Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 25 mai 2020

Vassili Grossman (1905-1964)


Vassili Grossman (1905-1964) était un ingénieur chimiste, reporter de L'Étoile rouge (Krasnaïa Zvezda), journal de l’Armée rouge, durant la Deuxième Guerre mondiale et écrivain juif soviétique. A partir de 1943, il découvre en Ukraine la Shoah sur laquelle, avec Ilya Ehrenbourg, pour le Comité antifasciste juif, il réunit des témoignages publiés dans Le Livre Noir. Deux films évoquent cet ouvrage : « Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman » (Stärker als der KGB. Das Stalingrad-Epos "Leben und Schicksal"), documentaire de Priscilla Pizzato et "Vie et destin du livre noir. La destruction des Juifs d'URSS", documentaire de Guillaume Ribot (2019).

Sainte Russie, l'art russe, des origines à Pierre le Grand 
« Le procès » par Sergei Loznitsa 
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

« C’est l’histoire d’un manuscrit qui a fait trembler le Kremlin ».

Un « livre « arrêté » en octobre 1961, au petit matin, et enfermé dans les sous-sols de la Loubianka, le siège du KGB ». Son auteur en demandera les raisons à Khrouchtchev et réclamera "la liberté" pour son livre-charge contre le régime soviétique. En vain.

« Pourquoi ajouterions-nous votre livre aux bombes que nos ennemis préparent contre nous ? », avait écrit Mikhaïl Souslov, l’éminence grise de Staline, à Vassili Grossman (1905-1964) qui plaidait la cause de son livre » achevé en 1961.

Traducteur, Alexis Berelowitch souligne que si le livre a été "emprisonné", son auteur est demeuré libre. Mais Vassili Grossman ne survivra pas longtemps à cette saisie : traité en paria, il décède d'un cancer en septembre 1964. Par prudence, deux copies du livre avaient été cachées.

Né en 1932, l'écrivain Vladimir Voïnovitch, qui se bat contre le KGB, décide de transmettre le livre, sous forme de microfilms, à l'Ouest.

Publication tardive
« Sauvé de la disparition grâce au courage d’un réseau de dissidents, parmi lesquels le physicien Andreï Sakharov et l’écrivain Vladimir Voïnovitch, « Vie et destin » ne paraît en France qu’en 1983 ».

« J’ai été stupéfait comme peu de livres m’ont stupéfait, raconte l’écrivain Olivier Rolin. Pour moi, c’est l’un des monuments du XXe siècle ». « L’essentiel de notre XXè siècle tient dans le face à face des forteresses de la mort, Auschwitz et la Kolyma, et tout ce qui tourne autour, nazisme, communisme, guerre mondiale, révolution… Si l’on veut écrire un livre qui ait une chance de totaliser un peu de l’esprit de ce temps, et pas seulement de témoigner d’une réalité partielle,  il suffit de prendre à bras le corps ce grand débat, grand jeu de miroir en fait. C’est ce qu’a fait Vassili Grossman avec Vie et Destin. Il fallait seulement avoir vécu soi-même au cœur des ténèbres et se sentir la force d’un Titan ». Ces phrases sont d’Olivier Rolin, parues dans Libération au début des années 80, quand Vie et Destin  est enfin devenu disponible dans sa traduction en français ; Olivier Rolin, l’un des intervenants du documentaire Le Manuscrit sauvé du KGB. ‘Vie et destin’ de Vassili Grossman. 35 ans après avoir écrit ces lignes, il revient y dire aujourd’hui le choc que représente la découverte de ce livre monumental qui raconte la bataille de Stalingrad, la découverte des camps nazis et la prise de conscience de l’extermination des Juifs, et cela en engageant une ample réflexion sur le totalitarisme où le nazisme et le stalinisme sont en effet mis l’un en face de l’autre  ».

« Construit sur le modèle de « Guerre et paix » de Tolstoï, « Vie et destin » retrace le destin d’une famille pendant la guerre. De Moscou aux ruines de Stalingrad, des ghettos ukrainiens au goulag, c’est une grande épopée russe écrite à hauteur d’hommes, peuplée de héros ordinaires et de tyrans, de personnages historiques et d’anonymes ». Un "livre écrit à hauteur d'homme". Selon Alexis Berelowitch, Vassili Grossman souhaite répondre dans son roman à ces questions : "Qu'est-ce qu'un régime totalitaire ? Comment le décrire ? Comment le combattre ?"

Evolution bouleversante
Né dans une famille juive bourgeoise, Vassili Grossman devient ingénieur, et un écrivain soviétique officiel. « Vie et destin » résulte d'une évolution bouleversante.

Grossman, « qui fut longtemps un écrivain zélé au service de la construction de l’homme soviétique, témoigne dans son grand œuvre des heures les plus sombres du stalinisme, marquées par la dékoulakisation ou les grandes purges de 1937 ». En 1937, lors des grands procès, Grossman signe une lettre condamnant les anciens compagnons de route de Lénine. Il demeure silencieux lors de l'arrestation de ses proches.

Il « expose les rouages de l’implacable machine totalitaire et dénonce la perversion de l’idéal de 1917. En établissant un parallèle entre nazisme et stalinisme, Grossman va plus loin qu’aucun autre écrivain soviétique avant lui ». Il s'interroge sur les raisons des aveux des prévenus. Il dénonce l'Etat-Parti, "monstre aux yeux clairs".

En 1941, cet écrivain se porte volontaire comme frontovik, "soldat du front", correspondant de guerre lors de la Deuxième Guerre  mondiale. "Près de 1000 jours sur le front". En août 1942, il rejoint Stalingrad. "Stalingrad avait une âme, et cette âme c'était la liberté", écrit Grossman. Une victoire contre le nazisme, et celle du régime stalinien.

« C’est également le roman d’un homme qui a redécouvert sa judéité après l’assassinat de sa mère par les Einsatzgruppen, et qui livre quelques-unes des pages les plus bouleversantes jamais écrites sur l'Holocauste ». A Kiev, environ 34 000 Juifs tués en deux jours dans les ravins de Babi Yar en 1941. Grossman vit avec l'idée de culpabilité pour n'avoir pas pu sauver sa mère à laquelle il vouait une profonde affection. Par delà la mort, il écrit deux lettres à sa mère : "Toi et moi ne faisons qu'un... Ces dix dernières années, j'ai pensé à toi sans discontinuer. Tu représentes l'humain par excellence".

Avec l'Armée rouge, après l'Ukraine, Vassili Grossman entre dans le camp nazi de Treblinka, et découvre la machine d'extermination nazie.

Juif assimilé, cet homme de culture russe commence à se repenser comme Juif, redécouvre sa judéité alors que l'antisémitisme se développe en URSS, et culminera avec le "complot des blouses blanches" inventé par Staline.

L'impossibilité de dire l'assassinat de masse commis par les Nazis blesse Grossman qui réagit en écrivant Vie et Destin, après les problèmes liés à la publication du Livre Noir.

Au milieu des années 1950, en pleine Union soviétique, Grossman qualifie les régimes nazis et staliniens comme totalitaires. Un acte courageux. Grossman décrit "la peur omniprésente qui a détruit la société", l'Etat-parti. Il loue "la bonté humaine, sans idéologie" : "ce qu'il y a d'humain dans l'homme". Il s'avère influencé par Anton Tchekhov et souligne que les Russes n'ont jamais vu la démocratie.


"Au terme d’une minutieuse enquête, menée en Russie, en Ukraine et en Israël, Myriam Anissimov nous offre le compte rendu détaillé du parcours de l’auteur de Vie et Destin. Vassili Grossman (1905-1964) a acquis progressivement la conscience de la tragédie du stalinisme: victime d’un régime que dans les premiers temps il soutenait, il découvre, à travers les persécutions contre les Juifs, que ce système est profondément destructeur. En retraçant l'extraordinaire destin d'un écrivain (chimiste de profession) d'abord célébré par les autorités, puis de plus en plus critique à mesure qu'il prend conscience de la stratégie totalitaire et sanglante du stalinisme et surtout lorsqu'il devient lui-même victime de l'antisémitisme, Myriam Anissimov raconte toute l'histoire de l'ancienne URSS. Grossman mourra sans avoir assisté à la publication de son ouvrage fondamental, document exceptionnel sur la manipulation et la destruction des individus, au nom d'un hypothétique bien collectif. La maladie aura raison de sa résistance et c'est grâce à la ténacité de ses proches et amis que son chef-d'oeuvre sera publié".

« Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman » (Stärker als der KGB. Das Stalingrad-Epos "Leben und Schicksal") est un documentaire réalisé par Priscilla Pizzato. La « bouleversante histoire d’un écrivain, le Russe Vassili Grossman (1905-1964), et de son roman « Vie et destin », l’une des charges les plus violentes jamais portées contre le régime stalinien ».

Le Festival du film d'histoire de Pessac diffusa le 24 novembre 2017 « Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman », documentaire réalisé par Priscilla Pizzato. Projection en présence de la réalisatrice. Film en compétition dans la sélection "Panorama du documentaire".

Actes Sud
En 2019, Actes Sud a publié "Le livre noir - Textes et témoignages" dont les témoignages ont été réunis par Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman, et traduits par Yves Gauthier, Luba Jurgenson, Michèle Kahn, François Guillaume Lorrain, Paul Lequesne et Carole Moroz. "Le 22 juin 1941, les troupes allemandes envahissent l’Union soviétique. “L’opération Barberousse” est, aux yeux d’Hitler, le début de la guerre d’anéantissement du “judéo-bolchevisme”. Alors que son armée est obligée de reculer, Staline accepte la création d’un Comité antifasciste juif. Au cours d’une tournée aux Etats-Unis, une délégation de ce comité rencontre Albert Einstein qui suggère que soient désormais consignées dans un “livre noir ” les atrocités commises par les Allemands sur la population juive d’URSS. Réalisée sous la direction d’Ilya Ehrenbourg et de Vassili Grossman, cette relation “sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945” est assez avancée en 1945 pour être envoyée au procureur soviétique du procès de Nuremberg, puis aux Etats-Unis où elle est publiée. L’édition russe du “livre noir”, elle, ne verra jamais le jour : d’abord censurée, elle sera définitivement interdite en 1947. En 1952, les principaux dirigeants du Comité antifasciste juif sont condamnés à mort et exécutés d’une balle dans la nuque. Après l’écroulement de l’URSS et grâce à Irina Ehrenbourg, la première édition intégrale en russe du Livre noir a enfin pu être publiée en 1993 à Vilnius. La présente édition se veut le plus fidèle possible à ce livre retrouvé, terrible page d’histoire directe et témoignage bouleversant."

"Vie et destin du livre noir. La destruction des Juifs d'URSS"
"Vie et destin du livre noir. La destruction des Juifs d'URSS" est un documentaire réalisé par Guillaume Ribot (2019).

"Au début de la guerre, des écrivains russes documentent la destruction des juifs dans les territoires soviétiques conquis par les nazis et écrivent Le Livre noir. Cette enquête documentaire exceptionnelle retrace l’histoire de ce livre maudit et de ses auteurs."
 
"The Black Book, drafted during World War II, gathers numerous unique historical testimonies, in an effort to document Nazi abuses against Jews in the USSR. Initially supported by the regime and aimed at providing evidence during the executioners’ trials in the post-war era, the Black Book was eventually banned and most of its authors executed on Stalin’s order. Told through the voices of its most famous instigators, soviet intellectuals Vassilli Grossman, Ilya Ehrenburg and Solomon Mikhoels, the documentary, provides a detailed account of the tragic destiny of this cursed book and puts the Holocaust and Stalinism in a new light."



France, 2019, 1 h 32
Ecrit par Antoine Germa et Guillaume Ribot
Partenaires : France Télévisions, Toute l’Histoire, les Régions Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, CNC, Procirep Angoa, Fondation pour la Mémoire de la Shoah, Ministère des Armées.
Avec les voix de Aurélia Petit, Denis Podalydès, Hippolyte Girardot et Mathieu Amalric.
Récompenses et festivals : FIPADOC - Festival International Documentaire - Biarritz - Compétition Documentaire national. Grand prix - Festivalul de Film şi Istorii Râşnov.
Sur France 5 les 13 décembre 2020 à 22 h 40 et 19 décembre 2020 à 01 h 25


« Le manuscrit sauvé du KGB. Vie et destin de Vassili Grossman » par Priscilla Pizzato
France, Ex Nihilo / Arte France, 2017, 58 min
Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Textes lus par Denis Podalydès, de la Comédie-Française
Le 24 novembre 2017, à 17 h, dans le cadre du  Festival du film d'histoire de Pessac, au Cinéma Jean Eustache. Place de la Ve République. 33600 Pessac
Sur Arte les 24 janvier 2018 à 22 h 30, 28 mai 2020 à 00 h 35
Disponible du 20/05/2020 au 25/07/2020
Visuels
Confisqué puis restitué plus de cinquante ans après par les services secrets russes, Vie et destin de Vassili Grossman, spectateur horrifié de la guerre, est le récit des ravages du totalitarisme soviétique à l’époque de la bataille de Stalingrad. Une fresque historique dont le souffle épique lui vaut d’être comparée au Guerre et Paix de Tolstoï.
© Ex Nihilo / Arte France

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations sont extraites du communiqué de presse. Cet article a été publié le 22 novembre 2017, puis le 24 janvier 2018.

1 commentaire:

  1. "Pour une juste cause" est le premier volet publié par Vassili Grossman en 1952 du bouleversant "Vie et destin", sur la bataille de Stalingrad.

    Luba Jurgenson (Traducteur)
    ISBN : 2253157813
    Le Livre de Poche (09/02/2011)

    RépondreSupprimer