dimanche 13 novembre 2016

« Les Jeux d’Hitler. Berlin 1936 » par Jérôme Prieur


 La XVIIe édition du Moise documentaire organise le 13 novembre 2016, au Mémorial de la Shoah la projection de « Les Jeux d’Hitler. Berlin 1936 » (Spiele Zur Feier Der Xi. Olympiade), documentaire de Jérôme Prieur. A « l'été 1936, les Jeux Olympiques de Berlin offrent au monde l'image » d'une Allemagne nazie « ouverte et pacifique », alors qu’elle persécute les Juifs et ses opposants politiques - syndicalistes, communistes, socialistes - internés.


Le 1er août 1936, le führer Adolf Hitler accueille, dans un immense stade - les prix des places sont très élevés - récemment construit par "des chômeurs sous-payés et des jeunes astreints au travail obligatoire", le monde entier : membres du CIO (Comité international olympique) et athlètes. Sur un fond musical associant Strauss et Haendel. 

Rondes et arabesques exécutées par des femmes, culbutes et sauts de moutons assurés par des hommes, et danse féminines se succèdent au centre de l'immense stade berlinois. Le tout filmé par Leni Riefenstahl (1902-2003) sous un ciel nuageux.

XIe Olympiade
En 1931, avait été donné à Berlin la XIe Olympiade de 1936. En Suisse, le comte Henri de Baillet-Latour (1876-1942), troisième président du CIO, s'était agacé de la volonté du gouvernement allemand national-socialiste de politiser ces Jeux. Pour le parti nazi, ces Jeux olympiques "symbolisent sa conquête du monde".

Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, des organisations juives et des journaux avaient prôné le boycott et proposé des contre-Olympiades à Barcelone (Espagne). En vain. Aucune grande puissance n'a voulu d'une crise politique avec l'Allemagne nazie.

Le 7 juin 1936, l'écrivain et dessinateur allemand Heinrich Mann (1871-1950), frère du romancier Thomas Mann, a lancé à Paris un appel contre ces Jeux olympiques politisés, contre des "gladiateurs bouffons d'un dictateur qui se prend pour le maître du monde".

En 1936, trois ans après l'arrivée au pouvoir des Nazis, Berlin « était une ville magnifique, cosmopolite, où régnait une douceur de vivre sans égale. Les Allemands brillaient par leur raffinement, les policiers par leur plurilinguisme. Et le maître de ce pays de cocagne, Adolf Hitler, n'était finalement qu'un despote éclairé, pacifique... » Avec Albert Speer, Hitler veut marquer la ville de bâtiments durables, à l'image du Capitole romain. Des immeubles ont été repeints. Les affiches haineuses sont bannies. Le jazz et la presse étrangère sont réintroduits. But : rassurer.

Durant « les quinze jours qu'ont duré les Jeux olympiques de Berlin, l'Allemagne nazie a tout fait pour présenter cette image au monde. Elle y est parvenue. CIO, gouvernants, public : tous sont tombés sous le charme maléfique de ces Jeux ». Gitans, prostituées et, plus généralement, tous ceux que le régime nazi ne veut pas voir à Berlin sont éloignés de la ville. La persécution des Juifs est suspendue provisoirement, le temps des Jeux olympiques à Berlin. Environ 300 millions d’auditeurs entendent les retransmissions radiophoniques sur les événements faisant vibrer le stade. Mais la foule de touristes étrangers espérée par le régime nazi n'est pas au rendez-vous de ces Jeux olympiques.

Au centre de forêts, prairies et étangs, le village olympique accueille près de Berlin des athlètes émerveillés notamment par la propreté et des équipements modernes.

Déçue par la mise en scène de l'allumage de la flamme olympique, la cinéaste Leni Riefenstahl conçoit une mise en scène plus conforme à l'idéologie nazie en dirigeant un athlète, grec d'origine russe, mais au type aryen. C'est sur ses fonds que Goebbels (1897-1945), ministre de la Propagande, finance le film de cette réalisatrice qui multiplie les angles de prises de vue, "exalte la chorégraphie du geste, filme au ralenti, utilise un travelling en continu", et montre à peine Hitler. Le budget : quatre fois celui d'un film. Deux ans de montage ont été nécessaires.

« Aujourd'hui, le triomphe de l'athlète » noir américain Jesse Owens « (quatre médailles d'or) semble consacrer la victoire du sport et de l'idéal olympique. Mais cette belle histoire n'est qu'un arrangement avec la réalité... »

Les « Jeux de Berlin ne furent qu'un instrument décisif dans la prise de contrôle de la société par le parti national-socialiste, offrant en même temps une vitrine grandiose pour la reconnaissance internationale de l'Allemagne nazie » qui interne ses opposants politiques - socialistes, communistes - et les Juifs (lois de Nuremberg "sur la protection du sang et de l'honneur allemand"). L'Allemagne nazie remporte 33 médailles.

Au moins treize athlètes juifs, venant de pays différents, ont remporté des médailles. Tous les sportifs juifs participant à ces Jeux olympiques, d'été et d'hiver, avaient à cœur de prouver, par leurs exploits, combien l'idéologie nazie antisémite était infondée et dangereuse. Certains athlètes (demi-)juifs allemands sont éliminés arbitrairement d'épreuves ou servent de caution au régime totalitaire.

Certains athlètes ayant participé à ces Jeux ont péri, comme juifs ou/et résistants lors de la Seconde Guerre mondiale. Lors des Jeux olympiques d'hiver en 1936 à Garmisch-Partenkirchen, Bronisław « Bronek » Czech (1908-1944) finit à la 16e place du combiné nordique, à la 20e position du ski alpin, à la 33e place du saut à ski et de l'épreuve de ski de fond de 18 km et enfin à la septième position du relais de ski de fond 4 × 10 km.

Opération de propagande
Ce documentaire « instructif montre comment Hitler a su duper ses hôtes ». Images de bals, de gens se délassant sur les plages... C'est une vie "normale" et agréable dans un Reich allemand idéalisé que démultiplient des films et des brochures allemands.

« S'appuyant sur de nombreux films amateurs inédits, des extraits d’Olympia (Les dieux du stade) de Leni Riefenstahl ou des archives d'actualités officielles, le passionnant film de Jérôme Prieur décrypte cette gigantesque opération de propagande commencée dès 1933 ».  

Jérôme Prieur « retrace en détail la préparation, l'orchestration et la mise en scène d'un spectacle qui fut bien moins sportif que politique ».

Ce qui s'avère navrant est que, malgré les nombreux essais historiques et documentaires sur ces Jeux, les journalistes et documentaristes français "politiquement corrects" rechignent à voir, à analyser et à désigner par exemple la propagande de l'Autorité palestinienne. Ainsi, a l'approche des Jeux olympiques 2016 à Rio de Janeiro (Brésil), des médias, tel CBCont allégué que Mary al-Atrash, nageuse palestinienne, ne pouvait pas suivre un entrainement en piscine olympique en raison de "l'Occupation".

Or, cette sportive a refusé de déposer une demande pour s’entraîner à Jérusalem, et aurait pu s’entraîner dans la piscine olympique de Naplouse (Shehem). Et des athlètes américains s’entraînent dans des bassins non olympiques.

« Les Jeux d’Hitler. Berlin 1936 », de Jérôme Prieur
Arte France, Roche Productions, France Télévisions, Région Ile-de-France, 2015, 87 min
Texte lu par Denis Podalydès
Sur Arte les 23 août à 20 h 55, 29 août à 9 h 25, 8 septembre à 9 h 30, et 6 octobre 2016 à 9 h 20

Visuels 
Adolf Hitler pendant les Jeux Olympiques de 1936
La cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de 1936
Berlin pendant les Jeux Olympiques de 1936
Le stade olympique de Berlin pendant les Jeux Olympiques de 1936
DR

Arrivée de la flamme Olympique au Lustgarten
© Bundesarchiv/O. Ang

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Les citations proviennent d'Arte et du documentaire. Cet article a été publié le 23 août 2016.

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