Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
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dimanche 15 avril 2018

« Vienne avant la nuit » par Robert Bober


Arte diffusera le 17 avril 2018 « Vienne avant la nuit » (Wien vor der Nacht), film réalisé par Robert Bober. Auteur de plus de cent films, « l’écrivain et réalisateur Robert Bober arpente Vienne sur les traces de son arrière-grand-père juif. Une émouvante quête identitaire doublée d’un portrait, nourri de littérature, de la métropole autrichienne avant le nazisme ».


« Documentariste (Récits d’Ellis Island, coréalisé avec Georges Perec) et écrivain français, Robert Bober » naît en 1931 à Berlin, en Allemagne. En août 1933, sa famille juive fuit le nazisme et s’installe en France. 

En juillet 1942, elle échappe à la rafle du Vél d’Hiv. Robert Bober arrête sa scolarité après le certificat d’études primaires, et à 16 ans débute son apprentissage comme tailleur. Un métier qu’il abandonne à l’âge de 22 ans. 

Il s’oriente alors vers la poterie et élabore des projets thérapeutiques pour des enfants malades, orphelins traumatisés, désocialisés depuis la guerre.

Autre tournant décisif : dans les années 1950, Robert Bober rencontre François Truffaut qui le choisit comme assistant pour Les Quatre Cents coups (1959), Tirez sur le pianiste (1960), Jules et Jim (1962).

En 1967, Robert Bober réalise Cholem Aleichem, un écrivain de langue Yiddish, son premier documentaire, pour l’ORTF.

Sa filmographie évoque l’après-guerre, les effets de la Shoah, son histoire familiale de réfugié juif allemand - La génération d'après (1971) et Réfugié provenant d'Allemagne, apatride d'origine polonaise (1976)- et l'affaire Dreyfus.

Dans les années 1980, Robert Bober et le journaliste Pierre Dumayet conjuguent leur talent pour des documentaires (ReLectures pour tous) sur des écrivains – Marcel Proust, Paul Valéry, Gustave Flaubert, Raymond Queneau, Georges Perec… - et peintres : Van Gogh, Alechinsky.
      
C’est en 1979 que Robert Bober réalise, avec Georges Perec, son documentaire le plus célèbre : Récits d’Ellis Island (INA, 1979). La première partie, Traces, est centrée sur l'arrivée des émigrés de 1892 à 1924 à Ellis Island. La seconde, Mémoire, se focalise à New York, sur les émigrants juifs et italiens dont Ellis Island a été la porte d’entrée aux États-Unis.

En 1999, les éditions P.O.L ont publié Récits d'Ellis Island, histoires d'errance et d'espoir, de Georges Perec et Robert Bober "De 1892 à 1924, près de seize millions d’émigrants en provenance d’Europe sont passés par Ellis Island, un îlot de quelques hectares où avait été aménagé un centre de transit, tout près de la statue de la Liberté, à New York. Parce qu’ils se sentaient directement concernés par ce que fut ce gigantesque exil, Georges Perec et Robert Bober ont dans un film, Récits d’Ellis Island, histoires d’errance et d’espoir, décrit ce qui restait alors de ce lieu unique, et recueilli les traces de plus en plus rares qui demeurent dans la mémoire de ceux qui, au début du siècle, ont accompli ce voyage sans retour. Notre livre se compose de trois grandes parties. La première restitue, à travers une visite à Ellis Island et à l’aide de textes et de documents, ce que fut la vie quotidienne sur ce que certains appelèrent « l’île des larmes ». Dans la deuxième, « Description d’un chemin », Georges Perec évoque sa relation personnelle avec les thèmes de la dispersion et de l’identité. La troisième, « Mémoires », reprend les témoignages d’hommes et de femmes qui, enfants, sont passés par Ellis Island et racontent leur attente, leur espoir, leurs rêves, leur insertion dans la vie américaine."
  
Publié en 1993, Quoi de neuf sur la guerre ?, premier roman de Robert Bober, est distingué en 1994 par le Prix du Livre Inter. L’intrigue se déroule dans un atelier de confection pour femmes de la rue de Turenne, dans un quartier alors populaire du Marais où habitaient de nombreux Juifs. "Quoi de neuf sur la guerre ? En principe rien, puisqu’elle est finie. Nous sommes en 1945-1946, dans un atelier de confection pour dames de la rue de Turenne, à Paris. Il y a là M. Albert, le patron, et sa femme, Léa. Leurs enfants, Raphaël et Betty. Léon, le presseur. Les mécaniciens, Maurice, rescapé d’Auschwitz et Charles dont la femme et les enfants ne sont pas revenus. Et les finisseuses, Mme Paulette, Mme Andrée, Jacqueline. Et il y a l’histoire de leurs relations et de leur prétention au bonheur. Dans l’atelier de M. Albert, on ne parle pas vraiment de la guerre. On tourne seulement autour même si parfois, sans prévenir, elle fait irruption. Alors les rires et les larmes se heurtent sans que l’on sache jamais qui l’emporte. Alors, « ceux qui ont une idée juste de la vie » proposent simplement un café ou un verre de thé avec, au fond, un peu de confiture de fraises. 1981-1982. Le journal intime de Raphaël, alors qu’en France progressent les activités antisémites. Trente-cinq ans après, quoi de neuf sur la guerre ? Rien de neuf sur la guerre. Parce que, comme le disait M. Albert en 1945 : « Les larmes c’est le seul stock qui ne s’épuise jamais. »

Dans Berg et Beck (1999), Robert Bober relate la vie d’enfants juifs, rescapés de la Shoah, et devant survivre sans leurs parents déportés et assassinés dans les camps nazis. "Berg a vingt ans. Beck en a onze. Un jour pourtant ils avaient le même âge. Ils habitaient la même rue, allaient dans la même école. Le matin du 8 juin 1942, ils se sont attendus pour y arriver ensemble. Une étoile jaune était cousue sur le côté gauche de leur poitrine. Quelques semaines plus tard, Beck fut arrêté avec ses parents. Parce qu’on ne parla plus de lui, Beck ne manqua à personne. Et on oublia sa voix et son visage. en 1952, Berg devient éducateur dans une maison d’enfants de déportés « avec la tâche insurmontable de leur apporter une consolation » et où pourtant parce qu’il y a le jazz et les Marx Brothers, la bicyclette et les cerfs-volants, il y aura aussi des instants de joie, des moments de vie volés. Et c’est dans ce lieu que Berg retraverse toutes ces années qui l’ont séparé de Beck. De Beck trop tôt, trop vite en allé. Il lui écrit alors des lettres qui, bien sûr, ne sont pas faites pour être lues, mais pour « garder intacts nos onze ans puisque c’est l’âge que tu as gardé » et « que ce n’est pas parce que tu ne répondras pas que l’histoire va devoir se passer de toi ».

Robert Bober a été distingué par le Grand prix (1991) de la Société civile des auteurs multimédia (SCAM) pour l’ensemble de son œuvre.

Film-essai
Robert Bober « n’a pas connu son arrière-grand-père maternel, mort en 1929, deux ans avant sa naissance ».

« Ce lointain aïeul, ferblantier dont il a conservé deux somptueux chandeliers, n’a pourtant cessé d’éveiller en lui le besoin d’éclairer ses origines, de remonter le fil d’une transmission nimbée de flou ».

Étayée de photographies familiales, cette « (en)quête identitaire a conduit le réalisateur à Vienne, sur les traces de son ancêtre ». Robert Bober  en a tiré un documentaire sorti en France en 2017 et un livre publié par les éditions P.O.L. 

Né en 1853, Wolf Leib Fränkel a quitté son shtetl polonais la cinquantaine venue, à la poursuite du rêve américain ».

En 1904, « refoulé à Ellis Island, il a posé ses valises dans Leopoldstadt, le quartier juif de la capitale autrichienne, à son retour d’exil avorté ». 

« De la grande roue du Prater à la Heldenplatz, où Hitler proclama l’Anschluss en mars 1938, du fameux Café Central aux allées du Zentralfriedhof, le cimetière déserté où repose le patriarche, sous les herbes folles et le regard des biches, ce voyage dans le temps ravive les écrits et les destinées des grands auteurs juifs viennois – de naissance ou de passage – du début du XXe siècle : Stefan Zweig, Arthur Schnitzler, Joseph Roth… »

La « littérature, l’histoire et l’imaginaire viennent ainsi combler les brèches d’une mémoire fragmentaire, pour dessiner le double portrait mélancolique de cet arrière-grand-père – dont la vie défile, en gravures, par la fenêtre d’un train inspiré de l’adaptation par Max Ophüls de Lettre d’une inconnue de Zweig – et de la Vienne trépidante de la Belle Époque, avant que les ténèbres nazies n’engloutissent son cosmopolitisme. Et, avec lui, la majorité des visages réunis autour de Wolf Leib Fränkel sur la photo de famille prise à l’occasion de ses 75 ans ».

CITATIONS DE ROBERT BOBER

« Les larmes, c'est le seul stock qui ne s'épuise jamais. » (Quoi de neuf sur la guerre ?, P.O.L)

« Le passé, ce passé-là surtout, a besoin de notre mémoire et les morts de notre fidélité. » 

« Venu de Pologne et arrivé à Ellis Island le 8 juin 1904, Wolf Leib Fränkel, mon arrière-grand-père fut refoulé en raison d’un trachome. Retraversant la vieille Europe, il décida de s’arrêter à Vienne, en Autriche, où il reprit sa profession de ferblantier. C’est là qu’il mourra. En 1929. Né deux ans après, je ne l’ai donc pas connu. Pourtant, j’ai le sentiment que quelque chose de lui m’a été transmis. Il fut l’exact contemporain de Stefan Zweig, d’Arthur Schnitzler, de Joseph Roth, de Franz Werfel, de Sigmund Freud, ces auteurs qu’il m’a semblé en les lisant retrouver quelque chose de ce qui me relie à ma propre histoire et qui, comme mon arrière-grand-père, allaient m’accompagner dans la recherche et l’affirmation de mon identité ».

« Au commencement, il y avait Wolf Leib Fränkel, mon arrière-grand-père.
Après, sont venus Max Ophuls et Martin Buber.
Et Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Stefan Zweig, Franz Kafka, d’autres encore.
Bien plus tard, Georges Perec, Thomas Bernhard, Paul Celan.
Entre-temps, il y a eu la montée du national-socialisme.
Avant, bien avant, Menahem-Mendel de Kotzk disait que ne manquer de rien était la pire des malédictions.
Mais lorsque le monde s’obscurcit, pensait Wolf Leib Fränkel, est-ce mieux ? »


Allemagne, France, Autriche, Les Films du Poisson, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2016, 1 h 20
Sur Arte le 17 avril 2018 à 0 h 25, le 26 avril 2018 à 2 h 35

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Les citations sont d'Arte.

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