Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 31 mai 2019

Les Compagnons de la Libération


Les Compagnons de la Libération sont membres de l'ordre de la Libération, institué le 16 novembre 1940 par le général de Gaulle, « chef des Français libres ». Ce titre a été décerné pour récompenser les personnes, les unités militaires et les collectivités civiles se distinguant "dans l'œuvre de libération de la France et de son empire". Ainsi, ils étaient "1 038 personnes, cinq communes - Paris, Île-de-Sein, Nantes, Grenoble et Vassieux-en-Vercors - dix-huit unités combattantes dont deux bâtiments de guerre" lors de la signature du décret de forclusion de l'ordre de la Libération, le 23 janvier 1946. En mai 2019, Le Monde évoque les Compagnons de la Libération dans son hors-série L'Esprit de résistance.

Pierre Clostermann (1921-2006)
Romain Gary, des « Racines du ciel » à « La Vie devant soi »
Max Guedj (1913-1945), héros méconnu de la France libre
« Ceux de Normandie-Niémen » d’Yves Donjon

Le 16 novembre 1940, le général de Gaulle crée L’Ordre de la Libération pour « récompenser les personnes ou collectivités militaires et civiles qui se sont signalées de manière exceptionnelle dans l’œuvre de Libération de la France et de son Empire. Il puise dans l’histoire de France et de la chevalerie le modèle qui l’inspire. Plus qu’une simple décoration, c’est une véritable phalange de combattants exceptionnels, réunis en un même combat, qu’il veut susciter ».

Le général de Gaulle « répugne à décerner la Légion d’Honneur, largement attribuée par Vichy et dont le Maréchal Pétain a reçu le collier de Grand Maître le 26 juillet. Il connaît les vertus de l’émulation et souhaite mettre en exergue des figures de courage et d’action au service de la libération de la France et de son Empire ».

Il entend distinguer les résistants, peu nombreux, l’ayant rallié dans des circonstances difficiles, venus d’horizons variés, unis par leur amour de la France, la volonté de la libérer de l’occupant nazi, le rejet du gouvernement de collaboration dirigé par le maréchal Pétain, et résistant dans la France Libre et la Résistance intérieure.

En « instituant leur ordre, le général de Gaulle a redonné tout son sens au mot de ‘compagnon’ et réinventé cette fraternité sur laquelle notre République s'est construite ».

Au total, 1038 personnes, de tous horizons, cinq communes (île de SeinVassieux-en-Vercors) et 18 unités combattantes, sont décorées de la Croix de la Libération. Parmi elles, six femmes, dont Berty Albrecht, et 25 nationalités sont représentées (le général Dwight EisenhowerWinston ChurchillS.M. Mohammed V). Notons que 238 Croix sont attribuées à titre posthume. En 1945, 720 Compagnons étaient vivants. Le romancier et ministre André Malraux (1901-1976), célèbre Compagnon, écrit : « L’Ordre est un cimetière. Nous parlons au nom de nos survivants, qui parlent au nom de leurs morts, qui parlent au nom de tous les morts ». Evoquons la mémoire du Wing Commander de la RAF Max Guedj (1943-1945) et de Pierre Clostermannas du "Grand  cirque".

Après guerre, l’Ordre donne à la France 36 ministres, 71 députés, 13 sénateurs, 34 maires, 80 officiers généraux ou amiraux et trois maréchaux de France. Citons le juriste et Prix Nobel de la Paix 1968 René Cassin ou François Jacob (jeune médecin militaire et Prix Nobel de Physiologie en 1965).

Le projet de l’insigne – Croix de la Libération, seul grade – est « réalisé par le capitaine des Forces françaises libres Tony Mella et la maquette est exécutée par la succursale londonienne du joaillier Cartier. Les couleurs du ruban ont été choisies de façon symbolique : le noir, exprimant le deuil de la France opprimée par les envahisseurs, le vert, exprimant l'espérance de la Patrie ».


Au « revers de l'écu, est inscrite en exergue la devise « PATRIAM SERVANDO - VICTORIAM TULIT » (« En servant la Patrie, il a remporté la Victoire ») ».

"1940-1945 une « chevalerie exceptionnelle »

Dans le cadre du 70e anniversaire de l’appel du général de Gaulle le 18 juin 1940 et du 30e anniversaire de la mort de Romain Gary (1914-1980), la Fondation Charles de Gaulle, le ministère français de la Défense (Secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants) et la Chancellerie de l’Ordre de la Libération ont proposé l’exposition itinérante "1940-1945 une « chevalerie exceptionnelle », Romain Gary présente les Compagnons de la Libération" reprenant la formule du général. Rappelant le contexte de la défaite française, cette exposition didactique reprend les réponses inédites aux 43 questions adressées par l’écrivain Romain Gary à certains de ses frères d’armes, Compagnons de la Libération, pour évoquer les résistances, intérieure et extérieure, au régime de Vichy et à l’occupation nazie, les valeurs et le patriotisme de ces combattants. 

Quatre-vingt cinq témoignages écrits et sonores de Compagnons de la Libération soulignant leur patriotisme, leur peur et leur courage, 250 photos, cinq films dont deux projections sur grand écran, des cartes, une borne interactive, des panneaux historiques bilingues français-anglais visent à sensibiliser un public de tout âge à cette épopée.

En forme d’une Croix de Lorraine lumineuse, le parcours débute et s’achève par des espaces dévolus à Romain Gary.

L’axe majeur précise le contexte historique, la défaite française contre l’armée allemande, l’instauration du régime de Vichy, les premières résistances, à l’intérieur et à l’extérieur de la France, le premier statut des Juifs en 1940, rend hommage à des figures historiques (Jean Moulin, Félix Eboué)…

« Le plus grand moment de ma vie, ce fut la Croix de la Libération » (Romain Gary)
Romain Gary naît Roman Kacew en 1914, dans une famille juive de Vilno (Lituanie).

Son enfance est marquée par la Première Guerre mondiale : exode contraint vers la Russie, père enrôlé dans l’Armée russe et dont la trace est perdue. Dotée d’une grande volonté, sa mère « devient son unique repère », l’entourant « d’un amour débordant et exigeant ».

Tous deux fuient à Varsovie (Pologne), et arrivent en France où ils s’installent à Nice en 1928. Romain découvre la France dont il a tant rêvé.

Soldat en 1939, il est fasciné par les aviateurs, Guynemer, Mermoz, et par le journaliste et écrivain Kessel. Il postule à une préparation militaire supérieure à l’Ecole de l’Air.

En 1940, après la défaite de la France, il rejoint Londres et le général de Gaulle, via Casablanca (Maroc).

Il choisit comme nom de guerre « Romain Gary » (en russe, « Brûle ! »). Un pseudonyme qu’il gardera ce nom toute sa vie. La « France Libre devient sa seule famille lorsqu’il apprend le décès de sa mère, malade, en 1941 ».

Romain Gary est affecté au groupe de bombardement Lorraine. Début 1944, Romain Gary, observateur-navigateur, et son pilote Arnaud Langer sont blessés lors d’une mission de bombardement sur la France et accueillis à leur retour à la base en héros. La Croix de la Libération leur est attribuée le 20 novembre 1944.

Suivant l’injonction maternelle qui prédisait un destin d'ambassadeur, Romain Gary entame en 1945 une carrière diplomatique et publie Education Européenne, premier roman d’une œuvre diverse. Deux de ses œuvres – Les racines du ciel (1956) et La vie devant soi (1975) signé Emile Ajar - seront exceptionnellement récompensées par le Prix Goncourt.

En 1976, l’éditeur Lattès lui commande un livre sur les Compagnons. Enthousiasmé par le projet, Romain Gary élabore un questionnaire : il cherche à découvrir leurs « leviers intérieurs », les éléments qui les poussèrent à résister. Questions : « A quel moment avez-vous pris votre décision de continuer la lutte ? L’appel du général de Gaulle a-t-il été déterminant ou simplement propice ? », « Certains compagnons indiquent qu’ils n’acceptaient pas d’être vaincus. Pouvez-vous indiquer votre point de vue ? », « Si vous écriviez un livre sur les Compagnons de la Libération, que souligneriez-vous plus que tout le reste ? »…

Il demande à Jérôme Camilly, journaliste-reporter, d’enquêter auprès de ses frères d’armes. Il songe à trouver dans ce thème une source d’inspiration. Le projet n’aboutira pas. Ce questionnaire, des témoignages confiés et les écrits de Compagnons constituent le fil du parcours de cette exposition.

Publié quelques mois avant sa mort, Les Cerfs-volants, dernier roman de Romain Gary, porte sur cette période matrice dans sa vie.

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980.

Des Compagnons de la Libération
Interrogés par un des leurs, ces Compagnons répondent avec précision, sincérité et modestie. Leurs témoignages, écrits ou sonores, sont rendus publics pour la première fois.

A la question : « Aviez-vous plutôt le sentiment d’être guidé par votre sens de l’honneur humain en général, de la dignité humaine, ou par des considérations strictement nationales ? », Pierre Dureau répond : « J’étais de famille chrétienne. Le nazisme, c’est la négation du christianisme, au même titre que l’antisémitisme ». Quant à Jacques Baumel, il se souvient : « Méfions-nous des grands mots ! J’ai été guidé par le respect de l’homme, le respect de la dignité humaine, de la liberté. J’exècre ces deux régimes, puisque je ne les mélange pas, le régime nazi et le régime de Vichy. L’un étant cruel, l’autre fourbe »

A la question : « Pouvez-vous donner un aperçu des périls que vous avez courus, de ce que vous pouvez considérer comme « victoire personnelle » dans ces actions ? », José Aboulker répond :
« La seule victoire personnelle, au moment du débarquement allié à Alger, c’était de ne pas avoir abandonné le soir du 7 novembre notre entreprise qui paraissait vouée à l’échec. Sur les 800 camarades qui devaient faire la prise insurrectionnelle d’Alger, la moitié ont manqué. En face de nous, il y avait les chefs vichyssois qui avaient pris l’habitude de la défaite : j’étais sûr que nous l’emporterions ».
L’exposition « fait résonner encore la mémoire de ceux qui ont combattu pour elle et vise à sensibiliser les jeunes générations à l’engagement de ceux qui ont combattu pour une France libre ».

Le 6 octobre 2016, les Rendez-vous d'Histoire de Blois proposèrent la table-ronde "Partir pour résister : la résistance extérieure des Français Libres" : "La résistance extérieure des Français libres impliquait de partir de France pour continuer le combat. Engagés sur tous les fronts, ces exilés volontaires eurent également le souci de maintenir un lien avec la France occupée". Le modérateur en sera Robert Bresse, Président de la Fondation de la France Libre, Robert Belot, Professeur des universités, Jean-François MURACCIOLE, Professeur des universités, Guillaume PIKETTY, Professeur d'histoire à Sciences Po Paris, Sébastien ALBERTELLI, Agrégé d'histoire.

La Mairie du IXe arrondissement de Paris a accueilli l'exposition Résister ! Les Compagnons de la Libération 1940-1945, proposée par le Musée de l'Ordre de la Libération.

"Une vie d'engagement - Les Compagnons de la Libération dans la Grande guerre"
Cette exposition est réalisée par le musée de l’Armée et le musée de l’ordre de la Libération, dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre. Elle se déroulait dans les galeries de la cour d’honneur en accès libre et gratuit.

"Les 1038 compagnons de la Libération ont des origines sociales, géographiques, confessionnelles et générationnelles très diverses mais ils se sont retrouvés, entre 1940 et 1945, dans un combat commun et des valeurs partagées qui sont le socle de la citoyenneté d’aujourd’hui. L’engagement, le désintéressement, le combat pour la Patrie et la liberté, le refus de l’asservissement en sont plusieurs exemples".

Les "futurs compagnons de la Libération, avant de s’engager dans le second conflit mondial, ont eu une formation, une éducation et des expériences qui constituent souvent la genèse de leur engagement résistant. Fait peu connu, une partie non négligeable d’entre eux (118 soit près de 12%) ont été également des acteurs de la guerre de 1914-1918 et, par conséquent, des deux conflits mondiaux qui ont ébranlé le XXe siècle. Ils se sont inscrits dans une forme de continuité dans l’action de défense nationale, dans le cadre de ce que le général de Gaulle a appelé « la Guerre de trente ans ».

Ces "hommes mais aussi ces femmes, nés entre 1880 et 1900, tout comme ceux de leur génération, font l’expérience du feu lors du premier conflit mondial. Quelque vingt ans plus tard, dans un contexte radicalement différent, ils se distinguent par un engagement volontaire dicté par leur conscience et rejoignent la petite minorité de ceux qui formeront la Résistance française dans les rangs de la France libre ou dans la clandestinité".

Cette exposition "en plein air se présente sous la forme de 32 panneaux installés sur les piliers de la cour d’honneur de l’Hôtel national des Invalides. S’inscrivant dans le cadre des célébrations du centenaire de la Première Guerre mondiale, elle a pour objet de rappeler l’engagement dans la guerre de 14-18 de ces futurs compagnons de la Libération, combattants des deux guerres mondiales".

"Chaque panneau présente un compagnon issu de l’armée de terre, de l’aviation ou de la Marine, ainsi que deux femmes, Berty Albrecht, ambulancière volontaire, et Émilienne Moreau- Evrard, « héroïne » de la Grande Guerre. Un panneau est également consacré au fondateur et grand-maître de l’ordre de la Libération, Charles de Gaulle".

Parmi ces combattants de la Grande guerre : René Cassin (5 octobre 1887-20 février 1976), Compagnon de la Libération par décret du 1er août 1941.

René Cassin "est né le 5 octobre 1887 à Bayonne dans les Pyrénées-Atlantiques" dans une famille juive. D'origine portugaise, "son père était négociant en vins. Il fait de brillantes études au lycée Masséna à Nice avant d'entrer à la faculté de droit à Aix-en-Provence. En 1906 il effectue son service militaire comme simple soldat puis reprend ses études. Licencié ès-Lettres, il remporte également le premier prix au concours général des facultés de droit. En 1914, il est Docteur ès sciences juridiques, économiques et politiques lorsqu'il est mobilisé, avec le grade de caporal-chef".

"Mobilisé en 1914 comme caporal-chef au 311e régiment d’infanterie, il participe à la bataille de la Marne. De ces violents combats, il garde toute sa vie à l’esprit « ces terribles nuits d’offensive au corps à corps, illuminées par l’incendie de nos villages ». A la tête d'un corps-franc, il est grièvement blessé par balles de mitrailleuse le 12 octobre 1914 à Saint-Mihiel. Il reçoit une grave blessure aux jambes et au ventre lors de la prise de Saint-Mihiel par les Allemands. Il est soigné à Antibes. Mutilé à 65%, réformé, il retourne à la vie civile où sa formation de juriste lui permet d’œuvrer à l’amélioration des conditions de vie des blessés, veuves et orphelins de guerre". Il reçoit la croix de guerre avec palme et la médaille militaire".

Il "enseigne à la Faculté d'Aix-en-Provence et à Marseille puis participe dès 1917 à la création de l'une des toutes premières associations départementales de victimes de guerre. Dès 1922, il "préside l’Union fédérale des Mutilés et Veuves de Guerre".

"Agrégé de droit en 1919, René Cassin est, à partir de 1922, président de l'Union fédérale des Mutilés et Veuves de Guerre ; professeur à la faculté de Lille, il rédige et fait voter des lois en faveur de l'emploi des victimes de guerre et se dépense sans compter dans ses différentes activités. En 1924, et jusqu'en 1938, le professeur René Cassin devient membre de la délégation française à la Société des Nations et lutte dans tous les domaines pour la Paix. En 1929, il est nommé professeur de droit à la faculté de Paris et devient vice-président du Conseil supérieur des Pupilles de la Nation".

"En 1930, après un voyage au Moyen-Orient où il rencontre, en Palestine, de nombreux Juifs allemands, il mène, dès son retour, une active campagne contre le nazisme. La même année, il obtient le vote de la loi sur la retraite du combattant. A la fin des années trente, il dénonce dans plusieurs discours le danger que représente le IIIe Reich pour l'Europe et le Monde".

"A la déclaration de guerre, René Cassin est nommé à la direction de la documentation au Commissariat à l'Information et, au moment de la débâcle, cet anti-nazi pressent la liquidation du régime républicain. Refusant l'idée de l'armistice, il décide, dès le 17 juin, de rejoindre l'Angleterre et embarque avec son épouse, le 24 juin à Saint-Jean-de-Luz, sur un bateau britannique de transport de troupes, l'Ettrick, à destination de Plymouth. "A Londres, il est l’architecte juridique de la France libre".

"Le 29 juin, il se présente à Saint Stephens House et le général de Gaulle lui confie la mission de rédiger un accord avec le gouvernement britannique, maintenant le caractère purement français de l'armée de la France Libre, Charte signée le 7 août 1940 entre Winston Churchill et Charles de Gaulle".

"Responsable du service juridique de la France Libre, membre du Conseil de défense de l'Empire à sa création en octobre 1940, René Cassin est le rédacteur des statuts de l'Ordre de la Libération créé par l'ordonnance n° 7 du 17 novembre 1940. René Cassin, qui multipliera pendant la guerre les interventions à la radio de Londres et les articles dans la presse française libre, est nommé Commissaire à la Justice et à l'Instruction publique du Comité national français en septembre 1941. Il entame, fin 1941, une tournée de trois mois au Proche-Orient et en AEF".

"A partir de 1942, il préside l'Alliance israélite universelle (AIU)".

Il "prend, à sa création en août 1943, la présidence du Comité juridique de la France combattante (qui fait office de Conseil d'Etat) fonction qu'il conserve au sein du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) avant de devenir à la libération, vice-président du Conseil d'Etat (jusqu'en juin 1960) puis Président honoraire. Il siège également à l'Assemblée consultative d'Alger dès novembre 1943. Entre 1942 et 1944, René Cassin est le représentant de la France au Comité des Ministres Alliés de l'Education et, de 1943 à 1945, représentant français à la commission d'enquête sur les crimes de guerre".

Il est "vice-président du conseil d’État après la guerre. A partir de 1946, il préside pendant seize ans le Conseil d'administration de l'Ecole nationale d'Administration (ENA), faisant constamment valoir dans ces fonctions les principes exigeants qui sont les siens dans le service de la Nation".

"En 1946, il fait partie du petit groupe international, présidé par Eleonor Roosevelt, qui a la charge de rédiger la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, votée à Paris, le 10 décembre 1948, par l'Assemblée générale des Nations-unies".

"En 1958 il préside le comité consultatif provisoire chargé de préparer la Constitution de la Ve République et reçoit, à l'Elysée, le serment du général de Gaulle, Président de la République en janvier 1959. En juin 1960, le professeur Cassin est nommé au Conseil constitutionnel dont il sera membre jusqu'en février 1971".

"Vice-président (1959) puis Président (1965-1968) de la Cour européenne des Droits de l'Homme, René Cassin reçoit en octobre 1968 le Prix Nobel de la Paix. Membre de l'Institut depuis 1947, Président de l'Académie des Sciences morales et politiques, Docteur honoris causa des universités d'Oxford, de Londres, de Mayence et de Jérusalem, il fonde en 1969, à Strasbourg, l'Institut international des Droits de l'Homme. Il est membre, en juin 1972, du Conseil de l'Ordre de la Libération".

"Le prix Nobel de la paix couronne en 1968 la carrière de cet humaniste, promoteur de la concorde universelle et des valeurs de la République pour laquelle il a tant œuvré".

René Cassin "est décédé le 20 février 1976 à l'Hôpital de la Salpetrière à Paris. Ses obsèques ont été célébrées à la Chancellerie de l'Ordre de la Libération. En 1987, son corps est transféré au Panthéon".
Titres l'ayant distingué :
• Grand Croix de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 1er août 1941
• Médaille Militaire
• Croix de Guerre 14/18 avec palme
• Médaille de la Résistance avec rosette
• Commandeur des Palmes Académiques


En mai 2019, Le Monde évoque les Compagnons de la Libération dans son hors-série L'Esprit de résistance
"Romain Gary, à qui un journaliste demandait s’il se sentait plus français que russe ou vice versa, avait fait cette réponse : « Ma patrie, c’est la France libre. » Nous devons beaucoup à Romain Gary, aviateur, écrivain sensible, élégant, facétieux et compagnon de la Libération. Nous devons beaucoup à Daniel Cordier."
"De son appartement face à la mer, à Cannes, inlassablement, il continue, à 98 ans, à répéter aux visiteurs qui recueillent ses paroles, comme un hymne au courage et à la liberté, le même discours avec sa voix malicieuse. Il fallait se soulever en juin 1940 et rejoindre Londres, ou trouver n’importe quel moyen pour résister. Oui, Jean Moulin, dont il fut le secrétaire, a accompli une immense tâche en unifiant la Résistance sous la direction du général de Gaulle."
"Cordier est devenu historien pour défendre l’honneur de son « patron », il est compagnon de la Libération. Un des quatre qui restent avec Hubert Germain, Pierre Simonet et Edgard Tupët-Thomé".
"Mais nous devons également beaucoup aux résistants inconnus que leurs familles redécouvrent aujourd’hui, aux étrangers qui se sont battus pour la France et qui ont été bien oubliés dans la distribution des médailles, et aux femmes résistantes aussi. Nous en avons rencontré trois : Marie-José Chombart de Lauwe, jeune résistante bretonne arrêtée et déportée à Ravensbrück ; Michèle Agniel, qui est partie dans le dernier train qui a quitté Paris pour les camps allemands, dix jours avant la Libération ; Madeleine Riffaud, qui devait prendre ce même train, le 15 août 1944, arrêtée et torturée pour avoir exécuté un officier allemand, et qui s’est évadée pour reprendre le combat."
"Les derniers acteurs de la Résistance et de la France libre disparaissent. En cette année du 75e anniversaire du débarquement du 6 juin 1944 et des libérations des villes françaises, en premier lieu celle de Paris, le 25 août, la question de la transmission des valeurs de la Résistance occupe les dirigeants de plusieurs musées de la Résistance qui travaillent à rénover leur muséographie dans de nouveaux locaux."
"Le maillage de la France par les musées consacrés à la Résistance, à l’internement en France, à la déportation en Allemagne et, plus généralement, à la seconde guerre mondiale, est impressionnant, même s’il a mis très longtemps à se constituer. Les querelles entre les différentes mémoires de la Résistance se sont apaisées, les historiens continuent à ferrailler autour des interprétations mais sont d’accord sur l’essentiel : il faut se donner tous les moyens pour transmettre à la jeune génération, élèves du primaire, collégiens et "lycéens, l’histoire et les valeurs de la Résistance. C’est l’objectif de ce nouveau hors-série du Monde".

« L’esprit de Résistance », un hors-série du Monde, 100 pages, 8,50 euros, en kiosque et sur boutique.lemonde.fr.


Jusqu’au 4 juillet 2010
Sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris (75004)
Ouverture tous les jours de 10 h à 20 h
Entrée libre

Visuels de haut en bas :
Affiche. (© DR)

1943, en Grande-Bretagne, au groupe de bombardement Lorraine. Romain Gary et son pilote, Arnaud Langer, dont il a enfilé le blouson. (© Musée de l’Ordre de la Libération)

Août 1945, à Nancy. Le Capitaine Romain Gary vient de recevoir la Croix de la Libération. (© DR)

Sur le décret d’attribution de la Croix de la Libération, les deux noms de Romain Gary et d’Arnaud Langer, son pilote, sont réunis comme dans le danger. (© Service Historique de la Défense)

Le général de Gaulle portant la Croix de la Libération, le 14 juillet 1941, à Brazzaville. En retrait, le général de Larminat. (© Musée de l’Ordre de la Libération)

La croix de l’Ordre de la Libération (© Musée de l’Ordre de la Libération)

René Cassin blessé à Chauvoncourt dans la Meuse le 12 octobre 1914. © Archives nationales (France)
Cet article a été publié le 24 juin 2010, puis le :
- 8 mai 2013 pour le 68e anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, 
- 26 mai 2013 alors que France 3 diffusait Alias Caracalla, au coeur de la résistance, d'Alain Tasma.
Il a été modifié le 14 janvier 2011 ;
- 19 juin 2014, 7 octobre 2016 et 29 mars 2018.
Les citations sont extraites du dossier de presse et du site de l'Ordre de la Libération

Harald Wolff, peintre et dessinateur


Né à Berlin (Allemagne), Harald Wolff est un dessinateur et peintre narratif qui affectionne les ambiances réalistes, fantastiques ou ironiques. La galerie d'art contemporain Kunstraum Vincke-Liepmann à Heidelberg présentera du 1er juin au 14 juillet 2019 l'exposition "Mehrfach zugewandt" - Arbeiten auf Papier und Malerei" ("Multi-facettes' - oeuvres sur papier et peinture"). Vernissage le 1er juin 2019 à 19 h avec accompagnement musical de Georg Grieg (guitare + voix) 



Harald Wolff est né à Berlin.

Il étudie à la Hochschule der Künste Berlin, élève de Martin Engelman


Il dépeint en des techniques mixtes (gouache et pastel gras) une « comédie dramatique » aux scènes théâtrales ou chevaleresques.


Au début des années 1970, cet artiste s'était installé à Florence (Italie), à Haïfa (Israël) et à Paris.


Exposées en Europe, ses œuvres ont été acquises notamment en France par le Fonds national de l’art contemporain (FNAC) et la Bibliothèque nationale (BNF).

"Intéressé par le dialogue humain, les rencontres et les conflits, Harald Wolff crée des œuvres semi-abstraites marquées par de riches combinaisons de couleurs et une certaine douceur de signature."

En 2012, la galerie Claire Corsia a présenté une exposition collective avec notamment le peintre Harald Wolff

Dans ses œuvres sur papier, Harald Wolff précise des situations paradoxales et drôles (« Parners meeting »), suggère ou use des flous pour peindre des ambiances légères, aériennes ou aquatiques.

Harald Wolff aime « mettre en désordre la banalité rassurante du quotidien »…

La galerie Kunstraum Vincke-Liepmann présenta une exposition du peintre Harald Wolff

La galerie Janzen a présenté l'exposition Leise Ahnung  de Harald Wolff. Des peintures et des dessins d'un artiste figuratif dont certains œuvres confinent à l'abstraction.

Cet artiste a été aussi l'un des invités de la XVe édition d'ARTCITE (22 septembre-22 octobre 2016) dans trois lieux à Fontenay-sous-Bois : l’Hôtel de ville, la Maison du citoyen et la Halle Roublot.

La galerie d'art contemporain Kunstraum Vincke-Liepmann à Heidelberg présentera l'exposition "Mehrfach zugewandt" - Arbeiten auf Papier und Malerei" ("Multi-facettes' - oeuvres sur papier et peinture") du 1er juin au 14 juillet 2019. 


"SONDERAUSSTELLUNG
Der vielfach ausgezeichnete Schriftsteller Martin Grzimek, der in der Nähe von Heidelberg lebt, zeigt sich im Kunstraum Vincke-Liepmann von einer unbekannt-kreativen Seite. Während einer Schreibpause an einem umfangreicheren Romanmanuskript entstanden im Sommer 2018 neunzig Zeichnungen mit Tinten- und Farbstiften. Es sind bildhafte Notizen in Anlehnung an das zuvor Geschriebene, als spielerisches Festhalten von Gedanken, Vorstellungen, verwischten Reflexionen. Keine der Zeichnungen ist aus dem Anspruch heraus entstanden, ein Kunstwerk zu schaffen. Die verwischten Linien deuten auf die Flüchtigkeit von Gedanken hin, Schnörkel und Schlingen auf den Moment des Spielens und Formen wie Kreis, Ellipse, Dreieck oder Quadrat auf feste Bestandteile des Alltäglichen.

In einer Sonderausstellung zeigt Martin Grzimek seine  kleinen Werke im Kunstraum Vincke-Liepmann und wird zur Vernissage am 4. Mai eine begleitende Lesung geben.

Verwischte Gedanken, 04. 05. 2019 (Eröffnung 19 Uhr), Kunstraum Vincke-Liepmann, Häusserstrasse 25, 69115 Heidelberg

MG, Schriftsteller, 1950 geboren und aufgewachsen in Trutzhain (Hessen), einem ehemaligen Kriegsgefangenenlager. Nach dem Studium der Theaterwissenschaften, Germanistik und Philosophie in Berlin und Heidelberg ab 1975 erste verstreute Veröffentlichungen. Von 1980 an Romane,  Erzählungen und Kinderbücher im Carl Hanser Verlag, München, zuletzt „Tristan - Roman um Liebe, Treue und Verrat“ und bei Hanser/dtv das Kinderbuch „Ich, Hannibal, der Floh“. Dozent für Deutsch und Kreatives Schreiben an der Uni Heidelberg. Lebt nach langjährigen Aufenthalten in Südamerika und den USA in Nußloch." 


Du 1er juin au 14 juillet 2019. Vernissage le 1er juin 2019 à 19 h avec accompagnement musical de Georg Grieg (guitare + voix) 
 A la  Kunstraum Vincke-Liepmann 
Häusserstrasse 25. D-69115 Heidelberg
Tél. : 0172 - 615 84 97
Jeudi et vendredi de 15 h à 19 h. Samedi et dimanche de 11 h à 15 h 

A partir du 15 février 2017. Vernissage le 15 février 2017 à 17 h
Du 18 septembre 2016 au 8 janvier 2017. Vernissage en présence de l'artiste le 18 septembre 2016 de 16 h à 19 h
A la galerie Janzen
Bastionstraße 13. 40213 Düsseldorf
Tel.: 0 211 - 875 451 50
Mercredi et vendredi de 14 h à 18 h. Dimanche de 12 h à 16 h . Et sur rendez-vous

Du 22 septembre au 22 octobre 2016
Hall de l'hôtel de ville
Du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 13 h30 à 17 h30
Samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h
Présence d'artistes les samedis de 14 h à 18 h
4, esplanade Louis-Bayeurte - 94120 Fontenay-sous-Bois
Tél. : 01 49 74 74 74 

Maison du citoyen et de la vie associative
Du lundi au vendredi de 9 h à 21 h,
le samedi de 9 h30 à 18 h30
16, rue du R-P-Lucien-Aubry - 94120 Fontenay-sous-Bois
Tél. : 01 49 74 76 90 

Halle Roublot
Mardi, mercredi, jeudi et samedi de 14 h à 19 h vendredi de 16 h à 21 h
95, rue Roublot - 94120 Fontenay-sous-Bois 
Tél. : 01 71 33 52 31 

Du 4 juin au 17 juillet 2016
A la galerie Kunstraum Vincke-Liepmann 
Häusserstrasse 25
D-69115 Heidelberg
Tel. : 0172 - 615 84 97
Jeudi et vendredi de 15 h à 19 h
Samedi et dimanche de 11 h à 15 h

Jusqu’au 4 octobre 2012
323, rue Saint-Martin. 75003 Paris
Tél. : 09 52 06 65 88
Du lundi au samedi de 14 h à 19 h 

Visuels : © DR
o. T., 2016, Tusche + Pastell auf Chinapapier, 21 x 30 cm

Reiseglück | 2016 | Öl auf Leinwand | 97 x 130 cm




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Cet article a été publié sur ce blog le 23 septembre 2012, puis les 3 juin et 17 septembre 2016, 7 janvier et 15 février 2017.

jeudi 30 mai 2019

Rembrandt et la figure du Christ

Après le Louvre, le musée d'art de Philadelphie présenta l'exposition éponyme et itinérante montrant sept visages du Christ peints par le protestant hollandais Rembrandt, un "lecteur assidu de la Bible" qui a "choisi de représenter très certainement un jeune Juif de son temps" vivant à Amsterdam pour répondre dans les années 1640 à la question "A quoi donc pouvait vraiment ressembler le Christ ?" - rompant ainsi "avec toute la tradition de l'art chrétien" -, ainsi que des esquisses rares mettant "en lumière l'originalité radicale de Rembrandt". 


Rembrandt et son cercle
Rembrandt et la figure du Christ
L’Age d’Or hollandais de Rembrandt à Vermeer
Chefs-d’œuvre de la Collection Leiden. Le siècle de Rembrandt

Cette exposition vise "à mettre en scène une énigme que le « cas Rembrandt » offre à l’histoire de l’art : l’éventualité paradoxale d’une représentation du Christ d’après nature, sur le vif – à Amsterdam au cœur du XVIIe siècle – et dans laquelle entrerait une forme de véracité historique".

Pour la première fois depuis 350 ans, sont présentées des esquisses rares dispersées en Europe et aux Etats-Unis.

Pour illustrer l'idée que Rembrandt avait de "l'apparition miraculeuse du Christ", sont réunies 85 œuvres (peintures, estampes, dessins), dont les Pèlerins d’Emmaüs du musée du Louvre, oeuvre récemment restaurée, et l'eau-forte Pièce aux Cent Florins (Bibliothèque nationale de France).

Une démarche unique
Rembrandt aurait fait poser un jeune homme membre de la communauté Juive d’Amsterdam dans son atelier. Puis, il se serait "inspiré de ces études, peintes ou dessinées par lui et ses élèves, dans sa peinture d’histoire".

"Pourquoi et dans quelle mesure Rembrandt a-t-il choisi de rendre sa figure du Christ si radicalement différente de celle qui – y compris dans sa propre imagerie religieuse antérieure – dominait jusqu’alors ? Quelles sont la part de l’originalité foncière de Rembrandt, les motivations proprement artistiques d’une telle entreprise, la beauté qui peut en résulter, l’importance d’une telle démarche en regard des commentaires (visuels et textuels) immensément nombreux sur la figure du Christ"?

Cette exposition, à la scénographie chronologique, embrasse toute la carrière de Rembrandt, et toutes les techniques qu'il a utilisées : "du dessin hâtivement tracé où il réussit à merveille à fixer un mouvement, une expression passagère mais significative, à des compositions picturales élaborées, en passant par des eaux-fortes dans lesquelles Rembrandt excellait".

Autour des œuvres de jeunesse de Rembrandt sont rassemblés des tableaux et gravures ayant concouru à sa culture, en particulier les grands maîtres graveurs du XVIe siècle, Dürer, Lucas de Leyde, Goltzius, et Mantegna.

La figure de Jésus est un sujet majeur de la peinture d'histoire où Rembrandt "entend surpasser les maîtres de la Renaissance nordique et influencer ses contemporains". Elle demeure un sujet de prédilection pour Rembrandt tout au long de sa carrière. Dans une Crucifixion de Rembrandt en 1631 (Le Mas-d’Agenais, collégiale Saint-Vincent), le Christ est représenté en "homme chétif, défait, martyr, misérable, à l’opposé du corps glorieux peint par Rubens", "génial metteur en scène du catholicisme baroque". L'exposition souligne aussi les influences réciproques et continues entre Rembrandt et les autres peintres : Jan Lievens et Jacob Backer (Saint-Pétersbourg, musée de Pavlovsk).

« L’Enquête sur l’Orient »
Au XVIIe siècle, les Provinces-Unies (Hollande) s'imposent comme "la première puissance économique d’Europe : sa Bourse est la première place financière du monde, sa marine domine les mers et son drapeau flotte sur tous les continents, du Brésil à Java. Le fort ancrage de la flotte commerciale hollandaise en Méditerranée et sa maîtrise des échanges avec les pays du Levant" exercent "une incidence essentielle sur le développement des connaissances des savants".

Les universités de ce pays protestant, tolérant, multiconfessionnel, accueillent des spécialistes européens du Proche-Orient. Les "presses universitaires publient en hébreu, en syriaque, en arabe ; les manuscrits orientaux sont très recherchés par les collectionneurs. Tout cela participe du grand mouvement de « l’enquête sur l’Orient » et Rembrandt, lui-même collectionneur encyclopédique, n’a pas pu rester insensible à ce vaste élan intellectuel".

Rembrandt "a toujours cherché à représenter au mieux la nature". Il a toujours refusé les académies et le voyage en Italie "pour se concentrer sur le travail en atelier avec des modèles vivants".

Rembrandt et la communauté Juive d'Amsterdam 
Lors des vingt premières années de sa carrière artistique, Rembrandt a souvent représenté le Christ "en restant fidèle aux précédents établis par l’art des anciens Pays-Bas et l’art italien".

Dans les années 1640, sa conception de cette représentation se modifie. Rembrandt "vit au contact de la communauté Juive d’Amsterdam - composée de Juifs sépharades ayant trouvé un asile lors et après les persécutions antisémites dans les royaumes espagnol et portugais catholiques et de Juifs ashkénazes réfugiés d'Europe centrale et orientale - lorsqu’il entreprend de peindre plusieurs figurations en buste du Christ" en prenant vraisemblablement pour modèle un jeune Juif. Ce choix pourrait s'expliquer par le souci de Rembrandt d'approcher au plus près la vérité historique, un réalisme pour montrer "le Juif que fut Jésus".

Au musée du Louvre, la signification de ce choix semble minorée. Or, elle est d'autant plus exceptionnelle, voire révolutionnaire à cette époque et par ce qu'elle implique d'acceptation de la judéité du Christ, de volonté de l'artiste de se rapprocher de l'authenticité. Par contre, au musée d'art de Philadelphie, destination suivante de cette exposition itinérante, les relations entre Rembrandt et les Juifs d'Amsterdam ainsi que la vision et la représentation des Juifs de la Bible sont plus développées.


Rembrandt possédait les traductions en allemand (1574) des Antiquités judaïques et La Guerre des Juifs illustrée par Tobias Stimmer de l'historien Flavius Josèphe. Selon le Philadelphia Museumof Art, l'image des Juifs chez Rembrandt a évolué d'une image stéréotypée vers une iconographie plus humanisée. Ainsi, deux eaux-fortes du Christ devant Ponce Pilate (Ecce Homo) par Rembrandt révèlent ce changement : celle de 1636 portraiture les Juifs parmi la foule se moquant de Jésus avec des caractéristiques stéréotypées sur les Juifs ; celle de 1655 montre ces personnages Juifs sous des traits sympathiques et issus de dessins de Rembrandt sur le vif.


La communauté juive d'Amsterdam a fourni à Rembrandt des modèles et des commanditaires, dont le rabbin et universitaire d'origine portugaise Samuel Menasseh ben Israël (1604-1657). Pour celui-ci, Rembrandt a réalisé quatre estampes aux sources bibliques pour illustrer le livre de Menasseh Piedra Gloriosa : la Statue de Nabuchodonosor, l'échelle de Jacob, David et Goliath, la Vision de Daniel. Selon le Philadelphia Museum of Art, "par sa relations avec Menasseh, Rembrandt était en étroit lien avec un projet extraordinaire de rapprochement judéo-chrétien à Amsterdam au XVIIe siècle, ce qui trouve un écho dans les têtes de Christ".

 

Comment peut-on peindre le Christ d’après nature au XVIIe siècle ?
Rembrandt "récuse toute représentation idéalisée et choisit de traiter Jésus comme une figure historique. Il défie alors la haute autorité spirituelle du prototype transmis depuis l’Antiquité et promulgué par l’Église chrétienne universelle. Cette image canonique, voire stéréotypée du Christ, avait été affirmée par des siècles de tradition, et affinée au fil de controverses ecclésiastiques – parfois dans le sang. Le modèle repose alors essentiellement sur la « Lettre de Lentulus », qui donne une description (apocryphe) idéale de Jésus".

"Repenser l’imagerie du Christ est un sujet de choix pour un peintre aussi soucieux de rendre compte des passions et de la vérité d’un destin individuel. Ces visages peints sont remarquables par l’empathie qu’ils suscitent, véritable marque de la nouvelle formulation de la personnification divine qu’a développée Rembrandt" en renouvelant les images chrétiennes du Christ, de ses disciples, etc.

Sur chaque petite étude, Rembrandt s'attache à créer une attitude et une expression différentes pour "témoigner des diverses facettes du tempérament du Christ : humilité, douceur, compassion, vulnérabilité, doute, souffrance". Rembrandt rompt avec l'image alors dominante dans l’art européen. Il vise à "représenter l’émotion éprouvée et suscitée par le Christ, faisant du corps de celui-ci le réceptacle des sentiments".

Cette expérimentation ouvre "la voie à de nouvelles recherches picturales". Cependant, elle reste isolée, reprise seulement par certains élèves de Rembrandt, sans que ne se constitue une école et sans induire un "changement radical dans la représentation du Christ en peinture".

"Epiphanies, apparitions, révélations…. Moments privilégiés autour de la figure du Christ"
Rembrandt réfléchit à "la double nature du Christ" dans une problématique théologique, sans prendre parti dans les querelles, et artistique : "la question de la présence exceptionnelle et la mise en peinture de son surgissement dans le réel".

Le talent narrateur de Rembrandt trouve dans les scènes bibliques le genre permettant au mieux de montrer "la puissance de ses moyens et de son talent à disposer les figures et donner de l’intensité aux scènes, quels que soient l’épisode ou le nombre de personnages. Le moindre mouvement est déterminant pour la cohésion des figures entre elles et montre combien l’artiste maîtrisait la construction d’une scène".

La "peinture illusionniste que Rembrandt a privilégiée à ses débuts se fait de plus en plus allusive et suggestive. Ce changement d’orientation significatif dans son traitement des sujets religieux révèle une conception plus apaisée et méditative".

Rembrandt développe progressivement "l’idée que, par sa seule présence, le Christ est un objet de méditation et donc nécessairement un objet de perception".

Rembrandt offre ainsi sa réponse d'artiste "à la présence du Christ, entre méditation et émotion".

Organisée par le musée du Louvre, le Philadelphia Museum of Art et le Detroit Institute of Arts, cette exposition a été montrée sous le titre Rembrandt and the Face of Jesus au Philadelphia Museum of Art (3 août-30 octobre 2011), puis au Detroit Institute of Arts (20 novembre 2011-12 février 2012).

En décembre 2015, vivant à Manhattan, Justin Renel Joseph a poursuivi en justice le Metropolitan Museum of Art de New-York car celui-ci a exposé quatre tableaux représentant Jésus "aryen", blond, et à la peau blanche. Selon ce trentenaire, Jésus aurait "la chevelure noire laineuse", et la "peau de couleur bronze". Il a allégué souffrir d'un stress personnel et s'être senti rejeté en voyant "La Sainte Famille avec les anges" par Sebastiano Ricci, "Le miracle des pains et des poissons" du Tintoret, La Crucifixion" par  Francesco Granacci et "La Résurrection" par Perugino. Il a fondé sa plainte devant la Cour suprême de Manhattan sur le Civil Rights Act de 1964 interdisant les discriminations fondées sur la race ou la couleur de peau. Elyse Topalian, porte-parole du Metropolitan Museum of Art, a déclaré : « Quand [ces tableaux, Ndlr] ont été peints, il était habituel pour les artistes de peindre des sujets avec la même identité que le public local. Ce phénomène se produit aussi dans de nombreuses autres cultures ».

Jusqu'au 30 octobre 2011
Au Philadelphia Museum of Art
26th Street and the Benjamin Franklin Parkway
Philadelphia, PA 19130
Tel.: (215) 763-8100
Mardi, mercredi et jeudi de 11 h à 17 h, vendredi de 11 h à 20 h 45, dimanche de 10 h à 17 h


Jusqu'au 18 juillet 2011
Hall Napoléon
Tous les jours, sauf le mardi, de 9 h à 18 h, les mercredi et vendredi jusqu’à 22 h
Tél. : 01 40 20 53 17

Visuels de haut en bas :
Affiche
Tête du Christ, vers 1648-50, huile sur bois,
Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Gemäldegalerie,
Inv 811c © BPK, Berlin, Dist. RMN / Jörg P. Anders

Attribué à Rembrandt, Tête du Christ, vers 1648-
54, huile sur bois, Détroit, Detroit Institute of Arts,
Inv. 30.370, Founders Society Purchase (30.370)
© Bridgeman-Giraudon / Service de presse

Portrait en buste d’un jeune juif, 1663, huile sur
toile, Fort Worth, Kimbell Art Museum, Inv. AP.
1977.04 © Kimbell Art Museum, Fort Worth, Texas /
Art Resource, NY, Distr. RMN

Homme aux cheveux longs, assis, les bras repliés, craie noire sur
papier, Paris, Collection particulière © Collection Bob P. Haboldt

Le Christ au mont des Oliviers,
vers 1655, Hambourg, Kunsthalle,
Inv. 22413 © Hamburger
Kunsthalle / BPK, Berlin, Dist.
RMN / Christoph Irrgang


Cet article a été publié une première fois le 11 juillet 2011. Il a été republié le :
- 8 avril 2012 à l'approche de la fête chrétienne de Pâques ,
- 13 mai 2013 à l'approche de l'émission sur Histoire, le 18 mai 2013, consacrée aux portraits de Rembrandt ;
- 12 décembre 2015 et 25 décembre 2017.
Il a été modifié le 7 septembre 2011. Les citations sont extraites du dossier de presse.