Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 28 février 2020

Les scouts d'al-Mahdi


Affilié au mouvement scout international, mouvement de jeunesse du Hezbollah, les scouts d'al-Mahdi, comptent 45 000 membres, filles et garçons. Le 16 février 2020, le Daily Mail a révélé que le mouvement scout international enquêtait pour savoir si les scouts d'al-Mahdi entraînent des enfants dès l'âge de 4 ans à devenir des terroristes islamiques. « Les scouts d'al-Mahdi » est un documentaire partial franco-libanais réalisé par Bruno Ulmer qui l'a coécrit avec Alain Gresh (2010). Un film sur l'incitation au jihad et l'endoctrinement à la haine des Juifs/Israéliens martelés à des enfants et adolescents libanais embrigadés par le mouvement scout de l'imam al-Mahdi lié au mouvement terroriste chiite libanais Hezbollah. La quasi-absence de commentaire, l'omission de contrepoint honnête, l'occultation du contexte historique, le choix de traductions "édulcorant" certaines phrases et le financement public du film choquent.  

Boko Haram « Les scouts d'al-Mahdi » de Bruno Ulmer
Le Hezbollah refuse de répondre à un journaliste israélien à Paris. La plupart des journalistes l’acceptent !

Les Gardes de la révolution iranienne ont été  impliqués dans la création des scouts d'al-Mahdi en mai 1985 après le retrait d'Israël de la zone de sécurité au Sud Liban. 

Cette association est le mouvement de jeunesse du mouvement terroriste islamiste chiite Hezbollah au Liban. 

Il est affilié à la fédération scout libanaise et au Mouvement scout international. Son logo inclut la "fleur de lis adoptée par  Lord Baden-Powell, l'officier de l'Armée britannique qui a fondé le mouvement scout en 1908, et ses membres portent les uniformes et foulards traditionnels. Avec ses poignards, il est éloquent. 

Les scouts d'al-Mahdi sont au nombre d'environ 45 000 membres, filles et garçons qui subissent un entrainement physique et un endoctrinement idéologique visant, conformément au concept iranien du Wilayat al-Faqih ou Velayat-e faqih, à imposer la tutelle d'un clerc juriste-théologien chiite sur la communauté. L'objectif consiste à créer une nouvelle génération d'exécutants formés par l'idéologie de Khomeini, destinés à rejoindre les rangs du Hezbollah, participer à la lutte violente contre Israël, et contribuer à établir le Hezbollah parmi la communauté chiite au Liban. 

« Les scouts d'al-Mahdi »
« Les scouts d'al-Mahdi » est un documentaire partial franco-libanais réalisé par Bruno Ulmer qui l'a coécrit avec Alain Gresh (2010).

A première vue, ce film est une ode au Hezbollah qui s’occupe des personnes isolées et pauvres, leur fournit une aide matérielle (nourriture, vêtements, meubles), veille aux jeunes générations qu'il scolarise et encadre dans son mouvement scout de l'imam al-Mahdi.


Rien ne vient rappeler ou expliquer ce qu'est le Hezbollah, sa guerre visant à détruire l'Etat Juif, ses attaques incessantes contre les civils israéliens, sa vision eschatologique du monde, ses liens avec l'Iran et la Syrie, son financement, etc.


Ce film est scandé par des incantations au "retour du Mahdi, fils d'Hassan" présenté comme un sauveur, des exhortations au "martyr", et des discours de Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah. Saturé des drapeaux du Hezbollah dont les couleurs - jaune et vert - sont déclinés en bandeau, casquette, foulard, etc. Jusqu'au coucher de soleil qui rappelle le rouge du d'islamistes libanais ou ce fond d'affiche représentant un cheval surplombé par la coupole dorée de Jérusalem. L'ensemble exsude la haine des Israéliens/Juifs.


Les traducteurs - Wissam Charaf, Omeyya Seddik et Michel Tabet - adoucissent, édulcorent ou transforment les mots : par exemple, jihad est traduit en combat, al-Qods en Jérusalem. Le mot martyr est systématiquement utilisé à la place de terroriste.


En file indienne - adultes hommes, enfants scouts, puis femmes -, des Libanais chiites du Hezbollah se rendent au couvent de la Sainte-Famille maronite Ebrine-Rachkida pour souhaiter un joyeux Noël. Le dialogue est quasi-surréaliste : les sœurs recourent à des mots qui n'ont pas le même sens pour leurs interlocuteurs musulmans qui parlent le "mentir vrai" ("On apprend aux enfants à être de bons citoyens").

Malgré les précautions des auteurs qui ont remercié le service d'information du Hezbollah, le Hezbollah apparaît pour ce qu'il est : un mouvement totalitaire qui mobilise toute une population autour d'un but belliciste et haineux, qui l'embrigade toute, quels que soient l'âge et le sexe, en politisant toute activité - jeux, dessins, théâtre - et en multipliant les liens de dépendance, voire d'allégeance, qui bafoue les principes du scoutisme, qui endoctrine par la répétition de slogans haineux - un lavage de cerveaux et des enfances volées avec l'accord des parents qui vivent de subsides du Hezbollah -, etc. Il est dès lors difficile de distinguer un soldat du Hezbollah d'un civil libanais proche du Hezbollah.


"Comme tous les scouts, ces scouts suivent les préceptes du fondateur du mouvement mondial fondé par Baden Powell", selon les auteurs du film. Or, le scoutisme vise à contribuer à former la personnalité de jeunes par des activités et des valeurs, et non par un embrigadement politisé et haineux. Les choix des deux auteurs sont aberrants : exceptionnelle voix off, pas d'informations historiques, successions de discours répétitifs des enfants, des adolescents et des adultes comme s'ils exprimaient la réalité historique, absence d'esprit critique.


Les auteurs de cette coproduction franco-libanaise remercient notamment Walid Charara, "chercheur en relations internationales" - mais où ? Mystère - et... le bureau d'information du Hezbollah. No comment.

On ne peut qu'être surpris que de l'argent public ait financé ce film.


CCG
"Les Etats du CCG ont décidé de classer organisation terroriste la milice du Hezbollah, y compris tous ses dirigeants, factions et associations", a annoncé en mars 2016 Abdellatif Zayani, secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), groupement régional formé de l'Arabie saoudite, du Qatar, de Bahreïn, du Koweït, des Emirats arabes unis et d'Oman. La raison : "la poursuite des actions hostiles de cette milice qui recrute les jeunes (du Golfe) pour perpétrer des actes terroristes". Abdellatif Zayani accusé le Hezbollah de "trafic d'armes et d'explosifs, de sédition et d'incitation au chaos et à la violence, ce qui constitue une flagrante violation de la souveraineté et de la sécurité" des monarchies arabes.


APF
Le 16 mars 2019, la chaîne Al-Manar [Liban] "a diffusé un reportage sur la récente visite d’une délégation de l’Alliance pour la paix et la liberté (APF), mouvement politique européen d’extrême droite. La délégation, composée de députés, d’eurodéputés, de militants et de politiciens de pays tels que la Grande-Bretagne, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne et la Croatie, a été reçue par le chef de la diplomatie du Hezbollah, Ammar Al-Moussawi. Des membres de la délégation, au nombre desquels figuraient le président de l’APF et ancien député et eurodéputé italien Roberto Fiore, l’eurodéputé et député du NDP allemand Udo Voigt et le militant politique belge Hervé Van Laetham ont exprimé leur soutien au Hezbollah et à sa lutte « contre Israël, le terrorisme et l’impérialisme ». La délégation s’est également rendue au jardin du souvenir des « martyrs » du Hezbollah à Dahieh, Beyrouth, et a déposé une gerbe sur les tombes." (Source : MEMRI)

Allemagne
Le 6 juin 2019, le Bundestag allemand a rejeté une proposition de loi visant à interdire le Hezbollah. Ce texte avait été rédigé par le parti Alternative pour l'Allemagne (AfD). Les partis Union chrétienne démocrate, Union sociale chrétienne, La gauche, Les Verts et les Démocrates libres ont voté Contre. La semaine précédant ce vote, le Conseil central des Juifs en Allemagne avait exhorté à interdire le Hezbollah. Le 31 mai 2019, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo avait demandé au gouvernement "de la chancelière Angela Merkel de proscrire le Hezbollah en tant qu'entité terroriste. L'Allemagne et l'Union européenne ont interdit la "branche militaire" du Hezbollah en 2013.  Les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, la Ligue Arabe, Israël, le Kosovo et les Pays-Bas ont classé l'ensemble du Hezbollah parmi les organisations terroristes.

Le 5 juillet 2019, le Jerusalem Post a révélé qu'un rapport de 363 pages des services de renseignements allemands publié en mai par l'État de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, Etat le plus peuplé d'Allemagne, affirmait que le nombre de membres et de sympathisants du Hezbollah avait crû de 105 en 2017 à 110 en 2018 en Allemagne... Le Centre islamique (Imam-Mahdi-Zentrum) à Münster a été une plateforme et un lieu de rencontres pour les soutiens du Hezbollah en Rhénanie-du-Nord–Westphalie et dans l'Ouest de l'Allemagne. Autres points focaux : Essen/Bottrop, Dortmund et Bad Oeynhausen. Le Hezbollah a des centres à Hamburg, Berlin et Münster". Le rapport souligne que le but du Hezbollah perdure : la destruction de l'Etat d'Israël et la domination islamique à Jérusalem. Il rappelle que le Hezbollah "va à l'encontre des relations internationales de l'Allemagne. Les associations affiliées au Hezbollah célèbrent en Allemagne le 25 mai 2018 comme une fête particulière : le 18e anniversaire du retrait unilatéral d'Israël du Sud Liban". Selon ce rapport, il y a  950 membres et soutiens du Hezbollah en Allemagne. Un renseignement émanant de l'Etat de Basse-Saxe évalue leur nombre à 950 en 2017 et 1 050 in 2018.

Argent, terroristes et tactiques
Les sévères sanctions économiques imposées par le Président américain Donald Trump à l'égard de l'Iran ont eu pour effet notamment de réduire la manne financière allouée par le régime des ayatollahs à son supplétif au Liban, le Hezbollah. L'Iran, principal pourvoyeur de fonds du Hezbollah, alloue à ce mouvement terroriste islamiste 600 000 $, contre un milliard de dollars auparavant.

En 2019, le Hezbollah dispose de 40 000 soldats , dont 15 000 réservistes, et d'un arsenal militaire de 150 000 missiles et roquettes. Une armée entraînée en vue d'un nouveau conflit avec l'Etat d'Israël.

En août 2019, Channel 12 a diffusé un reportage montrant que le Hezbollah imite les tactiques du Hamas : incendies criminels près de la ligne de cessez-le-feu entre Israël et le Liban. "On peut voir des membres du Hezbollah allumer des feux près de la frontière. Des vents violents ont rapidement attisé les flammes et ont permis au feu de traverser la frontière et de se propager vers une base de l’armée ainsi que la communauté de Margaliot, un village proche de la frontière libanaise, dans le nord d'Israël. Par ailleurs, dans la vidéo, on voit des soldats de la paix de l'ONU patrouiller près des incendies, sans rien faire pour empêcher les hommes du Hezbollah de les allumer. Les pompiers locaux ont mis plusieurs heures à éteindre le feu, effort entravé par l'incapacité d'utiliser des avions de lutte contre les incendies en raison de la proximité avec la frontière libanaise."Tout le monde sait que la partie libanaise est responsable de ces provocations. Ils nous testent", a déclaré un responsable local, Yoram Mahluf, à Channel 12. Selon la presse, des responsables pensent que le Hezbollah continuera à allumer des incendies le long de la frontière. La tactique semble imiter celle des terroristes palestiniens à Gaza qui ont envoyé des milliers de ballons incendiaires en Israël avec des effets dévastateurs" sur la vie quotidienne, les exploitations agricoles, la faune et la flore dans l'Etat Juif.

Enquête
Le 16 février 2020, le Daily Mail a révélé que le mouvement scout international enquêtait pour savoir si les scouts d'al-Mahdi entraînent des enfants dès l'âge de 4 ans à devenir des terroristes islamiques. "La nuit dernière, l'Organisation mondiale du mouvement scout (WOSM) a annoncé qu'il avait lancé une investigation. Son porte-parole David Venn a déclaré : 'La WOSM désapprouve des pratiques qui misuse le programme Scout pour impliquer des enfants et la jeunesse dans un recrutement politique ou en utilisant ce programme pour l'affiliation avec un parti politique.' La Conférence du mouvement scout international, organe dirigeant du mouvement, doit se rencontrer en Egypte en fin d'année, et ses délégués pourraient considérer l'avenir des scouts d'Al-Mahdi Scouts et de la Fédération scout libanaise. Lors d'une conférence en 1999, les délégués ont voté l'interdiction de l'Iran du World Scouting.

Les Scouts d'al-Mahdi "ont fourni des "gardes d'honneur" aux funérailles de terroristes connus du Hezbollah, tandis que d'autres membres ont été photographiés posant avec des terroristes armés, portant des uniformes militaires et bandeaux avec des slogans anti-israéliens comme 'Jérusalem – Nous arrivons".

La Grande-Bretagne a inscrit en 2019  le Hezbollah "dans son entièreté" dans sa liste des mouvements terroristes. Auparavant, seule sa branche militaire y figurait.

Le mouvement Scouts d'al-Mahdi "a admis que de nombreux adolescents scouts deviennent des combattants du Hezbollah qui mène une guérilla contre Israël depuis des décennies et combat au côté du régime d'Assad en Syrie. Selon des sources du renseignement, plus de 200 anciens membres des scouts d'Al-Mahdi sont morts en combattant Israël et dans la guerre civile en Syrie".


« Les scouts d'al Mahdi » (2010) de Bruno Ulmer
Co-écrit par Alain Gresh
France/Liban
Coproduction Arte France - Unité de programmes documentaires : Pierrette Ominetti -, Ladybirds Films - Hélène Badinter -, Médian - Frédéric Domont -
Avec la collaboration de la RTBF (télévision belge, Claire Colart), avec la participation du Centre national du cinéma et de l'image animée, et avec le soutien de l'ANGOA et la PROCIREP-Société des producteurs
1 h 20
Sur Arte les 10 juin 2011 à 23 h et 29 juin 2011 à 3 h 20

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 10 juin 2011, puis le 4 mars 2016, puis le 15 août 2019.

« Berlin 1936. Dans les coulisses des Jeux olympiques » par Mira Thiel et Florian Huber


Berlin 1936. Dans les coulisses des Jeux olympiques (Der Traum Von Olympia. Die Nazi-Spiele von 1936) est un documentaire de Mira Thiel et Florian Huber. « Au-delà des temps forts des JO de Berlin de 1936, une fresque historique, superbement incarnée, sur leur préparation et leur mise en scène par les nazis », leur instrumentalisation au profit de l’idéologie nazie antisémite et le parcours de Gretel Bergmann, athlète juive allemande championne en saut en hauteur  et finalement bannie de la compétition mondiale par les autorités du IIIe Reich. Les 27 février 2020 à 06 h 30, 6 mars  2020 à 08 h 50, 11 mars 2020 à 08 h 40 et 17 mars 2020 à 08 h 05, Histoire diffusera "Berlin 1936", documentaire britannique de Edward Cotterill (2016). 


« Avec la XIe olympiade, du 1er au 16 août 1936 à Berlin, l'Allemagne focalise l'attention. Le chancelier Adolf Hitler entend marquer les esprits avec des festivités grandioses, mais aussi rassurer les grandes nations, inquiètes du bellicisme et de l'antisémitisme du régime nazi ».

Des Jeux d’hiver ont eu un succès immense. Après les Jeux olympiques d'hiver de 1936 à Garmisch-Partenkirchen où elle se distingue par son talent, la norvégienne Sonja Henie met un terme à sa carrière en amateur, et débute une carrière professionnelle de patineuse et d'actrice à Hollywood.

« Certains pays appellent même au boycott de la fête du sport et de la paix ». Jesse Owens retire son appel à boycotter les Jeux. 

Wolfgang Fürstner 
« Nommé au comité d'organisation des JO, Carl Diem, lui, voit grand. Il confie au capitaine Wolfgang Fürstner », aux origines juives, « la construction d'un village olympique plus moderne encore que celui des jeux de Los Angeles quatre ans plus tôt ». Le stade peut accueillir 100 000 spectateurs, et la piscine olympique 20 000 amateurs. Cent quarante villas olympiques accueillent au milieu de bois la jeunesse du monde. Un plan d’eau, un « lac enchanteur » est parcouru de cygnes. Un « couple de cigognes authentiquement allemand » complète le tout. Fürstner est relevé de ses fonctions peu avant le début des Jeux. Les Gitans ont été amenés hors de Berlin.

Journaliste, universitaire, pédagogue et théoricien du sport et de l'éducation physique, Carl Diem (1882-1962) « a aussi l'idée d'allumer en Grèce la flamme olympique, avant de la faire porter par un relais d'athlètes », via sept pays européens, « jusqu'au stade de Berlin, conçu par l'architecte Werner March. Mais, avec le vote en 1935 des lois raciales de Nuremberg, l'étau se resserre sur les Juifs, mis au ban de la nation. Fürstner, mais aussi des athlètes comme Gretel Bergmann, vont en payer le prix... » Fürstner se suicide. Carl Diem a occupé des fonctions éminentes dans le sport allemand après guerre, jusqu’à son décès en 1962.

Helene Mayer
Fleuriste juive, Hélène Mayer gagne une médaille d’argent, et fait le signe nazi. Une partie de sa famille vivait en Allemagne nazie.

Au relais 4 x 100 m, deux athlètes américains juifs sont écartés de la compétition et l’un d’eux est remplacé par Jesse Owens. L’équipe américaine gagne la médaille d’or.

Gretel Bergmann
Née en 1914 et spécialisée en saut en hauteur, Gretel Bergmann  a été exclue de la fédération sportive allemande et des compétitions sportives en raison de sa judéité, et s’est exilée en Angleterre. En 1934, elle avait atteint 1,56 m aux championnats nationaux britanniques de saut en hauteur.

A l'approche des Jeux olympiques de Berlin, des appels à les boycotter en raison du régime nazi antidémocratique et antisémite se multiplient. Pour contrer ce mouvement de boycotts, le pouvoir nazi exhortent les athlètes juifs exilés à revenir en Allemagne pour concourir sous les couleurs allemandes.

Craignant des représailles pour sa famille demeurée en Allemagne, Gretel Bergmann est contrainte de retourner en Allemagne nazie pour une compétition sportive mondiale instrumentalisée. "Je n'étais autorisée nulle part, même pas dans le stade pour m’entraîner. Nous ne pouvions pas aller au restaurant ou dans une salle de cinéma. Et je savais que les Nazis ne me seraient pas concourir lors des Jeux olympiques", se souvenait Gretel Bergmann.

Lors des trois compétitions auxquelles elle peut participer, mue par la volonté de montrer ce dont est capable une athlète juive, elle améliore ses résultats. Le 30 juin 1936, elle égalise le record d’Allemagne : 1,60 m. Ce qui devrait lui assurer la sélection. Mais elle est récusée par une lettre lui reprochant de ne pas être assez bonne, et n’est autorisée à assister aux Jeux qu’en tant que spectatrice. « Aurais-je gagné que ma vie aurait été mise en danger, parce que la victoire d'une juive aurait été considérée comme une insulte. Et si j'avais perdu, j'aurais été la risée de tous » a confié la sportive en 2009.

Ibolya Csák, athlète hongroise, remporte la médaille d’or en franchissant 1,60 m. La meilleure athlète allemande Dora Ratjen se hisse à la quatrième place. Gretel Bergmann, qui avait partagé avec elle, la même chambre avant les Jeux, la trouvait bizarre. En 1938, lors d'un contrôle dans un train, Dora Ratjen doit révéler qu'elle est un homme élevé en femme.

En 1937, Gretel Bergmann embarque pour les Etats-Unis avec quatre dollars en poche, montant maximal autorisé par les Nazis aux Juifs exilés. Aux Etats-Unis, Margaret Gretel Bergmann y poursuivit sa carrière sportive jusqu'en 1939. Elle gagne les championnats américains. Elle épouse Bruno Lambert, exilé d'Allemagne et elle obtient la citoyenneté américaine en 1942.

En Allemagne, l'inauguration de la Gretel Bergmann Sports Arena à Berlin en 1995 fut un des premiers signes puissants dans la perspective la « réhabilitation » de l'athlète bannie par les autorités nazies allemandes.  Une école porte aussi le nom de cette athlète.

« En 1999, à l'occasion de l'inauguration d'un stade à son nom dans sa ville natale, Laupheim, celle qu'on doit maintenant appeler Gretell Bergmann-Lambert revint pour la première fois en Allemagne ».

Puis, « le parcours de Gretell Bergmann-Lambert a été retracé au cinéma par l'Allemand Kaspar Heidelbach dans le film Berlin 36.

Theo Rous, président d'honneur de la fédération, expliquait » que ce film « a rouvert la discussion au sein de la DLV sur le sort de Gretel Bergmann et joué un grand rôle dans la décision de faire reconnaître son titre. (...) Nous savons que cela ne peut être une réparation mais c'est moralement un geste important et un acte de justice qui devraient lui faire plaisir », a indiqué Theo Rous, président d'honneur de la fédération.

En 2004, la chaîne HBO réalisait un documentaire (Hitler's Prawn) inspiré de sa vie.

En 2009, « lors de son 45econgrès, la Fédération allemande d'athlétisme (DLV) a décidé de reconnaître comme record allemand la performance de Gretel Bergmann », a indiqué à l'AFP Theo Rous.

Les « jeux du mensonge »
Les « JO de Berlin 1936 ne sauraient se résumer aux quatre médailles du sprinter afro-américain Jesse Owens. Pour retracer les coulisses des « Jeux du siècle » voulus par Hitler, Mira Thiel et Florian Huber axent leur documentaire-fiction autour de personnalités, dont les destins ont basculé avec ces olympiades, ou qui ont influencé l'organisation des suivantes ».

« Jouant avec brio sur la tension dramatique dans les séquences de fiction remarquablement interprétées, notamment par Sandra von Ruffin (Gretel Bergmann) et Simon Schwarz (Wolfgang Fürstner), leur fresque met intelligemment en perspective le contexte de ces Jeux et la monstrueuse duplicité du régime hitlérien. L'occasion aussi de (re)découvrir, à travers un riche choix d'archives, les sportifs de l'époque et leurs performances ».


Les 27 février 2020 à 06 h 30, 6 mars  2020 à 08 h 50, 11 mars 2020 à 08 h 40 et 17 mars 2020 à 08 h 05, Histoire diffusera "Berlin 1936", documentaire britannique de Edward Cotterill (2016). "En 1931, le Comité International Olympique attribue à Berlin l'organisation des Jeux d'été de l'année 1936. Ce choix marque le retour de l'Allemagne sur la scène internationale, après sa période d'isolation à l'issue de la Première Guerre mondiale. Mais en cinq ans, l'Allemagne a beaucoup changé et Adolf Hitler voit dans les J.O l'opportunité de faire la propagande du nazisme. Pour la première fois, les Jeux sont grandioses et impressionnent le monde entier. Ce documentaire revient sur l'histoire des J.O de 1936 : les premières intentions, l'éviction des athlètes juifs, la colère d'Hitler devant les victoires de Jesse Owens, le grand spectacle des Jeux lui-même".


"Berlin 1936" par Edward Cotterill
Auteur : Will Simpson
Grande-Bretagne, 3DD Entertainment, 2016
Sur Histoire les 5, 10, 19 et 24 avril 2017, 21 février 2020 à 08 h 30, 27 février 2020 à 06 h 30, 6 mars  2020 à 08 h 50, 11 mars 2020 à 08 h 40 et 17 mars 2020 à 08 h 05

Berlin 1936. Dans les coulisses des Jeux olympiques, par Mira Thiel et Florian Huber
WDR, 2016, 89 min
Avec Simon Schwarz, Sandra von Ruffin, Gotthard Lange, Theresa Scholze, Annina Hellenthal, Christian Hockenbrinck, Mateusz Dopieralski, Paul Faßnacht
Sur Arte les 16 juillet à 20 h 50 et 17 juillet 2016 à 15 h 25, 5 juin 2018 à 20 h 50, 8 juin 2018 à 9 h 25
Visuels : © Spiegel TV/Martin V. Menke

Articles sur ce blog concernant :
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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 17 juillet 2016, puis les 4 avril 2017 et 8 juin 2018.

jeudi 27 février 2020

« Les pharaons de l’Egypte moderne : Moubarak » par Jihan el Tahri



Hosni Moubarak (1928-2020), brillant officier de l'Armée de l'Air égyptienne, a succédé à Sadate, assassiné. Il a été Président de la République arabe d'Egypte (1981-2011). Contraint de démissionner après la révolution de 2011, il est condamné à une peine d'emprisonnement, puis libéré. Le troisième et dernier volet de la série documentaire partiale Les Pharaons de l’Egypte moderne (Pharao Im Heutigen Ägypten), réalisée par Jihan el Tahri, est consacré à Hosni Moubarak.


« La croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti » de Heinrich Billstein
« Les pharaons de l’Egypte moderne : Moubarak » par Jihan el Tahri

« Cinq ans après la révolution de la place Tahrir et le renversement du président Hosni Moubarak », près de trois ans et demi après l’élection à la présidence de l’Egypte de islamiste Mohamed Morsi (Parti Liberté et Justice), près de deux ans et demi après le coup d’Etat militaire contre Morsi, près de deux ans après l’élection du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, ARTE diffusera  le 19 janvier 2016 « Les Pharaons de l'Égypte moderne », série documentaire en trois épisodes de Jihan El-Tahri

Inspirée par « ce « printemps » révolutionnaire de courte durée, qu’elle n’a pu vivre sur place », la réalisatrice franco-égyptienne Jihan El Tahri a souhaité « comprendre pourquoi, soixante ans après la chute du roi Farouk, la République n’avait pas tenu ses promesses ».

Pour « ce documentaire, fruit de cinq ans de travail, elle a multiplié les rencontres avec une trentaine de témoins de première main et de tous bords (membres de l’appareil d’État, islamistes, opposants, syndicalistes…), qui apportent un éclairage libre et foisonnant sur les événements qu’ils ont vécus ».

La série documentaire « met en lumière les lignes de force méconnues qui ont forgé le présent de l’Égypte, de l’enterrement de la démocratie à la naissance du djihadisme. De riches archives, dont de nombreux extraits de films de fiction – « une soupape » d’expression politique dans un pays muselé, selon la réalisatrice – ponctuent ce récit passionnant ».

« De 1952 à 2011, de la chute du roi Farouk à celle du président Moubarak, cette fresque passionnante retrace soixante ans d’histoire politique égyptienne. Elle montre combien le face-à-face entre militaires et islamistes a contribué à l’écrire ». 

"Paix froide" avec Israël
Le troisième et dernier volet de la série documentaire Les Pharaons de l’Egypte moderne est consacré « à La présidence de Moubarak bientôt renversée par le printemps révolutionnaire ».

Hosni Moubarak, vice-président lui aussi, a été blessé dans l'attentat qui coûta la vie à son prédécesseur Anouar El Sadate.

C'est l'obsession de la stabilité et de la sécurité qui marque ses premières années de présidence.

Moubarak laisse prospérer l'alliance du pouvoir et de l'argent, amorcée sous Sadate.

Malgré l'hostilité de la "rue Arabe" qui hue les écrivains israéliens lors des Salons du Livre au Caire, il maintient le Traité de Camp David (1979), accord de paix entre l'Egypte et l'Etat d'Israël bénéfique à son pays. Chaque année, l'Egypte reçoit une aide de 2,1 milliards de dollars, dont 1,3 milliard d'aide militaire. En 1982, elle a récupéré le désert du Sinaï. Parfois intermédiaire entre Israël et les Palestiniens, l'Egypte retrouve sa position influente au Moyen-Orient. Moubarak ne s'est rendu qu'une fois en Israël : lors des obsèques du Premier ministre Itzhak Rabin en 1995.

Malgré une tentative d'ouverture, il renforce l'État policier d'année en année.

Après avoir vainement tenté de transmettre le pouvoir à son fils au terme d'un grossier tripatouillage électoral, il tombe sous la pression de la rue, début 2011.

Le 25 janvier, cinquante-neuf ans presque jour pour jour après les manifestations de 1952, les Égyptiens affluent place Tahrir, au Caire, avec les mêmes mots d'ordre : « pain, liberté, justice sociale ».

Le 11 février, Hosni Moubarak démissionne. Le "pouvoir passe aux mains du Conseil suprême des forces armées (CSFA), et son chef, Mohamed Hussein Tantawi, prend la tête de l’État. Le parlement est dissout, la Constitution suspendue ».


Le Président américain Barack Obama lâche Moubarak dans une période d’instabilité dont vont profiter les Frères musulmans.

Emprisonné, affaibli par la maladie, Hosni Moubarak a assisté à son procès en étant allongé sur un brancard ou assis sur une chaise roulante, et le regard caché par des lunettes aux verres foncés, dans l'espace réservé aux prévenus.

Il est condamné le 2 juin 2012 par la justice égyptienne, en première instance, à la prison à perpétuité, le 2 juin 2012, pour avoir "laissé les forces de l'ordre tirer sur les manifestants entre le 25 janvier et le 11 février 2011, ce qui causa la mort de 850 personnes". 

Après l'attaque cérébrale dont Moubarak est victime en juin, la justice égyptienne ordonne, le 21 août 2013, sa remise en liberté conditionnelle en assortissant sa décision de l'interdiction de quitter le territoire égyptien et de se tenir à disposition de la justice. Il est toujours "inculpé pour avoir ordonné la mort de jeunes révolutionnaires".

En mai 2015, il "est condamné à trois ans de prison pour avoir détourné plus de 10 millions d'euros de fonds publics alloués à l'entretien des palais présidentiels".

Le 2 mars 2017, il "est acquitté pour les accusations de meurtres de manifestants de 2011. Le 24 mars, il est libéré, après avoir terminé sa dernière peine de six ans d'emprisonnement, dans un hôpital militaire".

En 2020, il meurt neuf ans après avoir démissionné.


REPÈRES CHRONOLOGIQUES

1983 - "À la demande des Américains, l’Égypte accepte secrètement de fournir des armes à la rébellion des moudjahidines afghans.
1990 - En récompense de son soutien dans la Guerre du Golfe, l’Égypte voit sa dette de 38 milliards  de dollars effacée par les États-Unis.
2000 - Gamal Moubarak, le fils du président, est nommé secrétaire général du Parti national démocratique, au pouvoir. C’est le début d’une longue controverse sur sa possible accession à la présidence.
2004 - Le mouvement Kéfaya (« Ça suffit »), porté par la société civile et les Frères musulmans, échoue à obtenir des réformes.
2011 - Après trois semaines de manifestations populaires, lancées le 26 janvier, Hosni Moubarak annonce sa démission, le 11 février".
* 2012 - Hosni Moubarak est condamné, en première instance, à la prison à perpétuité à l'issue de son procès pour « meurtre et tentative de meurtre sur des manifestants, abus de pouvoir et de biens sociaux et atteinte aux intérêts de l'État ».
* 2013 - Hosni Moubarak obtient sa remise en liberté conditionnelle. Mais il lui est interdit de quitter le territoire égyptien.
* 2015 - Hosni Moubarak est condamné à trois ans d'emprisonnement "pour avoir détourné plus de 10 millions d'euros de fonds publics alloués à l'entretien des palais présidentiels".
* 2017 - Acquitté des accusations de meurtres de manifestants en 2011, Hosni Moubarak est remis en liberté.


« Les Pharaons de l’Egypte moderne » de Jihan El Tahri 
ARTE France, Big Sister France, 2012, 60 min
Sur Arte les 19 janvier à 21 h 55, 24 janvier à 13 h 35, 28 janvier à 16 h 20 et 2 février 2016 à 16 h 20
Sur Histoire les 7 mars 2019 à 10 h 35, 13 mars 2019 à 10 h 30, 19 mars 2019 à 10 h 35, 25 mars 2019 à 10 h 25
Visuels : © Norbert Schiller

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 19 janvier 2016, puis le 7 mars 2019.

« Hôtel Rwanda » de Terry George


« Hôtel Rwanda », film de Terry George (2004), relate l’histoire vraie de Paul Rusesabagina, directeur adjoint du luxueux hôtel des Mille Collines qui sauva la vie de 1 268 Tutsis en avril 1994, alors que des Hutus commettaient un génocide en tuant en une centaine de jours, souvent à l’arme blanche, 800 000 Tutsis et des Hutus modérés. Un film bouleversant qui omet d’évoquer la responsabilité de la France et de la Belgique, des Casques bleus, non seulement en abandonnant les Tutsis menacés de morts, mais aussi en ayant formé les miliciens génocidaires. Le génocide commis à l'égard des Tutsis et de Hutus modérés a débuté le 7 avril 1994. Arte diffusera le 27 février 2020, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst) réalisée par Fabrice Michelin, "Le Rwanda de Scholastique Mukasonga" (Scholastique Mukasongas Hügel Ruandas). 

« Kigali, avril 1994. Le Rwanda est miné par une guerre civile depuis quatre ans. Les rebelles Tutsis luttent contre le régime rwandais, dirigé par des Hutus. Alors que les miliciens du président Juvénal Habyarimana s'arment de machettes, la radio hutue RTLM (Radio Télévision Libre des Mille Collines) distille la haine dans le pays, appelant sans relâche à « éradiquer l'infection » des « cafards » tutsis ».


« Directeur adjoint du luxueux hôtel des Mille Collines, où se côtoient Casques bleus, généraux rwandais et touristes occidentaux, Paul Rusesabagina, Hutu marié à une Tutsie, est persuadé que le calme reviendra vite. À tort ».

Le 6 avril 1994, le « président Habyarimana est assassiné, ce qui déclenche la furie des Hutus et le début du génocide des Tutsis. Paul Rusesabagina transforme alors son hôtel en refuge pour Tutsis, bientôt cerné par les milices des Hutus ».


Le génocide commis par des Hutus à l’égard des Tutsis et de Hutus modérés est « raconté à travers l'histoire vraie de Paul Rusesabagina qui sauva la vie de 1 268 personnes... Seuls le courage et les relations haut placées de Paul Rusesabagina permirent de sauver la vie de 1 268 Tutsis et Hutus modérés. Hôtel Rwanda lui rend un vibrant hommage ».

Pour son interprétation de Tatiana Rusesabagina, Sophie Okonedo a été « nominée » aux Oscar. Née d’une mère Juive britannique et d’un père Nigérian qui abandonne le foyer conjugal quand elle a cinq ans, Sophie Okonedo a été formée à la Royal Academy of Dramatic Art. Elle a été distinguée par le titre de chevalier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 2010 et par un Tony Award  pour sa performance dans A Raisin in the Sun, à Broadway.

Sorti dix ans après ce génocide, Hôtel Rwanda « offre un aperçu de l'horreur qui ravagea le pays et causa la mort de quelque 800 000 personnes en une centaine de jours. Si la cruauté des milices hutues est davantage suggérée que décrite, le réalisateur Terry George n'a pas hésité à tourner certaines scènes très dures, avec en fil rouge les messages sanguinaires de la RTLM – « Goûtez aux putes tutsies avant de les tuer ». Le film illustre le rôle criminel de cette radio et de la dépersonnalisation des Tutsis dans le génocide.

« L'autre grande force de ce film bouleversant est de mettre en lumière l'abandon des Rwandais par l'Occident, la passivité des nations occidentales, France et Belgique en tête. Les soldats français et belges, présents sur place, quittent le pays après avoir rapatrié les leurs ».

Les « casques bleus, en sous-effectif, n'ont pas le droit de faire usage de la force. L'un d'eux, le colonel Oliver (incarné par l'excellent Nick Nolte), résume la situation avec une nuance toute diplomatique : « Nous maintenons la paix. Nous ne faisons pas la paix ». De paix, il n'est bien sûr jamais question.

Or, des chercheurs ont souligné que les autorités politiques de ces pays n’ont pas seulement abandonné des Tutsis menacés de mort. Au terme de ses enquêtes, Serge Farnel écrit en 2010 : « De nombreux témoignages, aussi bien de rescapés que d'anciens génocidaires, y attestent de la participation directe de ce qui apparaît être des soldats français au génocide  de dizaines de milliers de civils tutsis le 13 mai 1994 à Bisesero, dans l'ouest du Rwanda. Les deux dates des 13 mai et 14 mai 1994 correspondent probablement aux deux plus importantes journées de massacres génocidaires ayant eu lieu dans le pays des mille collines au printemps 1994. On estime que 40 000 civils tutsis auraient été génocidés au cours de ces deux jours à Bisesero, la plus grande partie d'entre eux l'ayant été le 13 mai. Deux jours d'intenses massacres qui ont emboîté le pas à la journée du 12 mai dédiée, elle, à leur préparation ».

Un massacre relaté par Serge Farnel dans ses articles et livres, notamment dans Bisesero : « Bisesero, ouest du Rwanda. La région est emblématique du génocide perpétré contre les Tutsis, puisqu il s agit du lieu de la résistance aux mains nues des 60 000 derniers rescapés de la préfecture de Kibuye au printemps 1994. Un récit précis et haletant raconte les événements de Bisesero dans leurs moindres détails. Traqués pendant trois mois, ces héros et martyrs oubliés de l'Histoire vont résister à leur extermination avec un courage admirable. Sont détaillés le massacre de 40 000 civils perpétré à l arme lourde le 13 mai 1994 par l'armée, les miliciens, les villageois et de mystérieux Blancs francophones, ainsi que l abandon délibéré, à la fin juin, des derniers survivants à leurs tueurs par l'expédition militaro-humanitaire française, l'opération Turquoise. S'appuyant sur les récits de centaines de témoins, dont ceux que l auteur a lui-même recueillis à Bisesero, cet ouvrage à l'ampleur inédite donnera matière à réflexion sur un des événements majeurs de l'Histoire du XXe siècle. Il sera utile aux chercheurs tout en étant accessible à un plus large public ». La responsabilité de la France dépasse  donc selon Serge Farnel l’abandon.


Dans le cadre du 18e rendez-vous de Blois, le 10 octobre 2015, de 9 h 30 à 11 h, à la Maison de la magie, est proposé la table-ronde Le génocide des Tutsis au Rwanda : la question de la responsabilité de la France : Quelles furent les responsabilités dans son déclenchement, dans l'aide apportée à l'état rwandais, dans la lenteur de la réaction de l'ONU ?, avec pour modérateurs Joëlle DUSSEAU, Inspectrice générale honoraire, déléguée générale du parti Radical de gauche, et intervenants Pierre BRANA, Rapporteur de la mission parlementaire sur la responsabilité de la France dans le génocide des tutsis, Marcel KABANDA, Historien, Président de la formation IBUKA, expert auprès du TPI, Jean-Pierre CHRETIEN, Historien, spécialité de l'Afrique des grands lacs, et Hervé MESNAGER, Président départemental, Parti Radical de Gauche.


Le 22 mai 2016, de 9 h 30 à 18 h 30, dans le cadre de la 22e commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda, le Mémorial de la Shoah a accueilli le colloque Les archives disponibles sur le génocide des Tutsi au Rwanda : cartographie et typologie. "La construction de la mémoire a besoin d’attestation des faits. Or, l’ordonnateur des meurtres écrit et signe rarement le plan et les ordres. Tout est en filigrane des entretiens oraux et des allusions écrites. En ce qui concerne le génocide des Tutsi, ce défi est accentué par le marqueur oral de la culture. 22 ans après les événements, la création d’un fonds rassemblant l’ensemble des informations relatives à cette histoire s’avère indispensable. Cette journée dédiée permet de faire le point sur les possibilités d’accès des archives publiques et privées, un bilan des sources disponibles (sons, images, articles de presse, télégrammes diplomatiques, mais aussi des témoignages de rescapés, religieux, journalistes, diplomates, humanitaires…) et tente de définir les critères qui permettront de construire ce fonds documentaire".

I - Le témoignage comme preuve

→ 9 h 30 Ouverture Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah
→ 10 h Le rôle de l’archive dans le combat militant et historique : natures, statuts et apports
Présidence : Marcel Kabanda, historien, président Ibuka France
Jean-Pierre Chrétien, historien, directeur de recherche CNRS
Arno Klarsfeld, avocat, FFDJF
Yves Ternon, historien, université Paris 4
→ 12 h Recueil et usage du témoignage oral. Médias, thérapies, filmages
Présidence : Jeanne Allaire-Kayigirwa, juriste, présidente Ibuka Rhône-Alpes
Hélène Dumas, historienne, CNRS, LAM
Emilienne Mukansoro, psychothérapeute à Muhanga (Rwanda)
Freddy Mutanguha, directeur du Kigali Memorial Center (KMC) à Gisozi (Rwanda)


II - Dimensions internationales des archives
→ 14 h 30 Quelle postérité pour les archives judiciaires
Présidence : Stéphane Audoin-Rouzeau, historien, directeur d’études, EHESS
Jean-Damascène Bizimana, secrétaire exécutif de la CNLG (Commission nationale de lutte contre le génocide)
François-Xavier Nsanzuwera, avocat auprès de la chambre d’appel, bureau du procureur du TPIR
Ornella Rovetta, post-doctorante MMC, Université libre de Bruxelles
→ 16 h 30 Accès et valorisation des archives publiques et privées
Présidence : Jean-François Dupaquier, journaliste, écrivain
Pierre Brana, corapporteur à la Mission d’information parlementaire sur le Rwanda en 1998
Florent Geel, responsable du bureau Afrique de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme), ONG internationale de défense des droits humains
Jean-Christophe Klotz, journaliste, réalisateur
→ 18 h Conclusion
Bilan des sources et définition de critères appropriés pour la création d’un fonds documentaire sur le génocide des Tutsi
Rémi Korman, doctorant, centre de recherches historiques (CRH)
Florent Piton, doctorant, CESSMA, université Paris 7 - Diderot

Le 12 juillet 2016, à 19 h, la mairie du XXe arrondissement de Paris a proposé le débat organisé par l'EGAM (European Grassroots Antiracist Movement) et intitulé Génocide contre les Tutsis : la vérité maintenant !



Le 15 décembre 2016 à 19 h, le Mémorial de la Shoah proposa "Transmission, réconciliation : expérience théâtrale au Rwanda", en présence de Dalila Boitaud, metteur en scène, compagnie Uz et Coutumes, Marie- Odile Godard, psychologue-psychanalyste, Eliane Umuhire, Didacienne Nibagwire, Mickaël Sengazi et Christophe Lafargue, comédiens et témoins, et animée par Carole Karemera, metteur en scène, directrice artistique du Ishyo Arts Center. "22 ans après, où en est la réconciliation ? Comment, à la lumière des autres génocides, les bourreaux et les victimes peuvent appréhender le passé, le présent et le futur ? À travers le théâtre de rue, une troupe franco-rwandaise revient sur la réception par les habitants de sa tournée dans les collines rwandaises. Lectures d’extraits d’Ici et maintenant, écrit notamment sur la base d’entretiens avec des témoins rescapés de la Shoah par la compagnie Uz et Coutumes (Uzeste) et Ishyo Arts Center (Kigali)".

Le 5 avril 2017, le Centre Medem proposa, dans le cycle Cycle "Problématiques Contemporaines", Juifs et Tutsis, rencontre avec par Marcel Kabanda. "Marcel Kabanda, historien, Président de l’association IBUKA qui représente les victimes du génocide rwandais, il a été expert auprès du Tribunal international pour le Rwanda dans le procès des Médias. Co-auteur avec Jean-Pierre Chrétien de "Rwanda, racisme et génocide : l’idéologie hamitique" (2013). En l’espace d’à peine trois mois, du 7 avril à la fin du mois de juin, environ un million de Tutsi furent éliminés pour ce qu’ils étaient. En kinyarwanda, cet événement est appelé Itsembabwoko. Marcel Kabanda abordera ce qu’il appelle la mondialisation du syndrome Hutu-Tutsi. Le génocide, loin d’avoir montré les conséquences possibles du racisme, sert de légitimation à celui-ci. La continuité du racisme colonial s’observe à travers la banalisation et la négation du génocide, mais aussi à travers son intégration au sein de nouveaux délires complexistes portant sur un "axe américano-israélo-tutsi" visant le contrôle de l’Afrique centrale et la création d’un "empire Hima-Tutsi". Le lien qui s’opère entre antisémitisme et antitutsisme apparaît ici avec évidence".


Le 7 avril à 19 h 30, dans le cadre du "Dessous des cartes" (Mit offenen Karten) présenté par Emilie Aubry, Arte diffusa "Rwanda, miracle après le génocide ?" (Ruanda - Wirtschaftswunder nach dem Völkermord?) "Vingt-quatre ans après le début du génocide rwandais, déclenché le 8 avril 1997, les résultats économiques de ce nouvel îlot de stabilité dans une région bouleversée sont impressionnants : forte croissance, pauvreté en baisse, priorité à l'éducation. Derrière le "miracle économique", le pays reste aussi dirigé d'une main de fer par Paul Kagame. Comme chaque semaine, une synthèse géopolitique dense et accessible, qui donne à lire, au travers des cartes, les grandes lignes historiques, géographiques, économiques et politiques de la question examinée, et apporte un œil neuf sur le réel".



Le 7 novembre 2018 de 19 h 30 à 20 h 30, dans le cadre des Journées Européennes de la Culture et du Patrimoine Juifs des Alpes Maritimes, la loge B'nai B'rith Schlomo Altun d'Antibes organisa au Centre culturel israélite d'Antibes "Les racines juives Tutsi du génocide de 1993/1994", avec Mathias Haim Niyonzima. Conférence autour du parcours personnel  de Mathias Haim Niyonzima, avocat belge juif, rescapé Tutsi, du génocide de 1993/1994 ainsi que des relations des Tutsi avec Israël et l'Afrique au cours des 70 dernières années.

"Rwanda 1994, sur la trace des génocidaires

Arte diffusa le 1er avril 2019, dans le cadre d'"ARTE Regards" (Re: Auf den Spuren der Täter), "Rwanda 1994, sur la trace des génocidaires" (25 Jahre nach dem Völkermord in Ruanda). "Environ un million de Tutsi et de Hutus modérés ont perdu la vie lors du génocide d’avril 1994 au Rwanda. Si certains tueurs et commanditaires des massacres ont été condamnés, beaucoup de présumés coupables continuent d’échapper à la justice et vivent libres, y compris en France. Une situation inacceptable pour Alain Gauthier et son épouse Dafroza – dont la mère a été tuée durant le massacre – qui, à la tête du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), viennent en aide aux victimes. Mais ce combat pour la justice est aussi une course contre la montre, car la recherche de témoins fiables se fait de plus en plus difficile au fil des ans."

"Le Rwanda de Scholastique Mukasonga"
Arte diffusera le 27 février 2020, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst) réalisée par Fabrice Michelin, "Le Rwanda de Scholastique Mukasonga" (Scholastique Mukasongas Hügel Ruandas). "Linda Lorin nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : les collines rwandaises de l’écrivaine Scholastique Mukasonga. L’écrivaine Scholastique Mukasonga a grandi au milieu des collines du Rwanda, avant de fuir les premières tensions interethniques. Dans ses textes, elle sonde la culture d'un pays meurtri par le génocide."


"Le Rwanda de Scholastique Mukasonga"
France, 2020, 39 min
Sur Arte le 27 février 2020 à 16 h 30
Disponible du 20/02/2020 au 26/04/2020

"Rwanda 1994, sur la trace des génocidaires
Allemagne, 2019
Sur Arte le 1er avril 2019 à 13 h

« Hôtel Rwanda », film de Terry George
Royaume-Uni, Italie, Afrique du sud, 2004, 114 min
Producteur/-trice : A. Kitman Ho, Terry George
Production : Miracle Pictures/Seamus, Inside Track, Mikado Film
Scénario : Keir Pearson, Terry George
Musique : Andrea Guerra, Rupert Gregson-Williams, Afro Celt Sound System
Image : Robert Fraisse
Montage : Naomi Geraghty
Avec Don Cheadle, Sophie Okonedo, Joaquin Phoenix, Desmond Dube, David O'Hara, Cara Seymour, Fana Mokoena, Jean Réno
Sur Arte les 30 septembre à 20 h 55 et 2 octobre 2015 à 1 h 20

Visuels : © ARD/Degeto et Photos des victimes du génocide des Tutsi exposées au Mémorial de Gisozi (Kigali)© Mémorial de la Shoah.

© Cécile Marical

A lire sur ce blog :
Les citations non sourcées sont extraites d'Arte. Cet article a été publié le 30 septembre 2015, puis les 7 avril, 11 juillet et 16 décembre 2016, 6 avril 2017, 4 avril et 6 novembre 2018, 2 avril 2019.