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samedi 30 novembre 2019

« Al-Andalus, une civilisation légendaire » par Michael Schwarz


Arte diffusera le 30 novembre 2019 « Al-Andalus, une civilisation légendaire » (Die goldene Zeit in Andalusien) par Michael Schwarz. Le récit d’un mythe étudié par de nombreux historiens, celui de la coexistence pacifique interreligieuse sous domination islamique. Ce mythe, qui occulte la dhimmitude, est source de problèmes graves à ce jour.
« Pendant huit siècles, juifs, chrétiens et musulmans ont partagé une civilisation commune en Espagne médiévale. Al-Andalus, territoire ibérique ainsi désigné pendant sa domination musulmane du début du VIIIe à la fin du XVe siècle, est souvent considéré comme un paradis perdu, un lieu paisible du vivre ensemble entre les croyants des trois religions monothéistes ».

« Si une cohabitation fut possible, elle n’empêcha toutefois pas nombre de persécutions, de décapitations et de conversions forcées ».

Le 30 décembre 1066 (3 Tevet 4827), des musulmans assaillent le palais royal de Grenade, alors en al-Andalus (sud de l'Espagne sous domination islamique), et y crucifient Joseph ibn Nagrela, le vizir du roi Berbère et chef des Juifs de la ville. Ils massacrent la plupart des Juifs de Grenade, soit « 1 500 familles juives, représentant environ 4 000 personnes qui disparaissent en un jour » selon la Jewish Encyclopedia. "Ce nombre est supérieur au nombre des Juifs qui ont été tués, pendant la première Croisade, dans l'ensemble des villes et villages de Rhénanie. C'est pourtant cette dernière tragédie que l'on ne cesse de nous rappeler, en oubliant que trente ans auparavant, dans la seule ville de Grenade. il n'y eut pas moins de victimes" (David Littman). Les éditions Provinciales republient Le Dhimmi, de Bat Ye'or.

« Cette société multiconfessionnelle reste toutefois unique dans l’histoire européenne et a donné naissance à une culture flamboyante dont les objets d’art, les œuvres littéraires, les monuments et les pièces musicales forcent aujourd’hui encore l’admiration ».

« Historiens et spécialistes de l’art islamique analysent ce riche héritage culturel et le mettent en perspective avec les étapes majeures de ces huit siècles d’histoire, en s’attachant à évoquer les plus grandes figures de cette foisonnante période ».

"Voyage en Al-Andalus, territoire ibérique sous domination musulmane du VIIIe au XVe siècle et point de rencontre des trois religions monothéistes".

Curieusement, le film reprend l'idée selon laquelle le monde islamique aurait assuré la transmission du savoir antique grec et romain au christianisme médiéval qui l'aurait oublié. Une allégation réfutée par l'historien médiéviste Sylvain Gouguenheim dans son livre "Aristote au Mont-Saint-Michel" (2008) en démontrant le rôle de Constantinople dans cette transmission.

Ce film reprend, sans la critiquer, la version islamique de l'Histoire. Ainsi, il allègue sans le prouver que la condition juive en Europe médiévale chrétienne aurait été pire que celle sous domination islamique. En outre, elle impute à Joseph ibn Nagrela, fils de Samuel ibn Nagrela, vizir auprès du roi berbère Badis al-Muzaffar de Grenade, un orgueil ou une arrogance qui aurait suscité l'ire de la foule musulmane le tuant et massacrant quasiment tous les Juifs de Grenade en 1066. Or, divers historiens soulignent le rôle d'écrits anti-juifs d'Abou Ishaq ayant accru la haine des musulmans. Ainsi, Bernard Lewis a énoncé :
« Un ancien poème antisémite d'Abu Ishaq, écrit à Grenade en 1066 est particulièrement instructif à cet égard. Ce poème, qui se dit déterminant dans le déclenchement des émeutes anti-juives de cette année, contient ces lignes spécifiques :
- Ne considérez pas le fait de les tuer comme une violation de la foi. Le fait de les laisser en vie serait une violation de la foi.
- Ils ont violé le pacte que nous avions avec eux, aussi comment pouvez vous être tenus coupables contre les violateurs ?
- Comment peuvent-ils avoir un pacte, quand nous sommes insignifiants et eux prétentieux ?
- Maintenant nous sommes humbles, à côté d'eux, comme si nous avions tort et eux avaient raison ! »
Un documentaire qui édulcore la dhimmitude, "statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Corrélé au djihad, il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique). Les éléments constitutifs de la dhimmitude sont d’ordre territorial, religieux, politique et social. Le pays conquis s’intègre au dar al-islam (16) sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçue avec humiliation (Coran, 9, 29). Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique. Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restauration de ces lieux obéissait à des règles très sévères. Ils subissaient un apartheid social qui les obligeait à vivre dans des quartiers séparés [mellah au Maroc, Ndr], à se différencier des musulmans par des vêtements de couleur et de forme particulières, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs étriers et leurs ânes, seule monture autorisée. Ils étaient astreints à des corvées humiliantes, même les jours de fête, et à des rançons ruineuses extorquées souvent par des supplices. L’incapacité de les payer les condamnait à l’esclavage", a résumé l'essayiste Bat Ye'or.

Le mythe de la « coexistence pacifique inter-religieuse »
Le professeur Bernard Lewis fait remonter ce mythe, forgé par les « juifs pro-islamiques », au XIXe siècle :
« L’âge d’or de l’égalité des droits était un mythe, et si l’on y croyait, c’était la conséquence plutôt que la cause de la sympathie juive pour l’islam. Le mythe fut inventé par des juifs d’Europe au XIXe siècle comme un reproche adressé aux chrétiens – et repris par les musulmans de notre temps comme un reproche adressé aux juifs » (Islam, Gallimard, 2005).

Quant à Bat Ye’or, elle démontre « la fonctionnalité stratégique du mythe d’un islam tolérant et pluraliste inventé par la Grande-Bretagne au XIXe siècle… Né précisément en Bosnie-Herzégovine, ce mythe créé par la diplomatie britannique visait à protéger l’intégrité de l’Empire ottoman contre les ambitions de l’Autriche et de la Russie, qui – instrumentalisant les révoltes des chrétiens slaves catholiques et orthodoxes ou grecs – se taillaient des zones d’influence dans les provinces ottomanes d’Europe. Pour calmer une opinion publique anglaise indignée par les massacres des insurgés chrétiens perpétrés par les Ottomans, le Foreign Office justifia son soutien à La [Sublime] Porte en alléguant la tolérance et la justice inhérentes à l’islam du gouvernement turc. Ce régime, décrétait-il, était le mieux adapté aux chrétiens des Balkans, présentés comme des masses sous-humaines ignares. Les Turcophiles européens partageaient ces opinions et vantaient l’Empire turc, modèle d’un gouvernement multi-ethnique et multireligieux, garantissant la paix et le bonheur et une justice égale pour tous ses citoyens sous la loi éclairée islamique – argument constamment martelé par le président bosniaque islamiste moderne Izetbegovic ». Or, « les rapports consulaires de l’époque indiquaient une oppression cruelle des chrétiens dhimmi par l’application des lois de la dhimmitude ».


L’essayiste Bat Ye’or explique ce mythe, qui « adopte la version islamique de l’histoire », par des facteurs géopolitiques, tel « l’équilibre politique » européen au XIXe siècle. Ce mythe justifiait « la défense de l’intégrité territoriale de l’Empire Ottoman, c’est-à-dire la sujétion des peuples qu’il contrôlait. Dans l’entre-deux guerres, la tolérance ottomane se métamorphosa en « coexistence pacifique sous les premiers califes », thème qui constitua la pierre angulaire du nationalisme arabe et une arme idéologique contre les revendications autonomistes d’autres peuples » (Face au danger intégriste, juifs et chrétiens sous l’islam. Ed. Berg International, 2005).

Ce mythe agit en narratif anesthésiant : il masque les enjeux du jihad contre l’Occident ou en Eurabia. Il dissimule cette réalité guerrière et son institution corollaire la dhimmitude, ce statut cruel, inférieur et déshumanisant réservé aux non-musulmans - juifs, chrétiens, etc. - sous la domination islamique. De plus, ce mythe « disculpe l’islam classique, à l’origine du totalitarisme islamiste ». Et, il impose la vision « islamiquement correcte » d’un islam « pacifique » (Pierre-André Taguieff, La nouvelle judéophobie, Fayard Mille et Une nuits, 2002) symbolisé par la civilisation brillante al-Andalus, exemple de « coexistence pacifique entre judaïsme, christianisme et islam » en Espagne médiévale sous la férule musulmane.

Ce mythe comprend aussi celui de la « dette » de l’Occident vis-à-vis des « sciences Arabes/musulmanes » . Il dévalorise ainsi la civilisation chrétienne qui, d’une part, a mis un terme à cette « tolérance » par sa victoire sur les Maures et sa reconquête de la péninsule ibérique (Reconquista), et d’autre part, a échoué à créer l’équivalent d’al-Andalous.

Ce mythe distille et renforce « le sentiment de culpabilité et d’infériorité des Occidentaux vis-à-vis de la civilisation islamique » (Alexandre del Valle, Le totalitarisme islamiste à l'assaut des démocraties. Ed. des Syrtes, 2002).

 Il affuble l’Occident des pires épithètes – obscurantiste (Inquisition), conquérant (croisades, empires), raciste -, et produit un discours anti-israélien. La recréation de l’Etat d’Israël contredit le mythe des « dhimmis juifs heureux ». Louer l’attitude mythique admirable de « tolérance » et irréprochable des musulmans à l’égard des non-musulmans stigmatise a contrario Israël : la recréation de l’Etat d’Israël aurait mis fin à une ère de « coexistence pacifique interreligieuse ». La politique israélienne est déformée au travers d’un prisme mythique biaisé : elle est jugée, et condamnée, à l’aune d’un mythe déguisé en histoire et on requiert d’Israël qu’il se conduise conformément au mythe, ce qui de facto restaurerait le « bon vieux temps » de la dhimmitude, et donc la destruction de l’Etat juif. Ce mythe s’est métamorphosé pour réapparaître sous l’idée de la « Palestine laïque et multiculturelle » remplaçant l’Etat d’Israël. Il contribue à accréditer l’idée dangereuse de la « destruction positive de l’Etat d’Israël » et soutient ceux alléguant : « Nous reconnaissons l’aspiration nationale légitime des juifs et des Palestiniens à un Etat souverain. Nous sommes pour un Etat juif et un Etat palestinien vivant côte à côte, dans la sécurité et la paix. Nous avons reconnu l'Etat juif.  Et qu'a fait cet Etat juif ? Il maltraite les pauvres Palestiniens. Il n’arrive pas ou il refuse de faire la paix alors qu’on connaît les termes d’un accord de paix. Cet Etat d’Israël est perçu comme le pays représentant la plus grande menace pour la paix dans le monde comme le montre un sondage commandé en 2003 par la Commission de l'Union européenne et réalisé auprès de 7 515 Européens... Pour ramener la paix mondiale si précieuse et dans l’intérêt des deux parties concernées, ne serait-il pas préférable de créer un seul Etat où juifs et Palestiniens vivraient ensemble et en bonne entente comme jadis dans la tolérante al-Andalous ? », c'est-à-dire sous domination islamique, avec un statut cruel et inférieur de dhimmi. Une variante « politiquement correcte » de l'« Etat binational ».

Bat Ye’or précise que ce mythe :
« Conforte la doctrine islamique. Il atteste la perfection de la chari’a, seule législation gouvernant, dans le passé, le dar al-islam [Nda : Le dar al-islam est un pays gouverné par la loi islamique], et sa supériorité sur toutes les autres juridictions… La moindre critique du statut des dhimmis est rejetée comme suspecte parce qu’elle entame le dogme de la perfection de la loi et du gouvernement islamiques. Ainsi, la louange de la tolérance et de la justice de l’islam, accompagnée de gratitude, s’intègrent-elles dans les obligations exigées du dhimmi ».
Ce mythe pervers a été relayé par les réseaux juifs et chrétiens de la dhimmitude afin d’influer sur les opinions publiques et donc les politiques gouvernementales, en particulier dans le dialogue Euro-Arabe.

Nombre de manuels scolaires français d’histoire le présentent comme fait avéré.

Ce mythe est véhiculé contre l'Etat d'Israël : occultant les pogroms notamment sous l'Empire ottoman, certains allèguent que la refondation de l'Etat juif aurait brisé une coexistence interconfessionnelle millénaire harmonieuse.


« Al-Andalus, une civilisation légendaire » par Michael Schwarz
Etats-Unis, 2018, 95 min
Sur Arte les 30 novembre 2019 à 20 h 50, 8 décembre 2019 à 15 h 10 et 17 décembre 2019 à 9 h 25
Visuels :
© Kikim Media
© Oronoz

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Les citations sur le documentaire sont d'Arte.

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