samedi 30 septembre 2017

Le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Actualité juive condamnés par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffamé Jamal al-Dura


Le 29 avril 2011, la XVIIe chambre du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Paris a condamné le Dr Yehuda David, chirurgien, Clément Weill-Raynal, journaliste, et Actualité juive à payer solidairement 5 000 euros en dommages et intérêts à Jamal al-Dura pour l'avoir diffamé dans deux articles publiés en 2008. Le Tribunal a jugé diffamatoires des propos alléguant que, le 30 septembre 2000, ce Gazaoui avait participé à une mise en scène diffusée par France 2, puis avait imputé à tort à des tirs israéliens la mort de son fils Mohammed et ses anciennes blessures afin de berner l'opinion publique, et ce, avec la complicité de médecins palestiniens. Ce jugement laisse entières certaines questions, voire en suscite d'autres notamment sur la date de l'hospitalisation à Amman de Jamal al-Dura et la "foi" de magistrats en un "rapport" médical jordanien. Article republié en ce 17e anniversaire de la diffusion par France 2 de ce "blood libel".

Cet article a été publié en une version américaine plus concise par Ami magazine.
That article was published in American English and in a more concise version by Ami magazine.
Les blessures de Jamal al-Dura étudiées par le Tribunal correctionnel de Paris
La Cour d’appel de Paris a évoqué les blessures de Jamal al-Dura

C'est un jugement de 13 pages à la motivation sévère, mais il ne convainc pas et ne clôt pas l'affaire al-Dura.

Des images aux "blessures"
L'affaire al-Dura a débuté le 30 septembre 2000, quand France 2 a diffusé le reportage de Charles Enderlin, son correspondant permanent à Jérusalem, déclarant en voix off sur des images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma :
« Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

Jamal al-Dura a été filmé alité dans un hôpital à Gaza le 1er octobre 2000, puis à Amman (Jordanie) le 5 octobre 2000 lors de la visite du roi Hussein de Jordanie.

L’image du « petit Mohamed » devient l’icône de l’Intifada II.

Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes dès fin 2000 de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency). Nahum Shahaf et la Ména contestent l'authenticité des faits allégués dans ce reportage, et concluent à la mise en scène.

Au sein de la Ména, Gérard Huber, psychanalyste, et Luc Rosenzweig, journaliste confirmé, poursuivent leurs investigations. Gérard Huber publie un livre au titre significatif.

Dans son documentaire Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al-Dura ? diffusé en 2002 par ARD, Esther Schapira, documentariste allemande, soutient que l'enfant serait mort vraisemblablement par des balles palestiniennes. 

C'est Richard Landes, historien américain, qui parvient à interviewer Charles Enderlin, et forge le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande

La polémique sur ce reportage controversé est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives et contradictoires de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002, soit deux ans plus tard, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».

Le 23 octobre 2004, Talal Abu Rahma a filmé (13'04") Jamal al-Dura à son domicile Gazaoui en train de montrer les cicatrices censées remonter à l'incident du 30 septembre 2000. France 2 a diffusé ce film lors d’une conférence de presse le 18 novembre 2004 afin de mettre un terme à cette controverse.

Le 19 octobre 2006, la XVIIe chambre du TGI de Paris a condamné Philippe Karsenty, directeur de l'agence de notation des médias Média-Ratings, pour diffamation à l’égard de France 2 et de Charles Enderlin : il avait évoqué une « mise en scène » de ces images. Un jugement infirmé par la Cour d’appel de Paris qui a relaxé Philippe Karsenty le 21 mai 2008.

Les 4 septembre et 25 septembre 2008, Actualité juive (1) a publié l'interview du Dr Yehuda David, chirurgien à l’hôpital Tel ha Shomer à Tel-Aviv, par Clément Weill-Raynal - article titré Les blessures de Jamal al-Dura existaient déjà en 1993 sans la moindre ambiguïté possible ! -, puis une réponse de ce journaliste à un droit de réponse de Charles Enderlin.

Le Dr Yehuda David y affirmait que Jamal al-Dura, victime en 1992, de blessures au couteau lors d’une rixe entre Palestiniens, avait d'abord été opéré dans la bande de Gaza : ces coups avaient sectionné des nerfs médian et cubital ; ils avaient induit une paralysie de la main droite. En 1994, le Dr David a opéré Jamal al-Dura à l'hôpital Tel ha Shomer à Tel-Aviv : pour restaurer la flexibilité des doigts de cette main droite, il a prélevé un tendon dans le pied et la jambe gauches du patient pour les transférer dans sa main droite. Ce chirurgien a d'une part reconnu dans des cicatrices de Jamal al-Dura au pied et à la jambe gauches ainsi qu'à la main et à l'avant-bras droit les cicatrices de blessures originelles et celles de son opération, et d'autre part, douté de l'authenticité de faits allégués par Jamal al-Dura, en particulier l'imputation à des balles israéliennes d'autres blessures (artère fémorale).

Le 9 septembre 2008, le professeur israélien Raphaël Walden a écrit un "rapport" d'une page en se fondant seulement sur "le dossier médical pour l'hospitalisation de Jamal al-Dura à l'Al-Hussein Medical City Hospital" à Amman le "1er octobre 2000". Il a listé les blessures de Jamal al-Dura selon leur localisation : "membre supérieur droit", "membre inférieur droit" et "membre inférieur gauche" en évoquant des "blessures par balles" dans les seuls deux membres inférieurs.

Le 8 février 2011, le Dr Yehuda David et Clément Weill-Raynal, journaliste à Actualité juive, ont comparu et, Serge Bénattar, directeur de cet hebdomadaire français, était représenté, devant la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris.  Ils étaient poursuivis pour diffamation par Jamal al-Dura, A Dura ou Dura, absent de l'audience.

10 000 euros à verser à Jamal al-Dura
Le Tribunal n'a donc pas suivi les réquisitions de relaxe des prévenus proposées par Dominique Lefebvre-Ligneul, représentant le Parquet.

Il a condamné chaque défendeur à une amende de 1 000 euros, assortie d'un sursis total, et tous trois solidairement à verser à Jamal al-Dura 5 000 euros au titre des dommages et intérêts, ainsi que 5 000 euros au titre de ses frais de justice.

Il a aussi ordonné la publication par Actualité juive d'un communiqué sur ce jugement dans le mois suivant sa notification.

Il a débouté Jamal al-Dura du surplus de ses demandes.

Une diffamation établie
La diffamation est une « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne » (article 29 de la loi du 29 juillet 1881).

Le Tribunal estime que les six passages incriminés de ces deux articles sont diffamatoires car ils allèguent que Jamal al-Dura a participé à un incident mis en scène et qu'il a rendu "des tirs émanant de l'armée israélienne" responsables de "blessures anciennes", dans le but de tromper l'opinion publique "en faisant croire que des blessures venaient de lui être infligées au cours d'une fusillade qui avait fait perdre la vie à son fils", et avec le concours de complices médecins palestiniens.

Poursuivis pour diffamation, les prévenus peuvent être relaxés s’ils prouvent la vérité des faits allégués - exception de vérité -, ou s'ils démontrent leur bonne foi.

La « preuve des faits diffamatoires doit être parfaite, complète et corrélative aux imputations diffamatoires dans leur matérialité et toute leur portée ». Le Tribunal estime que celle des trois défendeurs ne l'est pas, et n'examine pas celle de Jamal al-Dura. Ainsi, il écarte des articles de presse et l'arrêt de la Cour d'appel de Paris de 2008 tançant Charles Enderlin au motif qu'ils ne "sont pas probants au regard des imputations dont la vérité est recherchée", ainsi que les témoignages de Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), et de Luc Rosenzweig, journaliste ayant enquêté sur l'affaire car "ils n'ont pas permis d'établir la preuve recherchée par les prévenus". Quant à l'attestation du Dr Stéphane Romano du 7 juin 2010, certes elle reconnaît que "l'aspect de la main et le handicap au membre supérieur de ce patient sont consécutifs à un traumatisme précédent son éventuelle implication dans la fusillade d'octobre 2000", mais "la description des blessures ne permet pas d'identifier celles qui proviennent des interventions précédentes et celles qui seraient nouvelles".

Par contre, le Tribunal retient le "document médical" que Jamal al-Dura "avait présenté lors de l'entretien télévisé du mois d'octobre 2004, ainsi que la capture d'écran du rapport médical (avec sa traduction), établi par les docteurs Ahmaed Abdallah, Mohamed al Zaher et Hakem al Kadi, médecins de la cité médicale Al Hussein à Hamman en Jordanie où il avait été hospitalisé le 4 décembre 2000" et qui "constate :
- un état anémique grave dû à l'hémorragie,
- une double fracture (avec effritement osseux) au niveau de l'humérus droit,
- une fracture au niveau du bassin plus l'os de la "hanche droite",
- une section de l'artère, de la veine et du nerf au niveau de la cuisse droite (une intervention ayant été pratiquée dans la bande de Gaza),
- des blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes,
- d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit".

Ces "constatations distinguent clairement des blessures anciennes de la main droite d'autres blessures dont il n'est pas dit qu'elles seraient anciennes et dont il y a lieu de croire, sur la foi de ce rapport, qu'elles auraient été constatées lors de l'admission de Jamal al-Dura à l'hôpital Al Hussein d'Hammam".

Ces constatations "n'excluent nullement l'existence de blessures survenues ultérieurement à l'intervention du docteur Yehuda David et ne permettent donc pas de rapporter la preuve des imputations diffamatoires".

Pour résumer cet extrait du jugement fondé sur un argument chronologique : sur la base de ce "rapport médical", les "constatations" lors de l'admission de Jamal al-Dura dans cet hôpital "le 4 décembre 2000" ne permettent pas, selon le Tribunal, d'exclure l'hypothèse de blessures postérieures à 1994.

Sur la bonne foi, la jurisprudence requiert la réunion de quatre conditions : l’absence d’animosité personnelle, un but légitime, la prudence dans l’expression et une enquête préalable sérieuse.

Certes, le Tribunal reconnaît l'absence d'animosité du journaliste et du chirurgien à l'égard de Jamal al-Dura, ainsi que la nécessité d'informer sur un reportage ayant donné lieu à un "débat public et la polémique" et ayant généré une "affaire internationale particulièrement médiatisée", les "images de la mort du jeune Mohammed ayant fait le tour du monde et étant devenues emblématiques de la cause palestinienne".

Cependant, le Tribunal reproche au Dr David d'avoir manqué de prudence dans ses déclarations, de n'avoir pas examiné récemment Jamal al-Dura ni lu ses dossiers médicaux à Gaza et en Jordanie avant de s'exprimer sur certaines blessures. Quant à Clément Weill-Raynal, le Tribunal blâme son "engagement rédactionnel", son "acquiescement" aux propos du chirurgien, et une rétention d'informations à l'égard de celui-ci et des lecteurs, sans "donner au lecteur des éléments contradictoires lui permettant d'apprécier "la thèse de la mise en scène" développée".

Les trois défendeurs ont interjeté appel de leur condamnation.

Des avocats interrogés, seule Me Orly Rezlan, avocate de Jamal al-Dura, m'a répondu. Le 1er mai 2011, Me Orly Rezlan s'est réjouie de cette décision qui "reflète le contenu des débats à l’audience. Le docteur David a admis que son dossier médical ne pouvait expliquer les cicatrices les plus impressionnantes constatées sur le corps de Jamal al-Dura et en particulier, la cicatrice à l’aine... Il est ainsi démontré que les blessures de Jamal al-Dura ne préexistaient pas à la fusillade. Ce procès aura permis de poser à ce médecin des questions précises et de montrer les limites de son propos”.

Carences informatives et contradictions
Pourtant, le jugement laisse dubitatif par certaines assertions - notamment l'avis négatif sur l'enquête sérieuse menée par Clément Weill-Raynal -, ses contradictions et ses carences informatives, ainsi que ses partis pris non motivés : le Tribunal cite des déclarations officielles israéliennes anciennes (octobre et novembre 2000), mais non celles plus récentes, par exemples la lettre de la Direction nationale de l'Information auprès du Premier ministre le 21 octobre 2010 réfutant toute responsabilité israélienne dans la "mort de Mohamed al-Dura" ou les déclarations de Daniel Seaman, alors responsable du Bureau de presse gouvernemental (GPO), affirmant fin septembre 2007 au cabinet israélien d’avocats Shurat HaDin que "le cameraman Talal Abu Rahma a mis en scène tout l’incident" et précisant en 2008 que ce cameraman s'était vu retirer sa carte de presse par le GPO "car il était impliqué "dans la mise en scène d'évènements dans la bande de Gaza". On pourrait donc retourner au Tribunal le reproche de rétention d'informations qu'il adresse à Clément Weill-Raynal.
A cet égard, on comprend mal les louvoiements du gouvernement israélien entre deux thèses inconciliables : celle de la "mise en scène de l'incident al-Dura" et celle de la "mort de Mohamed al-Dura" selon "une forte probabilité" par des "balles palestiniennes". Il conviendrait qu'il fixe enfin sa position, et en tire toutes les conséquences.

Ce jugement du Tribunal suscite de nombreuses questions.

1. A quelle date Jamal al-Dura a-t-il été hospitalisé dans "la cité médicale Al Hussein à Hamman en Jordanie" ?
            - "sur la foi" du rapport jordanien d'hospitalisation de Jamal al-Dura à Amman, le Tribunal écrit que ce patient y "avait été hospitalisé le 4 décembre 2000".
            - se fondant sur le "rapport médical d'hospitalisation" de Jamal al-Dura à Amman, le professeur Raphaël Walden mentionne, dans son "rapport" évoqué devant le Tribunal, une autre date d'hospitalisation : le "1er octobre 2000".
            - le film montré par France 2 devant la Cour d'appel de Paris le 27 février 2008 et sur son site Internet, indique que "le lendemain des faits", donc le 1er octobre 2000, "Jamal al-Dura est allongé sur son lit d'hôpital à Gaza" (11'13").
            - le rapport médical jordanien traduit par la Metula News Agency (ou Mena) est signé par les docteurs Issam Albshari, Mohamed Altihar et Hakim Alkadi. Il indique que Jamal al-Dura a été admis dans cet hôpital al-Hussein " le 1er octobre 2000 après avoir été transféré de la bande de Gaza, Camp de El Burej, des suites de blessures par balles deux jours avant son transfert", soit le 29 septembre 2000. Or, le reportage de France 2 sur l'incident al-Dura date du 30 septembre 2000.
            - Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Mena (1), a indiqué :
"en date du 26 novembre 2000, la Direction de la Coordination et des Liaisons de l’armée israélienne fait parvenir par courrier au chef de la Commission d’enquête sur les événements du 30 septembre 2000 à Nétzarim, Nahum Shahaf, un compte-rendu des "Mouvements de sorties à l’étranger de Jamal Mohamed Ahmed Dura – carte d’identité 942395930". Le rapport des mouvements de sorties est signé par Yekhezkel Dgani, le coordinateur de l’Enregistrement de la population – Mirsham Ha-okhluzinn -, l’administration israélienne en charge du Contrôle de l’Habitant. Le compte-rendu référencie les cinq derniers mouvements de Jamal. Or ce document mentionne spécifiquement que c’est le 4 octobre qu’A-Dura [Nda : "La carte d’identité israélienne et le rapport jordanien mentionnent Dura et A Dura, ce qui est équivalent", précise Stéphane Juffa] a quitté le territoire alors contrôlé par l’Etat d’Israël, au poste de l’aéroport de Dahanya, dans le sud de la Bande de Gaza".
            - le roi Hussein de Jordanie a été filmé le 5 octobre 2000 au chevet de Jamal al-Dura qui a été interviewé par deux journalistes israéliens.

C'est d'autant plus étrange qu'il ressortait des débats que Jamal al-Dura avait été hospitalisé une seule fois dans cet hôpital jordanien en 2000.


2. Quelles blessures ? Quelles cicatrices de quelles blessures ?
Il est regrettable qu'après les dix heures d'audience du 8 février 2011, et même en reprenant la teneur du "rapport médical" de trois médecins de l'hôpital Al Hussein à Amman, le Tribunal ne fournisse pas des données essentielles et indispensables : nombre, nature et localisations exacts des blessures de Jamal al-Dura attribuées aux tirs israéliens le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim. De même, manquent les comparaisons entre les blessures de 1992, celles opérées en 1994 et celles datant du 30 septembre 2000.

Selon le Tribunal, ce "rapport médical" jordanien évoque des "blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes", et pour elles seules. Pourquoi les trois auteurs de ce "rapport médical" jordanien ont-ils tenu à spécifier la nature des blessures - "par balles" - pour ces seuls membres ? Par cette précision, ses trois auteurs ont opéré une distinction parmi toutes les blessures, selon leur nature.

A contrario, et ipso facto, les autres blessures constatées - "une double fracture (avec effritement osseux) au niveau de l'humérus droit, une fracture au niveau du bassin plus l'os de la "hanche droite", une section de l'artère, de la veine et du nerf au niveau de la cuisse droite (une intervention ayant été pratiquée dans la bande de Gaza)" et "d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit" - ne résulteraient donc pas de balles si l'on suit la distinction opérée par ces trois médecins. Et elles ne pourraient donc pas avoir été causées par des balles israéliennes le 30 septembre 2000.


Poursuivons ce raisonnement respectueux du sens littéral du "rapport médical" rédigé par trois praticiens jordaniens :
- ce "rapport médical" jordanien exclut ipso facto toute nouvelle blessure "au niveau de la main droite" et toute nouvelle "section du nerf cubital droit". L'état de la main droite de Jamal al-Dura se trouve donc en l'état résultant de l'opération chirurgicale effectuée par le Dr Yehuda David dans un hôpital réputé de Tel-Aviv en 1994.

- pourquoi le bras droit jusqu'à la main de Jamal al-Dura, hospitalisé le 1er octobre 2000 à Gaza, est-il entouré d'un plâtre ou bandage taché de rouge (surtout au niveau de la main, 11'12'') ? Surtout si seul "l'humérus droit" a subi une "double fracture" ?

- quand "l'intervention à la cuisse droite" a-t-elle été pratiquée "dans la bande de Gaza" ? Et dans quel hôpital ?
- quid du petit rond sur la fesse droite de Jamal al-Dura présenté comme la cicatrice d'une "blessure par balle" du 30 septembre 2000, filmé par Talal Abu Rahma le 23 octobre 2004 (13'40'') et omis par ce "rapport médical" jordanien et par le Tribunal qui a vu ce film ? Admettons qu'un médecin de cet hôpital d'Amman n'ait pas vu cette "blessure par balle" sur la fesse droite de Jamal al-Dura. Mais trois !? Ces trois médecins de l'hôpital d'Amman ont-ils ausculté leur patient à son arrivée ou se sont-ils fiés au dossier médical de l'hôpital palestinien en en recopiant une partie ? De quand date ce petit rond ? A l'audience, le Dr Yehuda David avait informé le Tribunal que des Palestiniens tirent une balle dans la fesse de ceux présumés avoir collaboré avec l’Etat d’Israël.


- Combien de "blessures par balles" ? "Neuf" selon des "sources médicales palestiniennes". Le Tribunal évoque, "sur la foi" du "rapport médical" jordanien, "des blessures multiples par balles de différents calibres au niveau des deux jambes". Dans le film tourné par Talal Abu Rahma pour France 2 le 23 octobre 2004 sur les cicatrices provoquées par des "blessures par balles" le 30 septembre 2000, Jamal al-Dura dirige son index le long de tracés de ce qui semble de longues et fines cicatrices sur sa jambe gauche (13'47'') puis désigne dans sa jambe droite ce qu'il présente aussi comme deux cicatrices : une petite zone que l'on peine à distinguer et qui semble au-dessous d'un rond foncé près du genou (14'22''), et un petit rond près du pied (14'28'').

- Jambe gauche. Selon le "rapport" du professeur Walden, Jamal al-Dura a " deux blessures par balles" situées " au milieu et au tiers supérieur". Cependant, Jamal al-Dura désigne de son index ce qui semble des cicatrices qui parcourent sa jambe du genou jusqu'au pied, donc bien au-delà du "milieu" de la jambe (13'47''-14'19''). Le Dr Yehuda David affirme que certaines cicatrices datent de son opération chirurgicale en 1994.
- Jambe droite. Selon le "rapport" du professeur Walden, Jamal al-Dura aurait de "multiples blessures par balles" et une "blessure par balle au tiers supérieur du tibia". Jamal al-Dura ne désigne que deux zones de cicatrices de "blessures par balles". Pointée par l'index de Jamal al-Dura, la zone du petit rond près du pied droit apparaît dépourvue de plâtre ou bandage et sans aucune blessure le 1er octobre 2000 dans le film de France 2 (11'21'') ; elle ne peut donc pas correspondre à une blessure par balle israélienne le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim. Comment Jamal al-Dura a-t-il pu se tromper ? Reste donc une "blessure par balle au tiers supérieur du tibia". Cette prétendue cicatrice est peu visible, et la caméra de Tala Abu Rahma la quitte rapidement pour se déplacer vers le petit rond près du pied.


- Quels calibres de balles ? A la différence du "rapport médical" jordanien cité par le Tribunal, le "rapport" du professeur Raphael Walden ne distingue aucune différence de calibre dans les balles censées avoir blessé Jamal al-Dura. Comment des balles de même calibre, provenant du même endroit, tirées par les mêmes soldats, peuvent elles provoquer des blessures tantôt aux "cicatrices" minuscules et rondes et tantôt aux cicatrices longues et fines ?


- Comment une fusillade aussi nourrie dans la durée - « Les balles pleuvaient autour de nous comme de la pluie » et ce, "pendant 45 minutes" selon Talal Abu Rahma -, a-t-elle pu laisser sur le corps de Jamal al-Dura si peu d'impacts de balles, toutes étrangement focalisées "au niveau des deux jambes", alors que sa tête était visible au-dessus du baril pendant 16 secondes sans être atteinte par des balles (7'58''-8'03'' et 8'19''-8'30'') ? "Les armes utilisées [par les soldats israéliens] sont des fusils d’assaut, capables de tirer par rafales et dont la cadence de tir est de six cents à huit cents coups à la minute. En supposant même qu’un seul tireur ait tiré 50 coups à la minute, le nombre de coups de feu sur une durée de 40 minutes aurait été de DEUX MILLE...", écrit l'expert balistique mandaté par Philippe Karsenty dans son rapport du 19 février 2008.


- Comment concilier "l'hémorragie" évoquée dans ce "rapport médical" jordanien et l'absence de sang sur les vêtements, le sol et le mur derrière Jamal al-Dura, pendant et après les "tirs venus des positions israéliennes" ? "Du sang sur un tee-shirt blanc, cela se voit", a ironisé le Dr David Yehuda interviewé par Michel Zerbib sur Radio J, le 5 mai 2011. Et sur un pantalon bleu aussi, serait-on tenté d'ajouter. Le commentaire du film présenté par France 2 à la Cour d'appel de Paris en 2008 allègue qu'une tache près du bras droit serait du sang (8'14''). Mais le "rapport médical" jordanien, auquel le Tribunal accorde une telle "foi", ne relève des "blessures par balles" qu'au "niveau des deux jambes".

Quel crédit accorder à ce "rapport médical" jordanien ? C'est sur ce "rapport" que le Tribunal se fonde - "il y a lieu de croire, sur la foi de ce rapport" - avant de conclure que la "preuve des imputations diffamatoires" n'est pas apportée. En fondant ainsi sa décision sur ce "rapport médical" jordanien - certaines de ses phrases contredisent notamment un autre "rapport médical" -, le Tribunal semble avoir renoncé à son devoir de statuer en droit, avec bon sens et avec logique. A noter que la justice française offre des exemples où des magistrats motivent leurs jugements en se fondant sur des rapports d'experts - psychiatre, spécialiste en immobilier - contestables par leurs imprécisions, leurs contradictions, etc. Ce qui est préjudiciable pour les justiciables qui subissent des dommages.

Curieusement, ce Tribunal qualifie de "déclaration péremptoire" une observation du Dr Yehuda David induite par son expertise acquise en particulier sur les champs de guerres au sein d'unités de Tsahal. Ce chirurgien émérite a affirmé, notamment à l'audience, que Jamal al-Dura n'aurait pas survécu - il se serait "vidé de son sang en quelques minutes sans pouvoir atteindre l'hôpital de Gaza" - si son artère fémorale avait été touchée par des balles de M16 israéliens ce 30 septembre 2000.

Une information majeure
En qualifiant de "limitée" la portée de la révélation du Dr Yehuda David, le Tribunal minore sans raison une information majeure.

En effet, en 2000, Jamal al-Dura a attribué toutes ses blessures à Tsahal. C'est aussi ce qui ressort de ce film de Talal Abu Rahma pour France 2 et en date du 23 octobre 2004. Un film intégré dans celui montré par France 2 et Charles Enderlin à la Cour d'appel de Paris le 27 février 2008 et visible sur le site de France 2 (13'04''). En rappelant son opération de chirurgie réparatrice de 1994, le Dr Yehuda David non seulement a annihilé les allégations de Jamal al-Dura, de Talal Abu Rahma et de France 2 en ce qui concerne les membres opérés, mais a réduit le crédit à apporter à leurs allégations d'autres "blessures par balles".

Et ce chirurgien se voit conforté dans ses affirmations par ledit "rapport médical" jordanien qui évoque, aux dires mêmes du Tribunal, "d'anciennes séquelles au niveau de la main droite, avec ancienne section du nerf cubital droit", et donc, a contrario, aucune autre nouvelle blessure à cette main de Jamal al-Dura.

Enfin, on peut s'interroger sur le choix de Jamal al-Dura d'avoir judiciarisé les questions visant ses blessures, alors qu'il aurait pu répondre aux questions de Clément Weill-Raynal et de Luc Rosenzweig, venir s'exprimer devant le Tribunal et surtout accepter d'être examiné par les experts d'une commission d'enquête indépendante chargée d'établir la vérité sur ce qui s'est produit le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim, et dont la constitution a été demandée par Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) en 2008, puis en 2011.

D'autant que les autorités israéliennes ont toujours indiqué qu'elles ne mettraient "aucun obstacle à ses déplacements".

Il est désolant qu'aucune des institutions publiques françaises - notamment la direction de France Télévisions, le ministère de la Culture et de la Communication et le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) - ne soit intervenue depuis tant d'années pour mettre un terme par des réponses à ces questionnements légitimes et logiques sur "l'incident al-Dura".

(1) J'ai collaboré comme journaliste à Actualité juive et à la Metula News Agency.


Articles à lire sur
- l'affaire al-Dura/Israël
- la France
- le Judaïsme/Juifs
- le Monde arabe/Islam
- Articles in English

Cet article a été modifié le 15 octobre 2011 puis les 13 mai 2011 et 30 septembre 2016.

vendredi 29 septembre 2017

« La cuisine juive tunisienne » par Andrée Zana Murat


Andrée Zana Murat, journaliste et restauratrice dans un théâtre parisien, publie « La cuisine juive tunisienne ». Un recueil clair, précis, didactique, de 320 recettes de mets juifs tunisiens - entrées,  mets à base de poissons et viandes, entremets -, souvent associés aux fêtes, agrémentées de conseils et souvenirs familiaux, mais trop rarement illustrées. Article republié à l'approche de Yom Kippour 5778.
Albin Michel vient de rééditer « La cuisine juive tunisienne » par Andrée Zana Murat. 

Encore un livre de recettes juives ? Oui. Et un bon.

Variété, générosité
La cuisine juive tunisienne ? On n’ose pas dire que c’est la meilleure, car on va nous prendre d’un coup d’œil. Bon, je porte la main de Fatma. Cela devrait suffire à écarter le mauvais œil…

Foin d’ironie.

Jadis vilipendée – « trop grasse », « fait grossir » -, parfois réduite au couscous-boulettes, la gastronomie juive tunisienne bénéficie depuis quelques décennies de la vogue du « régime crétois » ou « méditerranéen » sain, de la mode pour des repas conjuguant huile d’olive, céréales, poissons - boutargue, thon, mulet, daurade, merlan, "petite friture" de sardines -, légumes et fruits frais, en un dosage judicieux de protéines, glucides et lipides.

Cette cuisine familiale a gagné en légèreté avec la substitution d’une cuisson grillée du poisson à la friture. Et encore, de nouvelles friteuses requièrent une dose minimale d’huile.

Enseignante, journaliste, Andrée Zana Murat souligne la diversité de la « cuisine juive tunisienne » : « subtil métissage de cultures, de couleurs et de saveurs, nourries de diverses influences – turque, grecque, italienne… –, la cuisine juive tunisienne, qui se transmet de mère en fille, en belle-fille, en petite fille, est conviviale, généreuse et économe ». C’est oublié un peu vite le rôle des Juifs tunisiens qui aiment faire le marché, ne dédaignent pas les fourneaux, se piquent de savoir mieux que leurs épouses la vraie recette du couscous ou de la tafina

Plus d’une accumulation de mets, la cuisine juive tunisienne s’avère un art de vivre, de se détendre, de critiquer, de se retrouver, d’assurer des transmissions identitaires entre générations. Une cuisine intimement liée aux fêtes. Ainsi, le premier jour de Shaouot, les Juifs consomment des produits lactés.

Aux classiques couscous, tajine, brick, harissa, merguez, ou loukoum, Andrée Zana Murat adjoint la marmouma, le nikitouche, la pkaïla, la fourma, des manicotti, le torchi, l’akoud (orkod), le complet de poisson et lablabi

Des entrées aux desserts, via les boissons, son livre réunit 320 recettes, « mémoire d’une communauté avec ses secrets et ses anecdotes », et ses souvenirs d’enfant jouant dans la distillerie familiale Zana, admirative de la « mystérieuse fabrication » de la boukha, eau-de-vie de figues distillées.

« Trucs, tours de main (« le secret de ma mère »), ou précisions sur l’origine des plats », leur déclinaison au fil des saisons, « viennent enrichir le fil de la transmission ».

Habilement, Andrée Zana Murat mêle les prescriptions de la cacherout – laver et saler la viande avant de la cuisiner, etc. - à la confection des repas. Judicieusement, elle indique les mets associés aux fêtes juives, tels le msoki et les sfirès (fritèches) de Pessah (Pâque juive, 14-22 Nissan).

A la lecture du livre, on se rend compte de la richesse d'associations - légumes (gombos, tomates, poivrons, aubergines), herbes fines (persil, coriandre), épices (cumin, carvi, cannelle, tabel), fruits (amandes, dattes, citron) - et des saveurs subtiles de cette gastronomie juive tunisienne populaire, de certains mets désormais difficilement réalisables faute des ingrédients : disparition des amandes amères – on peut cependant recourir au sirop d’orgeat – pour les pâtisseries, substitution de boyaux synthétiques aux boyaux des bœufs pour les osbanas. Exit la cervelle depuis la « crise de la vache folle ».

Parfois, on sursaute en lisant certaines recettes : par exemple, une chakchouka sans poivron – quésaco ? C’est comme une tarte aux fraises sans fraise. A la bintje, variété de pommes de terre à chair farineuse conseillée par Andrée Zana Murat, on préférera celles nouvelles à chair ferme (Amandine) qui tiennent mieux à la cuisson.

De très rares oublis, tels les kouclês, spécialité de boulettes à base de viande hachée salée et poivrée relevée d’harissa, et bouillies avec les boulettes « classiques », le ragoût (tajine) de viande de bœuf aux abricots concocté par des Juifs Livournais, les pains italiens et tabounas...

Quant à l'assiette tunisienne - brick aux pommes de terre et de la viande hachée, torchi, minina, tranches de salami ou de mortadella, olives vertes salées, navettes apéritives farcies au thon, mini-pain italien -, sa présentation lacunaire empêche d'évoquer la charcuterie.

Clair, illustré de quelques dessins, La cuisine juive tunisienne bénéficie d’un précieux index des recettes. De manière regrettable, manquent des photographies des mets si colorés - tonalités ambrées au noir intense - pour ceux qui les ignorent. Une gastronomie nourrissante, un festin non seulement pour les papilles, mais aussi pour les yeux et l’odorat sensible aux harmonies des épices et des herbes fines.

Andrée Zana Murat dirige depuis une dizaine d'années le restaurant le Café Guitry » au théâtre Edouard VII dont le directeur est son époux, le metteur en scène Bernard Murat.

Avec La cuisine juive tunisienne, elle a signé un livre de référence généreux, pour gourmands et gourmets, une encyclopédie émouvante. Bref, un kif !

Andrée Zana Murat, La cuisine juive tunisienne. Albin Michel, 2016. 352 pages. 17,50 €. EAN13 : 9782226322180

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Les citations proviennent du communiqué de presse. Cet article a été publié le 20 avril 2016, puis le :
- 4 juin 2016 à l'approche de Shavouot, fête juive pour laquelle le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme)  propose un atelier culinaire le 5 juin 2016. Le premier jour de Shaouot, les Juifs consomment des produits lactés.
- septembre 2016 à l'approche de Roch HaChana 5777 (nouvel an juif) les 1er et 2 Tichri (3 et 4 octobre 2016). Cette fête juive rappelle "la création d'Adam et Eve, créés à l'image divine, et dont descend l'humanité tout entière, et la ligature d'Isaac, quand l'Eternel refusa le sacrifice humain pour le sacrifice animal".

jeudi 28 septembre 2017

L’Irak, une ex-mosaïque ethnico-religieuse


L'Iraq constituait une mosaïque ethnico-religieuse réunissant juifs, chrétiens, musulmans, yézidis, Arabes, etc. Jouissant d'une implantation plurimillénaire, la communauté juive irakienne y était prospère lors de la première moitié du XXe siècle. Éprouvée par le farhud, pogrom (1er-2 juin 1941), à Bagdad, persécutée après-guerre, elle a été contrainte à l'exil. Les chrétiens ont du progressivement quitter l'Iraq. Un exode accéléré par l'avènement en 2014 de l'Etat islamique  en Irak et au Levant (EIIL) ou Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) qui a annoncé le rétablissement du  califat aboli en 1924. Un « Etat islamique » (EI) qui a commis un génocide notamment à l'égard des Yézidis ou Yazidis. Le 28 septembre 2017, le Collège des Bernardins proposera la conférence de la Dr. Maria Rita Corticelli "Les Chrétiens et les Juifs en Irak : Défis et Espoirs".



L’Irak comptait 24 millions d’habitants, dont 97% sont musulmans (environ 60% de chiites, 37% de sunnites) et près de 3% chrétiens (Chaldéens, catholiques, assyriens, Arméniens) et juifs. Il réunissait Arabes et non-Arabes, dont des Kurdes...

Juifs

La communauté Juive était implantée depuis son exil forcé à Babylone sur l’ordre de Nabuchodonosor (597 avant l'ère commune). Elle était intégrée et souvent prospère au début du XXe siècle.

Gertrude Bell (1868-1926), agent de renseignement britannique et conceptrice de l'Etat irakien, est évoquée dans Letters from Baghdad, documentaire de Sabine Krayenbühl et Zeva Oelbaum.

Le blog Jewishrefugees a évoqué la perception des Juifs irakiens par Gertrude Bell en publiant un extrait des lettres de l’espionne britannique. Ces lettres sont lisibles sur un site universitaire consacré à Gertrude Bell.

Gertrude Bell décrit les Juifs comme constituant « une partie de la population importante, riche, intelligente, cultivée, active ». Et elle espère que certains de ses illustres représentants, dont Sassoon Eskel (1860-1932), qu’elle dénomme Sasun Effendi et dont elle loue la « sagesse et la modération habituelles », seront des acteurs clés dans la construction du nouvel Iraq :

« The Jews form a very important part of the population, rich, intelligent, cultivated and active. One example of their attitude towards the new order will be enough to show their quality. It has been given out that all the subjects of the Sultan would ultimately be called upon to perform military service; the law (which has since been passed) had not yet assumed a definite shape and many were of the opinion that it would be found impossible to frame it. Not so the Jews of Baghdad. As soon as the idea of universal service had been conceived, a hundred young men of the Jewish community applied for leave to enter the military school so that they might lose no time in qualifying to serve as officers. The permission was granted, and I trust that they may now be well on the road to promotion. The Christians showed no similar desire to take up the duties of the soldier. » (Amurath à Amurath, 1911)

« I'm now going to cultivate the Jew community - there are 80, 000 in Baghdad out of a pop. of 200, 000- and find out more about them. So far, I've only met the bigwigs, such as the Chief Rabbi. There's no doubt they will be a great power here some day ». (Lettre à ses parents, 1917)

« I'm making great friends with two Jews, brothers one rather famous, as a member of the Committee of Union and Progress and a deputy for Baghdad. His name is Sasun Effendi. They have recently come back from Constantinople (Istanbul) - they were at the first tea party I gave for you here. I've known Sha'al's wife and family a long time. They are very interesting and able men. Sasun, with his reputation and his intelligence, ought to be a great help ». (Lettre à ses parents, 14 juin 1920)

« The man I do love is Sasun Eff. and he is by far the ablest man in the Council. A little rigid, he takes the point of view of the constitutional lawyer and doesn't make quite enough allowance for the primitive conditions of the 'Iraq, but he is genuine and disinterested to the core. He has not only real ablility but also wide experience and I feel touched and almost ashamed by the humility with which he seeks - and is guided by - my advice. It isn't my advice, really; I'm only echoing what Sir Percy thinks. But what I rejoice in and feel confident of is the solid friendship and esteem which exists between us. And in varying degrees I have the same feeling with them all. That's something, isn't it? that's a basis for carrying out the duties of a mandatory? »  (Lettre à son père Sir Hugh Bell, 18 December 1920)

Sassoon Eskel est né dans une famille bagdadi juive aristocratique, les Shlomo-David. Ce sioniste avait pour cousin Siegfried Sassoon (1886-1967), poète et soldat britannique.

Sassoon Eskel suit sa scolarité dans un établissement de l’Alliance Israélite universelle à Bagdad.

Son père avocat, rabbin et philanthrope, Ezra Sassoon, l’envoye ensuite se former au droit et économie à Istanbul (Constantinople), Londres et Vienne. Polyglotte, Sassoon Eskel parle neuf langues : arabe, persan, turc, hébreu, grec, allemand, français, latin et anglais.

De retour en 1881 à Bagdad, Sassoon Eskel travaille comme dragoman (interprète) pour l’administration de Bagdad, et occupe un poste important dans les services de gestion de l’eau avant son élection en 1908 au conseil municipal de Bagdad comme échevin.

Apprécié des Ottomans, il remplit deux mandats à ce titre, puis est désigné comme conseiller spécial du ministère de l’Agriculture et du Commerce.

En 1920, il joue un rôle important dans la fondation des lois et de l’infrastructure financière du gouvernement irakien. Il est ministre des Finances à cinq reprises et député de Bagdad dans le premier parlement du royaume. Un parlementaire réélu jusqu’à son décès.

En 1921, quand Winston Churchill organise la conférence du Caire pour discuter de l’avenir de l’Iraq, de la Jordanie et d’Israël, Eskell est un des deux Irakiens envoyés pour déterminer le futur du pays et choisir son roi.

En 1923, le roi George V lui décerne le titre de Chevalier.

Eskell s’est vu qualifier du vocable turc laudateur « Effendi » et reçoit la Médaille al-Moutamayez ottomane. Il est aussi distingué par le roi Faisal.

Eskell est enterré au cimetière du Père Lachaise, à Paris où il suivait un traitement médical. Sa bibliothèque réputée est pillée, et sa collection perdue après 2003.

Le 5 août 2016, la municipalité de Bagdad a annoncé qu’elle démolira la maison centenaire de Sir Sassoon Eskell et allouera le terrain à un promoteur immobilier. Cette maison était située rue Rashid, dans le centre de la ville, parallèlement à une rive du Tigre.

Sa’id Hamza, directeur du département d’investigation des sites patrimoniaux au sein du ministère irakien du Tourisme et des Antiquités, a qualifié cette décision de « violation » de la loi. Il a ajouté que « la maison d’Eskell est composée de deux parties : l’une devant aller au ministère des Finances, et l’autre à l’héritier, Albert Sassoon Eskell.

Malgré cette protestation, la maison a été détruite.

« La nouvelle de cette démolition a été reçue [à Bagdad] avec une grande tristesse. Chaque intellectuel irakien, toute personne intéressée par le passé du pays, sait qui Yechezkel Sassoon était », a déclaré Nabil al-Rube’l, historien irakien spécialisé dans l’histoire des Juifs babyloniens. Et d’ajouter ironiquement : « J’aimerais remercier notre pays, notre gouvernement et ses institutions pour avoir honoré, par cette démolition, la grande contribution de Sassoon en tant que serviteur public dévoué qui a utilisé de bonne foi et avec honnêteté l’argent public ».

Indigné par cette démolition, le poète Mohammed al-Rakabi a écrit un poème partagé sur Internet : « Sassoon, votre demeure est dans notre cœur. L’amour demeure et ne mourra pas dans les chaines. Si vous étiez né dans un pays qui reconnait ses fondateurs, les ignares ne seraient pas parvenus à devenir des maîtres ».
    
Dans les années 1920, l'enseignement de l'histoire Juive et de l'hébreu est interdit dans les établissements scolaires Juifs.

Dès 1934, puis entre 1948 et 1951, l’Irak édicte des lois anti-Juives. Les Juifs sont exclus de l'enseignement et de la fonction publique.

Le grand mufti de Jérusalem Hadj Amin al-Husseini et le gouvernement pro-nazi de Rachid al-Gaylani, ainsi que la propagande nazie de Radio-Berlin, ont joué un rôle dans le farhud (violente dépossession, en arabe), pogrom les 1er-2 juin 1941, lors de la fête de chavouot, à Bagdad (Iraq) : 175-180 Juifs tués, mille Juifs blessés, 900 maisons juives détruites, des biens Juifs pillés, etc. Al-Husseini a voulu punir les Juifs irakiens de leur supposée coopération avec la Grande-Bretagne. Les fomenteurs du farhud projetaient une rafle des Juifs, leur déportation et leur élimination dans des camps dans le désert.

En juillet 1948, il est interdit aux 140 000 Juifs de quitter l'Iraq. De lourdes amendes sont infligées aux Juifs irakiens riches.

En septembre 1948, Shafik Adass, millionnaire Juif irakien, est exécuté.

En 1949, la communauté Juive irakienne compte 130 000 âmes.

De 1949 à 1952, 120 000 Juifs (92% de cette communauté) opprimés, dénaturalisés, spoliés, émigrent, généralement vers Israël.

Le 12 janvier 1950, une loi bancaire ruine les agents de change, majoritairement Juifs.

Le 9 mai 1950, une loi prive de la nationalité les Juifs quittant l'Irak. Le 10 mars 1951, les biens des Juifs, ayant quitté le pays et déchus de leur nationalité, sont gelés.

Le 14 juin 1950, l'attentat contre une synagogue de Bagdad fait trois morts et vingt blessés.

Le 27 janvier 1969, sous Saddam Hussein, quatorze Irakiens, dont neuf Juifs, sont pendus publiquement pour « complot sioniste ». Pendant plus de vingt-quatre heures, leurs dépouilles demeurent visibles. Des dirigeants irakiens haranguent alors une foule de 200 000 individus.

Dans les années 1970, Saddam Hussein a confisqué les archives de cette communauté. Ces archives, comme celles des Juifs d'Egypte constituent des enjeux majeurs.

Parmi les Juifs irakiens émigrés célèbres : les frères Saatchi, publicitaires britanniques, Naïm Kattan, universitaire canadien auteur de « Adieu Babylone » (1975), et le peintre Abraham Hadad.

Victimes de l’exode oublié d'environ un million de Juifs des pays arabes ou musulmans dès 1948, les Juifs irakiens de la diaspora ou leurs descendants réclament des indemnisations pour les préjudices subis.

Souvent âgés, isolés, malades et pauvres, les 34 Juifs irakiens vivent en 2003 dans les villes, cachant leur identité dans une société martelant la haine d’Israël et des Juifs.

Découvertes en piteux état en 2003 lors de l'Opération Liberté pour l'Irak par des soldats américains, les archives juives irakiennes ont été rapatriées aux Etats-Unis et présentées, après leur restauration, dans une exposition itinérante.

Après avoir traversé des lieux bibliques, « le Major Carlos C. Huerta, rabbin de la 1ère Division aéroportée », découvre « la synagogue de Nineveh (Mosul), cité du prophète Jonas, emplie de détritus » (New Jersey Jewish Standard, 8 août 2003).

Le 1er juin 2015 est la  date du lancement du Jour international du Farhud. Les 1er et 2 juin 1941, eut lieu le farhud, pogrom, à Bagdad, capitale de l'Iraq. Organisée par l'International association of Jewish Lawyers and Jurists (IAJLJ), l'American association of Jewish Lawyers and Jurists (AAJLJ) et Stand With Us, une cérémonie a eu lieu ce 1er juin 2015, à 13 h 15, au siège de l'ONU à New York en présence notamment d'Edwin Black, auteur du Farhud, et du rabbin Elie Abadie. Elle liera le souvenir de cette tragédie à l'exode de près d'un million de Juifs du monde musulman (sphère Arabe, Turquie, Iran, partie de Jérusalem occupée par la Transjordanie), essentiellement des années 1940 aux années 1970.

Publiée en janvier 2016, une photographie montre que la tombe du prophète juif Ézéchiel, lieu de pèlerinage juif situé à al Kifl près de Bagdad, a été transformée en lieu musulman chiite surplombé par un minaret et recouvert d'inscriptions islamiques. Une pétition visant à alerter l'Unesco, les gouvernements et organisations occidentaux avait recueilli 1102 signatures. Issu de la tribu de Lévi, le prophète Ézéchiel a vécu au VIe siècle avant l'ère commune. Quand Nabuchodonosor II, roi de Babylone (597 av. J.-C.), a conquis le royaume de Juda, il fit détruire me temple de Salomon, premier temple de Jérusalem (587 av. J.-C.), et les Hébreux furent exilés en Mésopotamie après une ultime révolte (582 avant l'ère commune). Ézéchiel  et son épouse ont été exilés en 597 avant l'ère commune à Tel Aviv, village de Basse-Mésopotamie situé près de Nippour. Livre composant la Bible hébraïque, le Livre d’Ézéchiel annonce le retour des Juifs en Eretz Israel et la refondation de leur Etat.

En mars 2016, Sherzad Omar Mamsani, directeur des Affaires kurdes juives, a alerté sur les destructions du patrimoine juif - synagogues, cimetières - dans les régions de l'Iraq sous domination iranienne. Il a alerté en vain l'Unesco. Il a perdu sa main gauche lors d'un attentat terroriste contre sa maison et sa famille.

Sherzad Omar Mamsani est l'un des six membres de la délégation de Kurdes et Yazidis ayant visité le 13 mars 2016 le Mémorial Yad Vashem à Jérusalem (Israël). La délégation comprend aussi Saeed Khudeda Alo, enseignant à l'université de Duhok, et Khaleel al-Dakhi, avocat Yazidi et militant qui a aidé à sauver des personnes de l'esclavage par l'Etat islamique (ISIS). Cette délégation a participé à une conférence de la Spring of Hope Foundation et dont le thème est les voix des minorités ethniques et religieuses persécutées.

Constituées de dizaines de milliers de livres et documentas, les archives juives Irakiennes (Iraqi Jewish Archives) sont devenues un enjeu entre le pouvoir politique irakien et les Juifs d'origine irakienne. Le pouvoir politique irakien a obtenu leur retour en Irak. Ce qui a suscité l'indignation d'associations juives qui réclament leur dépôt en Israël où vit la majorité des Juifs ayant du quitter l'Irak généralement dans les années 1940 et 1950.  Une pétition a été lancée afin de soutenir la conservation par l'Etat juif de ces archives juives.

Le Jewish Museum of Maryland présente l'exposition Discovery and Recovery: Preserving Iraqi Jewish Heritage (15 octobre 2017-15 janvier 2018). Discovery and Recovery: Preserving Iraqi Jewish Heritage "details the dramatic recovery of historic materials relating to the Jewish community in Iraq from a flooded basement in Saddam Hussein’s intelligence headquarters, and the National Archives’ ongoing work in support of U.S. Government efforts to preserve these materials. In both English and Arabic, the 2,000 square foot exhibit features 23 recovered items and a “behind the scenes” video of the fascinating yet painstaking preservation process. This exhibit was created by the National Archives and Records Administration, with generous support from the U.S. Department of State".

"Display Highlights Include:
>A Hebrew Bible with Commentaries from 1568 – one of the oldest books in the trove;
>A Babylonian Talmud from 1793;
>A Torah scroll fragment from Genesis – one of the 43 Torah scroll fragments found;
>A Zohar from 1815 – a text for the mystical and spiritual Jewish movement known as “Kabbalah”;
>An official 1917 letter to the Chief Rabbi regarding a request to Allow Jewish Prisoners to Attend Worship for Rosh Hashanah (the Jewish New Year);
>Materials from Jewish schools in Baghdad, including exam grades and a letter to the College Entrance Examination Board in Princeton regarding SAT scores;
>A Haggadah (Passover script) from 1902, hand lettered and decorated by an Iraqi Jewish youth; and
>
A lunar calendar in both Hebrew and Arabic from the Jewish year 5732 (1971-1972) – one of the last examples of Hebrew printing produced in Baghdad".

"Discovery and Recovery is divided into six sections:
Discovery: The dramatic story of how these materials were found, rescued and preserved is one worthy of a Hollywood blockbuster. A short film captures these heroic efforts. The section includes the actual metal foot lockers used to ship the documents to the United States.
Text and Heritage: This section explores Iraqi Jewish history and tradition through recovered texts, including a Torah scroll fragment, a Hebrew Bible with Commentaries from 1568, and a Babylonian Talmud from 1793.
Iraqi Jewish Life: Constancy and Change: Using recovered texts, this section explores the pattern of Jewish life in Iraq. Highlights include a Haggadah (Passover script), siddur (prayer book) and an illustrated lunar calendar in both Hebrew and Arabic (one of about 20 found that date from 1959-1973).
Personal and Communal Life: Selected correspondence and publications illustrate the range and complexity of Iraqi Jewish life in the 19th and 20th centuries. Original documents and facsimiles in flipbooks range from school primers to international business correspondence from the Sassoon family.
After the Millennia: Iraqi Jewish life unraveled in the mid-20th century, with the rise of Naziism and proliferation of anti-Jewish propaganda. In June 1941, 180 Jews were killed and hundreds injured in an anti-Jewish attack in Baghdad. Persecution increased when Iraq entered the war against the new State of Israel in 1948. In 1950 and 1951, many Iraqi Jews were stripped of their citizenship and assets and the community fled the county en masse. This section includes the 1951 law freezing assets of Iraqi Jews.
Detail of Tik (Torah case) and Glass Panel from Baghdad, 19th-20th centuries. In Jewish communities throughout the Middle East, the Torah scroll is generally housed in a rigid “tik” or case made of wood or metal".

"This exhibit is made possible, in part, through the generous support of our lead sponsor, The Herbert Bearman Foundation. Additional sponsors include: Alfred Moses, The David B. Liebman Philanthropic Fund, The Jacob and Hilda Blaustein Fund for the Enrichment of Jewish Education, Middendorf Foundation, John J. Leidy Foundation, Lois and Philip Macht Family Philanthropic Fund, Lowell Glazer".

Chrétiens
L’Eglise de l’Orient survit, mais ses membres s’exilent dès les années 1960, et surtout depuis les années 1980, vers l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Australie.

Les chrétiens les plus illustres sont le vice-Premier ministre Tarek Aziz et le patriarche Raphaël Bidawid, chef de l’Eglise chaldéenne et soutien du Raïs.

Les Chaldéens étaient au nombre de 350 000, soit près de la moitié des chrétiens irakiens. Le 29 avril 2003, les patriarches et évêques d’Irak revendiquaient la liberté religieuse pour tous. L’instabilité politique et la volonté d’islamistes d’imposer la charia (loi islamique) obèrent l’avenir des chrétiens et des Juifs.

Le nombre de chrétiens irakiens s'élevait à environ 1,5 million vers 2005. Dix ans plus tard, il est estimé à environ 500 000 en Irak. Les autres ont été soit assassinés soit en exil.

Après l'exil contraint des Juifs, les chrétiens ont du, en nombre croissant, quitter l'Iraq. Un exode accéléré par l'avènement en 2014 de l'Etat islamique  en Irak et au Levant (EIIL) ou en anglais Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) - al-Sham désignait la province de Syrie dans les précédents califats - qui a annoncé le rétablissement du  califat aboli en 1924.

Dans les territoires qu'ISIS (Etat islamique) contrôle, notamment en Iraq, ISIS a imposé la dhimmitude qui exige que les chrétiens payent un impôt (jizya) pour leur "protection" réduit à un état inférieur, cruel et humiliant.

Le 28 septembre 2017, au Collège des Bernardins, Yahad - In Unum proposera la conférence de la Dr. Maria Rita Corticelli "Les Chrétiens et les Juifs en Irak : Défis et Espoirs". " La présentation propose un panorama historique afin de mieux connaître les communautés chrétiennes et juives d’Irak, leur patrimoine et de comprendre les défis auxquels elles font face. L’intervenante mettra un accent particulier sur le tournant qui a eu lieu ente 2003 et aujourd’hui. Avec l’invasion de l’Irak par l’Etat Islamique en 2014, toutes les minorités religieuses présentes en Irak ont dû faire face à des persécutions qui ne sont, certes pas les premières, mais qui sont les pires de l’histoire contemporaine du pays".

Musulmans
Cet Etat composite est peuplé à 75-80% d’Arabes, et à 15-20% de Kurdes, de Turkmènes et d’Assyriens. Les Sunnites (sunna, tradition) sont essentiellement Kurdes ou Arabes.

Trois Irakiens sur quatre sont liés à 150 tribus. Conscients de la force des liens claniques, Saddam Hussein se rapproche des tribus lors de la première guerre du golfe. En 2003, vêtu en Bédouin, il les appelle à la lutte.

Dès 1991, ce partisan de la laïcité se tourne vers l’islam : relative prohibition de l’alcool, enseignement obligatoire du Coran, interdiction de prénoms chrétiens, etc. La propagande l’associe au Dôme en or du Rocher (Jérusalem).

Quant aux chiites, persécutés par Saddam Hussein, majoritaires à Bagdad, ils peuplent le sud de l’Irak où sont situés Nadjaf et Kerbala, leurs deux lieux les plus saints. Nadjaf abrite le tombeau d’Ali, gendre et cousin de Mahomet, premier imam du chiisme. Rivale de l’école de Qom (Iran), celle de Nadjaf est dirigée par les ayatollahs Khoï, puis Sistani. A Kerbala, se trouve le mausolée du fils d’Ali, Hussein, vaincu et tué par les sunnites Omeyyade.

Kurdes
Vivant dans le nord de l’Irak (cinq millions), les Kurdes sont aussi implantés en Turquie (15 millions), Iran (sept millions), Syrie (un million) et en Russie (350 000).

Leur aspiration à un Etat indépendant, prévu par le traité de Sèvres (1920), refusé par celui de Lausanne (1923), menace d’éclatement les pays où ils habitent.

Instrumentalisés par divers gouvernements, minés par leurs divisions, ils se sont opposés au régime du dictateur qui a réprimé leurs insurrections, notamment en 1991, provoquant alors la fuite de deux millions d’entre eux vers la Turquie et l’Iran.

Le 8 septembre 2002, les dirigeants de l’opposition kurde au Raïs, Massoud Barzani du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) et Jalah Talabani, de l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK), signent la paix. Gouvernant une zone autonome au nord du 36e parallèle, ils s’accommoderaient d’un Etat fédéral au régime démocratique.

Le 25 septembre 2017, "le « oui » l’a emporté avec 92,73 % au référendum d’indépendance organisé au Kurdistan irakien, selon les résultats officiels proclamés" le 27 septembre 2017 "par la commission électorale. Selon ces données, la participation a atteint 72,16 %, soit plus de 3,3 millions de votants".


Ces "chiffres viennent renforcer le président de cette région autonome, Massoud Barzani, à l’initiative du référendum. Avant même la proclamation officielle des résultats, l’homme fort du Kurdistan irakien avait pris la parole, mardi, lors d’une allocution télévisée, pour inviter le gouvernement irakien à entamer avec lui « un dialogue sérieux (…) plutôt que de brandir des menaces ».

Des drapeaux israéliens ont été brandis lors de rassemblements de Kurdes au Kurdistan ou en Europe avant ce référendum. L'Etat d'Israël, où vivent des Kurdes juifs, a salué les résultats de ce référendum et un Etat kurde indépendant, et condamne l'utilisation du terrorisme.

Ce qui a suscité l'ire notamment de la Turquie.

Yazidis
Ils vivent principalement dans le nord de l'Iraq. Environ 300 000 Yazidis se sont réfugiés au Kurdistan irakien pour fuir les persécutions de l'Etat islamique : mise en esclavage, viols, etc.

L'« Etat islamique » (EI) a commis un génocide notamment à l'égard des Yézidis.

Le Père Patrick Desbois "a consacré sa vie aux recherches sur la Shoah, au combat contre l’antisémitisme et à l’amélioration des relations entre catholiques et Juifs. Patrick Desbois est prêtre catholique et Président de Yahad-In Unum".

Il a co-écrit, avec Nastasie Costel, La Fabrique des terroristes - Dans les secrets de Daech. Le 29 juin 2017, sur i24News, le père Patrick Desbois s'est indigné du silence sur le génocide commis par l'Etat islamique à l'égard des Yézidis, et probablement aussi d'autres minorités religieuses : "Ce qui est le plus choquant pour moi c'est que Baghdadi, la police religieuse, ont commis un génocide contre les Yézidis et peut-être contre d'autres minorités. Ils ont aussi expulsé tous les chrétiens, les ont maltraités. Personne n'est accusé de génocide, on parle de l'Etat islamique comme d'une entité qui disparaît". Il a souligné l'importance de désigner les coupables de ce génocide par leur nom. Il demeure sceptique à l'égard de la "mort" de l'Etat islamique qui selon lui "a besoin d'argent", se projette ailleurs", dans d'autres pays, et compte sur ses "lionceaux" pour poursuivre sa guerre. Il a évoqué le sort bouleversant des enfants captifs, convertis de force, victimes de "lavages de cerveaux", revendus - 25 000 dollars la fille, 15 000 dollars le garçon - et ne reconnaissant pas leurs parents ou les traitant de "koufars" (mécréants, en arabe). Yadad-In Unum construit des "ateliers avec des psychologues pour réveiller les enfants yazédis", forme des femmes, souvent veuves, à des métiers afin qu'elles acquièrent leur indépendance, etc.


Articles sur ce blog concernant :
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)
Cet article avait été publié en 2003 dans un dossier destiné à un CD-Rom d'EMME sur la guerre en Iraq. 
Cet article a été publié le 1er juin 2015, puis les 27 janvier, 18 mars et 1er juin 2016, 28 septembre 2017.