lundi 24 avril 2017

« Les religions » par Sylvie Deraime


Les éditions Fleurus publient « Les religions » par Sylvie Deraime. Illustré de cartes, photos et tableaux, ce livre pour enfants pêche par ses carences informatives et son discours « islamiquement correct ». Le 20 avril 2017, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) a demandé "aux Editions Nathan de faire preuve de rigueur, de rétablir la vérité et de corriger les graves erreurs,choquantes et dangereuses, commises sur le judaïsme dans leur livre Questions réponses Les religions destiné au enfants". 

« Histoire du judaïsme » par Sonia Fellous
« Histoire de la Bible de Moïse Arragel - Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens (Tolède 1422-1433) » de Sonia Fellous
« Les religions » par Sylvie Deraime
Il était plusieurs fois… et Kuehn Malvezzi House of One au 104 

Les éditions Fleurus publient des ouvrages pour la jeunesse, sur la vie pratique et le religieux.

Cet éditeur français propose Les religions, signé par Sylvie Deraime. Un livre clair, mais « islamiquement correct ».

Ambitions et confusions
« Une grande imagerie pour faire connaitre aux enfants les trois grandes religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Une première double présente brièvement les principales religions du monde : animisme, hindouisme, bouddhisme… Une double rappelle l’héritage commun aux trois grandes religions monothéistes et leur ancêtre originel : Abraham. Puis, chaque religion est développée sur trois doubles chacune : une double relatant l’origine de la religion, une double traitant de la foi et des fondamentaux de la religion, enfin une double présentant les différents rites et fêtes ».

Et pour emporter la conviction du journaliste, le communiqué de presse ajoute : « Un livre indispensable pour comprendre un sujet d’actualité. Tous les textes ont été relus et validés par Frédéric Lenoir ». Conseiller scientifique du livre, Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue et historien des religions, docteur et chercheur associé de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Depuis septembre 2009, il produit et anime une émission hebdomadaire consacrée à la spiritualité sur France Culture : Les Racines du ciel. De 2004 à 2013, il a dirigé le magazine Le Monde des religions, bimestriel édité par Malesherbes Publications, filiale du groupe La Vie-Le Monde.

L’éditeur remercie aussi Malek Chebel, anthropologue, philosophe et spécialiste de l’islam.

Que d’erreurs !

Jérusalem n’est pas une ville sainte pour l’islam. Combien d’occurrences de Jérusalem dans le Coran ?

Sylvie Deraime favorise les confusions en évoquant les « religions d’Abraham ».

En effet, les mots n’ont pas le même sens d’une part dans le judaïsme et le christianisme, et d’autre part en islam, et les personnages, bien que souvent quasi-homophones, leurs identité et rôles, s’avèrent profondément distincts. Ainsi, l’« Ibrâhim » du Coran est un prophète d’Allah alors que l’Abraham biblique est un patriarche, l’« Îsâ » du Coran, livre incréé, n’est pas le « Jésus » ou Yehoshua (Yahvé sauve, en hébreu), de la Bible, etc.

« Le Coran présente Abraham comme un prophète musulman. D’autres personnages de la Bible sont aussi islamisés et ressemblent peu aux originaux, d’où les conflits de Mahomet avec les Juifs de Médine qui étaient des lettrés connaissant bien la Bible. Conflits qui se terminèrent par l’expropriation, l’esclavage, les massacres et finalement l’expulsion des Juifs d’Arabie. Ces personnages aux noms bibliques sont respectés uniquement dans leur version coranique qui diverge de celle de la Bible. Celle-ci, considérée comme une falsification de la vérité coranique, n’est nullement respectée », a déclaré l’essayiste Bat Ye’or.

« Les chrétiens qui se réjouissent un peu vite de retrouver Jésus et Marie dans la religion islamique devraient y regarder à deux fois. Car cette Myriam, même si elle est vierge, est la sœur de Moïse qui a vécu 1350 ans auparavant ! Et ce Jésus appelé Issa n’est pas celui de la foi néo-testamentaire issue de la Bible : Issa ibn Myriam est un bon musulman, un prophète de l’islam dont les hadiths nous disent qu’il viendra à la fin des temps pour « briser les croix, tuer les porcs et instaurer la seule vraie religion, celle d’Allah » (Abou Dawoud). Il éliminera les Juifs et les chrétiens – ainsi que toutes les autres catégories d’infidèles – pour purifier le monde de tout obstacle impur au règne d’Allah », a écrit l’abbé Alain Arbez.

Pourquoi ce livre ne l’indique-t-il pas ?

Judaïsme
Le judaïsme n’est pas qu’une religion. Cette réduction cèle sa dimension civilisationnelle, philosophique, et la dimension du peuple juif.

Les Dix commandements ne constituent pas seulement un « fondement de la culture chrétienne », mais ont inspiré le droit civil et pénal de nombreux pays.

Pourquoi ne pas indiquer que la terre de Canaan est Eretz Israël ?

Pourquoi ne pas désigner le Mur des Lamentations par le Kotel ?

L’auteur prend soin d’ajouter le détail gore dans son descriptif partial des « prescriptions alimentaires » juives – « l’animal doit avoir été tué et préparé de manière rituelle et, en particulier, complètement vidé de son sang ». Elle omet d’indiquer que la carcasse est vérifiée pour détecter d’éventuelles lésions.

La cacherout est partiellement présentée : rien sur le shohet, rien sur l’interdiction de consommer les parties arrières d’un ruminant, etc.

Quant à Pessah, c’est une fête symbolique et didactique, c’est la libération du peuple Hébreu esclave en terre de Pharaon, et non le « grand ménage de printemps » ou l’ancien pèlerinage au Tempe de Jérusalem.

De manière surprenante, le drapeau israélien est placé au-dessous d’un encadré sur les fêtes juives.

Christianisme
Jésus n’a pas pu prêcher en Palestine, car la « Palestine » n’est apparue dans l’Histoire qu’un siècle environ après sa mort.

Après la révolte du patriote Juif Bar Kokhba vaincu par l'empereur romain Hadrien en 135, les Romains ont rasé Jérusalem.

Ils voulaient détruire en Judée tout souvenir d’histoire juive, y compris les noms de Judée et de Jérusalem.

Ils nommèrent Jérusalem Ælia Capitolina, et, pour désigner ce territoire juif, ils ont forgé le terme « Palestine » à partir du mot Philistins, anciens ennemis des Hébreux et disparus (préhistoire).

La Judée a disparu dans la région de « Syria Palæstina » (Syrie Palestine). L'accès à Jérusalem a été « interdit aux Juifs, et aux chrétiens d'origine juive ».

Islam
Interdite la représentation du prophète de l’islam ? « Impensables dans le domaine strict des sciences religieuses, des représentations de Muhammad [Nda : Mahomet] et des prophètes bibliques figurent dans des chroniques historiques ou dans des ouvrages à caractère mystique. Jamais produites dans le monde arabe, ces images furent exclusivement l’apanage des aires culturelles persanes et turques ».

L’attitude de Mahomet à l’égard des tribus juives, notamment les Banu Qaynuqa, est omis.

Mythe de la « coexistence pacifique » sous le joug islamique, édulcoration de la dhimmitude dont le mot est absent, louanges de l’islam qui, « pendant des siècles, va favoriser le savoir et l’art, ainsi que les échanges entre les savants musulmans, juifs et chrétiens »… Ce livre est « islamiquement correct » aussi dans l’omission de la règle de l’abrogation - quand deux versets se contredisent, le verset le plus récent (médinois) abroge le plus ancien (mecquois) -, des occultations sur le vrai sens de prières, fondements et pratiques islamiques, ainsi que de la théologie islamique. Celle-ci « voit dans la Bible une version falsifiée du Coran : pour l'islam, les prophètes bibliques sont des prophètes musulmans » a déclaré Bat Ye’or. Et d’ajouter : « Comme le Coran déclare que toute l’humanité depuis Adam qui était musulman, est musulmane, il s’ensuit que toute l’histoire biblique est une histoire musulmane, et que l’histoire occidentale des juifs et des chrétiens précédant l’islam est une falsification ».

La fatiha, sourate ouvrant le Coran et prononcée cinq fois par jour ? Elle exhorte Allah à guider les musulmans « dans le droit chemin. Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés ». Ceux qui ont encouru la colère d’Allah sont les Juifs, quant aux égarés, ce sont les chrétiens.

Le Ramadan est présenté essentiellement comme un mois de jeûne. Or, « [dans l’histoire de] la civilisation islamique, le Ramadan n’a pas été seulement un mois de dévotion religieuse et de proximité croissante d’Allah Le Tout-Puissant, mais aussi un mois d’actions et de djihad afin d’assurer l’expansion de cette grande religion », a écrit Ali Gum, ancien grand mufti d’Egypte, dans Al-Ahram en juillet 2012.

C’est à tort que l’auteur évoque « l’aumône » islamique par un parallèle avec l’aumône chrétienne - quid de la tsedaka (justice) ? - : « l’islam exige des croyants qu’ils donnent une part de leurs revenus et de leurs biens à ceux qui sont dans le besoin. Cette part peut aller à la mosquée ou à des œuvres caritatives, comme le Croissant-Rouge, l’équivalent de la Croix-Rouge ». Et pas du Maguen David Adom ?

Foin d’ironie. La zakât n’est destinée qu’à huit catégories d’individus : « Les aumônes ne sont destinées qu’aux pauvres et aux indigents, à la rétribution des percepteurs, au ralliement des bonnes volontés, à affranchir des nuques (esclaves), à libérer des insolvables, à aider dans la voie de Dieu et à secourir le fils du chemin ». Le « ralliement des bonnes volontés », un euphémisme pour le prosélytisme. La « voie de Dieu » : « toute action faite pour mériter la grâce de Dieu, y compris le soutien de l’effort de guerre ».

Aucun détail sur l’égorgement de l’animal tué selon le rite musulman ni sur le sacrifice du mouton lors de l’Aïd el-Fitr. Oubli ? Volonté de ne pas heurtes les âmes sensibles des jeunes lecteurs ?

C’est finalement la version islamique de l’Histoire qui est présentée : le djihad apparaît comme une réponse aux Croisades, « quand l’Eglise chrétienne prêchait la guerre sainte contre les musulmans ». Or, c’est l’inverse : en 1078, les Turcs Seldjoukides s’emparent de Jérusalem, massacre la quasi-totalité de sa population, briment les survivants, et refusent de laisser les pèlerins chrétiens entrer dans Jérusalem. La Première Croisade  (1096-1099) a été lancée à l’appel du pape Urbain II au concile de Clermont (27 novembre 1095) pour aider l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène, les chrétiens d’Orient et libérer la Terre Sainte.

Editions Nathan
Le 20 avril 2017, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) a demandé "aux Editions Nathan de faire preuve de rigueur, de rétablir la vérité et de corriger les graves erreurs,choquantes et dangereuses, commises sur le judaïsme dans leur livre Questions réponses Les religions destiné au enfants".

Le BNVCA "proteste contre les inepties graves constatées. - page 27, à l'item "Casher, c'est quoi ?", il est indiqué que "les juifs pratiquants ne mangent pas d'animal qui rumine et qui a le sabot fendu" alors que la vérité c'est précisément le contraire qui est observé et pratiqué. Aussi grave, page 15, à l'item "Pourquoi y a-t-il une croix", il est écrit que "les prêtres juifs et les Romains ont condamné Jésus à mort". Le BNVCA souligne que c'est bien cette vieille et fausse accusation de peuple juif déicide qui est à la source de l'antisémitisme chrétien le plus meurtrier depuis des siècles. Il est inadmissible qu'une édition aussi célèbre que Nathan confie l'écriture de ses ouvrages à des auteurs aussi incompétents, qui ignorent même la déclaration "Nostra Aetate" adoptée le 15 octobre 1965, promulguée le 28 par le Pape Paul VI, et qui récuse toute responsabilité du peuple juif en tant que tel dans la mort du Christ".

"Inquiet du fait que de tels écrits sont de nature à inciter les jeunes lecteurs à la haine du juif, le BNVCA avait déjà le 15/12/16, rappelé à l'ordre les mêmes éditions au sujet d'un livre d'histoire destiné aux classes de 6e, Dans la page "Leçon, Naissance du monothéisme juif 1 millénaire avant J-C", les auteurs écrivaient "le pays de Canaan actuelle Palestine" obérant totalement L'Etat Juif Israël. De plus, le dessin d'une étoile à 5 branches présentée comme l'Etoile juive est un faux flagrant qui démontre de façon évidente l'inculture des rédacteurs, La direction s'était alors engagée à faire procéder au corrections. Le BNVCA demande aux Editions Nathan une fois de plus de faire rectifier les erreurs grossières signalées, et lui recommande de faire preuve de plus de rigueur, de plus de sérieux, et veiller à confier les sujets traités sur le judaïsme à des rédacteurs mieux informés, et au besoin de faire appel à l'érudition d'une personnalité de la communauté juive qualifiée".

 
 Sylvie Deraime, « Les religions ». Fleurus éditions, La Grande Imagerie, 2016. 32 pages. ISBN : 978-2-215-144-052

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Cet article a été publié le 28 avril 2016.

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