Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mercredi 31 octobre 2018

Mel Brooks


Né dans une famille juive germano-russe, Mel Brooks est un scénariste, réalisateur, producteur et acteur américain comique. A la télévision, puis au cinéma, il s'est illustré dans la parodie de genres américains (Blazing Saddles, Silent Movie, Young Frankenstein), et a réalisé avec son premier film (Les Producteurs), un chef d'oeuvre. Arte diffusera le 31 octobre 2018 à 0 h 05 "Frankenstein Junior", par Mel Brooks. 

« Le chanteur de Gaza » par Hany Abu-Assad
« Pour Sacha » d'Alexandre Arcady
« Inch’Allah » d’Anaïs Barbeau-Lavalette
« Un Juif pour exemple » par Jacob Berger
« Un ami viendra ce soir » de Raymond Bernard
« Nu parmi les loups » de Frank Beyer
« Jacob le menteur » par Frank Beyer
« M. Kaplan », par Álvaro Brechner 
« The Producers » (« Les Producteurs ») par Mel Brooks
Les Enfants du Paradis, l’exposition
« Borat » de Larry Charles
« Cours sans te retourner » de Pepe Danquart
« Ushpizin » de Gidi Dar
« Schtonk ! » par Helmut Dietl
« L’évasion de Baruch » par Ewald André Dupont
« Le métis de Dieu » par Ilan Duran Cohen
« Ivan le Terrible » par Sergej M. Eisenstein
« Autant en emporte le vent » par Victor Fleming, George Cukor et Sam Wood
« L’Homme qui tua Liberty Valance » par John Ford
« Hôtel Rwanda » de Terry George
« Félix & Meira » par Maxime Giroux
« The Immigrant » par James Gray
« Scarface » de Howard Hawks
« Elser, un héros ordinaire », par Oliver Hirschbiegel
« Enfants prodiges » par Kurt Hoffmann
« La Bible » par John Huston
« Kaddish pour un ami » de Leo Khasin
« The Exchange » par Eran Kolirin
« Le Livre de la jungle » par Zoltan Korda
« Le serment » (The Promise) de Peter Kosminsky
« Fritz Bauer - Un héros allemand » par Lars Kraume
« Diabolo menthe » par Diane Kurys
« La Planète sauvage » par René Laloux
« Les trois lumières », par Fritz Lang
« M le maudit » de Fritz Lang
« Le Testament du Docteur Mabuse » par Fritz Lang
« Metropolis » de Fritz Lang
« Espions sur la Tamise » de Fritz Lang
« L’institutrice » par Nadav Lapid
« La journée de la jupe » par Jean-Paul Lilienfeld
« Nowhere in Africa » par Caroline Link
« Le dossier Odessa » par Ronald Neame


« Les Producteurs, c’est le meilleur de la comédie en un seul film. Mel Brooks fait preuve d’un incroyable et incontestable talent en entremêlant tragédie-comédie, comédie-tragédie, pitié, peur, hystérie, schizophrénie, délire inspiré et folie généreuse avec de la magie pure. […] Ceux qui ont vu le film et l’ont compris ont fait l’expérience d’un phénomène qui n’arrive qu’une seule fois dans une vie », a déclaré Peter Sellers.

Mel Brooks : un génie du rire 
Mel Brooks  est né Melvin Kaminsky le 28 juin 1928 à New York, dans une famille juive germano-russe. 

« Après s’être enrôlé dans l’U.S. Army en 1944, il débute à son retour d’Europe une carrière dans le stand-up », un one-man-show comique. 

En 1949, Mel Brooks « est repéré par Sid Caesar, célèbre humoriste pour la télévision américaine. Durant presque dix ans, il écrira de nombreux sketches aux côtés de Woody Allen ou Neil Simon, dont il sera parfois l’interprète ». 

« Puis, en 1962, il signe le scénario du court-métrage d’animation The Critic, dont il assure également la narration, et qui lui vaudra un Oscar ». 

« Trois ans plus tard, il coécrit avec Buck Henry (à qui l’on doit entre autres le scénario du Lauréat) la série télévisée Max la menace (Get Smart), hilarante parodie de film d’espionnage qui sera diffusée jusqu’en 1970 ». Une parodie des films de James Bond avec Don Adams dans le rôle de l'agent 86, doté de gadgets et d’une chaussure téléphone, et œuvrant pour l’organisation CONTROL.

« À près de quarante ans, Mel Brooks écrit et réalise son premier long-métrage, Les Producteurs, librement inspiré de son expérience passée dans le monde du spectacle. Ce film, qui a d’abord divisé la critique et le public, entrera bientôt au panthéon des chefs-d’oeuvre de la comédie américaine ».

Mel Brooks « sera par ailleurs l’un des premiers réalisateurs issus de la communauté juive à oser s’attaquer de plein fouet à l’ennemi juré, Hitler, et à le transformer en clown – heurtant au passage la sensibilité de nombreux spectateurs ». Il use de l’humour pour ridiculiser certains membres du show business.

« Pour son prochain film, Le Mystère des douze chaises (1970), Mel Brooks passe devant la caméra, aux côtés de Ron Moody et Frank Langella ». 

« Viendront ensuite ses célèbres parodies qui lui vaudront une renommée mondiale et assiéront sa réputation dans le genre de la comédie américaine, aux côtés de Woody Allen et Jerry Lewis : Le Shérif est en prison (1974) s’attaque au western, Frankenstein Junior (1974) aux films d’horreur ayant fait la gloire d’Universal dans les années 1930, La Dernière Folie de Mel Brooks (1976) aux films muets à la Mack Sennett, ou enfin Le Grand Frisson (1977) aux thrillers à la Hitchcock ». 

« Après une intense période d’activité dans les années 1970, Mel Brooks se fait plus rare durant les deux prochaines décennies, réalisant cinq nouveaux longs-métrages, dont le dernier date de 1995, Dracula, mort et heureux de l’être ». 

« Mais s’il a quelque peu freiné son activité de réalisateur, Mel Brooks poursuit toujours une prolifique carrière d’acteur – il fut particulièrement remarqué dans le remake du film de Lubitsch, To Be or Not to Be (Alan Johnson, 1983) aux côté de sa femme, l’actrice Ann Bancroft ». 

« Depuis, il s’est surtout spécialisé dans le doublage de films d’animation, mais apparaît également dans quelques séries américaines comme Dingue de toi (1992-1999) ou Larry et son nombril (2000- ) de Larry David ». 

« En parallèle, Mel Brooks a aussi créé sa propre société de production, Brooksfilms, à qui l’on doit notamment le chef-d’oeuvre de David Lynch Elephant Man (1980) ou La Mouche de David Cronenberg (1986) ». 

« Travailler avec Mel sur ma série a été l’une des choses les plus excitantes de ma vie. […] La première fois que j’ai entendu Mel, j’ai pensé que personne ne pouvait être aussi drôle. À ce moment, je me suis dit que je ne pourrai jamais devenir comique. À quoi bon ? Mel Brooks ne m’a pas fait entrer dans la comédie, il m’y a éloigné. J’ai passé des années à ne rien faire à cause de lui », a confié, admiratif, Larry David (Seinfeld, Larry et son nombril

En 2017, à l’âge de 91 ans, il a débuté  comme entertainer dans un casino à Las Vegas.

"Les Producteurs"

Le 22 août 2018, est sorti en France, dans une version restaurée, « The Producers » (« Les Producteurs ») réalisé par Mel Brooks. La « première comédie culte et déjantée de Mel Brooks ». Un chef d’œuvre oscarisé qui court sur le fil ténu entre le rire et le désespoir, le succès et l’échec, entre le respect et la provocation. Avec un duo comique clownesque génial, désopilant, irrésistible : Zero Mostel et Gene Wilder dans le rôle d’escrocs cyniques tablant sur l’échec de la comédie musicale qu’il monte – « Springtime for Hitler » - pour s’enrichir.

« Premier long-métrage de Mel Brooks en tant que scénariste et réalisateur, Les Producteurs est une plongée saisissante dans l’univers décalé du grand génie de la comédie loufoque à l’américaine ». 

« Jadis célèbre producteur à Broadway, Max Bialystock (Zero Mostel) est désormais contraint de soutirer de l’argent à de riches octogénaires libidineuses en faisant le gigolo. Un jour débarque le timide et névrosé Leo Bloom (Gene Wilder), chargé de vérifier ses comptes. Constatant certaines irrégularités, le comptable fait remarquer qu’il y aurait beaucoup d’argent à se faire en montant un spectacle qui s’avérerait être un flop immédiat. Les deux comparses décident de s’associer et tombent sur le projet parfait : une comédie musicale intitulée Le Printemps d’Hitler, écrite par un certain Franz Liebkind, faisant l’apologie du Troisième Reich. Max et Leo sont persuadés qu’ils tiennent là un four assuré. Mais le public sera-t-il du même avis ? » 

« Pour son coup d’essai cinématographique, Brooks réussit un coup de maître en frappant particulièrement fort. Seulement vingt-trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Les Producteurs repousse les frontières du bon goût avec son projet de comédie musicale à la gloire du Führer et de l’Allemagne nazie ! » 

« La première du Printemps d’Hitler figure parmi les nombreuses scènes d’anthologie de cette oeuvre d’une incroyable maîtrise, qui parvient à trouver le ton juste tout en assumant son humour grotesque outrancier et sa bonne dose de politiquement incorrect, le tout filmé dans un rythme endiablé. Le talent de Mel Brooks ne pouvait guère passer inaperçu ; il obtiendra pour cette oeuvre l’Oscar du Meilleur scénario original ».

« Évidemment, le ressort comique des Producteurs repose également en grande partie sur ses acteurs, en particulier sur le duo campé par Zero Mostel et Gene Wilder. À l’instar d’un Laurel et Hardy, voici deux héros que tout oppose, aussi bien sur le plan physique que psychologique, et dont l’alchimie fonctionne ici à merveille ». 

« Mention spéciale à la galerie de personnages secondaires, tout aussi hilarante : du metteur en scène travesti Roger De Bris à son assistant-amant Carmen Ghia, en passant par l’acteur L.S.D. jouant un Hitler en plein trip psychédélique ! » 

« Au passage, Mel Brooks livre une formidable satire du monde du spectacle où rien n’est jamais joué à l’avance – pas même le succès de son propre film, qui lancera sa carrière en tant que cinéaste ». 

Mais le film est plutôt reçu avec indifférence lors de sa sortie en France. Il est véritablement découvert par le public des cinéphiles lors de sa diffusion par le cinéclub d’Antenne 2 dans les années 1970.

Interdit en Allemagne, il ne sera visible que lorsqu’un festival le programmera dans le cadre d’un hommage aux films de réalisateurs juifs.

En 2001, il a été adapté en comédie musicale pour Broadway. Un succès !

En 2005, cette comédie musicale est adaptée au cinéma par Susan Stroman. Il est interprété par Nathan Lane, Matthew Broderick, Uma Thurman et Will Ferrell. Un échec commercial.

« Splendidement restauré en 4K à l’occasion de son cinquantième anniversaire, Les Producteurs se regarde avec un plaisir non dissimulé, preuve que les plus grands génies comiques traversent les époques et les modes sans ambages ! »

Pour son 50e anniversaire, « The Producers » a été restauré par Studiocanal à partir du négatif original et d’un interpositif en 4K 16 bits, avec le support technique d’Eclair.

Le 4 septembre 2018, il a été disponible en éditions Blu-RayTM et DVD.

Frankenstein Jr
Arte diffusera le 31 octobre 2018 à 0 h 05 "Frankenstein Junior", par Mel Brooks. "Pour une histoire d'héritage, l'arrière-petit-fils du docteur Frankenstein accepte de se rendre dans le château familial en Transylvanie... Une parodie hilarante du film d'épouvante et un bijou de dérision réalisé par un Mel Brooks au sommet de sa forme et interprété par son fidèle compère, l'épatant Gene Wilder."

"Arrière-petit-fils du docteur Frankenstein, Frederick Frankenstein n'est pas spécialement fier de son ascendance. Mais, pour une histoire de testament, il accepte de partir pour le château familial en Transylvanie. Igor, un serviteur bossu très intrigant, et la jolie laborantine Inga y vivent. Lui aussi docteur et spécialiste du système nerveux, Frederick décide de reprendre les expériences de son aïeul. Il réussit à créer un monstre, en implantant un cerveau dans un cadavre. Mais la créature se révèle difficile à contrôler…"

"Délirant ! Frankenstein Junior est considéré par les spécialistes de la carrière de Mel Brooks comme son film le plus réussi. Avec son compère l'acteur Gene Wilder, le réalisateur américain se surpasse dans l'exercice du loufoque, du troisième degré et du clin d'œil malicieux. Cette parodie des Frankenstein ou de La fiancée de Frankenstein de James Whale avec Boris Karloff multiplie les références aux films d'horreur qui suivront dans les années 1930. Mais jamais l’humour non-sensique cher au créateur de La folle histoire du monde ne se retourne contre son sujet. Son œuvre s'avère une déclaration d'amour, un hommage sincère (en noir et blanc et tourné dans certains décors utilisés par James Whale) aux films d'épouvante, ce genre à la fois très codifié et capable de se laisser régénérer, notamment par la dérision."

"Pour cet hommage parodique au cinéma fantastique classique, Mel Brooks et Gene Wilder, également comédien principal, ont choisi de tourner "Frankenstein Junior" en noir et blanc. Un choix risqué tant à l'époque, le public était habitué à ne voir que des films en couleurs. Mais la trivialité de la couleur aurait sans doute atténué l'aspect gothique surnaturel du film".

L'American Film Institute a classé "Frankenstein Junior" au 13e rang sur sa liste des 100 films américains les plus drôles. En 2003, le Comité de sauvegarde national du film aux États-Unis a jugé ce film  « culturellement, historiquement ou esthétiquement important » et l'a choisi pour être préservé par le National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès.


"Frankenstein Junior" par Mel Brooks
Etats-Unis, 1974
Image : Gerald Hirschfeld
Montage : John C. Howard
Musique : John Morris
Production : Gruskoff/Venture Films, Crossbow Productions, Jouer Limited
Producteur/-trice : Michael Gruskoff
Scénario : Mel Brooks, Gene Wilder
Avec Gene Wilder, Peter Boyle, Marty Feldman, Madeline Kahn, Cloris Leachman, Teri Garr, Kenneth Mars, Richard Haydn, Gene Hackman
Auteur : Mary Shelley
Sur Arte le 31 octobre 2018 à 0 h 05

« The Producers » (« Les Producteurs ») réalisé par Mel Brooks
Etats-Unis, 1968, 90 mn, Couleurs, 1.85:1, VISA : 37 642, VOSTF
Scénario : Mel Brooks
Directeur de la photographie : Joseph Coffey
Musique : John Morris
Producteur délégué Joseph E. Levine
Produit par Sidney Glazier
Avec Zero Mostel, Gene Wilder, Dick Shawn, Kenneth Mars, Christopher Hewett, Andreas Voutsinas

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations proviennent du dossier de presse et d'Arte. Cet article a été publié le 22 août 2018.

Photographies de Pierre Abensur : Juifs d’Iran, Le Cœur perse


En 2002, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté l'exposition éponyme - 58 tirages à bord noir de Pierre Abensur - assortie d'un beau catalogue. Ce photographe français a effectué deux reportages, en noir et blanc, sur les Juifs d’Iran sous la présidence du Président Khatami : l’un en septembre 1999 et l’autre en mars 2002. Belles et riches d’informations, ses photos montrent son empathie pour ces Perses qui, instruments de luttes pour le pouvoir, songent à l’exil. Souvent issus de la bourgeoisie moyenne, ces Juifs sont montrés dans leurs vies professionnelle, citoyenne et privée. Le 30 octobre 1910 s'est produit le pogrom de  Chiraz.

Pierre Abensur, dont le père est né au Maroc, est passionné par le sort des minorités, sociales ou religieuses.

Ainsi, il a initié une série de reportages photographiques sur les « communautés Juives en Terre d’Islam » : les Juifs de Sarajevo en 1996, ceux d’Istanbul en 1998 et de Djerba en 2001. Pourquoi ? « Rester est un acte de résistance, surtout dans certains pays. Il faut avoir la foi pour tenir. Pas seulement en raison des persécutions, mais aussi de la pression sociale. Notamment pour le mariage... ».

Grâce au soutien de l’Association européenne pour la culture juive, il poursuit son étude en offrant une autre image de l’Iran. C’est celle des Juifs de Téhéran, d’Ispahan, de Shiraz, Qhom et Kerman. Une communauté Juive vivait aussi à Golpayegan - l'Alliance israélite universelle y été présente - depuis 2700 ans.

Ses photographies ont été publiées par The New York Times, Le Point, le Figaro, Le Temps (Genève), Yediot Aaronot, L’Arche, Les Cahiers de l’Alliance, etc.

Au MAHJ, elles sont regroupées dans des espaces thématiques et sont accompagnées par les textes clairs et concis du photographe-reporter.

En trois ans, elles révélaient des permanences - l’accès à une chaîne de télévision israélienne via le satellite, la solidarité avec les pauvres ou les toxicomanes, etc. - et une évolution sensible : la percée d’internet et une relative libéralisation. C’est-à-dire du choc de l’arrestation en juin 1999 des 13 Juifs iraniens accusés d’espionnage à la déception devant l’impuissance ou le refus du Président Khatami freiné par l’opposition du Conseil de la Révolution, en passant par l’émigration délicate de 4 000 Juifs iraniens.

Si sous le Shah, la communauté Juive iranienne rassemblait 80-100 000 âmes, elle en compte actuellement moins de 20 000, essentiellement dans quelques villes.

Cette exposition révèle des hommes et femmes tiraillés entre l’attachement à leur pays, où les Juifs sont établis depuis deux mille cinq cents ans, et leurs aspirations à la sécurité, à la démocratie, voire à une promotion sociale (accès à certains postes administratifs).

Ces photos disent aussi la douleur des séparations familiales et de l’exil... Lucidement pessimistes sur leur avenir en Iran, ces Juifs ont hésité entre deux destinations : Israël et les Etats-Unis. Faute d’obtenir des visas par ceux-ci méfiants depuis les attentats du 11 septembre 2001, plusieurs « centaines de Juifs iraniens attendent à Vienne depuis des mois ».

Une autre image de l’Iran
« Le noir et blanc est plus essentialiste et profond que les couleurs », estime Pierre Abensur.

Très belles, ses photographies informent et traduisent l’empathie de ce photographe-reporter autodidacte pour autrui : deux Juives iraniennes couvertes d’un drapé à motifs dans la synagogue d’Ispahan le jour de Kippour, une Iranienne  Juive se rendant à la synagogue d’Ispahan au dôme hexagonal, aux porches surbaissés pour les dhimmis et au mur marqué par un slogan anti-américain, les habitants des maisons délabrées de l’ancien quartier Juif de Téhéran, le regard fasciné d’un enfant sur Zarozim, le modeste réparateur de lunettes dans le quartier des bijoutiers de Shiraz, une femme bouleversée de revoir grâce à Internet sa mère vivant en Israël, des Iraniens Juifs qui ont pris « l’habitude de se déchausser à l’entrée des synagogues par mesure d’hygiène, une tradition profane et domestique, vraisemblablement pas un emprunt à l’islam », la mère angoissée de l’un des « onze disparus de Zaedan » lors d’une tentative de quitter l’Iran par la frontière pakistanaise (1994-1995) et qui interpelle le président Khatami, etc.

Sur le mur d’un immeuble de Téhéran, une fresque célèbre trois "martyrs" non musulmans morts pendant la guerre contre l’Irak : parmi eux, Sharam Zarini, au nom écrit en hébreu.

« L’hôpital Docteur Sappir appartient encore à la communauté Juive, mais la plupart de ses patients et employés sont musulmans. Parmi les praticiens Juifs encore en exercice se trouve le docteur Mohaber, chirurgien et seul officier supérieur - général à la retraite - Juif de la République islamique d’Iran. Il avait été nommé directeur du nouvel hôpital militaire par l’impératrice Farah Dibah. Demeuré à son poste malgré la révolution, il a réalisé plus de mille deux cents opérations au cours de la guerre contre l’Irak ».

Et alors que la communauté Juive iranienne, en état de choc après l’arrestation en juin 1999 de leurs 13 coreligionnaires, lui réserve un accueil froid et craintif, Pierre Abensur saisit « devant le mausolée de l’Ayatollah Khomeyni, entouré de portraits de l’imam défunt », un Juif iranien qui tient d’une main le drapeau de son pays et de l’autre un iris, la fleur symbolique de l’Iran. La synthèse d’une situation dramatique.

De nos frères Perses, nous nous sentons proches par cette vie festive, ces pratiques religieuses (respect du shabbath), ce patriotisme profond, ces intérieurs cosy, etc. On est aussi ému en devinant leurs problèmes quotidiens, notamment pour respecter la cacherout. Et on constate leur « persité » par leurs noms et leurs coutumes, tel le nouvel an iranien ou norouz. Comme ils doivent nous trouver très « occidentaux » pour les mêmes raisons...


Addendum : Le Sephardi Bulletin (septembre/octobre 2000), relayé par le blog Jewishrefugees,  relate  histoire d'Eliyahu S., un médecin militaire iranien
Selon le Mossad, huit des onze Iraniens Juifs portés disparus depuis leur tentative dans les années 1990 de fuir  l'Iran pour se réfugier dans l'Etat d'Israël, ont été tués
Le 15 décembre 2014, l'Iran a inauguré un monument en hommage aux soldats iraniens Juifs morts, environ 150, lors de la guerre irano-irakienne (1980-1988), afin de montrer que le régime iranien est modéré et que les Iraniens Juifs sont loyaux à l'égard de leur pays.
Le 20 juin 2015, de 14 h 30 à 17 h, à la Salle Guillaume de Nogaret à Montpellier, l'association Pour un judaïsme humaniste et laïque proposa la conférence Les Juifs d'Iran, avec Youssef Hourizadeh, sociologue, médiateur scientifique, suivie d'un goûter iranien. "« Ainsi parle Cyrus, Roi de Perse : - L'Eternel, Dieu du ciel, m'a mis entre les mains tous les royaumes de la terre, et c'est lui qui m'a donné mission de lui bâtir un temple à Jérusalem, qui est en Judée. S'il est parmi vous quelqu'un qui appartienne à son peuple, que son Dieu soit avec lui, pour qu'il monte à Jérusalem, qui est en Judée, et qu’il bâtisse le temple de l'Eternel, Dieu d'Israël, de ce Dieu qui réside à Jérusalem ! Tous ceux qui restent (de ce peuple), quelle que soit leur résidence, leurs compatriotes devront les gratifier d'argent, d'or, d'objets de valeur et de bêtes de somme, en même temps que d'offrandes volontaires, destinées au temple de Dieu à Jérusalem ». C’est sur cette proclamation de Cyrus le Grand affranchissant les Juifs de leur exil à Babylone (-539) que se clôt le Deuxième Livre des Chroniques et c’est sur sa répétition que s’ouvre le Livre d’Esdras, attestant de l’ancienneté et de l’importance du lien qui unit l’histoire du peuple hébreu et celle de la Perse. Cette conférence sera pour nous l’occasion de découvrir l'évolution du peuple juif en Perse (Iran) à travers le temps, l'histoire et la géopolitique, jusqu'à l'époque actuelle et ses paradoxes".

Le 30 octobre 1910, a été déclenché le pogrom de  Chiraz par une fausse accusation de crime rituel (blood libel), une accusation précédée de la rumeur infondée de profanation du Coran dont un exemplaire aurait été jeté dans un puits par des Juifs. Près du cimetière juif, le cadavre d'un enfant est découvert par des musulmans le premier jour de la fête juive de Souccot. Il s'est avéré ensuite qu'il s'agissait de la dépouille d'un garçon juif décédé peu auparavant. Selon la rumeur, les Juifs auraient assassiné une jeune musulmane pour utiliser son sang à des fins rituelles. Lors du pogrom commis par des soldats supposés défendre les Juifs et une foule déchaînée composée notamment de femmes et d'enfants, 12 Juifs sont tués et 50 blessés et les 6 000 Juifs de Chiraz sont spoliés de leurs biens. Certains sont protégés par le consulat britannique ou des amis musulmans, dans des champs. Cet événement qui a duré six à sept heures a été décrit par le représentant de l'Alliance israélite universelle de Chiraz. Il est ainsi décrit par l'Alliance israélite universelle (AIU) :
« Les voleurs faisaient la chaîne dans la rue. On se passait les tapis, les ballots d'effets, les sacs de marchandise [...], tout ce qui, en un mot, pouvait avoir quelque prix. Ce qui n'en avait pas, ce qui en raison de son poids ou de son volume ne pouvait pas être emporté était, dans une rage de vandalisme, détruit, brisé. Les portes et les fenêtres des maisons étaient arrachées à leurs gonds et emportées ou réduites en pièces. On laboura littéralement les chambres pour voir si le sous-sol ne recelait pas quelque richesse...« Des femmes, des hommes, des vieillards se roulent dans la poussière, se frappent la poitrine et demandent justice. D'autres plongés dans un état de véritable stupeur, paraissent inconscients et sous l'effet d'un affreux cauchemar qui ne veut pas prendre fin. »
L'AIU ainsi que divers musulmans ont aidé les survivants juifs iraniens.

Ce pogrom est évoqué par David Littman et Shmuel Trigano dans leurs publications.

Juifs d’Iran, le cœur perse, Photographies de Pierre Abensur. MAHJ, 2002. Plaquette brochée. 18 pages. 8 euros.

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié par Guysen en 2002, et sur ce blog les 21 mars et 22 décembre 2014, puis les 19 juin 2015, 31 octobre 2016, 30 octobre 2017.

mardi 30 octobre 2018

L'attentat contre la synagogue de la rue Copernic en 1980

  
Le 3 octobre 1980, un attentat terroriste antisémite du FPLP-OS (Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales) a visé la synagogue parisienne rue Copernic (75016), faisant quatre morts et 46 blessés. Livre, documentaire, colloque et articles de presse ont étudié cet attentat. Le 13 décembre 2017, on apprenait que le parquet a requis le renvoi aux assises de Hassan Diab, principal suspect de l’attentat de la rue Copernic. Le 12 janvier 2018, on apprenait que Hassan Diab avait bénéficié d'un non-lieu. Libéré, le prévenu est retourné au Canada en étant accompagné jusqu'à l'avion par un représentant de l'ambassade du Canada en France. Le 26 octobre 2018, la Cour d'appel de Paris devait statuer sur ce non-lieu. Elle a préféré ordonner une nouvelle expertise graphologique. Le 30 octobre 2018, Toute l'Histoire diffusera Rue Copernic, histoire d'un attentatdocumentaire de Laurent Jaoui (2010).




L’Union libérale israélite de France est la plus ancienne communauté juive libérale. Elle a pour devise : « Tradition, dialogue et ouverture ».

La synagogue libérale de la rue Copernic est située dans le tranquille et huppé XVIe arrondissement de Paris.

Elle "a été créée en 1907 par le grand Rabbin Louis-Germain Lévy".

Attentat antisémite
Le vendredi 3 octobre 1980, vers 18 h 37, à l’entrée du chabbat, explose une bombe visant cette synagogue libérale.

Cet attentat antisémite fait quatre morts - Jean-Michel Barbé tué dans sa voiture, Philippe Bouissou tué alors qu'il roulait en moto, Hilario Lopez Fernandez, gardien de l’hôtel Victor Hugo, décédé deux jours après l’attentat, Aliza Shagrir,présentatrice de télévision israélienne, tuée alors qu’elle marchait sur le trottoir - et 46 blessés.

Parmi les blessés : Corinne Adler, présente dans la synagogue, en pleine bat-mitzvah, à l’âge de 13 ans, et Gérald Barbier, propriétaire du magasin de luminaires, à côté de la synagogue, dont le plafond s’est effondré.

Le bilan aurait pu être encore plus lourd si la bombe avait fonctionné comme prévu, à l’heure de la sortie des fidèles de l'office du shabbat.

Raymond Barre, alors Premier ministre, déclare :
« Cet attentat odieux voulait frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic ».
Valéry Giscard d’Estaing, alors Président de la république, réagit tardivement, sans trouver les mots adéquats. Des propos de Raymond Barre et un long silence présidentiel qui indignent la communauté Juive française. Celle-ci s’en souviendra, notamment lors des élections présidentielles en mai 1981. 

Le 7 octobre 1980, 200 000 manifestants, majoritairement non juifs, défilent en solidarité entre Nation et République.

La FANE (Fédération d’action nationale et européenne), mouvement d’extrême-droite, le revendique. La piste nazie est vite privilégiée par les responsables communautaires, syndicaux et associatifs, ainsi que par les autorités politiques.

Celles-ci occultent pendant des décennies la piste proche-orientale menant au FPLP-OS (Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales), groupe terroriste membre de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) et « petite société commerciale »

Hassan Diab au Canada
En octobre 2007, un article du Figaro affirme que l’auteur présumé de l’attentat vit au Canada, après avoir résidé aux Etats-Unis. Ce suspect aurait été identifié grâce au fichier de l’organisation obtenu par l’Allemagne, qui l’aurait diffusé auprès de pays amis, dont la France.

Le 5 novembre 2008, les juges d'instruction français Marc Trévidic, magistrat au pôle antiterroriste et nouvellement en charge du dossier, et M. Jannier lancent un mandat d’arrêt international à l’encontre de Hassan Diab. 

Le 13 novembre 2008, la gendarmerie canadienne interpelle au Québec (Canada) l'auteur présumé de cet attentat, Hassan Diab, âgé de 54 ans, professeur de sociologie de l’université Carleton d’Ottawa. D’origine palestino-libanaise, ayant acquis la nationalité canadienne en 1993, Hassan Diab est soupçonné d’avoir fabriqué et posé la bombe, ainsi que loué, avec de faux papiers, la moto où était placé l'explosif. Il nie être l’auteur des faits qui lui sont reprochés.

Extradition
Le 10 décembre 2008, les deux juges d'instruction français demandent l'extradition d'Hassan Diab qui est arrêté.

Le 31 mars 2009, Hassan Diab est remis en liberté conditionnelle.

La justice canadienne a examiné la demande d'extradition de Hassan Diab vers la France.

Au printemps 2009, Jean Chichizola et Hervé Deguine, journalistes, présentent les résultats intéressants de leur enquête sur cet attentat, sur des jeunes militants pro-palestiniens, en rupture avec leur organisation, ayant choisi la voie terroriste et jusqu’auboutistes, puis reconvertis en cadres supérieurs en Amérique du Nord et au Liban.

Curieusement, ces deux auteurs évoquent un « terrorisme aveugle », alors que ce terrorisme cible les juifs, et le titre de leur livre ne qualifie pas cet attentat d’islamiste ou de palestinien.

On peut regretter que les enjeux politiques, et la fameuse "politique arabe de la France" soient si peu analysés  par ces deux journalistes.

A noter que Hervé Deguine, défenseur du correspondant de  France 2 à Jérusalem, a signé la pétition Pour Charles Enderlin après que celui-ci ait été débouté de sa plainte contre Philippe Karsenty, directeur de l'agence de notation des médias Media-Ratings, dans l'affaire al-Dura.

Depuis la publication du livre en avril 2009, de nombreuses organisations juivesB’nai Brith Canada, Centre Simon Wiesenthal - se sont indignées qu’Hassan Diab puisse reprendre son enseignement auprès de la jeunesse. Avançant l’intérêt des étudiants, l’université Carleton nomme le 28 juillet 2009 un autre enseignant pour le remplacer.

Le 11 septembre 2010, le Centre Simon Wiesenthal (CSW), le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), le SPCJ (Service de protection de la communauté juive) et l'ULIF (Union libérale israélite de France), ont appelé à signer une pétition adressée au ministre de la Justice, l’honorable Rob Nicholson, et procureur général du Canada, afin que, le 8 novembre 2010, la justice canadienne prononce l'extradition du presumé coupable de l'attentat vers la France, «  sur les lieux du crime qui a causé la mort de Jean-Michel Barbé, Philippe Bouissou, Hilario Lopes-Fernandes et Aliza Shagrir ». La pétition Pour que justice soit rendue aux victimes de l’attentat de la rue Copernic, pour que les terroristes ne trouvent jamais un refuge paisible au sein des démocraties, signons la pétition... est aussi sur Facebook. Le dossier de l'affaire se trouve sur le blog de l'Appel de Copernic.

L'ULIF (Union libérale israélite de France), le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et le Centre Simon Wiesenthal (CSW) ont organisé le colloque L'Attentat de Copernic, Se souvenir, comprendre,  juger le 3 octobre 2010 à 14 h à la synagogue de l'ULIF, 24 rue Copernic, 75116 Paris. Parmi les orateurs, Irwin Colter, député canadien et ancien ministre de la Justice du Canada, a prononcé un discours remarquable. A ce colloque a succédé une cérémonie de commémoration en présence notamment du Premier ministre François Fillon, d'édiles et de responsables communautaires.

Le jeudi 30 septembre 2010, à 22 h 50, France 2 a diffusé, dans le cadre de l'émission Infra Rouge, le documentaire Rue Copernic, histoire d'un attentat (66 minutes) de Jean Chichizola et Laurent Jaoui.

Le 6 juin 2011, un tribunal d'Ottawa a ordonné l'extradition vers la France du principal suspect dans cet attentat, Hassan Diab. L'avocat de celui-ci a interjeté appel de ce jugement.

Le 4 avril 2012, le ministre de la Justice canadien, Rob Nicholson, a signé l'ordre d’extradition d’Hassan Diab vers la France.

Lors d'une conférence de presse du 13 avril 2012, Hassan Diab et son avocat, Me Don Bayne, ont annoncé leur intention d'interjeter deux appels : l'un contre cet ordre d'extradition et l'autre contre l'ordre d'extradition prononcé contre lui en juin dernier par la Cour supérieure de l'Ontario.

Le 2 octobre 2013, l'Association française des Victimes du Terrorisme (AFVT) s’est portée partie-civile dans le dossier de l’attentat de la rue Copernic. Elle mobilise "ses ressources afin de soutenir la demande d’extradition d’Hassan Diab, auprès des autorités canadiennes, afin qu’il soit entendu par le juge français en charge de l’instruction". Elle déclare : "Malgré la décision favorable des autorités canadiennes, Hassan Diab a usé de tous les artifices procéduraux pour s’opposer à son extradition, affirmant même que l’enquête était fondée sur des informations secrètes obtenues « sous la torture » ou « sans source ». Ainsi, Hassan Diab n’a pas manqué de diaboliser le magistrat instructeur et le système judiciaire français, suggérant que les poursuites à son encontre étaient motivées par des fins politiques afin de trouver « un coupable ».  En dépit de plusieurs demandes officielles des autorités, Hassan Diab continue à se soustraire à la justice française. Son dernier recours en appel doit être examiné dans les prochaines semaines par les autorités canadiennes. S’il obtient gain de cause, il ne sera pas extradé. Les victimes attendent un procès" depuis 33 ans.

Et d'ajouter : "Cet attentat a marqué le début d’une série d’actions terroristes menées sur le sol français par les groupes palestiniens radicaux dans les années 1980. Avant que le magistrat anti-terroriste Jean-Louis Bruguière ne soit saisi du dossier, la brigade criminelle a remonté rapidement la piste de l’acheteur de la moto utilisée dans l’attentat grâce au numéro de l’engin qui a pu être récupéré. Cet homme, un certain « Alexander Panadriyu », a loué une chambre à l’hôtel Celtic et a même été brièvement interpellé par la police après avoir tenté de voler une pince coupante dans un magasin de bricolage. L’auteur présumé de l’attentat a ainsi laissé des traces concrètes de son séjour à Paris, comme le numéro d’un passeport chypriote et une note d’hôtel manuscrite. Bien que retombée dans l’oubli et malgré quelques lenteurs, l’enquête n’a pour autant jamais été interrompue. Sans violer le secret de l’instruction toujours en cours, il suffit de rappeler que depuis le 2 décembre 1999, le nom du suspect apparaît 2128 fois dans 281 documents de la procédure, pour constater que des éléments factuels justifient son audition par les autorités françaises".

Les 4 et 5 novembre 2013, la Cour d'appel de Toronto (Ontario) a examiné la légalité de cette demande d'extradition d'Hassan Diab par la France. Le 4 novembre 2013, devant la Cour d’appel les avocats de Hassan Diab, âgé de 59 ans, ont douté  de la crédibilité et la fiabilité des preuvesrapport de l’experte graphologue  Anne Bisotti sur une fiche d’hôtel, informations  obtenues sous la torture qu’auraient utilisés les services secrets syriens auprès d’un de leurs ressortissant, preuve provenant d’une « source non authentifiée du renseignement français » - visant leur client libano-canadien qui risque l’extradition en France. Me Anil Kapoor, avocate d’une association canadienne de défense des libertés civiles qui intervient comme « témoin désintéressé, a rejeté la recevabilité d’une procédure pénale dont les preuves n’ont pas de sources identifiées.

Le 15 mai 2014, la Cour d'appel de l'Ontario a rejeté l'appel du prévenu. Me Marlys Edwardh, une des avocats de ce dernier a annoncé le 3 novembre 2014, par courrier électronique, avoir saisi la Cour suprême du Canada.

"Avant de se prononcer formellement sur l’affaire, les magistrats de la plus haute instance judiciaire du pays doivent au préalable statuer sur la recevabilité du dossier d’Hassan Diab. Paris et Ottawa sont liés par un traité bilatéral d’extradition et la Cour d’appel de l’Ontario avait jugé en mai que, comme Hassan Diab n’était pas encore citoyen canadien lors des faits allégués, « le Canada est obligé de l’extrader ». Déterminé à obtenir gain de cause devant la Cour suprême, un avocat de Hassan Diab, Donald Bayne, avait alors affirmé que les éléments à charge retenus par la justice française « n’aboutiraient jamais à une condamnation au Canada ».

Le 13 novembre 2014, la Cour suprême du Canada a refusé de se saisir du dossier d'extradition d’Hassan Diab. Ce qui induit l'extradition de ce dernier vers la France par la remise de Hassan Diab âgé de 60 ans aux autorités françaises à Montréal.

Mise en examen
Au matin du 15 novembre 2014, l'avion amenant en France Hassan Diab a atterri à l'aéroport de Roissy. "Escorté par des personnels du service national des transfèrements, le suspect a pris immédiatement la direction de Paris où l'attendait depuis plus de six ans le juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic".

Hassan Diab a été mis en examen par le juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic pour « assassinats », « tentatives d'assassinats » et « destruction de biens par l'effet d'une substance explosive ou incendiaire commise en bande organisée », a déclaré Me Stéphane Bonifassi, avocat de Hassan Diab. Le prévenu a été placé en détention provisoire.

Le 12 mai 2016, une juge des libertés et de la détention a considéré qu’un « doute » existait sur la « question fondamentale » de savoir si Hassan Diab était en France le jour de l’attentat, après des auditions du suspect en janvier et de son ancienne épouse plus récemment. Le 14 mai 2016, Hassan Diab, professeur d'université libano-canadien sexagénaire en sociologie, principal suspect de l’attentat de la rue Copernic, est donc sorti de prison "pour un placement sous bracelet électronique. Le parquet de Paris a interjeté appel de la décision" de la juge.

Hassan Diab, "62 ans, professeur d’université en sociologie, a la nationalité libanaise et canadienne. Il a été extradé du Canada en novembre 2014, et mis en examen en France comme auteur présumé de cet attentat qui avait eu lieu devant une synagogue de l’ouest de la capitale. Il a toujours clamé son innocence et contesté son appartenance au Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS), auquel avait été attribué l’attentat". Dans son ordonnance du 9 mai 2016, le juge note que Nawal Copty, ex-première épouse d'origine libanaise d’Hassan Diab, et actuellement cadre supérieure dans une société informatique de la région de San Francisco, a témoigné à Paris en avril 2016. Elle a allégué "qu’il l’avait accompagnée à l’aéroport de Beyrouth le 28 septembre 1980, une date à laquelle le possesseur d’un passeport au nom de Hassan Diab se trouvait déjà en Europe d’après les tampons. Ce passeport est l’une des pièces à charge contre le suspect. Le juge considère que le témoignage est sujet à caution et mérite d’être vérifié, mais qu’il faut en tenir compte". Le Figaro relève un revirement dans l'attitude de Nawal Copty : "Le 24 novembre 2008, elle avait en effet été entendue en Californie, en présence de Marc Trévidic, en vertu d'une commission rogatoire internationale. Elle avait alors refusé de répondre à la plupart des questions, y compris les plus anodines, en invoquant le 5e amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique permettant à un témoin de ne pas s'accuser lui-même dans des conditions pouvant entraîner des poursuites pénales à son encontre aux États-Unis. On lui avait alors précisé que rien ne l'accusait dans le dossier français, qu'elle était entendue en simple témoin et que sa déposition était recherchée à charge et à décharge, Hassan Diab proclamant son innocence. Mais Nawal Copty était restée silencieuse". Pourquoi ? Elle aurait alors suivi les conseils de son défenseur.

Me William Bourdon, avocat de Hassan Diab, a salué des décisions « parfaitement cohérentes par rapport à un dossier dont les charges, modestes dès le départ, se sont très largement amenuisées du fait des dernières auditions ». « Il n’y a strictement aucun risque de fuite. Il sera présent lors de la prochaine audience devant la cour d’appel », où il risque de se voir signifier son retour en prison", « comme il l’a toujours été devant le juge canadien », a déclaré l’avocat.

Conseil de plusieurs parties civiles, Me Bernard Cahen a trouvé qu'il était « scandaleux qu'une mise en liberté ne soit pas signifiée aux victimes ».

« Nous avons appris ce matin par la presse, qu’Hassan Diab, le principal suspect de l’attentat contre notre synagogue le 3 octobre 1980 est sorti de prison et placé sous le contrôle bracelet électronique» indique Jean-François Bensahel, président de la synagogue de la rue Copernic. « Ce qu’un juge a fait, un autre l’a donc défait. Il semblerait qu’au lendemain d’une décision rendue par la Chambre de l’instruction, maintenant en détention Monsieur Hassan Diab, le parquet ait omis d’entreprendre les diligences nécessaires suite à une nouvelle ordonnance du juge de la liberté et de la détention, mettant en liberté Monsieur Diab, sous contrôle judiciaire. La Justice est-elle à ce point dépendante de ceux qui la rendent ? Cette décision est d’autant plus étonnante qu’elle intervient à un moment où la France a prêté son concours à une proclamation révisionniste de l’Unesco. Pour mémoire, l’attentat de la rue Copernic (Paris XVI ème) survenu le vendredi 3 octobre 1980 a fait quatre morts et 46 blessés ».

Dans une autre procédure différente, Jean-Marc Herbaut, juge d’instruction ayant succédé à Marc Trévidic, avait "ordonné sa remise en liberté sous surveillance électronique. Mais le parquet avait fait un référé détention qui avait suspendu cette mesure". Le 13 mai 2016, la chambre de l’instruction avait ensuite confirmé la détention en considérant nécessaire la détention car il s'agissait  :
- d"'assurer [la] représentation en justice [du mis en examen], l'hébergement de Monsieur Diab chez des gens qui ne le connaissent pas étant une garantie insuffisante, d'autant plus qu'il pouvait faire utilisation de ses attaches à l'étranger pour fuir.
- remédier au trouble persistant à l'ordre public s'agissant d'un attentat commis avec explosifs, contre une communauté religieuse, ayant tué quatre personnes et ayant gravement blessé plusieurs autres personnes".

Le 24 mai 2016, la cour d'appel de Paris a ordonné le retour en détention de Hassan Diab, qui avait été remis en liberté il y a dix jours sur décision d'un précédent magistrat. Le 12 mai, "une juge des libertés et de la détention (JLD) avait autorisé sa remise en liberté avec assignation à résidence et sous surveillance électronique, mais le parquet de Paris avait fait appel, d'où l'audience qui s'est tenue mardi. Dans sa décision, la juge considérait qu'un «doute» était posé sur la «question fondamentale» de savoir si Hassan Diab était en France le jour de l'attentat, après des auditions du suspect en janvier et de son ex-épouse plus récemment. «C'est une décision qui est très injuste», a réagi l'avocat d'Hassan Diab, Me William Bourdon. Il a dénoncé «une forme de 'judiciairement correct' en matière de terrorisme». «Sur le fond du dossier, nous sommes absolument convaincus de sa culpabilité. La défense aura du mal à détruire ce dossier», a affirmé un des avocats des parties civiles, Me Bernard Cahen. Il y a un mois, devant le juge d'instruction, son ex-épouse, Nawal Copty, est venue conforter la version d'Hassan Diab. Elle a raconté qu'il l'avait bien accompagnée à l'aéroport de Beyrouth le 28 septembre 1980, une date à laquelle le possesseur d'un passeport au nom d'Hassan Diab se trouvait déjà en Europe d'après les tampons sur le document. Ce passeport, retrouvé dans les effets d'un autre homme arrêté en 1981 à Rome, est l'une des pièces à charge. Y figurent des tampons d'entrée et de sortie d'Espagne avant et après l'attentat. Or, d'après les renseignements obtenus par la DST en 1999, qui mettaient en cause Hassan Diab, les hommes du Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS) ayant commis l'attentat avaient fait étape à Madrid avant la France".

"Quelques jours avant la décision de la JLD, le juge en charge de l'enquête avait aussi accepté une remise en liberté, aussitôt suspendue par le parquet. Et la cour d'appel avait déjà confirmé la détention. Le juge d'instruction relevait que le témoignage de son ex-épouse, bien que tardif et sujet à caution, nécessitait de nouvelles investigations, notamment au Liban, et reposait la question du maintien en détention du suspect. Outre les renseignements de la DST, la demande d'extradition s'appuyait sur la ressemblance du suspect avec des portraits robot de l'époque et sur des comparaisons d'écriture d'Hassan Diab avec une fiche d'hôtel, remplie par l'homme qui avait acheté la moto sur laquelle était installé l'explosif. Des éléments très contestés par la défense".

La "Cour de cassation d'Amman a annulé une décision rejetant l'extradition vers la France du cerveau présumé d'un autre attentat visant la communauté juive, celui de la rue des Rosiers en 1982 à Paris, renvoyant le dossier en première instance. Un tribunal de première instance d'Amman avait rejeté fin octobre l'extradition du Jordanien d'origine palestinienne, Souhair Mouhamed Hassan Khalid al-Abassi, alias Amjad Atta, présenté comme le cerveau de cette attaque contre un restaurant juif qui avait fait six morts. Cette décision avait été validée en appel avant d'être annulée en avril par la cour de cassation".

La "justice française avait émis en 2015 quatre mandats d'arrêts internationaux contre des membres présumés du commando ayant mené l'attentat dont Hassan Khalid al-Abassi, 62 ans, et un autre suspect, lui aussi Jordanien d'origine palestinienne, Nizar Tawfiq Mussa Hamada. La justice jordanienne avait également décidé en première instance de ne pas remettre M. Hamada, 54 ans, «en raison du dépassement du délai de prescription». Cette décision avait été annulée en avril par la cour d'appel. En plus des deux Jordaniens, la justice française recherche Mahmoud Khader Abed Adra, alias «Hicham Harb», 59 ans, qui vit en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël, et Walid Abdulrahman Abou Zayed, alias «Souhail Othman», 56 ans, qui vit en Norvège".

Les 15 avril à 23 h 41, 17 avril à 9 h 59, 21 avril 2017 à 19 h 48, Toute l'Histoire diffusa Rue Copernic, histoire d'un attentat.

Le 28 juillet 2017, les juges d'instruction ont indiqué avoir terminé leur enquête. 

Le 14 novembre 2017, la "remise en liberté du suspect, accordée le 8 novembre 2017 par un juge des libertés, est annulée par la Cour d'appel de Paris. 37 ans après les faits, le principal suspect devrait donc enfin être traduit en justice".

Le 13 décembre 2017, on apprenait que le parquet "a requis le renvoi aux assises de l’unique suspect de l’attentat à la bombe devant la synagogue de la rue Copernic. L’enquête, l’une des plus anciennes à Paris, a attribué l’attentat, non revendiqué, au Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS), un groupe né d’une scission du FPLP. Les renseignements français avaient identifié Hassan Diab comme celui qui avait confectionné l’engin explosif, caché sur une moto. Extradé en novembre 2014 du Canada, le Libano-Canadien de 64 ans, qui a toujours clamé son innocence, avait été mis en examen et placé en détention provisoire".

"Dans son réquisitoire, le parquet de Paris a estimé que les charges à l’encontre d’Hassan Diab sont « suffisantes », tout en relevant qu’il existe des « doutes » sur sa présence à Paris au moment des faits, qui devront être débattus devant la cour d’assises spéciale. Le parquet relève plusieurs éléments à charge : « Des notes de renseignement convergentes et réitérées », la ressemblance de Diab avec des portraits-robots réalisés à l’époque, la découverte d’un passeport à son nom avec des tampons d’entrée et de sortie d’Espagne, d’où serait parti le commando. Il met aussi en avant les comparaisons faites entre l’écriture de Diab et celle sur une fiche d’hôtel remplie par l’homme qui a acheté la moto, ou encore le témoignage d’un couple mettant en cause le suspect comme appartenant aux groupes palestiniens au début des années 1980".

Mais Hassan Diab "assure qu’il se trouvait à Beyrouth pour passer ses examens à l’université au moment de l’attentat. Il avait donné au juge d’instruction les noms de deux femmes ayant révisé les épreuves avec lui qui ont corroboré sa version".

Son "ex-épouse, Nawal Copty, a également affirmé qu’il était au Liban le 28 septembre 1980, cinq jours avant l’attentat. Or, à cette date, le possesseur du passeport au nom d’Hassan Diab se trouvait déjà en Europe d’après les tampons".

« Les documents de l'université libanaise » et « les témoignages de son ex-épouse et de plusieurs étudiants » ont corroboré sa version, avait souligné son avocat William Bourdon. Il avait dénoncé « un travestissement insensé du dossier » par les parties civiles et le ministère public et avait mis en garde contre «t out fanatisme judiciaire ». La défense d'Hassan Diab a aussi relevé que les notes des services de renseignement accusant le Libano-Canadien « fourmillent d'inexactitudes », ce qu'avaient noté les juges d'instruction. Autre élément à décharge, selon Me Bourdon, « l'absence d'empreintes digitales » d'Hassan Diab parmi toutes celles retrouvées sur plusieurs pièces manipulées par le ou les auteurs".

Ces "éléments avaient conduit le juge d’instruction à « sérieusement douter » que Diab « soit le poseur de la bombe ». Il avait demandé à plusieurs reprises sa remise en liberté avec assignation à résidence et port d’un bracelet électronique. Un juge des libertés et de la détention avait fait la même demande. Mais à chaque fois, le parquet de Paris avait immédiatement fait appel et la cour d’appel avait décidé de prolonger la détention".

Il incombe "aux juges d’instruction de décider d’un renvoi ou non devant la cour d’assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels".

Non-lieu et remise en liberté
Le 12 janvier 2018, selon France Inter, Hassan Diab a bénéficié d'un non-lieu et sortirait prochainement de prison. « Un certain nombre d'éléments (...) permettent d'estimer qu'Hassan Diab se trouvait vraisemblablement au Liban pendant cette période », ont écrit des juges d'instruction.

"Il s'agit d'une surprise, car le parquet avait requis, en décembre dernier, son renvoi devant une cour d'assises. En décembre 2017, le parquet avait demandé son renvoi devant les assises pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste, tentative d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, et destruction volontaire de bien par l'effet d'une substance explosive ou incendiaire en relation avec une entreprise terroriste."

"Les juges d'instruction ont estimé qu'il n'y avait pas de charges suffisantes à l'encontre d'Hassan Diab et ont ordonné sa libération immédiate. Le procureur peut encore faire appel de ce non-lieu, tout comme les parties civiles. C’est alors la cour d’appel de Paris qui tranchera".

"Maître William Bourdon, l'un des avocats d'Hassan Diab, comprend "le besoin de justice qu'ont les victimes", mais il met en garde. Pour lui, "un appel du procureur serait vraiment profondément étranger au droit et aux faits. Il serait une forme de 'judiciairement correct' parce que, peut-être, qu'on n'osera pas reconnaître que la justice s'est trompée, qu'il y a eu erreur sur la personne".

Le Parquet de Paris, qui "avait requis son renvoi aux assises" avait interjeté appel, en rappelant que les « éléments à charge et à décharge » devaient être débattus lors d'un procès.

"C’est avec beaucoup d’émotion et d’incompréhension que nous apprenons que l’unique mis en examen de l’attentat de la rue Copernic bénéficierait d’une ordonnance de non-lieu. Il convient de rappeler que l’attentat de la rue Copernic a été le premier attentat antisémite meurtrier en France depuis la Shoah. Cet attentat a fait quatre morts et une quarantaine de blessés. Il a traumatisé à jamais la communauté nationale. Il a fallu un travail sans relâche des autorités judiciaires et policières pour obtenir trente-sept ans après les faits l’arrestation et l’extradition d’Hassan Diab. L’ULIF-Copernic salue la décision du Procureur de la République qui a demandé le renvoi devant la Cour d’assise spéciale et a interjeté appel de cette décision. Confiante dans la justice française, l’ULIF-Copernic, partie civile, a décidé d’interjeter appel de cette décision. Pour que ce crime qui reste à jamais gravé dans nos mémoires ne demeure pas impuni et que justice soit ainsi faite. C’est le moins que nous devons aux victimes qui restent à jamais dans nos cœurs", a écrit l'ULIF-Copernic dans un communiqué, le 12 janvier 2018.

Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a alors déclaré : « Cette libération sans procès du principal suspect est une injure à la mémoire des victimes et une douleur supplémentaire pour leurs familles ».

Retour au Canada
L'appel n'étant pas suspensif, Hassan Diab était sorti de prison" après avoir passé plus de trois ans en détention provisoire depuis son extradition du Canada en novembre 2014". Il était retourné au Canada en étant accompagné dans l'avion par un représentant de l'ambassade du Canada en France.

Au Canada, il avait critiqué "le régime carcéral" français.

"Justice a enfin été rendue", a déclaré Hassan Diab durant sa conférence de presse du 17 janvier 2018, à Ottawa, et en présence de son comité de soutien. "L’ex-professeur de sociologie à l’université Carleton d’Ottawa a critiqué la loi d'extradition canadienne et le système carcéral français. Il a fustigé une "erreur institutionnelle" ayant mené à son extradition vers la France en 2014 et à son incarcération pendant trois ans. La loi canadienne "est trop fortement déséquilibrée" en faveur de l'extradition de Canadiens à la demande des États, et pas suffisamment "en faveur de la protection de ses propres citoyens", a pour sa part jugé l’avocat de M. Diab, Don Bayne. Pour extrader un Canadien, il faut en effet que le pays de destination soit prêt à tenir un procès. "La France n'a jamais, jamais été prête à tenir un procès pour juger Hassan Diab", et son extradition n'aurait jamais dû être autorisée, a ajouté l’avocat"

En mai 2018, une enquête indépendante a été ouverte au Canada "pour examiner les conditions, contestées, de son extradition".

Enjeux
Dans l'article "Le Canada aux petits soins pour le suspect de l'attentat de la rue Copernic" (Le Figaro, 17 janvier 2018), Jean Chichizola a révélé les "surprenants égards diplomatiques" du Canada et analysé les enjeux de cette affaire.

« C'est un très mauvais message à destination des pays qui, comme dans l'enquête sur l'attentat de la rue des Rosiers en 1982, refusent de coopérer avec la justice française dans des dossiers antiterroristes.» En quelques mots, cet expert résume l'un des enjeux du dernier rebondissement de l'enquête sur l'attentat de la rue Copernic, le 3 octobre 1980, l'une des plus vieilles de l'antiterrorisme français. Paradoxalement, ledit rebondissement n'est pas le non-lieu prononcé le 12 janvier dernier en faveur du suspect, Hassan Diab, par deux juges d'instruction antiterroristes, dont Jean-Marc Herbaut principalement en charge du dossier".

"La décision, s’opposant aux réquisitions du parquet, était en fait attendue depuis des mois, voire des années, par la défense et les parties civiles. Car le magistrat instructeur a cru à l’innocence du suspect canadien d’origine libanaise dès 2015, quand il a repris le dossier instruit par Marc Trévidic. Ce non-lieu n’a toutefois pas conclu l’affaire, et la suite s’est avérée classique : le parquet et les 24 parties civiles ayant fait appel, la décision finale revient à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, qui, dans quelques semaines ou quelques mois, confirmera le non-lieu ou renverra Hassan Diab devant une cour d’assises spéciale. Ces derniers mois, cette même chambre de l’instruction, composée de magistrats du siège, a, statuant sur la liberté provisoire du suspect et non sur le non-lieu, jugé qu’« il existe des indices graves et concordants rendant plausible l’implication d’Hassan Diab dans les faits qui lui sont reprochés ». Mais tout a changé depuis ce week-end, et l’on peut se demander si la prochaine décision de la chambre de l’instruction, quelle qu’elle soit, a encore beaucoup d’importance".

"Le vrai, et peut-être l’ultime rebondissement, de l’affaire Copernic est en effet survenu après le non-lieu, vendredi. Remis en liberté, Hassan Diab, 64 ans, a aussitôt profité de sa capacité de mouvement recouvrée pour prendre l’avion pour le Canada, d’où il avait été extradé en novembre 2014 après six ans de combat judiciaire".

"Pour quitter la France, Hassan Diab, sur lequel pèse toujours le soupçon d’avoir posé dix kilos de pentrite devant une synagogue au nom d’un groupe terroriste palestinien (le FPLP-OS), a bénéficié d’un traitement de faveur. Selon le quotidien Ottawa Citizen, Hassan Diab, dont le nom figurait sur une « no-fly list », est revenu chez lui via l’Islande en utilisant un passeport provisoire, fourni par les autorités d’Ottawa, et accompagné dans l’avion par un représentant de l’ambassade du Canada en France. Il a déclaré que les diplomates canadiens avaient été « magnifiques » : « L’une m’a accompagné jusqu’à Ottawa et sans elle, je ne pense pas que j’y serais arrivé. En Islande, ils n’ont pas compris le passeport temporaire, elle est donc intervenue et leur a expliqué. » L’Ottawa Citizen croit savoir que son départ, « rapide et coordonné avec l’ambassade », s’est déroulé avec « la bénédiction des autorités françaises ». À son arrivée, Hassan Diab a été accueilli, sous les bouquets de fleurs, par sa femme, ses enfants et ses soutiens. Il a donné mercredi une conférence de presse au cours de laquelle il a critiqué la loi d’extradition canadienne et le système carcéral français, estimant que «justice a enfin été rendue». À Ottawa, l’affaire est en tout cas entendue : l’innocence d’Hassan Diab est gravée dans le marbre. Le message pour Paris est des plus clairs : à quoi bon aujourd’hui renvoyer Hassan Diab devant une cour d’assises spéciale et créer des tensions avec le Canada, si l’on sait qu’il restera outre-Atlantique ? En somme, une confirmation du non-lieu serait une façon raisonnable, diplomatique serait-on tenté de dire, de tourner la page… On imaginerait presque qu’Ottawa connaît la décision avant même qu’elle soit prise à Paris".

"L’affaire Copernic va-t-elle se clore par cette version canadienne du « circulez, y a rien à voir », ce pied de nez au système judiciaire français, parquet et chambre de l’instruction mélangés, et aux parties civiles ? Si tel est le cas, l’impression de gâchis prévaudrait. Pour le travail de générations de policiers et de magistrats français qui, de 1980 à nos jours, ont travaillé, refusant obstinément de jeter aux oubliettes, comme l’ont fait nombre de nos voisins, ces « vieilles affaires terroristes » pour mieux dire aux tueurs d’hier, d’aujourd’hui et de demain qu’on ne massacre pas impunément en France. Pour les trente-sept ans d’attente des parties civiles (dix-huit personnes privées, dont des parents de deux des quatre victimes de Copernic, et six associations dont l’AfVT, la Fenvac, la Licra, le Mrap et l’Union libérale israélite de France). Et finalement aussi pour Hassan Diab, jamais tout à fait innocenté, mais soumis depuis près de dix ans à une vie rythmée par les bracelets électroniques canadiens et les cellules françaises".

"Le 29 novembre dernier, le parquet de Paris requérait « la mise en accusation d’Hassan Diab devant une cour d’assises spécialement composée ». Il estimait que « (son) implication dans l’attentat de la rue Copernic repose sur des éléments solides » et considérait comme « nécessaire un examen par une juridiction de jugement et une discussion contradictoire des éléments à charge et à décharge ». Le ministère public résumait ainsi un dossier où, loin de visions caricaturales faisant d’Hassan Diab le coupable idéal ou un martyr de la liberté, les éléments à charge et à décharge s’affrontent, troublants sans toutefois jamais être décisifs. Car le temps a brouillé les souvenirs des témoins et empêché l’utilisation des méthodes modernes (point d’ADN dans ce dossier). Il est pourtant évident que sans éléments à charge, l’affaire Diab n’aurait jamais vu le jour. Et sans éléments à décharge, cet ex professeur de sociologie serait peut-être déjà renvoyé aux assises. En 2007, Hassan Diab déclarait au Figaro qu’il était innocent, qu’il n’avait jamais milité dans des organisations palestiniennes et qu’il était victime d’une homonymie. À l’appui de ses dires, une solide défense d’alibi tendant à établir qu’il ne pouvait être en Europe, et encore moins à Paris, en septembre-octobre 1980, car il passait ses examens au Liban. Son ex-épouse, qui avait refusé de répondre aux questions du juge Trévidic, affirme qu’il l’avait amenée à l’aéroport de Beyrouth le 28 septembre 1980. Parmi les anciens de la faculté de sociologie de Beyrouth, où étudiait Hassan Diab en 1980, quatre témoins déclarent qu’il a révisé les examens avec eux et qu’il n’a pas quitté le pays. L’université de Beyrouth précise enfin que les examens de sociologie ont eu lieu en octobre 1980. En novembre 2016, la chambre de l’instruction avait toutefois noté que le témoignage de l’ex-épouse « n’est en l’état assorti d’aucun élément matériel de preuve » et que « les investigations conduites au Liban ne s’accompagnent pas davantage d’éléments de preuve matérielle indiscutable de (la présence de Diab) au Liban le jour des faits ». L’ordonnance de non-lieu estime pour sa part que ces témoignages et l’attestation de l’université de Beyrouth « permettent d’estimer qu’Hassan Diab se trouvait vraisemblablement au Liban pendant cette période ». Elle balaie en revanche les éléments troublants pour le suspect. Qui demeurent pourtant. Pourquoi l’apolitique Diab est-il décrit par un de ses anciens amis comme un militant propalestinien, engagé au sein du FPLP ? Pourquoi ce même témoin précise-t-il qu’il avait été frappé, en 1980, par la ressemblance entre les portraits-robots du terroriste et son ami ? Comment expliquer que l’apolitique Diab soit très proche d’une femme fortement soupçonnée d’être une activiste propalestinienne ? Pourquoi une de ses ex-petites amies a-t-elle tenu à témoigner spontanément en indiquant qu’il lui avait dit avoir « fait exploser une voiture » ? Pourquoi le passeport d’Hassan Diab est-il retrouvé en 1981 dans les mains d’un activiste palestinien ? Pourquoi ce passeport porte-t-il trace d’un visa espagnol du 17 septembre 1980, d’une entrée et d’une sortie d’Espagne les 20 septembre et 7 octobre 1980 (pour commettre leurs attentats, les terroristes palestiniens avaient pour coutume d’arriver dans un pays tiers avec leur vrai passeport puis de gagner le pays visé avec un faux passeport) ? L’intéressé affirme avoir perdu ce passeport le 12 septembre 1980, tombé de sa moto sur une route libanaise. Comment croire qu’un inconnu ait pu trouver ce document le 12, 13, 14, 15 ou 16 septembre et se précipiter pour se procurer un visa espagnol le 17 septembre sans rien changer au document, à la photo qui y figure ? Et accepter de partir commettre un attentat avec ce document trouvé par hasard quelques jours plus tôt ?"

"Ces éléments, et quelques autres, ont été mis en avant par la chambre de l’instruction pour refuser à plusieurs reprises la remise en liberté du suspect et par le parquet pour demander son procès. Depuis Ottawa, l’ex-professeur n’aura plus à en répondre. Lors de l’interpellation d’Hassan Diab au Canada, en 2008, un ancien policier de la DST commentait l’événement en ces termes : « Il nous faut ne pas oublier, et consacrer du temps et des hommes pour sortir les affaires. » Pour l’heure, l’affaire Copernic semble bel et bien enterrée".

Le 23 janvier 2018, le site InfoEquitable a publié son enquête "Ce qui accuse VRAIMENT Hassan Diab". "Pour justifier leur non-lieu, les deux juges d’instructions Jean-Marc Herbaut et Richard Foltzer soulignent dans leur ordonnance que les charges « se heurtent à trop d’éléments à décharge » et affirment notamment  qu’un certain nombre de témoignages « permettent d’estimer qu’Hassan Diab se trouvait vraisemblablement au Liban », le jour de l’attentat. Cette analyse, vivement contestée par le parquet, vient mettre en pièce l’enquête minutieuse du juge précédent, Jean-Marc Trévidic, qui avait conduit à l’identification et à l’extradition de l’universitaire libano-canadien. InfoEquitable a pu avoir accès aux éléments du dossier mettant en cause Hassan Diab et a décidé de les exposer publiquement".

"Les premiers éléments de l’enquête révélés dès 1980
Le 3 octobre 1980, une bombe explose devant la synagogue de la rue Copernic, à Paris. Quatre personnes sont tuées et quarante-six blessées. La bombe se trouvait dans les sacoches d’une moto garée sur le trottoir à proximité de la synagogue.
Dans les semaines qui ont suivi l’attentat, les enquêteurs sont parvenus à identifier la moto, une Suzuki achetée quelques jours auparavant, le 23 septembre 1980, dans un magasin de l’avenue de la Grande Armée par un individu ayant présenté un passeport chypriote au nom d’Alexander Panadriyu.
L’enquête a établi qu’il s’agissait d’une fausse identité et d’un faux passeport. Les autorités chypriotes ont confirmé que cette identité ne correspondait à aucun ressortissant identifié.

Le suspect a laissé quelques indices sur le territoire français
L’homme porteur du faux passeport au nom d’Alexander Panadriyu a loué une chambre à l’hôtel Celtic, 6 rue Balzac, la nuit du 22 au 23 septembre. Il a rempli une fiche manuscrite qui sera saisie par les enquêteurs et expertisée au cours de l’enquête (voir plus bas).
Par ailleurs, l’individu porteur du faux passeport chypriote au nom d’Alexander Panadriyu avait été interpellé le 27 septembre dans un supermarché du quartier Montparnasse pour une tentative de vol d’une pince coupante (qui a probablement servi à la confection de la bombe).
En raison de la modicité du larcin, il avait été relâché après son interpellation. Mais un vigile du magasin – qui témoignera plus tard dans la procédure – l’a parfaitement identifié.
Grâce aux témoignages des personnes l’ayant aperçu, un portrait-robot du suspect a été réalisé dès le début de l’enquête.
Selon l’enquête, Alexander Panadriyu a quitté la France quelques jours après l’attentat. Très vite, cette enquête s’est orientée vers une piste palestinienne. En raison de la situation internationale et des limites techniques en matière de police scientifique, aucune avancée majeure n’est intervenue pendant plusieurs années.

La relance de l’enquête en 1999
Le 19 avril 1999, la DST adresse au juge d’instruction chargé de l’enquête une note intitulée : « Transmission d’informations récemment recueillies sur l’attentat perpétré le 3 octobre 1980 contre la synagogue de la rue Copernic à Paris 16ème ».
Se basant sur des informations transmises par le BKA – les services secrets allemands –,  la note indique que l’homme qui a confectionné et déposé la bombe s’appellerait Hassan Diab.
Il serait membre du Front populaire de libération de la Palestine – Opérations spéciales (FPLP-OS), un groupe terroriste palestinien issu d’une scission avec le FPLP.
Toujours selon cette note, Hassan Diab serait arrivé en Europe quelques jours auparavant par un vol Beyrouth-Madrid. Il aurait changé son passeport et pris la fausse identité d’Alexander Panadriyu avant de gagner Paris par le train.
La DST indique ensuite que Hassan Diab aurait quitté le Liban en 1988 pour s’installer aux Etats-Unis puis au Canada où il aurait été naturalisé en 1995.
A l’époque déjà, la DST le suspecte d’avoir commis également un attentat à Anvers le 20 octobre 1981.

Le passeport de Hassan Diab saisi par la police italienne (et les liens avec l’attentat d’Anvers)
Cet épisode et les documents retrouvés qui en découlent constituent l’une des pièces centrales à charge contre Hassan Diab. Il nécessite d’être expliqué avec précision.
Le 8 octobre 1981, un an après l’attentat de la rue Copernic, un ressortissant algérien détenant un passeport au nom d’Ahmed Ben Mohamed est interpellé à son arrivée à l’aéroport de Rome en provenance de Beyrouth.
Son passeport algérien est faux. Dans ses bagages, les policiers saisissent plusieurs autres faux passeports de différentes nationalités ainsi qu’un passeport libanais – authentique, celui-là –  au nom de Hassan Diab.
Ahmed Ben Mohamed refuse de donner la moindre explication sur ce trafic de documents. Après quelques jours de garde-à-vue, il sera relâché et disparaîtra dans la nature. A l’époque, certains pays européens ferment les yeux sur les allées et venues des terroristes moyen-orientaux, estimant que cette tolérance est la meilleure garantie pour éviter que des attentats ne soient commis sur leur sol.
L’enquête italienne établira ultérieurement la véritable identité de Ahmed ben Mohamed : il s’agit Rachid Abd Abou Salem, un ressortissant libanais, membre dirigeant de l’organisation terroriste FPLP-OS.

Le passeport de Hassan Diab témoigne de ses déplacements en Europe dans les années 80
En novembre 2000, les enquêteurs français – apprenant l’existence de cet ancien passeport libanais de Hassan Diab – en demandent communication à la police italienne qui l’a conservé dans ses archives.
L’examen attentif des tampons et des visas de ce passeport va s’avérer riche en renseignements.
Hassan Diab – qui dans les années 80 est étudiant en psychologie à l’université de Beyrouth – voyage beaucoup.
Il s’est rendu notamment en Espagne par un vol Beyrouth-Madrid, le 20 septembre 1980. Il a quitté l’Espagne pour regagner le Liban le 7 octobre 1980.
Contrairement à ce qu’il affirme encore aujourd’hui, Hassan Diab semble se trouver en Europe le jour de l’attentat de la rue Copernic. Son déplacement en Espagne, sur lequel il ne s’est jamais expliqué, correspond de surcroît aux informations recueillies par la DST dès 1999, indiquant que le commando ayant perpétré l’attentat de la rue Copernic était arrivé en France via Madrid.
« L’utilisation de vrais documents pour entrer ou sortir d’un pays frontalier ou proche de celui où l’attentat sera perpétré, avec ensuite remise de faux documents pour circuler dans le pays où l’opération sera réalisée, était la méthode habituelle des organisations terroristes du Moyen-Orient », souligne la DST dans sa note.

La piste de l’attentat d’Anvers
La saisie du passeport de Hassan Diab, le 8 octobre 1981, par la police italienne à l’aéroport de Rome paraît aussi s’inscrire dans ce stratagème.
Un tampon de sortie du Liban, daté du même jour, semble indiquer que le titulaire régulier du passeport l’a utilisé au départ de l’aéroport de Beyrouth. Mais à l’arrivée à Rome, le passeport se trouve dans les bagages d’un individu qui s’avèrera être un haut responsable du FPLP-OS.
Dans le même temps, le passager Hassan Diab demeure introuvable et semble s’être volatilisé entre Beyrouth et Rome.
Quelques jours plus tard, le 20 octobre 1981, l’explosion d’une camionnette piégée devant une synagogue d’Anvers, en Belgique, fait 3 morts et une centaine de blessés.
Depuis que les enquêteurs français ont retrouvé et exploité l’ancien passeport de Hassan Diab, ce dernier n’a donné que des explications incohérentes sur les différents voyages qui y sont mentionnés et sur le fait que le document se trouvait aux mains d’un responsable du FPLP-OS.

L’appartenance de Hassan Diab au FPLP dans les années 80
Les enquêteurs français ont cherché à recueillir les témoignages des personnes ayant fréquenté Hassan Diab au Liban dans les années 80.
Interrogée dès mars 1988, dans le cadre d’une autre procédure française sur la nébuleuse des organisations terroristes libanaises, Sana Salhab, une ancienne étudiante de l’université américaine de Beyrouth, confie avoir rencontré en novembre 1979 Hassan Diab qu’elle désigne comme « ancien membre du FPLP », dont elle était elle-même sympathisante.
Un autre ex-étudiant, Youcef El Khalil, interrogé en octobre 2008, confirme que Hassan Diab « appartenait au FPLP » et se considérait notamment plus proche des dissidents du FPLP-OS. Youcef El Khalil précise  que Hassan Diab était aussi membre du PTSA, « vitrine politique du FPLP sur la scène libanaise ».

Les expertises d’écriture
Lorsque Hassan Diab a été identifié et retrouvé au Canada au milieu des années 2000, des expertises d’écritures ont été ordonnées par la justice. Deux experts ont comparé l’écriture figurant sur la fiche de l’hôtel parisien rédigée par le mystérieux Alexander Panadriyu en septembre 1980, et des documents administratifs remplis par Hassan Diab lors de son émigration aux Etats-Unis en 1987.
Le premier expert estime que les mentions figurant sur la fiche d’hôtel « sont parfaitement compatibles avec les écrits de Monsieur Hassan Diab et ce dernier peut donc tout à fait les avoir rédigées ». Prudent, l’expert estime qu’il s’agit là d’une « hypothèse probable » même si « on ne peut l’affirmer » avec certitude.
Le deuxième expert considère en revanche avoir « trouvé de nombreuses concordances qui permettent de dire que Monsieur Hassan Diab est l’auteur du document (la fiche d’hôtel) ».

L’identification par Philippe Gruselle
Philippe Gruselle est l’ancien vigile du magasin Inno Montparnasse qui avait interpellé Alexander Panadriyu, le 27 septembre 1980, pour le vol d’une pince coupante.
Interrogé au tout début de l’enquête en en 1980, Philippe Gruselle a été réinterrogé le 10 mars 2010, par la brigade criminelle, après l’identification de Hassan Diab.
Il est l’une des rares personnes à avoir vu le poseur de la bombe quelques jours avant l’attentat.
Lors de sa déposition de mars 2010, Philippe Gruselle, qui était alors âgé de 67 ans, a confirmé « avoir gardé un bon souvenir de cette interpellation », car il avait dû maîtriser l’individu avec lequel il s’était battu, « il avait été légèrement blessé en service », il était resté de longues minutes avec le voleur dans un local en attendant l’arrivée de la police et avait accompagné Alexander Panadriyu dans le car de Police secours jusqu’au commissariat.
Les enquêteurs ont alors présenté au retraité un album photographique composé de 33 portraits de 18 hommes différents. Parmi ces documents se trouvaient plusieurs photographies d’Hassan Diab dans les années 80.
Philippe Gruselle a désigné sept photos « présentant des similitudes avec le voleur de la pince coupante ».
Les enquêteurs ont relevé qu’il s’agissait à chaque fois de photographies de Hassan Diab.

L’attitude dissimulatrice la famille de Hassan Diab
En 2009, les enquêteurs français découvrent qu’une partie de la famille de Hassan Diab est établie en France. En décembre 2009, ils adressent des convocations à plusieurs membres de cette famille, aux fins de recueillir leur témoignage, tout en les plaçant sous écoute téléphonique.
Le 29 décembre 2009, une conversation est ainsi interceptée entre l’ex belle-sœur de Hassan Diab et sa fille qui s’inquiètent des raisons de leur convocation et de l’attitude qu’ils entendent adopter.
Au début de la conversation, l’un des interlocuteurs confirme que sa convocation est « en rapport avec les événements des années 80 » et Hassan Diab. L’autre poursuit :
– « Ben ils vont te demander s’il était là, ce qu’il faisait etc quoi… »
– « Oui, ben oui, mais de toute façon… bon, j’ai vu, nous, on était en Guadeloupe à ce moment-là. »
– « Ouais, ben de toute façon, je pense qu’il faut que tu dises que vous n’étiez pas là, un point c’est tout… Ce qu’il faisait, et même s’il était là… un point c’est tout. »
– « Ah ben oui, mais on n’était pas là. »
– « Il faut rien dire qui l’implique. »
–  « Ben nous, de toute façons, on était en Guadeloupe… »
– « Il  faut même pas que tu dises que… il ne faut même pas que tu dises que… que supposer qu’il était là ou là. Il faut rien dire. »
–  « Oh ben non, moi je sais pas. On sait pas du tout ce qu’il en était parce que on savait pas nous. On sait pas du tout… »
Lors de cette écoute téléphonique du 29 décembre, les enquêteurs apprennent que la sœur de Hassan Diab – Sanaa Mortada – qui vit à Beyrouth est en escale de plusieurs jours à Paris avant de reprendre un vol pour le Canada et qu’une rencontre discrète est prévue le lendemain avec la belle-sœur française de Hassan Diab.
Une surveillance discrète permet aux enquêteurs de constater que cette rencontre entre les deux belles-sœurs a lieu dans le hall d’un immeuble du 15e arrondissement de Paris le 30 décembre 2009.
Interrogée à ce sujet le 12 janvier 2010, l’ex-belle-sœur de Hassan Diab déclare dans un premiers temps ne pas avoir de nouvelles de Sanaa Mortada depuis des années et assure ne pas l’avoir rencontrée récemment.
Confrontée aux informations recueillies par les enquêteurs, elle finit par reconnaître sa rencontre du 30 décembre avec la sœur de Hassan Diab. Elle en minimise cependant l’importance en prétendant que cette rencontre a été « totalement anodine ».
« Rien dans les explications de P. C… ne permet de comprendre pour quelle raison Sanaa Diab-Mortada a voulu la rencontrer, ni pour quelle raison P. C… a tout d’abord fait le choix de mentir sous serment au sujet de cette rencontre », ont noté les enquêteurs. 

Conclusion
Tous ces éléments provenant du dossier indiquent clairement que – contrairement à ce qu’affirment les deux juges d’instruction qui ont remis Hassan Diab en liberté – les charges à son encontre sont nombreuses, précises et concordantes.
Pour justifier leur ordonnance de non-lieu, les magistrats se sont notamment appuyés sur le témoignage – pourtant très tardif – de l’ex-épouse de Hassan Diab, Nawal Copty, affirmant se souvenir que Hassan Diab était à ses côtés à Beyrouth le jour de l’attentat.
On ne peut que s’interroger sur les raisons qui ont poussé les deux juges à accorder autant de crédit à un tel témoignage pourtant sujet à caution.
Il faut souligner à cet égard que, selon des témoignages rapportés dans dossier des enquêteurs, Nawal Copty est elle-même une ancienne militante du FPLP.
Depuis qu’ils ont pris la succession du juge Jean-Marc Trévidic, les nouveaux magistrats en charge du dossier ont multiplié les démarches pour faire libérer Hassan Diab. A chaque fois, le parquet s’est opposé à cette libération.
Le 10 novembre 2017, lors d’une ultime audience devant la chambre de l’instruction, l’avocat général s’est publiquement déclaré « effaré » de l’attitude des juges d’instructions et de leur propension à « coller aux thèses de la défense ».
Quelques jours plus tard, le 13 décembre, le parquet a requis le renvoi aux assises de Hassan Diab.
En rendant une ordonnance de non-lieu et en remettant Hassan Diab en liberté, les deux juges en ont décidé autrement. Le parquet a fait appel de cette décision. Mais en attendant, Hassan Diab a pu repartir au Canada, renvoyant du même coup aux calendes grecques la tenue d’un éventuel procès en présence du principal accusé."

Demande nouvelle expertise graphologique
Le 26 octobre 2018, la Cour d'appel de Paris devait statuer sur ce non-lieu. Elle a préféré ordonner une nouvelle ou contre-expertise graphologique. Elle s'est prononcée "pour qu'un juge d'instruction antiterroriste fasse réaliser une contre-expertise graphologique d'ici à la mi-février 2019".

« La cour a un doute (...) et elle veut fermer toutes les portes avant de se prononcer. Elle a un doute sur un point qui a fait l'objet de nombreux travaux» et «des experts internationaux ont mis en pièces les expertises initiales. En aucune façon elles ne sauraient constituer un élément à charge contre M. Diab »,  a réagi l'avocat d'Hassan Diab, Me William Bourdon, après ce « nouveau rebondissement qui laisse confiant sur l'issue finale ».

« C'est évidemment une déception. J'espère que ça ne va pas apparaître par la suite comme une sorte de préparation pour les parties civiles à une décision totalement négative. (...) Les preuves, ça se débat devant une cour d'assises, pas au stade de l'instruction où on débat d'abord des charges », a déclaré l'avocat d'une des victimes, Me Eric Morain, à l'AFP cité par Le Figaro.


Jean Chichizola et Hervé Deguine, L’affaire Copernic, les secrets d’un attentat antisémite. Mille et une nuits, 2009. 239 pages. 20 €. ISBN : 9782755501193

Articles sur ce blog concernant :
- Affaire al-Dura/Israël
- France
Judaïsme/Juifs
- Monde arabe/Islam

Cet article a été publié en partie dans le n° 624 de mai 2010 de L'ArcheIl a été modifié le 30 octobre 2018.
Il a été publié sur ce blog les 28 septembre 2010, 6 avril 2012, 3 octobre 2013, 7 avril, 16 mai  et 2 octobre et 15 novembre 2014 et 17 avril 2016. La chaîne Toute l'histoire a diffusé les 7, 9 et 10 avril, 3 octobre 2014 et 19 octobre, 19, 21, 22 et 24 octobre 201518, 20, 21 et 23 avril 2016, 30 octobre 2018 à 13 h 02Rue Copernic, histoire d'un attentatdocumentaire de Laurent Jaoui (2010) : "3 octobre 1980 : une bombe explose devant la synagogue de la rue Copernic à Paris, où des centaines de personnes sont en train de prier. Quatre morts, quelques dizaines de blessés. L'explosion qui s'est déclenchée trop tôt, épargne les fidèles : le carnage aurait pu être plus effroyable encore. La mémoire collective se souviendra du mot malheureux du premier ministre de l'époque, Raymond Barre, déplorant que cet attentat ait finalement frappé des "Français innocents". Consternation.  Des centaines de milliers de Parisiens manifestent contre l'extrême droite, soupçonnée d'avoir commis l'attentat. Il s’avérera plus tard que l'attentat a été exécuté par un groupe palestinien extrémiste.  L'explosion de la rue Copernic est un moment tournant : la France se trouve prise en otage dans les conflits du Moyen-Orient. Il va falloir apprendre à vivre avec le terrorisme. Après que l'enquête piétine pendant des dizaines d'années, un des hommes soupçonnés de l'attentat est retrouvé au Canada, où il file des jours tranquilles d'enseignant dans une université". La justice française a obtenu son extradition en 2014. "Pour tous ceux dont la vie a été saccagée, c'est comme si l'affaire de la rue Copernic sortait enfin d'un long sommeil. Pour tous  - victimes, assassins et enquêteurs - l'attentat de la rue Copernic est à nouveau terriblement présent" ;
- 25 mai 2016, 15 avril et 28 décembre 2017, 30 octobre 2018.