jeudi 29 janvier 2015

Odessa, portrait d'une ville


Ville portuaire d'Ukraine, sur la mer Noire, Odessa a été fondée en 1794 par Catherine II. S'y sont installés des personnes venues de tout l'empire russe et des pays limitrophes. De 1819 à 1859, Odessa était un port franc. Sous l'ère soviétique, c'était une base navale et depuis le 1er janvier 2000, le port d'Odessa est redevenu un port franc, en plus d'être une zone franche pour vingt-cinq ans.  A la veille de la Seconde Guerre mondiale, Odessa était peuplée notamment par la plus importante communauté Juive d'Union soviétique, soit 180 000 âmes sur 600 000 habitants. La Shoah a décimé cette population Juive. En écho au programme artistique et culturel Histoire d’Odessa conçu au MuCEM, dans le cadre de son Portrait de ville, le MAHJ consacre à Odessa un cycle de trois volets qui se poursuit par le portrait d'un artiste. Le 29 janvier 2015 à 19 h 30, Macha Makeïeff lira des extraits des Œuvres complètes d’Isaac Babel, publiées par Le Bruit du Temps, en 2011, dans une traduction Sophie Benech. 


Le point commun entre Léon Trotsky, fondateur de l'Armée rouge, Vladimir Jabotinsky, romancier et créateur du sionisme nationaliste et de l'Irgoun, Rabbi Nahman de Bratslav, "Messie des âges d'incroyance", Isaac Babel, "romancier des bas-fonds et des Cosaques", Pouchkine et Mickiewicz, Ilya Myetshnikoff, "premier prix Nobel de médecine russe, Timoshenko, qui invente le cinéma avant les frères Lumière, et Outouchkine, le premier as de l'aviation russe" ? Ils "sont tous nés à Odessa, ou y ont vécu".

En 1794, l'impératrice de toutes les Russies Catherine II (1729-1796) fonde Oddessa, cité située sur les bords de la mer Noire, et devenue en 1914 la troisième de Russie, après Saint-Pétersbourg et Moscou.

"Conçue par son premier gouverneur, le Français Armand-Emmanuel de Richelieu, comme une utopie libérale et moderniste", Odessa "accueille des élites cosmopolites - banquiers italiens, négociants grecs, seigneurs polonais, princes tatars -, mais aussi les Juifs de Pologne, de Lituanie et d'Ukraine, en butte à l'arbitraire et aux pogroms, qui y forment bientôt le tiers de la population. C'est à Odessa que surgit le génie Juif moderne, qui va révolutionner le monde du XXe siècle, de Paris à Berlin et de New York à Tel-Aviv". Michel Gurfinkiel en a retracé l'histoire.

En 1939, près d'un tiers de la population d'Odessa, port sur la mer Noire, était Juive. Après la Shoah , l'émigration notamment vers les Etats-Unis, et l'aliyah, subsistent environ 30 000 Juifs.

« Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim
Par les témoignages de personnages chaleureux et émouvants à Odessa, New York et Ashdod, « Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim, documentaire émouvant, évoque le souvenir de cette ville jadis russe, aujourd’hui ukrainienne, l’exil et l’errance des Juifs de cette cité mythique, un des berceaux de la culture yiddish, ainsi que « l’attachement charnel que l’on peut avoir à la terre de son enfance ». Ce documentaire en yiddish, russe et hébreu est sorti en France en 2005.

« Il existe une ville, au nord de la Mer Noire, qui porte le nom d’Odessa. Va savoir pourquoi, ce nom semble surgir d’un conte dont les phrases inlassablement répétées par quelques grands-mères, résonnent encore aux oreilles des adultes. Il était une fois, il y a très longtemps…La lecture des « Contes d’Odessa » d’Isaac Babel m’a mise sur le chemin de ce film. Puis le voyage que j’ai entrepris sur les lieux m’a amenée à rencontrer des personnages qui avaient le même humour, la même exubérance, les mêmes impressions, les mêmes gestes que ceux évoqués dans ces contes », se souvient la réalisatrice franco-israélienne Michale Boganim.

D’Odessa, ce port cosmopolite, les cinéphiles se remémorent la scène de la répression de la mutinerie des marins et du landau dévalant un immense escalier de pierre dans le « Cuirassé Potemkine » (1925) de Sergei Eisenstein.

Mouloudji exprimait sa nostalgie de Paname dans la chanson « J’ai le mal de Paris ». Ces Odessites nostalgiques ont le mal d’un pays-cité disparu. Odessa, c’est « le fil rouge », une ville idéalisée et disparue à laquelle ils sont profondément attachés. « Un des personnages dit : « Un toast pour Odessa Mamma, parce qu’il n’y a pas de meilleure mère ». « Brighton papa », c’est le pays d’adoption, New York ».

Ces Odessites âgés évoluent dans le souvenir de l’Odessa heureuse, cultivée et juive de leur enfance ou de leur jeunesse. Contraste saisissant : la synagogue est actuellement délabrée, vide, froide, et le quartier Moldavenka déserté. Les jeunes ? Peut-être ont-ils quitté la ville ou leur relation au judaïsme devient-elle plus ténue ? Et c’est désormais dans Little Odessa (quartier de Brooklyn à New York) et à Ashdod (Israël) que revit aussi Odessa.

Dans leur exil, ces êtres ont emporté leur patrie-ville, parfois un quartier, et conservent le souvenir de son âge d’or et de sa vitalité d’un antan pas si lointain. « D’arrivées en départs, d’illusions en désillusions, cette ville devient au fil du film un personnage fictionnel, une icône. Un endroit inaccessible et imaginaire. Des cartes postales que l’on accroche compulsivement sur les murs, une musique que l’on ressasse sans fin, jusqu’à saturation, jusqu’à l’excès », estime la réalisatrice. Pourtant, on ne sent nulle lassitude, nulle saturation chez ces êtres : leur bonheur est sans cesse renouvelé par l’écoute de leur musique, leurs rencontres conviviales, leurs dialogues, leurs fêtes, leurs danses, leurs moqueries, etc.
Ces Odessites exilés entretiennent un rapport étrange avec leur pays d’arrivée. Un personnage confie : « Nous étions Juifs à Odessa, nous sommes Russes en Israël et nos enfants seront israéliens ». Un autre s’amuse : « Nous avons amené [en Israël] nos traditions, celle du Père Noël ».

Michale Boganim filme « un monde qui disparaît. Les exilés odessites vivant à Brighton Beach ou à Ashdod sont eux aussi les dernières générations. Il n’y a pas de filiation. Les hommes que j’ai filmés sont les derniers hommes ».

Mais Odessa, ce mot qui résume leur foyer emmené en exil, ils le font revivre et en transmettent le souvenir. Ainsi, cette grand-mère exhibe fièrement à sa petite-fille, soldate dans Tsahal, les médailles de son défunt mari, témoignages de son patriotisme et de son courage.

« Odessa n’est pas le seul mythe de ce film. L’Amérique, comme nouvel Eldorado, et Israël, paradigme mythique de la Terre promise, sont deux autres pôles du film. A la fin, le paradis perdu n’est pas forcément Odessa, mais peut-être aussi l’Amérique ou Israël. Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont les gens, avec le temps, se réinventent une Personne, ou un Lieu, tissent leur propre fiction. La force de la mémoire, c’est de transformer le réel… », déclare la réalisatrice. Ainsi, l’un des Odessites exprime sa tristesse et sa déception de constater, même en Israël, les divisions entre Juifs.

Michale Boganim a retenu une juxtaposition de couleurs à l’image des pays : un bleu-gris terne et froid à Odessa, des nuances encore un peu grises tranchées de rouille (couleur des briques des maisons) à Brighton Beach, et soudain, un blanc surexposé à Ashdod, « une ville de développement-type en Israël, un état permanent de chantier où le bruit des constructions nous dit que d’autres immigrés vont arriver », une cité proche du désert, à l’urbanisme moderne et gorgée de lumière, de chaleur.

Le Prix CICAE-Art et Essai au Festival de Berlin et le Prix du meilleur réalisateur au Festival de Jérusalem ont couronné ce film émouvant sur un haut lieu juif détruit par la Shoah, et témoignant de l’aptitude juive à le refaire vivre grâce à la mémoire et jusque dans l’exil.

Pour les personnes originaires d’Europe centrale et orientale, cette co-production franco-israélienne offre le plaisir particulier d’entendre la langue parlée par leurs parents ou grands-parents : le yiddish.

Ces Odessites nous touchent par leurs solitudes, leurs retrouvailles festives ou amicales, leur amour de l’opéra ou leur souhait de réussir dans le monde du spectacle, de s’échapper par la comédie d’une vie monotone et difficile. Leur douleur qui affleure est sensible aux exilés et enfants d’exilés, aux survivants d’un monde disparu.

« Ce film est traversé par l’absence. La mélancolie s’y traduit par l’incapacité des personnages à s’ancrer dans le lieu dans lequel ils sont projetés… Un personnage nous livre une définition de ce qu’on appelle la nostalgie : « Certains disent qu’il faut que je retourne dans mon pays et ce sentiment me passera… Mais peut-être que cela me passera, mais peut-être pas ».

L’exil, c’est plus qu’une blessure, c’est un mode d’être permanent, indélébile, inéluctable ».

Le Farband a montré le 2 juin 2014 « Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim

Portrait d'Odessa 
En écho au programme artistique et culturel Histoire d’Odessa conçu au MuCEM, et dans le cadre de son Portrait de ville, le MAHJ consacre à Odessa un cycle de trois volets qui débute le 18 novembre 2014 à 19 h 30 par la conférence Odessa, ville juive ? par Francis Conte, université Paris-Sorbonne, chaire de civilisation russe et soviétique, commissaire de l’exposition « Les chemins d’Odessa ». "Dans l’Europe centrale et orientale du XIXe siècle, la cité nouvelle d’Odessa devint une ville refuge et plus encore une ville espoir pour de nombreux juifs de la « zone de résidence ». Si un dicton proclamait que l’on pouvait désormais « vivre comme Dieu à Odessa », qu’en était-il vraiment ?"


Le MAHJ poursuit son cycle de trois volets par le portrait d'un artiste. Il a projeté le 14 décembre 2014 à 15 h 30 "Philippe Hosiasson. Regards à l'œuvre", documentaire de David Grinberg (France, 58 min, 2013). "Philippe Hosiasson (1898-1978) est né à Odessa. Cousin de Boris Pasternak, ami d’Isaac Babel, il connut les pogroms, les derniers soubresauts de l’empire et les premiers pas de la révolution d’Octobre. Il émigra en Italie puis à Berlin avant de s’installer définitivement à Paris dans les années 20. Il fréquenta André Derain et Pablo Picasso, la ville de florence lui consacra une grande exposition dans les années 30, puis New York dans les années 50 où il se lia d’amitiés avec Marc Rothko, Sam Francis et Robert Motherwell. Ce documentaire part sur les traces de cette vie tumultueuse et cependant discrète, à la recherche des lieux qui ont compté pour son regard. Explorant les tableaux essentiels, il remonte aux sources du geste et révèle les « sentiers » empruntés par son œuvre, de la figuration jusqu’aux rives nouvelles de l’abstraction.  Philippe Hosiasson était à l’image de sa ville natale. Odessa, sorte de Faubourg Saint-Germain surgi dans quelque désert des Tartares, de rêve européen enté sur un rivage pas moins livré aux mythes et aux monstres qu’à l’époque d’Hérodote. Civilisation et barbarie également extrêmes ; son œuvre avait à accueillir ces deux versants, à les réunir. Excellent peintre « classique », au sens où on le disait de Derain, dès sa jeunesse, Hosiasson n’est devenu lui-même qu’à partir du moment - après 1945 - où il osa obéir à ses déchirements..." (Pierre Schneider, Catalogue Regards, Paris, 1993). La projection sera suivie d’une rencontre avec Germain Viatte, conservateur général honoraire, directeur du Musée national d’art moderne (1992-1997).

Le 29 janvier 2015 à 19 h 30, Macha Makeïeff lira des extraits des Œuvres complètes d’Isaac Babel, publiées par Le Bruit du Temps, en 2011, dans une traduction Sophie Benech. « Je crois que l’on peut dire beaucoup de bien de cette importante et charmante ville de l’Empire russe. Pensez donc, une ville où la vie est facile, la vie est claire. La moitié de sa population est constituée de Juifs, et les Juifs, c’est un peuple qui a établi un certain nombre de choses très simples. Ils se marient pour ne pas être seuls, ils tombent amoureux pour vivre éternellement, ils mettent de l’argent de côté pour avoir une maison et offrir à leurs épouses des vestes en astrakan, ils ont l’amour de leurs enfants parce que c’est chose fort bonne et nécessaire que d’aimer ses enfants » (Isaac Babel, Chroniques de l’an 18 ,(raduit du russe par André Markovicz, Irène Markovicz et Cécile Térouanne, Actes Sud, 1996)  Après Marseille, "où elle faisait entendre un spectacle qui mêlait les mots de Babel à ceux de l’auteur contemporain Philippe Fenwik, Macha Makeïeff propose une lecture imagée et musicale pour célébrer l’Odessa d’Isaac Babel. Cette lecture clôt le cycle « Odessa » en trois volets imaginé par le Mahj. Metteuse en scène de théâtre, créatrice de décors et de costumes et fondatrice avec Jérôme Deschamps de la compagnie Deschamps & Makeïeff, Macha Makeïeff est dirige La Criée centre dramatique national de Marseille depuis 2011.


« Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim
France/Israël, 2005, 1h42
Avec Yulian Tchdnovski, Lucia Tkatch-Bekker, Rachel Gorenstein, Ilya et Rita, Rabinovitch, Shika, Albert, David, Ester, Victoria, Ester Khosid, Tania Krivoruchka, Valery Yakalevich Krivoruchka
Production Moby Dick Films, Frédéric Niedermayer (France), Transfax Films Production, Marek Rozenbaum et Itai Tamir (Israël)
Sortie en France le 17 août 2005
Au Cinéma L’Arlequin, 76, rue de Rennes, 75006 Paris. Version originale avec sous-titres en français
Diffusion de Little Odessa, de James Gray sur Arte les 26 et 28 mars 2014

Visuels : © DR
Escalier du boulevard Nicolajewski, Odessa

Philippe Hosiasson

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English

Cet article a été publié par Guysen en 2005 et sur ce blog les 26 mars et 1er juin 2014.
Il a été republié le :
- 17 novembre et 12 décembre 2014. 

dimanche 25 janvier 2015

Raed Bawayah. Empreintes de passage


Dans le cadre du mois de la photo 2014, la Maison européenne de la Photographie (MEP) présente l’exposition  éponyme et ennuyante. Trois séries de photographies monotones, en noir et blanc, moyens et grand format, sur des ouvriers ou malades « palestiniens », des SDF en Allemagne et des Tziganes en France. Des clichés déjà montrés dans d’autres expositions de Raed Bawayah.


Raed Bawayah est né en 1971 « en Palestine, non loin de Ramallah, et son village Qatanna devient vite l’objet de sa première série de photographies Souvenirs d’enfance », indique le dossier de presse de la MEP. Déjà, en 2007, la Galerie Serge Aboukrat présentait ce photographe comme « né en Palestine ». Eh bien, non, Ramallah n’est pas en « Palestine », mais dans les territoires disputés.  

Avec « The Palestinian Dream » d’Andrea et Magda  à la TD Galerie, c’est la deuxième exposition dans le cadre du mois de la photo 2014.

Aides françaises
Orphelin de père à l’âge de sept ans, Raed Bawayah  gagne sa vie en vendant à la sauvette à Jérusalem, et se passionne pour les appareils photographiques des touristes en Israël.

Agé de 27 ans, il entre à l’École de photographie Musrara de la capitale israélienne.

« Tous les jours, il effectue près de 3 heures de marche et de bus, au péril de sa vie, pour franchir la frontière imposée par la seconde intifada. Arrêté par les gardes de la frontière, Raed Bawayah restera enfermé 15 jours à la prison de Jérusalem ». On retient ses larmes. 

Raed Bawayah multiplie les expositions : galerie de Dovlaire, Musrara School of Photography, New Media and Music, à Jérusalem, galerie Abu Shaqrah, Um AlFahem, Centre Culturel Tel-Aviv...

En 2003, Son exposition individuelle itinérante Salom est parrainée par les « Centres culturels français en Palestine, Jérusalem, Ramallah, Nazareth, Naplouse et Gaza ».

Diplômé en 2004 de cette Ecole, il multiplie les expositions en Israël. Présentée dans une galerie de Tel Aviv, son exposition personnelle itinérante « Identification N° 925596611» est parrainée par les « Centres culturels français en Palestine, Jérusalem, Ramallah, Nazareth, Naplouse et Gaza ». Elle sera présentée au Centre culturel iranien à Paris et à la Cité Internationale des Arts à Paris qui l’invite en 2005. 

Lors de sa résidence, il expose sa série Identification N°925596611, sur les « travailleurs palestiniens sans permis de travail en Israël ». Un thème auquel il a été sensibilisé lors de sa détention.

En 2006, avec le photographe israélien Pavel Wolberg, il expose ses clichés dans l’exposition Ramallah-Tel-Aviv au jour le jour à l’Hôtel de Ville de Paris puis à Naples (Italie). La Ville de Paris commandera aux deux photographes le projet Paris le jour, Paris la nuit. 

Après une exposition collective dans le cadre du Mois de la photo 2006, Raed Bawayah expose Morceaux choisis à la galerie Serge Aboukrat.

En 2007, le festival de photojournalisme Visa pour l’image de Perpignan  accueille son exposition personnelle Vivre en Palestine. Ce « travail en noir et blanc, loin de l’actualité brûlante du conflit, reflète les conditions de vie des hommes, dans les hôpitaux, maisons ou camps de réfugiés ». 

Des photographies de Raed Bawayah ont été acquises par la Maison Européenne de la Photographie de Paris  avec l’aide de la Fondation Neuflize Vie, et le Fonds national d’Art contemporain. 

Raed Bawayah vit et travaille  à Paris où il a fondé en 2013 le festival Quatrième image, dont la deuxième édition s’est tenue à l’espace des Blancs Manteaux (Paris 4e), du 28 octobre au 2 novembre 2014. Une manifestation soutenue par le Maire du 4e arrondissement de Paris, Christophe Girard, la Mairie de Paris, marraine du premier prix, la Cité des Arts de Paris, la Maison Européenne de la Photographie et son directeur Jean-Luc Monterosso, Arts Factory, laboratoire professionnel, et le magazine Polka dont le rédacteur en chef est Dimitri Beck. L’invité d’honneur de ce festival dont Raed Bawayah est le directeur artistique : le Brésil représenté par 40 photographes.

« Exclusion, enfermement, vies et destins « en marge », sont des sujets récurrents dans le travail de Raed Bawayah, qui à travers ses différentes séries en noir et blanc, s’interroge sans cesse sur la place de l’être humain ». Oui, mais son intérêt est ciblé : les « pauv’ Palestiniens », et ni les richissimes « Palestiniens » de Ramallah ou Gaza ni les pauvres Juifs israéliens.

Et la MEP poursuit en alléguant que la « Palestine » serait un pays dont les « Palestiniens » s’exileraient pour trouver du travail : « Que ce soit auprès des enfants de son village qui s’aventurent très peu hors de son périmètre, des travailleurs palestiniens contraints de s’exiler et de vendre leur force en Israël, des malades de l’hôpital psychiatrique de Bethléem, ou encore des communautés tziganes en France et des SDF en Allemagne, Raed Bawayah opère toujours avec une démarche « de l’intérieur ». Alors que la manne internationale, surtout européenne et américaine, se déverse depuis des décennies sur les « Palestiniens », il est étonnant d’éluder cette question : pourquoi ne travaillent-ils pas dans leur ville ?

Raed Bawayah « se fond dans ces différentes communautés, il entre en relation avec ses sujets, il instaure la confiance pour réaliser, dans un second temps seulement, un travail photographique réaliste et objectif, qui sait conserver pudeur, compassion et respect, dénué de tout misérabilisme ». Oh non. Ce n’est que misérabilisme par une accentuation des contrastes. Exemple : ce cliché d’un « Palestinien », de dos, portant un débardeur déchiré, ou celui d’un « Palestinien » dont on n’aperçoit que les yeux au travers de la fine fente horizontale d’un mur.

Raed Bawayah « considère son travail et sa mission en tant que photographe : il témoigne du monde et donne à ces personnes en marge, une place au cœur de la ville, au cœur de nos vies, dans les institutions culturelles et les salles d’exposition. Une mission de passage de témoin, de ce qu’il a pu découvrir lors de ses voyages, au sein des communautés où il aura laisser ses empreintes. La Maison Européenne de la Photographie lui consacre une exposition, telle une retrospective de ses différentes séries photographiques ». Le problème est que certains de ces clichés ne sont ni inédits ni intéressants. 

Le 25 novembre 2014, la MEP avait réuni Raed Bawayah et le metteur en scène Guillaume Clayssen pour une soirée presse. « Dans ses séries en noir et blanc, le photographe palestinien s’interroge sur l’exclusion, l’enfermement, la marginalité et par là même sur la place de l’être humain. Guillaume Clayssen y a présenté son prochain spectacle au théâtre L’étoile du Nord : l’adaptation d’« Un Captif Amoureux » de Jean Genet, « dans lequel les photographies de Raed Bawayah jouent précisément un rôle, celui de la mémoire collective ». C’est Guillaume Clayssen qui a alors tenu un discours politisé évoquant la « souffrance du peuple palestinien depuis 60 ans »…


Jusqu’au 25 janvier 2015 
5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris 
Tél. : 01 44 78 75 00 
Ouvert du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h

Visuels :
Affiche 
Russie, 2010
© Raed Bawayah

Série Les veines de la terre, Palestine, 2012
© Raed Bawayah

Série Souvenirs d’enfance, Qatanna, Palestine
© Raed Bawayah

Série Serres froides, Russie, 2010
© Raed Bawayah

Série La couleur du soleil, Roumanie, 2007
© Raed Bawayah

Série Les âmes blanches et noires, Autriche, 2010
© Raed Bawayah

Série ID925596611, ouvriers palestiniens en Israël, 2003
© Raed Bawayah

Série ID925596611, ouvriers palestiniens en Israël, 2003
© Raed Bawayah

A lire sur ce blog :

Les citations sont extraites du dossier de presse.

dimanche 18 janvier 2015

Mosner livresque


La Halle Saint-Pierre présentera l’exposition Mosner livresque (19 janvier-1er mars 2015) avec des peintures et dessins d’ouvrages illustrés par cet artiste né en Argentine. Peintre, sculpteur et graveur, Ricardo Mosner a débuté par des performances, happenings, spectacles picturaux. Il participe aussi à des émissions radiophoniques. Vernissage le jeudi 5 février 2015 à 18 heures


Né en 1948 à Buenos Ares (Argentine) dans une famille Juive d’origine polonaise, Ricardo Mosner  peint, notamment pour la maison Lanvin (2002), sculpte, en particulier pour l’exposition itinérante Epouvantails initiée par Jean-Pierre Coffe, grave et crée des chars, échassiers et costumes pour la Carnavalcade de Saint-Denis.

Dans les années 1970, il fonde sa troupe, le Teatr’en poudre, qui interprète des spectacles picturaux et joue dans une pièce de Copi montée par Jérôme Savary ainsi que dans un film de Stephen Frears (« Cold Harbour »).

Il conçoit également des affiches de films (« Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel »), le théâtre, des groupes et festivals musicaux, ainsi que des pochettes de disques (“Marcia Baïla” des Rita Mitsouko).


Ricardo Mosner participe aussi à des feuilletons et émissions radiophoniques, notamment « Les Décraqués » et « Des Papous dans la Tête » sur France Culture, pour laquelle il a conçu aussi les couvertures et les illustrations des livres « L’Anthologie » et « Le Dictionnaire » (Ed. Gallimard), puis « 36 Facéties pour des papous dans la tête » (Carnets nord – France Culture) Depuis 2012, le « Correspondancier » du Collège de Pataphysique édite ses dessins.

Cet artiste, qui vit et travaille à Paris depuis 1975, peint crûment. Ses œuvres en techniques mixtes marouflant parfois des écrits. Des désirs sublimés par le tango (« Duo sur gris »), des rencontres sur fond urbain esquissé, des yeux écarquillés exprimant l’effroi, des couleurs fortes, des oppositions violentes, des corridas (« Un conesso, dos sombreros ») et des êtres ambigus - mâles et femmes musclés - et stéréotypés : brunes aux corps moulés dans des robes-fourreaux rouges, courtes et fendues


Les gouaches sur carton rappellent le style inca (« Tu ne t’aimes pas (Nathalie Sarraute) »).

Il expose en France – Centre Pompidou, Grand Palais, musée d’Albi (2011), ambassade d’Argentine en France (2012), galerie Lara Vincy (2013) -, aux Pays-Bas - Stedelijk Museum d’Amsterdam -, en Espagne, en Corée du Sud, à Monaco, au Royaume-Uni, en Italie, etc.

En 2003 et en 2004, au Centre d’Art et de Culture - Espace Rachi, Ricardo Mosner présentait des tableaux soulignant des moments d’émotions fortes : attirances, vies menacées, etc. Des individus typés dans une ambiance interlope : un homme bien charpenté, aux allures de macho, et une femme dotée d’attributs sexy. C’était le cas de la blonde vêtue d’une robe rouge (« La pizza ») ou d’une dame juchée sur les hauts talons de ses escarpins. Même proches, ces personnages ne semblent pas former un couple.

En 2004, la Coupole, célèbre brasserie parisienne, cet artiste argentin a présenté une trentaine de personnages typés, hommes et femmes similaires par leur morphologie musclée (« Vue ») et dessinés sans fioritures. L’intensité des pulsions était soulignée par des couleurs saturées, où dominait le rouge vif (« ¿ Qué le voy a hacer ? »).

C’est à l’illustrateur d’ouvrages que la Halle Saint-Pierre s’intéresse, en sélectionnant des peintures et dessins d’ouvrages aux illustrations signées par Ricardo Mosner : Ubu roi  d’Alfred Jarry, Le chat noir & autres contes de terreur d’Edgar Allan Poe (Gallimard), Nougaro illustré par Mosner, Paroles libertaires d’Étienne Roda-Gil (Albin Michel), 36 facéties pour des Papous dans la Tête (Carnets Nord – France Culture), le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique, et des livres-objets, cahiers, manuscrits, livres d’artiste et de bibliophilie de l’artiste...

Les peintures de Ricardo Mosner « accompagnent textes et poèmes, notamment dans « Jean et Pascal » de Christophe Donner (Ed. Grasset), « La Poésie Antillaise” » (Ed. Mango). Cet artiste a aussi dessiné dans une multitude d’ouvrages de bibliophilie (avec Michel Butor, Gilbert Lascault, Jacques Jouet, Vénus Khoury-Ghata, Bernard Noël…) »

Albin Michel a publié « Paroles Libertaires », où ses peintures illustrent des textes et la préface d’Etienne Roda-Gil ainsi que le « Nougaro illustré par Mosner », et les éditions Yéo-Area « Ricardo Mosner, l’inventaire ».

Sur Lilith, « Portraits de femmes de la Bible par 32 artistes contemporains » a proposé en 2004 plusieurs visions : celle onirique de Ricardo Mosner, celle pleine d’assurance et aux couleurs vives de l’israélienne Alona Harpaz et celle démultipliée de Orlan qui se réfère aussi à la Vénus de Botticelli.

    
Du 19 janvier au 1er mars 2015
Galerie
2, rue Ronsard – 75018 Paris
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89
Ouvert en semaine de 11 h à 18 h. Samedi de 11 h à 19 h, dimanche de 12 h à 18 h
Entrée libre
Vernissage le jeudi 5 février 2015 à 18 heures

Le  8 février à 15 heures
A l'Auditorium
Cours ùagistral en cours de préparation avec des dignitaires du  Collège de‘Pataphysique autour de Poe, Jarry, Macedonio, Fernandez
Avec Thieri Foulc (sous réserve), Barbara Pascarel, François Naudin, Sebastián Volco, Stéphane Mahieu, Sophie Lamouche, Ricardo Mosner…

Le 14 février à 17 heures
A la Librairie et Galerie
Anthologie, Dictionnaire et 36 Facéties par l’équipe de l’émission culte Des Papous dans la Tête (France Culture) .

Le 28 février à 17 heures
A l' Auditorium
Spectacle “ZARCORTA”, hommage à Julio Cortázar
Avec Ricardo Mosner accompagné par le dúo Volco-Gignoli

Visuels :
Ricardo Mosner 
Vignette des Papous 
© Radio France

Articles sur ce blog concernant :

Les citations proviennent du site d'Arte. Cet article a été publié en une version concise par Actualité juive.

samedi 17 janvier 2015

Madeleine Testyler, peintre et sculpteur


Artiste autodidacte, Madeleine Testyler est née à Paris dans une famille de fourreurs Juifs originaires de Pologne. Elle grandit dans le quartier du Marais (75003). Enfant victime de la rafle du Vél d’Hiv, elle survit en étant cachée. Orpheline en 1946, elle débute avec son époux Jo Testyler comme styliste dans la fourrure et la peau retournée. Autodidacte, cette coloriste innove et parsème son œuvre de clins d’œil au judaïsme et parfois humoristiques. Son parcours artistique la mène vers des peintures abstraites en acrylique et des sculptures figuratives. De clins d’œil au judaïsme et humoristiques, ses œuvres ont acquis une puissance dramatique. Le 19 janvier 2015, à 16 h, Madeleine Testyler invite ses amis dans son atelier israélien à une exposition de ses tableaux. Elle montrera les étapes qui vont de la figuration à l'abstraction.


Madeleine Reiman  est née à Paris dans une famille de fourreurs Juifs d’origine polonaise. 

Elle grandit avec sa sœur cadette Arlette dans le quartier du Marais. Premier honneur, c’est son dessin que choisit l’école parisienne de la rue Chapon pour décorer le préau. 

Après s’être rendu le 14 mai 1941 à la convocation « pour examen de situation » par la police française dans le cadre de la « rafle des billets verts » (Juifs de Pologne, Tchécoslovaquie et Autriche), le père de Madeleine Reiman est interné dans le Loiret - son épouse tente vainement d’obtenir sa libération -, puis est déporté en 1942 à Auschwitz  où il est tué.

Arrêtées lors de la rafle du Vel d’Hiv  en juillet 1942, la mère de Madeleine Reiman et ses deux filles parviennent à quitter le camp d’internement de Beaune-la-Rolande. Elles demeurent cachées à Vendôme jusqu’à la Libération.

La mère de Madeleine Reiman meurt en 1946. Madeleine Reiman devient orpheline à l’âge de huit ans. 

Adolescente, elle évolue du classicisme vers l’impressionnisme, puis abordera la fragmentation cubiste. 

Elle épouse Jo Testyler – celui-ci consignera ses souvenirs d’enfant déporté dans des camps de concentration dans Les enfants de Slawkow. Une jeunesse dans les camps nazis  (Albin Michel, Coll. Présence du judaïsme, 1992) - et devient styliste pour la fourrure et la peau retournée.

Cette artiste autodidacte expose depuis 1958. Ses œuvres figurent dans des collections privées en France, en Israël, aux Etats-Unis et au Brésil. Pour des raisons personnelles, elle a refusé d’exposer en Allemagne. 

En 2002, la Mairie du 4e arrondissement de Paris avait présenté l’exposition Cheminement, trois pas en avant (peintures) + un (sculpture) le cheminement artistique depuis le milieu des années 1980 de Madeleine Testyler. Les « trois pas en avant » ? Les trois styles de sa soixantaine de tableaux abstraits. Le quatrième : la sculpture, pratiquée depuis 1997.

Le premier style pictural, c’est celui des « volutes », avec une technique mixte, acrylique et peinture à l’huile, et de grands reliefs de matière qui donnent une force à la composition. Puis vient la période « blanche », avec motifs géométriques et perspectives, enfin le concept original de panneaux aux couleurs chaudes. Les tableaux superposés récents ont un style plus abstrait et fluide : rien n’est cerné, tout se fond.

Depuis 1995, la peintre crée des panneaux de bois de 10 cm de large sur 40 à 90 cm de long, aux couleurs du folklore mexicain. Ces bandes peuvent être disposées en nombre variable, ou comme cadres verticaux de tableaux. Derrière l’apparente profusion de motifs, deux ou trois dessins teintés différemment.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont induit chez l’artiste une œuvre dure : par des collages de photos de ses parents et des couleurs violentes, un paravent évoque la Shoah.

Terra cota, soudure à l’arc, bronzes, compressions en exemplaire unique… La sculpture variée, parfois en bronze, lui permet de quitter l’abstraction picturale où un œil averti repère de discrets haï - יח -, shalom, ou une étoile juive. Sujet principal : une femme lovée en position fœtale, ou aux membres inférieurs, dont les pieds, disproportionnés. La sculpture, en plâtre ou en terre, est soit patinée façon bronze en un ton doux, ce qui renforce sa sensualité, soit, nouveauté, sertie de motifs géométriques en relief, dans des oppositions noir/blanc ou noir/doré. Un corps sans tête, coupé, est relié par des clous...

Le judaïsme est présent aussi par les sculptures de ménorah et d’un rabbin sonnant le chofar...

« Le titre qu’on donne aux œuvres les mutile. Chacun voit ce qu’il veut », note cette artiste, impatiente de voir ce qui va apparaître lors du processus créatif...

En 2006, Madeleine Testyler fait mon aliyah. Avec rapidité, elle y crée des œuvres picturales fortes, dramatiques. 

Sur son site Internet, un film la montre créer avec rapidité et précision un tableau dominé par des couleurs vives rompues par des mouvements noirs et gris.

Un de ses tableaux a été vendu lors de la vente aux enchères au profit de la WIZO, le 29 septembre 2014, aux Salons Hoche (Paris).



Le 19 janvier 2015, à 16 h, Madeleine Testyler invite ses amis dans son atelier israélien à une exposition de ses tableaux. Elle montrera les étapes qui vont de la figuration à l'abstraction.
   

Visuels :
Sans titre
Acrylique sur toile
H 147 cm / L 125 cm

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Cet article a été publié par Actualité juive hebdo en une version concise. Il a été publié sur ce blog le 19 septembre 2014.

vendredi 16 janvier 2015

Ce soir (ou jamais !), émission de Frédéric Taddeï « la plus transgressive du PAF » ?

Frédéric Taddeï anime depuis 2006 l’émission quotidienne sur France 3, puis hebdomadaire sur France 2, Ce soir (ou jamais !), l’actualité vue par la culture (CSOJ). Le 12 mars 2013, Patrick Cohen, journaliste sur France Inter, lui a reproché  d’avoir invité Ramadan, Dieudonné, Alain Soral et l'écrivain Marc-Edouard Nabe. Réflexions sur une émission télévisuelle controversée, notamment dans son traitement du conflit au Proche-Orient. L'émission de CSOJ du 18 octobre 2013 s'est transformée en Finkielkraut-bashing. Patrick Cohen est la cible de propos scandaleux tenus par Dieudonné dans son spectacle. A la mi-janvier 2015. France 2 a relancé sa campagne de publicité "Plus 2 passionpromouvant certaines de ses émissions phares, dont CSOJ, ainsi que de ses journalistes et animateurs populaires. 

Sur France 5, C à vous est une émission conviviale et populaire, diffusée à l'heure du diner, et animée par une équipe d'animateurs dirigée par Alessandra Sublet. Parmi cette équipe, Patrick Cohen, journaliste responsable de la matinale sur France Inter.

Le 12 mars 2013, un clash  a opposé lors de C à vous deux journalistes quinquagénaires : Patrick Cohen et Frédéric Taddeï, animateur depuis 2006 de l’émission télévisuelle quotidienne sur France 3 puis hebdomadaire sur France 2 Ce soir (ou jamais !), l’actualité vue par la culture (CSOJ), diffusée en deuxième partie de soirée.
Pluralisme revendiqué
Patrick Cohen a alors reproché à Frédéric Taddeï d’avoir invité Tarik Ramadan, Dieudonné, Alain Soral et Marc-Edouard Nabe. Quatre personnages controversés.

Il a insisté sur la responsabilité du journaliste « de ne pas propager les thèses complotistes et de ne pas donner la parole à des cerveaux malades », voire à des personnalités condamnées.

Pour sa part, Frédéric Taddeï a assuré respecter la pluralité des opinions sur une chaine du service public :
« Pour moi, il y a pas de liste noire, y’a pas d’invité que je refuse d’inviter par principe parce que je ne l’aime pas. Je me l’interdis. Je suis sur le service public. C’est pas à moi d’inviter les gens en fonction de mes sympathies ou de mes antipathies… Toutes les opinions autorisées par la loi sont défendues par la constitution. Tout ce qui n’est pas défendu est autorisé… Ma responsabilité, en tant qu’animateur d’une émission de débat sur le service public : je m’interdis d’être le procureur ou le défenseur des uns et des autres, et surtout de censurer qui que ce soit sur quelque sujet que ce soit, à partir du moment où il respecte la loi. Jamais il n’y a eu le moindre problème dans « Ce soir ou jamais »… l’émission la plus transgressive du PAF (paysage audiovisuel français, Nda). Il y a des gens que cela choque. Il vaut mieux qu’ils ne la regardent pas… En 657 émissions, il n’y a jamais eu le moindre propos tenu sur ce plateau qui, non seulement ait pu donner l’occasion à des plaintes, mais où moi je sois obligé de dire à quelqu’un « Vous n’avez pas le droit de dire cela. Quittez le plateau ». Ce que j’aurais fait si cela avait été nécessaire ».

Et Alessandra Sublet de renchérir : « Je n’ai jamais entendu le CSA  taper sur Frédéric Taddeï ». Le CSA est le Conseil supérieur de l’audiovisuel, autorité chargée notamment du « respect de l'expression pluraliste des courants d'opinion » et de « la rigueur dans le traitement de l'information  ». Un CSA qui n'a jamais "tapé" sur France 2 à propos du reportage controversé sur les "a(l)-Dura", ni du traitement concernant le terroriste Salah Hamouri...
Ce clash a créé un buzz sur Internet, et Patrick Cohen a été souvent vertement critiqué.
Ainsi, le 17 mars 2013, dans Libération, Daniel Schneidermann a stigmatisé cette « liste de Patrick Cohen  ». La raison selon ce chroniqueur de leur inscription sur cette « liste noire d’invités sur France Inter » ? « Les quatre proscrits, sous une forme ou une autre, ont dit des choses désagréables sur les juifs, Israël, ou le sionisme. Tout le monde a entendu pointer son nez l’éternelle concurrence victimaire : il est légitime d’être désagréable aux Arabes, mais pas aux juifs ».
Autres soutiens à Frédéric Taddeï : Philippe Bilger, magistrat honoraire, et le journaliste Eric Zemmour. Ce chroniqueur sur RTL et co-animateur avec Eric Naulleau sur Paris Première  d’une émission commentant l’actualité, excipe de la liberté d’expression : « Il ne doit pas y avoir de liste noire, c’est un scandale  ».
Le Nouvel Obs du 23 mars 2013 a publié l’article de Bruno Roger-Petit  Livre sur DSK : Marcela Iacub face à Frédéric Taddeï, une interview dérangeante : une « conversation entre amis, destinée à poser Marcela Iacub [auteur du controversé Belle et bête, Nda] en victime. La faute à la connivence ? ». Ce journaliste relève que les émissions de Taddeï sont plus « ouvertes aux personnalités plus transgressives et border line, tant sur le plan moral que politique ».
Par contre, le 25 mars 2013, Anne Sinclair, directrice éditoriale du Huffington Post, a souligné « la responsabilité d'un journaliste auprès de ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, s'exerce jusqu'au choix de la personne à laquelle il tend un micro ».

Patrick Cohen est devenu la cible de propos scandaleux tenus par Dieudonné dans son spectacle. Le 19 décembre 2013, France 2 a diffusé, dans le cadre d'une émission de Complément d'enquête sur « la dictature du rire »,  un extrait du spectacle Le Mur de Dieudonné au théâtre de la Main d'or (Paris). Dieudonné fait esclaffer le public en disant : « Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu'il ait le temps de faire sa valise. Moi, tu vois, quand je l'entends parler, Patrick Cohen, j'me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage ». Ce qui a induit la saisine de la justice et le début de procédures judiciaires, fiscales et policières contre Dieudonné.


Le 5 février 2014, le  Nouvel Observateur a publié la réponse cinglante de Patrick Cohen à Daniel Schneidermann intitulée : "Daniel Schneidermann, l'idiot utile des dieudonnistes". Il écrit : "C’est bien votre chronique de "Libération" qui met le feu à la "fachosphère", ce sont vos phrases que Soral et Dieudonné répètent mot pour mot dans leurs premières vidéos du printemps 2013 appelant leurs partisans à des représailles contre moi, votre rhétorique de "liste noire" et de réflexe communautaire que reprend Dieudonné chaque soir sur scène pour me vouer aux chambres à gaz, votre charge qui nourrit encore aujourd’hui à mon encontre la haine antisémite qui se répand sur internet. Beau travail ! Pour m’avoir ainsi désigné comme l’une des incarnations du "lobby sioniste", celui qui muselle les médias et empêche de "casser du juif" tranquillement, vous êtes devenu l’un de leurs héros, l’idiot utile du "dieudonnisme". Car dans vos écrits, comme dans ceux d’autres penseurs de la sacro-sainte "liberté d’expression", on entend la musique lancinante, insupportable, mortifère qui dit que les juifs ont bien cherché la haine qu’on leur voue, et donc que l’antisémitisme, c’est leur affaire. Qu’ils se débrouillent avec leurs ennemis ! Laissons-les débattre, et chacun comptera les points (c’est la méthode Taddeï). Et, surtout, libérons la parole négationniste et anti-juive honteusement cantonnée sur internet. "Le pré carré audiovisuel, écrivez vous, […] n’a plus d’autre choix que de s’ouvrir aux paroles jadis bannies, quitte à leur opposer une contradiction vigoureuse et argumentée". Les "dieudonnistes" n’ont pas fini de vous applaudir".


Le 6 février 2014, Daniel Schneidermann répond à Patrick Cohen sur Canal +. Ajoutons la réponse de Didier Porte à Patrick Cohen. A suivre...
  
En 2012, Frédéric Taddeï s’était félicité des 4 218 invités de CSOJ depuis 2006, dont 2 377 étaient des individus différents, et a insisté sur son souci de renouvellement des invités et de diversité sur son plateau.
Mais pourquoi Frédéric Taddeï n’a-t-il jamais organisé de débat sur l’affaire a(l)-Dura, en invitant les protagonistes dont Philippe Karsenty et Charles Enderlin ? Alors que la Cour d’appel de Paris  a délivré, le 21 mai 2008 , « un permis de douter » de l’authenticité du reportage de Charles Enderlin et de Talal Abu Rahma (Pascale Robert-Diard), Frédéric Taddeï n’accorde pas de « permis de débattre » ?! N’y a-t-il pas dans cette affaire matière à une émission sur le fonctionnement de médias dans le conflit au Proche-Orient, sur les narratifs et autres story-tellings de guerres ?
On cherche vainement dans un des débats déséquilibrés sur le conflit au Proche-Orient organisés par CSOJ la moindre émission avec des invités parlant de « territoires disputés » ou de « Judée et Samarie » au lieu de « Cisjordanie » ou de « territoires palestiniens occupés », voire invoquant la conférence de San Remo qui fonde juridiquement les implantations dans les « territoires contestés ». Quasiment tous les invités de Frédéric Taddeï s’accordent pour condamner « l’occupation, les colonies ». Et les rares invités (pro-)israéliens sont très minoritaires, maitrisent souvent mal la communication télévisuelle, et parfois peu convaincants. Par contre, ne manquent pas les orateurs diabolisant ou déligitimant l’Etat d’Israël.
CSOJ, émission transgressive ? Transgresser, ne pas respecter une norme de droit ou un impératif, c’est souvent puéril et vaniteux, parfois artistiquement intéressants... En l’occurrence, CSOJ s’avère une émission dans l’air du temps, « politiquement correcte », aux invités majoritairement anti-libéraux, pro-Obama, pro-palestiniens.
Rare émission culturelle du PAF, elle perdurera. Ce qu'on peut regretter.

L'émission de CSOJ du 18 octobre 2013 s'est transformée en Finkielkraut-bashing sous la houlette d'Abdel Raouf Dafri, scénariste, et de Pascal Blanchard, historien. Ce qui a indigné François Jost dans Le nouvel observateur.

« Antisémitisme par procuration »
Dès 2004, le rapport de Jean-Christophe Rufin  intitulé Chantier sur la lutte contre le racisme et l'antisemitisme alertait sur les « facilitateurs, qui par leurs opinions – ou leur silence – légitiment les passages à l’acte [antisémite] – tout en se gardant bien de les commettre euxmêmes » : « l’antisémitisme par procuration ».
Et le rapport Rufin d’expliquer :
« Parmi toutes les formes, subtiles, d’antisémitisme par procuration, il en est une qui doit être particulièrement distinguée car elle émerge depuis quelques années comme forme de discours dominant : c’est l’antisionisme radical… Dans cette représentation du monde, Israël, assimilé aux Etats-Unis et à la mondialisation libérale, est présenté comme un Etat colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du Tiers-monde… En mettant l’accent sur la dénonciation de « la politique de Sharon » et en se recommandant de certaines voix juives dissidentes, il se donne des cautions de respectabilité et entend suggérer qu’il n’est pas assimilable à un antisémitisme. Cependant, dès que l’on entre un peu dans le détail, on découvre facilement que cet antisionisme n’est pas la simple critique conjoncturelle d’une politique mais bien une remise en cause des fondements même de l’Etat d’Israël… En légitimant la lutte armée des Palestiniens quelle qu’en soit la forme, même lorsqu’elle vise des civils innocents, l’antisionisme propose une lecture radicale de l’actualité, propre à légitimer les actions violentes commises en France même… L’intervention de penseurs « islamistes modérés », dont le discours reste ambigu complète cette identification [à la cause palestinienne des jeunes en déshérence] et la prolonge ».
 Cas d’école ? Interviewé en 2012 par Enquête & Débat, Frédéric Taddeï  se souvenait que Stéphane Hessel  « a quasiment débuté sa carrière » médiatique dans son émission.
Dans l’une d’elles intitulée Gaza, une guerre pour quoi ?, Stéphane Hessel a déclaré  devant un Tariq Ramadan ravi :
« Je veux relayer la pensée forte de mes amis israéliens : Mikado, Michel Warschawski, Amira Haas, Gideon Lévy qui disent « Le gouvernement intérimaire israélien actuel ne veut pas la paix »… S’il voulait la paix il négocierait avec le Hamas … disposé à revenir aux frontières de 1967. Mais les Israéliens n’ont pas d’intérêt réel pour la paix. Ils veulent garder les colonies. Ils veulent garder l’occupation. C’est ça qui est contraire au droit international […] qui est bafoué par Israël au point maintenant, après ce qui se passe à Gaza, de pouvoir être traité par des hauts fonctionnaires internationaux comme criminels de guerre… Il faut arrêter ce massacre ».
Quels fonctionnaires internationaux ? Frédéric Taddeï n’a pas eu la curiosité de demander lesquels. A-t-il interrogé sur la charte du Hamas ? Non. S’est-il enquis des raisons de ce vocable incorrect par un ambassadeur de France : frontières au lieu de lignes d’armistices, etc. ? Non. Que de mensonges non rectifiés !

Voici quelques années, une téléspectatrice française Juive s’est offusquée auprès de Frédéric Taddeï des déclarations antisémites, pardon antisionistes, excusez-moi anti-israéliennes, en fait « hostiles-à-la-politique-israélienne », émises par un des invités de CSOJ. Frédéric Taddeï lui a répondu en faisant allusion à cet invité controversé : « Mais il n’a pas dit « Sale juif ! » ». Incapacité ou refus de détecter « l’antisémitisme par procuration », un antisémitisme qui évite les insultes classiques ?

Le 10 janvier 2014,  Frédéric Taddeï conclut son émission sur Dieudonné en donnant la parole à Marc-Edouard Nabe, écrivain et parrain d'un de ses enfants. Une "incongruité" relevée par la romancière Emilie Frèche qui a qualifié Marc-Edouard Nabe d'antisémite. Celui-ci lui a répondu : "Marc-Edouard Nabe n'a jamais été condamné pour antisémitisme". Le 13 janvier 2014, Frédéric Taddeï a déclaré aux Inrocks : "J’ai invité Marc-Edouard Nabe à la dernière minute quand j’ai appris qu’il allait sortir un livre sur Dieudonné et Soral (…) Il n’a jamais été condamné pour rien. J’ai le droit d’inviter des gens sulfureux comme je peux inviter Marine Le Pen ou Brice Hortefeux”. Un parallèle infondé.
  
Stéphane Hessel n’a pas seulement tenu des propos  ternissant  l'image d'Israël. Il s’est aussi paré de « qualités » qu’il n’avait pas : faux Juif, faux survivant de la Shoah, faux co-rédacteur  de la Déclaration universelle des droits de l'homme, « faux grand homme  » - « modeste carrière de jeune résistant de bureau, qui a vécu à Londres de mai 1941 à la fin mars 1944 », « courte action dans la Résistance sur le sol français a duré trois mois et neuf jours, du début d’avril 1944 au 9 juillet 1944 » (Pierre-André Taguieff) -, etc.

Des mensonges révélés par l’historien Pierre-André Taguieff, par Me Gilles-William Goldnadel  et quelques  autres. Mais occultés par la plupart des médias, même après la mort de Stéphane Hessel le 27 février 2013.

Le 5 mars 2013, Le Monde a publié la tribune de Claude Moisy L’auteur d’ Indignez-vous » victime d’une fabrication. Cet ancien PDG de l’AFP déplorait :
« Nous n'avons pas de raison d'être fiers de la façon dont notre profession vient de célébrer la mémoire de Stéphane Hessel. Sa mort a malheureusement été l'occasion d'un nouvel accès de frénésie moutonnière des médias pour graver dans le marbre de l'Histoire une légende sans fondement trop facilement acceptée ».
Mais, le 13 mars 2013, ce quotidien lançait l’application Hessel, l’éternel indigné

Malgré ces révélations, et d'autres, sur Stéphane Hessel, la Mairie de Paris a maintenu la fiction d'un "secrétaire à la rédaction" de cette Déclaration, et Bertrand Delanoë, maire socialiste de Paris, inaugure le 21 octobre 2013, la place Stéphane Hessel (1917-2013) située au carrefour des rues d’Odessa, du Montparnasse, Delambre et du Boulevard Quinet, dans le XIVe arrondissement de Paris.
Frédéric Taddeï va-t-il organiser une émission sur Stéphane Hessel au parcours si troublant et clivant ?
Ce soir ?
Ou jamais ?
   

A lire sur ce blog :

Cet article a été publié les 10 avril, 20 octobre et 21 décembre 2013. Il a été modifié le 9 février 2014.