mardi 10 mai 2016

« Volkswagen - heurs et malheurs d'un géant de l'automobile » par Achim Scheunert


Arte diffusera les 10 et 26 mai 2016 « Volkswagen - heurs et malheurs d'un géant de l'automobile » (Die Macht Und Ihr Preis - Die Akte VW) par Achim Scheunert. L’histoire de la firme automobile allemande Volkswagen, "le plus grand constructeur d'automobiles au monde", de la « voiture du peuple » souhaitée par le Führer Hitler, jusqu’au scandale de 2015.


Ce documentaire « retrace l'histoire industrielle et managériale de Volkswagen, depuis la « voiture du peuple » (Volkswagen, en allemand) désirée par Hitler pour les autoroutes et à l’instar de la société de consommation émergente aux Etats-Unis avec Ford - la Ford T se vend à 295 dollars -, « jusqu'au titre - brièvement conquis - de « premier constructeur automobile du monde ».

"Das auto"
Le salon automobile de Berlin est dans les années 1930 un événement incontournable. "Le nazisme se concevait comme mouvement".

Pour créer cette « voiture du peuple », Ferdinand Porsche, qui construit des bolides, propose son concours pour concevoir une automobile pour tout le monde. Il se rend à Detroit, "berceau de la jeune industrie automobile", tente de recruter des ouvriers d'origine allemande travaillant pour Ford. Dès 1932, un prototype est élaboré à Stuttgart et fabriqué. Il plait à Hitler. Artisan déterminant de la Volkswagen : l'ingénieur et designer Erwin Komenda.

Dans un livre publié en 2012, Paul Schilperoord a souligné le rôle de Josef Ganz, ingénieur juif, créateur de la revue automobile Motor Kritik, dans la création en 1930 d’une automobile qu’il dénomme Käfer (cafard, en allemand). En 1933, avec l’aide du constructeur Standard, il sort une automobile à motorisation arrière, la Volkswagen. Un échec commercial. L’arrivée au pouvoir du nazisme met un terme à ses espoirs. Interpellé par la Gestapo, Ganz fuit en Suisse en 1934. Il ne parviendra pas à lancer son projet de voiture populaire.

Le Front allemand du travail contrôle la fabrication dans une usine installée en pleine campagne. Hitler veut une voiture vendue au prix maximum de 990 marks. Or, des calculs internes ont évalué à 1750 marks le prix minimum de vente de la VW.

Avec la Deuxième Guerre mondiale, le chiffre d'affaires de VW atteint 297 millions de deutsches marks en 1944. Des travailleurs forcés : prisonniers de guerre, milliers de détenus de camps de concentration, etc. VW produit aussi des munitions. La famille Porsche se réfugie en Autriche. Porsche et Piech sont faits prisonniers de guerre. L'un d'eux collabore avec Renault pour un modèle de voitures.

Joyau de l'économie allemande
A la fin de la guerre, les Britanniques contrôlent l'usine de guerre de VW à Volfsburg, et la gèrent. En 1946, la millième VW sort de l'usine. La firme est bénéficiaire. Piech et Porsche revendiquent une redevance sur chaque voiture vendue. Et l'obtiennent.

Le VW est renommée dans les années 1960 la "Coccinelle", Environ 600 000 personnes travaillent pour VW dans le monde. Les familles autrichiennes Porsche et Piech détiennent 51% des actions de la firme.

Entrepreneur fordiste, patron exigeant, Heinz Heinrich Nordhoff (1899-1968)  maximise la productivité de l'usine en misant sur la future Coccinelle. En 1955, le millionième exemplaire sort de l'usine qui fonctionne sur les trois huit. L'esprit critique s'avère absent dans cette usine qui employait une part importante des habitants de Volksburg. Les syndicats exercent une influence forte dans l'entreprise axée sur la production en série. En 1960, une loi renforce le rôle du comité d'entreprise. Une partie des actions est acquise par les Allemands. La Basse Saxe garde une minorité de blocage (20%). Sous la férule du PDG Nordhoff, les ventes de la VW, popularisée par le cinéma, magnifiée par la publicité, explosent aux Etats-Unis.

En 1974, après des déficits vertigineux, VW opte pour la diversification des produits : Polo, Golf, etc. Technologie et design sont en phase avec les souhaits des consommateurs. Au début des années 1990, la firme risque de disparaître du marché américain.

Se fondant « sur des archives jusque-là inédites, cette enquête met en lumière la face sombre de la planète Volkswagen ».

Descendant de Porsche, Ferdinand Piech mise sur le moteur à diesel, un carburant permettant de réduire la consommation, pour s'implanter aux Etats-Unis. Mais le diesel rejette de l'oxyde d'azote. Les normes environnementales américaines concernant l'oxyde d'azote sont très strictes. Nul au sein de Volkswagen n'a osé dire à la direction de la firme allemande l'incapacité à produire une voiture au moteur à diesel conforme à la réglementation américaine. Pour détrôner Toyota de sa place de leader dans la production automobile, VW doit réussir aux Etats-Unis, un marché-clé. Le créneau : une automobile au moteur vert, écologique. Ce qui séduit les acheteurs américains, persuadés d'acquérir une excellente voiture. Une usine écoresponsable est implantée sur ce marché porteur.



Ferdinand Piech, qui dirige VW, est le petit-fils de Ferdinand Porsche. Passionné d'automobiles, orphelin jeune, il sort de son internat suisse plein de projets ambitieux. Passionné de courses automobiles, il veut développer la Porsche 917. Son oncle est plus dubitatif. Tous deux assistent à la voiture de deux Porsche 917 au Mans au début des années 1970. Innovations technologiques et design moderne constituent les atouts des voitures lancées par Piech. 1993 : nouvelle crise financière de VW. Licencier des milliers de salariés ? Le comité d'entreprise s'y opposerait. Piech réduit les coûts de production en exerçant une pression à la baisse sur les fournisseurs, en débauchant José Ignacio Lopez de Arriortua, directeur des achats de General Motors. Ce dernier est accusé d'avoir emporté des documents importants chez son nouvel employeur. Départ de Lopez, et indemnisation de General Motors. Le procès est évité grâce aux interventions de dirigeants américain, dont le président Bill Clinton, et allemand.

C'était « avant l'éclatement du scandale, qui fut extrêmement dommageable pour l'entreprise, sa réputation et son chiffre d'affaires ». Un scandale révélé par ICCT (International Council on Clean Transportation) et John German. ICCT effectue des tests avec l'université de Virginie occidentale, dans des conditions réelles en 2014. Surprise : les taux d'oxyde d'azote sont jusqu'à 35 fois supérieurs à la norme autorisée. Les résultats sont transmis à deux organismes publics américains.

Vigilante, l'Agence pour la qualité de l'air en Californie enquête sur le problème de la pollution. Les normes californiennes sont plus strictes que celles fédérales. Des essais en laboratoire relèvent des mesures différentes de celles notées en situation réelle. Les ingénieurs interrogent VW, qui fait attendre ses réponses. La manipulation complexe de VW - un logiciel truqueur installé pour invalider les tests - est découverte. Auparavant, des constructeurs de poids lourds, ayant recouru à ce truquage, avaient été sévèrement condamnés. Schröder, du SPD, évite prudemment d'être éclaboussé par le scandale. Six cent mille salariés travaillent alors pour VX, le plus grand constructeur automobile européen. On découvre que VW a payé des soirées fines à des membres du comité d'entreprise de la firme. Peter Hartz, directeur du personnel, a financé des voyages, soirées avec des prostituées, etc. Sans limite budgétaire. Et pour se concilier ces délégués syndicaux. "Un échange de bons procédés", générant de l'opacité dans la gestion de l'entreprise, et condamné par la justice allemande.

La chancelière Angela Merkel rencontre le gouverneur de Californie, alors Arnold Schwarzenegger. Elle plaide pour l'industrie automobile allemande, et se plaint des normes environnementales californiennes.

2013. L'Union européenne veut modifier ses normes environnementales, concernant les émissions de CO2. Merkel obtient un délai d'un an, au lieu de deux années espérées.

Greenpeace parodie un clip publicitaire de VW. Un emploi sur sept provient en Allemagne de l'industrie allemande.

Au lieu de retirer son système informatique invalidant des voitures américaines, VW améliore son logiciel truqueur.

18 septembre 2015. Le scandale éclate. Piech se distancie de Martin Winterkorn, président du directoire du groupe VW depuis 2007. Mais le comité d'entreprise soutient Winterkorn, qui finalement démissionne. Matthias Müller est nommé directeur général de VW. La famille Piech détient un quart du capital de VW. Avec 130 000 habitants, Volksburg s'inquiète.

Choqué par les mensonges de la firme, le Sénat américain lance une commission d'enquête sur ce scandale. Greenpeace contrôle les émissions d'azote dans de grandes villes. En Allemagne, les taux observés sur les moteurs diesel sont élevés. Le ministre américain de la justice porte plainte contre VW. qui a le choix entre retirer les modèles ou modifier son moteur. VW présente publiquement ses excuses pour ses erreurs, tout en niant avoir menti, les problèmes éthique et de management. Il s'agirait d'une "mauvaise interprétation de la législation américaine". Ce qui indigne l'opinion publique. Une communication de crise désastreuse pour Müller et VW. Un accord de dédommagement est signé, mais une amende est provisionnée par VW.

Les « arrangements de l'entreprise avec les législations européenne et américaine ne datent pourtant pas d'aujourd'hui. Contrairement aux premières déclarations imputant la fraude à une équipe restreinte d'ingénieurs, il apparaît désormais qu'il s'agissait d'une politique systématique voulue par la direction du groupe. Onze millions de véhicules sont ainsi concernés dans le monde ». 

« Depuis, l'action Volkswagen a chuté de façon vertigineuse et le montant final de l'amende infligée par les États-Unis pourrait s'élever à 45 milliards de dollars ». 

« C'est un coup dur pour l'industrie automobile allemande dans son ensemble, qui réalise près de 20 % de ses ventes à l'exportation et représente 14 % du produit national brut du pays ».

Ce « n'est pas la première fois que la firme de Wolfsburg se distingue par ses mensonges et ses compromissions. Les témoignages de politiques, de chercheurs, de militants de l'environnement, de journalistes et d'historiens permettent de disséquer les moyens mis en œuvre par l'entreprise pour régner sur les marchés européen et américain ».

« Début 2016 à Detroit, le Salon international de l'automobile ouvre ses portes. C'est la première fois que les nouveaux dirigeants de Volkswagen se présentent devant les acteurs majeurs du secteur automobile et la presse spécialisée nord-américaine depuis le scandale qui a éclaboussé la firme à l'automne 2015 ». Un événement majeur très médiatisé. "Les clients américains sont très rancuniers", relève un expert. Pourquoi achèteraient-ils une VW ?


« Volkswagen - heurs et malheurs d'un géant de l'automobile » par Achim Scheunert
ZDF, 2016, 90 min
Sur Arte les 10 mai à 20 h 55 et 26 mai 2016 à 8 h 55

Visuels :
© IZS Wolfsburg, © VW AG Konzernkommunikation, © taglicht media/Michael Kern

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Les citations sont d'Arteet du documentaire.

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