Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mardi 31 juillet 2018

« Artur Brauner - L'aventurier du cinéma » par Kathrin Anderson et Oliver Schwehm


Arte diffusera le 2 août 2018 « Artur Brauner - L'aventurier du cinéma » (Der Unerschrockene - Der Berliner Filmproduzent Artur Brauner) par Kathrin Anderson et Oliver Schwehm. Né Abraham Braune à Łódź (Pologne) en 1918, Artur « Atze » Brauner, éminent producteur et fondateur de la Central Cinema Company (CCC)-Film, « a traversé le siècle pour s’imposer comme l’une des figures les plus influentes de l’industrie cinématographique européenne ». 
    


Sag' die Wahrheit (1946), Les héros sont fatigués (1955), Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform) en 1958, Le Diabolique docteur Mabuse (Die 1000 Augen des Dr. Mabuse) et Le Brave Soldat Chvéïk (1960), Michel Strogoff (Strogoff) et Le Jardin des Finzi-Contini en 1970, La Passante du Sans-Souci (1982), Europa Europa (1990), Babiy Yar (2003)… Tous ces films et près de 300 autres ont été produits depuis 1946 par celui qui se surnomme dans son autobiographie « L’intrépide » : Artur « Atze » Brauner. Le nombre s’élève à environ sept cents en tenant compte de sa fonction de co-producteur.

Sans oublier les actrices qu’il a découvertes - Sonja Ziemann, Elke Sommer, Senta Berger et Caterina Valente - et les stars ayant joué dans ses films : Romy Schneider, Lilli Palmer, Michèle Morgan, Yves Montand, Michel Piccoli...

Gregor Rabinovitch (Cine-Allianz), Arnold Pressburger, Bernard Natan, Jacques Haïk, Alexandre Mnouchkine (Les Films Ariane), les frères Robert et Raymond Hakim, Pierre Braunberger, Jacques Roitfeld, Gilbert de Goldschmidt (Madeleine Films), Artur Brauner... Ces producteurs juifs ont contribué, pendant des décennies quand ils n'ont pas été tués lors de la Shoah, à leurs risques et périls, à l'essor de productions cinématographiques nationales et européenne, avant et après la Deuxième Guerre mondiale, à une époque sans chaînes de télévision ou SOFICA pour co-financer de films. 

Producteur emblématique
Artur « Atze » Brauner est né Abraham Braune à Łódź (Pologne) en 1918, aîné d’une fratrie juive dont le père Moshe est négociant en bois.

Il est scolarisé au Matura de la ville et étudie à l’Ecole polytechnique locale.

Il est impressionné en voyant Le Testament du Dr Mabuse de Fritz Lang qui suscite un vif intérêt pour le cinéma chez ce jeune spectateur.

Après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en septembre 1939, avec sa famille, Abraham Braune fuit dans la zone de Pologne occupée par l’Union soviétique et survit à la Shoah.

Après la Deuxième Guerre mondiale, son frère Wolf et lui songent à émigrer en Amérique du Nord, et en chemin, s’installent à Berlin. Leurs parents et les autres membres de la fratrie font leur aliyah. Douze membres de leur proche parentèle ont été assassinés à Babi Yar, près de Kiev, en Ukraine, par les Nazis et leurs collaborateurs. Et 49 de sa famille élargie ont été tués lors de la Shoah.
 
« Avec sa société, CCC, Artur « Atze » Brauner est l’une des rares personnes juives à s'être installé pour vivre et travailler en Allemagne après la Shoah ».

En 1946, il crée la Central Cinema Company (CCC) dans le secteur américain de Berlin. Avec l’aide financière de sa famille, surtout de son beau-fère Joseph Einstein, il produit Sag’ die Wahrheit, un des premiers films tournés en Allemagne après la guerre, puis Morituri réalisé par Eugen York, film sur des déportés ayant fui un camp de concentration et luttant pour leur survie dans les forêts polonaises. Un échec commercial qui l’a endetté.

Artur Brauner prend conscience que, pour produire des films loués par la critique, il doit compenser leurs pertes financières en produisant des films raillés par la critique mais appréciés du public. Le cinéma allemand est alors en ruines – studios bombardés -, son image ternie par la propagande filmée nazie. Artur Brauner produit alors surtout des comédies « car le public voulait rire ». Et dans cette Allemagne qui avait proclamé à la fin de la guerre être « Stunde Null » (Heure Zéro), à un nouveau commencement, quasiment aucun Allemand ne voulait être confronté avec son passé récent nazi.

En 1947, Artur Brauner épouse Theresa Albert, surnommée Maria. Le couple a quatre enfants.

« Audacieux, exigeant et jaloux de son indépendance, Artur « Atze » Brauner veillait toujours à concilier ambitions artistiques et commerciales ».

Le CCC connait son apogée dans les années 1950 avec des mélodrames, des comédies, des films d’aventures et des comédies musicales. Artur Brauner s’affirme en « Monsieur miracle économique » du cinéma allemand.

En 1949, il « transforme une usine de gaz à Berlin en studio cinématographique. Là, tournent des stars germaniques comme Romy Schneider, Heinz Rühmann, Sonja Ziemann ou O.W. Fisher ». De Romy Schneider, il se souvient de son intelligence, son impulsivité, de sa discipline, de son don exceptionnel et de son engagement politique.

En 1958, la CCC « a produit 19 films et Artur Brauner est célébré comme le producteur indépendant ayant le plus de succès en Europe. Le magazine Der Spiegel lui consacre une couverture. Les journalistes semblent fascinés par ce magnat toujours élégant et énergique, sa rapidité de décision concernant un film au budget de 1,2 million de deutschemarks, lors d’un repas dans la salle à manger d’un hôtel, entre l’entrecôte et la Poire Belle Hélène ».

Artur « Atze » Brauner attire des réalisateurs allemands ayant fui le nazisme pour s’exiler à Hollywood. Il produit les œuvres de Fritz Lang ou Die Ratten (Les Rats, 1955) de Robert Siodmak, film adapté de la pièce de théâtre (1911) signée par Gerhart Hauptmann, avec Maria Schell, Curd Jürgens et Heidemarie Hatheyer, et récompensé par un Ours d’Or à la Berlinale. « On lui doit également plusieurs des blockbusters allemands des années 1960, ainsi que La passante du Sans-Souci, ultime film de Romy Schneider ».

En 1958, Artur « Atze » Brauner est le premier producteur occidental à financer la production d’un film en Pologne, située alors dans la sphère d’influence de l’URSS : « Ósmy dzień tygdonia » (Le Huitième jour de la semaine), librement adapté d’une nouvelle de Marek Hłasko et réalisé par Aleksander Ford, avec Sonja Ziemann. Après les événements de « mars 1968 » et la campagne antisémite en Pologne communiste, Artur Brauner coupe toute relation avec son pays natal. Il renoue avec la Pologne dans les années 1980 et y produit des films avec des réalisateurs talentueux, tels Andrzej Wajda, Agnieszka Holland et Jerzy Hoffman.

Les années 1960 marquent la fin de la popularité du cinéma, concurrencé par la télévision, et la demande pour un renouveau du cinéma allemand. Artur Brauner devient le symbole d’un cinéma que récusent des critiques de cinéma, une partie du public. Il tente de surmonter la crise par des films historiques à grand spectacle, des adaptations de romans d’aventures au Far West de Karl May et d’énigmes policières d’Edgar Wallace, voire même par des films érotiques. Pour garder ses studios, il mise sur les téléfilms. Cependant, en 1965, il doit licencier une partie de son équipe. De 1972 à 1980, la CCC a produit environ dix films.

En 1976, Artur Brauner publie son autobiographie « Mich gibt's nur einmal. Rückblende eines Lebens ». Cet excellent conteur à la mémoire précise y évoque surtout les années 1950 et les artistes avec lesquels il a travaillé.

Dans les années 1980-2000, Artur Brauner s’est focalisé sur son « Cycle Juif » avec notamment Die Spaziergängerin von Sans-Souci (La Passante du Sans-Souci) de Jacques Rouffio (1982), Eine Liebe in Deutschland (Un Amour en Allemagne) d’Andrzej Wajda (1983), Babiy Yar de Jeff Kanew (2003), Der letzte Zu (Le Dernier Train) par Joseph Vilsmaier et Dana Vávrová (2006).

Dans Blutiger Schnee (La Traque) de Jerzy Hoffman (1984), Sharon Brauner, fille d’Artur Brauner, joue le rôle de Ruth, jeune Juive qui échappe de peu à une escouade meurtrière de Nazis. Bien que ces films n’aient pas enregistré un nombre considérable d’entrées, ils ont conféré à leur producteur la reconnaissance critique qui lui manquait. Europa Europa d’Agnieszka Holland (1990) a reçu le Golden Globe.

Le scénario pour Hanussen d’István Szabó (1988) inspiré de la vie d'Erik Jan Hanussen, a été sélectionné pour l’Oscar. « Après ma mort, il n’y aura personne pour faire de tels films », a confié Artur Brauner. Il a tenté pendant une dizaine d’années de produire un film sur Oskar Schindler. En vain. Finalement, c’est Steven Spielberg qui réalisa La Liste de Schindler (The Schindler’s List).

En 1991, Artur Brauner crée la Fondation Artur Brauner visant à promouvoir la compréhension entre juifs et chrétiens ainsi que la tolérance entre fidèles de différentes religions, origines ethniques ou sociales. La Fondation remet le Artur Brauner Film Prix aux producteurs allemands dont les films véhiculent des idéaux de tolérance et des valeurs humanistes.
 
En 1992, Artur Brauner est fait citoyen d’honneur de Łódź.

En 2009, Yad Vashem à Jérusalem (Israël) reçoit un don de vingt-et-un films produits par Artur Brauner et ayant un lien avec la Shoah, dont Die Weiße Rose, Le Complot pour assassiner Hitler (Der 20. Juli) et L’Homme et la bête (Mensch und Bestie).

En 2010, Yad Vashem ouvre une médiathèque portant le nom de Brauner. Ce qui, aux dires mêmes du producteur, représente « le couronnement de ma carrière cinématographique ».

Artur Brauner est un membre éminent de la communauté juive berlinoise et le récipiendaire du Bundesverdienstkreuz (Ordre du Mérite), distinction fédérale la plus haute.

En 2003, lors de la Berlinale, il se voir décerner la Berlinale Kamera honorant toute sa carrière. Il a aussi été distingué par deux Golden Globes, un Oscar pour sa coproduction du Jardin des Finzi-Contini de Vittorio de Sica.

Depuis 2006, sa fille Alice, ancienne journaliste, dirige la CCC, et a produit Wunderkinder (Les Enfants prodiges) de Markus Rosenmüller (2011) et Auf das Leben! (To Life!) d’Uwe Jansen (2014).

En 2016, le musée juif de Berlin se réjouit du don d’Artur Brauner : vingt et un de ses films.

« À l’occasion de son centième anniversaire, Kathrin Anderson et Oliver Schwehm dressent l'émouvant portrait d’une figure forte du cinéma européen ».

Un « portrait du producteur berlinois Artur « Atze » Brauner, figure du cinéma européen du XXIe siècle. Audacieux et jaloux de son indépendance, il veillait toujours à concilier ambitions artistiques et commerciales. »


« Artur Brauner - L'aventurier du cinéma » par Kathrin Anderson et Oliver Schwehm
Allemagne, 2018, 52 min
Sur Arte le 2 août 2018 à 0 h 05

Visuels :
Artur Brauner
Artur Brauner (à gauche) et Robert Siodmak (à droite)
Artur Brauner (au centre) sur le tournage de "Grand Hôtel" (1959)
Artur Brauner avec Romy Schneider (à gauche) und Lilli Palmer (à droite) sur le tournage de "Jeunes filles en uniforme" (1958)
Filmplakat zu "Das indische Grabmal" (1959), eines der Werke von Artur Brauner Affiche du film "Le Tombeau hindou" (1959)
Extrait du long-métrage "Die Nibelungen" de 1967. Dès 1959 Artur Brauner avait déclarer vouloir réadapter cette légende.
Artur Brauner, sa femme Maria et sa fille Alice à la Berlinale de 2012.
Artur Brauner et Romy Schneider, qui a joué dans son film "Jeunes filles en uniforme" (1958).
Artur Brauner et sa femme Maria, décédée en 2017.
Artur Brauner et sa fille Alice
Portrait d'un centenaire: à l'occasion de son centième anniversaire le film retrace la vie du producteur Artur Brauner.
© CCC Filmkunst

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Les citations sur le documentaire proviennent d'Arte.

« La fin du judaïsme en terres d’islam » sous la direction de Shmuel Trigano



Shmuel Trigano a réuni les contributions d'historiens français et israéliens pour souligner les points commun dans "l'exode oublié" d'environ un million de Juifs des pays arabes, de Turquie et d'Iran, essentiellement des années 1940 aux années 1970, et présenter l'histoire des modalités d'émigration de communautés Juives implantées souvent depuis des millénaires, généralement avant la conquête arabe, dans onze pays. Le 20 juin 2018, pour la Journée mondiale des réfugiés,  le mouvement anti-israélien BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) sudafricain a tweeté que les "Palestiniens sont le groupe au monde le plus important et souffrant depuis la période la plus longue". Il a illustré son twitt par quatre photos dont une prise en 1950 dans un camp israélien de transit accueillant des Juifs ayant fui ou été expulsés de pays Arabes et musulmans après la recréation de l'Etat Juif. Puis, ce twitt a été cité sur Twitter par le Congress of South African Trade Unions (COSATU), un syndicat d'Afrique du Sud qui n'a pas mentionné sa source.


« La fin du judaïsme en terres d’islam » sous la direction de Shmuel Trigano

En quelques décennies, de 1945 aux années 1970, environ 900 000 Juifs - un nombre plus élevé que celui des réfugiés Arabes de la Palestine mandataire en 1947-1948 estimé à 583 121-609 071 individus - ont quitté une dizaine de pays musulmans, dont certains devinrent Judenrein, alors que la présence des Juifs y était souvent antérieure à la conquête arabe, voire (pluri)millénaire.

Numériquement faibles, les communautés Juives qui y demeurent constituent de quasi-dhimmis instrumentalisés.


Sous la direction de Shmuel Trigano qui avait organisé un symposium international en 2001 sur ce thème de "l'exode oublié" (Forgotten Exile), dix historiens d’universités françaises et israéliennes nous présentent une histoire par pays – Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Yémen, Syrie, Liban, Turquie, Iran, Irak - de cet « exode oublié ». Un exil dont les Juifs concernés ont longtemps occulté les circonstances effroyables, douloureuses, tragiques, caractérisées notamment par les dénaturalisations, les marginalisations, les spoliations, les exclusions, les expulsions, sous prétexte d’antisionisme.

Ces études comparatives révèlent « des parallèles transnationaux, des récurrences d'événements symptomatiques ». Shmuel Trigano a modélisé cet "ensemble de dispositifs juridiques, économiques et politiques", visant à isoler, marginaliser et exclure, voire expulser, les Juifs de la société : "dénationalisations, discriminations juridiques, isolement et séquestration des personnes, spoliations économiques, discriminations socio-économiques, événements pogromiques". Un "vrai "statut des Juifs" de facto", et de jure décidé par la Ligue arabe. Des violences sanglantes annoncées à l'ONU par un délégué égyptien le 24 novembre 1947.

Les raisons de cet exil méconnu et oublié de tant d'histoires officielles ? Le refus par les dirigeants du monde musulman de la recréation de l’Etat Juif, cette « rébellion contre l’islam » ; des pays arabes indépendants où l’islam devint religion d’Etat et « l’arabisme et le panarabisme furent relayés par l’islamisme et le panislamisme, après le court intermède du « socialisme arabe » ; la décolonisation menaçant les Juifs du retour au statut de dhimmis ; les liens entre des chefs de mouvements nationaux arabes, dont le grand mufti de Jérusalem Hadj Amin el-Husseini, et des dirigeants du Reich, tel Hitler.

Et les souvenirs de la dhimmitude en « terre d’islam » et de pogroms ayant marqué durablement les mémoires, tels ceux à Hébron et Safed en 1517, le Yagma el Gabireh (« grande destruction ») à Hébron le 24 juillet 1834, le pogrom à Shiraz (Iran) le 30 octobre 1910, le Tritel (pogrom antisémite) à Fès (17-19 avril 1912, 30 nissan 5672), « pogrom au nom du djihad » (Shmuel Trigano) - 27 victimes Juives, enfants et adultes, le pogrom, précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois, du 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l’Armée française, le farhud (ou farhoud), pogrom arabe et nazi à Bagdad (Iraq), en juin 1941, au cours duquel des foules arabes musulmanes ont tué 175 Juifs, blessé 1 000 Juifs et détruit 900 maisons Juives

Il convient d'ajouter les Juifs contraints de fuir la vieille ville de Jérusalem conquise par les forces Arabes pendant la guerre d'Indépendance de l'Etat d'Israël (1948), et ceux obligés de fuir d'autres Etats musulmans non étudiés, par exemple le Bahreïn, les entités musulmanes de l'ex-URSS (Asie centrale, Caucase), etc. L'histoire de ceux-ci est largement méconnue, voire ignorée, d'historiens souvent francophones.

Ce livre passionnant, émouvant, est indispensable pour comprendre un des contentieux, avec notamment la dhimmitude, du peuple Juif à l’égard du monde musulman. Et il est essentiel que ce différend soit inclus dans les négociations entre l'Etat d'Israël et l'Autorité palestinienne, et que l'histoire de ces communautés Juives intégrées honnêtement dans les manuels scolaires des pays Arabes ou/et musulmans concernés.
 
Addendum 
Le 24 juin 2014, la Knesset a approuvé la proposition de loi instituant la journée du 30 novembre en Jour marquant l'exil des Juifs des terres arabes et d'Iran (Day Marking the Exit and Deportation of Jews from Arab Lands and Iran), et présentée par les parlementaires Shimon Ohayon (Likud Beiténou) et Nissim Zeev (Shas).
Plusieurs ministres se mobiliseront : celui des personnes âgées dirigera la cérémonie ouvrant la commémoration, celui de l'Education encouragera des activités éducatives liées à ce Jour et celui des Affaires étrangères organisera des événements, dont certains se dérouleront dans les ambassades israéliennes, afin d'augmenter la prise de conscience internationale des Juifs réfugiés ayant quitté les terres arabes et l'Iran et leur droit à indemnisation. La Knesset tiendra une réunion spéciale pour marquer ce Jour.
Cette loi précise : ”Durant ce long exode, les Juifs vivant en terres arabes ont subi de nombreux pogroms. Le monde arabe a répondu gravement au renforcement du mouvement national Juif et au sionisme à la veille" du rétablissement de l'Etat d'Israël. "Cette opposition s'est exprimée par des attaques cruelles à l'égard des Juifs et une augmentation des troubles contre eux. Des ordres et lois officiels émis par les régimes des terres arabes ont empêché les Juifs de bénéficier des droits de l'homme ou de ceux des citoyens ainsi que d'avoir un travail, leurs biens leur ont été confisqués, leur nationalité leur a été retirée. De nombreuses fois, les Juifs sont été victimes de meurtres, d'arrestations arbitraires infondées, d'emprisonnements, de torture et de déportation. De 1947 à 1972, environ 856 000 Juifs des terres arabes ont été déracinés, dépossédés de tout et sont devenus des réfugiés". On ne peut s'empêcher de dresser un parallèle entre des actes infamants préjudiciables édictés contre ces réfugiés Juifs et ceux visant le Dr Krief depuis quelques années dans la France républicaine du début du XXIe siècle.
Le choix du 30 novembre pour marquer les "droits des réfugiés Juifs des terres arabes s'explique ainsi : "Après la partition décidée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 29 novembre", les Etats arabes ont attaqué activement les communautés Juives dans leur pays dans le but d'empêcher" la refondation d'un Etat Juif sur la terre d'Israël.
"Ce jour n’est pas défini par la catégorie de « Jour du souvenir/Yom Zikaron) mais sous un terme qui désigne une moindre importance. Tsyoune pourrait être traduit par « marquage », « indication »: « Jour pour marquer… » si une telle catégorie du souvenir existait. Cette gradation n’est pas dénue-ée de sens comme on le verra. L’événement commémoré est, par ailleurs, défini par la loi d’une double façon: « sortie » (yetsia) et « expulsion » (geroush)", explique Shmuel Trigano (21 décembre 2014).
Et de poursuivre : "Ce partage est crédible, et je l’ai défendu moi-même dans un ouvrage il y a quelques années , sauf que la notion de « sortie » suppose un choix volontaire , là où il faudrait parler d ‘ »exclusion », hadara, pour désigner un processus d’exclusion sociale, politique et économique des Juifs, les poussant nécessairement au départ. La disparition quasi totale d’une population juive dans les pays arabes contemporains est en effet l’indice d’une rupture sous le coup de la violence. Toutefois, ces deux termes n’expriment pas l’état de fait qui s’est alors installé. Nous n’avons pas encore de mot pour désigner l’éradication de communautés juives millénaires dans 10 pays, un terme qui désignera ce que l’histoire retiendra de cet événement.  » Destruction du judaïsme sépharade/ Heres yahadut sfarad »? Deux problèmes se posent, à ce propos, dans le formulé de la loi de la Knesset. La définition de la population qui a vécu cette épreuve reste problématique: « Juifs des pays arabes et d’Iran »: dès le départ, on observe que cette distinction n’a pas de sens sous le jour de l’islam, que partagent ces pays et qui permet de ne pas oublier un pays dans cette nomenclature, un pays qui n’est ni perse, ni arabe mais aussi musulman: la Turquie. En disant « Juifs des pays arabes et d’Iran », la loi définit en effet cette population par un référent externe à sa condition (arabe et Iran) et par l’oppression dont elle a été victime. Elle ne la définit pas comme un ensemble réel – ce que fut le peuple juif dans la conscience de l'exil », la galout. Cet ensemble a subi, certes, dans dix Etats différents, les mêmes avanies de l’histoire mais cette souffrance n’est pas à l’origine de son existence et de son identité. Les Juifs de ces pays avaient aussi conscience de leur destin commun, autant culturellement que politiquement. Nous en avons l’illustration, avant même la proclamation de l’indépendance de l’Etat d’Israël, en 1946, dans une déclaration très importante de l’ensemble des communautés sépharades, je dis bien « sépharades », sous la forme d’un memorandum présenté devant la Commission Anglo-américaine qui s’intitule « Memorandum des envoyés des communautés sépharades en Eretz Israel ». La loi de la Knesset de 2010 recense 3 caractères qui font un « réfugié » - une définition restrictive qui omet en particulier la Turquie :
« est réfugié juif » tout originaire des pays arabes et d’Iran qui réunit toutes les caractéristiques suivantes :
1) Citoyen d’Israël (a fortiori s’il était résident d’Eretz Israel avant la constitution de l’Etat) ;
2) Résident de l’un des pays arabes et d’Iran qu’il a quittés, entre autres, du fait de persécutions ou de sa judéité et où il fut privé de sécurité du fait de persécution ;
3) Qui a abandonné dans le pays de son origine les biens qui étaient en sa possession »
Le 10 décembre 2014, à 18 h 30, la salle des fêtes de la mairie du XVIIe arrondissement de Paris a accueilli la soirée Fragments de la mémoire sepharade (Testimony Film Screening) au cours de laquelle seront projetés les témoignages filmés recueillis par Hélène Trigano. Animée par Josiane Sberro, une table-ronde suivra sur Les réfugiés juifs du monde arabe,  entre mémoire et politique, avec  Georges Bensoussan, Daniel Sibony, Shmuel Trigano. 
Les anti-Israéliens multiplient les manifestations pour la Nakba. 

Le Centre Culturel et Communautaire Juif de Montpellier a présenté l'exposition Les réfugiés juifs du monde arabe. "Le 30 novembre a été décrété par l’Etat d’Israël Journée de commémoration de l’expulsion et de l’exode des Juifs des pays arabes et d’Iran. La terre d’Israël est le berceau du peuple juif depuis plus de trois mille ans. Depuis l’antiquité, les centres de civilisation juive se sont installés dans de nombreux territoires des régions adjacentes. Des communautés juives significatives existaient dans tout le Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, à la Babylonie, au Levant, dans la péninsule Arabique, au Yémen et dans la région du Golfe ; depuis plus de 2000 ans, des siècles avant l’avènement de l’Islam et la conquête arabe. En vertu de la loi islamique, les Juifs étaient considérés comme « dhimmi », citoyens de seconde zone, obligés de payer des impôts spéciaux, de porter des signes et des habits distinctifs et de subir d’autres décrets et législation discriminatoires. Là où le régime de la « charia » a été mis en oeuvre strictement, les orphelins juifs ont été pris par la force hors de leur communauté et convertis sous la contrainte. Avant le plan de partage des Nations unies, qui a appelé à la création d’un Etat juif aux côtés d’un Etat arabe en Palestine mandataire, le Comité politique de la Ligue arabe a rédigé une loi régissant le statut juridique des résidents juifs. Cette loi prévoyait que les comptes bancaires des Juifs des pays de la Ligue arabe devaient être gelés et utilisés pour financer la « résistance aux ambitions sionistes en Palestine» ; et que les Juifs – soupçonnés d’être des sionistes actifs – seraient internés en tant que prisonniers politiques et leurs biens confisqués. De tels actes de répression parmi d’autres encore ainsi que des violences d’État, ont précipité un départ en masse des anciennes communautés juives, souvent dans des circonstances économiques désespérées. Au total, plus de 850 000 Juifs ont été contraints de quitter les pays arabes, dans un processus d’expulsion et d’exode qui s’est poursuivi jusque dans les années 1970. Une exposition composée de 15 panneaux à voir du 4 au 17 janvier 2016, du lundi au jeudi de 12 h à 19 h, entrée libre". On ne peut que déplorer l'omission des Juifs contraints de fuir une partie de Jérusalem conquise par la Transjordanie et la Turquie.

Vernissage le 14 janvier 2016 à 19 h avec la projection du film The Silent Exodus, de Pierre Rehov. « Les réfugiés du silence » retrace "l’histoire du million de Juifs qui ont été contraints de fuir les pays arabes où leur famille était établie depuis des centaines, voire des milliers d’années. Ces personnes qui avaient été dépouillées de tous leurs biens avant leur départ. Ce qui fit d’eux des réfugiés. Bien qu’ils n’aient jamais demandé ce statut  et n’en aient jamais bénficié. Pas plus qu’ils n’ont reçu la moindre compensation. Pierre Rehov utilise des films et photos d’archives, souvent inédits. Il y mêle le témoignage de témoins qui sont, soit des personnalités connues, comme l’historienne Bat Yor, ou des personnes inconnues, qui ont souhaité s’exprimer pour la premire fois sur un sujet très douloureux. Deux Sénateurs américains prennent également la parole, ainsi que l’ancien Président américain Jimmy Carter, par exemple. Pierre Rehov, né à Alger, Algérie, est un réalisateur français résidant à New York se spécialisant dans le conflit israélo-arabe et de la psychopathologie terroriste. Licencié en droit. Journaliste puis producteur de films". Pierre Rehov a publié sur Youtube son remarquable documentaire sur cet exode.  

La valeur des avoirs - comptes bancaires, bijoux, maisons, terrains et entreprises personnels et communautaires (synagogues, centres, hôpitaux) - confisqués ou laissés par les Juifs fuyant ces pays, notamment en Iraq et en Egypte, s'élève à plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars.

Le 19 novembre 2017, de 19 h à 19 h 50, le mahJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) proposa Juifs d’Égypte, du Yémen, de Libye, d’Irak et du Maroc - Les Réfugiés oubliés (The Forgotten Refugees), de Michael Grynszpan (Israël, États-Unis, 2005, 49 min, VOSTF) en présence du réalisateur (sous réserve). Le film évoque plus de deux millénaires de présence juive au Moyen-Orient qui ont profondément imprégné les vies politiques et artistiques locales, mais se sont soldés par l’exode massif de ces « réfugiés oubliés » à partir des vagues nationalistes arabes des années 1930. Avant 1945, Palestine exceptée, plus d’un million de juifs vivaient dans le monde arabe. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quelques milliers".

Le 20 juin 2018, pour la Journée mondiale des réfugiés,  le mouvement anti-israélien BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) sudafricain a tweeté que les "Palestiniens sont le groupe au monde le plus important et souffrant depuis la période la plus longue". Il a illustré son twitt par quatre photos dont une prise en 1950 dans un camp israélien de transit accueillant des Juifs ayant fui ou été expulsés de pays Arabes et musulmans après la recréation de l'Etat Juif. Puis, ce twitt a été cité sur Twitter par le Congress of South African Trade Unions (COSATU), un syndicat d'Afrique du Sud qui n'a pas mentionné sa source. Une gaffe qui lui a valu les moqueries d'Internautes : "Thank you Cosatu for bringing to the world attention the plight of Jewish refugees exiled from their homes in the 40’s and 50’s. Truly doing good work!!”.


Sous la direction de Shmuel Trigano, La fin du judaïsme en terres d’islam. Ed. Denoël, 2009. 510 pages. 25 €. ISBN : 9782207261040.

Photo : John Phillips, Expulsion des habitants Juifs de la vieille ville de Jérusalem sous la menace de soldats jordaniens armés.  Photo publiée par Life Magazine en 1948.

Visuel :
Affiche Les Réfugiés oubliés (The Forgotten Refugees) de Michael Grynszpan
© DR

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été commandé et non publié par L'Arche. Il a été publié  en une version plus longue sur ce blog le :
- 20 septembre 2012 à l'approche de l'ouverture, le 21 septembre 2012, de la conférence The Untold Story of the Middle East, Justice for Jewish Refugees from Arab countries à New-York ;
- 2 novembre 2012 alors que le journal égyptien al-Ahram alléguait la saisine par les autorités égyptiennes de 13 cartons contenant des documents sur les biens des Juifs égyptiens des années 1940 aux années 1960 ;
- 28 février 2013 alors que deux films - une série télévisée qatarie, un documentaire égyptien - sont réalisés avec pour thème : les Juifs ayant vécu jadis dans le monde arabe ;
- 8 août 2013 alors que Ronen Bergman a listé les noms des propriétaires Juifs d'immeubles ou d'appartements place Tahir (Le Caire, Egypte) et dont ils ont été spoliés par Nasser (Yediot Aharonot, 12 juillet 2013). Un article traduit en anglais par le blog Jewishrefugees ;
- 17 février 2014. Le 17 février 1948, la Ligue Arabe a décidé que ses Etats-membres sanctionnent leurs populations Juives. Le 14 juillet 2013, à l'initiative du parlementaire Shimon Ohayon (Likud Beiténou), le Comité ministériel pour la Législation au sein de la Kensset a choisi le 17 février - date du plan arabe - comme Journée nationale de commémoration des Juifs réfugiés ayant fui leurs pays natals : Etats arabes, Turquie, Iran et partie de Jérusalem ;
- 27 juin 2014, 16 mai et 3 novembre 2015, 13 janvier 2016, 18 novembre 2017. 

lundi 30 juillet 2018

« Europa Europa » par Agnieszka Holland


Arte diffusera le 1er août 2018 « Europa Europa » (Hitlerjunge Salomon) par Agnieszka Holland. « Comment un jeune Juif a survécu à la guerre en endossant tour à tour l’uniforme russe, puis nazi... Une saga mise en scène avec brio par Agnieszka Holland et produite par Artur Brauner, figure du cinéma européen du XXIe siècle. »


« Allemagne, 1938. Après la terrible Nuit de cristal, au cours de laquelle leur fille a trouvé la mort, la famille Perel décide de retourner vivre à Lodz, d'où le père est originaire. Lorsque les troupes allemandes envahissent la Pologne, les deux jeunes fils, Isaak, et Salomon, 13 ans, sont envoyés par leurs parents vers l'Est. Séparé de son frère au cours du voyage, Salomon est recueilli dans un orphelinat russe, où il apprend à devenir un patriote soviétique. Mais lorsqu'en juin 1941 Hitler rompt le pacte conclu avec Staline, l'orphelinat est pris d'assaut, et Salomon est capturé par la Wehrmacht. Refusant le sort réservé aux Juifs et aux communistes, immédiatement passés par les armes, Salomon se fait passer pour un Allemand de souche, retenu prisonnier en Russie. Vite repéré pour sa maîtrise du russe et du polonais, il devient la mascotte de son régiment. Devenu Joseph Peters, après un fait d'arme involontaire au front, il est choisi pour intégrer l'Institut des jeunesses hitlériennes, une école d'élite réservée aux futurs cadres du régime nazi… »

Inspiré de l'autobiographie de Salomon Perel, devenu Sally Perel en Israël, où il fit son aliyah à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et combattit lors de la Guerre d'Indépendance, Agnieszka Holland (Sacrifice) "met en scène avec brio son odyssée dans l'Europe ravagée ». 

« Accueilli avec enthousiasme à sa sortie dans de nombreux pays, le film a été au centre d'une vive controverse, notamment à cause de l'image négative qu'il renvoie des Allemands, tous ou presque présentés comme des êtres mauvais et cruels. Une illustration, pour la cinéaste polonaise, des difficultés de l'Allemagne, à l'époque, à assumer son tragique passé ».

En 1991, le film a été sélectionné pour l’Oscar du Meilleur scénario adapté. Curieusement, l'Allemagne ne l'a pas proposé pour concourir dans la catégorie du Meilleur film étranger, alors qu'il était un succès commercial en Allemagne et aux Etats-Unis. Ce qui a dépité son producteur Artur Brauner, rescapé de la Shoah.

Arte le diffuse dans le cadre d’une soirée en hommage au producteur allemand juif Artur Brauner.


« Europa Europa  » par Agnieszka Holland
Allemagne, France, Pologne, 1990
Image : Jacek Petrycki
Montage : Ewa Smal, Isabel Lorente
Musique : Zbigniew Preisner
Production : Central Cinema Company Film, Les Films du Losange
Producteur/-trice : Artur Brauner, Margaret Ménégoz
Scénario : Agnieszka Holland
Acteurs : Marco Hofschneider, Marta Sandrowicz, René Hofschneider, André Wilms, Hanns Zischler, Julie Delpy
Auteur : Sally Perel
Sur Arte le 1er août 2018

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Les citations proviennent d'Arte.

L’ALAT propose une carrière militaire... sous les cocardes et sous les rotors


L’ALAT (Armée de l'Air de l'Armée de Terre) a fêté ses 60 ans au salon Eurosatory qui organisa le 17 juin 2014 un colloque sur l'aérocombat dans les engagements récents et les hélicoptères, systèmes d'armes modernes. Elle avoisinait « 4 500 personnels répartis en officiers, sous-officiers et militaires du rang ». Elle vivait des mutations décisives : harmonisation avec les formations aéronautiques civiles européennes dans le cadre des JAR-FCL 2, affinement de sa doctrine d’emploi, renforcement de son caractère interarmées, arrivée du Tigre en 2003 et du NH 90 en 2011, formation au Tigre à l’Ecole Franco-allemande, etc. Elle conjugue passion aéronautique et aspiration à servir son pays. Enquête réalisée en 2002. Le 11 juillet 2018 a été publié le rapport d'information de Dominique de Legge fait au nom de la commission des finances au résumé alarmant : "Le parc d'hélicoptères des armées : une envolée des coûts de maintenance, une indisponibilité chronique, des efforts qui doivent être prolongés".

Jean Boulet (1920-2011), émérite pilote d'essai sur hélicoptère
L’ALAT propose une carrière militaire... sous les cocardes et sous les rotors
« Les drones, un usage controversé » par Peter Yost

« La justification de l’ALAT, c’est d’utiliser la troisième dimension dans un contexte de tactique terrestre. Sur les 700 hélicoptères de l’Etat, le Contrôle Général des Armées a recensé 463 hélicoptères à l’ALAT - ce nombre atteindra 410 -, 95 dans la Marine, 83 dans l’Armée de l’air et une quarantaine dans la gendarmerie », résume le général Ladevèze, commandant l’ALAT. Celle-ci forme les pilotes des trois Armées, de la gendarmerie, des Douanes et de la Sécurité civile.

Un recrutement dual sélectif
C’est le Centre de Sélection et d’Orientation (CSO) qui filtre les sous-officiers.
« Tous statuts confondus, le recrutement couvre un spectre de 17 ans - futurs sous-officiers pilotes à l’ENSOA (Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active à Saint- Maixent) - à 34 ans. Avoir le Bac est la condition préliminaire. Indispensable, l’agrément technique de l’ALAT comporte un volet technique à Vincennes et un volet médical à l’hôpital parisien Percy. A Vincennes, on prononce un pronostic de réussite en formation-pilote, complété par l’examen médical d’admission au titre de la spécialité de pilote effectué au CPEMPN (Centre Principal d’Expertise Médicale du Personnel Navigant). Un candidat sur huit est retenu. L’objectif est que le taux d’échec au stage de l’EAALAT (Ecole d’Application de l’ALAT) à Dax soit inférieur à 10%. Il est de 6-7% », explique le lt-col. Vaute, chef de la section Sélection de l’ALAT.
Outre les tests de personnalité - sociabilité, équilibre psychologique, réactivité -, et de connaissances, ceux psychométriques apprécient les facultés de raisonnement, de représentation mentale et d’orientation spatiale.
Les candidats pilotes passent des tests de psychomotricité : sur une plate-forme d’hélicoptère, sont mesurées « la coordination, la dissociation de l’attention, la combativité et la gestion de l’effort dans la durée ».
Des entretiens avec un officier pilote et/ou un psychologue complètent le dispositif.

Pour les sous-officiers (pilote, observateur météo, contrôleur de sécurité aérienne), majoritaires à l’ALAT, cette sélection intervient avant examen de leur dossier en Commission, modalité d’accès à Saint-Maixent. Après une scolarité de sept mois, ils signent un contrat de cinq ans (dix ans pour les pilotes).

Pour les officiers, distinguons trois voies.
Tout d’abord, les jeunes de 24-25 ans, à Bac + 2-3, veulent devenir pilotes et postulent comme OSC (Officier Sous Contrat). Chaque année, l’ALAT recrute 5-6 OSC signant pour 15 ans.
Puis, les Saint-Cyriens de 22-23 ans passent les épreuves de cet agrément pour pouvoir choisir éventuellement l’ALAT (une dizaine de places par an).
Enfin, par la voie semi-directe précoce des sous-officiers de 26-27 ans entrent par concours à l’Ecole Militaire Interarmes (EMIA) au cursus de deux ans, et celle tardive : des sous-officiers de 30-35 ans sont promus officiers des Ecoles d’Armes.

De la sélection à la formation continue, est détectée la capacité à progresser.

L’EAALAT
L’EAALAT est implantée dans deux sites principaux, Dax et Le Luc en Provence. Le troisième site est le Centre de Vol en Montagne (CVM) de Saillagouse. L’objectif : former 100 pilotes par an, dont 70 pour l’ALAT.

Après un stage de quatre mois à Coëtquidan, les OSC suivent un stage-pilote avec les officiers à Dax, base chargée de la formation initiale. Le stagiaire acquiert les techniques de pilotage - vol aux instruments de jour/nuit (10 h de tenue machine), prise en compte de l’environnement météo, circulation et réglementation aériennes -, les notions d’équipages et de missions, la discipline militaire, et la pratique des sports. Après quatre mois de cours théoriques, il effectue son premier vol. Le nombre d’heures de formation théorique est de 550. Celui d’heures de vol s’élève à 120 h, dont dix heures de vol solo, ce qui mûrit le pilote. Le stage dure quarante semaines. Les sous-officiers pilotes se spécialisent ensuite au Cannet des Maures (Var) en hélicoptères Légers ou de Manoeuvres. A Dax, sont formés aussi les moniteurs en stages de dix semaines.

Au Luc en Provence : c’est « la formation dans le domaine tactique, de l’emploi et de la mise en œuvre des systèmes d’armes, et au vol IR ». Vocation est à « l’apprentissage du combat aéromobile, à la formation avancée des équipages à leurs systèmes d’armes (130-140 heures de vol) - i.e. un appareil armé, Gazelle-reconnaissance, Gazelle de combat air/air (canons ou missiles), Gazelle d’appui-destruction essentiellement à vocation anti-char, et hélicoptère de manoeuvres, transport tactique ou Utilities Helicopters - et dans lequel le vol tactique est nécessaire ». Les techniques sont sophistiquées : vol de combat dans le terrain, vol avec Jumelles de Vision Nocturne (JVN), tir de nuit avec caméra thermique Viviane et tir air-air. Sur hélicoptères léger ou de transport, en appui protection, jour/nuit. Les vols avec JVN sont fatigants pour les équipages. Pour les officiers, le stage dure 11 mois. Pour les sous-officiers, celui de pilote de combat dure neuf semaines. Il peut être suivi par un stage, selon la filière, d’une durée maximale de trente-trois semaines.

L’EAALAT compte une centaine d’appareils, « répartis pour moitié dans chaque base selon la formation initiale ou spécialisée : à Dax, la Gazelle SA 341, un monomoteur simple et fiable, et au Luc des hélicoptères plus diversifiés. La base du Luc recourt à tous les appareils en service dans l’ALAT, sauf le Cougar : le Puma pour la formation sur hélicoptère de transport tactique et celle IR, le Fennec pour celle IR essentiellement et les différents types de Gazelle - Canon, AATCP (Air Air Très Courte Portée), caméra thermique Viviane -, pour celles « systèmes d’armes », tactique et JVN. Car l’ALAT a peu de Cougar et il s’agit d’une extension de la qualification sur Puma. Les pilotes apprennent sur manuels et simulateurs et effectuent le vol de validation sur Cougar dans un régiment », note le col. Tissot, directeur Général de la Formation à l’EAALAT.

Il poursuit : « L’EAALAT ne réalise que 5% des heures de formation sur simulateur en raison de la spécificité du vol en hélicoptère : celui-ci et son environnement sont difficilement modélisables. A partir de 2003, grâce aux progrès technologiques et en concordance avec les normes JAR-FCL 2 (Joint Aviation Requirements Flight Crew Licensing, 2 pour hélicoptère), seront mis en place des simulateurs adaptés. Ce qui devrait porter ce ratio à 20-25%, et vers 2015 à 50% avec l’arrivée des Tigre et NH 90. Cela sera sensible dans le domaine de la formation tactique (avec EDITH, Entraîneur Didactique Interactif Tactique pour Hélicoptère). En formation initiale, les JAR-FCL 2 pourraient autoriser 1/3 des heures du stage CPL (Commercial Pilot License) sur simulateur ». Depuis septembre 2000, les pilotes sont formés selon ces normes dont l’entrée en vigueur est prévue pour 2002-2003.

L’Ecole Franco-Allemande formera à Fassberg (Allemagne) les mécaniciens, et au Luc les moniteurs, puis les pilotes du Tigre. Les cours communs seront dispensés en anglais, et ceux sur les systèmes d’armes français et allemands dans la langue nationale.

Carrières et emplois
« Ce qui caractérise l’ALAT, c’est un esprit alliant les exigences opérationnelles de l’Armée de terre et la fraternité aéronautique : la cellule de base est l’équipage de 2-3 hommes, dont un mécanicien-navigant pour le Cougar, puis la patrouille (2-3 appareils), l’escadrille (dizaine d’appareils, 40 personnes), le régiment (800-1 000 personnes). Donc une solidarité de fait, renforcée, car souvent ceux envoyés en opérations vivent ensemble 4-6 mois. C’est une communauté de destins entre échelons. Le pilote-soldat est ambivalent : s’il vit en temps de paix sur une base, il a vocation à travailler n’importe où, parfois en longue durée, dans des conditions rustiques, extrêmes, voire hostiles, loin de sa famille », expose le gal Ladevèze. Après l’EAALAT, pour 90% d’entre eux, les pilotes sont affectés dans un Régiment d’Hélicoptères de Combat (RHC), sur le système d’armes choisi. Certains le sont dans des unités particulières : escadrilles de montagne à Gap, escadre de liaison à Rennes et escadrille à Compiègne.

« Il y a deux rythmes de carrière différents avec des possibilités d’avancement sensiblement égales. Certains officiers ont une mobilité rapide (2-3 ans dans une garnison) : jusqu’au grade de capitaine, ils sont dans des unités de contact, puis servent dans les états-majors ou à l’encadrement supérieur de ces unités. D’autres, les experts sont spécialisés dans un savoir-faire pendant une grande partie de leur carrière, en fait la seconde : ils donnent la continuité indispensable à des programmes. Un pilote ou un ingénieur d’essais reste souvent dans sa spécialité », observe le gal Ladevèze. Sans être un CEV, le GAMSTAT (Groupement AéroMobile du Service Technique de l'Armée de Terre) mène des études, dialogue avec les industriels, assure une veille technologique, valide les caractéristiques et éclaire le commandement. Ses experts doivent « rester dans la logique de stricte suffisance, en assurant un compromis entre l’idée et le besoin ».

« Après l’EAALAT, l’officier est affecté en régiment pendant quatre ans, passe l’apprentissage de chef de patrouille avant de suivre le cours de commandant d’unité, ce qui déterminera sa désignation éventuelle à la tête d’une escadrille. Mille heures sont exigées pour rendre cette expérience profitable et lui permettre de s’imposer comme chef. On commande en moyenne à 30 ans », expose le col. Tissot. Le lieutenant est promu capitaine automatiquement après quatre ans d’ancienneté dans son grade, et sa promotion au choix comme commandant a lieu après cinq-neuf ans d’ancienneté dans son. Les officiers entrent à l’Ecole d’Etat-Major (Compiègne), puis sur concours à l’Ecole de guerre, ensuite au Collège Interarmées de Défense (Paris) pour apprendre à commander des RHC. Enfin, the happy few suivent les cours de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN) et de l’Ecole du CHEM (Cours des Hautes Etudes Militaires), à l’Ecole Militaire.

« Le sous-officier reste 5-8 ans dans la garnison, ce qui signifie 2-3 mutations dans sa carrière. Aux ordres d’un chef de bord, c’est un spécialiste dans une escadrille. Il démarre comme sergent-pilote, ou maréchal des logis ». Par des stages à l’EALAT, après environ six ans d’expérience et mille heures de vol, il peut devenir chef de bord (BSTAT), moniteur ou chef de patrouille, et « accéder au corps des officiers par plusieurs voies : vers la trentaine, celle d’officier des Armes, à statut particulier qui lui interdit d’accéder aux plus hauts échelons de la hiérarchie. Dans la catégorie des OSC, il peut accéder au corps des officiers par le contrat de spécialité d’une durée maximale de vingt ans », décrit le gal Ladevèze.

Enjeux et perspectives
Le taux de disponibilité s’élève à 65-70%. L’ALAT offre environ 170 h d’entraînement. Son but ? Atteindre vite 180 h. 2002 devrait concrétiser ses efforts.

« On va passer au Cougar MK 2 plus, qui demande un entraînement suivi, sur simulateur régulièrement. Avec le Tigre, un système d’armes complet, c’est la technicité équivalente à celle du Mirage 2000, du Rafale par certains aspects, et du Cougar MK 2. Cela implique un entraînement continu sur appareils d’armes et de complément et simulateurs. L’ALAT a autorisé un type de vols de combat de nuit, où sur un trajet court et bien reconnu, on peut descendre à 5-10 m du sol pour des approches finales de cibles, à 10 km de l’objectif. Le NH 90 aura notamment un Flir, une caméra thermique de pilotage permettant de s’infiltrer très bas. Après la Marine (2005) et l’Allemagne (vers 2005), l’ALAT devrait disposer en 2011 du NH 90 qui apporte des automatismes similaires à ceux d’avions de transport sophistiqués, est en plus adapté au travail tactique, et a des commandes électriques. Il nécessite aussi un entraînement suivi pour maîtriser la complexité des système de gestion de mission, i.e. l’intégration des appareils et formations dans l’environnement aéroterrestre, avec des contraintes fortes et la gestion de la troisième dimension », prévoit le gal Ladevèze.

La reconversion professionnelle
« Tout militaire ayant quatre ans de service et quittant définitivement les Armées peut bénéficier de congés de conversion d’une durée maximum de 12 mois pour suivre les actions de formation adaptées à son projet professionnel, et d’une. phase de préparation, d’information, complétée par un bilan d’orientation qui vise à élaborer son projet professionnel. Validé par des professionnels, celui-ci détermine l’aide nécessaire : stages de formation, d’accompagnement, intégration d’entreprise, etc. » (loi de 1996). Quand l’aide est d’accompagnement, ce congé dure au maximum six mois. Quand elle vise un changement d’orientation qui requiert une formation, à ce congé de douze mois au maximum peut s’associer une aide financière de 7 625 € en-deçà de vingt-cinq ans de service, et de 4 575 € au-delà.

Les secteurs de reconversion ? L’aéronautique civile -, comme pilote, instructeur, mécanicien, logisticien, etc. -, les assurances, etc. Placide, le général Ladevèze conclut : « On a assisté à toutes sortes de reconversions, la plupart du temps très réussies ».

Crash en 2017
Le 2 février 2017, deux hélicoptères militaires Gazelle de l’école d’aviation du Cannet-des-Maures se sont écrasés près du lac de Carcès, à proximité de Saint-Tropez. Les cinq soldats à leur bord sont morts : "les  trois instructeurs de l’EALAT morts sont le lieutenant-colonel Stéphane Chaon, 44 ans, le capitaine François Mille, 35 ans, et le capitaine Patrick Vasselin, 52 ans. Les deux stagiaires du 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales (RHFS) de Pau disparus sont le capitaine Quentin Gibert, 29 ans, et le lieutenant Sébastien Grève, 30 ans. Tous mariés, ils laissent derrière eux onze enfants". Florence Parly, ministre des armées s’est rendue sur place. "Créée en 1957, la base du Cannet-des-Maures accueille aujourd’hui une des implantations de l’école de l’aviation légère de l’armée de terre. Elle regroupe l’état-major de l’école et trois centres de formation, dont la base école Général-Lejay".

Problèmes
En 2017, des articles ont révélé la vétusté des appareils militaires français. 

Le 11 juillet 2018 a été publié le rapport d'information de Dominique de Legge fait au nom de la commission des finances au résumé alarmant : "Le parc d'hélicoptères des armées : une envolée des coûts de maintenance, une indisponibilité chronique, des efforts qui doivent être prolongés". "Alors que les crédits consacrés au maintien en condition opérationnelle (MCO) des hélicoptères des armées ont crû de plus de 56 pour cent entre 2009 et 2017, seul un aéronef sur trois est disponible.
Sur un parc total qui comprenaient 467 hélicoptères en 2017, 161 appareils étaient ainsi immobilisés dans l'industrie et 135 dans les forces.
Les causes de cette indisponibilité sont multiples : une organisation du MCO des aéronefs complexe, un parc très hétérogène, des règles de navigabilité parfois inadaptées et excessives, des besoins structurels de maintenance aggravés par l'intensité des déploiements en opération extérieure, des défaillances de la chaîne logistique, etc.
Si des initiatives ont été prises ces dernières années, avec le lancement d'un « plan d'actions hélicoptères » (PAH) en 2014 et la réforme du MCO aéronautique en 2017, Dominique de Legge, rapporteur spécial des crédits de la mission « Défense » estime que ces efforts doivent être prolongés.
Dans cette perspective, il formule quatorze recommandations s'articulant autour de trois axes :
- améliorer le pilotage financier du MCO ;
- renforcer l'efficacité du soutien opérationnel ;
- faire évoluer les relations avec les industriels".

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Cet article a été publié dans le n° 569 d'Aviasport d'avril 2002, et sur ce blog le :
- 17 novembre 2012 alors que des milliers de postes sont à pourvoir dans l'aéronautique, qu'un excès de règlementation  bureaucratique européenne pénalise l'aviation française ;
- 17 juin 2014 et 18 août 2017, 3 février 2018.