Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 31 juillet 2018

« La fin du judaïsme en terres d’islam » sous la direction de Shmuel Trigano



Shmuel Trigano a réuni les contributions d'historiens français et israéliens pour souligner les points commun dans "l'exode oublié" d'environ un million de Juifs des pays arabes, de Turquie et d'Iran, essentiellement des années 1940 aux années 1970, et présenter l'histoire des modalités d'émigration de communautés Juives implantées souvent depuis des millénaires, généralement avant la conquête arabe, dans onze pays. Le 20 juin 2018, pour la Journée mondiale des réfugiés,  le mouvement anti-israélien BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) sudafricain a tweeté que les "Palestiniens sont le groupe au monde le plus important et souffrant depuis la période la plus longue". Il a illustré son twitt par quatre photos dont une prise en 1950 dans un camp israélien de transit accueillant des Juifs ayant fui ou été expulsés de pays Arabes et musulmans après la recréation de l'Etat Juif. Puis, ce twitt a été cité sur Twitter par le Congress of South African Trade Unions (COSATU), un syndicat d'Afrique du Sud qui n'a pas mentionné sa source.

En quelques décennies, de 1945 aux années 1970, environ 900 000 Juifs - un nombre plus élevé que celui des réfugiés Arabes de la Palestine mandataire en 1947-1948 estimé à 583 121-609 071 individus - ont quitté une dizaine de pays musulmans, dont certains devinrent Judenrein, alors que la présence des Juifs y était souvent antérieure à la conquête arabe, voire (pluri)millénaire.

Numériquement faibles, les communautés Juives qui y demeurent constituent de quasi-dhimmis instrumentalisés.


Sous la direction de Shmuel Trigano qui avait organisé un symposium international en 2001 sur ce thème de "l'exode oublié" (Forgotten Exile), dix historiens d’universités françaises et israéliennes nous présentent une histoire par pays – Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Yémen, Syrie, Liban, Turquie, Iran, Irak - de cet « exode oublié ». Un exil dont les Juifs concernés ont longtemps occulté les circonstances effroyables, douloureuses, tragiques, caractérisées notamment par les dénaturalisations, les marginalisations, les spoliations, les exclusions, les expulsions, sous prétexte d’antisionisme.

Ces études comparatives révèlent « des parallèles transnationaux, des récurrences d'événements symptomatiques ». Shmuel Trigano a modélisé cet "ensemble de dispositifs juridiques, économiques et politiques", visant à isoler, marginaliser et exclure, voire expulser, les Juifs de la société : "dénationalisations, discriminations juridiques, isolement et séquestration des personnes, spoliations économiques, discriminations socio-économiques, événements pogromiques". Un "vrai "statut des Juifs" de facto", et de jure décidé par la Ligue arabe. Des violences sanglantes annoncées à l'ONU par un délégué égyptien le 24 novembre 1947.

Les raisons de cet exil méconnu et oublié de tant d'histoires officielles ? Le refus par les dirigeants du monde musulman de la recréation de l’Etat Juif, cette « rébellion contre l’islam » ; des pays arabes indépendants où l’islam devint religion d’Etat et « l’arabisme et le panarabisme furent relayés par l’islamisme et le panislamisme, après le court intermède du « socialisme arabe » ; la décolonisation menaçant les Juifs du retour au statut de dhimmis ; les liens entre des chefs de mouvements nationaux arabes, dont le grand mufti de Jérusalem Hadj Amin el-Husseini, et des dirigeants du Reich, tel Hitler.

Et les souvenirs de la dhimmitude en « terre d’islam » et de pogroms ayant marqué durablement les mémoires, tels ceux à Hébron et Safed en 1517, le Yagma el Gabireh (« grande destruction ») à Hébron le 24 juillet 1834, le pogrom à Shiraz (Iran) le 30 octobre 1910, le Tritel (pogrom antisémite) à Fès (17-19 avril 1912, 30 nissan 5672), « pogrom au nom du djihad » (Shmuel Trigano) - 27 victimes Juives, enfants et adultes, le pogrom, précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois, du 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l’Armée française, le farhud (ou farhoud), pogrom arabe et nazi à Bagdad (Iraq), en juin 1941, au cours duquel des foules arabes musulmanes ont tué 175 Juifs, blessé 1 000 Juifs et détruit 900 maisons Juives

Il convient d'ajouter les Juifs contraints de fuir la vieille ville de Jérusalem conquise par les forces Arabes pendant la guerre d'Indépendance de l'Etat d'Israël (1948), et ceux obligés de fuir d'autres Etats musulmans non étudiés, par exemple le Bahreïn, les entités musulmanes de l'ex-URSS (Asie centrale, Caucase), etc. L'histoire de ceux-ci est largement méconnue, voire ignorée, d'historiens souvent francophones.

Ce livre passionnant, émouvant, est indispensable pour comprendre un des contentieux, avec notamment la dhimmitude, du peuple Juif à l’égard du monde musulman. Et il est essentiel que ce différend soit inclus dans les négociations entre l'Etat d'Israël et l'Autorité palestinienne, et que l'histoire de ces communautés Juives intégrées honnêtement dans les manuels scolaires des pays Arabes ou/et musulmans concernés.
 
Addendum 
Le 24 juin 2014, la Knesset a approuvé la proposition de loi instituant la journée du 30 novembre en Jour marquant l'exil des Juifs des terres arabes et d'Iran (Day Marking the Exit and Deportation of Jews from Arab Lands and Iran), et présentée par les parlementaires Shimon Ohayon (Likud Beiténou) et Nissim Zeev (Shas).
Plusieurs ministres se mobiliseront : celui des personnes âgées dirigera la cérémonie ouvrant la commémoration, celui de l'Education encouragera des activités éducatives liées à ce Jour et celui des Affaires étrangères organisera des événements, dont certains se dérouleront dans les ambassades israéliennes, afin d'augmenter la prise de conscience internationale des Juifs réfugiés ayant quitté les terres arabes et l'Iran et leur droit à indemnisation. La Knesset tiendra une réunion spéciale pour marquer ce Jour.
Cette loi précise : ”Durant ce long exode, les Juifs vivant en terres arabes ont subi de nombreux pogroms. Le monde arabe a répondu gravement au renforcement du mouvement national Juif et au sionisme à la veille" du rétablissement de l'Etat d'Israël. "Cette opposition s'est exprimée par des attaques cruelles à l'égard des Juifs et une augmentation des troubles contre eux. Des ordres et lois officiels émis par les régimes des terres arabes ont empêché les Juifs de bénéficier des droits de l'homme ou de ceux des citoyens ainsi que d'avoir un travail, leurs biens leur ont été confisqués, leur nationalité leur a été retirée. De nombreuses fois, les Juifs sont été victimes de meurtres, d'arrestations arbitraires infondées, d'emprisonnements, de torture et de déportation. De 1947 à 1972, environ 856 000 Juifs des terres arabes ont été déracinés, dépossédés de tout et sont devenus des réfugiés". On ne peut s'empêcher de dresser un parallèle entre des actes infamants préjudiciables édictés contre ces réfugiés Juifs et ceux visant le Dr Krief depuis quelques années dans la France républicaine du début du XXIe siècle.
Le choix du 30 novembre pour marquer les "droits des réfugiés Juifs des terres arabes s'explique ainsi : "Après la partition décidée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 29 novembre", les Etats arabes ont attaqué activement les communautés Juives dans leur pays dans le but d'empêcher" la refondation d'un Etat Juif sur la terre d'Israël.
"Ce jour n’est pas défini par la catégorie de « Jour du souvenir/Yom Zikaron) mais sous un terme qui désigne une moindre importance. Tsyoune pourrait être traduit par « marquage », « indication »: « Jour pour marquer… » si une telle catégorie du souvenir existait. Cette gradation n’est pas dénue-ée de sens comme on le verra. L’événement commémoré est, par ailleurs, défini par la loi d’une double façon: « sortie » (yetsia) et « expulsion » (geroush)", explique Shmuel Trigano (21 décembre 2014).
Et de poursuivre : "Ce partage est crédible, et je l’ai défendu moi-même dans un ouvrage il y a quelques années , sauf que la notion de « sortie » suppose un choix volontaire , là où il faudrait parler d ‘ »exclusion », hadara, pour désigner un processus d’exclusion sociale, politique et économique des Juifs, les poussant nécessairement au départ. La disparition quasi totale d’une population juive dans les pays arabes contemporains est en effet l’indice d’une rupture sous le coup de la violence. Toutefois, ces deux termes n’expriment pas l’état de fait qui s’est alors installé. Nous n’avons pas encore de mot pour désigner l’éradication de communautés juives millénaires dans 10 pays, un terme qui désignera ce que l’histoire retiendra de cet événement.  » Destruction du judaïsme sépharade/ Heres yahadut sfarad »? Deux problèmes se posent, à ce propos, dans le formulé de la loi de la Knesset. La définition de la population qui a vécu cette épreuve reste problématique: « Juifs des pays arabes et d’Iran »: dès le départ, on observe que cette distinction n’a pas de sens sous le jour de l’islam, que partagent ces pays et qui permet de ne pas oublier un pays dans cette nomenclature, un pays qui n’est ni perse, ni arabe mais aussi musulman: la Turquie. En disant « Juifs des pays arabes et d’Iran », la loi définit en effet cette population par un référent externe à sa condition (arabe et Iran) et par l’oppression dont elle a été victime. Elle ne la définit pas comme un ensemble réel – ce que fut le peuple juif dans la conscience de l'exil », la galout. Cet ensemble a subi, certes, dans dix Etats différents, les mêmes avanies de l’histoire mais cette souffrance n’est pas à l’origine de son existence et de son identité. Les Juifs de ces pays avaient aussi conscience de leur destin commun, autant culturellement que politiquement. Nous en avons l’illustration, avant même la proclamation de l’indépendance de l’Etat d’Israël, en 1946, dans une déclaration très importante de l’ensemble des communautés sépharades, je dis bien « sépharades », sous la forme d’un memorandum présenté devant la Commission Anglo-américaine qui s’intitule « Memorandum des envoyés des communautés sépharades en Eretz Israel ». La loi de la Knesset de 2010 recense 3 caractères qui font un « réfugié » - une définition restrictive qui omet en particulier la Turquie :
« est réfugié juif » tout originaire des pays arabes et d’Iran qui réunit toutes les caractéristiques suivantes :
1) Citoyen d’Israël (a fortiori s’il était résident d’Eretz Israel avant la constitution de l’Etat) ;
2) Résident de l’un des pays arabes et d’Iran qu’il a quittés, entre autres, du fait de persécutions ou de sa judéité et où il fut privé de sécurité du fait de persécution ;
3) Qui a abandonné dans le pays de son origine les biens qui étaient en sa possession »
Le 10 décembre 2014, à 18 h 30, la salle des fêtes de la mairie du XVIIe arrondissement de Paris a accueilli la soirée Fragments de la mémoire sepharade (Testimony Film Screening) au cours de laquelle seront projetés les témoignages filmés recueillis par Hélène Trigano. Animée par Josiane Sberro, une table-ronde suivra sur Les réfugiés juifs du monde arabe,  entre mémoire et politique, avec  Georges Bensoussan, Daniel Sibony, Shmuel Trigano. 
Les anti-Israéliens multiplient les manifestations pour la Nakba. 

Le Centre Culturel et Communautaire Juif de Montpellier a présenté l'exposition Les réfugiés juifs du monde arabe. "Le 30 novembre a été décrété par l’Etat d’Israël Journée de commémoration de l’expulsion et de l’exode des Juifs des pays arabes et d’Iran. La terre d’Israël est le berceau du peuple juif depuis plus de trois mille ans. Depuis l’antiquité, les centres de civilisation juive se sont installés dans de nombreux territoires des régions adjacentes. Des communautés juives significatives existaient dans tout le Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, à la Babylonie, au Levant, dans la péninsule Arabique, au Yémen et dans la région du Golfe ; depuis plus de 2000 ans, des siècles avant l’avènement de l’Islam et la conquête arabe. En vertu de la loi islamique, les Juifs étaient considérés comme « dhimmi », citoyens de seconde zone, obligés de payer des impôts spéciaux, de porter des signes et des habits distinctifs et de subir d’autres décrets et législation discriminatoires. Là où le régime de la « charia » a été mis en oeuvre strictement, les orphelins juifs ont été pris par la force hors de leur communauté et convertis sous la contrainte. Avant le plan de partage des Nations unies, qui a appelé à la création d’un Etat juif aux côtés d’un Etat arabe en Palestine mandataire, le Comité politique de la Ligue arabe a rédigé une loi régissant le statut juridique des résidents juifs. Cette loi prévoyait que les comptes bancaires des Juifs des pays de la Ligue arabe devaient être gelés et utilisés pour financer la « résistance aux ambitions sionistes en Palestine» ; et que les Juifs – soupçonnés d’être des sionistes actifs – seraient internés en tant que prisonniers politiques et leurs biens confisqués. De tels actes de répression parmi d’autres encore ainsi que des violences d’État, ont précipité un départ en masse des anciennes communautés juives, souvent dans des circonstances économiques désespérées. Au total, plus de 850 000 Juifs ont été contraints de quitter les pays arabes, dans un processus d’expulsion et d’exode qui s’est poursuivi jusque dans les années 1970. Une exposition composée de 15 panneaux à voir du 4 au 17 janvier 2016, du lundi au jeudi de 12 h à 19 h, entrée libre". On ne peut que déplorer l'omission des Juifs contraints de fuir une partie de Jérusalem conquise par la Transjordanie et la Turquie.

Vernissage le 14 janvier 2016 à 19 h avec la projection du film The Silent Exodus, de Pierre Rehov. « Les réfugiés du silence » retrace "l’histoire du million de Juifs qui ont été contraints de fuir les pays arabes où leur famille était établie depuis des centaines, voire des milliers d’années. Ces personnes qui avaient été dépouillées de tous leurs biens avant leur départ. Ce qui fit d’eux des réfugiés. Bien qu’ils n’aient jamais demandé ce statut  et n’en aient jamais bénficié. Pas plus qu’ils n’ont reçu la moindre compensation. Pierre Rehov utilise des films et photos d’archives, souvent inédits. Il y mêle le témoignage de témoins qui sont, soit des personnalités connues, comme l’historienne Bat Yor, ou des personnes inconnues, qui ont souhaité s’exprimer pour la premire fois sur un sujet très douloureux. Deux Sénateurs américains prennent également la parole, ainsi que l’ancien Président américain Jimmy Carter, par exemple. Pierre Rehov, né à Alger, Algérie, est un réalisateur français résidant à New York se spécialisant dans le conflit israélo-arabe et de la psychopathologie terroriste. Licencié en droit. Journaliste puis producteur de films". Pierre Rehov a publié sur Youtube son remarquable documentaire sur cet exode.  

La valeur des avoirs - comptes bancaires, bijoux, maisons, terrains et entreprises personnels et communautaires (synagogues, centres, hôpitaux) - confisqués ou laissés par les Juifs fuyant ces pays, notamment en Iraq et en Egypte, s'élève à plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars.

Le 19 novembre 2017, de 19 h à 19 h 50, le mahJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) proposa Juifs d’Égypte, du Yémen, de Libye, d’Irak et du Maroc - Les Réfugiés oubliés (The Forgotten Refugees), de Michael Grynszpan (Israël, États-Unis, 2005, 49 min, VOSTF) en présence du réalisateur (sous réserve). Le film évoque plus de deux millénaires de présence juive au Moyen-Orient qui ont profondément imprégné les vies politiques et artistiques locales, mais se sont soldés par l’exode massif de ces « réfugiés oubliés » à partir des vagues nationalistes arabes des années 1930. Avant 1945, Palestine exceptée, plus d’un million de juifs vivaient dans le monde arabe. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quelques milliers".

Le 20 juin 2018, pour la Journée mondiale des réfugiés,  le mouvement anti-israélien BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) sudafricain a tweeté que les "Palestiniens sont le groupe au monde le plus important et souffrant depuis la période la plus longue". Il a illustré son twitt par quatre photos dont une prise en 1950 dans un camp israélien de transit accueillant des Juifs ayant fui ou été expulsés de pays Arabes et musulmans après la recréation de l'Etat Juif. Puis, ce twitt a été cité sur Twitter par le Congress of South African Trade Unions (COSATU), un syndicat d'Afrique du Sud qui n'a pas mentionné sa source. Une gaffe qui lui a valu les moqueries d'Internautes : "Thank you Cosatu for bringing to the world attention the plight of Jewish refugees exiled from their homes in the 40’s and 50’s. Truly doing good work!!”.


Sous la direction de Shmuel Trigano, La fin du judaïsme en terres d’islam. Ed. Denoël, 2009. 510 pages. 25 €. ISBN : 9782207261040.

Photo : John Phillips, Expulsion des habitants Juifs de la vieille ville de Jérusalem sous la menace de soldats jordaniens armés.  Photo publiée par Life Magazine en 1948.

Visuel :
Affiche Les Réfugiés oubliés (The Forgotten Refugees) de Michael Grynszpan
© DR

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été commandé et non publié par L'Arche. Il a été publié  en une version plus longue sur ce blog le :
- 20 septembre 2012 à l'approche de l'ouverture, le 21 septembre 2012, de la conférence The Untold Story of the Middle East, Justice for Jewish Refugees from Arab countries à New-York ;
- 2 novembre 2012 alors que le journal égyptien al-Ahram alléguait la saisine par les autorités égyptiennes de 13 cartons contenant des documents sur les biens des Juifs égyptiens des années 1940 aux années 1960 ;
- 28 février 2013 alors que deux films - une série télévisée qatarie, un documentaire égyptien - sont réalisés avec pour thème : les Juifs ayant vécu jadis dans le monde arabe ;
- 8 août 2013 alors que Ronen Bergman a listé les noms des propriétaires Juifs d'immeubles ou d'appartements place Tahir (Le Caire, Egypte) et dont ils ont été spoliés par Nasser (Yediot Aharonot, 12 juillet 2013). Un article traduit en anglais par le blog Jewishrefugees ;
- 17 février 2014. Le 17 février 1948, la Ligue Arabe a décidé que ses Etats-membres sanctionnent leurs populations Juives. Le 14 juillet 2013, à l'initiative du parlementaire Shimon Ohayon (Likud Beiténou), le Comité ministériel pour la Législation au sein de la Kensset a choisi le 17 février - date du plan arabe - comme Journée nationale de commémoration des Juifs réfugiés ayant fui leurs pays natals : Etats arabes, Turquie, Iran et partie de Jérusalem ;
- 27 juin 2014, 16 mai et 3 novembre 2015, 13 janvier 2016, 18 novembre 2017. 

lundi 30 juillet 2018

« Europa Europa » par Agnieszka Holland


Arte diffusera le 1er août 2018 « Europa Europa » (Hitlerjunge Salomon) par Agnieszka Holland. « Comment un jeune Juif a survécu à la guerre en endossant tour à tour l’uniforme russe, puis nazi... Une saga mise en scène avec brio par Agnieszka Holland et produite par Artur Brauner, figure du cinéma européen du XXIe siècle. »


« Allemagne, 1938. Après la terrible Nuit de cristal, au cours de laquelle leur fille a trouvé la mort, la famille Perel décide de retourner vivre à Lodz, d'où le père est originaire. Lorsque les troupes allemandes envahissent la Pologne, les deux jeunes fils, Isaak, et Salomon, 13 ans, sont envoyés par leurs parents vers l'Est. Séparé de son frère au cours du voyage, Salomon est recueilli dans un orphelinat russe, où il apprend à devenir un patriote soviétique. Mais lorsqu'en juin 1941 Hitler rompt le pacte conclu avec Staline, l'orphelinat est pris d'assaut, et Salomon est capturé par la Wehrmacht. Refusant le sort réservé aux Juifs et aux communistes, immédiatement passés par les armes, Salomon se fait passer pour un Allemand de souche, retenu prisonnier en Russie. Vite repéré pour sa maîtrise du russe et du polonais, il devient la mascotte de son régiment. Devenu Joseph Peters, après un fait d'arme involontaire au front, il est choisi pour intégrer l'Institut des jeunesses hitlériennes, une école d'élite réservée aux futurs cadres du régime nazi… »

Inspiré de l'autobiographie de Salomon Perel, devenu Sally Perel en Israël, où il fit son aliyah à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et combattit lors de la Guerre d'Indépendance, Agnieszka Holland (Sacrifice) "met en scène avec brio son odyssée dans l'Europe ravagée ». 

« Accueilli avec enthousiasme à sa sortie dans de nombreux pays, le film a été au centre d'une vive controverse, notamment à cause de l'image négative qu'il renvoie des Allemands, tous ou presque présentés comme des êtres mauvais et cruels. Une illustration, pour la cinéaste polonaise, des difficultés de l'Allemagne, à l'époque, à assumer son tragique passé ».

En 1991, le film a été sélectionné pour l’Oscar du Meilleur scénario adapté. Curieusement, l'Allemagne ne l'a pas proposé pour concourir dans la catégorie du Meilleur film étranger, alors qu'il était un succès commercial en Allemagne et aux Etats-Unis. Ce qui a dépité son producteur Artur Brauner, rescapé de la Shoah.

Arte le diffuse dans le cadre d’une soirée en hommage au producteur allemand juif Artur Brauner.


« Europa Europa  » par Agnieszka Holland
Allemagne, France, Pologne, 1990
Image : Jacek Petrycki
Montage : Ewa Smal, Isabel Lorente
Musique : Zbigniew Preisner
Production : Central Cinema Company Film, Les Films du Losange
Producteur/-trice : Artur Brauner, Margaret Ménégoz
Scénario : Agnieszka Holland
Acteurs : Marco Hofschneider, Marta Sandrowicz, René Hofschneider, André Wilms, Hanns Zischler, Julie Delpy
Auteur : Sally Perel
Sur Arte le 1er août 2018

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Les citations proviennent d'Arte.

L’ALAT propose une carrière militaire... sous les cocardes et sous les rotors


L’ALAT (Armée de l'Air de l'Armée de Terre) a fêté ses 60 ans au salon Eurosatory qui organisa le 17 juin 2014 un colloque sur l'aérocombat dans les engagements récents et les hélicoptères, systèmes d'armes modernes. Elle avoisinait « 4 500 personnels répartis en officiers, sous-officiers et militaires du rang ». Elle vivait des mutations décisives : harmonisation avec les formations aéronautiques civiles européennes dans le cadre des JAR-FCL 2, affinement de sa doctrine d’emploi, renforcement de son caractère interarmées, arrivée du Tigre en 2003 et du NH 90 en 2011, formation au Tigre à l’Ecole Franco-allemande, etc. Elle conjugue passion aéronautique et aspiration à servir son pays. Enquête réalisée en 2002. Le 11 juillet 2018 a été publié le rapport d'information de Dominique de Legge fait au nom de la commission des finances au résumé alarmant : "Le parc d'hélicoptères des armées : une envolée des coûts de maintenance, une indisponibilité chronique, des efforts qui doivent être prolongés".

Jean Boulet (1920-2011), émérite pilote d'essai sur hélicoptère
L’ALAT propose une carrière militaire... sous les cocardes et sous les rotors
« Les drones, un usage controversé » par Peter Yost


« La justification de l’ALAT, c’est d’utiliser la troisième dimension dans un contexte de tactique terrestre. Sur les 700 hélicoptères de l’Etat, le Contrôle Général des Armées a recensé 463 hélicoptères à l’ALAT - ce nombre atteindra 410 -, 95 dans la Marine, 83 dans l’Armée de l’air et une quarantaine dans la gendarmerie », résume le général Ladevèze, commandant l’ALAT. Celle-ci forme les pilotes des trois Armées, de la gendarmerie, des Douanes et de la Sécurité civile.

Un recrutement dual sélectif
C’est le Centre de Sélection et d’Orientation (CSO) qui filtre les sous-officiers.
« Tous statuts confondus, le recrutement couvre un spectre de 17 ans - futurs sous-officiers pilotes à l’ENSOA (Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active à Saint- Maixent) - à 34 ans. Avoir le Bac est la condition préliminaire. Indispensable, l’agrément technique de l’ALAT comporte un volet technique à Vincennes et un volet médical à l’hôpital parisien Percy. A Vincennes, on prononce un pronostic de réussite en formation-pilote, complété par l’examen médical d’admission au titre de la spécialité de pilote effectué au CPEMPN (Centre Principal d’Expertise Médicale du Personnel Navigant). Un candidat sur huit est retenu. L’objectif est que le taux d’échec au stage de l’EAALAT (Ecole d’Application de l’ALAT) à Dax soit inférieur à 10%. Il est de 6-7% », explique le lt-col. Vaute, chef de la section Sélection de l’ALAT.
Outre les tests de personnalité - sociabilité, équilibre psychologique, réactivité -, et de connaissances, ceux psychométriques apprécient les facultés de raisonnement, de représentation mentale et d’orientation spatiale.
Les candidats pilotes passent des tests de psychomotricité : sur une plate-forme d’hélicoptère, sont mesurées « la coordination, la dissociation de l’attention, la combativité et la gestion de l’effort dans la durée ».
Des entretiens avec un officier pilote et/ou un psychologue complètent le dispositif.

Pour les sous-officiers (pilote, observateur météo, contrôleur de sécurité aérienne), majoritaires à l’ALAT, cette sélection intervient avant examen de leur dossier en Commission, modalité d’accès à Saint-Maixent. Après une scolarité de sept mois, ils signent un contrat de cinq ans (dix ans pour les pilotes).

Pour les officiers, distinguons trois voies.
Tout d’abord, les jeunes de 24-25 ans, à Bac + 2-3, veulent devenir pilotes et postulent comme OSC (Officier Sous Contrat). Chaque année, l’ALAT recrute 5-6 OSC signant pour 15 ans.
Puis, les Saint-Cyriens de 22-23 ans passent les épreuves de cet agrément pour pouvoir choisir éventuellement l’ALAT (une dizaine de places par an).
Enfin, par la voie semi-directe précoce des sous-officiers de 26-27 ans entrent par concours à l’Ecole Militaire Interarmes (EMIA) au cursus de deux ans, et celle tardive : des sous-officiers de 30-35 ans sont promus officiers des Ecoles d’Armes.

De la sélection à la formation continue, est détectée la capacité à progresser.

L’EAALAT
L’EAALAT est implantée dans deux sites principaux, Dax et Le Luc en Provence. Le troisième site est le Centre de Vol en Montagne (CVM) de Saillagouse. L’objectif : former 100 pilotes par an, dont 70 pour l’ALAT.

Après un stage de quatre mois à Coëtquidan, les OSC suivent un stage-pilote avec les officiers à Dax, base chargée de la formation initiale. Le stagiaire acquiert les techniques de pilotage - vol aux instruments de jour/nuit (10 h de tenue machine), prise en compte de l’environnement météo, circulation et réglementation aériennes -, les notions d’équipages et de missions, la discipline militaire, et la pratique des sports. Après quatre mois de cours théoriques, il effectue son premier vol. Le nombre d’heures de formation théorique est de 550. Celui d’heures de vol s’élève à 120 h, dont dix heures de vol solo, ce qui mûrit le pilote. Le stage dure quarante semaines. Les sous-officiers pilotes se spécialisent ensuite au Cannet des Maures (Var) en hélicoptères Légers ou de Manoeuvres. A Dax, sont formés aussi les moniteurs en stages de dix semaines.

Au Luc en Provence : c’est « la formation dans le domaine tactique, de l’emploi et de la mise en œuvre des systèmes d’armes, et au vol IR ». Vocation est à « l’apprentissage du combat aéromobile, à la formation avancée des équipages à leurs systèmes d’armes (130-140 heures de vol) - i.e. un appareil armé, Gazelle-reconnaissance, Gazelle de combat air/air (canons ou missiles), Gazelle d’appui-destruction essentiellement à vocation anti-char, et hélicoptère de manoeuvres, transport tactique ou Utilities Helicopters - et dans lequel le vol tactique est nécessaire ». Les techniques sont sophistiquées : vol de combat dans le terrain, vol avec Jumelles de Vision Nocturne (JVN), tir de nuit avec caméra thermique Viviane et tir air-air. Sur hélicoptères léger ou de transport, en appui protection, jour/nuit. Les vols avec JVN sont fatigants pour les équipages. Pour les officiers, le stage dure 11 mois. Pour les sous-officiers, celui de pilote de combat dure neuf semaines. Il peut être suivi par un stage, selon la filière, d’une durée maximale de trente-trois semaines.

L’EAALAT compte une centaine d’appareils, « répartis pour moitié dans chaque base selon la formation initiale ou spécialisée : à Dax, la Gazelle SA 341, un monomoteur simple et fiable, et au Luc des hélicoptères plus diversifiés. La base du Luc recourt à tous les appareils en service dans l’ALAT, sauf le Cougar : le Puma pour la formation sur hélicoptère de transport tactique et celle IR, le Fennec pour celle IR essentiellement et les différents types de Gazelle - Canon, AATCP (Air Air Très Courte Portée), caméra thermique Viviane -, pour celles « systèmes d’armes », tactique et JVN. Car l’ALAT a peu de Cougar et il s’agit d’une extension de la qualification sur Puma. Les pilotes apprennent sur manuels et simulateurs et effectuent le vol de validation sur Cougar dans un régiment », note le col. Tissot, directeur Général de la Formation à l’EAALAT.

Il poursuit : « L’EAALAT ne réalise que 5% des heures de formation sur simulateur en raison de la spécificité du vol en hélicoptère : celui-ci et son environnement sont difficilement modélisables. A partir de 2003, grâce aux progrès technologiques et en concordance avec les normes JAR-FCL 2 (Joint Aviation Requirements Flight Crew Licensing, 2 pour hélicoptère), seront mis en place des simulateurs adaptés. Ce qui devrait porter ce ratio à 20-25%, et vers 2015 à 50% avec l’arrivée des Tigre et NH 90. Cela sera sensible dans le domaine de la formation tactique (avec EDITH, Entraîneur Didactique Interactif Tactique pour Hélicoptère). En formation initiale, les JAR-FCL 2 pourraient autoriser 1/3 des heures du stage CPL (Commercial Pilot License) sur simulateur ». Depuis septembre 2000, les pilotes sont formés selon ces normes dont l’entrée en vigueur est prévue pour 2002-2003.

L’Ecole Franco-Allemande formera à Fassberg (Allemagne) les mécaniciens, et au Luc les moniteurs, puis les pilotes du Tigre. Les cours communs seront dispensés en anglais, et ceux sur les systèmes d’armes français et allemands dans la langue nationale.

Carrières et emplois
« Ce qui caractérise l’ALAT, c’est un esprit alliant les exigences opérationnelles de l’Armée de terre et la fraternité aéronautique : la cellule de base est l’équipage de 2-3 hommes, dont un mécanicien-navigant pour le Cougar, puis la patrouille (2-3 appareils), l’escadrille (dizaine d’appareils, 40 personnes), le régiment (800-1 000 personnes). Donc une solidarité de fait, renforcée, car souvent ceux envoyés en opérations vivent ensemble 4-6 mois. C’est une communauté de destins entre échelons. Le pilote-soldat est ambivalent : s’il vit en temps de paix sur une base, il a vocation à travailler n’importe où, parfois en longue durée, dans des conditions rustiques, extrêmes, voire hostiles, loin de sa famille », expose le gal Ladevèze. Après l’EAALAT, pour 90% d’entre eux, les pilotes sont affectés dans un Régiment d’Hélicoptères de Combat (RHC), sur le système d’armes choisi. Certains le sont dans des unités particulières : escadrilles de montagne à Gap, escadre de liaison à Rennes et escadrille à Compiègne.

« Il y a deux rythmes de carrière différents avec des possibilités d’avancement sensiblement égales. Certains officiers ont une mobilité rapide (2-3 ans dans une garnison) : jusqu’au grade de capitaine, ils sont dans des unités de contact, puis servent dans les états-majors ou à l’encadrement supérieur de ces unités. D’autres, les experts sont spécialisés dans un savoir-faire pendant une grande partie de leur carrière, en fait la seconde : ils donnent la continuité indispensable à des programmes. Un pilote ou un ingénieur d’essais reste souvent dans sa spécialité », observe le gal Ladevèze. Sans être un CEV, le GAMSTAT (Groupement AéroMobile du Service Technique de l'Armée de Terre) mène des études, dialogue avec les industriels, assure une veille technologique, valide les caractéristiques et éclaire le commandement. Ses experts doivent « rester dans la logique de stricte suffisance, en assurant un compromis entre l’idée et le besoin ».

« Après l’EAALAT, l’officier est affecté en régiment pendant quatre ans, passe l’apprentissage de chef de patrouille avant de suivre le cours de commandant d’unité, ce qui déterminera sa désignation éventuelle à la tête d’une escadrille. Mille heures sont exigées pour rendre cette expérience profitable et lui permettre de s’imposer comme chef. On commande en moyenne à 30 ans », expose le col. Tissot. Le lieutenant est promu capitaine automatiquement après quatre ans d’ancienneté dans son grade, et sa promotion au choix comme commandant a lieu après cinq-neuf ans d’ancienneté dans son. Les officiers entrent à l’Ecole d’Etat-Major (Compiègne), puis sur concours à l’Ecole de guerre, ensuite au Collège Interarmées de Défense (Paris) pour apprendre à commander des RHC. Enfin, the happy few suivent les cours de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN) et de l’Ecole du CHEM (Cours des Hautes Etudes Militaires), à l’Ecole Militaire.

« Le sous-officier reste 5-8 ans dans la garnison, ce qui signifie 2-3 mutations dans sa carrière. Aux ordres d’un chef de bord, c’est un spécialiste dans une escadrille. Il démarre comme sergent-pilote, ou maréchal des logis ». Par des stages à l’EALAT, après environ six ans d’expérience et mille heures de vol, il peut devenir chef de bord (BSTAT), moniteur ou chef de patrouille, et « accéder au corps des officiers par plusieurs voies : vers la trentaine, celle d’officier des Armes, à statut particulier qui lui interdit d’accéder aux plus hauts échelons de la hiérarchie. Dans la catégorie des OSC, il peut accéder au corps des officiers par le contrat de spécialité d’une durée maximale de vingt ans », décrit le gal Ladevèze.

Enjeux et perspectives
Le taux de disponibilité s’élève à 65-70%. L’ALAT offre environ 170 h d’entraînement. Son but ? Atteindre vite 180 h. 2002 devrait concrétiser ses efforts.

« On va passer au Cougar MK 2 plus, qui demande un entraînement suivi, sur simulateur régulièrement. Avec le Tigre, un système d’armes complet, c’est la technicité équivalente à celle du Mirage 2000, du Rafale par certains aspects, et du Cougar MK 2. Cela implique un entraînement continu sur appareils d’armes et de complément et simulateurs. L’ALAT a autorisé un type de vols de combat de nuit, où sur un trajet court et bien reconnu, on peut descendre à 5-10 m du sol pour des approches finales de cibles, à 10 km de l’objectif. Le NH 90 aura notamment un Flir, une caméra thermique de pilotage permettant de s’infiltrer très bas. Après la Marine (2005) et l’Allemagne (vers 2005), l’ALAT devrait disposer en 2011 du NH 90 qui apporte des automatismes similaires à ceux d’avions de transport sophistiqués, est en plus adapté au travail tactique, et a des commandes électriques. Il nécessite aussi un entraînement suivi pour maîtriser la complexité des système de gestion de mission, i.e. l’intégration des appareils et formations dans l’environnement aéroterrestre, avec des contraintes fortes et la gestion de la troisième dimension », prévoit le gal Ladevèze.

La reconversion professionnelle
« Tout militaire ayant quatre ans de service et quittant définitivement les Armées peut bénéficier de congés de conversion d’une durée maximum de 12 mois pour suivre les actions de formation adaptées à son projet professionnel, et d’une. phase de préparation, d’information, complétée par un bilan d’orientation qui vise à élaborer son projet professionnel. Validé par des professionnels, celui-ci détermine l’aide nécessaire : stages de formation, d’accompagnement, intégration d’entreprise, etc. » (loi de 1996). Quand l’aide est d’accompagnement, ce congé dure au maximum six mois. Quand elle vise un changement d’orientation qui requiert une formation, à ce congé de douze mois au maximum peut s’associer une aide financière de 7 625 € en-deçà de vingt-cinq ans de service, et de 4 575 € au-delà.

Les secteurs de reconversion ? L’aéronautique civile -, comme pilote, instructeur, mécanicien, logisticien, etc. -, les assurances, etc. Placide, le général Ladevèze conclut : « On a assisté à toutes sortes de reconversions, la plupart du temps très réussies ».

Crash en 2017
Le 2 février 2017, deux hélicoptères militaires Gazelle de l’école d’aviation du Cannet-des-Maures se sont écrasés près du lac de Carcès, à proximité de Saint-Tropez. Les cinq soldats à leur bord sont morts : "les  trois instructeurs de l’EALAT morts sont le lieutenant-colonel Stéphane Chaon, 44 ans, le capitaine François Mille, 35 ans, et le capitaine Patrick Vasselin, 52 ans. Les deux stagiaires du 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales (RHFS) de Pau disparus sont le capitaine Quentin Gibert, 29 ans, et le lieutenant Sébastien Grève, 30 ans. Tous mariés, ils laissent derrière eux onze enfants". Florence Parly, ministre des armées s’est rendue sur place. "Créée en 1957, la base du Cannet-des-Maures accueille aujourd’hui une des implantations de l’école de l’aviation légère de l’armée de terre. Elle regroupe l’état-major de l’école et trois centres de formation, dont la base école Général-Lejay".

Problèmes
En 2017, des articles ont révélé la vétusté des appareils militaires français. 

Le 11 juillet 2018 a été publié le rapport d'information de Dominique de Legge fait au nom de la commission des finances au résumé alarmant : "Le parc d'hélicoptères des armées : une envolée des coûts de maintenance, une indisponibilité chronique, des efforts qui doivent être prolongés". "Alors que les crédits consacrés au maintien en condition opérationnelle (MCO) des hélicoptères des armées ont crû de plus de 56 pour cent entre 2009 et 2017, seul un aéronef sur trois est disponible.
Sur un parc total qui comprenaient 467 hélicoptères en 2017, 161 appareils étaient ainsi immobilisés dans l'industrie et 135 dans les forces.
Les causes de cette indisponibilité sont multiples : une organisation du MCO des aéronefs complexe, un parc très hétérogène, des règles de navigabilité parfois inadaptées et excessives, des besoins structurels de maintenance aggravés par l'intensité des déploiements en opération extérieure, des défaillances de la chaîne logistique, etc.
Si des initiatives ont été prises ces dernières années, avec le lancement d'un « plan d'actions hélicoptères » (PAH) en 2014 et la réforme du MCO aéronautique en 2017, Dominique de Legge, rapporteur spécial des crédits de la mission « Défense » estime que ces efforts doivent être prolongés.
Dans cette perspective, il formule quatorze recommandations s'articulant autour de trois axes :
- améliorer le pilotage financier du MCO ;
- renforcer l'efficacité du soutien opérationnel ;
- faire évoluer les relations avec les industriels".

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English


Cet article a été publié dans le n° 569 d'Aviasport d'avril 2002, et sur ce blog le :
- 17 novembre 2012 alors que des milliers de postes sont à pourvoir dans l'aéronautique, qu'un excès de règlementation  bureaucratique européenne pénalise l'aviation française ;
- 17 juin 2014 et 18 août 2017, 3 février 2018.

mercredi 25 juillet 2018

James Nachtwey, photoreporter


James Nachtwey est un photoreporter engagé américain né en 1948. La qualité artistique - composition soignée, contrastes accentués noir/blanc… - de ses œuvres lui a valu de nombreuses distinctions, une célébrité mondiale et des expositions Pourtant, ses clichés n’expliquent guère l’événement saisi, révèlent ses partis pris et véhiculent la propagande anti-israélienne. La Maison européenne de la photographie (MEP) présente la rétrospective « Memoria, photographies de James Nachtwey ». 

« War Story, 1995-1996 » de Mikael Levin

« J’ai voulu devenir photographe pour saisir la guerre. Mais j’étais poussé par le sentiment inhérent qu’une image qui dévoilerait sans détour le vrai visage d’un conflit se trouverait être, par définition, une photographie anti-guerre », a déclaré James Nachtwey, photoreporter.

Et d’ajouter : « J’ai été un témoin. Un témoin de ces gens à qui l’on a tout pris - leurs maisons, leurs familles, leurs bras et leurs jambes, et jusqu’au discernement. Et pourtant, une chose ne leur avait été soustraite, la dignité, cet élément irréductible de l’être humain. Ces images en sont mon témoignage. ».


Maître du noir et blanc, dont il accentue souvent les contrastes, et des couleurs dont il sature les rouges vifs ou oranger, les bleus du ciel, unanimement loué, souvent primé, James Nachtwey a parcouru le monde pour couvrir des conflits. Mais qu’en a-t-il compris ? Les rend-il compréhensibles ou entend-il seulement jouer sur l’émotion ? Il ne « documente » pas un conflit, une famine. Il se place sur le registre de la « compassion ». La sienne, partiale, qu’il entend faire partager, imposer comme seule réalité.


C’est un photographe engagé, mais de quels côtés ? Et pourquoi ? Au Proche-Orient, il a choisi son camp : celui des anti-Israéliens. Sa célébrité aurait-elle été si grande sans ses clichés héroïsant les jeunes « Palestiniens » en « David-lançant-des-pierres-contre-le-Goliat-soldat-israélien ». Les victimes israéliennes amputées, handicapées, des attentats terroristes islamistes « palestiniens » ? Il les ignore.

BnF et film
2002. Quelques années après le déclenchement de l'Intifada II par Yasser Arafat, le photographe James Nachtwey était au centre d’une actualité culturelle en France. Dans l’exposition « L’œil témoin », la prestigieuse Bibliothèque nationale de France (BnF) présentait les clichés dont il lui avait fait don. Documentaire de Christian Frei (2001) « War photographer » était diffusé sur Arte puis dans les salles de cinéma.

Dans l’exposition « L’œil témoin », les photographies de James Nachtwey illustrait le stéréotype du jeune Palestinien luttant sans arme contre les soldats israéliens, et ne montraient aucun Israélien. S’il photographiait les enfants roumains, il ne s’était pas intéressé aux enfants israéliens, mutilés par le terrorisme islamiste palestinien. Il a sélectionné son camp. C’est son droit. Mais les visiteurs ne semblaient pas avoir saisi sa partialité.

Selon un adage maintes fois répété, un dessin ou une photo, par leur puissante concision, remplacent avantageusement le meilleur éditorial. Cette exposition contredisait cette assertion. Si ces photos étaient celles de « l’œil témoin », on aurait aimé voir aussi celles de l’autre œil. Foin d’ironie.

La raison de cette double désinformation réside peut-être dans l’appareil : sa mise au point, la distance et l’objectif. Mais comme l’ont confié les photographes que j’ai interviewés : ce n’est pas l’appareil qui importe, c’est celui qui photographie...

Avec James Nachtwey, le lanceur de pierre via une fronde est un double cliché, dans la mesure où la propagande palestinienne a retourné contre l’Etat juif ses hauts faits, ses caractéristiques, ses mots et maux. Le Palestinien lanceur de pierres contre un soldat israélien invisible reproduit le cliché David contre Goliath. Mais dans l'affrontement existentiel né du refus par le monde arabe ou/et musulman de l'Etat Juif, qui est David et qui est Goliath ? La perception du conflit dépend aussi de l'échelle de la carte que l'on choisit.

James Nachtwey fixe le mythe palestinien et fournit des images d’Epinal propres à conforter les stéréotypes imaginés, construits et diffusés par la propagande palestinienne, dans le cadre fixé par l'Autorité palestinienne (AP). Mais ce cadre du travail des photographes, James Nachtwey et les autres commissaires de l'exposition l'éludaient. En août 2002, le Syndicat des journalistes palestiniens "a interdit absolument", à peine de sanctions disciplinaires, aux photoreporters de photographier ou filmer des enfants portant des armes car ces images desservent leur cause.

Ce cliché de James Nachtwey correspond à l'allégation de la propagande palestinienne, reprise par des diplomaties occidentales, que l'Intifada II aurait été un soulèvement populaire spontané causé par l'arrivée d'Ariel Sharon sur le mont du Temple ("Esplanade des mosquées") avec l'autorisation du WAQF. Or, cette guerre d'attrition a été planifiée par Yasser Arafat. Dès 2001, le ministre des Communications de l'Autorité palestinienne 'Imad Al-Faluji a déclaré au Liban : "Whoever thinks that the Intifada broke out because of the despised Sharon's visit to the Al-Aqsa Mosque, is wrong, even if this visit was the straw that broke the back of the Palestinian people. This Intifada was planned in advance, ever since President Arafat's return from the Camp David negotiations, where he turned the table upside down on President Clinton. [Arafat] remained steadfast and challenged [Clinton]. He rejected the American terms and he did it in the heart of the US." (Al-Safir, 3 mars 2001, traduction de MEMRI) Et le 16 décembre 2012, sur Dubaï TV, Souha Arafat, veuve de Yasser Arafat, a déclaré : "Yasser Arafat a pris la décision de lancer l’Intifada. Immédiatement après l’échec [des négociations] de Camp David, je l’ai rencontré à Paris à son retour, en juillet 2001 [sic]. Camp David a échoué, m’a-t-il dit: « Tu dois rester à Paris ». Je lui ai demandé pourquoi, et il m’a dit: « Parce que je vais déclencher une Intifada. Ils veulent que je trahisse la cause palestinienne. Ils veulent me faire renoncer à nos principes, et je ne le ferai pas. Je ne veux pas que les amis de Zahwa disent à l’avenir que Yasser Arafat a abandonné la cause et les principes palestiniens. Peut-être serai-je un martyr, mais je dois léguer notre patrimoine historique à Zahwa et aux enfants de Palestine. »

Quid des Palestiniens torturés pour une prétendue collaboration avec "l'entité sioniste" ou pour leur opposition à Yasser Arafat ? Quid des femmes victimes de crimes "dits d'honneur" ? Quid des villas somptueuses des millionnaires enrichis par la corruption de l'AP ? Quid des deux soldats israéliens Yossi Avrahami et Vadim Nurzhitz qui, égarés près de Ramallah, ont été torturésassassinés, mutilés, par des Palestiniens ? Photographe du Sunday Telegraph, Mark Sieger, alors âgé de 29 ans, a assisté à cette scène barbare :  « J’ai reçu un coup de poing en pleine figure et un Palestinien m’a averti : “Ne pas photographier”. Ensuite, plusieurs autres Palestiniens m’ont agressé, m’ont confisqué mes films et une partie de mon matériel. J’ai photographié beaucoup de scènes de violences à travers le monde, notamment au Congo et au Kosovo, mais c’est ce que j’ai vu de pire dans ma vie. J’ai couru, j’ai couru, pour m’échapper, car j’ai senti qu’ils reportaient leur rage contre moi ». Depuis leur arrestation et leur détention dans les prisons israéliennes, l'Autorité palestinienne a alloué généreusement à chaque assassin - Habbes Bayyoud, Muhammad Nawarah, Jawad Abu Qara - le salaire prévu par la loi palestinienne. Leurs salaires, calculés par Palestinian Media Watch à juin 2018, a atteint le montant total de 2 023 600 shekels (583 606 dollars).

Dans le Livre d’or de l'exposition, des visiteurs avaient écrit : « Il souffre pour nous ». Une opinion quelque peu christique. D’autres lui exprimaient leur gratitude pour cette souffrance « par procuration » et son courage sur des lieux dangereux. Mais à l’époque, où était le danger : photographier les djihadistes palestiniens ? Se déplacer en bus, déjeuner dans une pizzeria ou parcourir les allées d’un centre commercial en Israël où plusieurs fois par semaine, parfois plusieurs fois par jour, survenait un attentat terroriste islamiste palestinien ? James Nachtwey eût-il voulu photographier les enfants palestiniens lors de leur entrainement para-militaire ou lorsque leur mère leur ceinturait la taille d'une ceinture explosive, aurait-il reçu l'autorisation de l'Autorité palestinienne (AP) ? Les visiteurs avaient-ils compris que les Israéliens existent, qu’ils souffrent et qu’ils sont victimes d’une guerre existentielle imposée ?

A la suite de l’attentat terroriste palestinien du Seder de Pessah (Pâque juive) dans un hôtel de Netanya, Israël a lancé l’opération militaire « Rempart » (avril-mai 2002) afin d’éradiquer l’infrastructure des groupes terroristes palestiniens. Relayant la propagande palestinienne, des médias ont allégué des "massacres", voire un "génocide à Jenine", le « siège de l’Eglise de la Nativité par Tsahal » et couvert l’occupation de l’Eglise de la Nativité par des terroristes palestiniens. James Nachtwey a insisté sur les destructions à Jenine sans montrer qu'elles étaient limitées et correspondaient à des lieux de combats avec des terroristes palestiniens. 

Documentaire réalisé et produit par Christian Frei (2001, 1 h 36), « War photographer » a été tourné au au Kosovo, à Djakarta, à Ramallah... Il retrace le travail de James Nachtwey, ses motivations, ses peurs et sa vie au quotidien en tant que photographe de guerre. Il a été nominé aux Oscars 2002 dans la catégorie « meilleur documentaire ».

Dan David Prize
En 2003, dans la catégorie Dimension Présent - Presse écrite, Médias audiovisuels (Present - Print & Electronic Media), le Dan David Prize a été décerné à James Nachtwey et au documentariste Frederick Wiseman.
      
On peine à comprendre que ce Prix doté d’un million de dollars ait distingué un photographe si partial.

Les raisons avancées par le jury ? C’est un « journaliste-photographe qui a voué sa vie à couvrir les événements apocalyptiques de notre siècle: guerre, famine, exclusion et violents conflits sociaux dans le monde entier. A travers les yeux d'un artiste et avec l'instinct d'un journaliste, il a produit des images difficilement soutenables, mais impossibles à ignorer. Il réside aujourd'hui à New York ». Et d’expliciter : « James Nachtwey is no ordinary photojournalist. He has dedicated his life to documenting the apocalyptic events of our time: war, famine, man's inhumanity to man, the plight of the disenfranchised all over the world. With the eye of an artist and the instincts of a journalist, he creates images that are both appalling and profound. His photographs may not be easy to look at but they are impossible to ignore. This is Nachtwey's goal: to burden viewers with such an uncomfortable awareness that it will force them to seek justice and change. He says, "I have been a witness, and these pictures are my testimony. The events I have recorded should not be forgotten and must not be repeated." His photographs on AIDS in Africa were published in Time magazine and were shown in the U.S. Congress; they helped lead to legislation requiring drug companies to provide cheaper generic drugs to fight the disease. James Nachtwey's work is astonishing in its diversity, its beauty and in the electrical charge of Nachtwey's commitment to making incredible images even in the face of tremendous personal danger. He is an inspiration not only to photojournalists but to people everywhere. James Nachtwey grew up in Massachusetts and graduated cum laude from Dartmouth College, where he studied art history and political science. Images from the Vietnam war and the American Civil Rights movement had a powerful effect on him and were instrumental in his decision to become a photographer. Nachtwey has devoted himself to documenting wars, conflicts, and critical social issues. He has worked on extensive photographic essays in El Salvador, Nicaragua, Guatemala, Lebanon, the West Bank and Gaza, Israel, Indonesia, Thailand, India, Sri Lanka, Afghanistan, the Philippines, South Korea, Somalia, Sudan, Rwanda, South Africa, Russia, Bosnia, Chechnya, Kosovo, Romania, Brazil, and the United States. James Nachtwey has been a contract photographer with Time magazine since 1984. He has received numerous honors and awards. He is a fellow of the Royal Photographic Society and has an Honorary Doctorate of Fine Arts from the Massachusetts College of Art. »

MEP

James Nachtwey, « dont la carrière est jalonnée par de nombreux prix et récompenses dans des domaines variés, est mondialement reconnu comme l’héritier de Robert Capa  ». Il n’en a pas la stature, le regard humaniste et la variété de genres abordés. Robert Capa luttait par ses photographies contre le fascisme et espérait que la victoire des Républicains espagnols amènerait la chute du fascisme et du nazisme. James Nachtwey semble ignorer que c'est le même terrorisme qui assassine en Israël, aux Etats-Unis et en Europe.

« Sa force morale et ses engagements sociaux et civils l’ont mené à consacrer sa vie entière à la photographie documentaire. Il saisit les conditions les plus extrêmes de la vie humaine - qui ne prennent que trop souvent les formes d’un enfer terrestre - se faisant ainsi le témoin épique de la cruauté de la guerre ».

« Il n’a de cesse de photographier la douleur, l’injustice, la violence et la mort. Mais pour que jamais ne soient oubliées la souffrance et la solitude humaines, il crée des images d’une beauté vertigineuse, impeccablement cadrées et éclairées, et aux effets quasi cinématographiques. L’extraordinaire beauté et l’infinie tendresse qui en émanent sont autant de moyens de lutter et de résister ».

« Dans une posture toujours de compassion, il saisit des scènes et des contextes variés : en Bosnie, à Mostar, où un tireur d’élite vise à travers une fenêtre, la famine au Darfour, les malades de la tuberculose ou bien encore les terribles effets de l’agent orange au Vietnam. »

« Parmi ses images les plus emblématiques, on pense immédiatement à celle qui représente un jeune garçon rwandais, survivant d’un camp de concentration hutu, le visage balafré. Viennent également en tête les photographies de la deuxième Intifada en Cisjordanie, où Nachtwey était alors en première ligne ». Eh oui, James Nachtwey a beaucoup contribué aux stéréotypes anti-israéliens. Sa photographie ci-jointe est ainsi légendée : « Manifestants jetant des cocktails Molotov lors des heurts opposant l’armée israélienne à la population palestinienne locale. » Où sont les banderoles des manifestants ? Où sont leurs flyers ? Quelles sont leurs revendications ? James Nachtwey ne livre aucune information sur le contexte. Quid de l'enseignement de la haine des Juifs dans les manuels scolaires "palestiniens" ? Quid de l'incitation à la haine par l'Autorité palestinienne ?

Il « dépeint la guerre depuis 40 ans, montrant sans détour le sort des populations qui en font la terrible expérience. Comme le 11 septembre 2001, lorsque la guerre l’atteignit “chez lui”, sur le sol américain, lors de l’attentat des tours jumelles, suivi par la guerre en Irak et en Afghanistan. Les images de James Nachtwey révèlent une humanité mutilée par la violence, dévastée par les maladies et la faim, une humanité qui, par nature, semble se fourvoyer ». Pourquoi la MEP ne qualifie-t-elle pas cet attentat du 11 septembre 2001 d’attentat terroriste islamiste ? 

Cette exposition « est la plus grande rétrospective jamais dédiée au travail du photographe. À travers son regard personnel, elle propose une remarquable réflexion sur le thème de la guerre, dont la portée est nécessairement collective. »

Cette rétrospective se déroule en « dix-sept sections différentes, formant un ensemble de près de deux cents photographies » et offrant « un vaste panorama des reportages les plus significatifs de James Nachtwey : Le Salvador, les Territoires palestiniens, l’Indonésie, le Japon, la Roumanie, la Somalie, le Soudan, le Rwanda, l’Irak, l’Afghanistan, le Népal, les États-Unis avec entre autres un témoignage singulier des attentats du 11 septembre, ainsi que de nombreux autres pays ». Ce communiqué de la MEP s’avère partial : qu’appelle-t-il « territoires palestiniens » ? Les « territoires disputés » ?

« L’exposition s’achève sur un reportage traitant de l’immigration en Europe, aujourd’hui plus que jamais d’actualité ».

Elle « rassemble ainsi les photographies de celui que l’on peut considérer comme le photoreporter le plus prolifique de ces dernières décennies, un observateur exceptionnel de notre monde contemporain et probablement l’un de ses témoins les plus clairvoyants ». Oh, non !

Les commissaires de l’exposition, conçue et produite par Contrasto, sont Laurie Hurwitz, Roberto Koch et James Nachtwey.

« JAMES NACHTWEY, LE DEVOIR DE MÉMOIRE »
Par Roberto Koch, co-commissaire de la rétrospective à la MEP

« La mémoire est la chose la plus essentielle que nous ayons pour imaginer le futur et prévenir des erreurs du passé. À travers ses photographies et ses paroles, James Nachtwey nous rappelle ainsi que si nous sommes incapables de nous souvenir du passé, nous serons condamnés à sa perpétuelle répétition.

Depuis près de quarante ans, James Nachtwey photographie la douleur, l’injustice, la violence et la mort. Cette mort si particulière qui ne connaît ni la plénitude de la vieillesse ni la chaleur des êtres chers, mais qui a les yeux d’un enfant, les mains émaciées d’une femme ou le visage d’un homme que la pauvreté a ravagé.

Ce qui le fait tenir, coûte que coûte, au sein de cette “communauté affligée” que forme notre condition humaine, dans ce tourbillon “d’éternelle douleur”, c’est cette conviction infaillible que le photojournalisme, dans ce qu’il a de plus abouti, peut encore influencer l’opinion publique, comme les premiers jalons d’un livre d’histoire qui resterait à écrire.

Né à Syracuse dans l’État de New York en 1948, James Nachtwey grandit dans les années 1960. Ses yeux s’inondent des images de la guerre du Vietnam et des marches pour les droits civiques. Rapidement, il sent combien il est important de témoigner et, à travers son propre travail, il s’engage dès lors à combattre l’hypocrisie, celle qui si souvent nous fait détourner notre regard, tout autant que notre conscience.

Le reportage réalisé en Roumanie, qui suit la chute du mur de Berlin puis l’effondrement de l’URSS, marque un point de non-retour. Des portes commencent à s’ouvrir. Comme celles d’un enfer terrestre, un orphelinat où un dramatique crime contre l’humanité venait d’être commis.

L’insupportable réalité le bouleversa jusqu’à la moelle : “Je voulais m’enfuir, je ne voulais pas regarder plus loin. Mais c’était devenu un test. Devais-je me dérober ou bien assumer l’entière responsabilité d’être là, avec mon appareil photographique ?”.

Ces regards paniqués, saisis en gros plan, se succèdent comme autant de cercles infernaux : celui par exemple de la famine en Somalie, “où la privation de nourriture est utilisée comme une arme de destruction massive et où, depuis le milieu de l’année 1992, les épidémies et la faim ont causé la mort de plus de 200 000 personnes”. Le Soudan également, dévasté par la guerre et la famine, ainsi que la Bosnie en 1993, le Rwanda en 1994, le Zaïre ou bien encore la Tchétchénie.

L’objectif de James Nachtwey vise aussi la pauvreté en Inde et en Indonésie, le fléau du sida, de la drogue ou de la tuberculose, mais aussi les actes d’amour des proches qui restent au chevet des malades.

Puis vient le 11 septembre 2001. La guerre, qui n’avait pas touché la partie plus riche du globe depuis soixante ans, retourne à l’Ouest. Cette histoire marque un nouveau tournant. Nachtwey documente les guerres qui s’ensuivent en Afghanistan, en Irak, et qui rappellent amèrement les erreurs du passé.

Sa compassion lui inspire un sentiment indéfectible d’empathie envers ceux qui souffrent, des populations traumatisées par les tremblements de terre, comme au Népal, en Haïti ou au Japon, et par le tsunami qui frappe l’Indonésie. Puis il côtoie la terrible tragédie contemporaine des migrants  en Europe, chez nous, où des centaines de milliers de personnes sont obligées de fuir pour essayer de survivre dans un ailleurs qu’ils imaginent terre d’espoir et d’accueil.

Nachtwey écrit : “Mon travail photographique est fondamentalement lié à l’instinct humain, celui qui l’emporte lorsque les règles de la civilisation et de la socialisation volent en éclat. À ce moment-là, la loi de la jungle prend le dessus. Violence et revendications territoriales s’imposent alors, charriant avec elles leur lot de cruauté, de terreur et de souffrance, mais aussi un esprit de survie ancestral. C’est un mécanisme sombre et terrifiant, et je tente à travers mon travail d’y apporter une part de spiritualité. Essentiellement de la compassion.”

Un regard compassionnel est un regard de connaissance, de conscience et de mémoire : le seul antidote possible contre cette obscure étendue, ce cœur des ténèbres qui prend sa charge horrifique à l’aune de ce dont tout l’homme est capable. Nous regardons les images de Nachtwey et nous le savons désormais : nous ne pouvons plus jamais oublier. »

BIOGRAPHIE

« James Nachtwey est né en 1948 à Syracuse dans l’État de New York (USA).

Il étudie l’histoire de l’art et les sciences politiques au Dartmouth College de 1966 à 1970. En 1976, il travaille comme photoreporter pour un journal au Nouveau-Mexique puis, en 1980, il s’installe à New York en tant que photographe indépendant pour différents magazines.

C’est à partir de 1981 que James Nachtwey va se consacrer pleinement à photographier la guerre et les troubles sociaux majeurs. Il couvre les conflits dans le monde entier, convaincu que la sensibilisation du public demeure essentielle pour provoquer le changement, et que les photographies de guerre diffusées par les médias peuvent déclencher une réelle prise de conscience pour agir en faveur de la paix.

En Europe, il documente l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, la guerre en Tchétchénie et les troubles civils en Irlande du Nord. En Afrique, il photographie le génocide au Rwanda, la famine qui devient une « arme de destruction massive » en Somalie et au Soudan et la lutte pour l’émancipation en Afrique du Sud. Il documente les guerres civiles qui engloutissent l’Amérique centrale dans les années 1980, du Salvador au Nicaragua en passant par le Guatemala, ainsi que l’invasion du Panama par les États-Unis. Au Moyen-Orient, il couvre le conflit israélopalestinien depuis plus de vingt ans ainsi que les guerres civiles au Liban et, plus récemment, la guerre en Irak, où il est blessé par l’explosion d’une grenade.

Il commence à travailler en Afghanistan pendant les années 1980, photographiant la résistance face à l’occupation soviétique, puis la guerre civile afghane et l’offensive contre les Talibans en 2001. En 2010, il photographie les combats militaires américains dans le Helmand, province du sud de l’Afghanistan. Ailleurs, en Asie, il documente la guérilla au combat au Sri Lanka et aux Philippines ainsi que la répression militaire sanglante contre des manifestants à Bangkok en 2010. Il a récemment témoigné de la crise des réfugiés en Europe, du tremblement de terre au Népal et de la « guerre contre la drogue » extrajudiciaire aux Philippines.

James Nachtwey couvre les sujets sociaux à travers le monde avec un dévouement toujours égal. Les sans-abris, la toxicomanie, la pauvreté ou bien encore le crime et la pollution industrielle se trouvent parmi les principaux sujets qu’il a largement photographiés. Depuis le début des années 2000, il porte un grand intérêt aux questions de santé à travers le monde, notamment dans les pays en développement, attestant ainsi du ravage des maladies dont les effets dévastateurs touchent un plus grand nombre de personnes que la guerre. En 2007, il reçoit le prix TED pour sa campagne mondiale de sensibilisation à la Tuberculose, fondée sur sa croyance que la prise de conscience collective peut encourager la recherche, faciliter le financement, mobiliser les donateurs et motiver la volonté politique.

De nombreuses distinctions sont venues couronner sa carrière de photojournaliste, mais aussi pour récompenser ses contributions à l’art et aux causes humanitaires. En 2001, il reçoit le Common Wealth Award.

En 2003, il reçoit le prix Dan David et, en 2007, le Heinz Family Foundation Award. En 2012, il est lauréat du Prix de la Paix de la ville de Dresde pour l’ensemble de ses reportages effectués depuis plus de 30 ans sur tous les conflits du monde. En 2016, James Nachtwey obtient le prix Princesse des Asturies.

Il remporte cinq fois la Médaille d’or Robert Capa, pour son courage et son travail exceptionnels. Il reçoit le titre de Photographe de l’Année à huit reprises ; le premier prix de la World Press Photo Foundation à deux reprises ; l’Infinity Award en Photojournalisme à trois reprises ; le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre à deux reprises et le Prix Leica à deux reprises. Récompensé par l’Overseas Press Club, par le TIME Inc., et par l’American Society of Magazine Editors, il reçoit également le Henry Luce Award, le prix de la Fondation de Leipzig pour la liberté et l’avenir des médias et le Prix de citoyenneté mondiale Dr. Jean Mayer.

En 2001, War photographer, un long-métrage documentant la vie et l’œuvre de James Nachtwey, est nominé pour l’Oscar du meilleur documentaire. Ses livres incluent Deeds of War et L’enfer.

Les photographies de James Nachtwey figurent dans les collections permanentes du Museum of Modern Art et du Whitney Museum of American Art à New York, du San Francisco Museum of Modern Art, du Getty Museum à Los Angeles, du musée des Beaux-Arts de Boston, de la Bibliothèque nationale de France ou bien encore du Centre Pompidou. Ses images ont fait l’objet de nombreuses expositions personnelles dans le monde entier.

Il a été invité à présenter son travail lors de plusieurs événements internationaux, dont les TED Talks, la conférence Bill et Melinda Gates Grand Challenges, le Pacific Health Summit, la conférence mondiale sur la tuberculose à Rio de Janeiro, la réunion annuelle de la Young President’s Organization à Sydney et, à l’occasion de la Journée de la Paix en 2011, devant le Comité International Olympique.
Le titre de Docteur honoris causa lui est décerné par quatre universités américaines, y compris le Dartmouth College, qui a récemment acquis l’ensemble des archives de son œuvre ».


Du 30 mai au 29 juillet 2018
A la Maison européenne de la photographie 
5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 75 00
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h

Visuels :
Affiche
Afghanistan, Kaboul, 1996 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Femme errant dans les ruines de la ville.

Soudan, Darfour, 2003 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Une mère se tenant au chevet de son enfant.

Territoires palestiniens occupés, Cisjordanie, 2000 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Manifestants jetant des cocktails Molotov lors des heurts opposant l’armée israélienne à la population palestinienne locale.

New York, 2001 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Une pluie de cendres et de fumée s’abat sur le quartier de Lower Manhattan suite à la destruction du World Trade Center.

Afghanistan, Kaboul, 1996 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Femme errant dans les ruines de la ville.

Bosnie-Herzégovine, Mostar, 1993 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Une chambre transformée en terrain de guerre par un milicien croate tirant sur des cibles musulmanes.

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Les citations sont extraites des communiqués de la MEP, du dite des Prix Dan David.