samedi 26 décembre 2015

« Le drapeau américain hissé au sommet de l’île japonaise d’Iwo Jima - Joe Rosenthal »


Arte diffusera le 27 décembre 2015 les 12 volets de la série Pictures for Peace, ces photos entrées dans la légende (Pictures For Peace - Fotos, Die Die Welt Bewegten), de Rémy Burkel. Le 23 février 1945, le photographe américain né de parents juifs Joe Rosenthal (1911-2006), qui couvre la guerre du Pacifique, photographie des soldats américains plantant un drapeau au sommet de l’île japonaise d’Iwo Jima », en signe d’une victoire acquise après de durs combats ». Un cliché qui lui vaut le Prix Pulitzer.

Lors du Summer of Peace en 2015, Arte a proposé Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, « série documentaire dédiée aux images de guerre ou de paix qui ont marqué notre histoire récente.

« Saisir l'image choc qui fera le tour du monde, pour dénoncer la guerre ou célébrer l'espoir de paix : de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, cette série documentaire décrypte les clichés qui ont marqué l'opinion publique et notre histoire récente ».

Willy Brandt à genoux à Varsoviela poignée de main entre Rabin et Arafatla manifestation du 11 janvier 2015 à Paris, la jeune Algérienne pleurant sa famille décimée à Bentalha (Algérie)… : douze modules courts sur des photos entrées dans les consciences ». Une série souvent décevante par les commentaires révélant une incompréhension de la situation politique, « politiquement corrects », etc.

Guerre du Pacifique
Fils d’immigrants juifs russes, Joseph Rosenthal se convertit  au catholicisme lors de sa jeunesse.

Son hobby pour la photographie, il l’exerce comme photographe-reporter en 1932 pour le San Francisco News après avoir obtenu le diplôme de l’Université de San Francisco.

Réformé de l’US Army pour sa vision mauvaise, Joe Rosenthal collabore à l’Associated Press (AP), puis rejoint l’US Maritime Service comme photographe et couvre la guerre du Pacifique parmi l’US Marine Corps.

Le 23 février 1945, après des combats tragiquement éprouvants, des soldats américains plantent le drapeau national sur l’île japonaise d’Iwo Jima durement conquise après cinq jours de combats. Le photographe américain Joe Rosenthal saisit six soldats marquant ainsi leur victoire.

En 1945, il est recruté par le San Francisco Chronicle. Il y collabore jusqu’à sa retraite en 1981.

Pour Joe Rosenthal, sa photographie symbolise l’espoir de victoire né dans le cœur des Américains lors d’une guerre contre un ennemi particulièrement fort.

Oeuvre iconique
L'oeuvre iconique de Joe Rosenthal a été reproduite dans 3,5 millions de posters, 15 000 panneaux d’affichages et 137 millions de timbres. Sans que son auteur en perçoive le moindre bénéfice.

Photographe Juif pour l'Armée rouge, Evgueni Khaldeï (1917-1997) a vu cette photographie de son confrère. Il a souhaité créer le pendant photographique de l'oeuvre de Joe Rosenthal. En avril 1945, il se trouvait dans Berlin vaincue par l'Union soviétique. Staline voulait un cliché représentant la victoire sur le IIIe Reich. Khaldeï "a demandé, quelques jours plus tôt, à Grisha Lioubinsky, l'économe de l'agence Tass, de lui offrir quelques-unes des belles nappes rouges qu'il utilise lors des réunions du Parti", expliquent Pierre Bellemare et Jérôme Equer dans "Histoire secrète des 44 photos qui ont bouleversé le monde". Avec son ami le tailleur Israël Kichitser, Evgueni Khaldeï "a fabriqué dans la nuit trois drapeaux soviétiques. Le plus dur a été de réaliser le marteau et la faucille. Le premier de ses drapeaux fut planté à l'aéroport de Tempelhof où se dresse un aigle gigantesque, symbole du Reich hitlérien. Le deuxième sera érigé au sommet de la porte de Brandebourg, devant le quadrige de Johann Gottfried Schadow, sur lequel trône la déesse de la Victoire". Par manque de recul, Khaldei ne peut pas montrer Berlin. Le troisième et dernier drapeau ? Il est destiné au toit du Reichstag. Ce qui offre une belle vue de la ville, en partie détruite par les combats. Le 30 avril, à 22 h 40, alors que Berlin était encore en proie aux combats, en l'absence de photographe, un drapeau soviétique y avait été installé. Le 1er mai, les Allemands l'avaient enlevé. Le 2 mai, "devant le Reichstag, j'en ai sorti un et les soldats se sont écriés : 'Donnez-nous ce drapeau, on va le planter sur le toit'", a raconté le photographe à "Libération", en 1995. Et d'ajouter : "J'ai demandé à un jeune soldat de le tenir le plus haut possible. Il avait 20 ans, il s'appelait Alexis Kovalev. Je cherchais le bon angle, je lui ai demandé de grimper encore plus haut. Il a répondu "D'accord, mais que quelqu'un me tienne les pieds". Ce qui a été fait. La photo est partie, a plu, etc."

Ce cliché a été sciemment obscurci par son auteur pour en renforcer le caractère dramatique, et donner l'impression que les combats perdurent. En outre, il a été retouché : deux montres entouraient les poignets du soldat, qui tient son camarade brandissant le drapeau soviétique. Pour éviter d'alimenter les rumeurs et récriminations contre les pillages dus aux soldats soviétiques, l'une de ces deux montres a été supprimé de l'oeuvre diffusée.

" En 1995, Visa pour l’Image tombait trois mois après le 50e anniversaire de 1945 et de toutes les commémorations en Normandie, il fallait trouver une idée… J’ai pensé à faire se rencontrer Joe Rosenthal, auteur de la célèbre photo du drapeau d’Iwo Jiwa, avec l’auteur d’une autre photo historique avec un drapeau, celle réalisée par Khaldeï, lors de la prise du Reichstag à Berlin.... La rencontre entre Khaldeï et Rosenthal a été fabuleuse et reste l’un des plus forts moments de l’histoire du Festival. Un jour, ils sont allés tous deux déjeuner à Collioure, avec leurs interprètes respectifs. A
leur retour, visiblement ils avaient adoré les vins du Roussillon, ils riaient comme deux vieux complices. Quand je leur ai demandé pourquoi ils se marraient autant, ils m’ont répondu : « Nous avons réalisé que nous sommes Juifs tous les deux. Tu te rends compte du mal que nous avons fait à Hitler ? », s'est souvenu Jean-François Leroy, directeur du Visa pour l'Image, festival international de photojournalisme à Perpignan.

Au cimetière national d’Arlington, l’United States Marine Corps War Memorial (Iwo Jima Memorial) a été inauguré en 1954. Il est dédié à tous les membres du corps des Marines américains morts en défendant les Etats-Unis depuis 1775. Il est composé principalement d’une statue monumentale représentant cet événement saisi par Joe Rosenthal.

Certains ont allégué que Joe Rosenthal avait mis en scène sa célèbre photographie. Ce qu’a nié l’auteur de la photographie.

Son cliché a vraisemblablement influencé le photographe Thomas E. Franklin quand il a pris le 11 septembre 2001, jour des attentats terroristes islamistes aux Etats-Unis, sa célèbre photo Raising the Flag at Ground Zero où trois pompiers de Brooklyn hissent le drapeau « Stars and Stripes » (étoiles et bandes).

En 2006, Clint Eastwood a réalisé deux films relatant l’histoire de la bataille de Iwo Jima - l'un vu côté américain (Flags of Our Fathers) d'après le livre de James Bradley et Ron Powers, l'autre vécu côté japonais (Letters from Iwo Jima) - et des six soldats américains immortalisés par Joe Rosenthal.


2015
Sur Arte le 27 décembre 2015 à 3 h 35

vendredi 25 décembre 2015

« Brandt à genoux à Varsovie - Sven Simon »


Arte diffusera le 27 décembre 2015 l’ensemble des douze modules de la série Pictures for Peace, ces photos entrées dans la légende (Pictures For Peace - Fotos, Die Die Welt Bewegten), de Rémy Burkel. Lors d’un voyage officiel en Pologne, Willy Brandt (1913-1992), alors chancelier de la République fédérale allemande (RFA), s’agenouille le 7 décembre 1970 « devant le monument honorant les Juifs morts pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943 ».


Lors du Summer of Peace en 2015, Arte a proposé Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, « série documentaire dédiée aux images de guerre ou de paix qui ont marqué notre histoire récente. 

Saisir l'image choc qui fera le tour du monde, pour dénoncer la guerre ou célébrer l'espoir de paix : de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, cette série documentaire décrypte les clichés qui ont marqué l'opinion publique. 

Willy Brandt à genoux à Varsovie, la poignée de main entre Rabin et Arafat, la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris, la jeune Algérienne pleurant sa famille décimée à Bentalha (Algérie)… : douze modules courts sur des photos entrées dans les consciences ». Une série souvent décevante par les commentaires révélant une incompréhension de la situation politique, « politiquement corrects », etc.
Arte propose de « décrypter les clichés qui ont marqué l’opinion publique et notre histoire récente ».

Geste symbolique
En 1939, plus de trois millions de Juifs (9,5% de la population) vivent en Pologne sur environ 9,5 millions de Juifs en Europe. Les Nazis persécutent les Juifs, les spolient, les contraignent à survivre dans des ghettos, les tuent dans des camps d’extermination, etc. A Varsovie vivent 1 300 000 habitants, dont 380 000 Juifs, soit près d’un tiers de la population. En 1940, les Nazis y créent un ghetto. Ils vont l’enserrer par un mur de plus de trois mètres de haut, hérissé de fils de fer barbelés et étroitement surveillé. Ce ghetto surpeuplé est administré par un « conseil juif » (Judenrat) dirigé par l'ingénieur Adam Czerniakow. Environ 500 000 Juifs sont passés par ce ghetto de quatre kilomètres carrés. Des centaines de milliers de Juifs  de tous âges, enfants et adultes, y survivent entassés, dans la promiscuité, la misère et le manque d’hygiène, victimes de maladies (typhus), affamés. Certains tentent de se procurer des vivres par la contrebande ou le marché noir, avec le risque d'être arrétés et fusillés. Beaucoup y meurent de faim et d’épidémies. Le 19 avril 1943, des organisations juives déclenchent le soulèvement dans le ghetto. Pendant près d’un mois, jusqu’au 16 mai 1943, des Juifs courageux défient les Nazis qui écraseront cette insurrection. Lors de la Shoah, plus de 1,1 million d'hommes, de femmes et d'enfants sont tués au complexe concentrationnaire d’Auschwitz, dont 90% étaient juives. En 1950, on évalue à 45 000 le nombre de Juifs ayant survécu en Pologne à la Shoah.

En 1945, l’Allemagne nazie a capitulé. « Ses frontières reculent en deça de celles de 1939 jusqu’à la fameuse ligne Oder-Neisse, la ligne constituée par le cours de l’Oder et de son affluent la Neisse.

Des millions d’Allemands (Volksdeutsche) « vivent dans ces territoires perdus.

Après les accords de Potsdam signés le 2 août 1945 par Joseph Staline, Clement Attlee et Harry S. Truman, environ sept millions d’Allemands de Pologne, essentiellement en Poméranie et en Prusse, sont expulsés vers l’Allemagne et l’Autriche. Les raisons ? Créer des nations homogènes, éviter que l’Allemagne revendique à l’avenir des territoires situés au sein de ses Etats voisins à l’est, punir les Allemands pour leur bellicisme et leur soutien au nazisme, éviter des problèmes futurs constitués par une « cinquième colonne », semer les germes de dissensions entre Etats de sa sphère d’influence et leurs voisins.

Lors de ces transferts massifs de 12 à 16 millions d’Heimatvertriebene (réfugiés) de Pologne et de Tchécoslovaquie jusqu’au début des années 1950, près de 500 000 civils décèdent des suites de mauvais traitements, de maladies, de faim, d’épuisement, de privations, etc.

Au terme de ces marches forcées vers l’Ouest, seuls 12 % des Allemands d'avant-guerre sont demeurés dans ces territoires. « Les survivants se battront inlassablement pour récupérer leurs terres, leurs domaines, désormais polonais ».

La RFA a refusé de reconnaître la léglité de sa frontière orientale la séparant de la Pologne.

Or, en décembre 1970, Willy Brandt, alors chancelier (1966-1974) social-démocrate (SPD) de la République fédérale allemande (RFA) effectue un voyage officiel en République populaire de Pologne. C’est le premier séjour depuis 1945 d’un Premier ministre allemand. La RFA demande au gouvernement polonais, plutôt froid, d’insérer dans ce séjour le dépôt d’une gerbe par le chancelier devant le Mémorial à la mémoire des victimes du ghetto de Varsovie.

Le 7 décembre 1970, en signant le traité de Varsovie, Willy Brandt reconnaît cette frontière orientale – la ligne Oder-Neisse.

Puis, Willy Brandt dépose « une gerbe devant le monument honorant les Juifs  morts pendant le soulèvement du ghetto  de Varsovie  en 1943 ».

Après la signature du traité, le chancelier Willy Brandt « se rend au monument du ghetto de Varsovie pour y déposer une gerbe ». Il « avance lentement vers le monument, son visage est impassible. Il se penche sur la gerbe, en arrange les deux rubans aux couleurs de l’Allemagne. Il recule d’un pas, demeure un instant dans la pose de l’homme d’État recueilli, tel que le protocole le prévoit. Puis, soudainement, il tombe à genoux. Son visage est grave » (Jeanette Konrad).

Ancien bourgmestre gouverneur de Berlin (1957-1966), Willy Brandt « a alors ce geste inattendu et spontané de s'agenouiller » (Kniefall von Warschau, Génuflexion de Varsovie) et de demander pardon aux Polonais, et au monde entier, pour les crimes commis » par les Allemands nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, et « plus particulièrement pour ceux commis contre les Juifs ».

Cet agenouillement et cette demande de pardon sont d’autant plus remarquables qu’ils émanent de Willy Brandt, ancien opposant au régime nazi et ancien président du Bundesrat (1957-1958), donc un homme non responsable de ces atrocités commises par le régime nazi. Ce double geste, le chancelier allemand l’effectue au nom de l’Allemagne, alors divisée en une RFA et une RDA (République démocratique allemande) sous orbite soviétique.

Pendant environ une demi-minute, Willy Brandt « demeure dans ce geste de recueillement presque religieux. Puis il se relève et se détourne rapidement ».

« Il s'agenouille, lui, qui n'en a pas besoin pour tous ceux qui devraient le faire mais ne le font pas parce qu'ils n'osent pas ou ne le peuvent pas ». Le « reporter du magazine « Der Spiegel » qui assiste à la scène résume la surprise mais aussi le symbole de ce geste spontané, celui d'un opposant au nazisme qui avait trouvé refuge en Norvège, que certains de ses opposants politiques avaient qualifié de « renégat » comme d'aucuns avaient hué Marlene Dietrich à son retour à Berlin au début des années 60  » (Pascal Thibaut).

Un geste spontané ou mûrement réfléchi ? Willy Brandt déclarera « plus tard qu’il avait su, sur le chemin vers le monument, que « cette fois, ça ne serait pas comme lors d’un dépôt ordinaire de gerbe, juste en inclinant la tête ». Il dira aussi : « J’ai fait ce que font les hommes quand les mots font défaut ». Un geste non exécuté par son prédécesseur, Kurt-Georg Kiesinger (1904-1988), giflé par Beate Klarsfeld, le 7 novembre 1968, qui a alors crié « Kiesinger, Nazi ! Démissionne ! »

« Parmi les photographes officiels, Sven Simon immortalise ce moment de recueillement bouleversant qui fit le tour du monde ».

Si la reconnaissance de cette frontière a été longtemps espérée par les Polonais, l’agenouillement de Willy Brandt a suscité la controverse en RFA. Selon un sondage publié par Der Spiegel, 48% des Allemands interrogés ont considéré que cet agenouillement était exagéré,41% convenable et 11% n’avaient aucune opinion. Dans la Pologne communiste, la modeste mise de genoux allemands à terre rompt avec l’image du « mauvais Allemand », hautain, dédaigneux, cruel.

Cette « image qui fera le tour du monde deviendra le symbole de la réconciliation entre l’Allemagne et la Pologne ».

En 1971, Willy Brandt, ancien journaliste ayant couvert la Guerre d’Espagne, est distingué  le Prix Nobel de la paix « pour avoir contribué au rapprochement avec le bloc de l'Est » (Ostpolitik). Il « a grandi dans un milieu modeste de la ville hanséatique de Lübeck, et dans sa jeunesse est devenu actif au sein de la gauche politique allemande. Il s’est engagé dans le travail illégal contre les Nazis, et a du s’exiler en Norvège en 1933. Là, il a rejoint le Parti travailliste, et a soutenu la campagne pour le Prix de la paix à Ossietzky. Quand Hitler a envahi la Norvège en 1940, il a fui en Suède où, comme journaliste, il a milité pour une Norvège libre et une Allemagne démocratique. Après la guerre, Brandt s’est engagé dans la reconstruction du Parti social démocrate (SPD) d’Allemagne de l’Ouest. Il est devenu Maire de Berlin Ouest, président de parti, et Chancelier. Comme Chancelier fédéral, Brandt a obtenu la signature par l’Allemagne de l’Ouest » du TNP  (Traité de non prolifération nucléaire) le 28 novembre 1969. Il a aussi conclu un accord de non violence avec l’Union soviétique et un accord avec la Pologne qui a entraîné l’acceptation par l’Allemagne des nouvelles frontières nationales en Europe orientale effectives depuis 1945. Ces traités ont servi de bases à l’accord quadripartite sur Berlin qui a facilité les visites de familles dans les deux parties de la ville divisée  » en 1971.

Lors de la cérémonie de remise du Prix Nobel de la Paix, le 11 décembre 1971, Willy Brandt a longuement développé sa vision de la diplomatie allemande, mais sans évoquer son agenouillement devant ce Mémorial.

Le Traité de Varsovie, notamment le tracé des frontières extérieures, est confirmé et complété à Moscou par le traité dit « 2 + 4 » signé le 12 septembre 1990 par la RFA, la RDA, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS).

REPÈRES

1939. 23 août. Signature du Pacte germano-soviétique. A ce pacte de non-agression entre le IIIe Reiche et l’Union soviétique est ajouté un protocole secret concernant le partage de la Pologne par les cocontractants et l'annexion des pays baltes et de la Bessarabie par l'URSS.
29 août. Ultimatum de l'Allemagne nazie à la Pologne : l'Allemagne nazie réclame la restitution du couloir de Dantzig.
30 août. Mobilisation générale décrétée en Pologne.
31 août. A l’initiative de Reinhard Heydrich, chef de service de sécurité nazi, un commando allemand fomente un prétendu « incident » en attaquant la station radio frontalière de Gleiwitz, en territoire allemand. Et ce, afin d’agresser la Pologne.
Hitler signe la directive no 1 du plan Blanc (Fall Weiss) d'invasion de la Pologne prévue pour le 1er septembre.
5 septembre. Les frontières de la Pologne sont franchies.
17 septembre. L’Armée rouge envahit la partie orientale de la Pologne.
Pour éviter d’être capturés par l’envahisseur nazi, le Président et le gouvernement polonais fuient en Roumanie. Là, sous la pression allemande, les autorités roumaines les internet.
28 septembre. Signature à Moscou d'un traité germano-soviétique de « délimitation et d'amitié » entre Ribbentrop et Molotov, les ministres des Affaires étrangères respectivement du IIIe Reich et de l’Union soviétique.
27 septembre. Varsovie capitule.
28 septembre. Reddition des troupes polonaises encerclées à Modlin.
29 septembre. au terme du Blitzkrieg, l’Allemagne nazie et l’Union soviétique se partagent la Pologne suivant la ligne de démarcation qu’ils avaient fixée.
30 septembre. Élu en 1926, Ignacy Mościcki, Président de la République, transmet sa charge à Władysław Raczkiewicz. Celui-ci nomme le général Władysław Sikorski Premier ministre.
1er octobre. Le gouvernement de celui-ci prête serment.
22 novembre 1939-12 juin 1940. Il séjourne en France où les soldats polonaires combattent.
1940. Juin. Le gouvernement polonais s’installe à Londres (Angleterre).


« Brandt à genoux à Varsovie »
2015, 52 mi,
Sur Arte le 27 décembre 2015 à 3 h 35

A lire sur ce blog :

jeudi 17 décembre 2015

Ergy Landau (1896-1967), photographe


La galerie Christian Deydier présente des photographies d’Ergy Landau (1896-1967), artiste franco-hongroise. Evoluant du pictorialisme à la Nouvelle Vision, cette photographe humaniste est célèbre pour ses portraits, ses nus et ses reportages sur la Chine dans les années 1950. Cette artiste est une des photographes mises à l'honneur dans les expositions Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay, et dans Son modernas, son fotógrafas au Centre Pompidou à Málaga (Espagne) jusqu'au 24 janvier 2016.


Erzsi Landau naît en 1896, dans une famille Juive de Budapest, alors dans l’empire austro-hongrois.

En 1918, le célèbre photographe Franz Xaver Setzer (1886-1939), portraitiste des notables et artistes, la recrute dans son atelier à Vienne (Autriche).

En 1919, Erzsi Landau complète sa formation dans le studio Duhrkoop à Berlin (Allemagne) - Rudolf Dührkoop (1848-1918) a acquis la notoriété pour sa technique, ses portraits, son style pictorialiste. Erzsi Landau apprend à utiliser au mieux la lumière


De retour à Budapest, elle ouvre son premier studio, et noue une amitié avec László Moholy-Nagy (1895-1946), peintre,  enseignant en 1923 au Bauhaus, photographe et théoricien de la photographie. Elle le photographie, et fréquente les milieux d'avant-garde artistiques.

En 1923, elle fuit la Hongrie sous le régime antisémite de l'amiral Miklós Horthy pour Paris où elle crée le « Studio Landau ».

Elle est influencée par le pictorialisme, Alfred Stieglitz (1864-1946) , photographe et marchand d'art américain, et Edward Steichen (1879-1973), peintre et photographe américain. Elle opte pour le prénom Ergy.

En 1925, elle rencontre Moholy-Nagy à Paris, et obtient la naturalisation française.

En 1927, à Stuttgart, l’exposition du Werkbund, association d'artistes et d'industriels visant à promouvoir la recherche dans les arts appliqués et l'architecture et la qualité dans les produits industriels, présente ses photographies. Ergy Landau découvre la Nouvelle Vision photographique et importe en France le premier Rolleiflex. Son style photographique évolue du portrait au sfumato, et du pictorialisme à la Nouvelle Vision et la photographie humaniste, sous l’influence de l'architecture. Les appareils photographiques de petits formats, tels des Rolleiflex et Leica, autorisent de nouveaux angles et cadrages, et contribuent à l'apparition de la Nouvelle Vision, située dans la suite de la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit) adepte du retour au réel et à la vie quotidienne.

En 1930, dans son studio Landau situé rue Lauriston, Ergy Landau recrute comme assistantes, deux jeunes photographes, Nora Dumas (1890-1979), née Kelenföldi Telkes Nóra à Budapest, et Ylla (1911-1955), née Camilla Koffler à Vienne, qui se spécialise dans la photographie animalière. Nora Dumas et Ergy Landau réalisent des nus de leur modèle ukrainienne, Assia Granatouroff.

Ergy Landau rencontre Raymond Grosset (1911-2000) à qui elle présente les jeunes photographes originaires d'Europe centrale, notamment de Hongrie. Ses photographies sont publiées par Arts et Médecine, Jazz, Lilliput et Paris Magazine. Cette artiste crée aussi pour des annonceurs publicitaires.

En 1933, avec Charles Rado, émigré Juif hongrois ayant travaillé plusieurs années au service photo de l’éditeur berlinois Ullstein, Émile Savitry, Ylla et Brassaï, Ergy Landau co-fonde Rapho, première agence de photojournalisme en France.

En 1936, elle initie une collaboration avec le quotidien britannique Daily Mirror consistant à commenter chaque jour, pendant un an, les événements politiques au travers de portraits d’une petite fille. Une commande qu’elle ne poursuit pas jusqu’à son terme.

Elle est acquiert une notoriété pour ses portraits réalisés à Budapest, Berlin, Vienne et Paris, ainsi que pour « ses magnifiques nus qui témoignent d’une sensibilité particulière pour la représentation du corps féminin ». Elle photographie le sculpteur Bourdelle, les écrivains Thomas Mann et Paul Valéry.

Dans sa préface au livre « Enfants » d'Ergy Landau (éditions O.E.T., Paris, 1936), Marcel Aymé écrit : « Ce qui m’étonne le plus devant tous ces visages d’enfants, ce n’est ni la joie, ni la colère, ni la tristesse, qu’expriment les uns et les autres, mais, sous ces masques divers, les traits essentiels, permanents, qui annoncent déjà le caractère de l’homme. Mais interroger ainsi ces visages de bambins est un jeu qui risque d’être décevant, car cela revient à procéder par analogie avec les visages des adultes. »

Ergy Landau participe à l'Exposition Internationale de la photographie contemporaine accueillie au Musée des Arts décoratifs.

Sous l'Occupation, elle refuse de porter l'étoile jaune marquant les Juifs, et survit difficilement. En 1942, elle parvient à publier un ouvrage où elle explique la méthodologie pour photographier les enfants.

Après la Deuxième Guerre mondiale, Ergy Landau, amie du directeur du quotidien Franc-Tireur, encourage Raymond Grosset, Français Libre, à relancer l'agence Rapho dont les rangs sont rejoints par Robert Doisneau, Jean Dieuzaide, René Maltête, Janine Niepce, la suisse Sabine Weiss et Willy Ronis.

En 1954, avec notamment le journaliste et essayiste Pierre Gascar, Ergy Landau se rend en Chine, afin d’y réaliser des reportages photographiques sur la vie quotidienne, les acrobates du cirque ou le bazar à Shanghai, dans ce vaste pays. Certaines de ses photographies sont réunies et publiées en 1955 sous le titre « Aujourd’hui la Chine ».

Dans le cadre de la quatrième édition de Photo Saint-Germain, La galerie Christian Deydier  présente une sélection de ces reportages en noir et blanc.

En 1957, les éditions Calmann-Lévy publient Horoldamba, le petit mongol, livre au texte d'Yves Bonnieux, et aux photos d'Ergy Landau.

Les photographies d'Ergy Landau illustrent Le Petit chat, du romancier Maurice Genevoix.

Ergy Landau participe aux grandes expositions des années 1950, et décède en 1967.

Elle est une des photographes mises à l'honneur dans l'exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay. Dans les années 1920, Ergy Landau "donne une leçon esthétique avec ce cliché sensuel, provoquant, d'un modèle nu, allongé sur le ventre, dont le creux des épaules arquées dessine un triangle suggestif annonçant la naissance des fesses".

Du 5 novembre au 18 décembre 2015
A la galerie Christian Deydier
30, rue de Seine – 75006 Paris
Tél. : 01 40 20 97 34
Du mardi au samedi de 10 h à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30

Visuels : Ergy Landau, Sans titre, C.1954, Tirage gélatino-argentique d’époque.

Articles sur ce blog concernant :

mercredi 16 décembre 2015

« Les aventuriers de l’art moderne » d’Amélie Harrault, Pauline Gaillard et Valerie Loiseleux


Arte diffusera du 16 au 18 décembre 2015 « Les aventuriers de l’art moderne » (Die Abenteurer Der Modernen Kunst), série  en six volets intéressante d’Amélie Harrault, Valerie Loiseleux et Pauline Gaillard. Un demi-siècle d’aventures artistiques - fauvisme, cubisme, dadaïsme, surréalisme -, d’engagements politiques et d’itinéraires personnels dans une Europe bouleversée par les conflits mondiaux, la crise économique de 1929, l’avènement du nazisme, les persécutions antisémites, la Shoah, etc. Des lacunes.


A la charnière des XIXe et XXe siècles, Paris s’impose comme « ville-lumière » à l’effervescence artistique. La Ruche abrite des artistes, notamment ceux de l’Ecole de Paris.

Tableaux vivants
Associant « documents d’archive et techniques d’animation traditionnelle (peinture sur verre, papiers découpés, encre, gouache...) », la série télévisuelle Les aventuriers de l’art moderne est adaptée de la trilogie du romancier Dan Franck "Bohèmes", "Libertad !", "Minuit". Elle relate « sur le mode du récit, la vie intime des artistes et des intellectuels de la première moitié du XXe siècle, des artistes fondateurs de l'art moderne, du Montmartre de 1900 jusqu'à la Libération. Un ballet passionnant de destins croisés, superbement ressuscités par la peinture, l'illustration et l'animation ».

« Par son approche audacieuse, novatrice et visuellement splendide », cette série en six volets d’Amélie Harrault, Valerie Loiseleux et Pauline Gaillard « révolutionne le documentaire d'art : les peintures en mouvement, les dessins, les archives animées servent le propos, ajoutant une émotion visuelle à celle de l'histoire. Scandales, célébrations, tragédies et triomphes : sous le pinceau, le documentaire se transforme en tableau vivant. À travers ces photos animées et ces peintures mouvantes, Picasso, Apollinaire, Soutine, Breton et les autres aventuriers de l'art moderne ressuscitent, d'une manière troublante et magnifique ».

Malgré ses qualités esthétiques, la série documentaire souffre de son angle : éclairer un demi-siècle d'art moderne par la vie intime des artistes et intellectuels. Ce qui l'amène à relater des faits connus et à consacrer trop de temps à des détails : en quoi la rencontre entre Cocteau et Jean Marais ou les relations entre André Gide et son compagnon devenu celui de la mère de sa fille apportent-elles des informations sur le thème de la série ? C'est d'autant plus dommage que la série élude les relations des artistes Juifs avec le judaïsme, ou certaines raisons de l'arrivée de jeunes artistes Juifs : les numerus clausus antisémites dans des écoles de beaux-arts, etc. Pourquoi occulter l'antisémitisme de Jean Genêt, écrivain homosexuel encensé par Cocteau et Sartre, et son admiration pour des Nazis ? Pourquoi avoir écarté Piet Mondrian (1872-1944), pionnier néerlandais de l'abstraction dont les séjours à Paris ont fortement influé sur ses expérimentations picturales ? Pourquoi ne pas évoquer Claude Lévi-Strauss, Paul Nizan (1905-1940) ou Joseph Kessel ? Pourquoi avoir omis le Bauhaus et l'Art Déco ? Pourquoi n'avoir pas nommé les artistes Juifs déportés et tués lors de la Shoah ? Paradoxalement, alors que le documentaire est réalisé et produit par des femmes, celles-ci se voient réduite à la portion congrue. Quid de Berthe Weill (1865-1951), première des marchands d'art à vendre à Paris des toiles de Pablo Picasso et d'Henri Matisse, organisatrice de la seule exposition individuelle du vivant d'Amedeo Modigliani, et galeriste ayant lancé des artistes tels Georges Braque, Raoul Dufy, André Derain, Kees van Dongen, Marie Laurencin, Diego Rivera, Maurice Utrillo, Suzanne Valadon et Maurice Vlaminck ? Quid de Sonia Delaunay (1885-1979) ?

Premier volet. Dans le Montmartre joyeux et populaire du début du siècle, un groupe d’artistes composée, en particulier de Max Jacob (1876-1944), Pablo Picasso (1906-1916), et du poète polyglotte et éditeur Guillaume Apollinaire (1880-1918), suit une vie de bohème, entre leur atelier - le Bateau-Lavoir -, leur travail, leurs muses et modèles - Fernande Olivier (1881-1966), compagne de Picasso de 1904 à 1909 -, les galeristes, marchands d'art et collectionneurs, et accumulent les nuits blanches.

Au Bateau-Lavoir, on "entre par le premier étage", puis  on descend l'escalier. Un immeuble en bois glacial l'hiver et torride l'été. Picasso se fixe au dernier niveau, "au rendez-vous des poètes".

Van Dongen. peint Montmartre, ses boutiquières, danseuses du Moulin de la Galette, ses prostituées. Autres artistes : André Derain, le sculpteur et graveur Georges Braque né à Argenteuil, Vlaminck...

Cabaret, le Lapin Agile leur offre un lieu de rendez-vous nocturne où ils côtoient les comédiens Harry Baur et Charles Dullin, les poètes Francis Carco et Pierre Mac Orlan, l'écrivain Roland Dorgelès.

Boulevard de Rochechouart, ces artistes fréquentent le cirque Médrano, source de poèmes et tableaux. Après la "période bleue", Picasso ouvre sa "période rose".

Fernande Olivier adopte une orpheline de dix ans. Picasso peint l'enfant. Puis le couple se lasse. Trois mois après, à la demande de Fernande Olivier, Max Jacob ramène la fillette à l'orphelinat.

Marie Laurencin (1883-1956), peintre et muse, et Apollinaire s'installent ensemble. Le poète s'avère aussi jaloux que Picasso.

Marchand d'art et éditeur né à La Réunion, Ambroise Vollard (1866-1939) achète pour 2 000 francs or de tableaux à Picasso.

Collectionneurs américains juifs, Gertrude et Léo Stein découvrent Picasso chez un marchand de tableaux ancien clown. Ils l'accueillent avec Matisse dans leur domicile parisien.

Au Salon d’automne de 1905, les toiles de Matisse, aux couleurs éclatantes, suscitent un scandale : le fauvisme est né. Le Président de la République refuse d'assister à l'inauguration de l’événement parisien vilipendé par la presse. L'année suivante, Matisse expose au Salon des indépendants Le bonheur de vivre. 1907. C'est le Nu bleu de Matisse, peint après un séjour en Algérie. Un tableau d'avant-garde incompris par la critique. Pour Kandinsky, Matisse est un admirable coloriste, mais fidèle à l'impressionnisme.

Picasso explore de nouvelles voies artistiques. Il peint son Autoportrait en 1906, puis le décline et sculpte des bustes de femmes. 

Deuxième volet. La bande de Picasso. En 1907, avec le tableau « Les demoiselles d’Avignon » de Picasso, le cubisme a son oeuvre étendard et offusque... Il représente cinq femmes, dont quatre debout nues. Deux visages rappellent les statuettes ibériques montrées au Louvre, et trois faces sont influencées par les masques nègres. Les amis du peintre peinent à comprendre cette oeuvre si originale aux corps disloqués, aux arêtes géométriques.

Né dans une famille bourgeoise Juive à Mannheim (empire allemand), Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979) est familiarisé avec l’art par son grand-oncle Joseph Goldscheider à Stuttgart. Dans les musées, il apprécie Boucher, Charin, Rembrandt  et Cranach. En 1902, il s’installe à Paris et découvre la peinture impressionniste, notamment Cézanne. Il décide de devenir marchand d’art, à l’instar de ses « maîtres » : Ambroise Vollard et Paul Durand-Ruel. En 1907, Daniel-Henry Kahnweiler ouvre sa première galerie d’art rue Vignon, à Paris. Fasciné, ce jeune marchand d'art allemand comprend le caractère révolutionnaire des demoiselles d’Avignon. Picasso lui vend les dessins préparatoires de cette oeuvre révolutionnaire
 .
Daniel-Henry Kahnweiler se fait éditeur pour publier les poèmes d'Apollinaire réunis dans L'Enchanteur pourrissant illustrés par des gravures signées par Derain.

Les "Bernheim sont les marchands de Matisse, Durand-Ruel celui des impressionnistes; Ambroise Vollard celui de Cézanne, de Gauguin et des Nabis". Pour rejoindre ce cénacle, Daniel-Henry Kahnweiler parie sur Picasso, 

Avec les débuts de la reconnaissance artistique, c'est l'ère des ruptures : Picasso  emménage à Montparnasse, sur la rive gauche, dans un appartement bourgeois. En 1911, il quitte ce quartier d'artisans, de fondeurs pour un village catalan. Il reçoit et se rapproche de Braque. Tous deux peignent un tableau ensemble, dans lequel Picasso insère un collage de toile cirée, mais sans le signer.

Apollinaire est arrêté pour recel de statues ibériques. Interpellé, Picasso nie tout. Tous sont interrogés par un magistrat. Ils paniquent. Picasso est libéré. Puis Apollinaire retrouve la liberté, consterné par le comportement de son ami. Tous deux se réconcilient. Apollinaire publie Alcools (1913).

A New York, l'Armory Show présente les œuvres de Marcel Duchamp.

La fortune ne sourit pas à Max Jacob. Les couples se séparent. Picasso vit avec Eva, qui souffre de tuberculose.

Le 2 mars 1914, à l'Hôtel des Ventes de Drouot, 150 œuvres d'art moderne sont proposées. Pour la première fois, des œuvres d'art cubiste "affrontent le marché national". L'Aquarium de Bonnard part à 720 francs. Écluse à Bougival de Vlalminck "est martelé à 170 francs". Le violoncelliste de Gauguin et Fleurs dans un verre de van Gogh sont vendues chacune à 4 000 francs. Compotiers de pommes et oranges de Matisse atteint 5 000 francs.  Femmes et enfants de Picasso est adjugé à 1 100 francs. La famille de saltimbanques, de Picasso est acquis 11 500 francs or.

La Première Guerre mondiale survient. Blaise Cendrars lance un appel aux étrangers vivant en France les exhortant à s'engager pour leur pays d'accueil. Un grand nombre rejoint les rangs de la Légion étrangère.

Eva Gouel, compagne de Picasso (1911-1915), décède de tuberculose en 1915.

Le peintre Picasso et l'écrivain Max Jacob, Juif breton qui se convertira en 1915 au christianisme, réformé, restent à Paris. Braque, Derain et Apollinaire luttent sur le front. Braque est blessé, trépané, puis démobilisé en 1916. Né d'une mère polonaise dans la partie polonaise de l'Empire russe, Apollinaire attend son incorporation à Nice.

Troisième volet. En 1916, Apollinaire est blessé : des éclats d'obus ont perforé sa tempe. Il est opéré, et guérit. Le documentaire montre des images émouvantes de jeunes blessés.

Paris a changé. La guerre, la misère, le couvre-feu...

De nombreux artistes, tel Chagall, vivent et travaillent à La Ruche, pour un loyer faible. Dans une impasse, la sculptrice Marie Wassilieff tient une cantine les rescapés de la conscription et du Bateau-Lavoir, ainsi que les artistes de la Ruche.

Carrefour Vavin, au  Dôme et à la Rotonde, les artistes peuvent y rester des heures à débattre, à observer les passants, s'y laver dans les lavabos.

Né dans une famille Juive pauvre d'un village de Lituanie, ayant vécu dans un ghetto, le peintre Chaïm Soutine (1893-1943) y prend des cours de français avec une répétitrice. Il a représenté un rabbin dans un dessin. La sanction est dure et influera ses œuvres représentant des chairs à vif. Il peint sur des croûtes achetées au marché aux Puces de la porte de Clignancourt. Insatisfait, il déchire ses œuvres, quitte à les recoudre ensuite... Souffrant d'un ver solitaire, Soutine excellent dans l'expressionnisme violent.

Kikoïne, Chana Orloff, Zadkine... Tous appartiennent à l'Ecole de Paris, une école informelle.

1916. À Montparnasse, des artistes, français et  étrangers peinent à gagner leur vie. Chaïm Soutine (1893-1943) devient l'ami d'Amedeo Modigliani (1884-1920), peintre et sculpteur italien né dans une famille juive livournaise. Souriant, affable, beau, Modigliani dessine rapidement. L'opposé de Soutine, peu soigné, sale. La poussière encombre les poumons de Modigliani lors de son travail de sculpteur.

En 1917, Croix de guerre, naturalisé français, devenu irritable et inquiet, Guillaume Apollinaire retrouve Max Jacob.

Ambulancier pendant la guerre, démobilisé, Jean Cocteau recherche l'affection de Picasso. Au théâtre du Chatelet, est créé en 1917 Parade, ballet aux costumes et décors de Pablo Picasso, et une musique d'Erik Satie, et un poème de Cocteau. Huées du public. Cette œuvre inspire Guillaume Apollinaire qui forge le néologisme "surréalisme," adopté ensuite par André Breton et Philippe Soupault.

Apollinaire monte sa pièce Les mamelles de Tirésias, sous-titrée « drame surréaliste ». Il est affecté au bureau de presse du ministère de la Guerre, ou censure. Il partage la vie de Jacqueline.

En juillet 1918, Picasso épouse Olga Khokhlova, ballerine des Ballets russes de Diaghilev.

Souffrant de tuberculose, Modigliani s'éprend de Jeanne Hébuterne (1898-1920), fille de catholiques pratiquants hostile à leur union. Il travaille souvent chez Tadeusz Borowski, marchand d'art. Les artistes et modèles fréquentent cet appartement.

Né dans une famille juive de Cracovie (Pologne), combattant dans les tranchées, Moïse Kisling (1891-1953) a reçu la nationalité française.

A la fin de la Première Guerre mondiale, le poète Apollinaire meurt de la grippe espagnole. Une maladie qui décime 21 millions de personnes dans le monde en quelques années. Son enterrement marque la fin de la bohème.

Les touristes, surtout américains, reviennent à Paris.

En janvier 1920, Modigliani malade, est hospitalisé. Il décède d'une méningite tuberculeuse. Sa veuve enceinte de leur second enfant se suicide. Kisling a payé les frais de l'enterrement. Une foule silencieuse assiste à l'enterrement au cimetière du Père Lachaise, près de la tombe d'Apollinaire.

Quatrième volet. "En réponse à l’absurdité de la guerre, la révolution dadaïste et surréaliste est en marche".

Les poètes André Breton et Philippe Soupault se rencontrent à l'initiative d'Apollinaire. Ils prisent l'écriture automatique et publient en 1920 Champs magnétiques. Tristan Tzara les rejoint.

Au café La Source, Louis Aragon (1897-1982) les retrouve. Etudiant en médecine, il sert au service des Aliénés et vit avec Nancy Cunard, égérie britannique généreuse. Sa culture impressionne Breton. 

À la tête des mouvements dadaïste et surréalistes, influencé par les théories de Freud, André Breton et Louis Aragon, entourés du photographe Man Ray (1890-1976), du poète Robert Desnos (1900-1945), appelé le "dormeur éveillé", et tant d’autres. 

Né Emmanuel Radinsky dans une famille d'immigrés Juifs russes à Philadelphie, Man Ray vit pendant six ans avec son modèle Kiki de Montparnasse (1901-1953) peinte par Foujita et Kisling. Dans son atelier, ce peintre explore la photographie et saisit Picasso en toréador, Tzara et son monocle, Antonin Artaud, Marcel Duchamp, qui joue aux échecs, Picabia, "Je ne suis pas ton violon d'Ingres", lui lance Kiki.

Tous passent la nuit au Jockey, boite de nuit.

Grâce aux achats de ses œuvres par le Dr Barnes, Soutine se métamorphose, découvre la mer. Peint des carcasses, souvenir de la sanction infligée alors qu'il était enfant pour avoir peint des images iconoclastes. Puanteur et décomposition des carcasses induisent l'intervention du service d'hygiène.

Aragon emménage dans un immeuble rue du Château où vit le poète Jacques Prévert. Ils jouent aux petits papiers... Lors d'une fête en hommage à Maïakovski, Aragon rencontre Elsa Triolet (1896-1970), née Ella Kagan et belle-sœur du poète russe. Elsa Triolet s'éprend d'Aragon, toujours lié par une passion à Nancy Cunard. 

En 1929, Man Ray est abordé par la jeune Lee Miller qui souhaite devenir son élève. A la Coupole, Kiki attend Man Ray. Elle est devenue peintre et est élue reine de Montparnasse.

Picasso "vit entre deux femmes", son épouse Olga et Marie-Thérèse Walter (1909-1977).

Salvador Dalí le rencontre avant de visiter le Louvre, et "rebat les cartes". Il se lie avec le poète Paul Eluard marié à Gala qu'il avait partagé avec Max Ernst. En 1929, Dalí invente une nouvelle manière de peindre, laissant s’exprimer son inconscient. Il "succombe au charme froid de Gala". Il s'est lié au poète Garcia Lorca et au réalisateur Luis Buñuel. En 1929, celui-ci tourne Un chien andalou,  court métrage surréaliste, sur un scénario de Dalí. Breton souhaite exclure Dalí du groupe surréaliste.

Cinquième volet : au début des années 1930, la montée du fascisme conduit les artistes à s’engager. 

Dès 1936, la guerre d’Espagne mobilise : l'écrivain André Malraux, les photoreporters Robert Capa, né dans une famille juive de Budapest, et Gerda Taro (1910-1937), né dans une famille juive à Stuttgart, soutiennent les Républicains. 

André Malraux est membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, et contribue à la création de la Ligue mondiale contre l'antisémitisme (LICA, future LICRA). En 1936, cet auteur distingué par le Prix Goncourt en  1933 crée l'escadrille internationale España en réunissant une vingtaine de Potez 540, qu'il dirige avec le grade de colonel jusqu'en 1937. En 1938, il co-réalise avec Édouard Corniglion-Molinier le film Espoir, sierra de Teruel (1938). 

Le 26 avril 1937, en appui du coup d'État nationaliste contre le gouvernement de la Seconde République espagnole, les avions de la Légion Condor allemande nazie et de l'Aviation Légionnaire italienne fasciste, bombardent - bombes incendiaires et explosives - Guernica, village basque. Cette tragédie bouleverse et inspire à Picasso sa célèbre toile. Une oeuvre picturale monumentale commandée par le gouvernement espagnol pour l'Exposition universelle à Paris en 1937.

Dernier épisode : la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939.

Nombre d’artistes et d’intellectuels, essentiellement juifs, fuient l’Europe et surtout le IIIe Reich conquérant. 

Ceux qui demeurent en France s'efforcent de survivre sous le régime de Vichy, de peindre, de composer et d’écrire pour combattre l’Occupant nazi ou pour continuer d’exister. Certains collaborent, d'autres résistent, beaucoup s’accommodent, sont attentistes.
    

« Les aventuriers de l’art moderne  », par Amélie Harrault, Pauline Gaillard
Adaptation et scénario de Dan Franck
Narratrice : Amira Casar
Musique de Pierre Adenot
Silex Films, Financière Pinault, Arte, CNC, 2015
Bohème (1900-1906),  Die Zeit der Bohème (1900-1906) : le 16 décembre 2015 à 20 h 55 (49 min)
La bande de Picasso (1906-1916), Picasso und Co (1906-1916) : le 16 décembre à 21 h 45 (51 min)
Libertad ! (1930-1939), Libertad! (1930-1939) : le 18 décembre à 22 h 25 (53 min)
Minuit à Paris (1939-1945), Mitternacht in Paris (1939-1945) : le 18 décembre 2015 à 23 h 20 (53 min)

Visuels : © Silex Films/Financière Pinau

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur la série sont d'Arte.

mardi 15 décembre 2015

« La famille Stein : la fabrique de l'art moderne » d’Elizabeth Lennard



Arte a diffusé « La famille Stein : la fabrique de l'art moderne » (Die Geschwister Stein, Mäzenz der modernen Kunst, 2011), documentaire d’Elizabeth Lennard. L’histoire de la fratrie Juive américaine Stein – Leo, Gertrude et Michael -, émigrée à Paris au début du XXe siècle, mécène et amie de maitres de l’avant-garde artistique - Cézanne, Matisse, Picasso, Gris – dont elle a acquis les premières œuvres exposées dans leurs appartements aux murs transformés en cimaises de musées d’art moderne. Dès le 16 décembre 2015, Arte diffusera Les aventuriers de l'art modernesérie de Amélie Harrault et Pauline Gaillard.


Juifs d’origine allemande, les Stein vivent en Californie. Le père, Daniel Stein, s’est enrichi grâce à des investissements à San Francisco, et y détient notamment une compagnie de tramway.

A la mort prématurée de Daniel Stein, Michael, son fils et l’ainé des cinq enfants, reprend l’affaire familiale qu’il fait prospérer par le rachat d’entreprises rivales. Il constitue ainsi un grand réseau de transports.

Des collectionneurs avisés

Fin 1902, après un séjour au Japon et dans divers pays européens, après des études en dilettante de médecine et de droit, Leo Stein s’installe à Paris. Gertrude Stein, sa cadette de deux ans et future femme de lettres, l’y rejoint rapidement. Elle considère son frère Leo comme son mentor et modèle.

Peu après, Michael et son épouse Sarah s’établissent eux aussi à Paris, dans le même quartier de Saint-Germain-des-Prés.

Sans être millionnaire, la famille Stein est aisée et bénéficie d’un taux de change favorable.

Passionné d’art, curieux, aiguillonné par l’historien d’art Berenson, Leo Stein découvre Cézanne.

Dans leur appartement respectif, les Stein exposent les tableaux de jeunes artistes d'avant-garde : Picasso, Juan Gris, etc. S’y pressent tous les amateurs d’art et artistes intéressés par les recherches plastiques contemporaines, celles des fauves ou des cubistes. Sans préjugé.

Si Michael et Sarah, privilégient Matisse, Leo et Gertrude (puis Gertrude et sa compagne Alice B. Toklas) préfèrent Cézanne, Picasso, Gauguin ou Juan Gris.

Un film à la construction un peu décousue, coproduit par RMN-Grand Palais qui présente la passionnante exposition Matisse, Cézanne, Picasso... L’aventure des Stein.

d’Elizabeth Lennard
France, 2011, 52minutes
Artline Films, RMN-Grand Palais, Arte France et AVRO
Diffusion le 12 novembre 2011 à 22 h 25

Articles sur ce blog concernant :
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Cet article a été publié le 11 novembre 2011.