Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 24 octobre 2014

Pluriel. Regards sur l’art contemporain israélien 2012


La Villa Emerige a présenté l’exposition éponyme problématique. Quinze artistes israéliens – peintres, vidéastes, photographes, sculpteurs, etc. – présentent leurs œuvres, dont certains s’apparentent plus à de quasi-manifestes politiques biaisés et hostiles à l’Etat d’Israël qu’à des œuvres artistiques, et reflètent un mal-être identitaire malsain. Bénéficiant de partenaires prestigieux – Mairie de Paris et services culturels de l’ambassade d’Israël en France -, cette exposition choquante et partiale est annoncée dans des médias français Juifs et AkademScope, soutenu par le Fonds social juif unifié (FSJU) et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS). Arte diffusera le 26 octobre à 1 h 30 Arte Video Night 6 : "Pour la sixième année consécutive, ARTE célèbre l’art vidéo. Animée par la journaliste Agnès Olier, la sixième édition d'"ARTE Video Night" se décline en neuf thèmes, et donne, notamment, un coup de projecteur sur la création israélienne. Les commissaires artistiques Dominique Goutard et Jean-Luc Monterosso ont sélectionné 70 créations courtes, sans paroles, poétiques ou politiques, drôles ou tragiques, parfois déroutantes, toujours engagées. Plus de soixante-dix œuvres inédites sont à l’antenne, dans la nuit du samedi 25 octobre, puis sur ARTE Creative, la plate-forme de la chaîne dédiée à la création visuelle et numérique. Une nouvelle présentatrice, Agnès Olier, musicienne, journaliste à France Inter et à France Culture, nous guidera tout au long de cette incursion noctambule dans l'art vidéo. Celle-ci se découpe en neuf thèmes : "Bizarre...", "Enfermement", "Elle & lui", "Bruits de fond", "Cas d’école", "Vu d’Israël" (avec, en vedette, l’artiste Sigalit Landau), "Rêves de formes", "Back to the city", "Résistance".

L’année juive 5772 avait été marquée par des expositions controversées« Ici », « Jérusalem plomb durci » et « J'ai soif » - promues par service culturel de la problématique ambassade d’Israël en France.

En cet automne 2012, cette ambassade poursuit dans cette voie. Comme si les expositions anti-israéliennes en France ne causaient pas assez de dommages à Israël et aux Juifs français.

On aurait pu espérer un « cadeau » moins embarrassant en ce début d’année juive 5773.

Pluriel ?
L’exposition Pluriel « met en exergue la pluralité qui traverse l’art contemporain israélien… Polysémie, polyphonie, articulation de l’intime et du politique, du transgressif et du religieux, de la mémoire et de l’actualité, du nationalisme et de l’universel donnant à voir la réalité d’une scène talentueuse à la fois spécifique et ouverte », indique le dossier de presse.

Organisée par « le magazine d'art prestigieux Artabsolument », elle réunit « les œuvres de l'élite des artistes israéliens de la scène d'art contemporain » et est assortie d'un catalogue.

Les expositions collectives s’avèrent délicates dans l’association des talents, d’artistes créant leurs œuvres hors de toute politisation à ceux dont l’art exprime des réflexions ou positions politiques, souvent biaisées.

« Le choix n’est jamais neutre. Nous nous sommes aperçus que nous étions attirées par des œuvres d’artistes israéliens ou palestiniens vivant en Israël dont le travail tournait autour de la question de l’identité, prise dans un sens large... Le contour politique, social ou économique de la création est conclusif à l’exposition. Le but est que le regardeur en ressorte ses propres conclusions », explique Nathalie Mamane-Cohen, une des deux commissaires de l’exposition avec Nathalie Zaquin-Boulakia.

Elle allègue : « L’histoire de l’art en Israël reste un objet particulier car le territoire est le fruit de nombreux mélanges culturels. Il n’y avait pas d’art car pas d’histoire commune, et pourtant beaucoup d’art et d’histoires importés ». Comme si les Juifs habitant en Eretz Israël n’avaient au fil des siècles produit aucun art, aucune histoire !

A la villa Emerige, espace parisien créé par Laurent Dumas, quinze artistes illustrent des disciplines variées : peinture, sculpture, vidéo, photographie, installation et broderie.

On peine souvent à distinguer l’art de la politique, et une diversité idéologique dans cette exposition "Pluriel".

Le dossier de presse présente la vidéaste Raida Adon comme « palestinienne », alors qu’elle est née en 1972 à « Acre, Israël ». Si elle est palestinienne, que fait-elle dans cette exposition sur l’art contemporain israélien ?

Cette artiste « est issue d’une mère musulmane et d’un père juif ». Sa vidéo Fasatine ? Un « travail sur la mémoire des habitants de Lifta, qui s’enfuirent de ce village palestinien en 1948, prend le parti d’une présence fantomatique, où le temps se trouve comme suspendu. Des robes noires, cousues par l’artiste, y flouent au gré du vent, ou surnagent à la surface d’un bassin, oscillant entre la fierté de l’étendard, le marquage du territoire et la simple tentative de survie ». Parmi ses multiples identités, Raida Adon semble avoir choisi. On aurait aimé avoir des précisions sur ce village et les conditions de la fuite de ses habitants - à l’appel des dirigeants arabes palestiniens ?

Les robes de la quadragénaire Nelly Agassi « fonctionnent à la manière de territoires intimes ».

Collectionnant des objets promis à la destruction, la photographe Ilit Azoulay adopte « une démarche d’archiviste, voire d’anthropologue ».

Plasticienne, vidéaste, photographe, Yael Bartana « observe et déconstruit de manière poétique les discours et les propagandes nationalistes au Moyen-Orient. Elle étudie son pays natal d’un point de vue critique et illustre dans ses œuvres les attaches qui l’unissent à cette terre. L’artiste bouscule les frontières entre fiction et réalité, espérance et peur, passé et présent. Ses travaux évoquent les épisodes divers de l’histoire politique d’Israël, des juifs de Pologne, ainsi que de la migration et de l’assimilation en général, mêlant des fonds historiques, des actualités politiques et des fictions utopiques ». Cette artiste a représenté la Pologne à la 54e Biennale de Venise.

Selon le blog Lunettes rouges, dans Kings of the Hill de Yael Bartana, « des hommes israéliens conduisent sans fin leur énormes 4x4 dans des dunes de sable, action vaine, machiste, brutale, simulacre de loisir dérisoire, mythe du colon conquérant ».

Et ce blog d’expliquer que Yael Bartana « adopte tous ces poncifs de la propagande sioniste des origines pour montrer tout autre chose : la reconstruction de la maison d'un Palestinien que l'armée a détruite en représailles par un groupe de volontaires, israéliens, palestiniens et européens, sous les auspices » de l’ICAHD (Israeli Committee Against House Demolitions), une ONG israélienne qui diabolise Israël accusé à tort de commettre un « génocide » et un « nettoyage ethnique », de pratiquer l’apartheid, etc.

Quant au peintre Avner Ben-Gal, la « violence est souvent présente » dans son travail qui « est cru tant dans la forme que dans le contenu. Ses gigantesques tableaux n’exhument pas les cruautés de la guerre mais plutôt plus subtilement des moments plus privés, de sombres images de corruption, de crimes, de pornographie et constatent avec désolation une sorte de désastre de la modernité ».

Neta Harari « développe dans sa peinture un travail fort et violent, dont émane un trouble, et où se heurtent le réel et la fiction, les images fabriquées et le document ».

Sigalit Landau « est très engagée sur le thème de l’eau et particulièrement de la Mer morte ». Sigalit Landau a représenté Israël à la biennale de Venise 2011 sous le commissariat de Jean de Loisy.

Membre de plusieurs comités d’acquisitions de grands musées, dont celui du Musée national d’art moderne-Georges Pompidou ou le comité d’acquisitions d’art contemporain israélien du musée d’Israël à Jérusalem, Nathalie Mamane-Cohen déclare : « Sigalit Landau, qui jouit d’une carrière internationale mais qui vit plus de la moitié de son temps en Israël, a réalisé une vidéo, appartenant aujourd’hui au Centre Pompidou, où elle fait du Hoola Hoop avec un cerceau en fil de fer barbelé qui l’auto-flagelle sur la plage de Tel-Aviv. Le sel est également l’un de ses matériaux de prédilection pour ses sculptures : il fait référence à la Mer morte, à la culture biblique, à un ancrage dans la région ».

Commentaire du blog Lunettes rouges : « Sur une plage, l'artiste nue fait du Hula hoop avec un cerceau en fil de fer barbelé. Les barbes sont tournées vers l'extérieur, mais sa chair est blessée, maquillage ou réalité : c'est son giron, sa féminité, la partie de son corps faite pour engendrer, pour donner la vie, qui est blessée. Elle continue à danser, énergiquement, douloureusement jusqu'à l'épuisement... Aucun discours politique, aucun article ne peut aussi bien retranscrire la tragédie d'Israël aujourd'hui : barbelés conçus pour défendre, mais qui attaquent l'essence même du corps qu'on veut protéger, dans son sein, dans sa capacité à créer son futur ».

La « violence, le sang, le sexe et la mort sont souvent présents » dans les œuvres de Gil Marco Shani. Ses peintures oscillent entre menace et confiance, peur et défense. L’apparente simplicité et le dépouillement de ses peintures ne sont qu’une tentative de contrôle émotionnel et de recherche d’une forme esthétique de la politique ».

Les photographies d’Adi Nes « parfois choquantes sont issues d’un travail minutieux où rien n’est laissé au hasard et traite de l’identité en perpétuelle construction. Dans une volonté évidente de théâtralisation, l’homosexualité, l’identité masculine et l’héroïsme sont mis en scène. une de ses œuvres la plus connue est sa réappropriation de la cène de Leonard de Vinci où les apôtres sont remplacés par des soldats ».

Le travail de Moshe Ninio est « abstrait, minimal, presque fantomatique, et comme détaché de tout contexte social et historique. En réalité c’est le statut iconique de l’image que l’artiste met en lumière traitant ainsi de son extrême contemporanéité au cœur de notre l’histoire ».

Les portraits de Khader Oshah « sont réalisés soit directement à partir de son entourage, qu’il prend pour modèle, soit sur la base de photographies. Entre aspect matiériste et éléments décoratifs, un caractère primitif très fort ressort de ses tableaux, qui agissent comme une tentative de préserver une mémoire collective et individuelle. Lui-même musulman, il a travaillé en 2010 avec l’artiste de confession juive Haim Maor sur le projet The family : a project of reconciliation, qui vise à créer des liens entre les différentes communautés ».

« Entre réalité et fiction », le travail vidéo d’Assaf Shoshan « explore la problématique des “territoires de l’attente” qui ponctuent le parcours des émigrants en Israël. Réfugiés du Soudan installés dans des camps, villages bédouins dans le Negev dont l’existence n’est pas reconnue, ou ghettos d’immigrés éthiopiens, tous luttent pour trouver une place dans la société israélienne ». Pourquoi cette existence n’est pas reconnue ?

Quant à Gal Weinstein, il « couvre les sols et les murs de matériaux pauvres et synthétiques ; jouant des substituts et du camouflage, il transplante dans l’espace du musée des paysages ruraux emblèmes du miracle de la culture d’une terre stérile, symbole du travail agricole juif et de la réalisation du rêve sioniste. L’artiste trouve son inspiration dans la mémoire collective et les images populaires. Gazon synthétique et tapis de bureau bon marché sont assemblés sous forme de puzzles d’enfants et permettent à l’artiste d’explorer les questions sociales et politiques induites par son travail ».

Pavel Wolberg « travaille à la fois comme reporter d’images et comme artiste. La situation politique conflictuelle en Israël et dans les territoires palestiniens, la guerre, la réalité et la vie quotidienne dans le pays, en particulier celles des communautés laïques et religieuses, sont au centre de ses préoccupations. À travers son objectif, la violence et le paradoxe de certaines situations qui y ont cours sont simultanément exhibés avec virulence et désamorcée par l’humour et la distance dont il fait montre, conférant à ses images un onirisme certain ».

Maya Zack « recrée entièrement des univers, en jouxtant ces divers médiums, où elle reconstitue avec minutie la vie quotidienne d’une famille juive allemande archétypique d’avant la Seconde Guerre mondiale. Son processus de création plonge dans les racines de la culture juive européenne, à travers ses éléments matériels, pour en exprimer à la fois la richesse et la dimension traumatique. C’est également une réflexion sur la mémoire, en tant que système cognitif, avec ses manques et ses faces saillantes, que l’artiste cherche à explorer ».

A l’évidence, certains artistes israéliens ne sont pas convaincus du bien-fondé de l’existence de l’Etat d’Israël, ne partagent pas les valeurs israéliennes ou/et Juives, éprouvent des problèmes d’identité, voire la haine de soi.

L'art contemporain israélien ne se réduit heureusement pas à ces thématiques - violence, masochisme, zoophilie, etc. - et est heureusement plus divers et soucieux de beauté et d'harmonie.

Le soutien de l’ambassade d’Israël en France
La revue de presse est impressionnante : des articles laudatifs ou sans esprit critique, dans de prestigieux journaux français, américains (International Herald Tribune) et israéliens, dans des médias français Juifs : Actualité juive hebdo, Tribune Juive. Jusqu’aux Cahiers de l’islam !

Cette exposition problématique est annoncée par la newsletter de l’ambassade d’Israël en France et par AkademScope, « calendrier de tous les évènements juifs » soutenu financièrement par le FSJU (Fonds social juif unifié) et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS).

Cette manifestation à maints égards problématique est soutenue par le service culturel de l’ambassade d’Israël en France ainsi que la Mairie de Paris. Et Nonsnondits, « blog non officiel du service de presse de cette ambassade », publie des critiques élogieuses sur cette manifestation.

C’est devenu routinier : l’ambassade d’Israël promeut ce genre de manifestations problématiques. Pourquoi des fonctionnaires israéliens pour promouvoir l’actualité culturelle israélienne, manquent-ils ainsi à leur devoir de neutralité ? Et ce, sans aucune sanction de leur hiérarchie ! Quel est le rôle exact de Francine Lutenberg, responsable des projets culturels à l'ambassade, qui dispose d’une chronique sur RCJ, radio du FSJU, pour promouvoir des évènements culturels israéliens, tel celui-ci ? Quels sont les critères de ses choix ?

Cette ligne politique, excusez-moi, culturelle de ladite ambassade s'oppose aux intérêts de l'Etat d'Israël, et approfondit le fossé entre, d'une part, cet Etat et son ambassade et, d'autre part, la diaspora française Juive, ainsi qu'elle accentue la désaffection et la défiance à l'égard des médias français Juifs.

Les expositions anti-israéliennes ne suffisent pas à la diffamation d’Israël ? Il faut aussi que des évènements soutenus par l’ambassade d’Israël en France, et notamment son service culturel, et annoncés par des organes d’institutions françaises ou des médias Juifs y contribuent !?

Cette tendance risque de s’aggraver car les autorités politiques israéliennes souhaitent créer, avec les communautés juives de diaspora, des centres culturels pour mieux faire connaître les cultures juives et israéliennes. Cela promet…

Et comme si cette tactique pourrait suppléer l’absence d’actions indispensables et urgentes à mener par le gouvernement israélien, en particulier le combat pour la vérité dans l’affaire al-Dura et la défense de l’histoire et du narratif d’Israël.

Addendum
Des œuvres de Sigalit Landau - un DVD de sa vidéo DeadSee - et d'Adi Nes - un tirage d'une photographie de sa série Soldats (1999) inspirée du dernier repas de Jésus de Nazareth représenté notamment dans La Cène de Léonard de Vinci ont été acquises, respectivement pour 125 000 $ et 377 000 $ - lors d'une vente aux enchères à Sotheby's (New York), le 17 décembre 2013.


Jusqu’au 22 novembre 2012
7, rue Robert Turquan. 75016 Paris
Du mardi au dimanche de 12 h à 19 h

Visuels :
Nelly Agassi. Whispers. 2004, coat hanger, knitting, 600 x 500 cm. Installation view at “Embroidered Action,” Herzliya Museum of Contemporary Art, Israel.©Nelly Agassi. Courtesy Dvir Gallery, Tel Aviv


Raida Adon. Fasatin. 2001, pal dv, extrait d’une vidéo de 10 min.©Raida Adon. Courtesy Raida Adon.Image 10 of 10

Mur I Wieza (wall and tower). 2009, extrait d’une vidéo de15 min.© Yael Bartana, Annet Gelink Gallery, Amsterdam et Sommer Contemporary Art, Tel Aviv. Courtesy of Yael Bartana, Annet Gelink Gallery, Amsterdam et Sommer Contemporary Art, Tel Aviv. 

Kings of the Hill. 2003, video, 7min45.© Yael Bartana, Annet Gelink Gallery, Amsterdam et Sommer Contemporary Art, Tel Aviv. Courtesy of Yael Bartana, Annet Gelink Gallery, Amsterdam et Sommer Contemporary Art, Tel Aviv.


Fresh Face in the Desert/Spitting Chewing Tobacco. 2010, digital inkjet print and pencil on paper, 29.7 x 21 cm.© Avner Ben-Gal Courtesy of the Artist and Sadie Coles HQ, London. 


Vertigo Inbox (1) no. 3. 2008, oil on plywood, 120 x 210 cm.©Avraham Hay. Courtesy Inga Gallery of Contemporary Art, Tel Aviv. 


Barbed Hula. 2000, extrait d’une video de 2 min.© Sigalit Landau Courtesy Sigalit Landau and Kamel Mennour, Paris.


Man and Leopard. 2008, acrylic and marker on canvas, 200 x 280 cmGil Marco Shani. Courtesy of Gil Marco Shani


Woman in her bedroom. 2009, acrylic and marker on canvas, 270 x 190 cm. ©Gil Marco Shani. Courtesy of Gil Marco Shani. Collection Susanna Vorst, Amsterdam.


Untitled. 1999, photo couleur contrecollée sur PVC, 90 x 148 cm / 185 x 235 cm.©Adi Nes/Galerie Praz-Delavallade, Paris. Courtesy Galerie Praz-Delavallade, Paris. 


Moshe Ninio. Sleeping figure. 1978, B/W photographic paper suspended in an aluminum frame, 105 x 105 cm (framed). The Schoken collection, Tel Aviv. Photo : Miki Koren. 

Hagar. 2007, mix media- extrait des 38 pièces, 87,57 x 57,5 cm. Courtesy of Khader Oshah. 

Taaban. 2010, video, 5min31. ©Assaf Shoshan. Courtesy of the artist 

LOOKING THE SAME (detail from a series). 2011, steel wool rusted with Diet Cola, 100 x 120 cmGal Weinstein. Courtesy Gal Weinstein and Private Collection. 

Hebron (Purim). 2004, inkjet print of color photograph, 60 x 90 cm.©Pavel Wolberg Courtesy of the artist and Dvir Gallery, Tel Aviv. 

Living Room 1. 2009-2010, anaglyph print, 80 x 200 cm.© Maya Zack. Courtesy Alon Segev Gallery, Tel Aviv.

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Cet article a été publié le 19 novembre 2012, puis le 24 décembre 2013.

dimanche 12 octobre 2014

Des donateurs pour l’Etat palestinien grugés, mais encore généreux


Lors de la conférence internationale des donateurs pour la reconstruction de la bande de Gaza (12 octobre 2014), au Caire (Egypte), la communauté internationale a promis 5,4 milliards de dollars de dons à cet effet, "soit plus que les 4 milliards de dollars espérés par les Palestiniens" : le Qatar a promis un milliard de dollars, l'Union européenne 568 millions de dollars, les Etats-Unis se sont engagés à donner "212 millions de dollars d'"aide immédiate" sur un total de 400 millions de dollars en un an", les Émirats Arabes Unis et la Turquie 200 millions de dollars chacunLe 17 décembre 2007, s’était réunie à Paris la "conférence internationale des donateurs pour l’Etat palestinien". Une journée de discours politisés, parfois vindicatifs, souvent soucieux de ne nommer ni le Hamas ni le terrorisme islamiste. Sur trois ans (2008-2010), 7,48 milliards de dollars, dont 3,4 milliards pour 2008, avaient été promis à « la construction institutionnelle et la reprise économique » du futur Etat palestinien. 


« Le vrai vainqueur est… l’Etat palestinien, et c’est donc le Premier ministre Salam Fayyad. Nous visions 5,6 milliards de dollars de dons et nous en avons 7,4 », résume Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, à l’issue de cette conférence.

Sans Salam Fayyad, sans son programme triennal de développement économique et de réformes institutionnelles (PRDP) soutenu par le FMI et la Banque mondiale, et sans l’arrivée au pouvoir du Hamas, l’Autorité palestinienne (AP) aurait-elle inspiré une telle confiance et obtenu autant d’argent d’Etats et d’organisations internationales dupés ?

Le « palestiniennement correct »
Cette conférence est une première. C’est aussi une réunion politique à laquelle assistent environ 90 délégations..

En général, les discours des chefs d’Etats ou de gouvernements, ministres, représentants d’organisations européennes ou internationales reprennent la rhétorique palestinienne (« humiliation des Palestiniens », « gel de la colonisation »).

Une longue litanie de fausses vérités ponctuées de stigmatisation de la politique israélienne. De rares Occidentaux exhortent à l’arrêt de la violence contre Israël.

Des fausses vérités : l’AP manque d’argent, et non de volonté. Or, malgré le boycott à l’égard du Hamas, le volume des dons à l’AP a plus que triplé en un an, de 2005 à 2006 (1). Autre élucubration : la paix dans le monde dépend de la résolution du conflit au Proche-Orient.

L’avenir espéré ? Un « Etat palestinien ouvert, libre, indépendant, prospère, viable, pacifique, démocratique » grâce aux dons finançant le PRDP et si Israël allège son dispositif sécuritaire.

Vindicatifs, sans nuance, stigmatisant la politique israélienne, les discours arabes ne laissent pas le moindre interstice pour une négociation.

S’exprimant en arabe, le président de l’AP Mahmoud Abbas réclame tout : la libération des prisonniers, la liberté totale de circulation pour les Palestiniens, la fin du « wall of separation » (texte du discours en anglais)... L’interprète traduit en français « mur de l’apartheid », au lieu de mur de séparation (2) ?! Erreur de traduction ou double langage du président Abbas ? Nul ne réagit. A noter aussi que le président Abbas ne s’offusque pas des murs érigés dans le monde, notamment au Maroc afin d’empêcher l’intrusion d’immigrants illégaux dans une enclave espagnole, Ceuta. Là, pas de « colonie », pas de « mur de séparation ».

Domine une compassion pour le « peuple [palestinien] qui souffre ». A l’exception de Tony Blair, les donateurs n’ont aucun mot sur les difficultés des Israéliens, habitants du sud du pays victimes des tirs de roquettes à partir de la bande de Gaza (3) ou ceux des anciennes implantations de cette bande (4).

Surtout, l’absence d’analyse des échecs de l’AP, induits par le déclenchement de l’Intifadah II, les malversations financières, les erreurs de gestion et le clientélisme de ses dirigeants, dont Yasser Arafat, évite d’expliquer la dégradation de la situation malgré l’aide pléthorique (5).

La voix de la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni rappelant les tirs de roquettes contre ses concitoyens, ne perturbe pas la doxa dominante dont elle partage certains pré-supposés : « le principe de la terre contre la paix », « l’économie au service de la paix », « l’intérêt réciproque des Israéliens et des Palestiniens à l’existence de l’Etat de l’autre ».

La conférence de Paris, dans la continuité de celle d’Annapolis (27 novembre 2007)
Les divers orateurs martèlent « le but à atteindre » - la création d’un Etat palestinien -, mais ne déploient pas le même zêle à l’égard des demandes des indépendantistes corses, basques, irlandais ou tchétchènes.

Le cadre de cet Etat, « rêve de Yasser Arafat qui a mis les fondations d’une renaissance palestinienne » selon le président Abbas ? Les résolutions des Nations unies, l’initiative saoudienne acceptée par la Ligue arabe et la « Feuille de route » (Road map) qui en 2003 demandait à l’AP de combattre les groupes terroristes. Une obligation dont ne s’est pas acquittée l’AP qui contrôlait alors la bande de Gaza.

Généreux, les donateurs promettent 7,48 milliards de dollars sur trois ans, dont 3,4 milliards pour 2008, à la construction institutionnelle et la reprise économique de l’Etat palestinien (6). Une somme à comparer aux « huit à neuf milliards de dollars donnés à l’AP depuis la signature des accords d’Oslo » (7), en 1993. En d’autres termes, en une année, l’AP va recevoir un tiers de l’aide accordée en 14 ans.

Ces bailleurs de fonds ne s’interrogent pas sur la destination de ces huit à neuf milliards de dollars et ne recherchent pas la fortune d’Arafat (8). Ils feront transiter leur 7,48 milliards de dollars via un mécanisme européen institué en juin 2006, le TIM (Mécanisme international temporaire), qui sera remplacé en 2008 par le dispositif PEGASE (Gestion palestino-européenne de l’aide socio-économique) « mis en œuvre en étroite coopération avec » l’AP.

De plus, Israël continuera à transférer les taxes et autres revenus douaniers collectés au nom de l’AP au « gouvernement palestinien engagé à respecter les trois principes du Quartet ».

Un avenir obéré
Avec une prétention naïve - résoudre en un an une longue guerre, existentielle pour Israël, et dangereuse par son manque de lucidité, les donateurs persistent dans une voie menant à ce qu’ils appellent la paix, mais sans analyser la nature de ce conflit né d’un refus musulman de l’Etat juif (9).

Ils n’en tirent pas les conclusions, si douloureuses soient-elles. 

En outre, ils démontrent une incapacité ou un manque de volonté à imaginer de nouvelles perspectives, un autre cadre, ou des partenaires différents, tant ils sont ligotés par la reconnaissance comme « seul représentant légitime du peuple palestinien » de l’OLP, dont le Fatah est une composante majeure.

Ils vont allouer de nouveau des sommes importantes aux mêmes responsables de l’AP, dont le Premier ministre Salaam Fayyad, qui a exercé cette fonction en 2002 et a été ministre des finances de 2002 à 2005. Des leaders qui ne reconnassent pas le caractère juif de l’Etat d’Israël.

Il est à craindre que ces 7,48 milliards de dollars ne réduiront pas le terrorisme. Steven Stotsky a démontré une corrélation entre l’aide budgétaire accordée à l’AP et l’activité terroriste qui évoluent dans le même sens. Ainsi, le terrorisme croît avec l’afflux financier (10).

Certes, les gouvernements israélien et palestinien sont tancés de remplir leurs obligations respectives, mais de manière si déséquilibrée…

Placer sous un seul commandement et « réformer les forces de sécurité qui doivent gagner en professionnalisme ». Telles sont les deux missions essentielles assignées à l’AP. Car, pour les donateurs, la violence vient de « milices » et du Hamas qu’ils ne nomment pas, sinon de manière allusive (« putschistes »). 

Cette obligation sécuritaire respectabilise à tort le Fatah, dont « 612 policiers, soit 4,5% des 13 000 de la bande de Gaza, ont participé au putsch du Hamas » selon le commandant de police Kamal al-Sheikh (11). 

De plus, le 29 novembre 2007, le Fatah a annoncé qu’il serait aux côtés du Hamas, contre Israël, en cas d’intervention militaire israélienne dans la bande de Gaza. Enfin, selon WorldNetDaily, l’AP va professionnaliser ses forces de sécurité en recrutant 15 000 Palestiniens armés, dont des milliers des Brigades des martyrs al-Aqsa en plus de ceux déjà employés (12). Rappelons que les Brigades des martyrs d’al-Aqsa, branche armée du Fatah, ont revendiqué le meurtre d’Ido Zoldan (z’’l), âgé de 29 ans, le 19 novembre 2007, près de Kedumim (13).

Certains orateurs prônent une réconciliation nationale sous la férule du président Abbas. A terme, l’union du Fatah et du Hamas ? Celui-ci a obtenu un soutien massif de centaines de milliers de Gazaouis lors de son 20e anniversaire, le 15 décembre 2007, deux jours à peine avant cette conférence.

Sur Israël pèsent des pressions urgentes et dangereuses : alléger les restrictions à la circulation pour permettre la réussite du PRDP et l’amélioration de la vie quotidienne des Palestiniens afin que ceux-ci adhèrent au « processus de paix ». Des restrictions pragmatiques motivées par le souci de la sécurité des Israéliens. Et qui permettent à l’AP de désigner à l’avance le responsable de ses éventuels futurs échecs : Israël.

Surtout cette manne financière n’est conditionnée ni par des informations sur le sort de Guilad Shalit, la reconnaissance du caractère juif de l’Etat d’Israël par les dirigeants de l’AP et par la population palestinienne (14), ni par l’arrêt de l’enseignement de la haine des juifs et des Croisés via les manuels scolaires, les émissions télévisées où l’Etat d’Israël est peint aux couleurs du drapeau palestinien (15) ou les noms des rues, etc.

En laissant vitupérer contre Israël, les donateurs obèrent l’avenir. En effet, comment songer faire la paix avec un Etat qui se conduit aussi cruellement ?

Preuve est donnée dès le lendemain de la conférence des donateurs.

Lors du 13e séminaire méditerranéen de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à Tel-Aviv, Tzipi Livni déclarait : « J’ai été un peu déçue aujourd’hui [18 décembre 2007] de ne pas voir les représentants de certains Etats dont, bien que nous n’ayons pas de relations diplomatiques, j’ai rencontré les ministres des Affaires étrangères hier, à Paris ».

ADDENDUM. 
Un an plus tard, plusieurs Etats arabes n'avaient pas versé leur quote-part.
En 2013, la Cour des comptes de l'Union européenne a rendu un rapport soulignant les dysfonctionnements de l'aide européenne aux Palestiniens. "Selon des estimations de la Cour des Comptes, environ 22% des fonctionnaires des services de santé et 24% de ceux du secteur de l'éducation reçoivent des subsides européens alors qu'ils ne travaillent pas. Pegase, nom du principal programme d'aide aux Palestiniens, "est destiné à soutenir les services publics au profit de la population palestinienne, le paiement des fonctionnaires qui ne travaillent pas ne fait pas partie de cet objectif", souligne le rapport. Selon M. Wessberg, la Commission européenne et le service diplomatique de l'UE "n'ont pas prêté une attention suffisante à ce problème". Le rapport recommande de rediriger vers la Cisjordanie l'aide versée aux fonctionnaires de Gaza".
Ce rapport constate que "l’UE a payé 2,9 milliards d’euros depuis 2007 pour des projets dans les territoires palestiniens, ce qui représente près d'un cinquième de son budget consacré à la « neighbourhood policy », c'est-à-dire les fonds utilisés comme instrument politique pour exercer des influences sur les pays proches".

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/monde/l-ue-paye-des-fonctionnaires-palestiniens-qui-ne-travaillent-pas_1306932.html#xtqZKAjWzsLvOCTz.99


(1) Selon un rapport d’OCHA (Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires) de mai 2007, la communauté internationale a donné en 2006 aux Palestiniens plus de 900 millions de dollars, contre 349 millions de dollars en 2005, et selon un rapport du Congrès, ce montant s’élève à 1,5 milliard de dollars. En 2007, l’aide européenne atteint presque 2,5 milliards de dollars (Daniel Pipes, Financer les Palestiniens ? Mauvaise idée 19 décembre 2007, http://fr.danielpipes.org/article/5278).

(2) Vers 467 à http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/israel-territoires-palestiniens_413/processus-paix_2800/conference-internationale-donateurs-pour-etat-palestinien-17.12.2007_57013.html

(3) « Entre 2000 et 2007, 2 383 impacts de roquettes, provenant de tirs à partir de la bande de Gaza, ont touché l’intérieur et les alentours des localités du sud Néguev, principalement la ville de Sdérot. Ces attaques continuelles provoquent l'accumulation d'un malaise psychologique dans la population et détruisent le sentiment de sécurité dont pouvaient jouir auparavant près de 190 000 personnes qui maintenant vivent sous la menace quotidienne des attaques de roquettes ou d'obus de mortier » (Etude d’Intelligence and Terrorism Intelligence Center à  http://www.terrorism-info.org.il/malam_multimedia/English/eng_n/pdf/rocket_threat_e.pdf).

(4) Selon l’étude de Sadan-Lowenthal Consultants, 85% des familles vivent dans des logements temporaires, 1 2060 résidents sont au chômage et 500 familles reçoivent une aide publique.

(5) Selon la Commission européenne, le taux de croissance de l’économie de l’AP s’est élevé à 48% entre 1994 et 1999 et le revenu par habitant actuel est d’environ 40% au-dessous de celui de 1999.

(6) Statistiques à http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/_57687.html

(7) Estimation du Premier ministre Salam Fayyad lors de la conférence de presse clôturant la réunion du 17 décembre 2007. Selon la Banque mondiale, ce montant avoisine les 10 milliards de dollars.

(8) En 2003, la résolution 1483 du Conseil de sécurité de l'ONU puis une décision du Conseil européen ont imposé aux Etats détenant des fonds et avoirs financiers sortis d’Iraq ou acquis par Saddam Hussein de les transférer au Fonds de développement pour l’Iraq. Une attention dont a été épargnée la fortune de Yasser Arafat.

(9) Sur la question juive de Bernard Lewis, The Wall Street Journal, 26 novembre 2007, http://online.wsj.com/article_email/SB119604260214503526-lMyQjAxMDE3OTI2NjAyNDYyWj.html

(10) Correlating Palestinian Aid and Homicides 2000-2007, 7 septembre 2007 à http://www.camera.org/index.asp?x_context=2&x_outlet=118&x_article=1362

(11) PA Officials admit problems with reforming security forces de Khaled Abou Toameh, The Jerusalem Post¸ 13 décembre 2007 à http://www.jpost.com /servlet/Satellite?cid=1196847336410&pagename=JPost%2FJPArticle%2FShowFull

(12) Palestinians in scheme to fool global donors d’Aaron Klein, WorldNetDaily, 18 décembre 2007, http://www.worldnetdaily.com/news/article.asp?ARTICLE_ID=59250

(13) Le 20 novembre, Tsahal a arrêté trois suspects : trois policiers, dont deux membres du Fatah qui ont reconnu leur implication dans cette attaque. Les faits ont été révélés par les autorités israéliennes le 2 décembre 2007.

(14) Selon un sondage réalisé par NEC (Near East Consulting) auprès de 1 200 Palestiniens vivant dans la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem, du 12 au 15 février 2007, 75% des Palestiniens interrogés ne pensent pas que l’Etat d’Israël a le droit d’exister et 70 % sont favorables à la solution à un Etat.
(15) Itamar Marcus et Barbara Crook, Palestinian Media Watch, 17 octobre 2007.


Citations


Le Président de la République Nicolas Sarkozy
’’Les paramètres d’un règlement final sont connus : les résolutions des Nations unies, le principe de l’échange de la terre contre la paix, la feuille de route du Quartet, l’initiative arabe de paix en ont fixé le cadre ».
« Notre but n’est pas de perpétuer l’assistance aux Palestiniens indéfiniment. Je sais que le vœu le plus cher des responsables palestiniens est de ne plus dépendre de l’aide internationale ».
« L’Etat palestinien… souverain sur son territoire et ses ressources, contrôlant ses frontières, disposant d’une continuité entre Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Un Etat qui combattra les milices et imposera une seule force armée pour une seule autorité. La paix ne se fera pas sans Gaza, partie intégrante du futur Etat palestinien. Elle ne se fera pas sous la houlette de groupes qui refusent l’existence d’Israël ». 
« L’amélioration de la liberté de circulation des biens et personnes est une priorité. Le gel complet et immédiat de la colonisation l’est également. [Une existence normale en Cisjordanie] permettra aux Palestiniens de pouvoir travailler, de cesser de remâcher leur humiliation, de faire reculer la violence et les trafics, et de retrouver le goût de vivre. Les institutions palestiniennes de Jérusalem-Est doivent réouvrir leurs portes. 
« Je le dis en toute amitié à .l’Autorité palestinienne : le temps est venu d’engager les vraies réformes et de prendre à bras le corps le problème de la sécurité. Je le dis à mes amis israéliens : le temps est venu de mettre fin à l’occupation qui a commencé en 1967, de permettre à tout un peuple de retrouver sa dignité ».
’’La France fournira, pour accompagner la création de l’Etat palestinien, un peu plus de 200 millions d’euros (soit 300 millions de dollars) sur les trois prochaines années : 65 millions d’euros d’aide budgétaire, 33 millions d’euros d’aide humanitaire et 96 millions d’euros d’aide projets dans le domaine des réformes à effets macro-économiques. Les 25 millions d’euros d’aide budgétaire pour 2008 seront déboursés dès le mois de janvier. A cela s’ajoute la part que la France prend dans l’aide de l’Union européenne’’
« Soyons audacieux. C’est la paix qui en dépend. Cette paix servira toutes les parties du monde ».
La présidence et les co-présidences se réuniront à nouveau dès le 22 janvier

Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères
’’La conférence a donné un signal fort de soutien politique et financier au gouvernement du président Abbas et du Premier ministre Fayyad, et à leur vision du futur Etat palestinien. La présidence et les co-présidences félicitent l’AP pour son plan Construire un Etat palestinien [qui] comprend un programme macro-économique et budgétaire ambitieux, mais cohérent et réalisable’’.
Un allègement du dispositif de sécurité israélien constitue un préalable dont dépend le succès du programme ».
Après ’’avoir porté en 2007 son soutien au niveau le plus élevé depuis dix ans aux Territoires palestiniens – plus de 40 millions d’euros -, la France va apporter une aide totale de 68 millions d’euros en 2008 à l’AP.
Bernard Kouchner et Salam Fayyad ont signé des conventions : une convention d’aide budgétaire de 25 millions d’euros (cette somme représente un tiers de la dépense mensuelle de rémunération des fonctionnaires palestiniens), un protocole d’accord pour la mise en place du Fonds social du développement (un million d’euros), un projet d’appui par l’AFD (Agence française du développement) aux exportations d’huile d’olive palestinienne (1,25 million d’euros) et un fonds d’expertise mis en place par l’AFD et doté de 500 000 euros.
L’aide de 25 millions fera l’objet d’un audit a posteriori.

Mahmoud Abbas, président du Comité exécutif de l’OLP et Président de l’AP
’’Au nom de D., le bienfaisant et le miséricordieux… 
Ce que nous ferons influera la paix mondiale.
Une transformation complète qui nous mènera vers la fin de l’occupation de notre terre et d’autre terre arabe qui a débuté en 1967.
Je persévèrerai à respecter toutes nos obligations fixées par la Road map et j’attends du côté israélien qu’il fasse de même de manière large, sans excuse de notre côté ou du sien.
J’attends un arrêt de toute activité d’implantation sans exception, le retrait des 127 avant-postes établis depuis 2001, la réouverture des institutions palestiniennes à Jérusalem, le retrait des checkpoints militaires et des restrictions de mouvements, l’arrêt de la construction du mur illégal de séparation et la libération des prisonniers, d’une manière réelle et non symbolique.
Le gouvernement palestinien a commencé à accomplir sa tache à travers la reconstruction des forces de sécurité. Ce qui manque, ce n’est ni une décision politique ni la détermination, mais c’est la capacité financière et l’allègement des restrictions sur le terrain pour réaliser son programme.
La bande de Gaza souffre aujourd’hui d’un embargo oppressant qui n’affecte pas les auteurs du coup (Ndlr : putsch)… mais blesse le citoyen palestinien ordinaire : l’étudiant qui veut finir sa formation, le travailleur, le fermier, l’économiste et le patient qui veut recevoir le traitement et tous les secteurs variés de la population sans exception.
Notre gouvernement s’est déclaré capable de surveiller les points de passage de la bande de Gaza afin de mettre un terme au siège…
Le gouvernement palestinien a payé les salaires de 77 000 employés de la bande de Gaza travaillant dans les domaines de la sécurité, de l’éducation, de la santé, etc.
Nous voulons établir un Etat sur la base de la continuité… indépendant, dans les frontières de 1967 et assurer les droits de nos réfugiés selon l’initiative de paix arabe et la résolution 194 des Nations unies.
Notre vision est fondée sur la loi contre le chaos… C’est le futur Etat de Palestine que nous oeuvrons à établir. C’est le rêve de Yasser Arafat qui a mis les fondations d’une renaissance palestinienne.
Ceux qui ont réalisé le coup (Ndlr : putsch) répandent partout des mensonges. Ils ne dépensent pas l’argent qu’ils ont reçu via des moyens illégitimes sauf pour financer leur force militaire et assurer la loyauté de ceux nommés illégalement dans des positions d’autorité. Vous avez tous entendus parler des meurtres, kidnappings, et détentions continus quotidiens.
Sans le soutien continu et la fourniture de liquidité au trésor palestinien, nous affronterons une catastrophe en Cisjordanie et à Gaza.
Les auteurs du [putsch] utilisent maintenant le dialogue comme excuse pour légitimer leurs actions. Je n’accepterai pas le dialogue comme moyen d’accepter ce [putsch]. Celui-ci doit d’abord cesser’’.

Salam Fayyad, Premier ministre de l’AP
’’Il est temps de prouver que le processus de paix marchera et de prouver l’engagement de la communauté internationale à mettre un terme à 40 ans d’occupation. 
Des 5,6 milliards de dollars que nous demandons pour les trois prochaines années, 3,9 milliards de dollars sont nécessaires pour soutenir le budget. Dans un proche avenir, il est important que nos besoins budgétaires – environ 120 millions de dollars par mois – soient satisfaits à temps ».

Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations unies
« L’inquiétude que j’éprouve pour les 1,4 million de personnes qui vivent aujourd’hui à Gaza dans des conditions effroyables n’est un secret pour personne. 
En 2007, environ 80% de la population de Gaza reçoit une aide alimentaire directe des Nations unies. Plus de 20 agences spécialisées des Nations unies fournssent une large palette d’expertise et de capacité vite opérationnelle [à l’AP] »

Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne chargée des Relations extérieures
« En 2008, nous ferons une contribution de 440 millions d’euros (650 millions de dollars), dont 115 millions d’euros iront à l’UNRWA (Agence onusien de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) et à l’aide humanitaire. Plus de 325 millions d’euros (500 millions de dollars) contribueront à la mise en œuvre du PRDP.
En 2006, pour aider le peuple palestinien, malgré les circonstances politiques, la Comission européenne a mis en place le TIM (Mécanisme international temporaire) par lequel ont transité 600 millions d’euros de fonds. 
Il est temps de travailler directement avec l’Autorité palestinienne. En février 2008, nous lancerons un nouveau mécanisme, PEGASE (Gestion palestino-européenne de l’aide socio-économique) afin de soutenir le PRDP. Ouvert à d’autres donateurs internationaux, PEGASE utilisera différents canaux pour transférer l’aide de manière transparente soit directement à l’AP soit aux bénéficiaires de l’infrastructure publique et du secteur privé ».

Tzipi Livni, vice-Premier ministre et ministre israélienne des Affaires étrangères
« Dans le cadre de la Road map, une réforme fondamentale et la renonciation à la terreur pré-conditionnent le dialogue politique. La logique de ce principe demeure valable. Nous sommes prêts à remplir nos obligations.
Nous devons faire face aux obstacles, mais nous ne pouvons pas en être prisonniers. La situation créée par la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza - ce qui provoque une terreur quotidienne aux familles israéliennes et des privations quotidiennes aux Palestiniens, tandis que Guilad Shalit demeure otage -, pèse lourdement sur nous. L’absence de droit, l’incitation, le trafic d’armes et la terreur n’ont pas cessé. Tout ceci pourrait être une excuse pour l’inaction. Alors que les obstacles posés par la réalité peuvent être grands. Notre détermination commune de ne pas céder à cette réalité doit être plus grande. J’espère que nous pourrons œuvrer à débarrasser Gaza de la terreur et à la placer sous le contrôle du gouvernement légitime palestinien.
Nous avons convenu avec l’AP de reprendre le dialogue dans le JEC (Comité économique joint), forum économique bilatéral de plus haut niveau. Un accord a été trouvé, en principe, sur les termes de référence pour la mission EUCOPPS afin d’aider à entraîner et préparer la police palestinienne.
Pour nous, les mots accès et mouvement doivent être traduits en pratique. Chaque jour, nous devons examiner comment faire avancer au mieux la paix et la sécurité, et à la fin, cela se décline dans les détails, checkpoint par checkpoint, étape par étape pour un avenir meilleur.
Pour la paix, réussir à assurer la sécurité d’Israël doit être un intérêt palestinien, comme un Etat palestinien est un intérêt d’Israël. Je crois que le président Abbas et le Premier ministre Fayyad sont nos partenaires dans cette compréhension. Nous ne voulons pas contrôler les vies des Palestiniens. Nous ne voulons pas que l’image d’Israël dans l’esprit des Palestiniens soit celle d’un soldat à un checkpoint. Mais nous savons que faire chaque effort pour améliorer la qualité de la vie, signifie aussi faire chaque effort pour mettre un terme aux menaces de la terreur et la violence ».

Dr Balaji Sadasivan, ministre des Affaires étrangères de Singapour
« Petit Etat-île sans ressource naturelle, Singapour comprend les défis qui se présentent à une Palestine indépendante. Le développement de la ressource humaine est un facteur-clé. Comme Singapour a tiré un bénéfice d’autrui, nous sommes prêts à partager notre expérience avec les dirigeants palestiniens. Nous projetons d’accorder une aide technique de 700 000 dollars ».

La présidence française et les co-présidences : Norvège qui préside le comité de liaison ad hoc des bailleurs internationaux, Commission européenne et Tony Blair, représentant spécial du Quartet pour le Proche-Orient
« Aucune reprise économique ne sera possible sans amélioration substantielle de la situation sur le terrain. Il est nécessaire que les Palestiniens et les Israéliens prennent leurs responsabilités respectives de manière à ce que les mesures sur le terrain, en particulier en ce qui concerne la liberté de mouvement et d’accès, favorisent la reprise économique et la mise en œuvre du plan ».


ADDENDUM
Le 18 août 2014, Boerge Brendes, ministre norvégien des Affaires étrangères, a annoncé que les donateurs internationaux pour la "Palestine" se réuniront au Caire (Egypte) afin de "financer la reconstruction de la bande de Gaza dès qu'un accord de cessez-le-feu durable aura été conclu entre Israël et Palestiniens". 

La conférence sur le site du ministère français des Affaires étrangères :
href="http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/israel-territoires-palestiniens_413/processus-paix_2800/conference-internationale-donateurs-pour-etat-palestinien-17.12.2007_57013.html" target="_blank">http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/israel-territoires-palestiniens_413/processus-
paix_2800/conference-internationale-donateurs-pour-etat-palestinien-17.12.2007_57013.html


Visuels : © Photo et infographies de Véronique Chemla ; carte : PMW
Photo de gauche à droite : Salam Fayyad, Bernard Kouchner et Tony Blair.


Articles sur ce blog concernant :
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Cet article avait été publié par Guysen. Il a été republié sur ce blog le 21 août 2014.

lundi 6 octobre 2014

Jean-Léon Gérôme (1824-1904). L'Histoire en spectacle


Arte diffusera les 6, 10, 13 et 19 octobre 2014 le numéro de "De l'art et du cochon" intitulé "Jean-Leon Gérôme et le dîner de Louis XIV" : "À partir d’une oeuvre, cette série plonge dans l’histoire de l’art et de la gastronomie, en compagnie d’un grand chef. Aujourd'hui : Guy Martin, le chef du restaurant Le Grand Véfour, a décidé de reproduire "Le dîner de Louis XIV", seule représentation du Roi-Soleil à table réalisée en 1863 par le peintre académique Jean-Léon Gérôme". Le musée d’Orsay a présenté l’exposition éponyme sur ce peintre et sculpteur français qui a profondément marqué les arts, en particulier le cinéma. Guidé par un souci scrupuleux de véracité historique (costumes, décors), Jean-Léon Gérôme a fondé sa réputation sur des tableaux narratifs, sa représentation dramatisée et spectaculaire d'événements historiques et sur son illustration privilégiant l’anecdote. Il a exercé une influence durable sur le cinéma.


C’est la première exposition consacrée à Paris à Jean-Léon Gérôme depuis son décès en 1904.

Célèbre, apprécié et critiqué pendant sa carrière, Jean-Léon Gérôme a longtemps été méprisé en France pour son « académisme stérile ». Il est considéré actuellement comme « un des grands créateurs d’images du XIXe siècle » tant ses œuvres sont immédiatement compréhensibles par le public le plus divers, et frappent par leur composition théâtralisée.

Cette exposition aborde « tous les enjeux de son œuvre, de ses sources à son influence » : la place de Gerôme dans la « peinture française de son temps, sa conception théâtralisée de la peinture d'histoire, son rapport complexe à l'exotisme » et à l’Orient, son usage de la polychromie en sculpture, son rôle d'enseignant, son rapport au modèle antique, sa foisonnante mise en œuvre d'une grammaire visuelle, qui pousse parfois l'obsession illusionniste jusqu'à l'étrange, et entre en résonance avec tous les arts visuels, estampe, photographie jusqu’au cinéma, alors naissant, sur lequel l’influence de Gérôme est profonde ».

Etait aussi évoqué « son rapport à la référence archéologique, du mouvement néo-grec aux codifications pédagogiques déduites de ses œuvres ».

Cette exposition à la scénographie thématique s’interrogeait aussi « sur la façon dont sa personnalité cristallise le combat anti-académique de la fin du XIXe siècle, et enfin, l'engouement qu'il suscite auprès du public et des collectionneurs américains ».

La formation
Jean-Léon Gérôme est né en 1824, à Vesoul où son père est orfèvre et joaillier.

Admis à 16 ans, après son baccalauréat, dans l’atelier parisien du réputé Paul Delaroche, Gérôme s’y lie avec Gustave Le Gray, futur photographe, et il y apprend à associer étroitement peinture d’histoire et peinture de genre. Il revendique l’influence de ce peintre, de Charles Gleyre et de Jean-Dominique Ingres.

En Italie, où il travaille en 1843 dans le nouvel atelier de Paul Delaroche, Gérôme se passionne pour les vestiges archéologiques à Pompéi et Herculanum.

Il échoue au concours du Prix de Rome.

Il se fait remarquer par son tableau Le combat de coqs exposé au salon de 1847 (Paris, musée d’Orsay), et est « proclamé chef de file d’une nouvelle école, les néo-grecs ».

Au 27 rue de Fleurus, dès 1846-1847, se réunissent des artistes – peintres musiciens - « néo-grecs » qui veulent renouveler la vision approximative de la Grèce antique par une approche « archéologique » accordant une plus grande attention aux détails vrais, par une représentation plus érudite. La démarche de ces néo-grecs « s’inscrit dans le climat de recherches qui animent le milieu parisien autour de 1850, à la fois en architecture, en sculpture et en peinture ». En 1848, l’Etat achète La République pour la mairie de Montmartre.

Portraitiste, Gérôme réserve pour l’essentiel  cet exercice à son univers familial, mais peint deux célébrités du monde des arts : la tragédienne Rachel, dans un rouge dramatique, et l’architecte Charles Garnier.

Soutenu par Théophile Gautier, Gérôme est contesté par Charles Baudelaire, Edgar Degas ou Emile Zola, surtout à partir de 1861 avec Phryné devant l'aréopage. Une œuvre qui ne satisfait ni les tenants de la tradition ni les partisans d’une peinture moderne. Elle illustre la conception de Gérôme de la peinture d’histoire comme « une narration magistralement scénographiée ».

Peindre et conter l’histoire
Délaissant le style néo-grec, Gérôme va satisfaire le goût de ses clients pour « l’ailleurs », avec un souci de réalisme, du détail vrai dans la peinture de l’architecture, des costumes, des lieux, de l’atmosphère.

Jusqu’au XIXe siècle, la peinture d’histoire imposait le principe d’édification, puis elle a privilégié la narration. Parallèlement se développait le roman historique. Ce peintre qui prend des libertés à l’égard de l’académisme met en spectacle l’Histoire, de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle. Le spectateur est placé en « témoin oculaire » d’un évènement narré de manière théâtralisée, et puisé dans l’histoire antique (La Mort de César) ou moderne (Réception du Grand Condé à Versailles, 1878), la légende napoléonienne (L’exécution du Maréchal Ney, 1867), ou des épisodes contemporains (Audience des ambassadeurs de Siam à Fontainebleau, 1864).

Une théâtralisation que l’on retrouve dans ses peintures orientalistes empreintes de sensualité (Bain turc ou Bain Maure, 1870), ses tableaux de paysage, religieux, de scène de genre ou de nu féminin.

Les Orients, réel et fantasmé, de Gérôme
Chargés par le Ministère de l’Instruction publique de réunir des éléments « pour l’étude des antiquités de ces différents pays [Egypte, Nubie, Palestine] et la reproduction photographique des principaux monuments et des types les plus remarquables des races diverses », Gérôme et le jeune Auguste Bartholdi se dirigent vers Alexandrie le 8 novembre 1855. Bartholdi réalise, en Egypte et au Yémen, plus d’une centaine d’épreuves.

Déjà en 1852, ont été publiées par Blanquart-Evrard les photographies de Maxime du Camp en 1849 lors de son séjour en « Egypte, Palestine et Syrie en compagnie de Gustave Flaubert ».

Pour Bartholdi et Gérôme ce premier voyage est une découverte de l’Orient. Gérôme s’inspire de « l’effet panoramique » donné par Bartholdi à ses photos en Egypte pour insuffler une ampleur théâtrale à ses peintures.


A partir de 1855, Gérôme séjourne à plusieurs reprises dans la partie orientale de la Méditerranée, en particulier à Jérusalem en 1868 et lors de l’inauguration du canal de Suez en 1869.

Il peint un Orient à la fois en se fondant sur des clichés, ses souvenirs, ses esquisses et en fondant son imaginaire avec celui d’écrivains – Les Orientales deVictor Hugo - et de peintres évoquant un Orient sensuel, violent, cruel. Gérôme offre ainsi au public la vision qu’il espère et s’est façonnée de ce monde lointain.

Dans le bestiaire varié - chats, chiens, chevaux, tigres, lions et dromadaires - de Gérôme, le lion occupe une place privilégiée : dans les arènes du cirque romain, le roi des animaux est « féroce et cruel », dans la « cage du cirque moderne, on le voit dompté en douceur ». Un félin toujours symbole de force, comme le tigre. On peut y voir le résultat des études de jeunesse de Gérôme quand il fréquentait quotidiennement le Jardin des Plantes, puis, les ménageries. Ou un clin d’œil de l’artiste : en latin, Leo veut dire « lion » et « Léon ». Un de ses tableaux s'intitule Nominor Leo : « On m’appelle Lion / Léon ».

Gérôme, sculpteur : « Le Père polychrome »
L’exposition universelle de 1878 marque les débuts de la carrière officielle du sculpteur Gérôme, âgé de 54 ans, qui y montre Les gladiateurs, dans la veine académique, en bronze.

A l’instar des sculpteurs antiques, à partir de 1890 (Tanagra), il opte pour la polychromie, il colore ses œuvres marmoréennes avec une cire pigmentée.

Parmi ses sculptures, citons Sarah Bernhardt, vers 1895. Gérôme consacre une part de plus en plus importante à la sculpture.

Vers la fin de sa vie, la figure du sculpteur travaillant dans son atelier devient le thème privilégié de ses tableaux (Pygmalion et Galatée, 1890) et d’autoportraits.

Dans l’atelier
Dans son atelier du boulevard de Clichy ouvert en 1860 et décoré de tapis orientaux, Gérôme élabore ses compositions picturales. Son atelier devient une source d’inspiration représentée dans ses œuvres.

Nommé en 1864 professeur à l’École des Beaux-arts, Gérôme définit sa mission comme « apprendre l’orthographe de l’art aux jeunes gens ». Il y assure son enseignement jusqu’en 1902.

Hostile à l’exposition des œuvres d’Edouard Manet à l’Ecole des Beaux-arts (1884), il reconnaît finalement s’être trompé.

De nouveau, il s’aliène la critique avant-gardiste en s’opposant en 1894 à la donation Caillebotte qui réunit des tableaux impressionnistes puis lors de l’Exposition universelle en 1900, en s’élevant contre la peinture moderne.

La diffusion des œuvres
Gérôme est particulièrement intéressé par la diffusion de ses œuvres : par leur vente à des collectionneurs et par la reproduction gravée et photographiée vendue à des milliers d’exemplaires.

Ainsi, il collabore dès 1859 avec la maison Goupil, galerie d’art et éditeur, dirigée par Adolphe Goupil, qui devient son beau-père.

Cette reproduction en grand nombre renforce sa renommée et démultiplie son audience, devenue internationale : « jusqu'en 1914, Goupil négocie 337 tableaux et en reproduit par la gravure ou la photographie près de 370 ».

Gérôme lègue à la Bibliothèque nationale la reproduction photographique de ses œuvres.

Cinéma
La qualité des représentations picturales de Gérôme – intelligibilité immédiate, souci du détail vrai, impression rapide dans les mémoires, composition cadrée - alliée à la large diffusion des œuvres de Gérôme aux Etats-Unis expliquent son « héritage dans une Amérique s’appropriant par l’image animée le récit de l’histoire du Vieux Continent ».

C’est le péplum (peplos, signifie en grec tunique), un genre cinématographie apparu dès les frères Lumière et Méliès, qui puise dans les tableaux de Gérôme sur l’Antiquité romaine ses images les plus saisissantes. Les réalisateurs – William Wyler (Ben-Hur, 1959), Stanley Kubrick (Spartacus, 1960), Ridley Scott (Gladiator, 2000) - sont « sensibles à l’efficacité de la mise en scène du peintre, à sa capacité de faire tenir en un seul « plan » l’ensemble d’une composition narrative, jouant sur la durée de l’action, au choix habile de « l’instant d’après » dans la plupart de ses sujets historiques ».


Jusqu’au 23 janvier 2011
Niveau 0, grand espace d'exposition
1, rue de la Légion-d'Honneur, 75007 Paris
Tél. : téléphone : 01 40 49 48 14
Tous les jours, sauf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu’à 21 h 45

Du 15 juin au 12 septembre 2010
Au Getty Museum à Los Angeles

Du 1er mars au 22 mai 2011

Visuels de haut en bas
Affiche
Jean-Léon Gérôme
Pollice Verso, 1872
Huile sur toile, 97,5 x 146,7 cm
Phoenix Art Museum
© Phoenix Art Museum

Jean-Léon Gérôme
Sortie du bal masqué, vers 1857-59
Huile sur toile, 39,1 x 56,3 cm
Baltimore, Walters Art Gallery
Photo©The Walters Art Museum, Baltimore

Jean-Léon Gérôme
La mort de César, 1859-1867
Huile sur toile, 85,5 x 145,5 cm
Baltimore, Walters Art Gallery
Photo©The Walters Art Museum, Baltimore

Jean-Léon Gérôme
Jeunes Grecs faisant battre des coqs dit aussi un combat de coqs, 1846
Huile sur toile, 143 x 204 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
 
Jean-Léon Gérôme
La République, 1848
Huile sur toile, 292 x 193 cm
Les Lilas, Mairie des Lilas
© Musée d'Orsay (dist. RMN) / Patrice Schmidt

Jean-Léon Gérôme
Phryné devant l'Aréopage, 1861
Huile sur toile, 80,5 x 128 cm
Hambourg, Hamburger Kunsthalle
© BPK, Berlin, Dist. RMN / Elke Walford

Jean-Léon Gérôme
Réception du Grand Condé à Versailles, 1878
Huile sur toile, 96,5 x 139,7 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Jean-Léon Gérôme
Promenade du Harem, 1869
Huile sur toile, 78.7 x 134.6 cm
Don de Walter P. Chrysler, Jr.
Norfolk, Chrysler Museum of art
© Image courtesy of the Chrysler Museum of Art, Norfolk, Va.

Jean-Léon Gérôme
Jérusalem ou Le Golgotha, 1867
Huile sur toile, 82 x 144,5 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Jean-Léon Gérôme
Tanagra, 1890
Statue en marbre polychrome, 154,7 x 56 x 57,3 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda

Jean-Léon Gérôme
Sarah Bernhardt, vers 1895
Buste en marbre teinté, 69 x 41 x 29 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Anonyme
Gérôme en tablier de sculpteur assis à côté du plâtre des Gladiateurs, de face, vers 1890
Épreuve albuminée, 25,7 x 21 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
© Bibliothèque nationale de France


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 17 janvier 2011, puis le :
11 décembre 2012 à l'approche de la vente aux enchère par le département orientaliste d'Artcurial, le 11 décembre 2012, du tableau Promenade du harem de ce peintre. L'oeuvre inédite est estimée entre 800 000 et 1,2 million d'euros ;
- 3 juillet 2014. Toute l'Histoire a diffusé le 4 juillet 2014 dans la série Sphinx : les légendes de l'Histoire le documentaire sur les gladiateurs