Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mardi 31 juillet 2018

« La fin du judaïsme en terres d’islam » sous la direction de Shmuel Trigano



Shmuel Trigano a réuni les contributions d'historiens français et israéliens pour souligner les points commun dans "l'exode oublié" d'environ un million de Juifs des pays arabes, de Turquie et d'Iran, essentiellement des années 1940 aux années 1970, et présenter l'histoire des modalités d'émigration de communautés Juives implantées souvent depuis des millénaires, généralement avant la conquête arabe, dans onze pays. Le 20 juin 2018, pour la Journée mondiale des réfugiés,  le mouvement anti-israélien BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) sudafricain a tweeté que les "Palestiniens sont le groupe au monde le plus important et souffrant depuis la période la plus longue". Il a illustré son twitt par quatre photos dont une prise en 1950 dans un camp israélien de transit accueillant des Juifs ayant fui ou été expulsés de pays Arabes et musulmans après la recréation de l'Etat Juif. Puis, ce twitt a été cité sur Twitter par le Congress of South African Trade Unions (COSATU), un syndicat d'Afrique du Sud qui n'a pas mentionné sa source.


« La fin du judaïsme en terres d’islam » sous la direction de Shmuel Trigano

En quelques décennies, de 1945 aux années 1970, environ 900 000 Juifs - un nombre plus élevé que celui des réfugiés Arabes de la Palestine mandataire en 1947-1948 estimé à 583 121-609 071 individus - ont quitté une dizaine de pays musulmans, dont certains devinrent Judenrein, alors que la présence des Juifs y était souvent antérieure à la conquête arabe, voire (pluri)millénaire.

Numériquement faibles, les communautés Juives qui y demeurent constituent de quasi-dhimmis instrumentalisés.


Sous la direction de Shmuel Trigano qui avait organisé un symposium international en 2001 sur ce thème de "l'exode oublié" (Forgotten Exile), dix historiens d’universités françaises et israéliennes nous présentent une histoire par pays – Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Yémen, Syrie, Liban, Turquie, Iran, Irak - de cet « exode oublié ». Un exil dont les Juifs concernés ont longtemps occulté les circonstances effroyables, douloureuses, tragiques, caractérisées notamment par les dénaturalisations, les marginalisations, les spoliations, les exclusions, les expulsions, sous prétexte d’antisionisme.

Ces études comparatives révèlent « des parallèles transnationaux, des récurrences d'événements symptomatiques ». Shmuel Trigano a modélisé cet "ensemble de dispositifs juridiques, économiques et politiques", visant à isoler, marginaliser et exclure, voire expulser, les Juifs de la société : "dénationalisations, discriminations juridiques, isolement et séquestration des personnes, spoliations économiques, discriminations socio-économiques, événements pogromiques". Un "vrai "statut des Juifs" de facto", et de jure décidé par la Ligue arabe. Des violences sanglantes annoncées à l'ONU par un délégué égyptien le 24 novembre 1947.

Les raisons de cet exil méconnu et oublié de tant d'histoires officielles ? Le refus par les dirigeants du monde musulman de la recréation de l’Etat Juif, cette « rébellion contre l’islam » ; des pays arabes indépendants où l’islam devint religion d’Etat et « l’arabisme et le panarabisme furent relayés par l’islamisme et le panislamisme, après le court intermède du « socialisme arabe » ; la décolonisation menaçant les Juifs du retour au statut de dhimmis ; les liens entre des chefs de mouvements nationaux arabes, dont le grand mufti de Jérusalem Hadj Amin el-Husseini, et des dirigeants du Reich, tel Hitler.

Et les souvenirs de la dhimmitude en « terre d’islam » et de pogroms ayant marqué durablement les mémoires, tels ceux à Hébron et Safed en 1517, le Yagma el Gabireh (« grande destruction ») à Hébron le 24 juillet 1834, le pogrom à Shiraz (Iran) le 30 octobre 1910, le Tritel (pogrom antisémite) à Fès (17-19 avril 1912, 30 nissan 5672), « pogrom au nom du djihad » (Shmuel Trigano) - 27 victimes Juives, enfants et adultes, le pogrom, précédé le 3 août 1934 de violents incidents dans le Constantinois, du 5 août 1934, à Constantine (Algérie), sans intervention de l’Armée française, le farhud (ou farhoud), pogrom arabe et nazi à Bagdad (Iraq), en juin 1941, au cours duquel des foules arabes musulmanes ont tué 175 Juifs, blessé 1 000 Juifs et détruit 900 maisons Juives

Il convient d'ajouter les Juifs contraints de fuir la vieille ville de Jérusalem conquise par les forces Arabes pendant la guerre d'Indépendance de l'Etat d'Israël (1948), et ceux obligés de fuir d'autres Etats musulmans non étudiés, par exemple le Bahreïn, les entités musulmanes de l'ex-URSS (Asie centrale, Caucase), etc. L'histoire de ceux-ci est largement méconnue, voire ignorée, d'historiens souvent francophones.

Ce livre passionnant, émouvant, est indispensable pour comprendre un des contentieux, avec notamment la dhimmitude, du peuple Juif à l’égard du monde musulman. Et il est essentiel que ce différend soit inclus dans les négociations entre l'Etat d'Israël et l'Autorité palestinienne, et que l'histoire de ces communautés Juives intégrées honnêtement dans les manuels scolaires des pays Arabes ou/et musulmans concernés.
 
Addendum 
Le 24 juin 2014, la Knesset a approuvé la proposition de loi instituant la journée du 30 novembre en Jour marquant l'exil des Juifs des terres arabes et d'Iran (Day Marking the Exit and Deportation of Jews from Arab Lands and Iran), et présentée par les parlementaires Shimon Ohayon (Likud Beiténou) et Nissim Zeev (Shas).
Plusieurs ministres se mobiliseront : celui des personnes âgées dirigera la cérémonie ouvrant la commémoration, celui de l'Education encouragera des activités éducatives liées à ce Jour et celui des Affaires étrangères organisera des événements, dont certains se dérouleront dans les ambassades israéliennes, afin d'augmenter la prise de conscience internationale des Juifs réfugiés ayant quitté les terres arabes et l'Iran et leur droit à indemnisation. La Knesset tiendra une réunion spéciale pour marquer ce Jour.
Cette loi précise : ”Durant ce long exode, les Juifs vivant en terres arabes ont subi de nombreux pogroms. Le monde arabe a répondu gravement au renforcement du mouvement national Juif et au sionisme à la veille" du rétablissement de l'Etat d'Israël. "Cette opposition s'est exprimée par des attaques cruelles à l'égard des Juifs et une augmentation des troubles contre eux. Des ordres et lois officiels émis par les régimes des terres arabes ont empêché les Juifs de bénéficier des droits de l'homme ou de ceux des citoyens ainsi que d'avoir un travail, leurs biens leur ont été confisqués, leur nationalité leur a été retirée. De nombreuses fois, les Juifs sont été victimes de meurtres, d'arrestations arbitraires infondées, d'emprisonnements, de torture et de déportation. De 1947 à 1972, environ 856 000 Juifs des terres arabes ont été déracinés, dépossédés de tout et sont devenus des réfugiés". On ne peut s'empêcher de dresser un parallèle entre des actes infamants préjudiciables édictés contre ces réfugiés Juifs et ceux visant le Dr Krief depuis quelques années dans la France républicaine du début du XXIe siècle.
Le choix du 30 novembre pour marquer les "droits des réfugiés Juifs des terres arabes s'explique ainsi : "Après la partition décidée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 29 novembre", les Etats arabes ont attaqué activement les communautés Juives dans leur pays dans le but d'empêcher" la refondation d'un Etat Juif sur la terre d'Israël.
"Ce jour n’est pas défini par la catégorie de « Jour du souvenir/Yom Zikaron) mais sous un terme qui désigne une moindre importance. Tsyoune pourrait être traduit par « marquage », « indication »: « Jour pour marquer… » si une telle catégorie du souvenir existait. Cette gradation n’est pas dénue-ée de sens comme on le verra. L’événement commémoré est, par ailleurs, défini par la loi d’une double façon: « sortie » (yetsia) et « expulsion » (geroush)", explique Shmuel Trigano (21 décembre 2014).
Et de poursuivre : "Ce partage est crédible, et je l’ai défendu moi-même dans un ouvrage il y a quelques années , sauf que la notion de « sortie » suppose un choix volontaire , là où il faudrait parler d ‘ »exclusion », hadara, pour désigner un processus d’exclusion sociale, politique et économique des Juifs, les poussant nécessairement au départ. La disparition quasi totale d’une population juive dans les pays arabes contemporains est en effet l’indice d’une rupture sous le coup de la violence. Toutefois, ces deux termes n’expriment pas l’état de fait qui s’est alors installé. Nous n’avons pas encore de mot pour désigner l’éradication de communautés juives millénaires dans 10 pays, un terme qui désignera ce que l’histoire retiendra de cet événement.  » Destruction du judaïsme sépharade/ Heres yahadut sfarad »? Deux problèmes se posent, à ce propos, dans le formulé de la loi de la Knesset. La définition de la population qui a vécu cette épreuve reste problématique: « Juifs des pays arabes et d’Iran »: dès le départ, on observe que cette distinction n’a pas de sens sous le jour de l’islam, que partagent ces pays et qui permet de ne pas oublier un pays dans cette nomenclature, un pays qui n’est ni perse, ni arabe mais aussi musulman: la Turquie. En disant « Juifs des pays arabes et d’Iran », la loi définit en effet cette population par un référent externe à sa condition (arabe et Iran) et par l’oppression dont elle a été victime. Elle ne la définit pas comme un ensemble réel – ce que fut le peuple juif dans la conscience de l'exil », la galout. Cet ensemble a subi, certes, dans dix Etats différents, les mêmes avanies de l’histoire mais cette souffrance n’est pas à l’origine de son existence et de son identité. Les Juifs de ces pays avaient aussi conscience de leur destin commun, autant culturellement que politiquement. Nous en avons l’illustration, avant même la proclamation de l’indépendance de l’Etat d’Israël, en 1946, dans une déclaration très importante de l’ensemble des communautés sépharades, je dis bien « sépharades », sous la forme d’un memorandum présenté devant la Commission Anglo-américaine qui s’intitule « Memorandum des envoyés des communautés sépharades en Eretz Israel ». La loi de la Knesset de 2010 recense 3 caractères qui font un « réfugié » - une définition restrictive qui omet en particulier la Turquie :
« est réfugié juif » tout originaire des pays arabes et d’Iran qui réunit toutes les caractéristiques suivantes :
1) Citoyen d’Israël (a fortiori s’il était résident d’Eretz Israel avant la constitution de l’Etat) ;
2) Résident de l’un des pays arabes et d’Iran qu’il a quittés, entre autres, du fait de persécutions ou de sa judéité et où il fut privé de sécurité du fait de persécution ;
3) Qui a abandonné dans le pays de son origine les biens qui étaient en sa possession »
Le 10 décembre 2014, à 18 h 30, la salle des fêtes de la mairie du XVIIe arrondissement de Paris a accueilli la soirée Fragments de la mémoire sepharade (Testimony Film Screening) au cours de laquelle seront projetés les témoignages filmés recueillis par Hélène Trigano. Animée par Josiane Sberro, une table-ronde suivra sur Les réfugiés juifs du monde arabe,  entre mémoire et politique, avec  Georges Bensoussan, Daniel Sibony, Shmuel Trigano. 
Les anti-Israéliens multiplient les manifestations pour la Nakba. 

Le Centre Culturel et Communautaire Juif de Montpellier a présenté l'exposition Les réfugiés juifs du monde arabe. "Le 30 novembre a été décrété par l’Etat d’Israël Journée de commémoration de l’expulsion et de l’exode des Juifs des pays arabes et d’Iran. La terre d’Israël est le berceau du peuple juif depuis plus de trois mille ans. Depuis l’antiquité, les centres de civilisation juive se sont installés dans de nombreux territoires des régions adjacentes. Des communautés juives significatives existaient dans tout le Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, à la Babylonie, au Levant, dans la péninsule Arabique, au Yémen et dans la région du Golfe ; depuis plus de 2000 ans, des siècles avant l’avènement de l’Islam et la conquête arabe. En vertu de la loi islamique, les Juifs étaient considérés comme « dhimmi », citoyens de seconde zone, obligés de payer des impôts spéciaux, de porter des signes et des habits distinctifs et de subir d’autres décrets et législation discriminatoires. Là où le régime de la « charia » a été mis en oeuvre strictement, les orphelins juifs ont été pris par la force hors de leur communauté et convertis sous la contrainte. Avant le plan de partage des Nations unies, qui a appelé à la création d’un Etat juif aux côtés d’un Etat arabe en Palestine mandataire, le Comité politique de la Ligue arabe a rédigé une loi régissant le statut juridique des résidents juifs. Cette loi prévoyait que les comptes bancaires des Juifs des pays de la Ligue arabe devaient être gelés et utilisés pour financer la « résistance aux ambitions sionistes en Palestine» ; et que les Juifs – soupçonnés d’être des sionistes actifs – seraient internés en tant que prisonniers politiques et leurs biens confisqués. De tels actes de répression parmi d’autres encore ainsi que des violences d’État, ont précipité un départ en masse des anciennes communautés juives, souvent dans des circonstances économiques désespérées. Au total, plus de 850 000 Juifs ont été contraints de quitter les pays arabes, dans un processus d’expulsion et d’exode qui s’est poursuivi jusque dans les années 1970. Une exposition composée de 15 panneaux à voir du 4 au 17 janvier 2016, du lundi au jeudi de 12 h à 19 h, entrée libre". On ne peut que déplorer l'omission des Juifs contraints de fuir une partie de Jérusalem conquise par la Transjordanie et la Turquie.

Vernissage le 14 janvier 2016 à 19 h avec la projection du film The Silent Exodus, de Pierre Rehov. « Les réfugiés du silence » retrace "l’histoire du million de Juifs qui ont été contraints de fuir les pays arabes où leur famille était établie depuis des centaines, voire des milliers d’années. Ces personnes qui avaient été dépouillées de tous leurs biens avant leur départ. Ce qui fit d’eux des réfugiés. Bien qu’ils n’aient jamais demandé ce statut  et n’en aient jamais bénficié. Pas plus qu’ils n’ont reçu la moindre compensation. Pierre Rehov utilise des films et photos d’archives, souvent inédits. Il y mêle le témoignage de témoins qui sont, soit des personnalités connues, comme l’historienne Bat Yor, ou des personnes inconnues, qui ont souhaité s’exprimer pour la premire fois sur un sujet très douloureux. Deux Sénateurs américains prennent également la parole, ainsi que l’ancien Président américain Jimmy Carter, par exemple. Pierre Rehov, né à Alger, Algérie, est un réalisateur français résidant à New York se spécialisant dans le conflit israélo-arabe et de la psychopathologie terroriste. Licencié en droit. Journaliste puis producteur de films". Pierre Rehov a publié sur Youtube son remarquable documentaire sur cet exode.  

La valeur des avoirs - comptes bancaires, bijoux, maisons, terrains et entreprises personnels et communautaires (synagogues, centres, hôpitaux) - confisqués ou laissés par les Juifs fuyant ces pays, notamment en Iraq et en Egypte, s'élève à plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars.

Le 19 novembre 2017, de 19 h à 19 h 50, le mahJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) proposa Juifs d’Égypte, du Yémen, de Libye, d’Irak et du Maroc - Les Réfugiés oubliés (The Forgotten Refugees), de Michael Grynszpan (Israël, États-Unis, 2005, 49 min, VOSTF) en présence du réalisateur (sous réserve). Le film évoque plus de deux millénaires de présence juive au Moyen-Orient qui ont profondément imprégné les vies politiques et artistiques locales, mais se sont soldés par l’exode massif de ces « réfugiés oubliés » à partir des vagues nationalistes arabes des années 1930. Avant 1945, Palestine exceptée, plus d’un million de juifs vivaient dans le monde arabe. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quelques milliers".

Le 20 juin 2018, pour la Journée mondiale des réfugiés,  le mouvement anti-israélien BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) sudafricain a tweeté que les "Palestiniens sont le groupe au monde le plus important et souffrant depuis la période la plus longue". Il a illustré son twitt par quatre photos dont une prise en 1950 dans un camp israélien de transit accueillant des Juifs ayant fui ou été expulsés de pays Arabes et musulmans après la recréation de l'Etat Juif. Puis, ce twitt a été cité sur Twitter par le Congress of South African Trade Unions (COSATU), un syndicat d'Afrique du Sud qui n'a pas mentionné sa source. Une gaffe qui lui a valu les moqueries d'Internautes : "Thank you Cosatu for bringing to the world attention the plight of Jewish refugees exiled from their homes in the 40’s and 50’s. Truly doing good work!!”.


Sous la direction de Shmuel Trigano, La fin du judaïsme en terres d’islam. Ed. Denoël, 2009. 510 pages. 25 €. ISBN : 9782207261040.

Photo : John Phillips, Expulsion des habitants Juifs de la vieille ville de Jérusalem sous la menace de soldats jordaniens armés.  Photo publiée par Life Magazine en 1948.

Visuel :
Affiche Les Réfugiés oubliés (The Forgotten Refugees) de Michael Grynszpan
© DR

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été commandé et non publié par L'Arche. Il a été publié  en une version plus longue sur ce blog le :
- 20 septembre 2012 à l'approche de l'ouverture, le 21 septembre 2012, de la conférence The Untold Story of the Middle East, Justice for Jewish Refugees from Arab countries à New-York ;
- 2 novembre 2012 alors que le journal égyptien al-Ahram alléguait la saisine par les autorités égyptiennes de 13 cartons contenant des documents sur les biens des Juifs égyptiens des années 1940 aux années 1960 ;
- 28 février 2013 alors que deux films - une série télévisée qatarie, un documentaire égyptien - sont réalisés avec pour thème : les Juifs ayant vécu jadis dans le monde arabe ;
- 8 août 2013 alors que Ronen Bergman a listé les noms des propriétaires Juifs d'immeubles ou d'appartements place Tahir (Le Caire, Egypte) et dont ils ont été spoliés par Nasser (Yediot Aharonot, 12 juillet 2013). Un article traduit en anglais par le blog Jewishrefugees ;
- 17 février 2014. Le 17 février 1948, la Ligue Arabe a décidé que ses Etats-membres sanctionnent leurs populations Juives. Le 14 juillet 2013, à l'initiative du parlementaire Shimon Ohayon (Likud Beiténou), le Comité ministériel pour la Législation au sein de la Kensset a choisi le 17 février - date du plan arabe - comme Journée nationale de commémoration des Juifs réfugiés ayant fui leurs pays natals : Etats arabes, Turquie, Iran et partie de Jérusalem ;
- 27 juin 2014, 16 mai et 3 novembre 2015, 13 janvier 2016, 18 novembre 2017. 

lundi 30 juillet 2018

« Europa Europa » par Agnieszka Holland


Arte diffusera le 1er août 2018 « Europa Europa » (Hitlerjunge Salomon) par Agnieszka Holland. « Comment un jeune Juif a survécu à la guerre en endossant tour à tour l’uniforme russe, puis nazi... Une saga mise en scène avec brio par Agnieszka Holland et produite par Artur Brauner, figure du cinéma européen du XXIe siècle. »


« Allemagne, 1938. Après la terrible Nuit de cristal, au cours de laquelle leur fille a trouvé la mort, la famille Perel décide de retourner vivre à Lodz, d'où le père est originaire. Lorsque les troupes allemandes envahissent la Pologne, les deux jeunes fils, Isaak, et Salomon, 13 ans, sont envoyés par leurs parents vers l'Est. Séparé de son frère au cours du voyage, Salomon est recueilli dans un orphelinat russe, où il apprend à devenir un patriote soviétique. Mais lorsqu'en juin 1941 Hitler rompt le pacte conclu avec Staline, l'orphelinat est pris d'assaut, et Salomon est capturé par la Wehrmacht. Refusant le sort réservé aux Juifs et aux communistes, immédiatement passés par les armes, Salomon se fait passer pour un Allemand de souche, retenu prisonnier en Russie. Vite repéré pour sa maîtrise du russe et du polonais, il devient la mascotte de son régiment. Devenu Joseph Peters, après un fait d'arme involontaire au front, il est choisi pour intégrer l'Institut des jeunesses hitlériennes, une école d'élite réservée aux futurs cadres du régime nazi… »

Inspiré de l'autobiographie de Salomon Perel, devenu Sally Perel en Israël, où il fit son aliyah à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et combattit lors de la Guerre d'Indépendance, Agnieszka Holland (Sacrifice) "met en scène avec brio son odyssée dans l'Europe ravagée ». 

« Accueilli avec enthousiasme à sa sortie dans de nombreux pays, le film a été au centre d'une vive controverse, notamment à cause de l'image négative qu'il renvoie des Allemands, tous ou presque présentés comme des êtres mauvais et cruels. Une illustration, pour la cinéaste polonaise, des difficultés de l'Allemagne, à l'époque, à assumer son tragique passé ».

En 1991, le film a été sélectionné pour l’Oscar du Meilleur scénario adapté. Curieusement, l'Allemagne ne l'a pas proposé pour concourir dans la catégorie du Meilleur film étranger, alors qu'il était un succès commercial en Allemagne et aux Etats-Unis. Ce qui a dépité son producteur Artur Brauner, rescapé de la Shoah.

Arte le diffuse dans le cadre d’une soirée en hommage au producteur allemand juif Artur Brauner.


« Europa Europa  » par Agnieszka Holland
Allemagne, France, Pologne, 1990
Image : Jacek Petrycki
Montage : Ewa Smal, Isabel Lorente
Musique : Zbigniew Preisner
Production : Central Cinema Company Film, Les Films du Losange
Producteur/-trice : Artur Brauner, Margaret Ménégoz
Scénario : Agnieszka Holland
Acteurs : Marco Hofschneider, Marta Sandrowicz, René Hofschneider, André Wilms, Hanns Zischler, Julie Delpy
Auteur : Sally Perel
Sur Arte le 1er août 2018

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Les citations proviennent d'Arte.

L’ALAT propose une carrière militaire... sous les cocardes et sous les rotors


L’ALAT (Armée de l'Air de l'Armée de Terre) a fêté ses 60 ans au salon Eurosatory qui organisa le 17 juin 2014 un colloque sur l'aérocombat dans les engagements récents et les hélicoptères, systèmes d'armes modernes. Elle avoisinait « 4 500 personnels répartis en officiers, sous-officiers et militaires du rang ». Elle vivait des mutations décisives : harmonisation avec les formations aéronautiques civiles européennes dans le cadre des JAR-FCL 2, affinement de sa doctrine d’emploi, renforcement de son caractère interarmées, arrivée du Tigre en 2003 et du NH 90 en 2011, formation au Tigre à l’Ecole Franco-allemande, etc. Elle conjugue passion aéronautique et aspiration à servir son pays. Enquête réalisée en 2002. Le 11 juillet 2018 a été publié le rapport d'information de Dominique de Legge fait au nom de la commission des finances au résumé alarmant : "Le parc d'hélicoptères des armées : une envolée des coûts de maintenance, une indisponibilité chronique, des efforts qui doivent être prolongés".

Jean Boulet (1920-2011), émérite pilote d'essai sur hélicoptère
L’ALAT propose une carrière militaire... sous les cocardes et sous les rotors
« Les drones, un usage controversé » par Peter Yost

« La justification de l’ALAT, c’est d’utiliser la troisième dimension dans un contexte de tactique terrestre. Sur les 700 hélicoptères de l’Etat, le Contrôle Général des Armées a recensé 463 hélicoptères à l’ALAT - ce nombre atteindra 410 -, 95 dans la Marine, 83 dans l’Armée de l’air et une quarantaine dans la gendarmerie », résume le général Ladevèze, commandant l’ALAT. Celle-ci forme les pilotes des trois Armées, de la gendarmerie, des Douanes et de la Sécurité civile.

Un recrutement dual sélectif
C’est le Centre de Sélection et d’Orientation (CSO) qui filtre les sous-officiers.
« Tous statuts confondus, le recrutement couvre un spectre de 17 ans - futurs sous-officiers pilotes à l’ENSOA (Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active à Saint- Maixent) - à 34 ans. Avoir le Bac est la condition préliminaire. Indispensable, l’agrément technique de l’ALAT comporte un volet technique à Vincennes et un volet médical à l’hôpital parisien Percy. A Vincennes, on prononce un pronostic de réussite en formation-pilote, complété par l’examen médical d’admission au titre de la spécialité de pilote effectué au CPEMPN (Centre Principal d’Expertise Médicale du Personnel Navigant). Un candidat sur huit est retenu. L’objectif est que le taux d’échec au stage de l’EAALAT (Ecole d’Application de l’ALAT) à Dax soit inférieur à 10%. Il est de 6-7% », explique le lt-col. Vaute, chef de la section Sélection de l’ALAT.
Outre les tests de personnalité - sociabilité, équilibre psychologique, réactivité -, et de connaissances, ceux psychométriques apprécient les facultés de raisonnement, de représentation mentale et d’orientation spatiale.
Les candidats pilotes passent des tests de psychomotricité : sur une plate-forme d’hélicoptère, sont mesurées « la coordination, la dissociation de l’attention, la combativité et la gestion de l’effort dans la durée ».
Des entretiens avec un officier pilote et/ou un psychologue complètent le dispositif.

Pour les sous-officiers (pilote, observateur météo, contrôleur de sécurité aérienne), majoritaires à l’ALAT, cette sélection intervient avant examen de leur dossier en Commission, modalité d’accès à Saint-Maixent. Après une scolarité de sept mois, ils signent un contrat de cinq ans (dix ans pour les pilotes).

Pour les officiers, distinguons trois voies.
Tout d’abord, les jeunes de 24-25 ans, à Bac + 2-3, veulent devenir pilotes et postulent comme OSC (Officier Sous Contrat). Chaque année, l’ALAT recrute 5-6 OSC signant pour 15 ans.
Puis, les Saint-Cyriens de 22-23 ans passent les épreuves de cet agrément pour pouvoir choisir éventuellement l’ALAT (une dizaine de places par an).
Enfin, par la voie semi-directe précoce des sous-officiers de 26-27 ans entrent par concours à l’Ecole Militaire Interarmes (EMIA) au cursus de deux ans, et celle tardive : des sous-officiers de 30-35 ans sont promus officiers des Ecoles d’Armes.

De la sélection à la formation continue, est détectée la capacité à progresser.

L’EAALAT
L’EAALAT est implantée dans deux sites principaux, Dax et Le Luc en Provence. Le troisième site est le Centre de Vol en Montagne (CVM) de Saillagouse. L’objectif : former 100 pilotes par an, dont 70 pour l’ALAT.

Après un stage de quatre mois à Coëtquidan, les OSC suivent un stage-pilote avec les officiers à Dax, base chargée de la formation initiale. Le stagiaire acquiert les techniques de pilotage - vol aux instruments de jour/nuit (10 h de tenue machine), prise en compte de l’environnement météo, circulation et réglementation aériennes -, les notions d’équipages et de missions, la discipline militaire, et la pratique des sports. Après quatre mois de cours théoriques, il effectue son premier vol. Le nombre d’heures de formation théorique est de 550. Celui d’heures de vol s’élève à 120 h, dont dix heures de vol solo, ce qui mûrit le pilote. Le stage dure quarante semaines. Les sous-officiers pilotes se spécialisent ensuite au Cannet des Maures (Var) en hélicoptères Légers ou de Manoeuvres. A Dax, sont formés aussi les moniteurs en stages de dix semaines.

Au Luc en Provence : c’est « la formation dans le domaine tactique, de l’emploi et de la mise en œuvre des systèmes d’armes, et au vol IR ». Vocation est à « l’apprentissage du combat aéromobile, à la formation avancée des équipages à leurs systèmes d’armes (130-140 heures de vol) - i.e. un appareil armé, Gazelle-reconnaissance, Gazelle de combat air/air (canons ou missiles), Gazelle d’appui-destruction essentiellement à vocation anti-char, et hélicoptère de manoeuvres, transport tactique ou Utilities Helicopters - et dans lequel le vol tactique est nécessaire ». Les techniques sont sophistiquées : vol de combat dans le terrain, vol avec Jumelles de Vision Nocturne (JVN), tir de nuit avec caméra thermique Viviane et tir air-air. Sur hélicoptères léger ou de transport, en appui protection, jour/nuit. Les vols avec JVN sont fatigants pour les équipages. Pour les officiers, le stage dure 11 mois. Pour les sous-officiers, celui de pilote de combat dure neuf semaines. Il peut être suivi par un stage, selon la filière, d’une durée maximale de trente-trois semaines.

L’EAALAT compte une centaine d’appareils, « répartis pour moitié dans chaque base selon la formation initiale ou spécialisée : à Dax, la Gazelle SA 341, un monomoteur simple et fiable, et au Luc des hélicoptères plus diversifiés. La base du Luc recourt à tous les appareils en service dans l’ALAT, sauf le Cougar : le Puma pour la formation sur hélicoptère de transport tactique et celle IR, le Fennec pour celle IR essentiellement et les différents types de Gazelle - Canon, AATCP (Air Air Très Courte Portée), caméra thermique Viviane -, pour celles « systèmes d’armes », tactique et JVN. Car l’ALAT a peu de Cougar et il s’agit d’une extension de la qualification sur Puma. Les pilotes apprennent sur manuels et simulateurs et effectuent le vol de validation sur Cougar dans un régiment », note le col. Tissot, directeur Général de la Formation à l’EAALAT.

Il poursuit : « L’EAALAT ne réalise que 5% des heures de formation sur simulateur en raison de la spécificité du vol en hélicoptère : celui-ci et son environnement sont difficilement modélisables. A partir de 2003, grâce aux progrès technologiques et en concordance avec les normes JAR-FCL 2 (Joint Aviation Requirements Flight Crew Licensing, 2 pour hélicoptère), seront mis en place des simulateurs adaptés. Ce qui devrait porter ce ratio à 20-25%, et vers 2015 à 50% avec l’arrivée des Tigre et NH 90. Cela sera sensible dans le domaine de la formation tactique (avec EDITH, Entraîneur Didactique Interactif Tactique pour Hélicoptère). En formation initiale, les JAR-FCL 2 pourraient autoriser 1/3 des heures du stage CPL (Commercial Pilot License) sur simulateur ». Depuis septembre 2000, les pilotes sont formés selon ces normes dont l’entrée en vigueur est prévue pour 2002-2003.

L’Ecole Franco-Allemande formera à Fassberg (Allemagne) les mécaniciens, et au Luc les moniteurs, puis les pilotes du Tigre. Les cours communs seront dispensés en anglais, et ceux sur les systèmes d’armes français et allemands dans la langue nationale.

Carrières et emplois
« Ce qui caractérise l’ALAT, c’est un esprit alliant les exigences opérationnelles de l’Armée de terre et la fraternité aéronautique : la cellule de base est l’équipage de 2-3 hommes, dont un mécanicien-navigant pour le Cougar, puis la patrouille (2-3 appareils), l’escadrille (dizaine d’appareils, 40 personnes), le régiment (800-1 000 personnes). Donc une solidarité de fait, renforcée, car souvent ceux envoyés en opérations vivent ensemble 4-6 mois. C’est une communauté de destins entre échelons. Le pilote-soldat est ambivalent : s’il vit en temps de paix sur une base, il a vocation à travailler n’importe où, parfois en longue durée, dans des conditions rustiques, extrêmes, voire hostiles, loin de sa famille », expose le gal Ladevèze. Après l’EAALAT, pour 90% d’entre eux, les pilotes sont affectés dans un Régiment d’Hélicoptères de Combat (RHC), sur le système d’armes choisi. Certains le sont dans des unités particulières : escadrilles de montagne à Gap, escadre de liaison à Rennes et escadrille à Compiègne.

« Il y a deux rythmes de carrière différents avec des possibilités d’avancement sensiblement égales. Certains officiers ont une mobilité rapide (2-3 ans dans une garnison) : jusqu’au grade de capitaine, ils sont dans des unités de contact, puis servent dans les états-majors ou à l’encadrement supérieur de ces unités. D’autres, les experts sont spécialisés dans un savoir-faire pendant une grande partie de leur carrière, en fait la seconde : ils donnent la continuité indispensable à des programmes. Un pilote ou un ingénieur d’essais reste souvent dans sa spécialité », observe le gal Ladevèze. Sans être un CEV, le GAMSTAT (Groupement AéroMobile du Service Technique de l'Armée de Terre) mène des études, dialogue avec les industriels, assure une veille technologique, valide les caractéristiques et éclaire le commandement. Ses experts doivent « rester dans la logique de stricte suffisance, en assurant un compromis entre l’idée et le besoin ».

« Après l’EAALAT, l’officier est affecté en régiment pendant quatre ans, passe l’apprentissage de chef de patrouille avant de suivre le cours de commandant d’unité, ce qui déterminera sa désignation éventuelle à la tête d’une escadrille. Mille heures sont exigées pour rendre cette expérience profitable et lui permettre de s’imposer comme chef. On commande en moyenne à 30 ans », expose le col. Tissot. Le lieutenant est promu capitaine automatiquement après quatre ans d’ancienneté dans son grade, et sa promotion au choix comme commandant a lieu après cinq-neuf ans d’ancienneté dans son. Les officiers entrent à l’Ecole d’Etat-Major (Compiègne), puis sur concours à l’Ecole de guerre, ensuite au Collège Interarmées de Défense (Paris) pour apprendre à commander des RHC. Enfin, the happy few suivent les cours de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN) et de l’Ecole du CHEM (Cours des Hautes Etudes Militaires), à l’Ecole Militaire.

« Le sous-officier reste 5-8 ans dans la garnison, ce qui signifie 2-3 mutations dans sa carrière. Aux ordres d’un chef de bord, c’est un spécialiste dans une escadrille. Il démarre comme sergent-pilote, ou maréchal des logis ». Par des stages à l’EALAT, après environ six ans d’expérience et mille heures de vol, il peut devenir chef de bord (BSTAT), moniteur ou chef de patrouille, et « accéder au corps des officiers par plusieurs voies : vers la trentaine, celle d’officier des Armes, à statut particulier qui lui interdit d’accéder aux plus hauts échelons de la hiérarchie. Dans la catégorie des OSC, il peut accéder au corps des officiers par le contrat de spécialité d’une durée maximale de vingt ans », décrit le gal Ladevèze.

Enjeux et perspectives
Le taux de disponibilité s’élève à 65-70%. L’ALAT offre environ 170 h d’entraînement. Son but ? Atteindre vite 180 h. 2002 devrait concrétiser ses efforts.

« On va passer au Cougar MK 2 plus, qui demande un entraînement suivi, sur simulateur régulièrement. Avec le Tigre, un système d’armes complet, c’est la technicité équivalente à celle du Mirage 2000, du Rafale par certains aspects, et du Cougar MK 2. Cela implique un entraînement continu sur appareils d’armes et de complément et simulateurs. L’ALAT a autorisé un type de vols de combat de nuit, où sur un trajet court et bien reconnu, on peut descendre à 5-10 m du sol pour des approches finales de cibles, à 10 km de l’objectif. Le NH 90 aura notamment un Flir, une caméra thermique de pilotage permettant de s’infiltrer très bas. Après la Marine (2005) et l’Allemagne (vers 2005), l’ALAT devrait disposer en 2011 du NH 90 qui apporte des automatismes similaires à ceux d’avions de transport sophistiqués, est en plus adapté au travail tactique, et a des commandes électriques. Il nécessite aussi un entraînement suivi pour maîtriser la complexité des système de gestion de mission, i.e. l’intégration des appareils et formations dans l’environnement aéroterrestre, avec des contraintes fortes et la gestion de la troisième dimension », prévoit le gal Ladevèze.

La reconversion professionnelle
« Tout militaire ayant quatre ans de service et quittant définitivement les Armées peut bénéficier de congés de conversion d’une durée maximum de 12 mois pour suivre les actions de formation adaptées à son projet professionnel, et d’une. phase de préparation, d’information, complétée par un bilan d’orientation qui vise à élaborer son projet professionnel. Validé par des professionnels, celui-ci détermine l’aide nécessaire : stages de formation, d’accompagnement, intégration d’entreprise, etc. » (loi de 1996). Quand l’aide est d’accompagnement, ce congé dure au maximum six mois. Quand elle vise un changement d’orientation qui requiert une formation, à ce congé de douze mois au maximum peut s’associer une aide financière de 7 625 € en-deçà de vingt-cinq ans de service, et de 4 575 € au-delà.

Les secteurs de reconversion ? L’aéronautique civile -, comme pilote, instructeur, mécanicien, logisticien, etc. -, les assurances, etc. Placide, le général Ladevèze conclut : « On a assisté à toutes sortes de reconversions, la plupart du temps très réussies ».

Crash en 2017
Le 2 février 2017, deux hélicoptères militaires Gazelle de l’école d’aviation du Cannet-des-Maures se sont écrasés près du lac de Carcès, à proximité de Saint-Tropez. Les cinq soldats à leur bord sont morts : "les  trois instructeurs de l’EALAT morts sont le lieutenant-colonel Stéphane Chaon, 44 ans, le capitaine François Mille, 35 ans, et le capitaine Patrick Vasselin, 52 ans. Les deux stagiaires du 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales (RHFS) de Pau disparus sont le capitaine Quentin Gibert, 29 ans, et le lieutenant Sébastien Grève, 30 ans. Tous mariés, ils laissent derrière eux onze enfants". Florence Parly, ministre des armées s’est rendue sur place. "Créée en 1957, la base du Cannet-des-Maures accueille aujourd’hui une des implantations de l’école de l’aviation légère de l’armée de terre. Elle regroupe l’état-major de l’école et trois centres de formation, dont la base école Général-Lejay".

Problèmes
En 2017, des articles ont révélé la vétusté des appareils militaires français. 

Le 11 juillet 2018 a été publié le rapport d'information de Dominique de Legge fait au nom de la commission des finances au résumé alarmant : "Le parc d'hélicoptères des armées : une envolée des coûts de maintenance, une indisponibilité chronique, des efforts qui doivent être prolongés". "Alors que les crédits consacrés au maintien en condition opérationnelle (MCO) des hélicoptères des armées ont crû de plus de 56 pour cent entre 2009 et 2017, seul un aéronef sur trois est disponible.
Sur un parc total qui comprenaient 467 hélicoptères en 2017, 161 appareils étaient ainsi immobilisés dans l'industrie et 135 dans les forces.
Les causes de cette indisponibilité sont multiples : une organisation du MCO des aéronefs complexe, un parc très hétérogène, des règles de navigabilité parfois inadaptées et excessives, des besoins structurels de maintenance aggravés par l'intensité des déploiements en opération extérieure, des défaillances de la chaîne logistique, etc.
Si des initiatives ont été prises ces dernières années, avec le lancement d'un « plan d'actions hélicoptères » (PAH) en 2014 et la réforme du MCO aéronautique en 2017, Dominique de Legge, rapporteur spécial des crédits de la mission « Défense » estime que ces efforts doivent être prolongés.
Dans cette perspective, il formule quatorze recommandations s'articulant autour de trois axes :
- améliorer le pilotage financier du MCO ;
- renforcer l'efficacité du soutien opérationnel ;
- faire évoluer les relations avec les industriels".

Articles sur ce blog concernant :
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Cet article a été publié dans le n° 569 d'Aviasport d'avril 2002, et sur ce blog le :
- 17 novembre 2012 alors que des milliers de postes sont à pourvoir dans l'aéronautique, qu'un excès de règlementation  bureaucratique européenne pénalise l'aviation française ;
- 17 juin 2014 et 18 août 2017, 3 février 2018.

vendredi 27 juillet 2018

L'épopée du canal de Suez. Des pharaons au XXIe siècle


L’Institut du monde Arabe (IMA) présente l’exposition « L'épopée du canal de Suez. Des pharaons au XXIe siècle ». L’histoire de la voie qui relie Port-Saïd sur la mer Méditerranée à la ville de Suez sur le golfe de Suez (partie au nord de la mer Rouge), en évitant de contourner l’Afrique : percement (1859-1869), rôle de Ferdinand de Lesseps, nationalisation de la compagnie du canal, guerres en 1956 et 1967, réouverture et agrandissement...
« Un peu d’imagination est un bon levain pour la lourde patte des entreprises humaines. »
Ferdinand de Lesseps
« Il n’y a pas plus Canaliste que moi, mais je veux que le Canal soit à l’Égypte et non pas l’Égypte au Canal. »
Le Khédive Ismaïl


Après « Osiris, mystères engloutis d’Égypte », l’Institut du monde Arabe (IMA) présente l’exposition « L'épopée du canal de Suez. Des pharaons au XXIe siècle  ».

« Le premier Canal a été creusé dix-huit siècles avant notre ère. Le 5 août 2015, en assistant aux côtés des présidents des républiques de France et d’Égypte à l’inauguration du doublement du Canal de Suez, je pensais que peu de pays ont, sur une aussi longue durée, pu étonner le monde par le gigantisme de leurs réalisations, à tel point que le mot pharaonique est entré dans l’usage courant pour qualifier tout ce qui est plus grand que la norme… Le Canal [a été] commencé par Sésostris III dix-huit siècles avant notre ère pour unir, en passant par le Nil, la Méditerranée à la mer Rouge, l’Occident et l’Orient. « L’Association des amis du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez » qui gère le patrimoine culturel de l’ancienne compagnie internationale, nous a apporté un soutien total. Notre exposition ne montre pas une histoire française du Cferanal mais une histoire véritablement franco-égyptienne, comme peuvent le faire deux peuples amis, quelles qu’aient pu être les divergences du passé. On partagea de grands moments, comme celui de l’inauguration par le Khédive Ismaïl en présence de l’Impératrice Eugénie d’une œuvre qui symbolisait le renouveau de l’Égypte. On s’affronta aussi, comme en 1956 lors de l’agression conduite par la France, le Royaume-Uni et Israël à la suite de la nationalisation du Canal par le président Nasser », a écrit Jack Lang, président de l’IMA.

L’IMA « retrace l’une des plus passionnantes entreprises humaines : l’Épopée du Canal de Suez. Des Pharaons à Ferdinand de Lesseps, du projet de Bonaparte à la nationalisation sous Nasser, cette saga extraordinaire de plus de 4000 ans est mise en scène dans une exposition-événement réunissant les personnalités puissantes, les défis surhumains, les anecdotes, les temps forts qui ont ponctué l’histoire singulière de ce lieu symbolique, jonction entre trois continents : l’Asie, l’Afrique et l’Europe ».

« Raconter cette histoire, c’est montrer l’Histoire du monde et des grandes civilisations qui se sont alliées et confrontées sur ce point névralgique du commerce entre les hommes, entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest. C’est aussi faire voir la renaissance à la fois politique, économique et culturelle du plus vieil État du monde ».

« Objets archéologiques, maquettes, photographies, films d’époques… ponctuent le parcours qui déroule l’Histoire de l’Égypte et celle du monde dans cette exposition fleuve qui part des Pharaons pour entraîner les visiteurs jusqu’aux tous derniers travaux contemporains d’extension et de dédoublement » au XXIe siècle.

« Suivant un principe cinématographique, l’exposition propose une entrée en matière directe et immersive au visiteur en le plongeant au cœur de l’inauguration de 1869, puis lui fait remonter le temps en reprenant le développement historique de cette épopée ».

Déjà les Pharaons… (1850 av. J.-C.)
« C’est le Pharaon Sésostris III qui, en reliant le Nil à la Mer Rouge, va le premier, 18 siècles avant notre ère, rendre la navigation possible entre la Méditerranée et les mers du Sud. Ce Canal antique, ensablé parfois, régulièrement remis en état, va continuer à exister pendant plus de 20 siècles. Après qu’il soit devenu inutilisable, de nouveaux projets apparaissent à Constantinople ou à Venise, sans parvenir à voir le jour ».

« Le canal des pharaons reliait la Mer Rouge au Nil à la hauteur à l’actuelle ville du Caire, de manière, à utiliser la navigation sur le Nil. Le musée historique de Suez montre la reconstitution d’un voilier antique qui pouvait emprunte cette voie navigable. Ce voilier mesure 17 m de long, 5 m de haut et 5 m de large. Soit un volume de 400 m3 permettant le transport de 300 tonnes de marchandises. »

« La navigation fluviale a alors remplacé le transport à dos d’âne (le chameau n’arrive en Égypte qu’au début de l’ère chrétienne). Elle représente une véritable révolution dans le commerce : un âne transporte 100 kilos, un voilier 300 tonnes soit 300 000 kilos. Donc un voilier représente les capacités de 3000 ânes ! »

L’exposition « présente les œuvres antiques qui montrent l’importance du Canal pour l’Égypte : une histoire qui n’a cessé de façonner ce bout de Canal. Grâce à de nombreuses maquettes, le visiteur découvre ce que fut l’audace de ce chantier pharaonique pour lequel des machines sont inventées et mises pour la première fois à l’essai ».

Des pharaons à Venise (-1850 - +1505)
« L’idée de relier la Méditerranée et la mer Rouge remonte aux pharaons. Sésostris III (1878-1762 avant J.-C.) fait relier la mer Rouge au Nil, à Zagazic, dans le delta du Nil, au nord du Caire. Les voiliers mesurent entre 10 et 20 m de long ».

« Une stèle atteste que Darius, l’empereur de Perse, occupant de l’Égypte entre 521 et 486 avant Jésus-Christ, a achevé sa construction et veillé au bon entretien du Canal qui tend à s’ensabler. »

« Le Canal est de nouveau restauré par Ptolémée II vers 250 avant J.-C. »

« Au cours des mille années qui suivent, il est successivement modifié, détruit et reconstruit, notamment par Amru ben al-As en 640, et devient le « Canal du Commandeur des croyants ».

« Il est finalement détruit au VIIIe siècle par le calife Al-Mansur qui veut fermer les accès à la ville de Médine. »

« Au début du XVIe siècle, Venise est confrontée à la concurrence des Portugais dans le commerce avec l’Orient. Vasco de Gama a en effet découvert en 1498 une nouvelle route contournant l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Les Portugais évitent ainsi de payer les taxes du sultan d’Égypte pour le commerce et le transport des épices ».

« La république de Venise a l’idée de creuser un Canal reliant la Méditerranée et la mer Rouge et envoie en 1504 son envoyé auprès du sultan, mais sans succès ».

« En 1586, un projet entrepris par le sultan de Constantinople est abandonné faute de moyens.

Vers l’Égypte moderne, ou quand le rêve se fait réalité (1797-1849)
« Le Canal de Suez est un projet égyptien parce qu’il prend place dans une Égypte en renaissance ».

« Après avoir été confrontée à la modernité européenne par Bonaparte, l’Égypte reprend vie à partir de 1806 sous le règne de Méhémet Ali et de ses descendants ».

« En 1798, Bonaparte débarque en Égypte. Les ingénieurs qui l’accompagnent étudient la possibilité de percer l’isthme de Suez sans passer par le Nil. Une première simulation de tracé est effectuée ».

« L’idée se poursuit après 1820, avec l’appui des partisans du saint-simonisme. »

« Plusieurs projets de Canal sont présentés aux Égyptiens au début des années 1830, notamment par Prosper Enfantin, ingénieur et économiste français. »

« Le vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, veut « occidentaliser » l’Égypte mais n’est pas intéressé. »

« Les saint-simoniens poursuivent néanmoins le projet et créent en 1846 une Société d’étude pour le Canal de Suez qui démontre que le niveau des deux mers à relier est équivalent, contrairement aux estimations faites en 1798. La différence est si faible qu’un Canal sans écluse devient possible. »

Méhémet Ali « était réservé à l’idée de s’engager dans la construction du Canal de Suez. Il craignait notamment que cette entreprise n’entraine des complications dans les relations entre l’Égypte et les puissances européennes ».

A la mort de Méhémet Ali, « le pouvoir échoit à Saïd Pacha qui n’éprouve pas les mêmes réticences et fait toute confiance à son ami Ferdinand de Lesseps. »

« Ferdinand de Lesseps a commencé une carrière de diplomate avant de devenir le créateur de la compagnie universelle de Suez, et l’homme d’affaires qui a su construire le Canal. Jeune consul de France à Alexandrie, il se lie d’amitié avec le jeune Saïd Pacha dont on dit qu’il fut notamment le précepteur. »

La « construction du Canal tient beaucoup à cette amitié. Elle a été aussi favorisée par un autre ami de Ferdinand de Lesseps, l’émir Abdelkader qui après avoir été emprisonné, est libéré par Napoléon III en 1851 et part en exil à Damas où il sauvera des milliers de chrétiens lors des massacres de 1860. »

Le Canal au cœur des convoitises (1854-1882)
« La nouvelle dynastie, de plus en plus indépendante de l’empire ottoman, modernise le pays à tour de bras en faisant venir des experts français ».

« Parmi ces experts, Ferdinand de Lesseps, un personnage inclassable, diplomate, aventurier de génie, va porter à bout de bras un projet déjà étudié par les ingénieurs de Bonaparte, sur des plans dessinés par l’ingénieur italien Luigi Negrelli (1799-1858), puis par les Saint-Simoniens, mais face auquel Méhémet Ali était resté très méfiant : celui d’un Canal de pleine mer traversant l’isthme de Suez ».

« En 1854, le vice-roi Saïd Pacha décide le lancement d’un projet dont la réalisation est confiée au Français Ferdinand de Lesseps ».

« Ferdinand de Lesseps et Saïd Pacha, souverain moderniste d’Égypte et petit-fils de Méhémet Ali qui a hérité des pouvoirs de son grand père, se lancent seuls dans l’aventure qui se poursuivra jusqu’en 1869 sous l’impulsion du Khédive Ismaïl Pacha, son neveu, qui lui succède en 1863. L’Égypte est en marche vers le progrès ».

« La Compagnie universelle du Canal maritime de Suez de Ferdinand de Lesseps construit le Canal entre 1859 et 1869.Des centaines de milliers d’Égyptiens participent à la construction du Canal dans des conditions extrêmement éprouvantes, et plusieurs dizaines de milliers meurent, principalement du choléra ».

« Le creusement du Canal est évoqué dans l’exposition par les nombreuses archives de l’Association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez : sculptures, photographies, plans, gravures, peintures, dessins… »

« La construction du Canal ne tarde pas à créer des tensions. Les Britanniques s’opposent à sa réalisation, qui renforcerait l’influence française sur cette région située sur la route des Indes. Les Anglais font arrêter les travaux à plusieurs reprises : en octobre 1859 avec l’appui de l’Empire ottoman, puis à la mort de Saïd Pacha en 1863. Ismaël Pacha reprend la construction grâce au soutien de Napoléon III. »

La « percée dans le désert que fut le Canal à ses débuts est représentée par un plan-relief créé pour l’exposition universelle de 1878, mais aussi par des modèles réduits des machines et des bateaux de l’époque, des gravures et des photographies, en même temps que des films qui reflètent la vision contrastée que les Égyptiens et les Européens se feront beaucoup plus tard de cette réalisation. »

« À la fin des travaux, l’Égypte détient 44 % du capital de l’entreprise, le reste étant détenu par 21 000 actionnaires français. »

« Ismaël Pacha veut faire de l’inauguration du Canal de Suez en 1869 un événement mondial. Il engage une rénovation complète de la ville du Caire sur un modèle européen, passe commande de la construction d’un opéra… L’opéra ne sera prêt qu’en 1871… »

« Le sculpteur Bartoldi , amoureux de l’Égypte, partage cet enthousiasme et imagine une sculpture colossale marquant le débouché du Canal dans la Mer Rouge à Suez. Bartoldi fait l’esquisse d’une paysanne égyptienne drapée dans ses voiles et tendant un flambeau au bout de son bras. Et le projet de sculpture sera abandonné… Mais rapidement repris par Bartoldi pour en faire la statue de la Liberté offerte par la France à la ville de New York. Ainsi en va-t-il du destin des grandes idées ». Les historiens sont partagés sur le modèle du visage de cette statue. Pour certains, le sculpteur s’est inspiré de sa mère, de déesses antiques, ou aurait opéré une synthèse entre plusieurs visages de femmes. Selon Nathalie Salmon, l’Américaine Sarah Coblenzer, future épouse de l’ami et fondé de pouvoir Adolphe Salmon, a posé pour le sculpteur lors d’un séjour en Europe ».

Le « Canal est officiellement inauguré le 17 novembre 1869 par l’impératrice Eugénie ».

« 1869 : le Khédive Ismaïl accueille pour l’inauguration du Canal de Suez des représentants de toutes les familles royales d’Europe, des envoyés du Sultan, mais également l’empereur d’Autriche et surtout l’hôte d’honneur, l’impératrice Eugénie ».

« C’est sur cette scène grandiose – présentée à la fois par des tableaux, de vastes écrans animés et un diorama que débute l’exposition, au son des trompettes d’Aïda (opéra commandé par le Khédive à Verdi pour l’occasion). Le Canal ouvert à la circulation, Le Caire rénové sur le modèle d’une ville européenne : la renaissance égyptienne est en marche. Le Canal de Suez rentre de plain-pied dans l’Histoire. Une histoire qui a débuté près de 4000 ans plus tôt. »

« Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III, est apparentée à la famille de Ferdinand de Lesseps. L’inauguration du Canal est pour ce dernier une réussite française. L’empereur « souffre de la maladie de la pierre et ne peut guère se déplacer. C’est donc Eugénie qui est chargée de présider les manifestations de l’inauguration ».

« Le voyage de l’impératrice prend des couleurs très politiques. Elle embarque à bord d’un navire à vapeur dénommé l’Aigle, par référence à Bonaparte encore si présent en Égypte. Elle est reçue en grandes pompes par le sultan à Constantinople. Son navire va précéder le cortège des cent bâtiments qui vont d’abord se réunir à Port Saïd le 15 novembre 1869 avant de joindre Ismaïlia le 17 novembre, puis Suez le 19 novembre. Elle va, au préalable, faire une excursion à Louxor accompagnée par Mariette, le grand égyptologue. Elle logera dans un palais de style arabe, composé de structures de fonte coulées en France et transportées par voie maritime. Ces morceaux d’architecture sont actuellement visibles dans l’hôtel Marriott du Caire. Quelques mois plus tard, l’Empereur français est battu à Sedan par les Prussiens ».

« Les Anglais ne voient pas le Canal d’un très bon œil car il risque, pensent-ils, de les priver du contrôle de la route des Indes. La reine Victoria ne viendra pas ».

« Le Khédive a trop dépensé et devra bientôt céder ses actions de la compagnie de Suez… »

« Tout de suite après cette inauguration, le Canal devient le cœur des rivalités franco-anglaises ».

« En 1875, l’Égypte, dont le budget est devenu déficitaire, doit vendre ses parts au Royaume-Uni qui retrouve son influence sur la route des Indes ».

« À l’époque d’optimisme où Ismaïl Pacha croit pouvoir dire que son pays « n’est plus en Afrique mais en Europe » va succéder une période plus noire. Banqueroute, mainmise étrangère, occupation militaire anglaise à partir de 1882 ».

« En 1882, après la guerre anglo-égyptienne, les Britanniques remplacent les Ottomans comme tuteur du pays. Ils parviennent ainsi à prendre le contrôle du Canal ».

« Le Canal devenu une œuvre mythique pour les Européens, devint pour les Égyptiens un symbole de servitude où pourtant la vie continue, les villes se construisent, la campagne reverdit ».

« Cette mémoire contrastée est montrée à travers des images, des films, des tableaux. La zone du Canal de Suez devient, en Égypte un monde à part, extraterritorial, avec son mode de vie propre, son cosmopolitisme différent de celui du Caire et d’Alexandrie. Le visiteur peut sur un très beau panorama mobile traverser le Canal comme on le faisait encore en 1920 sur la route des Indes ou de l’Extrême Orient et rêver au charme des voyages au long cours. »

« Le 29 octobre 1888, afin de remédier aux querelles entre puissances mondiales, la convention de Constantinople affirme la neutralité du Canal, déclaré « libre et ouvert, en temps de guerre comme en temps de paix, à tout navire de commerce ou de guerre, sans distinction de pavillon ».

Le Canal et les deux guerres mondiales : les aspirations de l’Égypte à l’indépendance (1914-1945)
Durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), « les Britanniques coupent avec les liens avec l’Empire Ottoman et proclament leur protectorat sur l’Égypte ».

« Après la Première Guerre mondiale, les Egyptiens se révoltent en 1919, contre la présence de la Grande Bretagne qui proclame en 1920 une indépendance partielle, ainsi qu’une constitution parlementaire ».

« En 1936, lors du traité de Londres, le royaume d’Égypte accède à une indépendance internationalement reconnue : la protection du Canal de Suez reste sous monopole britannique pour vingt ans seulement. »

« En 1936, lors du traité de Londres, le royaume d’Égypte accède à une indépendance presque complète : la protection du Canal de Suez reste sous monopole britannique pour vingt ans ».

« De 1940 à 1945, le Canal de Suez est fermé à toute navigation en dehors de celle des alliés de la Grande-Bretagne ».

Nasser, la fin de la présence étrangère (1952-1970)
« Le 8 octobre 1951, le Premier ministre égyptien Moustapha el-Nahhas Pacha dénonce le traité anglo-égyptien de 1936. Le Royaume-Uni refuse et renforce ses effectifs à terre. Il s’en suit des émeutes violentes et des actes de guérillas de la part des Frères musulmans, des communistes et de la police égyptienne contre les Britanniques. On comptera plusieurs centaines de victimes de part et d’autre. Le retrait militaire britannique s’achèvera en juillet 1956. »

« En 1952 l’armée, renverse le roi Farouk et suscite l’adhésion de l’immensité du peuple égyptien. Le 23 juillet 1952, un groupe d’officiers libres s’empare du pouvoir. Au sein de ce groupe, Gamal Abdel Nasser s’affirme rapidement comme le leader. »

« Le « mandat » des Britanniques sur le Canal de Suez arrive à sa fin, sous la sérénité apparente le monde arabe aspire à son indépendance, la révolte gronde, tandis que l’Algérie entre dans la guerre en 1954. Nasser soutient le FLN contre le gouvernement français. »

« 1956 : Après avoir été accueilli dans l’exposition par le faste théâtralisé de l’inauguration de 1869, le visiteur se retrouve désormais en immersion au cœur de la grande scène populaire de 1956 : celle du discours où Nasser annonce le jour de la fête nationale à une foule emportée par l’enthousiasme que le Canal de Suez est nationalisé. »

« Le 26 juillet 1956, il nationalise le Canal et transfère le patrimoine de la compagnie du Canal à la Suez Canal Authority. Cette opération a pour but de financer la construction du barrage d’Assouan après que les États-Unis et la Banque mondiale aient refusé d’accorder des prêts pour le financer. Les avoirs égyptiens sont aussitôt gelés et l’aide alimentaire supprimée, à la suite des protestations des principaux actionnaires, alors britanniques et français. En même temps, Nasser dénonce la présence coloniale du Royaume-Uni au Proche-Orient et soutient les nationalistes dans la guerre d’Algérie » qui « se poursuivra jusqu’en 1962 ».

« Soyez les bienvenus ; nous sommes une partie de la nation arabe. Nous irons de l’avant, unis, formant un seul bloc, un seul cœur, une seule main pour la pose des bases et des principes de la liberté, de la gloire et de la dignité, et pour réaliser l’indépendance politique et l’indépendance économique en même temps », déclare Gamal Abdel Nasser, dans un discours à Alexandrie, le 26 juillet 1956.

« L’exposition consacre un vaste espace à ce moment clef, à la mise en pratique de cette décision, aux souvenirs qu’elle suscite chez ceux qui en ont été témoins et enfin à l’opération militaire engagée par les Français, les Britanniques et les Israéliens, et le fiasco qui a suivi. »

La Grande-Bretagne, comme puissance maritime et la France, comme puissance coloniale en Afrique du Nord se sentent directement agressées. « Le 29 octobre 1956, le Royaume-Uni, la France et Israël se lancent dans une opération militaire, baptisée « opération Mousquetaire ». Elles réagissent en organisant un débarquement militaire avec la participation d’Israël à Port Saïd. »

« L’opération dure une semaine. L’URSS et les Etats Unis désapprouvent cette intervention devant le conseil de sécurité de l’ONU. Les Nations unies condamnent l’expédition franco-israélo-britannique qui se solde par un fiasco diplomatique et militaire. Devant la réprobation générale, et l’impasse dans laquelle elles se trouvent, la France, l’Angleterre et Israël se retirent. C’est un fiasco total incarné par les personnages d’Antony Eden et de Guy Mollet ».

« Des négociations entre l’Egypte et la Compagnie aboutissent toutefois au remboursement d’indemnités sur la base desquelles se constitue la Compagnie financière de Suez. La concession allait en effet jusqu’en 1968. »

« Au début des années soixante le développement du mouvement palestinien accentue les tensions entre Israël et les pays arabes ».

« Dans une escalade verbale, L’Égypte annonce le 10 juin 1967 le blocus du détroit de Tiran aux navires israéliens. Israël attaque l’Égypte, la Syrie et la Jordanie le 5 juin. Dès le premier jour l’aviation égyptienne est clouée au sol. Israël s’empare du Golan de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de tout le Sinaï. Le Canal de Suez est fermé. La guerre ne dure que six jours mais le long du Canal une guerre d’usure lui fait suite. »

« Le 6 octobre 1973, le Président Sadate qui a succédé au Président Nasser mort en 1970, lance ses troupes contre la ligne Bar Lev et parvient à leur faire franchir le Canal de Suez. Quelques jours plus tard, Israël le franchit à son tour. En Syrie, Israël brise le front du Golan et s’approche de Damas. La guerre dure jusqu’au 26 octobre. La situation est mûre pour une négociation sur des bases plus équilibrée, l’Égypte ayant fait la preuve de ses capacités guerrières. Le 5 mars 1974, Israël retire ses troupes du Canal de Suez qui peut être ouvert à la navigation le 5 juin 1975. »

Un nouveau monde émerge (1956-1975)
« Le fiasco de l’expédition franco-anglo-israélienne de 1956, contrecarrée par les Américains et les Russes, marque la fin de l’impérialisme colonial européen, alors que Russes et Américains régentent l’Europe centrale ou l’Amérique latine ».

« Le Canal désormais égyptien continue à fonctionner, les contentieux politique et financier sont apurés. Mais très vite le Canal redevient une zone de guerre : celle des six jours d’abord, en 1967 suivie de la fermeture du Canal et de six ans de combats sporadiques mais meurtriers, puis celle de 1973 avec le franchissement du Canal par les Égyptiens. Le résultat final de cet exploit, largement illustrée dans l’exposition, va être la reprise de la navigation puis les accords de paix israélo-égyptiens. »

« Onze ans plus tard, en juin 1967, lors de la guerre des Six Jours, Israël occupe le Sinaï et la rive orientale du Canal, qui va rester fermé pendant 8 ans, jusqu’en juin 1975. Israël construit une ligne de défense sur la rive orientale : la ligne Bar-Lev. »

« En octobre 1973, l’Égypte et la Syrie attaquent Israël par surprise : c’est le début de la guerre du Kippour. La zone du Canal redevient une zone de combats. L’armée égyptienne franchit le Canal et pénètre profondément dans le Sinaï avant que les forces israéliennes, après quelques jours, ne reprennent le dessus et franchissent à leur tour le Canal. Une force de maintien de la paix de l’ONU reste sur place jusqu’en 1974. Pendant cette longue fermeture, les pétroliers s’adaptent en renforçant la création de supertankers qui contournent l’Afrique sans contraintes de gabarits. »

« Après 15 mois de travaux de déminage du Canal et de ses abords, le Canal est officiellement rouvert le 5 juin 1975 par le président Anouar el-Sadate qui le descend de Port-Saïd à Ismaïlia. Le lendemain, le premier convoi franchit le Canal vers la Méditerranée. »

Le Canal du futur (1975-2018)
« Entre 1975 et 2015 le Canal est considérablement élargi, approfondi, modernisé. Il devient une des principales sources de devises pour l’Egypte qui, en 2015, se lance dans un nouveau projet pharaonique : celui du doublement ainsi que de la création d’une vaste zone industrielle et d’urbanisation appelée à attirer vers elle des millions d’habitants ».

« C’est cette Égypte du futur que découvre alors le visiteur avant de pouvoir rêver à nouveau d’un grand voyage toujours possible, même si le décor en a changé, tel que le montrent les images filmées qui viennent clore l’exposition, parcourant aujourd’hui les 193 kilomètres de la mythique voie d’eau. »

« À la fin des années 2000, l’augmentation de la piraterie autour de la Corne de l’Afrique conduit le commerce mondial à explorer de nouvelles routes. Mais les revenus assurés par le Canal sont vitaux pour l’Égypte. Avec 5 milliards de dollars par an (chiffre 2013), ils représentent 20 % du budget de l’État. »

« Le 5 août 2014, le Président Al Sissi annonce son intention de creuser un deuxième Canal parallèle au Canal de Suez sur sa partie orientale, afin de permettre de supprimer la circulation alternée des convois. Ce nouveau Canal a une longueur de 72 km et coûte environ trois milliards d’euros. Ce projet réduit le temps d’attente maximale de passage pour les bateaux de 11 à 3 heures. Les travaux impliquent l’approfondissement et l’élargissement du Canal existant sur 35 km, ainsi que le creusement d’un nouveau Canal de 37 km au niveau de la ville d’Ismaïlia. L’ouverture du nouveau Canal a lieu le 6 août 2015. Le Canal de Suez rapporte en 2015 environ 5,3 milliards de dollars par an à l’Égypte. Il devrait rapporter annuellement 13,2 milliards de dollars en 2023. Il devient l’épine dorsale de l’Égypte de demain. »


LES PERSONNAGES QUI ONT FAIT L’HISTOIRE DU CANAL
Par Claude Mollard, commissaire général, et Gilles Gauthier, commissaire scientifique

« Le 5 août 2015, lorsque s’ouvre à la navigation un nouveau Canal parallèle au Canal historique de Suez, c’est une épopée de près de 4000 ans qui se poursuit. Au XIXe siècle avant notre ère, sous le règne le Pharaon Sésostris III, l’influence de l’Égypte s’étend de Byblos jusqu’au sud de la Nubie. Sur cet espace qui met en contact le Proche-Orient et l’Afrique, circulent marchandises et marchands de toutes origines. C’est alors qu’est creusé le premier Canal qui unit la Méditerranée à la mer Rouge. Certes la liaison n’est pas directe : sur une partie du trajet la navigation emprunte le cours du Nil. Parfois ce Canal s’ensable, mais périodiquement, les maîtres de l’Égypte le remettent en état. Des monuments témoignent de la volonté de chaque puissant monarque - égyptien, perse, grec, ou arabe - de préserver cet instrument de prospérité et de pouvoir. Jusqu’à sa fermeture au VIIIe siècle de notre ère pour des raisons stratégiques.
Avec les temps modernes, la nécessité d’un Canal se fait à nouveau sentir. Au XVIe siècle, pour lutter contre la concurrence du Portugal dont le commerce emprunte la voie océanique passant par le sud de l’Afrique, Venise et l’Empire ottoman élaborent des projets qui n’aboutissent pas. Les savants qui accompagnent Bonaparte en Égypte en 1798 conduisent la première étude de ce qui deviendra le Canal moderne. Mais pour que le projet se réalise, il faut que l’Égypte renaisse.
Après trois millénaires de gloire au temps des pharaons, après l’effervescence culturelle de l’Alexandrie des Ptolémées, l’un des plus vieux États du monde est devenu chrétien, puis a accueilli l’islam dont la civilisation rayonne sous les califes fatimides, les Ayyoubides, les sultans esclaves Mamelouk. Mais en 1517 l’Égypte devient une province ottomane loin des centres de décision. En 1798 la secousse produite par l’expédition de Bonaparte fait sortir le vieux pays de sa torpeur. Les conditions sont mûres pour que Méhémet Ali, venu du nord de la Grèce actuelle, y conquière le pouvoir et entreprenne de lui rendre sa gloire. De France il fait venir les experts qui modernisent le pays dans tous les domaines : l’armée, la marine, la médecine, l’éducation, l’agriculture, l’archéologie.
Pourtant Méhémet Ali n’adhère pas au projet de Canal maritime élaboré par l’ingénieur Saint-Simonien Barthélémy Prosper Enfantin.
Le vice-roi d’Égypte craint les convoitises que suscitera une voie d’eau internationale. Mais Ferdinand de Lesseps, aristocrate, bon cavalier, ancien consul à Alexandrie est l’ami de son fils Saïd Pacha qui lui succède à la tête du pays. Les deux hommes se lancent seuls dans l’aventure.
Contre eux : l’Empire ottoman auquel l’Égypte est nominalement rattachée, l’Angleterre qui craint de perdre le contrôle de la route des Indes, une partie des élites égyptiennes qui restent méfiantes et l’opinion publique internationale choquée par le travail forcé imposé aux paysans égyptiens. La France, elle, attend que les travaux soient lancés pour s’impliquer.
Le Saint Simonisme est une doctrine sociale, économique et politique fondée par Claude Henri de Rouvroy de Saint-Simon (1760-1825) qui estime que, au moment où commence la révolution industrielle, la société doit passer de l’âge théologique et féodal à l’âge positif et industriel. Les hommes doivent se regarder comme frères, s’associer et s’entraider. Une génération plus tard c’est Barthélémy Prosper Enfantin (1796-1864) qui prend le relais après avoir rencontré Saint-Simon quelques mois avant sa mort. Enfantin transforme le Saint-Simonisme en religion dont il devient le chef suprême.
Le 22 mars 1844, Enfantin part pour l’Égypte où il reste trois ans. À cause de ses idées réformatrices, il est d’abord bien accueilli par Mehemet Ali.
Pour Enfantin et les « frères » qui l’accompagnent ou qui s’y trouvent déjà présents, c’est en Égypte que la spiritualité orientale et la science occidentale se féconderont mutuellement pour le salut de l’humanité.
Convaincus que les voies de communication servent à la compréhension universelle, les Saint-Simoniens reprennent le projet, étudié par les savants français de l’expédition d’Égypte, de creusement d’un canal dans l’isthme de Suez. Mais le vice-roi d’Égypte ne veut pas d’une réalisation dont il pense que l’importance géostratégique suscitera les convoitises des grandes puissances et sera fatale à son projet de faire de l’Égypte un pays indépendant. Il décide donc d’utiliser les compétences des Saint-Simoniens – parmi lesquels se trouvent de nombreux polytechniciens dont Enfantin lui-même – pour construire un barrage sur le delta du Nil qui, lui-même ne verra pas le jour. C’est la fin du rêve Saint-Simonien en Égypte où Ferdinand de Lesseps reprendra le projet de canal d’une façon plus pragmatique. Cependant, débarrassé de ses excès mystiques, le Saint-Simonisme irriguera toute la pensée politique, économique et sociale du XIXème siècle soit en Europe, soit dans les pays comme l’Égypte où les élites on fait le pari de la modernité.
Mais l’histoire du Canal n’est pas seulement politique, elle est aussi celle d’une révolution des techniques : sans la machine à vapeur qui fait avancer les navires et tourner les dragueuses, le Canal de Suez n’existerait pas. Il a réussi car les industriels et les banquiers ont cru à ces innovations. Ces progrès techniques vertigineux se mesurent en trois chiffres : aujourd’hui un tanker transporte 500 000 tonnes, soit 2 000 fois plus qu’une barque et 5 millions de fois plus qu’un âne qui transporte 100 kilos.
La construction du Canal fait l’objet d’une mise en scène favorisée par l’apparition des premiers médias : la photographie et le dessin de presse se conjuguent pour rendre compte de ce que les contemporains savent être un temps fort de l’histoire. En 1869 l’ouverture du Canal est célébrée par des fêtes somptueuses, dont l’exposition de l’IMA rend compte en immergeant les visiteurs dans la croisière de l’impératrice Eugénie et des autres têtes couronnées invitées par le Khédive Ismaïl. C’est pour cette Égypte au coeur du monde que Bartholdi propose de dresser à l’entrée du Canal la statue monumentale d’une paysanne égyptienne éclairant l’humanité, même si c’est finalement à New York que le projet aboutit sous le nom de statue de la liberté.
L’opéra Aïda de Giuseppe Verdi fut commandé au compositeur par le Khédive Ismaïl Pacha sur la base d’une idée d’Auguste Edouard Mariette, fondateur avec Champolion de l’égyptologie. On lui doit la découverte des sphinx à proximité de Saqqarah et de nombreuses autres merveilles antiques. Il est enterré au Caire.
Cet opéra qui met en scène Aïda, esclave éthiopienne au service du roi d’Égypte, qui pour remercier son capitaine Radames de sa bravoure lui offre sa fille en mariage. Mais Radames préférera aimer Aïda, ce qui causera la perte des deux amants. La pièce devait être jouée dans le nouvel opéra du Caire ouvert le 1er novembre 1869, quelques jours avant l’inauguration du Canal de Suez, par une représentation de Rigoletto. Celle d’Aïda n’aura lieu que le 24 décembre 1871, en raison du siège de Paris où Mariette se trouvait bloqué avec les décors et les costumes. Elle rencontra un immense succès.
L’exposition est cinématographique, comme les temps modernes qui s’annoncent, avec travellings, gros plans sur les personnalités et sur les foules, et flash-back, pour reprendre le cours de l’histoire.
Dès lors, le Canal qui a rétréci le monde fait partie de l’imaginaire universel. Il est un de ces lieux rêvés du voyage. Il nourrit l’imaginaire des écrivains, des cinéastes. Sur ses rives désertiques, des villes naissent où se rencontrent des populations venues d’Égypte, de France, d’Italie, de Grèce. En dépit des injustices et des inégalités, une forme particulière de cosmopolitisme voit le jour dont persiste la nostalgie.
Cette aventure de quatre mille ans atteint un moment crucial au XIXe siècle, alors que l’industrie et le commerce propulsent l’Europe au-dessus du reste du monde malgré les efforts de certains pays d’Asie et d’Afrique pour entrer dans une course de vitesse où la plupart (sauf le Japon) succombent. C’est l’apogée de l’impérialisme, dont la première conséquence est l’échec politique du projet de renaissance de la nation égyptienne. Cela a pourtant bien commencé : en 1869, au moment de l’inauguration, le gouvernement égyptien possède 44% des actions de la compagnie de Suez. Mais, trop endetté, le khédive est contraint en 1875 de vendre cette participation à l’Angleterre qui, dépassant sa méfiance initiale, s’investit dans le Canal au point d’occuper militairement le pays en 1882. Dès lors le Canal devient un des premiers enjeux de la lutte pour l’indépendance en même temps que le point focal des affrontements stratégiques internationaux.
Le 14 février 1945, quelques semaines avant sa mort (le 12 avril 1945), Roosevelt rencontre le roi Ibn Saoud, fondateur du royaume d’Arabie saoudite, à Ismaïlia, à bord du navire Le Quincy. Le président américain revient de Yalta. Sont également présents l’empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié et le roi Farouk d’Egypte. Roosevelt n’obtient pas l’appui du roi pour la création d’un foyer national juif en Palestine. Mai, à l’insu des Anglais, les deux souverains concluent un pacte, dit pacte de Quincy, garantissant à la monarchie saoudienne une protection militaire en échange d’un accès privilégié à son pétrole. Le leardership de l’Arabie saoudite fait désormais partie des « intérêts vitaux » des États-Unis.
Le royaume saoudien garantit l’essentiel de l’approvisionnement des Etats Unis en pétrole. La société Aramco bénéficie d’un monopole d’exploitation du pétrole pour une durée de 60 ans. Ces accords ont été renouvelés pour une nouvelle durée de 60 ans en 2005 par le président George W. Bush.
La suite est attendue : le 26 juillet 1956, quatre-vingt-sept ans après son ouverture, Gamal Abdel Nasser décide la nationalisation du Canal. L’Égypte, toutes classes confondues, exulte. Mais c’est le début d’une série de guerres dont témoigne l’exposition à travers photos, témoignages oraux et films de fiction. Cette période troublée, souvent tragique, prend fin en 1975. Dès lors, le Canal régulièrement approfondi, élargi, équipé, devient une des principales sources de devises de l’Égypte. La population du pays augmente, l’urbanisation se poursuit et le Canal, autrefois creusé au milieu du désert, se trouve désormais aux portes de la capitale (dont ne le séparent que 130 km en grande partie occupés par des villes nouvelles).
Le 5 août 2015, le Président égyptien, en présence du Président de la République française, invité d’honneur, inaugure le doublement du Canal sur une partie de son parcours, ce qui permet la navigation dans les deux sens et raccourcit de onze heures le temps de traversée. Le Canal se retrouve au centre des enjeux de l’Égypte. Situé sur la plus importante route commerciale du monde reliant les marchés asiatiques et européens, il présente des conditions exceptionnelles pour que s’y développe une zone économique d’importance internationale. Ainsi, l’histoire du Canal, concentrée sur un petit espace de près de 200 km de long, mais dilatée à l’échelle du monde, se termine sur l’Égypte en devenir, avec dans la zone qui va d’Alexandrie au Sinaï et de la Méditerranée au Caire, une des plus fortes concentrations au monde d’habitants, d’activités et - espérons-le - de prospérité.
Pour nous, l’aventure du Canal de Suez est aussi celle de l’équipe des experts français et égyptiens qui nous ont prodigué leurs conseils. Ensemble nous avons tenu à parvenir à la même vision historique d’une aventure inégalement partagée par nos pays respectifs.
L’automne prochain une partie de l’exposition de l’IMA se déplacera à Marseille, ville partenaire. Ensuite, les gouvernements français et égyptien ont décidé qu’elle serait présentée au Caire, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de l’inauguration. Ce sera l’occasion de célébrer la profondeur du lien entre nos deux pays ».

Du 28 mars 2018 au 5 Août 2018
A l’Institut du monde arabe
1 rue des Fossés Saint-Bernard. 75005 Paris
Tél. : + 33 (0)1 40 51 38 38
Du mardi au vendredi de 10 h à 18h. Les samedis, dimanches et jours fériés de 10 h à 19 h

Visuels :
Vers les mers du Sud © GG

Vue panoramique de l’isthme de Suez et tracé direct du Canal des deux mers (Linant de Bellefonds, 1855). © BNF

Fragment de la stèle égyptienne portant le nom de Darius 1er donnant l’ordre de creuser le Canal
© RMN-Grand Palais Musée du Louvre / Franck Raux

Giulio Carlini, Les Vénitiens présentent leur projet de Canal au sultan, 1869 © Engie

Gravure sur cuivre, d’après un dessin d’André Dutertre. Tiré de Description de l’Égypte, vol. 1,
collection particulière (détail) © AKG-Images

Drague à déversoir, H. Arnoux © Archives nationales du monde du travail (Roubaix),
dépôt du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez

Portrait de Ferdinand de Lesseps, XIXe siècle © Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez / Lebas Photographie Paris

Le dernier coup de pioche donné par Ismaïl Pacha le jour de la jonction des eaux, le 15 août 1869 (huile sur toile, XIXe s. artiste inconnu) © Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez / Lebas Photographie Paris

Edouard Riou, Eugène Cicéri, La Tribune des Souverains © Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez / Lebas Photographie Paris

L’inauguration du Canal de Suez, 1869

Portrait de l’Impératrice Eugénie, XIXe siècle
© Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez / Lebas Photographie Paris

Théodore Frère, Promenade de l’Impératrice Eugénie en chameau dans le désert, 1869
© Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez / Lebas Photographie Paris

Photographie du Khédive Ismaïl, 1868

Nasser nationalise le Canal de Suez en 1956. D.R.

Traffic sur le nouveau Canal de Suez

Auguste Edouard Mariette, auteur du livret d’Aïda, par Nadar, vers 1861

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Les citations proviennent du dossier de presse.