Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 30 décembre 2018

« Au cœur de la nuit. Leïla Slimani et Kamel Daoud », de Andreas Nickel et Matthias Schellenberg


Arte rediffusera le 31 décembre 2018, « Au cœur de la nuit. Leïla Slimani et Kamel Daoud » (Durch die Nacht mit... Leïla Slimani und Kamel Daoud), documentaire de Andreas Nickel et Matthias Schellenberg. « Lauréate du Goncourt 2016, Leïla Slimani vient de publier « Sexe et mensonges » ; Kamel Daoud revisite les « Mille et une nuits » dans « Zabor ou les Psaumes ». Leïla Slimani et Kamel Daoud, deux écrivains francophones aux racines maghrébines, dialoguent au gré d'une déambulation dans Paris ».


« L’auteure franco-marocaine Leïla Slimani et l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud comptent parmi les nombreux représentants de la littérature francophone invités » par la 69e Foire du livre de Francfort (11-15 octobre 2017) en Allemagne. L’invité d’honneur de cette Foire est la France.

Leïla Slimani a reçu en 2016 le prix Goncourt pour son roman « Chanson douce », un thriller psychologique, et a publié « Sexe et mensonges » – « La vie sexuelle au Maroc », un essai qui fait aussi l'objet d'une adaptation en BD. En juin 2017, Leïla Slimani est récipiendaire de l'Out d'or du « coup de gueule » de l'Association des journalistes LGBT, "pour avoir critiqué la pénalisation de l’homosexualité au Maroc et le contrôle du corps des femmes".

Au second tour de l'élection présidentielle française de 2017, Leïla Slimani soutient Emmanuel Macron pour lutter contre « le déclinisme et la haine » représentée selon elle par la candidate du Front National, Marine Le Pen, et « par adhésion », car « la jeunesse, la modernité d’Emmanuel Macron – également fervent défenseur de l’égalité des hommes et des femmes – donneront un nouvel élan à la France, qui est actuellement enlisée dans une forme de grand pessimisme ». Le 6 novembre 2017, elle est nommée Représentante personnelle du Président Emmanuel Macron pour la francophonie. Ce qui lui permet de siéger au Conseil permanent de la francophonie dans l'Organisation internationale de la francophonie.

En 2018, elle a présidé le Prix du Livre Inter 2018 et a été membre du jury du Festival du cinéma américain de Deauville.

Kamel Daoud, « accusé d’islamophobie par divers intellectuels, fait aussi l'objet d'une fatwa salafiste. Son ouvrage « Meursault, contre-enquête », dont le narrateur est le frère de « l’Arabe » dans « L’étranger » d’Albert Camus, a été récompensé en 2015 par le prix Goncourt du premier roman ».

Le 29 janvier 2016, Le Monde a publié la tribune "Cologne, lieu de fantasmes" de Kamel Daoud dans laquelle il évoque les agressions sexuelles du Nouvel An 2016 par des "migrants", notamment en Allemagne, et perçoit dans l'islamisme la cause principale d'un « rapport malade à la femme, au corps et au désir » dans le monde arabe. Les critiques fusent contre lui, accusé de recycler « les clichés orientalistes les plus éculés » et d'« alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme » car considérer que « des valeurs doivent être “imposées” à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes [est un] projet scandaleux, non pas seulement du fait de l'insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu'il évoque. » Choqué, Kamel Daoud a déclaré : « Je pense que cela reste immoral de m'offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d'islamophobie qui sert aujourd'hui aussi d'inquisition. » Il a alors décidé d’arrêter le journalisme, mais a poursuive l'écriture d'articles pour Le Point, le New York Times et Le Quotidien d'Oran.

En 2016, il a reçu le Prix Jean-Luc Lagardère du journaliste de l'année.

Le 16 décembre 2018, Le Quotidien d'Oran a publié "Lettre ouverte à l'exilé inapte au bonheur" de Kamel Daoud :
"Je te rencontre souvent en Occident. Lors d'une séance de signature dans une librairie, lors d'une conférence dans une université ou lors d'une rencontre publique. Tu n'es jamais assis aux premiers rangs, mais souvent au milieu, ou à la dernière rangée : expression de ce corps que tu veux suspendre entre deux mondes, vivre en occident, et revivre ton pays d'origine. Confession de ce choix qui n'a jamais été fait par toi : vivre pleinement, entièrement dans le pays de l'Arrivée. Alors tu te veux vigilant et invisible, méfiant et inquiet, choisissant la marge mais souffrant de vivre en marge, insatisfait comme si s'intégrer était trahir. Tu te veux en Algérie, en Tunisie, au Maroc, mais aussi à la fois en France en Allemagne, en Italie.
veux à la fois profiter de la liberté dans le pays de ton arrivée et m'interdire à moi de parler de ma réalité dans mon pays ? Toute la démocratie de l'Occident qui t'a accueilli ne te sert qu'à plaider pour la censure en Algérie ? Je dois me taire sur les drames, les échecs de mon pays, juste pour ne pas égratigner ton image narcissique en Occident ? Je ne dois pas dénoncer une femme qui passe ses examens de médecine en burqa en Algérie et qui peut tricher, pendant que toi tu profites des meilleurs médecins et des meilleurs hôpitaux en Europe ? C'est injuste. Tu me reproches de te rappeler les luttes que tu as désertées et tu m'accuses alors d'inventer ces luttes et ces causes. Cela te repose.
En vérité, par ton exil, tu n'as rien tranché. Tu veux vivre des libertés mais les interdire aux autres. Vivre en France ou au Danemark, mais les détester. Manger les récoltes et insulter les racines. Je te rencontre souvent maintenant : aigri, malheureux, agressif, hésitant jusqu'au jugement dernier, inapte au bonheur, paranoïaque presque. C'est cela qui m'a le plus frappé : on vient dans un pays, on veut que sa terre accueille, et on refuse de l'accueillir en soi. Pire encore : tu te plains mais, de retour au pays, c'est à l'aéroport que commence ta grimace moqueuse sur l'état de notre pays. Incapables de faire quelque chose « là-bas » pour rejoindre le monde et incapables de faire quelque chose chez nous pour nous aider. Tu es parti parce que tu n'y crois plus à un salut chez nous et tu restes là-bas en répétant que tu ne crois pas en l'occident. Que veux-tu ?...
Ce que je te demande ? Il ne faut pas confondre la bataille pour égorger un mouton dans une baignoire à Paris et notre combat pour ne pas nous faire égorger dans notre pays.
Voilà, je voulais te le dire. Par amitié. Aimes tes racines et profites des récoltes mais ne viens pas nous faire la leçon sur l'islam, la burqa, la liberté, l'identité et l'histoire. Et quand tu reviens chez nous, racontes-nous tes histoires de réussite, pas tes histoires d'échecs. Nous avons suffisamment de champs amers chez nous.
Coupe avec ton inaptitude au bonheur. Dépasse ton exil et arrête de promener tes déceptions pour obtenir des excuses".
En 2017, « pendant cette balade qui les entraîne du jardin du Luxembourg à Pigalle, et les mène à la rencontre du réalisateur Lyes Salem et de la chanteuse Hindi Zahra, les deux écrivains évoquent les motifs qui leur ont donné envie de prendre la plume – la violence au Maghreb, l’hypocrisie, la progression des islamistes –, et réfléchissent également à leur rôle dans la littérature occidentale ».


« Au cœur de la nuit. Leïla Slimani et Kamel Daoud », de Andreas Nickel et Matthias Schellenberg
2017, 53 min
Sur Arte les 16 octobre à 0 h 20 et 5 novembre 2017 à 5 h 15, 31 décembre 2018 à 3 h 10

Visuels
Leïla Slimani et Kamel Daoudsur le Pont Neuf à Paris.
Kamel Daoud et Leïla Slimani à l'Institut du monde arabe à Paris.
Leïla Slimani et Kamel Daoudau Jardin de Luxembourg à Paris
© Avanti Media Fiction

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 15 octobre 2017.

samedi 29 décembre 2018

Ben-Ami Koller (1948-2008)


Peintre et dessinateur né en Roumanie, Ben-Ami Koller (1948-2008) avait fait son aliyah en 1974. Il se distinguait par la qualité de sa ligne, explorait l'expressionnisme abstrait coloré, revenait vers le figuratif par/pour des oeuvres bouleversantes sur la Shoah. Pour ses 30 ans, la galerie Marie Vitoux a présenté une exposition collective avec des oeuvres de Ben-Ami Koller.

Une rétrospective de Ben-Ami Koller à Fontenay-sous-Bois


Ben-Ami (fils de mon peuple en hébreu) Koller était né à Oradea (Transylvanie, Roumanie) le 14 mai 1948. Sa mère avait été déportée à Auschwitz et sa famille décimée par la Shoah. Ben-Ami Koller avait été distingué, « à l'âge de 7 ans, par un premier prix d'aquarelle dans le cadre d'un concours international organisé par la Chine ».

Quelques années après avoir obtenu le diplôme de l’Académie des Beaux-arts à Bucarest, il avait immigré en Israël en 1974.

Il devint célèbre pour ses grands dessins sur papier de nus et de visages, au crayon ou à la pierre noire. Installé en France en 1981, ce maître du trait bénéficiait d’une réputation internationale, illustrait des livres et enseignait le dessin et la peinture, aux enfants et aux adultes. Il a montré ses œuvres dans environ 200 expositions personnelles et collectives, en Europe, en Amérique, en Israël et au Japon. Ses œuvres figurent dans des collections publiques - Fonds national d’art contemporain, Bibliothèque nationale, Conseil général des Hauts-de-Seine, Fonds d’art contemporain de Seine-Saint-Denis, etc. - et privées : Narodni Galerie (Prague), Novotel et Axa. Le travail de Ben-Ami Koller a fait l’objet de plusieurs films, dont deux de l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

Refusant la routine et l’ennui, cet artiste avait opté pour la peinture abstraite, colorée, expressionniste, lyrique, avec de hauts reliefs. Puis, il était revenu à la figuration.

« Depuis plus de deux ans déjà, j’ai orienté ma démarche vers le corps en souffrance… J’ai résolument tourné le dos à la couleur et à l’abstraction, et je suis revenu vers le corps et le visage exclusivement. Cette orientation a été en grande partie déterminée par l’histoire de ma famille ; le déclencheur fut le drame de la Shoah et de la déportation, puis mes recherches se sont étendues à un questionnement plus général sur la souffrance infligée au corps et à l’esprit. Cette préoccupation était déjà inscrite en filigranes dans mon travail depuis longtemps sans que je l’aie appréhendée clairement et sans que j’en aie fait la charnière de mon travail au point où je l’amène actuellement. Je pense que mon âge et mon vécu ont une importance énorme dans cette prise de conscience », expliquait Ben-Ami Koller, en 2008.

Synthèse de ses recherches et acquis, sa dernière série ’’Auschwitz’’ a été présentée en février 2008 à la Galerie Pierre Marie Vitoux (Paris) sous le titre « A tous les miens que je n’ai pas connus ». L'artiste y évoque la Shoah dont furent victimes ses grands-parents, la souffrance des victimes avec force, réalisme, empathie et douleur. Comme si leur âme le guidait.

Ce sont des visages émaciés aux grands yeux tristes, graves, implorants. Des corps courbés, squelettiques, déformés, suppliciés, dessinés en noir et blanc, sur des fonds parfois adoucis de gris, rose et beige.

En marge du colloque « Violences, parlons-en… », cette exposition hommage est organisée par l’association Mon Ami l’Artiste avec le soutien de la mairie d’Arles, et déclinée – concerts, conférences - dans divers lieux de la ville.

La revue Ici & Là (n° 10-11, mars 2009) a rendu hommage à cet artiste exigeant et homme attachant.
Après la Maison de la poésie (Guyancourt) au printemps 2009, la Médiathèque d’Arles-Espace Van Gogh a accueilli une exposition de 50 des derniers dessins sur papier, sous verre, de Ben-Ami Koller, décédé le 15 décembre 2008, à l’âge de 60 ans, à Montreuil, alors qu’il travaillait sur des toiles destinées à être exposées à Arles. « Tous les dessins sont réalisés à la pierre noire sur papier. Certains sont rehaussés de lavis d'encre et de pastel sec », précise Annick Dollo-Koller, sa veuve.

Au printemps 2013, l'Espace 111 a présenté l'exposition Variations du peintre Ben-Ami Koller.

A l'été 2013, l’association « Les amis de Charles Despiau et de Robert Wlérick » montrait au Centre d'art contemporain de Mont-de-Marsan des dessins dans lesquels le trait, d'encre, de fusain, de pierre noire ou de pastels secs est riche en sens. Ces « œuvres, bien au-delà de la représentation, sans jamais verser dan le narratif, s'ouvrent sur l'humanité dans ses dimensions sociales, historiques, imaginaires et sur le Réel. Elles livrent l'intimité de la chair avec ses meurtrissures de la naissance à la mort, pénètrent à l'intérieur du corps autant qu'elles délivrent leurs messages sur la condition humaine ».

"Depuis toujours le corps humain est un des plus grands thèmes de l'art particulièrement dans l'art occidental et il reste un sujet de prédilection dans l'art contemporain. Au fil du temps, le sens de ces représentations a évolué en fonction des croyances et des religions et leur diktat. En Grèce, de l'utilité incantatoire ou rituelle avec ses conventions formelles, la représentation humaine cherche à rendre compte de la réalité précise du corps jusqu'à l'idéalisation. A partir du XXe siècle, à ce corps idéalisé succèdent de nouvelles images qui tendent à annihiler l'intégralité, l'unité de la figure en lui conférant une dimension tragique, dramatique, illusoire ou dérisoire".

Ben Ami Koller, « démultipliant son trait à la pierre noire prolongé dans de larges mouvements d'éponge, parfois effacé et repris en forme de palimpseste, explore avec une puissante sensualité le corps et plus précisément le corps et le sexe de la femme. La mort qui ne s'y manifeste que par quelques signes, devient de plus e en plus prégnante dans les œuvres sur la Shoah et ses corps décharnés ».

Le Centre d'art contemporain Raymond Farbos a présenté l’exposition collective "A corps et à trait" dédiée au dessin, à travers les œuvres de six artistes remarquables, dont Ben-Ami Koller.


Pour ses 30 ans, la galerie Marie Vitoux a présenté à l'automne 2018 une exposition collective avec des oeuvres de Ben-Ami Koller.


Jusqu’au 14 septembre 2013
Au Centre d'art contemporain de Mont de Marsan
1bis-3, rue Saint-Vincent de Paul. 40000 Mont de Marsan
Tél. : 05 58 75 55 84
Du lundi au vendredi de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h, le samedi de 14 h à 18 h
Les 20 et 21 avril 2013
111, rue Stalingrad. 93100 Montreuil
Tél. : 01 48 59 64 11
De 14 h à 20 h
Vernissage le 20 avril 2013 à partir de 18 h.

Jusqu'au 5 novembre 2009
A la Médiathèque d’Arles-Espace Van Gogh
Aile sud 1er étage, Place Felix Rey, BP 240, 13200 Arles
Tél. : 04 90 18 41 20 et 06 24 51 32 05
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h. Entrée libre
monamilartiste@gmail.com
Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 612, mai 2009, de L’Arche, et sur ce blog le 1er novembre 2009, puis les 18 avril et 10 juillet 2013.

vendredi 28 décembre 2018

« De Superman au Chat du rabbin, bande dessinée et mémoires juives »



Lexposition De Superman au Chat du rabbin, bande dessinée et mémoires juives (Heroes, Freaks and Super-Rabbis. The Jewish Dimension of Comic Art) itinérante est réalisée par le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) et le Joods Historisch Museum d’Amsterdam (Pays-Bas) en 2008. Des premiers comic strips de la fin du XIXe siècle aux romans graphiques contemporains, via les superhéros des années 1930 et 1940 et les bandes dessinées (BD) underground des années 1960, une exploration de l’apport majeur de 40 auteurs – illustrateurs, scénaristes - et éditeurs Juifs, américains, européens et israéliens, de cet art populaire. Et la mise en lumière des références, explicites depuis les deux dernières décennies, de l’histoire - émigration, Shoah - et du judaïsme dans leurs œuvres. Pour rendre hommage à Stan Lee, décédé le 12 novembre 2018, l'éditeur américain Marvel a apposé, sur "toutes les couvertures des titres publiés entre le 19 décembre 2018 et le 9 janvier 2019, un bandeau noir, comme un brassard porté en signe de deuil." 

Astérix
« Walt Disney - L'enchanteur », par Sarah Colt
Will Eisner. Génie de la bande dessinée américaine
« Du Panthéon à Buenos Aires » de René Goscinny
« René Goscinny, notre oncle d'Armorique » par Guillaume Podrovnik
« Silex and the City. #Je suis sapiens » par Jean-Paul Guigue
« La Planète sauvage » par René Laloux
« Lucky Luke - La fabrique du western européen » par Guillaume Podrovnik

En 2007 et 2008, pour la première fois en France, cette exposition De Superman au Chat du rabbin, bande dessinée et mémoires juives composée de cinq chapitres, abordait au MAHJ le rôle des auteurs Juifs dans la BD grâce à « 230 œuvres (dessins originaux, planches imprimées et documents d'archives », d’une « trentaine d’artistes américains et européens ».

L’exposition évoquait « la manière dont la bande dessinée, essentiellement par le roman graphique, a contribué à créer et à diffuser différentes visions du passé juif », à faire évoluer la BD, genre populaire méprisé, vers le roman graphique (graphic novel), forme littéraire spécifique, reconnue et prisée dès la fin des années 1970 sous l’impulsion de Will Eisner, et où le texte attribué au personnage de la BD n’est pas toujours inséré dans les phylactères ou bulles.

Pour cette évocation, sont réunis de nombreux dessins originaux de maîtres passés - Zuni Maud, Rube Goldberg, Will Eisner, et Harvey Kurtzman – et vivants : Art Spiegelman et Ben Katchor -, des BD, des planches, des esquisses d’auteurs célèbres.

Conçue par le Musée d'art et d'histoire du judaïsme à Paris et par le Joods Historisch Museum à Amsterdam (Superheroes and Schlemiels Jewish Memory in Comic Strip Art), cette exposition a été présentée à Amsterdam (printemps 2008), à Berlin (2010), puis au musée Juif de Stockholm (Judiska Museet i Stockholm) sous le titreSeriehjältar och antihjältar – från Stålmannen till fröken Märkvärdig et en développant certains aspects.

En 2010, l’exposition originelle a été développée et restructurée au musée Juif de Berlin sous le titre Helden, Freaks und Super rabbis. Die Jüdische Farbe des Comics (en anglais Heroes, Freaks and Super-Rabbis. The Jewish Dimension of Comic Art) pour le Jüdische Museum Berlin (musée Juif de Berlin). Ont été ajoutées des sections sur les premiers journaux de BD et leurs personnages, dont certains demeurent célèbres aux Etats-Unis, sur l’éditeur Entertaining Comics (EC) spécialisée dans les fictions militaires, le comique, la science fiction, l’horreur et le crime, sur ses fondateurs (Maxwell Gaines, puis son fils William Gaines) et ses auteurs, généralement juifs. La scénographie diffère en rappelant la presse : les panneaux informatifs sont réunis en un interminable journal qui se déroule tout au long des salles d’exposition.

L'exposition Seriehjältar och antihjältar – från Stålmannen till fröken Märkvärdig est adaptée au musée Juif de Stokholm dont le site présente une vidéo montrant la scénographie originale adaptée au lieu et au public suédois. Des documents inédits sont portés à la connaissance des visiteurs.


En 2016, le Camp des Milles musée Juif de Stockholm présenta l’exposition qui reprenait, en une version réduite, De Superman au Chat du rabbin, bande dessinée et mémoires juives. "Créer pour résister ! C’est le thème que développe depuis son ouverture en 2012, le Site-mémorial du Camp des Milles à travèrs ses expositions temporaires. Au nom des artistes internés aux Milles, comme Hans Bellmer, Max Ernst, Franz Meyer, qui ont su résister par la création aux conditions inhumaines de détention dans ce lieu qui deviendra un camp de déportation à l’été 1942, le Site-mémorial rend hommage aujourd’hui au super-héros américains qui se sont dressés contre la xénophobie et l’antisémitisme, contre le fascisme et la barbarie qui frappaient le Vieux Continent et menaçaient leur propre pays".

"Sauver la démocratie pour ces auteurs de BD américains, c’était l’affaire de Superman, de Captain America ou de Batman. Dès 1940, ils militent pour l’entrée en guerre des USA et tout au long de la guerre, on ne cessera de les voir assener des coups de poings sur le nez d’Hitler en couverture des comics.Après-guerre, ils poursuivront cet engagement militant dans un travail de mémoire et de vigilance dont l’œuvre la plus marquante est le fameux « Maus » d’Art Spiegelman, où les nazis sont des chats et les juifs des souris. C’est qu’il s’agit de toucher la jeunesse à travers la BD, et de toucher même le grand public à travers un des arts populaires les plus répandus.Parce que lutter contre les racismes et la xénophobie, préserver la démocratie des idéologies extrémismes, ce n’est pas que l’affaire des super-héros. Aujourd’hui encore, et plus que jamais, c’est l’affaire de tous". 

Le « Ghetto oublié (1914-1936) : du shtetl (petite ville) à la « métropole dévorante »
Comme d’autres dessinateurs américains des années 1890-1930, les artistes Juifs new-yorkais, souvent issus de familles immigrées, originaires souvent d’Europe de l’Est et vivant dans le Lower East Side, Brooklyn et le Bronx, révèlent dans leurs strips leur intérêt pour les difficultés, les défis et les épreuves que les immigrants doivent affronter lors de leur intégration sociale et culturelle dans la société nord-américaine.

Les auteurs des comic strips (« bandes dessinées publiées dans la presse ») des journaux yiddish Die Varhayt (La vérité) ou Forverts (En avant !), qui diffusait à plus de 200 000 exemplaires - Zuni Maud, Samuel Zagat -, ou américanophones - Harry Hershfield, Milt Gross, Rube Goldberg -, dépeignent leurs personnages dans la « métropole dévorante » qu’est la Big Apple. De 1912 à 1919, Gimpl Beynesh der Shadkhn (Gimpl Beynesh le marieur), série de Samuel Zagat, est diffusée chaque jour dans Die Varhayt.

Visant à divertir les lecteurs, les cartoons (dessins humoristiques) des funnies (« rubriques des journaux, notamment les suppléments du dimanche, où sont publiées régulièrement les BD »), inventent l’image de l’immigrant Juif en voie d’intégration dans la nation américaine. « Comiques et sympathiques, leurs personnages mêlent souvent la langue maternelle yiddish (la mame loshen) et la langue anglaise de la terre d’accueil, et sont animés par une grande volonté de réussite sociale et par un engagement passionné pour la démocratie ».

« This is a job for Superman » : « justiciers et super-héros (1938-1979) »
C’est avec la deuxième génération d’immigrés Juifs et son intégration sociale et professionnelle dans une Amérique en proie à une grave crise économique qu’apparaissent des super-héros dans la bande dessinée.

Ces jeunes Juifs travaillent pour aider leurs parents. Ils sont fascinés par l’univers des comics, et sont recrutés dans la presse, dans les comic shops, « ateliers produisant les comic books et les strips pour la presse à New York ». Certains auteurs, tels Jacob Kurtzberg (1917-1994), dit Jack Kirby, ou Robert Kahn (1915-1998), dit Bob Kane, américanisent leur nom de famille pour éviter l’antisémitisme.

Dès 1934, Joe Shuster et Jerry Siegel « conçoivent un personnage de super-héros dont la forme aboutie est publiée par DC Comics en juin 1938 ». Son nom : Superman. Le jeune Superman « vient d’une planète détruite, se retrouve dans une espèce de berceau qui vole dans l’espace », déclare Didier Pasamonik, conseiller scientifique, qui rappelle le berceau de Moïse dans la Bible.

Des dignitaires nazis sont les premiers à pointer la judéité des auteurs de Superman. Des auteurs qui perdent leurs droits sur le personnage en 1946, au profit des éditeurs. Le 17 octobre 2012, la justice américaine a statué en faveur du studio américain Warner Bros dans le différend qui l’opposait aux héritiers des créateurs de Superman en 1933 – Jerry Siegel et Joe Shuster - concernant les droits d’auteurs sur Superman.

Suivent en mai 1939 le Batman de Bob Kane et Bill Finger puis, en décembre 1940, Captain America de Jack Kirby et Joe Simon. Réalisé par Anthony et Joe Russo, Captain Amercica 2, Le soldat de l'hiver est sorti le 26 mars 2014 en France.

« Les juifs n’inventèrent pas [la BD], et pas plus le Spirit que Superman ne sont des héros juifs », écrit Laurence Sigal, directrice du MAHJ dans le catalogue de l’exposition.

« Détenteurs d’une double identité, les super-héros sont des créatures vouées à la solitude mais plongées dans la jungle métropolitaine. Destinés à la nation américaine, ils sont une réponse rassurante et fantastique aux difficultés engendrées par la crise de 1929 et par la montée des fascismes en Europe. S’ils incarnent aussi des rêves liés à l’expérience et à la tradition juives, les premiers super-héros sont avant tout d’infatigables justiciers qui veillent à l’ordre du monde », de profonds patriotes, de vaillants défenseurs de valeurs universelles, de l’humanité, du Bien.

Selon le dessinateur Will Eisner, « le golem, une créature d'argile façonnée par un rabbin pour protéger les juifs de Prague, selon une légende juive du XVIe siècle, est le précurseur de la mythologie du super-héros. Les juifs, persécutés depuis des siècles en Europe, avaient besoin d'un héros capable de les protéger des forces obscures. Siegel et Shuster, les créateurs de Superman, l'ont inventé » (Le Monde, 24 octobre 2007).

Ces héros sont « enrôlés » durant la Seconde Guerre mondiale, impliqués dans des intrigues où ils combattent Hitler.

Après la Shoah, « des épisodes de Superman montrent une figure proche de Moïse, de Samson ou du Messie ».

En novembre 1961, Jack Kirby, dessinateur, et Stan Lee, scénariste-dialoguiste, crée The Fantastic Four (Les quatre fantastiques), nom de la revue de BD, de la série et de l’équipe de super héros à la suite de leur exposition à des rayons cosmiques, composée de Mr Fantastic (M. Fantastique), The Invisible Woman (La femme invisible), Human Torch (La torche humaine) et Thing (La Chose). Dotés de pouvoirs extraordinaires, ces personnages combattent des menaces visant la Terre. Le personnage de Thing (La Chose) est une déclinaison du Golem, mais son patronyme, Benjamin Jacob Grimm, le désigne comme Juif à partir de 2002.

Avec les X-Men, créés aussi par Jack Kirby et Stan Lee, arrive une nouvelle génération de super-héros qui accompagne discrètement l’évolution de la société américaine, notamment dans le combat pour la reconnaissance des droits civiques et la protection des minorités.

Ancienne Miss Israël 2004, l'actrice israélienne Gal Gadot interprètera Wonder Woman dans le film Batman vs Superman de Zack Snyder.

Will Eisner (1917-2005), pionnier du roman graphique
Après avoir débuté comme illustrateur en 1933, Will Eisner s’associe à Samuel ‘Jerry’ Iger pour créer le Eisner & Iger Studio (1936), atelier de production auquel collaborent de grands noms de l’âge d’or du comic book : Bob Kane, Jack Kirby, Lou Fine et Mort Meskin… Le studio crée son propre syndicat de distribution des strips dans les quotidiens, mais son succès est bref. De 1936 à 1952, Will Eisner a été un des premiers producteurs de comic books.

À partir de juin 1940, Will Eisner crée la série du Spirit, ancien policier devenu détective et qui préfigure un antihéros, parodie des super-héros triomphant dans les comic books, et innove par son style élégant, moderne et énigmatique, ses éclairages expressionnistes. Il sert dans l’US Army de 1942 à 1945, puis reprend The Spirit.

En 1952, il fonde et se consacre à l’American Visual Corporation qui produit essentiellement des manuels pédagogiques pour l’armée américaine.

C’est en 1978 que Will Eisner publie son premier « roman graphique », une expression forgée par Jim Steranko, A Contract with God (Un pacte avec Dieu), un « travail mémoriel » mi-autobiographique et mi-fictionnelle puisant dans ses souvenirs d’enfance pour retracer la vie des immigrants Juifs et leur intégration dans la société américaine de l’avant-guerre. Puis paraissent A Life Force (Jacob le cafard, 1982-1983), The Dreamer (1986) et To the Heart of the Storm (Au Coeur de la tempête, 1990).

Octogénaire, Will Eisner stigmatise les stéréotypes antisémites dans Fagin le Juif et Le Complot, l’histoire secrète des Protocoles des sages de Sion (faux fabriqué à Paris par la police tsariste en 1900-1901 et brillament étudié par Pierre-André Taguieff).

Aux Etats-Unis, l’« Eisner Award » est la plus haute récompense décernée à un auteur de bande dessinée.

Mémoires américaines
Dans l’après-guerre, des artistes Juifs américains s’engagent plus activement dans la politique – combat pour les droits civiques, la libération sexuelle -, abordent la Shoah qui a décimé leurs parentèles européennes et « préparent le terrain pour la narration mémorielle ».

Dans les années 1950, ils ouvrent une voie à la contestation politique par le graphisme. Parmi eux, citons Harvey Kurtzman (1924-1993), fondateur en 1947 avec Elder d’un studio où travailla René Goscinny et en 1952 du magazine satirique pour adultes MAD, qui influencera Goscinny et Gotlib lors de la création de Pilote. Dans la rédaction de ce journal satirique qui joue sur les mots en yiddish et les plaisanteries juives, s’illustrent aussi Al Feldstein associé à Bernard Krigstein pour « mettre en images la confrontation silencieuse d'un rescapé des camps avec son bourreau » (Master Race, 1955). Le personnage d'Alfred E. Neuman était la mascotte de ce magazine américain.

William (Bill) Gaines, éditeur Juif, entreprend un acte pionnier dans le monde de l’horreur, de la science fiction et de la bande dessinée de guerre. Ses publications d’EC (Entertaining Comics) abordent la Shoah et l’antisémitisme aux Etats-Unis.

En 1972, marqué par Master Race et La bête est morte ! (1944) d’Edmond-François Calvo (1892-1958) et de Jacques Zimmermann, Art Spiegelman, né en 1948, initie ce qui aboutira 13 ans plus tard à Maus, « magistral récit de la vie de son père », Juif persécuté par les Nazis, ancien déporté et survivant de la Shoah (1986). Un livre récompensé par le Prix Pulitzer et témoin de l’influence de la Shoah sur la deuxième génération.

Puis Joe Kubert (Yossel, histoire d'un adolescent Juif, ou Jew Gangster), Miriam Katin (On the Radio, Eucalyptus Night ou We are on our own), Bernice Eisenstein (I was a Child of Holocaust Survivors) et Martin Lemelman (Mendel’s Daughter) racontent des destins individuels, réels ou imaginaires liés à la Shoah. Né en Pologne en 1926, Joe Kubert émigre bébé aux Etats-Unis. Il s'illustre lors de l'âge d'or des comics. A 17 ans, il est recruté chez DC comics. Pour St John Publications, il crée Tor. Cet auteur de Hawkman illustre aussi Tarzan. Ce dessinateur est l'auteur notamment de Sgt Rock, Hawkman, d'albums illustrant des épisodes de l'histoire religieuse juive, du roman graphique Yossel. En 1976, il crée la Kubert School à Dover (New Jersey), une école qui forme les étudiants à la bande dessinée et à l'art graphique. Joe Kubert est décédé à l'âge de 86 ans le 12 août 2012.

Autre fait inspirant ces jeunes auteurs : l’histoire des Juifs américains. Né en 1951 à Brooklyn, Ben Katchor a  collaboré au magazine Raw. Il « propose une vision documentée et poétique de l’existence juive à New York » (The Jew of New York - Le juif de New-York, 2000).

Né en 1965 à Manhattan, James Sturm débute en 1990 comme assistant éditorial à Raw auprès d'Art Spiegelman. Il « fonde la National Association of Comic Art Educators pour promouvoir l'art séquentiel ». Il insiste sur « le processus et  l’ambiguïté de l’intégration » (The Golem’s Mighty Swing - Le Swing du Golem, 2001). Ce livre est le dernier opus de la trilogie composée aussi de The Revival (1996) et Hundreds of Feet Below Ground (1998). 

La culture underground « suscite des autobiographies ou des récits fictionnels réservés aux adultes, qui dépeignent des anti-héros en proie à la complexité de l'existence » : les cartoons de Jules Feiffer (Feiffer ; The Unexpurgated Memoirs of Bernard Mergendeiler), American Splendor, récit d’Harvey Pekar aux prises avec un quotidien anonyme et ordinaire, les déballages des Jewish princesses de Long Island, Aline Kominsky-Crumb (Dirty Laundry ; Love that Bunch) et Diane Noomin (Didi Glitz, I Was a Red Diaper Baby).

« Mémoires européennes » et israéliennes
En Europe, c’est à « la fin des années 1970, à l’« ère des témoins », que le récit graphique prend son essor pour mettre en lumière des périodes peu ou mal connues ». Mémoire et imagination engendrent des visions originales du judaïsme et de l'histoire juive. Le récit graphique demeure plus proche de l’histoire que de l’autobiographie.

Bousculant les conventions du genre narratif, Hugo Pratt (1927-1995), dont la mère est juive et qui descend de marranes, conjugue ses souvenirs d'enfance avec son intérêt pour la culture juive, notamment la Kabbale, et les aventuriers (Corto Maltese, Les Scorpions du désert).

Au cours des années 1990, Vittorio Giardino rend hommage à l'engagement politique des Juifs européens – l’espion Juif français Max Fridman agit avant la Seconde Guerre mondiale - et évoque la vie d’un jeune Juif dans la Tchécoslovaquie communiste des années 1950 (Jonas Fink).

En France, Joann Sfar, « héritier d’une double culture juive ashkénaze et séfarade, titulaire d’une maîtrise en philosophie dont le mémoire est consacré au Golem, dramatise l'histoire et les traditions juives (Le Petit Monde du Golem, Le Chat du Rabbin, Les Olives noires, Klezmer) pour mieux les confronter au présent ». Artcurial a proposé le 26 avril 2014 la première vente intégralement consacrée à Joann Sfar. Un succès.

La « narration mémorielle s’étend également aux pays extra-européens, héritiers de la même tradition ».


Né en 1953 à Basavilbaso (Argentine), Jorge Zentner s'inspire de l'histoire de sa famille qui a quitté la Bessarabie pour l'Argentine. Après avoir étudié le journalisme et la psychologie, il a fui la dictature militaire argentine et s'est installé à Barcelone (Espagne). Sa rencontre avec Carlos Sampayo détermine un tournant artistique décisif : il se lance comme scénariste de BD en 1979. Dans Le Silence de Malka (1996), Jorge Zentner et Ruben Pellejero « placent la figure du Golem dans le contexte de l’histoire de l’émigration juive dans les colonies du baron de Hirsch en Argentine ».

En Israël, enfin, Uri Fink, né en 1963, a créé alors qu'il était adolescent un super-héros Sabraman, et est un des premiers à explorer les dilemmes posés par les affrontements politiques : Israël, une région enragée réplique à Palestine, une nation occupée de Joe Sacco.

Avec les artistes du groupe éditeur Actus Tragicus (Rutu Modan, Yirmi Pincus et Mira Friedman) fondé en 1995, Uri Fink ouvre la bande dessinée au roman graphique travaillé par la mémoire du judaïsme européen.


Née en 1966, Rutu Modan est diplômée de l'Académie d'art et de design de Bezalel à Jérusalem. Elle a édité la version en hébreu de Mad Magazine. Elle a été distinguée par le prix du meilleur livre illustré pour enfants décerné par le département de la jeunesse du musée d'Israël en 1998. Son roman graphique Exit Wounds décrit l'Etat d'Israël cible d'attentats terroristes palestiniens.


ADDENDUM

En juillet 2013, une étudiante musulmane de l'université allemande de Duisburg-Essen  a déchiré des photographies du collage fondé sur Exit Wounds de Rutu Modan montrée depuis mai 2013 dans l'exposition What Comics can do! - Recent Trends in Graphic Fiction. Ce collage montrait une manifestation pour la paix en Israël avec une affiche incluant le mot "Shalom" (paix en hébreu).

En février 2014, Marvel, célèbre éditeur américain de BD, publiera le premier volume des aventures de Kamala Khan, superhéroïne musulmane âgée de 16 ans, d'origine pakistanaise et vivant à Jersey City (Etats-Unis). Créée par G. Willow Wilson, artiste américaine convertie à l'islam, Kamala Khan arbore une minirobe bleue indigo zébrée du "S" jaune de la Superwoman, sur un pull à col roulé rouge comme son collant, et est bottée dans le même bleu. Un masque noir dissimule le haut de son visage encadré par une chevelure brune lisse mi-longue. Depuis dix ans, le lancement de héros de BD musulmans n'a pas rencontré de succès : en 2002, Marvel avait proposé Sooraya Qadir alias Dust, superhéroïne musulmane portant un voile ; en 2011, l’éditeur DC Comics a lancé Nightrunner. "C’est l’histoire de Bilal Asselah, un Français musulman d’origine algérienne qui vit à Clichy-sous-Bois, la cité où s’étaient déclenchées les émeutes en 2005. Beaucoup de conservateurs américains se sentaient offensés par le personnage de Bilal. Le même scénario s’est produit avec le héros musulman Baz, publié par DC Comics. Certains conservateurs américains n’hésitaient pas à reprocher à l’éditeur de faire l’apologie du Jihad".


Ancienne Miss Israël 2004, l'actrice israélienne Gal Gadot interprètera Wonder Woman dans le film Batman vs Superman de Zack Snyder. Lors de l'opération Bordure protectrice, elle a soutenu Tsahal par un Tweet.


Selon Maariv, David Yehuda Stern, historien du cinéma, a affirmé  en décembre 2013 que le lapin Bugs Bunny présentait des caractéristiques Juives : créé en 1938 par Leon Schlesinger Productions, ce personnage célèbre s'exprime avec l'accent Juif newyorkais - celui de l'acteur Juif Mel Blanc -, il recourt à "l'humour et à sa présence d'esprit pour éviter toutes les tentatives de l'annihiler". Et si on ôte le "t" final de "rabbit" (lapin, en américain), on obtient "rabbi".


Al-Manar, chaine du mouvement libanais islamiste Hezbollah, a diffusé le 10 février 2014 l'émission Les Juifs, les films, l'Hollywoodisme et le rêve américain alléguant que les Juifs auraient inventé Hollywood afin de "prendre le contrôle de la superpuissance la plus grande au monde, contrôler tous les aspects de la vie quotidienne, et l'exploiter au service des buts Juifs mondiaux". Le personnage de Superman aurait visé à changer l'opinion américaine, et le producteur Carl Laemmle aurait été un des artisans majeurs de cette prétendue stratégie. (Source : MEMRI)


L'exposition L'art des super-héros Marvel a été prolongée jusqu'au 7 septembre 2014 au Musée Art ludique. Signée par l'artiste italien Milo Manara connu par ses BD érotiques, la couverture de la BD de Marvel sur le retour de Spider-Woman, la Femme-araignée, suscite une polémique en raison de son caractère sexy accentué - "corps moulé dans son costume", "pose suggestive" -, loin de la création imaginée par Dennis Hopeless et le dessinateur Greg Land.


Arte a diffusé le 1er octobre 2014 le numéro "Au coeur de la nuit" consacré au dessinateur et cinéaste Joann Sfar et au graphiste espagnol Javier Mariscal se promenant à Barcelone (Catalogne, province espagnole) et dialoguant notamment sur Miró et sur le cinéaste et auteur de chansons, Serge Gainsbourg.


Le 28 janvier 2015 à 20 h, la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild organisera la rencontre "BD et judaïsme, une nouvelle alliance. La nouvelle bande dessinée israélienne", avec  Asaf Hanuka, Tomer Hanuka, et Gilad Seliktar, auteurs, ainsi que Boaz Lavie, scénariste, Didier Pasamonik, éditeur, Jean-Claude Kuperminc, directeur de la Bibliothèque de l'AIU : "Ils ont à peine trente ans et représentent le meilleur de la bande dessinée israélienne d’aujourd’hui. A la veille de leur passage au 41e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, ils nous présentent leurs dernières productions: Asaf Hanuka pour Ko à Tel Aviv aux éditions Steinkis (nominé à Angoulême 2015), Tomer Hanuka pour Le Divin avec Asaf Hanuka et Boaz Lavie, sur un scénario de Boaz Lavie, aux éditions Dargaud, et Gilad Seliktar pour Tsav 8 aux éditions Çà et là". Le 29 janvier 2015, à 17 h, la Librairie Les Super Héros accueillera une séance de dédicaces avec les auteurs Asaf et Tomer Hanuka sur la Nouvelle BD israélienne: Asaf et Tomer Hanuka. "Asaf et Tomer Hanuka sont jumeaux, ils ont étudié la bande dessinée (Asaf à Lyon, Tomer à New-York) et souvent collaboré ensemble, notamment sur les séquences oniriques du film Valse avec Bachir de David Polonsky, ou encore pour la BD Bipolar (2000-2005) ".

Le 28 janvier 2015 à 20 h, la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild de l'Alliance israélite universelle (AIU) a organisé la rencontre "BD et judaïsme, une nouvelle alliance. La nouvelle bande dessinée israélienne", avec  Asaf Hanuka, Tomer Hanuka, et Gilad Seliktar, auteurs, ainsi que Boaz Lavie, scénariste, Didier Pasamonik, éditeur, Jean-Claude Kuperminc, directeur de la Bibliothèque de l'AIU. Le 29 janvier 2015, à 17 h, la Librairie Les Super Héros a accueilli une séance de dédicaces avec les auteurs Asaf et Tomer Hanuka sur la Nouvelle BD israélienne: Asaf et Tomer Hanuka. "Asaf et Tomer Hanuka sont jumeaux, ils ont étudié la bande dessinée (Asaf à Lyon, Tomer à New-York) et souvent collaboré ensemble, notamment sur les séquences oniriques du film Valse avec Bachir de David Polonsky, ou encore pour la BD Bipolar (2000-2005) ".


Le 8 novembre 2015, Arte diffusa L'incroyable histoire de Superman, documentaire de Kevin Burns.



Le 5 avril 2016 à 20 h 30, le Centre Medem-Arbeter Ring proposa une rencontre avec Annette WIEVIORKA et et Didier PASAMONIK pour une représentation des Juifs dans la BD. Annette WIEVIORKA est historienne, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de l’histoire de la Shoah et de l’histoire des Juifs au XXème siècle, et Didier PASAMONIK est éditeur, directeur de collection, journaliste et commissaire d’expositions, spécialiste incontesté de la bande dessinée.

Le 7 mars 2018 à 19 h, dans le cadre de la saison culturelle de la ville de Nogent-sur-Marne, a été inaugurée à la Maison de la Culture Juive de Nogent-sur-Marne, en présence de  M. Jacques JP Martin, Maire de la ville, l’exposition « Identité Juive et Bande dessinée ». Le vernissage a été suivi par la conférence de David Unger. "L’exposition a été conçue par le Fonds Social Juif Unifié (FSJU) dans le cadre d’un projet de « caravane culturelle » qui apporte ainsi aux centres culturels régionaux, un support iconographique clé en main".

Pour rendre hommage à Stan Lee, décédé le 12 novembre 2018, l'éditeur américain Marvel a apposé, sur "toutes les couvertures des titres publiés entre le 19 décembre 2018 et le 9 janvier 2019, un bandeau noir, comme un brassard porté en signe de deuil." Une manière assez sobre de saluer l'influence et l'importance de cette figure devenue une incarnation humaine des créations de la Maison des Idées, au fil des années et des caméos dans les adaptations. Les comics de différents personnages, créés par Stan Lee lui-même ou non, sont ornés du bandeau noir : Captain America, Captain Marvel, Shuri, Spider-Man, ou encore l'équipe X-Force."





Du 6 juillet au 18 septembre 2016

Au Camp des Milles, musée d'histoire et des sciences de l'homme
 40, chemin de la Badesse. 13547 Aix-en-Provence
Tél. : + 33 (0) 4 42 39 17 11
Tous les jours de 10 h à 19 h  

Jusqu'au 13 novembre 2011
Au musée Juif de Stokholm (Judiska Museet i Stockholm)
Box 6299, 102 34 Stockholm
Hälsingegatan 2, Stockholm
Tél. : 08-55 77 35 63
Tous les jours, sauf le samedi, de 12 h à 16 h

Jusqu’au 8 août 2010
Lindenstraße 9-14, 10969 Berlin, bâtiment ancien, Niveau 1.
Tél. : +49 (0)30 259 93 300.
Tous les jours de 10h à 20h ; nocturne jusqu’à 22h le lundi.

Alexander Braun, Paul Buhle, Ole Frahm, Galit Gaon, Jens Meinrenken, Andreas Platthaus, Trina Robbins, Helden, Freaks und Superrabbis. Die jüdische Farbe des Comics. The Jewish Museum Berlin. 128 pages. 19,80 euros, ISBN : 978-3-9813045-1-0

Reportage d’Arte sur l’exposition au MAHJ

Anne Hélène Hoog, Hetty Berg, Didier Pasamonik et Edward Portnoy, De Superman au Chat du Rabbin, bande dessinée et mémoires juives. MAHJ, 2007. 64 pages, quadri. 18 euros.


Visuels de haut en bas : © DR
Affiche de l'exposition au Jüdische Museum Berlin

The War Scare in Hogan’s Alley. Richard Felton Outcault, in: New York World, 15. März 1896
© Denis Kitchen Art Agency, Shutesbury, MA, USA

That’s My Pop! Milt Gross, in: The Sunday Mirror, 12. Mai 1941
© Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, Paris

Superman, Nr. 26, Januar/Februar 1944. Jerome Siegel, Joe Shuster
© 2010 DC Comics

Captain America, Nr. 1, daté de mars 1941 et publié en décembre 1940 avec Adolf Hitler en couverture.
Marvel Characters

Daredevil, Nr. 1, Juli 1941. Bob Wood, Charles Biro
TM & © MARVEL

The Incredible Hulk, Nr. 134, Dezember 1970. Stan Lee, Jack Kirby
TM & © MARVEL

Will Eisner in his Studio. Will Eisner, in: The Sun, 3. Mai 1942
© Sammlung Alexander Braun

The Spirit and the Immigrants. Will Eisner, Aquarell, 1999/2000
The Spirit is © and ® by Will Eisner Studios, Inc. and used with permission

A Contract with God and Other Tenements Stories. Will Eisner, 1975–78
© Sammlung Ann Eisner

Le premier numéro du magazine Mad en 1952

L'intégrale de Maus par Art Spiegelman

The Jew of New York (Seite 6). Ben Katchor, Wasserfarben auf Xerox-Druck , 1992
© Leihgabe des Künstlers

The Golem’s Mighty Swing (Ausschnitt). James Sturm, Mischtechnik, 2000
© Sammlung Alexander Braun

Heeb Magazin, 2006. Aline Kominsky-Crumb, Robert Crumb, Aquarell
© Courtesy David Zwirner, New York

Fable de Venise de Hugo Pratt

Le Chat du rabbin, La Bar-Mitsva, 2001 (Ausschnitt). Joann Sfar
© Edition Dargaud, Paris

Le silence de Malka de Jorge Zentner et Ruben Pellejero

Sabraman, Nr. 1 November 1978. Uri Fink
© Leihgabe des Künstlers

Aus: Rutu Modan: "Blutspuren"
© Rutu Modan / Edition Moderne 2008

Les  citations sont extraites du catalogue publié par le MAHJ.

Articles sur la BD publiés dans ce blog :
- Affaire al-Dura/Israël
- Aviation
- Chrétiens
- Culture, notamment Du Panthéon à Buenos Aires, chroniques illustrées de René Goscinny et
Astérix au musée de Cluny
 - France
- Judaïsme/Juifs
- Monde arabe/Islam
- Shoah (Holocaust)
Cet article a été publié la première fois le 31 juillet 2010 et modifié le 29 décembre 2013.
Il a été republié le :
- 18 décembre 2011 à la mémoire de Joe Simon, co-auteur avec Jack Kirby du héros Captain America, décédé à l'âge de 98 ans, le 14 décembre 2011 ;
- 16 août 2012 à la mémoire de Joe Kubert décédé à l'âge de 86 ans le 12 août 2012. Ce dessinateur est l'auteur notamment de Sgt Rock, Hawkman, d'albums illustrant des épisodes de l'histoire religieuse juive, du roman graphique Yossel ;
- le 20 août 2012.
- 1er janvier 2013 alors que France 3 diffuse Superman Returns ;
- 16 juin 2013 alors que Superman a été publié pour la première fois en juin 1938, alors que sort aux Etats-Unis le film Superman Man of Steel et que France 4 diffusera ce soir à 20 h 40 Superman Returns ;
- 8 juillet et 14 novembre 2013 ;
- 5 décembre 2013. Le 7 décembre 2013 à 14 h 35, Arte diffusa un numéro de Metropolis consacré à Tel-Aviv. L'illustrateur Michel Kichka est l'un des artistes interviewés ;
- 29 décembre 2013 ;
- 31 janvier 2014. Arte diffusa les 1er et 20 février 2014 le premier épisode de la série documentaire Super-héros : l'éternel combat, de Michael Kantor ;
- 27 février, 26 mars, 25 avril, 27 août et 5 octobre 2014, 28 janvier, 17 avril et 7 novembre 2015, 5 avril 2016, 12 août 2016, 7 mars 2018.