jeudi 29 janvier 2015

Odessa, portrait d'une ville


Ville portuaire d'Ukraine, sur la mer Noire, Odessa a été fondée en 1794 par Catherine II. S'y sont installés des personnes venues de tout l'empire russe et des pays limitrophes. De 1819 à 1859, Odessa était un port franc. Sous l'ère soviétique, c'était une base navale et depuis le 1er janvier 2000, le port d'Odessa est redevenu un port franc, en plus d'être une zone franche pour vingt-cinq ans.  A la veille de la Seconde Guerre mondiale, Odessa était peuplée notamment par la plus importante communauté Juive d'Union soviétique, soit 180 000 âmes sur 600 000 habitants. La Shoah a décimé cette population Juive. En écho au programme artistique et culturel Histoire d’Odessa conçu au MuCEM, dans le cadre de son Portrait de ville, le MAHJ consacre à Odessa un cycle de trois volets qui se poursuit par le portrait d'un artiste. Le 29 janvier 2015 à 19 h 30, Macha Makeïeff lira des extraits des Œuvres complètes d’Isaac Babel, publiées par Le Bruit du Temps, en 2011, dans une traduction Sophie Benech. 


Le point commun entre Léon Trotsky, fondateur de l'Armée rouge, Vladimir Jabotinsky, romancier et créateur du sionisme nationaliste et de l'Irgoun, Rabbi Nahman de Bratslav, "Messie des âges d'incroyance", Isaac Babel, "romancier des bas-fonds et des Cosaques", Pouchkine et Mickiewicz, Ilya Myetshnikoff, "premier prix Nobel de médecine russe, Timoshenko, qui invente le cinéma avant les frères Lumière, et Outouchkine, le premier as de l'aviation russe" ? Ils "sont tous nés à Odessa, ou y ont vécu".

En 1794, l'impératrice de toutes les Russies Catherine II (1729-1796) fonde Oddessa, cité située sur les bords de la mer Noire, et devenue en 1914 la troisième de Russie, après Saint-Pétersbourg et Moscou.

"Conçue par son premier gouverneur, le Français Armand-Emmanuel de Richelieu, comme une utopie libérale et moderniste", Odessa "accueille des élites cosmopolites - banquiers italiens, négociants grecs, seigneurs polonais, princes tatars -, mais aussi les Juifs de Pologne, de Lituanie et d'Ukraine, en butte à l'arbitraire et aux pogroms, qui y forment bientôt le tiers de la population. C'est à Odessa que surgit le génie Juif moderne, qui va révolutionner le monde du XXe siècle, de Paris à Berlin et de New York à Tel-Aviv". Michel Gurfinkiel en a retracé l'histoire.

En 1939, près d'un tiers de la population d'Odessa, port sur la mer Noire, était Juive. Après la Shoah , l'émigration notamment vers les Etats-Unis, et l'aliyah, subsistent environ 30 000 Juifs.

« Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim
Par les témoignages de personnages chaleureux et émouvants à Odessa, New York et Ashdod, « Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim, documentaire émouvant, évoque le souvenir de cette ville jadis russe, aujourd’hui ukrainienne, l’exil et l’errance des Juifs de cette cité mythique, un des berceaux de la culture yiddish, ainsi que « l’attachement charnel que l’on peut avoir à la terre de son enfance ». Ce documentaire en yiddish, russe et hébreu est sorti en France en 2005.

« Il existe une ville, au nord de la Mer Noire, qui porte le nom d’Odessa. Va savoir pourquoi, ce nom semble surgir d’un conte dont les phrases inlassablement répétées par quelques grands-mères, résonnent encore aux oreilles des adultes. Il était une fois, il y a très longtemps…La lecture des « Contes d’Odessa » d’Isaac Babel m’a mise sur le chemin de ce film. Puis le voyage que j’ai entrepris sur les lieux m’a amenée à rencontrer des personnages qui avaient le même humour, la même exubérance, les mêmes impressions, les mêmes gestes que ceux évoqués dans ces contes », se souvient la réalisatrice franco-israélienne Michale Boganim.

D’Odessa, ce port cosmopolite, les cinéphiles se remémorent la scène de la répression de la mutinerie des marins et du landau dévalant un immense escalier de pierre dans le « Cuirassé Potemkine » (1925) de Sergei Eisenstein.

Mouloudji exprimait sa nostalgie de Paname dans la chanson « J’ai le mal de Paris ». Ces Odessites nostalgiques ont le mal d’un pays-cité disparu. Odessa, c’est « le fil rouge », une ville idéalisée et disparue à laquelle ils sont profondément attachés. « Un des personnages dit : « Un toast pour Odessa Mamma, parce qu’il n’y a pas de meilleure mère ». « Brighton papa », c’est le pays d’adoption, New York ».

Ces Odessites âgés évoluent dans le souvenir de l’Odessa heureuse, cultivée et juive de leur enfance ou de leur jeunesse. Contraste saisissant : la synagogue est actuellement délabrée, vide, froide, et le quartier Moldavenka déserté. Les jeunes ? Peut-être ont-ils quitté la ville ou leur relation au judaïsme devient-elle plus ténue ? Et c’est désormais dans Little Odessa (quartier de Brooklyn à New York) et à Ashdod (Israël) que revit aussi Odessa.

Dans leur exil, ces êtres ont emporté leur patrie-ville, parfois un quartier, et conservent le souvenir de son âge d’or et de sa vitalité d’un antan pas si lointain. « D’arrivées en départs, d’illusions en désillusions, cette ville devient au fil du film un personnage fictionnel, une icône. Un endroit inaccessible et imaginaire. Des cartes postales que l’on accroche compulsivement sur les murs, une musique que l’on ressasse sans fin, jusqu’à saturation, jusqu’à l’excès », estime la réalisatrice. Pourtant, on ne sent nulle lassitude, nulle saturation chez ces êtres : leur bonheur est sans cesse renouvelé par l’écoute de leur musique, leurs rencontres conviviales, leurs dialogues, leurs fêtes, leurs danses, leurs moqueries, etc.
Ces Odessites exilés entretiennent un rapport étrange avec leur pays d’arrivée. Un personnage confie : « Nous étions Juifs à Odessa, nous sommes Russes en Israël et nos enfants seront israéliens ». Un autre s’amuse : « Nous avons amené [en Israël] nos traditions, celle du Père Noël ».

Michale Boganim filme « un monde qui disparaît. Les exilés odessites vivant à Brighton Beach ou à Ashdod sont eux aussi les dernières générations. Il n’y a pas de filiation. Les hommes que j’ai filmés sont les derniers hommes ».

Mais Odessa, ce mot qui résume leur foyer emmené en exil, ils le font revivre et en transmettent le souvenir. Ainsi, cette grand-mère exhibe fièrement à sa petite-fille, soldate dans Tsahal, les médailles de son défunt mari, témoignages de son patriotisme et de son courage.

« Odessa n’est pas le seul mythe de ce film. L’Amérique, comme nouvel Eldorado, et Israël, paradigme mythique de la Terre promise, sont deux autres pôles du film. A la fin, le paradis perdu n’est pas forcément Odessa, mais peut-être aussi l’Amérique ou Israël. Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont les gens, avec le temps, se réinventent une Personne, ou un Lieu, tissent leur propre fiction. La force de la mémoire, c’est de transformer le réel… », déclare la réalisatrice. Ainsi, l’un des Odessites exprime sa tristesse et sa déception de constater, même en Israël, les divisions entre Juifs.

Michale Boganim a retenu une juxtaposition de couleurs à l’image des pays : un bleu-gris terne et froid à Odessa, des nuances encore un peu grises tranchées de rouille (couleur des briques des maisons) à Brighton Beach, et soudain, un blanc surexposé à Ashdod, « une ville de développement-type en Israël, un état permanent de chantier où le bruit des constructions nous dit que d’autres immigrés vont arriver », une cité proche du désert, à l’urbanisme moderne et gorgée de lumière, de chaleur.

Le Prix CICAE-Art et Essai au Festival de Berlin et le Prix du meilleur réalisateur au Festival de Jérusalem ont couronné ce film émouvant sur un haut lieu juif détruit par la Shoah, et témoignant de l’aptitude juive à le refaire vivre grâce à la mémoire et jusque dans l’exil.

Pour les personnes originaires d’Europe centrale et orientale, cette co-production franco-israélienne offre le plaisir particulier d’entendre la langue parlée par leurs parents ou grands-parents : le yiddish.

Ces Odessites nous touchent par leurs solitudes, leurs retrouvailles festives ou amicales, leur amour de l’opéra ou leur souhait de réussir dans le monde du spectacle, de s’échapper par la comédie d’une vie monotone et difficile. Leur douleur qui affleure est sensible aux exilés et enfants d’exilés, aux survivants d’un monde disparu.

« Ce film est traversé par l’absence. La mélancolie s’y traduit par l’incapacité des personnages à s’ancrer dans le lieu dans lequel ils sont projetés… Un personnage nous livre une définition de ce qu’on appelle la nostalgie : « Certains disent qu’il faut que je retourne dans mon pays et ce sentiment me passera… Mais peut-être que cela me passera, mais peut-être pas ».

L’exil, c’est plus qu’une blessure, c’est un mode d’être permanent, indélébile, inéluctable ».

Le Farband a montré le 2 juin 2014 « Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim

Portrait d'Odessa 
En écho au programme artistique et culturel Histoire d’Odessa conçu au MuCEM, et dans le cadre de son Portrait de ville, le MAHJ consacre à Odessa un cycle de trois volets qui débute le 18 novembre 2014 à 19 h 30 par la conférence Odessa, ville juive ? par Francis Conte, université Paris-Sorbonne, chaire de civilisation russe et soviétique, commissaire de l’exposition « Les chemins d’Odessa ». "Dans l’Europe centrale et orientale du XIXe siècle, la cité nouvelle d’Odessa devint une ville refuge et plus encore une ville espoir pour de nombreux juifs de la « zone de résidence ». Si un dicton proclamait que l’on pouvait désormais « vivre comme Dieu à Odessa », qu’en était-il vraiment ?"


Le MAHJ poursuit son cycle de trois volets par le portrait d'un artiste. Il a projeté le 14 décembre 2014 à 15 h 30 "Philippe Hosiasson. Regards à l'œuvre", documentaire de David Grinberg (France, 58 min, 2013). "Philippe Hosiasson (1898-1978) est né à Odessa. Cousin de Boris Pasternak, ami d’Isaac Babel, il connut les pogroms, les derniers soubresauts de l’empire et les premiers pas de la révolution d’Octobre. Il émigra en Italie puis à Berlin avant de s’installer définitivement à Paris dans les années 20. Il fréquenta André Derain et Pablo Picasso, la ville de florence lui consacra une grande exposition dans les années 30, puis New York dans les années 50 où il se lia d’amitiés avec Marc Rothko, Sam Francis et Robert Motherwell. Ce documentaire part sur les traces de cette vie tumultueuse et cependant discrète, à la recherche des lieux qui ont compté pour son regard. Explorant les tableaux essentiels, il remonte aux sources du geste et révèle les « sentiers » empruntés par son œuvre, de la figuration jusqu’aux rives nouvelles de l’abstraction.  Philippe Hosiasson était à l’image de sa ville natale. Odessa, sorte de Faubourg Saint-Germain surgi dans quelque désert des Tartares, de rêve européen enté sur un rivage pas moins livré aux mythes et aux monstres qu’à l’époque d’Hérodote. Civilisation et barbarie également extrêmes ; son œuvre avait à accueillir ces deux versants, à les réunir. Excellent peintre « classique », au sens où on le disait de Derain, dès sa jeunesse, Hosiasson n’est devenu lui-même qu’à partir du moment - après 1945 - où il osa obéir à ses déchirements..." (Pierre Schneider, Catalogue Regards, Paris, 1993). La projection sera suivie d’une rencontre avec Germain Viatte, conservateur général honoraire, directeur du Musée national d’art moderne (1992-1997).

Le 29 janvier 2015 à 19 h 30, Macha Makeïeff lira des extraits des Œuvres complètes d’Isaac Babel, publiées par Le Bruit du Temps, en 2011, dans une traduction Sophie Benech. « Je crois que l’on peut dire beaucoup de bien de cette importante et charmante ville de l’Empire russe. Pensez donc, une ville où la vie est facile, la vie est claire. La moitié de sa population est constituée de Juifs, et les Juifs, c’est un peuple qui a établi un certain nombre de choses très simples. Ils se marient pour ne pas être seuls, ils tombent amoureux pour vivre éternellement, ils mettent de l’argent de côté pour avoir une maison et offrir à leurs épouses des vestes en astrakan, ils ont l’amour de leurs enfants parce que c’est chose fort bonne et nécessaire que d’aimer ses enfants » (Isaac Babel, Chroniques de l’an 18 ,(raduit du russe par André Markovicz, Irène Markovicz et Cécile Térouanne, Actes Sud, 1996)  Après Marseille, "où elle faisait entendre un spectacle qui mêlait les mots de Babel à ceux de l’auteur contemporain Philippe Fenwik, Macha Makeïeff propose une lecture imagée et musicale pour célébrer l’Odessa d’Isaac Babel. Cette lecture clôt le cycle « Odessa » en trois volets imaginé par le Mahj. Metteuse en scène de théâtre, créatrice de décors et de costumes et fondatrice avec Jérôme Deschamps de la compagnie Deschamps & Makeïeff, Macha Makeïeff est dirige La Criée centre dramatique national de Marseille depuis 2011.


« Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim
France/Israël, 2005, 1h42
Avec Yulian Tchdnovski, Lucia Tkatch-Bekker, Rachel Gorenstein, Ilya et Rita, Rabinovitch, Shika, Albert, David, Ester, Victoria, Ester Khosid, Tania Krivoruchka, Valery Yakalevich Krivoruchka
Production Moby Dick Films, Frédéric Niedermayer (France), Transfax Films Production, Marek Rozenbaum et Itai Tamir (Israël)
Sortie en France le 17 août 2005
Au Cinéma L’Arlequin, 76, rue de Rennes, 75006 Paris. Version originale avec sous-titres en français
Diffusion de Little Odessa, de James Gray sur Arte les 26 et 28 mars 2014

Visuels : © DR
Escalier du boulevard Nicolajewski, Odessa

Philippe Hosiasson

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English

Cet article a été publié par Guysen en 2005 et sur ce blog les 26 mars et 1er juin 2014.
Il a été republié le :
- 17 novembre et 12 décembre 2014. 

dimanche 25 janvier 2015

Raed Bawayah. Empreintes de passage


Dans le cadre du mois de la photo 2014, la Maison européenne de la Photographie (MEP) présente l’exposition  éponyme et ennuyante. Trois séries de photographies monotones, en noir et blanc, moyens et grand format, sur des ouvriers ou malades « palestiniens », des SDF en Allemagne et des Tziganes en France. Des clichés déjà montrés dans d’autres expositions de Raed Bawayah.


Raed Bawayah est né en 1971 « en Palestine, non loin de Ramallah, et son village Qatanna devient vite l’objet de sa première série de photographies Souvenirs d’enfance », indique le dossier de presse de la MEP. Déjà, en 2007, la Galerie Serge Aboukrat présentait ce photographe comme « né en Palestine ». Eh bien, non, Ramallah n’est pas en « Palestine », mais dans les territoires disputés.  

Avec « The Palestinian Dream » d’Andrea et Magda  à la TD Galerie, c’est la deuxième exposition dans le cadre du mois de la photo 2014.

Aides françaises
Orphelin de père à l’âge de sept ans, Raed Bawayah  gagne sa vie en vendant à la sauvette à Jérusalem, et se passionne pour les appareils photographiques des touristes en Israël.

Agé de 27 ans, il entre à l’École de photographie Musrara de la capitale israélienne.

« Tous les jours, il effectue près de 3 heures de marche et de bus, au péril de sa vie, pour franchir la frontière imposée par la seconde intifada. Arrêté par les gardes de la frontière, Raed Bawayah restera enfermé 15 jours à la prison de Jérusalem ». On retient ses larmes. 

Raed Bawayah multiplie les expositions : galerie de Dovlaire, Musrara School of Photography, New Media and Music, à Jérusalem, galerie Abu Shaqrah, Um AlFahem, Centre Culturel Tel-Aviv...

En 2003, Son exposition individuelle itinérante Salom est parrainée par les « Centres culturels français en Palestine, Jérusalem, Ramallah, Nazareth, Naplouse et Gaza ».

Diplômé en 2004 de cette Ecole, il multiplie les expositions en Israël. Présentée dans une galerie de Tel Aviv, son exposition personnelle itinérante « Identification N° 925596611» est parrainée par les « Centres culturels français en Palestine, Jérusalem, Ramallah, Nazareth, Naplouse et Gaza ». Elle sera présentée au Centre culturel iranien à Paris et à la Cité Internationale des Arts à Paris qui l’invite en 2005. 

Lors de sa résidence, il expose sa série Identification N°925596611, sur les « travailleurs palestiniens sans permis de travail en Israël ». Un thème auquel il a été sensibilisé lors de sa détention.

En 2006, avec le photographe israélien Pavel Wolberg, il expose ses clichés dans l’exposition Ramallah-Tel-Aviv au jour le jour à l’Hôtel de Ville de Paris puis à Naples (Italie). La Ville de Paris commandera aux deux photographes le projet Paris le jour, Paris la nuit. 

Après une exposition collective dans le cadre du Mois de la photo 2006, Raed Bawayah expose Morceaux choisis à la galerie Serge Aboukrat.

En 2007, le festival de photojournalisme Visa pour l’image de Perpignan  accueille son exposition personnelle Vivre en Palestine. Ce « travail en noir et blanc, loin de l’actualité brûlante du conflit, reflète les conditions de vie des hommes, dans les hôpitaux, maisons ou camps de réfugiés ». 

Des photographies de Raed Bawayah ont été acquises par la Maison Européenne de la Photographie de Paris  avec l’aide de la Fondation Neuflize Vie, et le Fonds national d’Art contemporain. 

Raed Bawayah vit et travaille  à Paris où il a fondé en 2013 le festival Quatrième image, dont la deuxième édition s’est tenue à l’espace des Blancs Manteaux (Paris 4e), du 28 octobre au 2 novembre 2014. Une manifestation soutenue par le Maire du 4e arrondissement de Paris, Christophe Girard, la Mairie de Paris, marraine du premier prix, la Cité des Arts de Paris, la Maison Européenne de la Photographie et son directeur Jean-Luc Monterosso, Arts Factory, laboratoire professionnel, et le magazine Polka dont le rédacteur en chef est Dimitri Beck. L’invité d’honneur de ce festival dont Raed Bawayah est le directeur artistique : le Brésil représenté par 40 photographes.

« Exclusion, enfermement, vies et destins « en marge », sont des sujets récurrents dans le travail de Raed Bawayah, qui à travers ses différentes séries en noir et blanc, s’interroge sans cesse sur la place de l’être humain ». Oui, mais son intérêt est ciblé : les « pauv’ Palestiniens », et ni les richissimes « Palestiniens » de Ramallah ou Gaza ni les pauvres Juifs israéliens.

Et la MEP poursuit en alléguant que la « Palestine » serait un pays dont les « Palestiniens » s’exileraient pour trouver du travail : « Que ce soit auprès des enfants de son village qui s’aventurent très peu hors de son périmètre, des travailleurs palestiniens contraints de s’exiler et de vendre leur force en Israël, des malades de l’hôpital psychiatrique de Bethléem, ou encore des communautés tziganes en France et des SDF en Allemagne, Raed Bawayah opère toujours avec une démarche « de l’intérieur ». Alors que la manne internationale, surtout européenne et américaine, se déverse depuis des décennies sur les « Palestiniens », il est étonnant d’éluder cette question : pourquoi ne travaillent-ils pas dans leur ville ?

Raed Bawayah « se fond dans ces différentes communautés, il entre en relation avec ses sujets, il instaure la confiance pour réaliser, dans un second temps seulement, un travail photographique réaliste et objectif, qui sait conserver pudeur, compassion et respect, dénué de tout misérabilisme ». Oh non. Ce n’est que misérabilisme par une accentuation des contrastes. Exemple : ce cliché d’un « Palestinien », de dos, portant un débardeur déchiré, ou celui d’un « Palestinien » dont on n’aperçoit que les yeux au travers de la fine fente horizontale d’un mur.

Raed Bawayah « considère son travail et sa mission en tant que photographe : il témoigne du monde et donne à ces personnes en marge, une place au cœur de la ville, au cœur de nos vies, dans les institutions culturelles et les salles d’exposition. Une mission de passage de témoin, de ce qu’il a pu découvrir lors de ses voyages, au sein des communautés où il aura laisser ses empreintes. La Maison Européenne de la Photographie lui consacre une exposition, telle une retrospective de ses différentes séries photographiques ». Le problème est que certains de ces clichés ne sont ni inédits ni intéressants. 

Le 25 novembre 2014, la MEP avait réuni Raed Bawayah et le metteur en scène Guillaume Clayssen pour une soirée presse. « Dans ses séries en noir et blanc, le photographe palestinien s’interroge sur l’exclusion, l’enfermement, la marginalité et par là même sur la place de l’être humain. Guillaume Clayssen y a présenté son prochain spectacle au théâtre L’étoile du Nord : l’adaptation d’« Un Captif Amoureux » de Jean Genet, « dans lequel les photographies de Raed Bawayah jouent précisément un rôle, celui de la mémoire collective ». C’est Guillaume Clayssen qui a alors tenu un discours politisé évoquant la « souffrance du peuple palestinien depuis 60 ans »…


Jusqu’au 25 janvier 2015 
5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris 
Tél. : 01 44 78 75 00 
Ouvert du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h

Visuels :
Affiche 
Russie, 2010
© Raed Bawayah

Série Les veines de la terre, Palestine, 2012
© Raed Bawayah

Série Souvenirs d’enfance, Qatanna, Palestine
© Raed Bawayah

Série Serres froides, Russie, 2010
© Raed Bawayah

Série La couleur du soleil, Roumanie, 2007
© Raed Bawayah

Série Les âmes blanches et noires, Autriche, 2010
© Raed Bawayah

Série ID925596611, ouvriers palestiniens en Israël, 2003
© Raed Bawayah

Série ID925596611, ouvriers palestiniens en Israël, 2003
© Raed Bawayah

A lire sur ce blog :

Les citations sont extraites du dossier de presse.

dimanche 18 janvier 2015

Mosner livresque


La Halle Saint-Pierre présentera l’exposition Mosner livresque (19 janvier-1er mars 2015) avec des peintures et dessins d’ouvrages illustrés par cet artiste né en Argentine. Peintre, sculpteur et graveur, Ricardo Mosner a débuté par des performances, happenings, spectacles picturaux. Il participe aussi à des émissions radiophoniques. Vernissage le jeudi 5 février 2015 à 18 heures


Né en 1948 à Buenos Ares (Argentine) dans une famille Juive d’origine polonaise, Ricardo Mosner  peint, notamment pour la maison Lanvin (2002), sculpte, en particulier pour l’exposition itinérante Epouvantails initiée par Jean-Pierre Coffe, grave et crée des chars, échassiers et costumes pour la Carnavalcade de Saint-Denis.

Dans les années 1970, il fonde sa troupe, le Teatr’en poudre, qui interprète des spectacles picturaux et joue dans une pièce de Copi montée par Jérôme Savary ainsi que dans un film de Stephen Frears (« Cold Harbour »).

Il conçoit également des affiches de films (« Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel »), le théâtre, des groupes et festivals musicaux, ainsi que des pochettes de disques (“Marcia Baïla” des Rita Mitsouko).


Ricardo Mosner participe aussi à des feuilletons et émissions radiophoniques, notamment « Les Décraqués » et « Des Papous dans la Tête » sur France Culture, pour laquelle il a conçu aussi les couvertures et les illustrations des livres « L’Anthologie » et « Le Dictionnaire » (Ed. Gallimard), puis « 36 Facéties pour des papous dans la tête » (Carnets nord – France Culture) Depuis 2012, le « Correspondancier » du Collège de Pataphysique édite ses dessins.

Cet artiste, qui vit et travaille à Paris depuis 1975, peint crûment. Ses œuvres en techniques mixtes marouflant parfois des écrits. Des désirs sublimés par le tango (« Duo sur gris »), des rencontres sur fond urbain esquissé, des yeux écarquillés exprimant l’effroi, des couleurs fortes, des oppositions violentes, des corridas (« Un conesso, dos sombreros ») et des êtres ambigus - mâles et femmes musclés - et stéréotypés : brunes aux corps moulés dans des robes-fourreaux rouges, courtes et fendues


Les gouaches sur carton rappellent le style inca (« Tu ne t’aimes pas (Nathalie Sarraute) »).

Il expose en France – Centre Pompidou, Grand Palais, musée d’Albi (2011), ambassade d’Argentine en France (2012), galerie Lara Vincy (2013) -, aux Pays-Bas - Stedelijk Museum d’Amsterdam -, en Espagne, en Corée du Sud, à Monaco, au Royaume-Uni, en Italie, etc.

En 2003 et en 2004, au Centre d’Art et de Culture - Espace Rachi, Ricardo Mosner présentait des tableaux soulignant des moments d’émotions fortes : attirances, vies menacées, etc. Des individus typés dans une ambiance interlope : un homme bien charpenté, aux allures de macho, et une femme dotée d’attributs sexy. C’était le cas de la blonde vêtue d’une robe rouge (« La pizza ») ou d’une dame juchée sur les hauts talons de ses escarpins. Même proches, ces personnages ne semblent pas former un couple.

En 2004, la Coupole, célèbre brasserie parisienne, cet artiste argentin a présenté une trentaine de personnages typés, hommes et femmes similaires par leur morphologie musclée (« Vue ») et dessinés sans fioritures. L’intensité des pulsions était soulignée par des couleurs saturées, où dominait le rouge vif (« ¿ Qué le voy a hacer ? »).

C’est à l’illustrateur d’ouvrages que la Halle Saint-Pierre s’intéresse, en sélectionnant des peintures et dessins d’ouvrages aux illustrations signées par Ricardo Mosner : Ubu roi  d’Alfred Jarry, Le chat noir & autres contes de terreur d’Edgar Allan Poe (Gallimard), Nougaro illustré par Mosner, Paroles libertaires d’Étienne Roda-Gil (Albin Michel), 36 facéties pour des Papous dans la Tête (Carnets Nord – France Culture), le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique, et des livres-objets, cahiers, manuscrits, livres d’artiste et de bibliophilie de l’artiste...

Les peintures de Ricardo Mosner « accompagnent textes et poèmes, notamment dans « Jean et Pascal » de Christophe Donner (Ed. Grasset), « La Poésie Antillaise” » (Ed. Mango). Cet artiste a aussi dessiné dans une multitude d’ouvrages de bibliophilie (avec Michel Butor, Gilbert Lascault, Jacques Jouet, Vénus Khoury-Ghata, Bernard Noël…) »

Albin Michel a publié « Paroles Libertaires », où ses peintures illustrent des textes et la préface d’Etienne Roda-Gil ainsi que le « Nougaro illustré par Mosner », et les éditions Yéo-Area « Ricardo Mosner, l’inventaire ».

Sur Lilith, « Portraits de femmes de la Bible par 32 artistes contemporains » a proposé en 2004 plusieurs visions : celle onirique de Ricardo Mosner, celle pleine d’assurance et aux couleurs vives de l’israélienne Alona Harpaz et celle démultipliée de Orlan qui se réfère aussi à la Vénus de Botticelli.

    
Du 19 janvier au 1er mars 2015
Galerie
2, rue Ronsard – 75018 Paris
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89
Ouvert en semaine de 11 h à 18 h. Samedi de 11 h à 19 h, dimanche de 12 h à 18 h
Entrée libre
Vernissage le jeudi 5 février 2015 à 18 heures

Le  8 février à 15 heures
A l'Auditorium
Cours ùagistral en cours de préparation avec des dignitaires du  Collège de‘Pataphysique autour de Poe, Jarry, Macedonio, Fernandez
Avec Thieri Foulc (sous réserve), Barbara Pascarel, François Naudin, Sebastián Volco, Stéphane Mahieu, Sophie Lamouche, Ricardo Mosner…

Le 14 février à 17 heures
A la Librairie et Galerie
Anthologie, Dictionnaire et 36 Facéties par l’équipe de l’émission culte Des Papous dans la Tête (France Culture) .

Le 28 février à 17 heures
A l' Auditorium
Spectacle “ZARCORTA”, hommage à Julio Cortázar
Avec Ricardo Mosner accompagné par le dúo Volco-Gignoli

Visuels :
Ricardo Mosner 
Vignette des Papous 
© Radio France

Articles sur ce blog concernant :

Les citations proviennent du site d'Arte. Cet article a été publié en une version concise par Actualité juive.

samedi 17 janvier 2015

Madeleine Testyler, peintre et sculpteur


Artiste autodidacte, Madeleine Testyler est née à Paris dans une famille de fourreurs Juifs originaires de Pologne. Elle grandit dans le quartier du Marais (75003). Enfant victime de la rafle du Vél d’Hiv, elle survit en étant cachée. Orpheline en 1946, elle débute avec son époux Jo Testyler comme styliste dans la fourrure et la peau retournée. Autodidacte, cette coloriste innove et parsème son œuvre de clins d’œil au judaïsme et parfois humoristiques. Son parcours artistique la mène vers des peintures abstraites en acrylique et des sculptures figuratives. De clins d’œil au judaïsme et humoristiques, ses œuvres ont acquis une puissance dramatique. Le 19 janvier 2015, à 16 h, Madeleine Testyler invite ses amis dans son atelier israélien à une exposition de ses tableaux. Elle montrera les étapes qui vont de la figuration à l'abstraction.


Madeleine Reiman  est née à Paris dans une famille de fourreurs Juifs d’origine polonaise. 

Elle grandit avec sa sœur cadette Arlette dans le quartier du Marais. Premier honneur, c’est son dessin que choisit l’école parisienne de la rue Chapon pour décorer le préau. 

Après s’être rendu le 14 mai 1941 à la convocation « pour examen de situation » par la police française dans le cadre de la « rafle des billets verts » (Juifs de Pologne, Tchécoslovaquie et Autriche), le père de Madeleine Reiman est interné dans le Loiret - son épouse tente vainement d’obtenir sa libération -, puis est déporté en 1942 à Auschwitz  où il est tué.

Arrêtées lors de la rafle du Vel d’Hiv  en juillet 1942, la mère de Madeleine Reiman et ses deux filles parviennent à quitter le camp d’internement de Beaune-la-Rolande. Elles demeurent cachées à Vendôme jusqu’à la Libération.

La mère de Madeleine Reiman meurt en 1946. Madeleine Reiman devient orpheline à l’âge de huit ans. 

Adolescente, elle évolue du classicisme vers l’impressionnisme, puis abordera la fragmentation cubiste. 

Elle épouse Jo Testyler – celui-ci consignera ses souvenirs d’enfant déporté dans des camps de concentration dans Les enfants de Slawkow. Une jeunesse dans les camps nazis  (Albin Michel, Coll. Présence du judaïsme, 1992) - et devient styliste pour la fourrure et la peau retournée.

Cette artiste autodidacte expose depuis 1958. Ses œuvres figurent dans des collections privées en France, en Israël, aux Etats-Unis et au Brésil. Pour des raisons personnelles, elle a refusé d’exposer en Allemagne. 

En 2002, la Mairie du 4e arrondissement de Paris avait présenté l’exposition Cheminement, trois pas en avant (peintures) + un (sculpture) le cheminement artistique depuis le milieu des années 1980 de Madeleine Testyler. Les « trois pas en avant » ? Les trois styles de sa soixantaine de tableaux abstraits. Le quatrième : la sculpture, pratiquée depuis 1997.

Le premier style pictural, c’est celui des « volutes », avec une technique mixte, acrylique et peinture à l’huile, et de grands reliefs de matière qui donnent une force à la composition. Puis vient la période « blanche », avec motifs géométriques et perspectives, enfin le concept original de panneaux aux couleurs chaudes. Les tableaux superposés récents ont un style plus abstrait et fluide : rien n’est cerné, tout se fond.

Depuis 1995, la peintre crée des panneaux de bois de 10 cm de large sur 40 à 90 cm de long, aux couleurs du folklore mexicain. Ces bandes peuvent être disposées en nombre variable, ou comme cadres verticaux de tableaux. Derrière l’apparente profusion de motifs, deux ou trois dessins teintés différemment.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont induit chez l’artiste une œuvre dure : par des collages de photos de ses parents et des couleurs violentes, un paravent évoque la Shoah.

Terra cota, soudure à l’arc, bronzes, compressions en exemplaire unique… La sculpture variée, parfois en bronze, lui permet de quitter l’abstraction picturale où un œil averti repère de discrets haï - יח -, shalom, ou une étoile juive. Sujet principal : une femme lovée en position fœtale, ou aux membres inférieurs, dont les pieds, disproportionnés. La sculpture, en plâtre ou en terre, est soit patinée façon bronze en un ton doux, ce qui renforce sa sensualité, soit, nouveauté, sertie de motifs géométriques en relief, dans des oppositions noir/blanc ou noir/doré. Un corps sans tête, coupé, est relié par des clous...

Le judaïsme est présent aussi par les sculptures de ménorah et d’un rabbin sonnant le chofar...

« Le titre qu’on donne aux œuvres les mutile. Chacun voit ce qu’il veut », note cette artiste, impatiente de voir ce qui va apparaître lors du processus créatif...

En 2006, Madeleine Testyler fait mon aliyah. Avec rapidité, elle y crée des œuvres picturales fortes, dramatiques. 

Sur son site Internet, un film la montre créer avec rapidité et précision un tableau dominé par des couleurs vives rompues par des mouvements noirs et gris.

Un de ses tableaux a été vendu lors de la vente aux enchères au profit de la WIZO, le 29 septembre 2014, aux Salons Hoche (Paris).



Le 19 janvier 2015, à 16 h, Madeleine Testyler invite ses amis dans son atelier israélien à une exposition de ses tableaux. Elle montrera les étapes qui vont de la figuration à l'abstraction.
   

Visuels :
Sans titre
Acrylique sur toile
H 147 cm / L 125 cm

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Cet article a été publié par Actualité juive hebdo en une version concise. Il a été publié sur ce blog le 19 septembre 2014.

jeudi 15 janvier 2015

La campagne de publicité de France 2 détournée sur les réseaux sociaux pour rappeler l'affaire al-Dura


Le 30 septembre 2014, puis en  cette mi-janvier 2015 France 2 a lancé sa campagne de publicité "Plus 2 passion" promouvant certaines de ses émissions phares, ainsi que de ses journalistes et animateurs populaires. Hasard ? Quatorze ans auparavant, jour pour jour, France 2 avait diffusé le reportage controversé sur la « mort de Mohamed al-Dura » qui aurait été tué par des « balles israéliennes ». Pour rappeler cet anniversaire, une campagne sur les réseaux sociaux détourne, par des « mèmes » - néologisme forgé par le biologiste Richard Dawkins - moqueurs, les affiches originelles.


Le détournement de photographies et messages, c’est un phénomène sur les réseaux sociaux qui associe humour cocasse ou potache, expression originale et libre, prise de pouvoir d’Internautes parfois bridés par une société dictatoriale ou dominée par le "politiquement correct", et participation créatrice des Twittos ironiques.

Sont créés des « mèmes » - néologisme forgé par le biologiste Richard Dawkins - qui détournent le message originel, de manière ironique ou subversive et induisent un buzz : quoi de plus facile et rapide qu’un partage sur Facebook ou un retweet d’une photographie ou d’une infographie, voire un commentaire viral ?

Le webmagazine JewPop s’est spécialisé dans la déclinaison, en fonction de l’actualité, des couvertures des albums de Martine, héroïne de livres pour enfants créée par Gilbert Delahaye (1923-1997).

Eh bien, c’est la campagne de publicité de France 2, lancée le 30 septembre 2014, sur le thème "Plus 2 passion" et centrée sur quelques unes de ses émissions, journalistes et animateurs vedettes, qui est maintenant détournée pour rappeler l’affaire a(l)-Dura dénommée aussi l'affaire Enderlin.

Le 30 septembre 2000, le JT (journal télévisé) de 20 h de France 2, avait diffusé un reportage  de 50 secondes signé du cameraman arabe « palestinien » (ou fixer) Talal Abu Rahmé et ainsi commenté par Charles Enderlin, correspondant en Israël du fleuron du service public audiovisuel : 
« Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible de tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».
Diffusée dans le monde entier gracieusement, cette image de "Mohamed al-Dura mort dans les bras de son père", déclinaison virile d'une Pietà (Vierge de Pitié), thème artistique de l'iconographie chrétienne représentant dès le Moyen-âge la Vierge Marie en Mater dolorosa, mère pleurant le Christ mort, est devenue l'icône médiatique de l'Intifada II. Une matrice de bloods libels (accusation fausse et diffamatoire selon laquelle les Juifs tueraient des enfants non-juifs pour utiliser leur sang dans la fabrication des matzots de Pessah) diffusés par des médias et la "rue islamique" lors des opérations israéliennes défensives contre les mouvements terroristes islamistes Hezbollah au Liban et Hamas dans la bande de Gaza. Cette image "al-Dura" - le nom de Jamal est orthographié "a-Dura" dans son papier d'identité - avait été incrustée dans la vidéo de l'assassinat du journaliste américain Juif Daniel Pearl.

Les Internautes sont invités, non seulement à partager sur les réseaux sociaux - Facebook, Twitter, etc. - ce visuel sur Charles Enderlin, mais aussi à en élaborer d’autres, et à les diffuser sans modération.

Ce visuel ci-joint à gauche mêle humour et art : Charles Enderlin en joueur de pipeau.

Rappelons que ce correspondant de France 2 avait déclaré à l'hebdomadaire Télérama : « J'ai coupé l'agonie de l'enfant. C'était insupportable... Cela n'aurait rien apporté de plus ». Or, cette scène était absente des rushes communiqués par France 2 et Charles Enderlin à la Cour d'appel de Paris, et visionnés lors de l'audience publique du 14 novembre 2007. Ni France 2 ni Charles Enderlin ne s'étaient expliqués de manière convaincante, en particulier sur l'absence de cette scène d'agonie. L'arrêt (13 pages) de la 11e chambre de la Cour d'appel de Paris du 21 mai 2008 relaxant Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R ), est un désaveu de pratiques de France 2, Charles Enderlin et Talal Abu Rahma.

En outre, Charles Enderlin, qui était à Ramallah le 30 septembre 2000,  maintient sa version initiale qui est distincte de celle de Talal Abu Rahma, présent au carrefour de Netzarim (bande de Gaza), du 30 septembre 2002, et celle d'Arlette Chabot, alors directrice de l'information de France 2 ("On ne saura jamais d'où viennent les tirs"), etc.

Autres visuels : "Au service de Yasser Arafat", "Au service de Pallywood", etc. Pallywood est un néologisme forgé par l'historien américain médiéviste Richard Landes pour désigner cette industrie audiovisuelle palestinienne productrice, dans la rue palestinienne, de saynètes de guerre jouées en montrant les Palestiniens victimes des Israéliens, surtout des soldats israéliens, mises en scènes, filmées, et diffusées comme reportages, actualités réelles par les médias occidentaux.

Pallywood a servi et sert toujours la propagande anti-israélienne sous tous les dirigeants palestiniens, de Yasser Arafat à Mahmoud Abbas et au Hamas dans la bande de Gaza.

Pallywood apparaît constituer un des éléments du narratif palestinien délégitmant, diffamant et diabolisant l'Etat Juif, véhiculé par des journalistes ou correspondants "historiens du temps présents", enseignée dans les manuels scolaires, livres d'experts, destiné à s'imposer comme "l'Histoire du conflit au Proche-Orient", etc.

Pallywood le fait d'autant plus aisément que le narratif israélien est évanescent, guère exprimé par les dirigeants israéliens ou communautaires français, etc.

N'ayant pas combattu avec persévérance et efficacité dans l'affaire al-Dura, la communauté française Juive institutionnalisée est condamnée à subir, comme leurs coreligionnaires lambda, de nouveaux blood libels similaires activant les stéréotypes antisémites chrétiens et islamiques, surtout lors de chaque opération militaire israélienne contre les mouvements terroristes islamistes.

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Cet article a été publié le 2 octobre 2014.

mardi 13 janvier 2015

« Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » par Emil Weiss


Arte diffusera les 14 janvier et 28 janvier 2015 à 2 h « Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » par Emil Weiss. Grâce aux manuscrits en yiddish retrouvés dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau, ce documentaire informe sur les équipes de Sonderkommandos, dont les membres sont régulièrement tués, chargées du fonctionnement des fours crématoires et des installations annexes dans les camps nazis d’extermination. « Chargés de faire fonctionner les fours crématoires du camp d’extermination d'Auschwitz-Birkenau, de très rares déportés des "Sonderkommandos" (les "commandos spéciaux"), bravant l’anéantissement programmé, ont pu témoigner », notamment dans le procès de Rudolf Höss, SS commandant de ce complexe concentrationnaire. Emil Weiss fait résonner à nouveau leurs voix défuntes ».

Troisième volet de la série documentaire d’Emil Weiss - « Auschwitz, premiers témoignages », Criminal Doctors. Auschwitz -, « Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » évoque les rares déportés chargés de faire fonctionner les fours crématoires de ce camp d’extermination.

Témoigner
Lorsque l’armée Rouge pénètre dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau (Pologne), le 27 janvier 1945, elle trouve les quatre fours crématoires dynamités par les Nazis, qui ont cherché ainsi à effacer leurs crimes. 

« Dans les jours, les semaines, les mois et parfois plusieurs décennies qui ont suivi l’entrée de l'Armée Rouge », sont retrouvés « enfouis sous les cendres, autour des crématoires, plusieurs manuscrits cachés dans des emballages de fortune ».

Leurs auteurs furent des Sonderkommandos. Ces « équipes spéciales » formées de déportés Juifs sélectionnés par les SS, et contraints d’assurer « la charge du fonctionnement des crématoires ainsi que des installations annexes à l'industrie de mort conçue par les nazis : les salles de déshabillages, les chambres de gazage, les fours et les fosses d'incinérations ». Ces « auxiliaires forcés de l'extermination faisaient entrer les victimes dans la chambre à gaz, ils en évacent les cadavres, en emplissent les fours crématoires, recueillent les cendres qu'ils versent dans la Vistule » ou dans la Sole.

En novembre 1942, le nombre des membres des Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau est augmenté pour brûler 100 000 corps de prisonniers Juifs, polonais et russes ayant été jetés dans des fosses communes.

« Du printemps 1942 à novembre 1944, période d’activité des installations de Birkenau, environ deux mille hommes participèrent à ces « équipes spéciales » qui étaient régulièrement exterminées ». « Témoins ultimes de l’extermination de leur peuple par la machine de mort des nazis, ils devaient mourir infailliblement au bout de quatre mois ». 


Les manuscrits retrouvés de Zalmen Gradowski, Leib Langfus et Zalmen Lewental sont écrits en yiddish. Zalmen Gradowski, un des organisateurs du soulèvement armé des Sonderkommandos du crématoire 3, en octobre 1944, fut tué avec 451 de ses compagnons ; Leib Langfus et Zalmen Lewental furent exécutés deux mois avant la libération du camp.

En plus des écrits, des Sonderkommando sont parvenus à prendre clandestinement, au péril de leur vie, en août 1944, des photographies du processus d'extermination des Juifs. Quatre photographies nous sont parvenues, floues, et ont été prises de l’intérieur de la chambre à gaz du Krematorium V, et dans le bois de bouleaux entre le Krematorium V et le Krematorium IV. Ces photographies montrent la crémation de cadavres dans une fosse d’incinération, des femmes nues marchant probablement vers la chambre à gaz du Krematorium V, une cheminée du Krematorium IV.

Seuls quelques Sonderkommandos ont survécu « aux massacres et à la faveur de la panique qui saisit les SS lors de l'évacuation du camp ». Des plus de 2 000 membres des Sonderkommando d’Auschwitz, une dizaine est vivante en 1945.

« Quatre Sonderkommandos – Szlama Dragon, Henryk Tauber, Alter Feinsilber ainsi que le médecin Miklos Nyisli – ont témoigné devant des Tribunaux juste après leur libération, auprès de la Commission d’enquête sur les crimes nazis en Pologne (1945). « Leurs témoignages livrés au moment même du déroulement des faits ou dans les semaines qui ont suivi, nous révèlent ce que les nazis voulaient cacher et effacer à tous prix : comment fut mené le processus d’extermination à Auschwitz ». 

Juif italien né en 1923 à Salonique (Grèce) dans une famille ayant fui l’Espagne au XVe siècle pour l’Italie puis la Grèce, Shlomo Venezia  est déporté en 1943 - 90% de la population juive de Salonique périra dans les camps nazis d’extermination. Shlomo Venezia est rapidement choisi pour intégrer les Sonderkommando dont les membres « devenus des automates, obéissant aux ordres en essayant de ne pas penser, pour pouvoir survivre encore quelques heures ». Il survit à la révolte armée de certains Sonderkommandos du 7 octobre 1944 dramatiquement réprimée, aux exécutions lors de la destruction des crématoires, à la « marche de la mort » après l’évacuation d’Auschwitz par crainte des Nazis informés de l’avancée des troupes Alliées. Libéré le 6 mai 1945 par les Américains alors qu’il se trouve dans un camp nazi en Autriche, il livre son témoignage en 2007 et confie que « chaque jour, il aurait préféré mourir et pourtant, chaque jour, il luttait pour survivre » (Simone Veil, préfacière du livre). A Paris, le Prix Mémoire de la Shoah 2007 de la Fondation Jacob Buchman a été remis à Shlomo Venezia (1923-2012), pour son livre SonderKommando : dans l’enfer des chambres à gaz, écrit avec Béatrice Prasquier et l’historien Marcello Pezzetti (Albin-Michel). Shlomo Venezia est l'un des derniers survivants du Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau.

« Comme les dépositions des survivants, ces manuscrits des Sonderkommandos, rédigés dans l’urgence et en cachette, révèlent le mode opératoire de la “solution finale", car l’angoisse de voir les nazis parvenir à effacer leur crime s’ajoutait à l’enfer vécu par leurs auxiliaires forcés. Ce qui rend ces mots soutenables, c’est le combat de leurs auteurs pour préserver leur propre humanité, exprimer leur douleur, décrire l’horreur. En arpentant aujourd’hui le camp d’Auschwitz-Birkenau, en scrutant les décombres des fours, les baraquements, les arbres qui ont poussé, Emil Weiss donne à entendre leurs voix défuntes ».

On peut regretter un horaire si matinal de diffusion de ce documentaire bouleversant. A comparer au prime time offert à la série anti-israélienne Le Serment.


« Sonderkommando Auschwitz-Birkenau  » par Emil Weiss
Sur Arte le 14 janvier à 2 h et le 28 janvier 2015 à 2 h

Visuels : © Michkan World Productions
L’entée du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau
La cour entre les crématoires 4 et 5 du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau
Les baraques du camp B II à Auschwitz-Birkenau
La clôture en barbelé au camp d’Auschwitz-Birkenau
Les vestiges du crématoire II au camp d’Auschwitz-Birkenau

A lire sur ce blog :

Les citations proviennent d'Arte et de Michkan World Productions.