Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mercredi 28 septembre 2016

« Humoristes et musulmans » de Frank Eggers


Arte diffusera les 28 septembre et 16 octobre 2016 « Humoristes et musulmans » (Humor Und Muslime), documentaire de Frank Eggers. Une série d'interviews de comiques musulmans sur les ressorts de leur humour. Des réflexions sur le pouvoir désarmant de l'humour.

« Tu choisiras le rire… » de Moïse Rahmani
Qu’est-ce qui fait rire les Européens ?
Le foulard islamique en France et en Allemagne 


« Pourquoi le métier de faire rire est-il devenu si risqué ? »

La « pression exercée sur les caricaturistes et les humoristes semble de plus en plus forte, a fortiori dans les pays islamiques, où ils sont souvent confrontés aux attentats, à la violence et à l'emprisonnement ». Qui exerce cette pression ? Qui commet ces attentats ? Arte n’ose pas évoquer le mot « islam » !

« Rencontre avec des professionnels du rire, dont Abdelkarim à Berlin, cet outil pour combattre les terroristes et les régimes autoritaires ». 

Ce « documentaire offre une large palette de rencontres avec des humoristes, des journalistes, des présentateurs de télévision, des comédiens et des blogueurs, musulmans ou non, qui exposent leur point de vue sur l'humour et son importance pour nos sociétés ».

« Des voix qui portent »
« L'animateur de télévision égyptien Bassem Youssef, lui, a été en novembre 2015 le premier Arabe à présenter les Emmy Awards à New York juste après les attentats de Paris et de Tunis. Il a osé dire à cette occasion que l'humour est un instrument qui permet d'aborder des sujets graves et de lutter contre le terrorisme. Son émission, El-Bernameg, est interdite en Égypte, mais sa présence sur Internet via Youtube en fait l'une des figures les plus influentes du monde arabe ».

M.K. Perker est un dessinateur turc pour Le Man. Un magazine qui collaborait avec Charlie hebdo. Ce dessinateur se dit athée.

Ahmad al-Basheer « présente quant à lui Albasheer Show, en Irak, dont l'énorme popularité ne l'empêche pas d'être la cible de menaces et de courriers haineux après chaque émission ». 

Aydin Engin « travaille pour le quotidien turc Cumhuriyet, qui a reçu des menaces suite à la publication des caricatures de Mahomet. Pour lui, l'humour est essentiel car il fait passer des vérités dérangeantes. Sous protection personnelle rapprochée depuis longtemps, il a vécu en exil en Allemagne... » Cumhuriyet, un "journal de centre-gauche".

« Victimes de pressions de gouvernements autoritaires et de fondamentalistes de tout poil, ces femmes (dont la dessinatrice Nadia Khiari et l'humoriste Samia Orosemane) et ces hommes n'en continuent pas moins, malgré les menaces, de faire entendre leur voix ». Samia Orosemane porte le foulard islamique en scène et dans sa vie quotidienne. Croyante, elle "dénonce les préjugés islamophobes". Elle prend position : les attentats, les terroristes, qui tuent en craient "Allah Ouaqbar", "n'ont rien à voir avec nous".

Djamel Debbouze et Cie
Notons que, dans son Comedy Club à Paris et dans son Jamel Comedy Club sur Canal +, le comédien Jamel Debbouze a formaté une génération d'acteurs à un comique stéréotypé, exprimé en un débit rapide, style "banlieue", et en évitant toute remise en question de l'islam. Il a loué Dieudonné malgré les propos antisémites proférés par ce dernier.

Le 14 février 2016, sur Canal +, Le Supplément (à partir de 57 minutes) présenté Ali Baddou a invité Fary, comique "dandy", émule "au message caustique" de Djamel Debbouze. Fary a fait rire en évoquant un "mec qui fait la quenelle au Mémorial de la Shoah", Puis il a dialogué avec son metteur en scène Kader Aoun. Celui-ci a évoqué le "conflit israélo-palestinien", Hitler... Après le reportage, Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, n' a rien dit. Fary ne peut pas faire rire des attentats du 13 novembre, mais il fait rire sur la quenelle (!?)

On n'a guère entendu ces humoristes musulmans français défendre la rédaction de Charlie hebdo lors de la publication de dessins danois sur Mahomet, les Juifs victimes d'attentats terroristes, etc.

« Humoristes et musulmans » de Frank Eggers
ZDF, 2015, 52 min
Sur Arte les 28 septembre à 22h25 et 16 octobre 2016 à 3 h 15

Visuels : © YSO Film/Frank Eggers

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Les citations sont d'Arte.

« Moïse et Aaron » par Arnold Schönberg


Arte diffusa, en direct de l’Opéra de Paris  « Moïse et Aaron » (Moses und Aron), par Arnold Schönberg (1874-1951), compositeur majeur du XXe siècle, juif né à Vienne, exilé aux Etats-Unis, sur un livret en allemand du compositeur inspiré par le livre biblique L’Exode, dirigé par le maestro suisse Philippe Jordan, mis en scène par Romeo Castellucci et réalisé par François-René Martin. Conçu de 1930 à 1932, créé en 1954, cet opéra inachevé en deux actes – la musique manque au 3e acte - a été diffusé en différé sur France Musique le 31 octobre 2015. Le « conflit entre l’esprit et la matière, l’idée et sa représentation, la pensée et le verbe » exprimé par un Juif sioniste. Le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) présente l'exposition Arnold Schönberg. Peindre l'âme (28 septembre 2015-29 janvier 2017).


« Inimaginable parce qu’invisible, parce qu’inconcevable, parce qu’infini, parce qu’éternel, présent partout, tout puissant ». (Moïse et Aaron, Acte I, scène 2)

Du romantisme à la dodécaphonie
Arnold Schoenberg (1874-1951) est né dans une famille juive viennoise : si sa mère est pratiquante, son père est libre-penseur.

Orphelin à 16 ans, il exerce divers métiers. Cet autodidacte effectue des copies, écrit les arrangements et les orchestrations de chansons et d’opérettes.

Dès 1894, il reçoit l’enseignement en art du contrepoint auprès d’Alexander Zemlinsky.

Influencé par son ami le chanteur d’opéra Walter Pieau, dans un but d’assimilation, ce lecteur de la Bible se convertit au protestantisme luthérien et se fait baptiser en 1898.

Admirateur de Richard Wagner et de Johannes Brahms, Arnold Schoenberg crée ses premières œuvres - La nuit transfigurée (1899) - en les inscrivant dans la tradition romantique allemande.

En 1903, il rencontre Gustav Mahler à Vienne, et est recruté comme professeur. Parmi ses élèves : Berg et Webern.

En 1910, il enseigne à l’Académie de musique (Vienne), et s’intéresse à la peinture expressionniste.

En 1911, il termine son Traité d’Harmonie qu’il dédie à Mahler, et vit à Berlin. Là, il fait la connaissance de Ferruccio Busoni.

Il s’engage dans la voie de l’atonalité en s’émancipant de la dissonance (Erwartung, Pierrot Lunaire).

Il s’inspire de la Bible pour son oratorio L’Échelle de Jacob (Die Jakobsleiter) débuté en 1914 et inachevé. Une étape dans son retour au judaïsme.

Dans les années 1920, Arnold Schoenberg  invente le dodécaphonisme sériel.
En dépit de sa conversion au protestantisme luthérien « dans sa jeunesse, Arnold Schoenberg a été la cible d’attaques antisémites dès 1921 » lors d’un séjour à Mattsee. « La violence de ce rejet le décida à renouer avec ses racines, tout en développant une lecture personnelle » de la Bible hébraïque.

Frappé par les lois antisémites du régime nazi, Arnold Schoenberg est exclu de la Preußische Akademie der Künste de Berlin où il assurait la fonction de professeur de composition.

« La leçon qui m’a été inculquée de force l’année dernière, je l’ai enfin apprise, et jamais je ne l’oublierai : je ne suis pas un Allemand, ni un Européen, peut-être même à peine un être humain, mais je suis juif », constate Arnold Schoenberg (1874-1951), revenu  au judaïsme le 24 juillet 1933, à la synagogue de la rue Copernic, à Paris, en présence de Marc Chagall et du docteur Marianoff, peu avant son exil définitif aux Etats-Unis où il enseigne à Boston, puis à New York.
« Esquissé sous la forme d’une cantate, bientôt élargie à celle d'un oratorio », le projet artistique « devint un opéra philosophique et religieux opposant les deux frères Moïse, le penseur, à Aaron, l’homme d’action, la radicalité au compromis, la parole embarrassée au lyrisme du chant, face à la communauté versatile incarnée par des chœurs à l’importance exceptionnelle ».

Moses und Aron
Pour composer son quatrième opéra, Arnold Schoenberg s’inspire de sa pièce de théâtre, Der biblische Weg (« La Voie biblique »), un drame auquel il pense dès 1922, et qu’il achève quatre à cinq ans plus tard, ainsi que de L’Exode et du Livre des Nombres. Max Aruns, personnage principal dont le nom est né de la première syllabe d’Aaron et de celui de Max Nordau, un fondateur avec Theodor Herzl du sionisme politique moderne, songe à fonder en Afrique un Etat pour y recevoir les Juifs du monde entier. David Asseino, porte-parole de l’orthodoxie religieuse, qui prononce les paroles décisives dans son dialogue avec Aruns au troisième acte : « Max Aruns, vous voulez être Moïse et Aaron en une même personne ! Moïse, à qui Dieu concéda la pensée, mais à qui faisait défaut la force de la parole, et Aaron, qui ne savait pas concevoir la pensée mais qui était capable de l’exprimer et de toucher les masses ».

Arnold Schoenberg compose Moses und Aron de 1928 à 1932, selon la méthode dodécaphonique qu’il a inventée. L’argument est ainsi résumé par l’universitaire Christian Merlin : « Au buisson ardent, Dieu s’adresse à Moïse et fait de lui son prophète. N’étant pas doué pour l’art oratoire, Moïse demande à son frère Aaron de parler à sa place et de révéler au peuple que Dieu l’a élu et qu’il doit se libérer du joug du Pharaon. L’homme d’idées (Moïse) entre en conflit avec l’homme de communication (Aaron), ce dernier ne croyant pas que le peuple adorera un Dieu que l’on ne peut représenter. Devant la réticence d’une partie du peuple, Aaron réalise trois miracles : le bâton de Moïse est changé en serpent, sa main devient lépreuse et l’eau du Nil prend la couleur du sang. Seul dans le désert, le peuple se sent abandonné de Moïse et de Dieu. À l’acte II, Moïse s’est absenté pour se rendre sur le Sinaï afin de recevoir les tables de la loi. Même Aaron semble en proie au doute et se laisse convaincre par le peuple de rétablir les anciennes idoles. On érige un veau d’or autour duquel se déroule une danse sauvage. La cérémonie païenne tourne vite à l’orgie et même au sacrifice humain, lorsque quatre jeunes vierges sont livrées au couteau des prêtres. Descendu de la montagne, Moïse, hors de lui, détruit le veau d’or en prononçant une seule parole. Le peuple prend la fuite devant cette manifestation spectaculaire de la puissance du Dieu auquel il refusait de croire. Furieux, Moïse reproche à Aaron d’avoir trahi l’idée même de Dieu. Son frère réplique que l’idole n’était qu’une image, une manière de rendre ce Dieu lointain accessible au peuple. De désespoir, Moïse brise les tables de la loi : il ne comprend pas que l’on soit obligé de falsifier la vérité dès que l’on veut l’exprimer. Moïse est en prise directe avec les idées mais il lui manque les mots pour les transmettre. C’est ainsi que s’achève la partition de Schoenberg, mais il peut être utile de rappeler le contenu du dernier acte, resté à l’état d’ébauche. Moïse y visite son frère qui a été fait prisonnier pour trahison du Dieu véritable. C’est le point culminant du débat philosophique entre Moïse et Aaron : les mots que l’on adresse au peuple sont forcément interprétés par lui, donc trahis. Aux Juifs qui lui demandent s’ils doivent tuer Aaron, Moïse recommande de se battre uniquement pour l’idée de Dieu et de vivre désormais dans le renoncement. Il ordonne qu’on libère Aaron qui s’écroule, mort ».

Le compositeur et librettiste « modifie parfois sensiblement la source biblique pour intensifier l’opposition entre les deux frères, c’est-à-dire entre l’esprit et la matière, l’idée et sa représentation, la pensée et le verbe, nous livrant sa propre réflexion sur les notions centrales d’irreprésentabilité, d’interdiction de faire des images, d’élection du peuple juif », écrit Christian Merlin. Ainsi, l’auteur attribue à Aaron des prodiges que la Bible confère à Moïse.

Afin de « traduire musicalement l’antithèse entre les deux frères, Arnold Schoenberg a eu l’idée de leur attribuer deux modes d’écriture vocale opposés : Moïse s’exprime en Sprechgesang et Aaron recourt au chant lyrique. Pour souligner encore ce contraste, le rôle de Moïse revient à un baryton-basse à la voix plus sombre et rocailleuse, Aaron étant tout naturellement dévolu à un ténor, voix plus lumineuse et séduisante. Le Sprechgesang est une technique de parlé-chanté que Schoenberg avait lui-même inaugurée dans ses Gurrelieder avec la partie finale du récitant, puis développée dans le célèbre Pierrot lunaire (1912), où les poèmes d’Albert Giraud sont traités sur ce mode. Le hiératisme austère de la déclamation propre à Moïse se distingue ainsi immédiatement du chant volontiers mélodique, lyrique, voire héroïque d’Aaron ».

L’écriture musicale, Moïse et Aaron relève de « la période sérielle de Schoenberg... La technique compositionnelle du musicien est passée par trois phases. Ses premières œuvres, marquées par le chromatisme wagnérien et straussien et par un certain expressionnisme, recourent encore à la tonalité, même si elles en dissolvent déjà les contours (1899 : Nuit transfigurée, 1900-1901 : Gurrelieder, 1902-1903 : Pelléas et Mélisande, etc.). Suit la période dite atonale, où Schoenberg tire les conséquences de la perte des repères tonaux et renonce à la hiérarchie tonale (1907-1908 : Quatuor à cordes n°2, 1908-1909 : Le Livre des jardins suspendus, 1909 : Erwartung et Cinq pièces pour orchestre op. 16, etc.). Après un silence de plusieurs années, c’est dans les années vingt que Schoenberg commence à composer selon le système qu’il a lui-même mis au point : la musique dodécaphonique (1923 : Sérénade op. 24, Suite pour piano op. 25, 1926-1928 : Quatuor à cordes n°3, 1928 : Variations pour orchestre op. 31, 1928-1929 : Von Heute auf Morgen, etc.). Ce système de composition repose sur l’utilisation exclusive des séries dodécaphoniques : les douze degrés de la gamme chromatique y sont utilisés sous formes de séries au cours desquelles aucune note ne peut être répétée avant que les onze autres n’aient été énoncées. Il existe ainsi 479 001 600 séries possibles, chaque série pouvant elle-même revêtir 48 formes différentes (formes originale, récurrente ou rétrograde, renversée ou miroir, récurrente renversée ou rétrograde du miroir, chacune de ces formes étant transposable sur les onze autres degrés de l’échelle chromatique). Jusqu’ici, Schoenberg avait surtout utilisé cette technique sur de relativement petites formes : Moïse et Aaron allait permettre de prouver que l’écriture sérielle peut également s’étendre à la durée d’un opéra ».

Au lieu de s’achever sur la mort d’Aaron et la victoire de Moïse, qui ne meurt pas comme dans la Bible mais survit et guide le peuple juif, l’opéra se termine sur le terrible constat d’échec de Moïse : « Oh verbe, verbe qui me manque ! » (« O Wort, du Wort, das mir fehlt! »). La « dernière réplique prononcée par Moïse, condense la faiblesse tragique du prophète et l’expression de son impossibilité à surmonter ses propres contradictions ». 

« Revenu officiellement au judaïsme à Paris peu avant son exil aux États-Unis, l'inventeur du dodécaphonisme fut lui-même en proie, durant les deux décennies qui lui restaient à vivre, à une impuissance quasi existentielle, celle d’achever Moses und Aron  ». Pourquoi ? Manque d’argent à l’avènement du nazisme ? Actions militantes visant à solliciter la solidarité internationale des 16 millions de Juifs dans le monde pour financer l’exil, le sauvetage des « sept millions de Juifs menacés » ? Traumatisme de la Shoah ? Réponses à des commandes, dont un Kol Nidre, aux Etats-Unis induisant le report de l’achèvement de cet opéra ? Problèmes oculaires du septuagénaire ?

Opéra fondateur du XXe siècle, Moses und Aron n’avait plus été représentée à l’Opéra de Paris depuis quarante ans, depuis sa présentation au public, sous l’ère de Rolf Liebermann, sous la direction  de Georg Solti.

Première création de la saison 2015-2016 et de l’ère Stéphane Lissner, nommé directeur de l’institution en 2015, Moïse et Aaron « représente un défi pour le charismatique maestro suisse Philippe Jordan, confirmé au poste de directeur musical, ainsi que pour le metteur en scène Romeo Castellucci, qui effectue des débuts très attendus sur la scène de l’Opéra Bastille. L’agitateur du théâtre contemporain Romeo Castellucci s’allie à la baguette magique du maestro Philippe Jordan pour la très attendue création » à l’Opéra Bastille de « Moïse et Aaron.

Un des petits-enfants d’Arnold Schönberg, Me Randol Schoenberg est devenu célèbre en défendant Maria Altmann, octogénaire Juive américaine d'origine viennoise, pour récupérer des biens familiaux, dont cinq tableaux de Gustav Klimt (1862-1918) - deux portraits de sa tante Adèle Bloch-Bauer et trois paysages (1900-1907) - ayant appartenu à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer, spolié en 1938 par les Nazis.
                    
« Moïse et Aaron » par d'Arnold Schönberg
2015, 115 min
Choeur : Choeur de l'Opéra National de Paris
Chorégraphie : Cindy Van Acker
Composition : Arnold Schönberg
Direction musicale : Philippe Jordan
Décors : Romeo Castellucci
Mise en scène : Romeo Castellucci
Orchestre : Orchestre de l'Opéra National de Paris
Présentation : Edouard Fouré Caul-Futy
Réalisation : François-René Martin
Avec : Thomas Johannes Mayer(Moïse), John Graham-Hall(Aaron), Julie Davies(Jeune fille),  Catherine Wyn-Rogers(Une malade), Nicky Spence(Jeune homme)

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Les citations non sourcées proviennent d'Arte et de l'Opéra de Paris. Cet article a été publié le 22 octobre 2015.

lundi 26 septembre 2016

« Six millions et un » de David Fisher


Arte diffusera le 27 septembre 2016 « Six millions et un » (6 Millionen Und Einer), documentaire primé de David Fisher. Le parcours en Autriche des quatre enfants israéliens - deuxième génération - d’un ancien déporté juif, né dans l'actuelle Roumanie et alors en Hongrie, ayant survécu à la Shoah et ayant fait son aliyah après la Deuxième Guerre mondiale.


Ecrit et réalisé par David Fisher, ancien directeur général du New Fund for Cinema and Television (NFCT) de 1999 à 2008, « Six millions et un » est le dernier volet d'une trilogie familiale débutée par Love Inventory (2000) et Mostar Round-Trip (2011).

« Déporté à l'âge de 16 ans, Joseph Fischer survit à son internement dans cinq camps de concentration successifs », dont ceux de Gusen II et Gunskirchen libéré par la 71e Infantry Division.

Après la fin de la Deuxième guerre mondiale, Joseph Fischer « s'installe en Israël, fonde une famille et... se tait ». 

« Seul témoignage de son calvaire : un journal intime, retrouvé » douze ans « après sa mort par son fils David, dans lequel il raconte dans une langue sèche et factuelle l'horreur et l'indélébile traumatisme ». 

« Ses quatre enfants reconstituent son itinéraire. Avec ses deux frères et sa sœur, le réalisateur David Fischer part alors pour l'Autriche visiter les camps où leur père a été déporté ». 

Ils explorent les tunnels de Gusen II transformés en usines sous-terraines produisant pour l'aviation du IIIe Reich en exploitant cruellement des déportés forcés à travailler dans des conditions inhumaines. Ils rencontrent deux vétérans américains ayant libéré le camp et racontant que les déportés, mourant de faim, avaient mangé les cigarettes que les soldats alliés leur avaient offertes. Quant aux déportés ayant mangé les rations alimentaires, ils sont morts deux heures après les avoir ingérées car leur estomac ne supportait plus cette soudaine alimentation normale, riche. Bouleversé, un des deux vétérans se souvient : « Je n'ai jamais vu un film d'horreur qui s'approche de ce que nous avions vu, de ce que nous avions entendu, de l'odeur que nous avions sentie". 

Ce « voyage, scandé par la lecture du journal, libère la parole au sein de la fratrie. Esti, Gideon, Ronel et David évoquent leurs souvenirs d'enfance et leurs visions, souvent contradictoires, de l'histoire familiale ». 

« Après des décennies de non-dits, ils s'interrogent sur la signification du trop long silence paternel et ses conséquences sur ses proches ». 

« Je ne savais pas trop quoi faire, et j'ai serré les dents pour tenir », écrit Joseph Fischer au soir de sa vie ». 

« À l'heure où les derniers déportés disparaissent, ce témoignage d'une simplicité bouleversante fait entendre la voix des victimes indirectes de la Shoah ».

Pourquoi ce communiqué d'Arte ne contient-il pas les mots « Juif » et « nazi » ? 

Quelle était la nationalité de Joseph Fischer ?

Pourquoi une diffusion en pleine nuit ?

« Six millions et un », écrit et réalisé par David Fisher
Fisher Features Ltd, YesDocu, Arte, ZDF, NFCT, Claims Conference, 2011, 92 min
Sur Arte le 27 septembre à 2 h 40

Visuels : © Irit Shimrat

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« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » de Peter Hartl


Arte diffusera les 27 septembre, 6 octobre et 17 octobre 2016 « Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » (Der Jahrhundertprozess. Das Nürnberger Tribunal aus prominenter Sicht), de Peter Hartl. Le procès de hauts dirigeants nazis, civils et militaires, vus par des chroniqueurs journalistes, écrivains et photographes de diverses nationalités.

Le "procès de Nuremberg, soixante-dix ans après le verdict, raconté à partir des témoignages de membres éminents du public, de Willy Brandt à Dos Passos, d'Elsa Triolet à Ilya Ehrenbourg". Des témoins aux parcours différents, aux attentes diverses, mais conscients de la nouveauté de ce tribunal, de la monstruosité des crimes commis.

Le "1er octobre 1946, au terme de près d'un an d'audiences, le procès des principaux dirigeants nazis s'achevait à Nuremberg", "bastion nazi" ayant accueilli les congrès du IIIe Reich, dans une ville en partie détruite par les bombardements des Alliés. Le Palais de justice y avait été réhabilité à la hâte pour ce procès long. Les habitants de la ville sont plus préoccupés par la recherche de nourriture et les problèmes de logements. Un témoin déplore qu'aucun d'eux n'ait exprimé le moindre regret. La journaliste Nora Waln, qui avait vécu quatre ans en Allemagne, découvre un pays inconnu.

La presse est logée dans un château et le Grand Hôtel. "De très nombreux journalistes, caricaturistes, écrivains déjà reconnus ou en devenir et futurs décideurs politiques y ont assisté. Entre autres, les Allemands Erich Kästner, Erika Mann "seule femme correspondante de guerre -, Alfred Döblin, Willy Brandt, Markus Wolf - le futur chef de la Stasi" disposant d'un passeport soviétique ; les Américains John Dos Passos, qui sillonnait l'Europe pour Life, et William L. Shirer ; les romanciers britanniques Rebecca West et Richard Llewellyn ; les Russes Ilya Ehrenbourg, Evgueni Khaldei, célèbre photographe de l'agence Tass, et Boris Efimov, caricaturiste. Parmi les Français, ont en particulier couvert le procès les écrivains Joseph Kessel, Elsa Triolet, épouse de Louis Aragon, et Alexandre Vialatte.

Juif, Ernest Michel est le seul correspondant à être un survivant d'Auschwitz. Il est empli d'interrogations : "Pourquoi ? Pourquoi ?" A la fin du procès, il se rend, grâce à un policier militaire, dans la cellule de Goering.

La stratégie de la défense s'articule autour de l'affirmation :"Les ordres sont les ordres, et nous en Allemagne avons l'habitude d'obéir". "Nous, écrivains, essayons de comprendre comment certains ont pu donner de tels ordres criminels et comment d'autres leur ont obéi", résume Ilya Ehrenbourg.

Les prévenus ? Ils n'assument rien et rejettent la faute sur les autres. Albert Speer donne l'impression de culpabiliser à propos de sa relation avec Hitler et "réussit l'exploit de faire croire qu'il avait les mains propres".

"Après la projection à l'audience du documentaire le plus cru et le plus complet qu soit sur les atrocités commises par les Allemands, on apprend aujourd'hui que les accusés n'étaient que des suiveurs insignifiants. Comme tous leurs compatriotes, ils n'ont rien fait, rien vu, et d'ailleurs ils n'étaient au courant de rien. Ils sont tous prêts à s'offusquer, à dire :"C'est horrible". Et ils prétendent que les vrais coupables ne sont pas dans la salle", constate Erika Mann, qui couvre le procès pour l'Evening Standard, journal londonien.

Justice internationale
Ce "documentaire recourt à "la riche diversité de leurs écrits pour évoquer avec des extraits de films, des photos d'archives, des dessins de justice et des séquences d'animation l'atmosphère qui régnait alors à Nuremberg, dans la salle d'audience et en marge du procès".

Le réalisateur Peter Hartl a "également retrouvé certains des témoins des audiences, en Allemagne, en France et aux États-Unis, dont il croise les souvenirs avec les commentaires d'historiens pour évoquer ce premier exemple d'une justice internationale rendue au nom de l'humanité". Une nouvelle jurisprudence porteuse d'espoirs selon certains chroniqueurs..


« Le procès du siècle. Les chroniqueurs célèbres de Nuremberg » de Peter Hartl
ZDF, 2016, 52 min
Sur Arte les 27 septembre à 22 h 45, 6 octobre à 10 h 55 et 17 octobre 2016 à 9 h 25

Visuels :
© Stadtarchiv Nürnberg/Ray d'Addario
© National Archives Washington
© ZDF/Anthony R. Miller

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jeudi 22 septembre 2016

« Un billet de train pour… Israël » de Grit Merten

     
Arte a diffusé Un billet de train pour… Israël (Mit dem Zug durch Israel) de Grit Merten (2011). Un documentaire sur la variété et le rôle des trains dans l’Etat Juif depuis 1892, date d’ouverture de la première ligne de chemin de fer (82 km) reliant Jaffa, puis Tel-Aviv, à Jérusalem, en Eretz Israël alors inclus dans l’empire ottoman et des liaisons jadis en activité (Syrie-Haïfa, Haïfa-Liban). En septembre 2016, une polémique a surgi en Israël à propos de travaux ferroviaires se déroulant durant chabbat.
  
L’auteur réalise un rêve d’enfance : retrouver la locomotive Deutz construite notamment par son père dans une entreprise de Cologne et livrée, avec des wagons de passagers et de marchandises, des autorails, des rails, des signaux, des panneaux et des formulaires de billets,  dans les années 1950 par l’Allemagne à l’Etat Juif au titre des dommages de guerre.

Une belle locomotive retrouvée dans le musée du train à Haïfa, après un périple-invitation à visiter l’Etat Juif pour découvrir au travers du train, dans toute sa variété, des paysages divers, millénaires – Jérusalem, Masada - ou récents – Ville blanche de Tel-Aviv conçue par les émigrés européens influencés par le Bauhaus - , arides – désert de Judée - ou urbains (Haïfa), Juifs, chrétiens – Saint-Sépulcre - et musulman… 

Un balagan (pagaille, en hébreu)
C’est en 1892, sous l'empire ottoman, que nait la première ligne ferroviaire reliant Jaffa à Jérusalem. A Jaffa-Tel-Aviv, cette vielle gare rénovée est envahie par les promeneurs et s’apparente « plus à un parc à thèmes qu’à un musée du train ».

Dans les années 1950, l’Etat d’Israël a fait le choix de développer les transports routiers  – le « lobby des puissants est puissant ».

De plus, de nombreux Israéliens survivants de la Shoah, surtout de Pologne et d’Europe de l’Est, refusaient de monter dans des trains leur rappelant les convois ayant amené les Juifs vers les camps de la mort.

« Le chemin de fer n’a pas la même importance qu’en Europe », précise l’historien Jakob Eisler. L’intérêt pour le train est récent : il remonte aux années 1990. Une décennie au cours de laquelle l’Etat Juif s’est soucié davantage d’investir dans des transports plus respectueux de l’environnement ». On décèle aussi un nouvel intérêt pour les trains miniatures.

Le réalisateur souligne la sécurité stricte dans toutes les gares israéliennes – bagages scannés – en raison des risques d’attentats terroristes, le coût faible d’un ticket, et la gratuité pour les soldats.

De 1998 à 2005, la circulation sur la ligne ferroviaire reliant les deux agglomérations a été suspendue afin de moderniser une installation vétuste : les tunnels menaçaient de s’écrouler.

Découvertes archéologiques
En octobre 2011, lors des travaux pour la nouvelle gare ferroviaire et la future ligne à grande vitesse Tel-Aviv/Jérusalem, une importante rivière souterraine a été découverte près du Palais des Congrès de Jérusalem.

Sur l’esplanade du Temple, se trouve le Kotel (mur des lamentations) et le dôme du Rocher. « Les Juifs du monde entier se tournent vers les ruines du temple de Jérusalem lors des prières. Elle sont le lieu le plus saint du judaïsme… Le temple a été construit par le roi Salomon au Xe siècle avant JC pour abriter l’Arche d’Alliance et les Tables de la Loi. Il a été détruit par les Romains ».

Tramway de Jérusalem
La municipalité de Jérusalem a doté les Hiérosolymitains d’un tramway dont le réseau avoisine 18 km. Les rames sont fabriquées par la société Alsthom. Ce projet a suscité des critiques en raison du retard dans les travux et de son coût exorbitant. « Sept sites archéologiques ont été découverts dont l’un situé près des remparts de la vieille ville. Trois pièces de monnaie ont été trouvées sur le tracé du tramway. Elles ont du être données par des commerçants aux Romains pour payer leur entrée dans la ville », a expliqué Nadav Meroz, directeur des transports de Jérusalem.

Autres critiques : celles politiques de ceux qui refusent ce tramway visant à relier « Jérusalem Ouest sous contrôle israélien aux quartiers arabes et aux colonies juives ». Or, parler de « Jérusalem Ouest » et de colonies - au lieu de localités ou d'implantations - relève d'une terminologie erronée et biaisée reprise de la propagande palestinienne, anti-israélienne. 

Le 22 mars 2013, la Cour d'appel de Versailles a condamné l'Association France-Palestine Solidarité (AFPS) et l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) représentée par Mahmoud Abbas, qui poursuivaient la société Alstom chargée de la construction du tramway à Jérusalem.

Au printemps 2013, a été annoncée la construction d'une nouvelle ligne ferroviaire et d'un arrêt concernant le tramway de Jérusalem. 

Citypass, société gérant le tramway, et la municipalité de Jérusalem ont lancé une campagne pour inviter les usager de ce tramway à faire preuve de plus de courtoisie et civilité lorsqu'ils l'empruntent.

Le 22 octobre 2014, Abed a-Rahman a-Shaludi, terroriste résidant dans le quartier de Silwad, a foncé au volant de son automobile vers des piétons attendant à l'arrêt Ammunition Hill (Colline de munitions) du tramway de Jérusalem. Il a assassiné Haya Zissel Braun, bébé israélien de trois mois, et Karen Mosquera, Equatorienne de 22 ans en voie de conversion au judaïsme ; il a blessé plusieurs autres personnes. Il a été tué par un policier israélien.

« Les rails de la vie »
Dans le train pour Tel-Aviv, un wagon est réservé aux Juifs pieux, portant des phylactères ou tephillin (« petits étuis de cuir portés à la tête et qui renferment des parchemins sur lequel sont notés des versets bibliques »), pour leurs prières avec un rouleau de la Torah spécial pour ce lieu ambulant.

C’est la gare ferroviaire de Tel-Aviv que le groupe musical Hatikva 6, dont « les chansons dénoncent l’injustice dans le monde », a choisi comme cadre à son clip.

Quant à la ville portuaire de Haïfa, son « transport hybride entre le métro et le funiculaire », ou Carmelit, est doté de six stations sur moins de deux kilomètres et permet un départ dans les deux sens toutes les dix minutes. Il est surtout fréquenté par les touristes.
Un train utile pour acheminer les employés vivant dans des localités périphériques ou reculées jusque sur leur lieu de travail dans les métropoles : l’essentiel de l’activité économique se concentre dans le centre du pays.

Spécificités de ce chemin de fer israélien : il ne fonctionne pas pendant le chabbat et manque de liaison ferroviaire avec l’étranger en raison du conflit au Proche-Orient.

On peut reprocher à ce documentaire intéressant un anachronisme – la première ligne ne peut avoir débuté à Tel-Aviv car cette ville maritime a été fondée en 1909 -, des oublis – le rôle de Sir Moses Montefiore ayant eu l’idée d’un train dès 1839 -, un fait infondé – chômage important -, une terminologie erronée et partiale - « colonies » - et des images de barbelés de la « Cisjordanie » sans expliquer les raisons de la barrière de sécurité anti-terroriste.

Dommage qu’il soit diffusé pendant ce chabbat.

Addendum.
Le 3 juillet 2012 a marqué la signature d'accords de coopération entre l'Etat d'Israël et la Chine. Un volet concerne la construction de la voie ferrée reliant Tel-Aviv à Eilat, via la vallée Arava et Nahal Zinn, soit 180 km de la Méditerranée à la mer Rouge. Un projet destiné aussi à développer le Négev, à réduire les distances entre le centre du pays et Eilat, et à offrir une alternative au canal de Suez.
En 2013, débutera la construction de cette nouvelle ligne ferroviaire à deux voies qui permettra de transporter des marchandises du port d'Eilat, sur la mer Rouge, à celui méditerranéen d'Ashdod. Financée par le gouvernement chinois, elle s'achèvera en 2023.
Israel Railways est une compagnie ferroviaire d’Etat indépendante active dans le transport de passagers et de marchandises en Israël. Elle emploie 1900 personnes. En 2012 les ISR ont transporté 40 millions de voyageurs. Son chiffre d’affaires annuel des opérations est d’environ 200 millions d’euros et de plus de 400 millions d’euros pour l’activité de développement.
 Le 17 novembre 2013, Israel Railways (ISR) et la SNCF (Société nationale des chemins de fer français) ont signé à Jérusalem « un accord de coopération stratégique, dans le cadre de la visite officielle du Président de la République française, François Hollande en Israël ».
Signé par Boaz Zafrir, directeur général des Chemins de fer d’Israël (ISR), et par Guillaume Pepy, président de SNCF, cet « accord-cadre est une étape importante de la coopération déjà ancienne entre les deux sociétés. Mise en place dès 2000, cette coopération sera renforcée dans plusieurs domaines, notamment la formation des conducteurs de trains des ISR, le développement et la modernisation des gares israéliennes, l’information des passagers et le matériel roulant destiné au fret ». ISR « pourra ainsi bénéficier de l’expérience de SNCF dans la création et le développement d'opérateurs ferroviaires modernes attentifs aux besoins des voyageurs. Cela permettra aux ISR de réaliser leur ambitieux objectif stratégique d’atteindre 70 millions de passagers en 2020 (contre 12 millions en 2000) ». Filiale de SNCF pour la conception et la construction de gares, l’AREP « soutiendra les ISR dans leurs projets de développement de leurs grandes gares mais aussi la modernisation d’une quinzaine de gares plus petites. AREP fournira notamment son savoir-faire pour le développement du versant commercial des gares ainsi que des services aux voyageurs et des solutions d’intermodalité ».
« Il s'agit d'un partenariat stratégique qui s'inscrit dans l’élan de transformation d’Israël Railways en un transporteur moderne entièrement dédié aux services des voyageurs », a déclaré M. Boaz Zafrir.
« SNCF renforce ses liens avec les ISR en apportant l’expertise de l’ensemble du Groupe. C’est une nouvelle phase de notre engagement depuis plus de 10 ans en faveur du développement des transports publics en Israël », a ajouté Guillaume Pepy. Quid des actions menées aux Etats-Unis pour obtenir plus de transparence de la SNCF sur son action lors de la Seconde Guerre mondiale en matière de déportation des Juifs ?
 Un consortium israélo-allemand va construire  des lignes de chemin de fer de 60 miles (environ 96 km) dans le nord d’Israël. Il réunit DB Bahn Bau, filiale allemande de la Deutsche Bahn, et diverses compagnies israéliennes (Shikun & Binui, Lesico). D’un coût de 230 millions de dollars, le projet comprend une voie ferrée entre Haïfa et Beit Shean (42 miles ou 67,2 km et cinq gares) et une autre entre Acco (Saint-Jean d’Acre) et Carmiel (14 miles ou 22,4 km et deux gares). Selon Israel Hayom, une nouvelle ligne ferroviaire dans le centre d’Israël reliera Kfar Saba à Herzliya (11 miles ou 17,6 km).
En 2014, Tel-Aviv va installer le nouveau moyen de transport rapide destiné à réduire les embouteillages et la pollution atmosphérique, conçu par Sky Tran au sein de la NASA et développé en Israël avec IAI (Industries aéronautiques israéliennes) : des "cabines suspendues à un rail à quelques mètres du sol", dirigées grâce à l'informatique, "pouvant transporter deux à quatre passagers" qui commanderaient via Internet ou leur téléphone portable leur navette, et une fois à bord y indiquer leur destination, et y parvenir automatiquement.  Ces "nacelles créent un champ électromagnétique pour avancer jusqu'à 100 km/h". Elles pourraient utiliser l'énergie solaire. Le prix ? "Sept millions d'euros par kilomètre, contre 20 millions pour une voie bus et 75 millions pour un tramway". SkyTran reliera le quartier d'Atidim à Tel Aviv au port de Jaffa.
Le 2 juillet 2014, des émeutiers ont vandalisé plusieurs stations du Jerusalem Light Railway train. Ce qui a constitué selon Lee Kaplan un acte de guerre servant les intérêts du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) et a induit la fermeture de cette ligne pendant plusieurs mois pour réparer les dégâts.
Le 6 octobre 2014, Benjamin Netanyahu, Premier ministre, et Yisrael Katz, ministre des Transports, ont inauguré la construction d’un tunnel de train, dans le cadre du projet de train à grande vitesse entre Jérusalem et Tel Aviv. D'un coût de 1.9 milliard de dollars (7 milliards de shekels), ce projet qui devrait être achevé fin 2017, assurera la liaison ces deux villes en 28 minutes, via Modiin, Latrun et l’aéroport Ben Gurion. Le chemin de fer actuel reliant Jérusalem à Tel Aviv suit un tracé remontant à l'ère ottomane, et prend beaucoup plus de temps.
"Ce tunnel, le plus grand passage sous-terrain qui sera construit en dernier dans le cadre de ce projet, partira de l’intersection Sha'ar Hagai de la route 1, ira jusqu’à la région de Mevasseret Zion, ce qui équivaut à une distance – à vol d’oiseau – de 14-15 kilomètres. Le but ultime de ce projet est d’avoir un train à grande vitesse reliant tout le pays de « Kiryat Shmona dans le nord à Eilat dans le sud. Peut-être, un jour, ce réseau ferroviaire pourrait relier la Jordanie à l’est, mais ce n’est encore qu’un rêve », a expliqué Netanyahu. Yisrael Katz a insisté sur le but : grâce à des tunnels souterrains, la liaison ferroviaire arrivera « jusqu’au Kotel [le mur Occidental] et le mont du Temple ».  Le ministère des Transports a évoqué les "prouesses architecturales" de ce projet : "six cent quatre-vingt ingénieurs travaillant sur cette liaison vont créer les viaducs les plus hauts et longs d’Israël, et un tunnel à deux voies de plus de 11 km de long. 
Pour permettre aux trains d’entrer en gare, les autorités construisent un terminal souterrain sur plusieurs étages à l’entrée de Jérusalem". La gare "aura 80 mètres de profondeurs, et pourra servir, en cas d’urgence, d’abri en cas d'attaque nucléaire, en accueillant 2 000 personnes. Grâce à des escalateurs et 35 ascenseurs, les passagers arriveront sur les  quatre quais longs de 300 mètres. A terme, cette gare sera intégrée dans "la plus grande plaque tournante de transport du pays, qui ira du bâtiment Binyanei Hauma à la gare centrale". Ce "terminal sera composé de plusieurs arrêts de bus, d’une station de train, de deux gares de tramway, d’une station de taxis et d’un parking de plus de 1 000 places". Circulant à 160 km/heure, ces trains électriques "à grande vitesse aura une fréquence de quatre trains par heure en heure de pointe". 
Ce projet a été retardé en raison de polémiques. D'une part, des mouvements écologistes qui ont essayé de contraindre "les concepteurs du projet à faire passer le tunnel sous la source de Yitlah au lieu d’au-dessus, comme prévu à l’origine. La Commission de planification du ministère de l’Intérieur a fait valoir que le forage d’un tunnel retarderait le projet de deux ans et a pris sa décision en faveur d’Israel Railways [la compagnie ferroviaire israélienne]. D'autre part, cette "nouvelle liaison traverse deux fois la Ligne verte, une fois près de Latrun et une fois près de Mesaverret Zion". Ce qui a suscité l'indignation de "la gauche israélienne et des groupes pro-palestiniens internationaux. Face à la pression des activistes pro-palestiniens, la compagnie de conseil allemande s’est retirée du projet". Autre raison du retard : le dépassement de budget. Estimé à l'origine à 3.8 milliards de shekels, le budget de ce projet a cru de plusieurs milliards de shekels, ce qui a amené le gouvernement à abonder financièrement dans ce projet.


En septembre 2016, une polémique a surgi en Israël à propos de travaux ferroviaires se déroulant durant chabbat. "Les "ultra-orthodoxes" ont exigé qu’Israel Railways ne fassent pas de travaux pendant Shabbat. Face à la pression Haredi, Netanyahu a soudainement ordonné un arrêt des travaux sur la ligne de chemin de fer de Tel Aviv – Haïfa le week-end du 2 septembre, provoquant des retards importants le dimanche suivant lorsque les travaux de réparation ont repris pendant la journée de travail, obligeant quelque 150 000 Israéliens à trouver un moyen alternatif pour leurs déplacements du matin. La Cour suprême a ensuite jugé que la décision d’interdire le travail pendant Shabbat revenait au ministre du Travail, Haim Katz. Katz a promis de n’autoriser que les réparations jugées critiques pour la sécurité pendant le Shabbat et que les réparations non essentielles auront lieu pendant la semaine".

Israel Airways envisage la création d'une ligne ferroviaire nord-sud reliant Hadera à Lod qui évitera la métropole Tel-Aviv. Ce qui implique la construction de neuf gares. Ce projet a été approuvé  par le gouvernement en 2012 et devrait être opérationnel en 2022. Ministre des Transports, Yisrael Katz a alloué un budget de huit millions de shekels à ce projet et a déclaré : "Ce projet créera aussi une artère de transport de marchandises qui augmentera la capacité des ports de Haïfa et de Ashdod" .
  
Dès le 19 septembre 2016, et pendant une huitaine de jours, trois gares à Tel Aviv sont fermées pour permettre des travaux de modernisation et réhabilitation. Ce qui contraint des milliers de personnes à emprunter d'autres modes de transport.

Le 21 septembre 2016, le tribunal de Lod a condamné Yonatan Vaadya, vétérinaire, à six ans d'emprisonnement pour avoir causé un accident ferroviaire, et lui a retiré son permis de conduire pendant 25 ans à compter du jour de sa libération et lui a ordonné de payer 50 000 shekels ($13 235) à la famille de chaque personne tuée. Cet automobiliste conduisait sa voiture après avoir consommé des drogues et des médicaments auto-prescrits, quand il a heurté un train à Beit Yehoshua le 12 juin 2006, après avoir causé deux autres accidents. Lors de cet accident, cinq personnes ont été tuées et 81 blessées. 


De Grit Merten
Avanga Filmproduktion, SWR, Arte, 2011, 44 minutes
Diffusions les :
-          21 octobre 2011 à 19 h 55,  28 octobre 2011 à 14 h, 1er novembre 2011 à 17 h
-      12 mars 2013, 27 juin 2014 à 17 h 30.

Visuels :
En couleurs : © SWR-Grit Merten, Citypass
En noir et blanc :

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Cet article a été publié pour la première fois le 18 octobre 2011 et modifié le 26 octobre 2014.
Il a été republié le :
- 31 mars 2012 à l'occasion de la diffusion par Arte le 2 avril 2012, à 22 h, d'Un tramway à Jérusalem de Frédéric Lernoud dans le cadre du Dessous des cartes de Jean-Christophe Victor ;
- 10 mars 2013 à l'occasion de la diffusion d'Un train pour le... Proche-Orient, sur Arte, le 12 mars 2013, à 8 h ;
- 29 mars, 25 juin et 21 novembre 2013 ;
- 25 mars, 26 juin et 7 octobre 2014.