-d’œuvre graciles et les larges jupes à cerceaux furent raccourcies, afin de présenter les tendres pieds et les souliers fins ».

C’est seulement à l’ère bourgeoise du Biedermeier – style, art et culture caractérisant, de 1815 (Congrès de Vienne) à 1848 (Révolution de mars 1848), les États de la Confédération germanique et dans l'Empire d'Autriche- que « les nœuds et les volants furent de nouveau utilisés. À cette époque (1810-1820), le talon a retrouvé le devant de la scène ». L’époque du Biedermeier a imposé une élégance masculine « correcte et assortissait les vêtements des hommes, « durant un siècle, avec des chaussures hautes, la bottine ».

Prise en compte durant l’Antiquité et le Moyen Âge, « l’anatomie des pieds redevint un sujet digne d’intérêt seulement à partir des XVIIIe et XIXe siècles. Les connaissances orthopédiques permirent le développement et la diversification des chaussures contemporaines de ces époques; beaucoup d’entre elles sont encore utilisées de nos jours. L’initiateur de ce tournant orthopédique est le docteur en anatomie Georg Hermann von Meyer (1815-1892), originaire de Francfort et qui enseigna durant des dizaines d’années à l’Université de Zurich ».

Les « modes de chaussures se succédèrent à partir de ce moment à des rythmes plus rapides – on comprend la raison de ce phénomène : l’artisanat et l’industrie de la chaussure, devenue une force économique importante, travaillaient libres de toute obligation et contrainte de s’orienter vers un style particulier qui aurait été uniforme et universel ». 

C’est « seulement un demi-siècle plus tard, à l’époque de l’Art nouveau, que cette indépendance fut considérée comme une lacune ». 

Les « générations suivantes apprécièrent les bottes à tige haute à lacet ou à boutons. Elles avaient, semble-t-il, tout loisir et suffisamment de patience pour lacer et boutonner ce genre de souliers ». 

De « nouveaux matériaux et éléments décoratifs furent utilisés ». 

« Grâce au début de la révolution industrielle, les chaussures devinrent à la portée » de tous. 

« Dans les années 1920, les jupes se raccourcirent et dévoilèrent les chaussures. La position exposée prise par les chaussures, qui avaient vécu jusqu’à ce moment-là plus ou moins cachées, déclencha une succession rapide des modes : formes, couleurs et décorations se suivirent sans se ressembler ». 

Avec « la complicité des orfèvres, les différentes sortes de souliers à boucles prirent une apparence de raffinement. Le talon devint plus haut, fut recouvert de strass ou de pierres précieuses, pour les souliers les plus luxurieux. Les robes du soir devaient être accompagnées de fines chaussures de brocart or et argenté ou de soie de couleurs éclatantes ». 

Les « costumes sobres de matinée étaient accompagnés d’escarpins, de chaussures à brides, de chaussures basses ou de bottines d’atlas noir, de moire ou de velours ». 

Un « nouveau matériau fut produit par les ateliers du cuir dans les années 1920: un cuir recouvert d’une feuille d’or et d’argent ». 

« L’élégante des années 1930 portait des escarpins exquis à talons mi-hauts ou hauts, ainsi que des chaussures à talons compensés ou à plateaux ». 

Les « talons compensés et les plateaux en liège et en bois furent portés jusqu’en 1945 ». 

Les « jupes féminines en forme de cloches du New Look de la fin des années 1940 ne s’accommodaient pas avec les semelles et les talons massifs. Les semelles des escarpins s’affinèrent et les talons s’amenuisèrent ». 

« Alors que les talons des escarpins classiques de couleur pastel des années 1950 présentaient un diamètre de six centimètres, ceux-ci devinrent plus étroits dix ans plus tard pour atteindre la forme très haute et très mince des talons crayon qui donneront les talons aiguille. Le talon cube apparut en réaction à ces chaussures hautes et exagérément pointues. Les bouts angulaires et obtus, ainsi que les ballerines plates et souples, étaient très appréciés des jeunes filles ».

Pour « accompagner les minijupes des années 1960, les talons crayon descendirent et s’élargirent de nouveau. C’est vers la fin de cette décennie que les escarpins quittèrent le devant de la scène. La mode hippie amena son lot de sandales de couleurs et le retour des semelles à plateaux ». 

Le « style de chaussures des années 1970 s’oriente vers des modèles à bout large, aplati, à semelles compensées ou à très hauts plateaux. C’est l’époque des mélanges de matériaux et de couleurs, avec les tiges en matière plastique et les talons de plexiglas dans des tons de rouge, de vert, de mauve et d’orange. Le mouvement opposé prône les chaussures saines fabriquées à l’aide de matériaux naturels et munis d’une semelle orthopédique ». 

C’est « dans un feu d’artifice de couleurs que commencèrent les années 1980 dans le domaine de la chaussure. Sans oublier les jambières, les sobres escarpins noirs décorés de boucles, mais aussi les chaussures basses pointues serties d’une fermeture éclair sur le côté, les talons hauts et les chaussures à plateaux. Les phénomènes de fitness, jogging et aérobic firent sortir la chaussure de sport des vestiaires pour la conduire jusqu’aux salons ».

Le « style éclectique des chaussures contemporaines permet à la femme de porter des bottes de cowboy ou des chaussures de sport avec une robe du soir et une paire de jeans déchirés avec de fins talons hauts ou high heels. Chaque modèle de chaussures que nous portons aujourd’hui est un écho de jadis ». 

Le thème du jouet apparaît dans l’exposition par les « travaux de fin d’études d’étudiants de la Dutch Shoe Academy d’Utrecht aux Pays-Bas, sous la direction de Liesel Swart, fabriqués spécialement. Playmobil®, Lego®, perles Perler® ou des puzzles : autant de sources d’inspiration pour l’élaboration de chaussures ».

D’autres « modèles de souliers sont fournis par les lauréats de la Fashion and Shoe Designing Academy of Fine Arts (SASK) à Sint-Niklaas. Cette institution propose « une formation à mi-temps – soit en tant que seconde voie d’études, ou bien en complément d’un travail à plein temps ou à temps partiel. L’académie propose une solide formation en stylisme, en artisanat et en culture générale historique ». 

Les chaussures pour enfants
Le port des chaussures oppose le pauvre au riche, le rural au citadin, et les enfants aux adultes ».

Les « jeunes « urbains avaient l’habitude, jusqu’au début du XXe siècle, du moins durant la saison chaude, de se déplacer pieds nus. C’est après la communion solennelle que les premiers pantalons longs et les chaussures appartenaient à leur garde-robe définitive ». 

Les « premières chaussures de bébé étaient considérées autrefois comme un porte-bonheur. Il s’agissait des chaussures dans lesquelles le jeune enfant faisait ses premiers pas vers l’âge de un ou deux ans. La plupart des modèles conservés sont dépouillés et datent du XIXe siècle. Ce sont des chaussures de cuir souple, le modèle à brides apprécié encore de nos jours est de maintes fois représenté. Certains petits souliers sont composés comme les chaussons de toile de lin ou de satin et sont décorés de broderies de couleurs. Ces modèles appartenaient à des familles aisées ». 

« Au-delà de l’âge et de la classe sociale, la caractéristique commune à ces petites chaussures datant du XIXe siècle », et dont certaines sont présentées dans l’exposition, « et à la plupart de leurs homologues pour adultes est le fait qu’elles étaient fabriquées à partir d’une forme de cordonnier identique pour les deux faces plantaires » : les formes et les chaussures sont fabriquées « symétriquement et possèdent la même structure pour le pied droit, comme pour le pied gauche. Le port prolongé de la chaussure lui-même imprimait plus ou moins la forme naturelle du pied. Cette phase de formation de la semelle est par nature néfaste pour le squelette des pieds, en particulier pour celui de l’enfant en période de croissance, car ses os sont malléables. 

Cette « coutume perdurera pourtant durant des siècles ». 

Vers 1900, débuta la fabrication des « paires de souliers – la réforme de la cordonnerie fit son chemin lentement. Un changement radical de la perception de la beauté et des sensations corporelles devait avoir lieu dans les esprits, avant de pouvoir reconnaître la forme innovatrice des chaussures à sa juste valeur. Un changement structurel de la production devait avoir lieu, aussi bien dans le domaine industriel que dans celui de l’artisanat. Après cinquante ans d’un combat culturel concernant la chaussure, la victoire de la faction soutenant la fabrication par paires des formes et des chaussures fut affirmée ». 

Les chaussures et l’art
« L’évolution de la chaussure ne s’observe pas seulement dans la mode, mais aussi au niveau de l’art. Le soulier a quitté sa simple fonction usuelle au début du 20e siècle pour pénétrer sur la scène de l’art à travers le dadaïsme et le surréalisme. On recherchait la provocation et l’irritation, ce qui est encore vrai de nos jours. La chaussure reste un sujet de prédilection de controverse artistique. L’art contemporain reflète, ironise, exagère et critique à travers la chaussure les traits et les pires pratiques de notre société du temps libre et de la consommation ».

Les « souliers cachent en leur sein un potentiel créatif ». 

Il « n’y a plus de frontière entre l’art, l’artisanat et la conception de produits. La chaussure dans ses aspects sociaux et créatifs est une source d’inspiration intarissable pour les artistes et les architectes internationaux. Cet objet usuel de mode sublime sa portée première entre leurs mains pour se transformer au choix, en un objet individualisé et spectaculaire, en prise de position conceptuelle, parfois provocatrice, ou enfin en petite sculpture étrange ». Au détriment de l’utilisateur ?

Les « stylistes, les architectes, les concepteurs de jeux, les artistes et les graphistes envahissent la scène de la conception de chaussures. De nouveaux domaines d’intérêts naissent régulièrement de l’utilisation de nouveaux matériaux ou de techniques artisanales nouvelles, entraînant de nouvelles perspectives ».

Industrie de la chaussure
Le 4 janvier 2017, le groupe Vivarte a démenti vouloir vendre André, enseigne de chaussures. En 1896, à Nancy, Albert Lévy, âgé de 23 ans, a fondé une usine fabriquant des chaussures à bon marché. En 1903, avec Jérôme Lévy, il fonde une chaîne de magasins de chaussures, André.

L’industrie de la chaussure « n’est pas la seule à avoir été entraînée dans le maelstrom des ébauches extravagantes de ces dernières années », parfois néfaste pour la morphologie des pieds et la colonne vertébrale. Ne pouvant rivaliser avec les coûts de main d’œuvre d'Italie, de pays d’Afrique ou du Sud-est asiatique, ayant tardivement misé sur l'exportation ou le positionnement dans le segment d'une qualité onéreuse, elle a quasi-disparu de nombreuses régions européennes – elle survit à Romans-sur-Isère,  longtemps appelée la "capitale de la chaussure de luxe", Fougères, Nancy… -, et été contrainte de se repositionner souvent dans le luxe, dans des niches.

Enjeu de stratégies de groupes financiers, des marques disparaissent (Cécile), fragmentent leurs clientèles. Même dans le luxe, des entreprises françaises ont déposé le bilan, tels Charles Jourdan fondée en 1921, et Stéphane Kélian dans la Drôme, et dont les campagnes publicitaires photographiques (1967-1981) étaient signées par Guy Bourdin.

Les marques françaises, Roger Vivier et Christian Louboutin, spécialisées dans l’escarpin à talons aiguilles dont Roger Vivier disait qu'il « termine la silhouette d’un coup de crayon », fabriquent certes en Europe, mais principalement en Italie.

Sous la marque Le Soulier français, plateforme pour jeunes créateurs, Xavier Porot, ingénieur. et Priscille Demanche, créatrice, s'efforcent de relancer en 2015 la production de chaussures à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, en engageant des ouvriers expérimentés. Tous deux avaient créé les marques Ellips et Bichette. Dominé par le Vercors, cette ville bénéficiait d'une quantité importante d'eau nécessaire aux tanneurs et mégissiers dès le Moyen-âge. "Il ne subsiste à Romans qu'un tanneur (Roux, racheté par le géant du luxe LVMH) et quelques noms de la chaussure haut de gamme comme Robert Clergerie ou Laure Bassal. Les deux grandes marques emblématiques, Depuis début août 2015, ces deux entrepreneurs "proposent des services qu'on ne trouve plus en France (développement des produits, recherche de fournisseurs, logistique...) et bien sûr de la fabrication. Au total, l'investissement se chiffre à 500 000 euros. Les deux fondateurs ont référencé des centaines de fournisseurs pour pouvoir ajuster les coûts de production. Mais ils misent surtout sur le savoir-faire exceptionnel de leur équipe. D'où ce beau contrat : « On a repris des ouvriers de chez Jourdan et Kélian qui voulaient initialement se constituer en coopérative de production. Ils apportent leurs savoir-faire et, en échange, on va leur céder 20 à 30 % du capital », raconte Xavier Porot. Dans l'atelier, il y a Encarnation Sazio, 58 ans, au tressage. Elle a appris la technique chez Stéphane Kélian, LE grand spécialiste de la chaussure en cuir tressé, où elle est entrée à 17 ans. Au piquage, Boulos Bedraos impressionne par sa dextérité. Avec sa machine, il trace les coutures de la future chaussure à main levée ! Il a commencé à travailler à 8 ans au Liban, il a donc 50 ans d'expérience derrière lui. Igancio Zarcone, 27 ans chez Jourdan, est au montage, Gérard Perrat à la fabrication, et Christine Lebrat aux finitions. Des créateurs, comme Fred Marzo, Gordana Dimitrijevic ou Amélie Pichard ont déjà confié tout ou partie de leur production au Soulier français. Et de grands noms du luxe ont manifesté leur intérêt, soucieux de vouloir apposer le précieux tampon Made in France sur leurs semelles. Des pistes qui aboutiront, espère Xavier Porot, se voyant déjà doubler la production d'ici cinq ans (à 40 000 paires par an) et embaucher plus de 40 personnes".

Valeur ajoutée pour la chaussure française : l'innovation technologique. Fabriquée à Villepinte, dans l'Aude (Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées). dans le sud de la France, et "montée sur d'étranges ressorts", la chaussure de course à pied Enko a été présentée en janvier 2016 au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas (Etats-Unis), "rendez-vous international, devenu incontournable, pour tous les acteurs de l’électronique grand public", où elle a été primée pour son innovation. Conçue par un ingénieur de 61 ans, passionné de course à pied, Christian Freschi.
"C'était très difficile d'amener ces composants mécaniques dans une semelle de chaussure, tout en respectant la foulée, en gardant le confort. Avec son système d'amortisseur indépendant et de ressorts, la chaussure s'adapte, par tranche de 10 kilos, à la morphologie et au poids du runner. Nous sommes les seuls au monde à proposer cela !", s'est enthousiasmé cet ancien ingénieur en aéronautique.
Et d'expliquer : "Nous nous adressons à une clientèle qui est un peu oubliée par les grandes marques. Les fabricants de chaussures de running s'adressent aux athlètes, donnent toujours en image les champions, mais ont oublié un peu ces coureurs qui aiment courir pour le loisir, pour le plaisir, mais qui ont des petites pathologies, ou sont un peu en surpoids. J'ai donc essayé de travailler sur cela."
"En effet, si environ 8 millions de Français pratiquent la course à pied, seuls 15% font des compétitions.  "Mais ces 15% sont un vecteur de communication pour les marques. C'est une communauté d'ambassadeurs qui communiquent pendant les courses, sur internet, etc." Est ainsi dédaigné le "joggeur du dimanche, pourtant premier consommateur". "Lorsqu'on est jeune, athlétique, en bonne santé, entraîné, l'organisme absorbe tous ces chocs. En revanche, quand on court occasionnellement, ou que l'on veut continuer à courir en vieillissant, ou encore qu'on est un peu en surpoids, cela peut entraîner des pathologies. J'ai donc essayé d'optimiser cet amorti. C'est quelque chose qui n'était pas proposé sur le marché, alors que ces profils représentent la majorité des coureurs", observait Christian Freschi.
Il "sous-traite la fabrication du chaussant à un professionnel basé en Italie. "En France, il n'y a malheureusement plus de fabricant de chaussures de sport." Enko "fabrique ainsi l'intégralité de la semelle, le sous-traitant italien se charge de la partie chaussante et de l'assemblage avec la semelle. La start-up fait également appel à un cabinet de design pour designer la chaussure et l'ensemble des outils de communication exploités aujourd'hui par l'entreprise. "Nous sommes dans une vraie innovation de rupture", explique l'entrepreneur. Les chaussures Enko sont d'ailleurs interdites en compétition, parce qu'elles apportent un réel gain d'énergie. "Avec ce système mécanique, l'énergie qui est dispersée à l'impact, avec une chaussure classique, entre la chaussure et le corps, est emmagasinée dans un ressort. Ce ressort, qui est verrouillé quand il est écrasé, ne restitue pas l'énergie immédiatement - c'était d'ailleurs la difficulté de la création - mais, tout en douceur, pendant la phase de propulsion. Il y a donc un gain réel en performance."
"Il y a eu, politiquement, un gros effort de fait en France au niveau des start-up", constate Christian Freschi. "Il y a des aides et des crédits d'impôt, comme le crédit d'impôt recherche, qui permettent de financer l'innovation, notamment les dépôts de brevets, extrêmement coûteux. Je pense que cela pousse beaucoup d'entreprises à aller vers l'innovation." Le 10 novembre 2015, la chaussure Enko était honorée d'un CES Innovation Award, à New York, au côté de 200 autres entreprises". "Parmi ces 200 entreprises, il n'y a que 30 start-up. Et nous en faisons partie !", s'est réjoui cet entrepreneur.

Autre vecteur d'innovation française : des chaussures "100% vertes". Située au Longeron (Maine-et-Loire), l'entreprise Bionat produit "des chaussures à base de matières premières non polluantes", naturelles. Ni plastique, ni métal. Les semelles sont composées en "latex à base de lait d'hévéa, contrairement aux semelles de synthèse qui sont faites à base de pétrole", expliquait Rémy Caspar, dirigeant de Bionat. Cet "entrepreneur a été le premier à lancer une Biocoop en Alsace. Aujourd'hui, avec ses chaussures made in France, il emploie 25 personnes, dont huit dans cette petite usine, qu'il a relancée. L'entreprise en découle 10 000 euros par an, en vente directe et dans ses propres boutiques. Avec l'aide un financement participatif, elle espère moderniser son outil de production et séduire de nouveaux consommateurs". Le prix moyen d'une paire de chaussures Bionat : 200 euros. Bionat a ajouté à son offre des vêtements et accessoires à la composition respectueuse de ses valeurs.

En 2014, le chiffre d’affaires de l’industrie française de la chaussure s'élève à 896 millions d’Euros. Ses 89 entreprises emploient 5 400 personnes pour une production française de 23,2 millions de paires de chaussures. Le commerce extérieur ? L'exportation de 97,5 millions de paires représente 2,33 milliards d’Euros. Les principaux pays à l’export sont Italie, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, Belgique, Etats-Unis, Hong Kong. Les 510 millions de paires représentent 5,64 milliards d'euros, et proviennent de ces pays : Chine, Italie, Vietnam, Portugal, Espagne, Indonésie. Quant au marché (ventes aux consommateurs), il atteint  8,8 milliards d’Euros.

Les magasins de chaussures ont évolué. Exeunt les boutiques reléguant les boites dans les arrières-boutiques ou caves, afin de laisser la place aux fauteuils confortables destinés à la clientèle. Désormais, les paquets trônent dans les magasins, les clientes circulent entre les rangées ou semi-colonnes de boites de chaussures, essaient, se servent, achètent, plus ou moins compulsivement. Le rôle des vendeuses a aussi évolué.

Dans une ère consumériste prisant les fashion victims, la piètre qualité des cuirs employés et les façonnages hâtifs – mauvais collage au lieu de couture solide, talons creux et non plus compacts – ont réduit la durée de vie de chaussures.

Exeunt aussi les marques suivant le nourrisson jusqu'à l'âge adulte par une offre globale unissant chaussures pour hommes et pour femmes (Bally). Depuis quelques décennies, les enseignes fragmentent les clientèles : adolescents et vingtenaires en quête de chaussures tendance et pas chères, seniors soucieux du confort de leurs pieds sensibles, enfants jusqu'à la pré-adolescence, etc. Le commerce des chaussures marque aussi la géographie de villes, par la concentration de magasins spécialisés : rue Meslay (75003), située dans la partie du Marais limitrophe à la place de la République, rue du Havre reliant le boulevard Haussmann à la gare Saint-Lazare, à cheval entre les VIIIe et IXe arrondissements.

Parfois présent sur Internet et les réseaux sociaux, un commerce de boutiques concurrencé par les sites de ventes en ligne.

Milémil se situe dans une niche de haut de gamme : des baskets de ville et des chaussures de football, à crampons  vissés ou moulés, entièrement fabriqués en France avec du cuir de vachette et une doublure en coton. Par sécurité, la tige et la semelle sont cousues ensemble. Disponibilité : de 48 heures à quatre semaines. Située à Romans-sur-Isère, l'entreprise recourt au crowdfunding, financement participatif, sur le site Ulule. La quasi-totalité des commandes proviennent d'hommes vivant en Europe et en Amérique du nord. Le prix d'une paire de ces chaussures made in France ? 139 €-149 €.

Liza Snook et son Virtual Shoe Museum 
Le Virtual Shoe Museum « existe depuis presque une décennie. Tout débuta avec un exposé numérique destiné à des amis et aux visiteurs d’une immense collection réelle de souliers, d’articles pour chaussures, de cartes postales, de livres, de souvenirs concernant les chaussures, de souliers de poupées Barbie, de sabots, de souliers de danse, de chaussures célèbres dans l’histoire du cinéma, comme les chaussures rouge rubis, portées par Dorothy dans le film Le magicien d’Oz, ou bien les bottes argentées portées par Jane Fonda dans Barbarella. Cette collection fut rassemblée sur plus de 25 ans et représente le contenu de multiples étagères. Le classement des objets, leur catégorisation et leurs relations entre eux: tout cela se développa peu à peu dans l’esprit de Liza Snook, lorsqu’elle les photographia et durant leur installation dans le musée virtuel. Elle fabriqua en collaboration avec son partenaire Taco Zwaanswijk une carte de son musée virtuel, de sa structure et de son fil conducteur. Une réflexion sur sa collection personnelle représenta un évènement important et fut la base de la reconnaissance du potentiel contenu dans une exposition virtuelle. De nombreux stylistes et artistes ont fait partie du projet dès le début et y ont prêté main forte. Depuis 2004, une croissance énorme du nombre de visiteurs et de participants est enregistrée ». 

Liza Snook « collectionne les chaussures et l’art dans son Virtual Shoe Museum, une tâche connaissant une croissance régulière. Représentez-vous la collection comme un grand cercle. Le contenu du cercle constitue la matière connue, ce qui se trouve en dehors est encore inconnu. C’est ainsi que le cercle gagne en superficie à chaque fois qu’une pièce nouvelle d’art ou un modèle nouveau enrichissent la collection ». 

« Quelle est la vraie nature du Virtual Shoe Museum ? Est-ce d’induire son public en erreur, afin qu’il se pose la question: est-ce vraiment une chaussure ? Peut-on la porter ? Si la réponse est négative, est-ce primordial ? Dans le domaine du virtuel, ces questions ne constituent pas des critères de jugement, mais ce sont les aspects partiels supplémentaires d’une collection en croissance constante. Le Virtual Shoe Museum ne nécessite aucun exposé, aucune vitrine, aucune annexe ou entrepôt supplémentaire, aucune mesure de sécurité, pas de climatisation, ni d’assurance. Il n’y a ni bâtiment, ni d’horaires d’ouverture. Le Virtual Shoe Museum de Liza Snook est disponible à tout visiteur, prêt à être découvert et apprécié 24 heures sur 24, sept jours par semaine et 365 jours par an ».

Il y a quelques années, le Virtual Shoe Museum « obtint la première offre de participer à une véritable exposition de chaussures. Cette invitation à s’ancrer en quelque sorte dans la réalité a ouvert de nouvelles perspectives et mis en place de nouveaux contacts. Liza Snook pénétra un nouveau champ opérationnel avec des expositions au musée Grassi des arts appliqués de Leipzig et au musée Villa Rouge d’Ulm en Allemagne, mais aussi avec « SHOEting Stars» au KUNST HAUS WIEN de Vienne en Autriche. Ce travail avec différents musées fut à l’origine de contacts avec des artistes qui n’auraient sans cela certainement jamais eu lieu. L’évolution du Virtual Shoe Museum fut modelée par ces partenariats. Le musée devint un lieu de coopération et de recherche. De plus en plus de jeunes artistes utilisèrent cette plateforme pour faire partager leurs travaux formidables avec le Virtual Shoe Museum. Les nouvelles techniques promettent une recrudescence des activités du musée ». 
L’exposition présente « plus de 40 objets d’art de la chaussure, œuvres de 30 artistes, architectes et stylistes internationaux connus. Pour citer certains d’entre eux : Zaha Hadid et Valentini Argyropoulou de Londres, Iris van Herpen (Pays-Bas) ou Omar Angel Perez (États-Unis) ».

La cordonnerie 
Les « outils de cordonnerie les plus anciens datent de 35 000 ans. Les habitants des cavernes de la dernière période glaciaire ont éprouvé le besoin de protéger leurs pieds contre les conditions climatiques défavorables ».

Le « métier de cordonnier était, contrairement à beaucoup d’autres, relativement facile à apprendre, et ne nécessitait pas d’outils spécialisés onéreux. C’est pour cette raison que la cordonnerie se développa dès le XVIIIe siècle et devint la branche en effectifs la plus importante de l’artisanat. Déjà au Moyen Âge en Europe on assistait au regroupement de la profession en de nombreuses corporations – il en fut ainsi à Bâle en 1250 lorsque les cordonniers se constituèrent en association fermée aux non-membres: la corporation des cordonniers ». 

Un « jeune homme désirant devenir cordonnier devait suivre une formation de sept ans avant de fabriquer le chef-d’œuvre imposé. Les cordonniers atteignaient souvent une grande aisance financière. Dans un document du XVIIe siècle, on trouve la trace d’un cordonnier londonien employant 60 compagnons qui fabriquaient des souliers en grande quantité ». 

Les « outils nécessaires au cordonnier – le marteau, la pince coupante, la pince attrape-clou, etc. – n’ont connu que peu de changements à travers les siècles ».

En 1937, Maurice Arnoult (1908-2010) avait ouvert son atelier de cordonnier au fond de la cour de l'immeuble du 83, rue de Belleville, à Paris. "Le 31 mai 1994, le Comité Français pour Yad Vashem de Jérusalem a décerné à Maurice et à ses parents (Paul et Fernande Arnoult) le diplôme et la médaille de " Justes parmi les nations". Cet hommage est rendu aux personnes qui ont sauvé des juifs persécutés en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Maurice Arnoult va cacher, protéger et nourrir, durant trois années, dans un atelier de 110 m², qu'il loue à Belleville, des familles juives qu'il sauve ainsi du désastre. Il mettra également en sûreté, à la campagne, chez ses parents à Savigny-sur-Orge, un enfant juif, voisin de palier de son atelier de Belleville. « C'était naturel, c'était évident, il n'y avait rien d'autre à faire » disait-il simplement. Pour ces hauts faits, Maurice Arnoult a été élevé au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur en avril 2007".

Les souliers sur mesure
Les « souliers étaient fabriqués presque exclusivement sur mesure jusqu’au milieu du XIXe siècle, car les cordonniers locaux fabriquaient les chaussures sur commande, selon les goûts de leur clientèle. Une forme à souliers n’était pas fabriquée pour chaque client, mais une forme individuelle était choisie de la manière la plus adaptée ». 

Un « embauchoir est une forme évidée à chaussures en trois dimensions. Il représente une reproduction du pied en position normale, sous l’effet d’une charge moyenne et prend en compte les caractéristiques du modèle de chaussure choisi: la forme, la taille et la longueur de la pointe et de la semelle-talon (futur talon) ».

En matière de soulier sur mesure, il convient de distinguer entre les chaussures orthopédiques et les chaussures normales. La chaussure orthopédique « est fabriquée pour répondre à des indications thérapeutiques. Le soulier sur mesure classique est élaboré à la main exclusivement d’après les désirs et la pointure du client. À l’époque de la mondialisation, il est possible de commander des chaussures sur mesure sur internet. Le client détermine lui-même sa pointure grâce à un procédé de forme. Le modèle ainsi obtenu présente tous les détails du pied et constitue la base de la fabrication de la forme à chaussure. Les souliers sont ainsi cousus à la main sur une forme individuelle. Le prix de ces souliers reste abordable, en considérant les prix du secteur du soulier sur mesure ». Alors que les kinésithérapeutes et médecins orthopédistes ont lutté pendant des décennies pour que les personnes handicapées puissent se voir proposer des chaussures orthopédiques légères et surtout dissimulant leur fonction, la mode a promu des chaussures lourdes, au matériau rigide, couvrant la cheville, et similaires à aux chaussures orthopédiques si décriées.

Les « fabricants talentueux de souliers sur mesure sont devenus rares en Europe. Un standard élevé se trouve encore dans des endroits où la concurrence vivifie le marché, souvent dans des métropoles : Milan, Paris, Vienne, Londres et Northampton, capitale de la chaussure et « patrie de cordonniers pour souliers sur mesure connus dans le monde entier ».

Citons aussi Thomas Murphy à Richmond (Angleterre). Il « obtint son diplôme du Cordwainer College à Londres en 2002, ouvrit son atelier de souliers et affina son artisanat en dessinant et en fabriquant à la main des chaussures pour Boudicca, Robert Cary-Williams et Ann-Sofie Back pour les podiums. En 2007, Thomas Murphy fonda le label de chaussures du même nom et vendit ses souliers dans des boutiques du monde entier. Son signe distinctif est un talon en cuivre pour les chaussures de dames, qui en s’oxydant naturellement, développe un reflet vert-de-gris typique. Thomas Murphy enseigne actuellement au renommé Royal College of Art de Londres. Il poursuit l’élaboration et la production de souliers luxurieux pour les talents de la mode londonienne. Thomas Murphy a fondé il y a peu de temps avec son épouse Fay un autre label: Chapter 2, une ligne moderne, luxurieuse et unisexe pour les enfants âgés de 4 à 10 ans. Une symbiose réunit dans ce projet qualité, originalité et artisanat. Chaque paire de souliers de cette ligne est fabriquée à la main dans son atelier de Londres ». 

Thomas Murphy donne des cours aussi dans son atelier. En « suivant ses conseils et en profitant de son aide, il devient alors possible de recréer sa paire de souliers préférés et de ce fait malheureusement éculés – il s’agit d’une expérience pleine d’émotions et d’un grand intérêt. Thomas Murphy souhaiterait créer des souliers d’une grande longévité, reflétant le caractère de son porteur. Le développement durable est une notion importante de son travail ». 

Les chaussures de manufacture
Aux États-Unis, à partir du XIXe siècle, la demande massive, rapide, « de chaussures fut la base de la conception des premières machines permettant une production industrielle des chaussures. En l’espace de quelques décennies, la chaussure de manufacture a remplacé la production artisanale à la main (souliers sur mesure) ». 

On observe une évolution identique en Europe quelques années plus tard. 

« Les clients pouvaient acheter des chaussures finies, sans attendre leur fabrication. Le choix s’élargit et les chaussures pouvaient être comparées et essayées avant leur achat. Les prix diminuèrent, alors que la qualité des chaussures produites à la machine demeura comparable à celle des souliers produits à la main. La continuité observée dans la qualité de la chaussure fabriquée en manufacture s’oppose aux contingences subies par la qualité des souliers fabriqués à la main, hautement dépendante de facteurs subjectifs, tels que l’humeur ou les standards personnels de qualité du cordonnier ». 

À « cette évolution inexorable s’opposèrent en vain les artisans. La chaussure devint un objet usuel à prix abordable. Elle perdit son caractère d’achat onéreux ou de luxe. Les personnes qui n’avaient pu s’offrir que des chaussures à semelles cloutées avaient enfin l’opportunité d’acquérir des chaussures cousues ».

La « condition sine qua non du développement de la production de masse était la mise en place d’une norme de pointures. Il existait depuis le XIVe siècle une échelle anglaise de pointures. De nouveaux systèmes de mesure vinrent s’y ajouter: le système continental avec le point parisien, les demi-pointures et les quarts de pointure. Malgré tous les efforts d’utilisation d’une norme commune, de nombreux systèmes de mesure sont utilisés jusqu’à nos jours pour calculer la longueur et la largeur des chaussures; la conversion elle-même n’est pas toujours uniforme ».

Les contes, les coutumes et les dictons
Le « pied et la chaussure jouent un rôle important dans de nombreux contes, mythes, coutumes, croyances populaires » et chansons (Le petit cordonnier, de Francis Lemarque).

Celui « qui ne possède pas de souliers n’a pas non plus de pain. Ce thème est redondant dans les contes. Ce paradigme de pauvreté infantile fut créé par Hans Christian Andersen dans son conte La petite fille aux allumettes (Den Lille Pige Med Svovlstikkerne). La pauvreté commence par les pi)eds. La pauvreté d’une famille se reconnaît au fait que ses membres portent des chaussures abîmées, déchirées ou bien qu’ils n’en portent pas du tout ».

Une « différenciation s’opère entre les citadins et les habitants des campagnes du fait des chaussures qu’ils portent – ou bien par l’absence de chaussures à leurs pieds. Dans le conte Les deux voyageurs des frères Grimm, un compagnon tailleur rencontre un cordonnier. Tous les deux se déplacent en ville. Le cordonnier dit la phrase suivante : « Il n’y a rien à gagner dans un petit village et à la campagne les gens préfèrent aller pieds nus.» Dans Le chat botté de Charles Perrault (1697) un chat de gouttière se fait passer pour un seigneur et chacun le flatte, du seul fait qu’il porte une paire de bottes rutilantes. 


Un « ustensile des contes de Grimm fait l’objet de toutes les convoitises, car particulièrement réservé aux personnes de qualité : les souliers rouges. Il en est de même pour Hans Christian Andersen, où dans son conte Les souliers rouges (1845) une paire de chaussures rouge joue un rôle tragique. La petite Karen adore tellement ses souliers en vernis rouge qu’elle les porte pour prendre part à l’église à la messe du soir. La punition ne se fait pas attendre: les souliers à ses pieds commencent à danser et il est impossible à la fillette de s’arrêter de danser. À la fin, on l’ampute de ses deux pieds. Handicapée, mais délivrée de son péché d’orgueil, la fillette va directement au ciel ». 

Ce « genre d’histoires montre l’aversion de la tradition populaire pour les souliers spécialement élégants et raffinés. « Je vois que tu portes des bottes élégantes et bien cirées. Si tu allais par monts et par vaux comme moi, elles ne tiendraient pas longtemps. Regarde les miennes, elles sont en cuir de buffle, elles servent depuis une éternité», dit le soldat du conte de Grimm Les bottes en cuir de buffle à un étranger rencontré dans la forêt. Les chaussures doivent être d’utilisation durable, de facture résistante. Elles étaient fabriquées sur mesure par un cordonnier. Un soulier de qualité doit suffire pour toute une vie ». 

Les « chaussures magiques appartiennent au monde enchanté des contes. Grâce à celles-ci, les faibles triomphent des plus forts. Le conte de Wilhelm Hauff Le petit Muck rapporte les péripéties d’un personnage sympathique, mais sans bonne fortune, portant habituellement des vêtements trop grands. Le destin finalement met à sa disposition une paire de chaussons trop grands qu’il va enfiler. Il découvrira avec surprise qu’il peut ainsi voler selon sa volonté et faire de cette manière carrière comme courrier rapide du roi. Toutefois, il quittera le monde et à la fin, il n’est plus question des chaussons magiques. Peut-être n’est-ce donc pas une chance, de pouvoir être tout de suite partout, selon les caprices de sa volonté ».

Les contes évoquent plus souvent les chaussures féminines, que celles masculines.

La « chaussure joue un rôle d’objet érotique féminin. Ce parangon est utilisé de nos jours par la publicité. La scène de l’essayage des souliers du conte des frères Grimm Cendrillon revient à l’esprit du lecteur de contes. Une belle chaussure revient à une belle femme. Sa porteuse ne peut qu’être ravissante. Cette scène rapporte la vision de la société de cette époque, selon laquelle la beauté est loin d’être seulement une valeur intérieure. La chaussure admirable réveille le désir masculin d’en chausser le pied d’une belle femme. La coutume ancienne qui consistait à offrir un soulier comme cadeau de fiançailles se range probablement dans cet héritage. Pour nommer d’autres contes connus : Les souliers usés, Les bottes de sept lieues, mais aussi Le magicien d’Oz avec les chaussures rouge rubis et brillantes de Dorothy ».

Dans « le dicton unter jemandes Pantoffel stehen littéralement « être sous le chausson de quelqu’un » on reconnaît l’idée d’emprise et de pouvoir représenté symboliquement par le pied et la chaussure. Cette idée se retrouve dans la coutume ancienne des chasseurs, de poser fièrement leur pied sur le gibier tué. D’autres adages transportent ces images : le monde est à nos pieds, être aux pieds de quelqu’un, prendre pied, être sur ses propres jambes, se relever sur ses pieds, être avec deux pieds / jambes dans la vie, vivre sur un grand pied ». 

Les « petits et les grands visiteurs de notre exposition peuvent se laisser glisser dans ce monde enchanté ». 

Chaussures, judaïsme, Juifs
On peut regretter que le dossier de presse de l'exposition ait omis d’évoquer le judaïsme, la condition des dhimmis - indigènes non musulmans sous domination islamique -, la Bible – sandales de Moïse, « Que tes pieds sont beaux dans ta chaussure, fille de prince ! » (Cantique des Cantiques, 7 :2) -, les Juifs, les sandales israéliennes, le lavement des pieds dans le christianisme -  - et le mépris islamique ou Arabe des chaussures.

Alors que Moïse-Moché fait paître ses brebis dans le désert,  apparaît le  miracle suivant : il voit un arbuste qui brûle, mais ne se consume pas. De ce "buisson ardent", la voix de Dieu appelle "Moché Moché" et lui intime l'ordre : "Ôte tes chaussures, Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob". Dieu lui prescrit avec autorité de retourner en Egypte pour libérer les Hébreux de l'esclavage sous Pharaon.

Un Juif endeuillé ne doit pas porter de chaussures en cuir dans la semaine suivant le décès d’un proche défunt. Il ne peut les porter que pendant le chabbat. Ce « qui symbolise le détachement vis-à-vis des frivolités et du confort matériel  ». Les chaussures du défunt doivent être déchirées, et non pas données à autrui.

La «  dhimmitude est corrélée au jihad. C’est le statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique). Les éléments sont d’ordre territorial, religieux, politique et social. Le pays conquis s’intègre au dar al-islam sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçu avec humiliation (Coran, 9, 29). Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique », précise l'essayiste Bat Ye'or.

"Cinq ans après la mort de Mahomet, Jérusalem a été conquise sans bataille, quand l’évêque Sophronius a ouvert ses portes à la formidable armée du deuxième calife, Omar bin al-Khattâb. Sophronius a mené le calife et son entourage pour une promenade dans la ville, et parmi cet entourage figurait Ka’b, compagnon juif de Mahomet. Quand ils arrivèrent à l'entrée du mont du Temple, Ka’b a enlevé ses chaussures, apparemment en raison du passage “Ôte tes  chaussures de tes pieds” car le lieu était saint. Le Calife Omar le vit et lui a demandé la signfication de son geste, et Ka’b répondit que c'était à cause de la sainteté du lieu. Le Calife Omar s'est emporté sous le coup de la colère contre lui, et l'a réprimandé en accusant Ka’b d'essayer d'introduire des concepts juifs dans l'islam, et a insisté pour qu'il remette ses chaussures immédiatement car le lieu n'était pas du tout saint. Le grand historien islamique al-Tabari relate cette anecdote et nous pouvons déduire de son interprétation que Jérusalem en l'an 627  – même quand la cité était sous occupation musulmane – n'était pas considéré par les musulmans comme un lieu saint", a expliqué Mordechai Kedar.

Le pacte (ou charte) d’Omar Ier (634-644), ami de Mahomet, a précisé les contraintes infligées aux dhimmis sous joug islamique, établit une « différenciation discriminatoire  qui englobe tous les aspects de cette condition. Ce principe introduit des distinctions humiliantes entre musulmans et dhimmis jusque dans les plus menus détails de la vie quotidienne, tels que le type de lacet de chaussures, de vêtements, de coiffure, de montures, de comportements, etc. » Au « Maroc et au Yémen, il était interdit aux juifs de se chausser hors de leur quartier  » (Bat Ye’oressayiste).

En 1913, le directeur de l’école de l’Alliance israélite universelle (AIU) « de Mossoul note qu’avant l’ouverture de l’établissement, les jeunes Juifs étaient confinés à quelques métiers dont celui de cireur de chaussures, « monopole » des gamins et adolescents juifs, un état qui « impliquait la déchéance morale de celui qui l’exerce. Nos cireurs, en effet, doivent être de rigueur les bouffons de ceux qui leur tendent leurs bottes à nettoyer » C’est qu’il y a peu de vrais métiers, en réalité, « des boulots de misère pour la plupart des 3 500 Juifs de la ville, des savetiers, des colporteurs, des fripiers, des ramasseurs de bouts de cigarettes ». (Georges Bensoussan, Juifs de l’Empire ottoman à la fin du XIXe siècle , in Le génocide des Arméniens. Cent ans de recherche 1915-2015 ).

« L’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam 1148-1912 » de David G. Littman et Paul B. Fenton (PUPS, 2010) présente de nombreux extraits de récits de voyageurs en Algérie et au Maroc de la fin du Moyen-âge à l'époque contemporaine. Certains évoquent les interdits infligés aux Juifs en matière de chaussures : port de chaussures dépareillées, enlèvement des chaussures quand un Juif passe devant une mosquée, etc.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Leib Rossin, fabriquant Juif de chaussures, servait dans l’Armée rouge. En octobre 1942, il a sauvé son bataillon en repérant un pin abattu. Il soupçonna les Nazis d’avoir abattu à dessein cet arbre. Il en informa son commandant qui fit mener des recherches. On découvrit alors que l’armée allemande avait miné le terrain près de cet arbre.

A Budapest (Hongrie), en avril 2005, un mémorial représentant 60 paires de chaussures métalliques souvent vers le Danube a été fixé sur la rive occidentale du fleuve, celle de Pest, près du Parlement et de l'Académie hongroise des Sciences. Il a été conçu par le réalisateur Can Togay et le sculpteur Gyula Pauer pour rendre hommage aux Juifs hongrois assassinés en 1944-1945 par les miliciens du parti fasciste Les Croix fléchées lors de ce conflit mondial. Ces miliciens leur avaient ordonné d'enlever leurs chaussures, de s'approcher du bord du quai, puis les avaient tués de manière à ce que leurs corps tombent dans le Danube qui les avaient emportés... Cette oeuvre intitulée Les chaussures sur la promenade du Danube (Cipők un Dunapartonreprésente ces chaussures abandonnées à tout jamais sur la rive du Danube.

Lors de sa visite en Hongrie en juillet 2017, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'est recueilli le 20 juillet 2017 devant le mémorial - chaussures sur la rive du Danube - symbolisant le massacre des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Quant aux chaussures israéliennes – marque Naot  dont l’usine est située au kibboutz Naot Mordechai depuis 1942 -, citons la sandale Shoresh  créée en 1991 qui a acquis la célébrité par sa robustesse, son design épuré et sa légèreté.

Christianisme
Dans le christianisme, le lavement des pieds - podonipsie en grec, pedilavium en latin - est un acte rituel effectué en souvenir de celui effectué par Jésus-Christ sur les pieds des apôtres, "les invitant ainsi à se faire les serviteurs des autres", la veille de sa Passion, avant de s'attabler pour la dernière cène.

Au Moyen-âge, les souverains, empereurs, rois, reines, papes, évêques ont pratiqué le lavement de pieds du Jeudi saint, jeudi avant la fête de Pâques.

Lors du Jeudi Saint de 2013, dans la modeste chapelle du centre pénitentiaire de Rome, le pape François "a lavé les pieds à douze jeunes détenus, condamnés pour vol, homicide ou viol, dont deux jeunes filles, une italienne et une Serbe musulmane". Il a déclaré : « Celui qui est au plus haut doit être au service des autres. C’est mon devoir comme prêtre et comme évêque. Je suis à votre service. Ce signe du lavement des pieds est une caresse de Jésus, qui est venu pour cela, pour servir et pour aider. Jésus est venu pour servir, pour nous aider. Pensons-y bien: sommes-nous vraiment disposés à servir les autres ? »

Islam et culture Arabe
Les musulmans ôtent leurs chaussures en entrant dans une mosquée.

"L'insulte de la chaussure" est caractéristique de la culture Arabe. La chaussure est méprisée car elle est liée au pied, partie inférieure du corps, et considérée comme sale en raison du contact de sa semelle avec le sol. Jeter une chaussure en direction d'un individu s'interprète comme une insulte.

Quand la statue de Saddam Hussein a été renversée en avril 2003, des Irakiens se sont regroupés tout autour et l'ont frappée avec leurs chaussures.

Le 14 décembre 2008, lors de la conférence de presse du président américain George W. Bush et du Premier ministre irakien, au palais du Premier ministre irakien à Bagdad (Irak), le journaliste irakien, Mountazer al-Zaïdi, journaliste irakien de la chaîne satellitaire, sunnite et antiaméricaine al-Bagdadia diffusant à partir du Caire (Egypte), a lancé deux chaussures, l'une après l'autre, en direction du président américain, qui les a évitées, et en criant : « C'est le baiser de l'adieu. Espèce de chien ! Vous êtes responsable de la mort de milliers d'Irakiens ». Il a été expulsé de la salle par les services de sécurité irakiens et américains. Nouri al-Maliki avait esquissé un geste pour protéger le président américain qui a évité ce double tir de chaussures.

Le 28 février 2016, au parlement égyptien, lors d'une réunion d’urgence concernant la rencontre, le 24 février 2016, entre le député Tawfiq Okacha et Haïm Koren, ambassadeur d'Israël au Caire, le député Kamal Ahmad a lancé une chaussure en direction de son collègue Tawfiq Okacha. Selon le journal al-Ahram (les pyramides, en arabe), un parlementaire a qualifié l'invitation à son domicile par Okacha de ce diplomate israélien de "trahison impardonnable" et de "honte". "Nous accueillons avec plaisir toute rencontre avec les responsables égyptiens qui veulent dialoguer avec nous sur les questions de culture, de communication, d'économie, de société et de politique", a déclaré Haïm Koren.

En septembre 2015, Israël "a rouvert son ambassade au Caire, cinq ans après le départ contraint de diplomates israéliens alors que des manifestants avaient pris d'assaut le bâtiment de l'ambassade. L'Egypte a été le premier pays arabe à signer un traité de paix avec Israël en 1979. La Jordanie lui a emboîté le pas en 1994". "L'incident intervient alors que le président israélien Reuven Rivlin a reçu" le 25 février 2016 à Jérusalem (Israël) "les lettres de créance du nouvel ambassadeur d'Egypte en Israël, Hazem Khairat. Il est le premier ambassadeur égyptien en Israël depuis l'ex-représentant diplomatique Atef Salem, qui avait été rappelé au Caire en novembre 2012" par Mohammed Morsi, alors Président et dirigeant du Parti Liberté et Justice, issu des Frères musulmans, "en signe de protestation à l'opération israélienne "Pilier de défense" menée dans la bande de Gaza". Les relations entre l'Egypte et l'Etat d'Israël "s'étaient détériorées en juin 2012 après l'élection de Mohammed Morsi à la présidence qui faisait suite à l'éviction de son prédécesseur Hosni Moubarak. Jérusalem et Le Caire se sont depuis rapprochés" depuis l'accès à la présidence égyptienne de Abdel Fattah al-Sissi, "tandis que les liens de l'Egypte avec le Hamas se détérioraient".

Pyramides de chaussures
Le 24 septembre 2016, Handicap international a organisé sa 22e journée de mobilisation en faveur des victimes de guerres dans 22 villes en France, sa "traditionnelle pyramide de chaussures en hommage aux amputés et autres victimes des mines et des bombes", pour "mobiliser les citoyens contre les mines et les bombes à sous-munitions, et contre l’utilisation des armes explosives en zones peuplées". Cette ONG, dont le siège social est à Lyon, souhaite "que cesse l’utilisation d’armes explosives en zones peuplées". Elle "a plongé à Paris, dans l'ancienne capitale des Gaules et à Nice, le public dans "l'effroyable réalité" des villes bombardées de Syrie". Le public a pu "s'immerger dans le quotidien de la ville de Jisr al-Choghour, au nord de la Syrie, grâce à des casques et lunettes de réalité virtuelle". Avec ces images tournées en 360 degrés, "on voit une ville dévastée, une population qui essaye de revenir au milieu des décombres où il reste potentiellement des explosifs de guerre", a expliqué Yasmine Silem, une porte-parole de l'organisation. Pour pousser le réalisme jusqu'au bout, Handicap international a reconstitué à Lyon une rue bombardée de la ville de Kobané (au nord de la Syrie), avec une façade d'immeubles dévastée au milieu de gravas et de fausses roquettes, et un terrain où doit opérer un démineur de l'ONG".  

Documentaire
Le 30 septembre 2017, à 16 h 25, Arte diffusera, "dans le cadre des Objets de la vie (Meine Siebensachen), Histoires de chaussures (Der Schuh), par Michael Dörfler" (2016, 27 min).

"Des mocassins en peau et en paille avec lesquels Ötzi, l’homme des glaces, traversa les Alpes, jusqu’aux marqueurs identitaires que sont les modèles d’aujourd’hui – en passant par les "caligæ" des soldats romains ou les talons hauts, popularisés par Catherine de Médicis puis Louis XIV –, les chaussures accompagnent les pas de l’humanité depuis ses débuts".

Un "voyage dans le temps sur les traces de la chaussure, des mocassins en peau et en paille portés par Ötzi aux modèles d’aujourd’hui qui représentent des marqueurs d'identité".

"Entre enjeux de confort, de santé, de culture, de prestige ou même de pouvoir, l’odyssée d’un objet du quotidien loin d’être anodin."


Histoires de chaussures (Der Schuh), par Michael Dörfler
Zero One Film, 2016, 27 min
Sur Arte le 30 septembre 2017 à 16 h 25
Visuels :
Nous avons en moyenne 12 paires de chaussures - les femmes en ont deux fois plus que les hommes. Chaque année, nous achetons quatre nouvelles paires de chaussures.
Le cordonnier Christian Kuhlmey produit des chaussures individuelles pour chaque client.
L'archéologue Rolf Palm parle des chaussures d'Ötzi, une momie de 5000 ans qu'on a retrouvé dans les Alpes.
© MDR/Zero One film

Jusqu’au 6 avril 2015
Steinenvorstadt 1, CH - 4051 Basel
Tel. : +41 (0)61 225 95 95

Visuels:
Escarpin pour dame en cuir, Cromwell, 1897
Fabriqué par John Gooch, Londres
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Semelle de sandale en paille tressée, 19e siècle
Égypte
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Chaussure d’homme à plumes, 2013
Artiste: Aki Choklat, Finlande
Photo: Ruggero Mengoni

Semelles de momie, vers 1000 av. J.-C.
Lin et plâtre, Égypte
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Pantoufles pour dame, 1660
Brocart de soie
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Souliers de dame à languettes, vers 1740
Damas de laine
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Souliers en bois pour dame, 1880
Syrie
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography


Bottines en satin à boutons pour dame, 1850-1859
Fabriquées par Henry Marshall, Londres
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Escarpins pour dame en cuir de chèvre, vers 1925
Wheatsheaf Brand
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Escarpin de dame avec cocarde, années 1860
Kilim et soie
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Bottines cheville pour dame Quant – Quant Afoot, vers 1967
Stylisme: Mary Quant, Angleterre
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Blond ambition (Blonde et ambitieuse), 2010
Artiste: Kobi Levi, Israël

Souliers d’enfant en satin, 1850-1859
Fabriqués par F. Marsh
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Souliers d’enfant datant de l’époque Tudor, 1500-1530
Cuir
Prêt: Northampton Museums and Art Gallery
Photo: John Roan Photography

Autres photos de l'exposition : DR,  Spielzeug Welten Museum BaselVirtual Shoe Museum et ville de Budapest.

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Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 3 avril 2015, puis les 15 mars 2016, 13 janvier et 24 juillet 2017.