Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

vendredi 16 novembre 2018

Oran Hoffmann


Dans le cadre de la Saison France-Israël, le photographe-sculpteur et peintre israélo-néerlandais Oran Hoffmann présente pour la première fois ses œuvres en France, à Aix-en-Provence. Des œuvres « en dialogue » avec celles de l’artiste co-exposant - Bernard Plossu -, ayant donné son nom aux lieux de ses expositions ou inspirées par elles : Cézanne et Vasarely.


Oran Hoffmann est un artiste israélien né en 1981 au kibboutz Sarid.

« Après avoir étudié à la Gerrit Rietveld Academy d’Amsterdam, au département photographique, il concentre son travail sur la photographie conceptuelle autonome. Il rejoint ensuite la Bezalel Academy of Art and Design où son intérêt se tourne vers les représentations sculpturales qu’il construit et photographie ».

« La question comment positionner ma pratique artistique dans le champ de la photographie m’a poussé à m’interroger sur mon statut d’artiste celui d’un sculpteur qui photographie ou celui d’un photographe qui sculpte. Cette question constitue le cœur et l’indispensable cadre conceptuel qui réunit mes différents projets. Cette procédure est, je crois, essentielle pour surmonter les stigmatisations qu’on applique à « un artiste émergent » et établir ainsi une entrée plus profonde dans mon travail et qui pourra ainsi être respecté en tant qu’œuvre », a déclaré Oran Hoffmann. 

Oran Hoffmann a été distingué par divers Prix dans ces deux pays, notamment par la Netherlands Foundation for Visual Arts, Design and Architecture (2007) et la Bezalel Academy of Art and Design à Jérusalem (2010).

La Biennale de Venise 2009 a montré ses œuvres.

Oran Hoffmann vit et travaille à Tel Aviv et à Amsterdam.

Ses œuvres ont rejoint des collections publiques et privées en Israël, Europe et aux Etats-Unis.

Dans le cadre de la saison France-Israël, trois lieux exposent simultanément les œuvres de l’artiste Oran Hoffmann présente son travail pour la première fois en France. A Aix-en-Provence, la Fondation Vasarely, l’Atelier Cézanne et la « La Non-Maison » lui offrent de beaux espaces.

L’occasion de découvrir les œuvres d’Oran Hoffmann.

A l’atelier de Paul Cézanne, où Oran Hoffmann a été autorisé de travailler, l’artiste israélien « s’est immergé dans le lieu, pour proposer, par le biais de la photographie, une manière d’appréhender l’œuvre du maître ».

« Pour moi, l’œil de Cézanne est plus complexe qu’une vision unique, c’est une lentille qui plie la vision en plans multiples. Ainsi, il est donc quasi impossible par la photographie, de transmettre sa conception de l’apparence des choses, fussent-elles un bol de pommes, ou la montagne Sainte-Victoire. »

A La Non-Maison, micro centre d’art, l’exposition collective associe œuvres d’Oran Hoffmann et du photographe français Bernard Plossu. « Hoffmann y présente une série de photographies dans lesquelles la géométrie des balises rouges et les lignes noires à haute tension contraste avec le paysage, jaune et bleu, du désert de Judée en Israël. A ces photographies font échos les poteaux électriques qui caractérisent les photographies en noir et blanc de Bernard Plossu ».

« A l’issue de son invitation en résidence d’artiste par Michèle Cohen, directrice de la Non-Maison  à Aix en Provence en 2017, Oran Hoffmann a réalisé un travail in situ au sein de la Fondation  Vasarely pendant un an ».  

La Fondation Vasarely, propose « Simulations et Illusions – Oran Hoffmann ». Des œuvres qui explorent et interprètent l’œuvre du plasticien Victor Vasarely et dont le résultat est le fruit d’une appropriation personnelle de matériaux originaux, originellement employés par Vasarely pour la réalisation d’œuvres monumentales et conservés dans les archives de la Fondation ».

« La publication, sous forme d’index, éditée pour l’exposition met en exergue l’abondance et la variété de ces matériaux et conclue le travail d’Oran Hoffmann après un an de recherches au sein de cette institution ».

Pour Oran Hoffmann, « l’œuvre de Victor Vasarely est conceptuellement fascinante en cela qu’elle suggère une autre façon de voir. L’utilisation de matériaux originaux du plasticien et mon implication dans sa façon de concevoir l’art, m’ont conduit à une compréhension renouvelée de son travail ». 

Les sculptures d’Oran Hoffmann «  créées font à la fois référence à la production de Vasarely et mettent en lumière de nouvelles perspectives ».


Du 21 septembre au 20 novembre 2018
Jas de Bouffan
13096 Aix-en-Provence
Tél. : +33 (0) 442 200 109
Tous les jours de 10 h à 18 h

« Ken Loach, un cinéaste en colère » par Louise Osmond


« Ken Loach, un cinéaste en colère » (Das Kino des Ken Loach. Wut, Mut und Menschlichkeit) est un documentaire de Louise Osmond. « De « Kes (1969) à « Moi, Daniel Blake » (2016), retour sur le parcours d'un cinéaste britannique sans concession, qui mêle intimement, et avec une énergie farouche, cinéma et luttes sociales depuis un demi-siècle ». Ancré à gauche, ce réalisateur militant, naturaliste, primé notamment au festival de Cannes, représente une (extrême-)gauche fossilisée, antijuive, appelant aux boycotts d’Israël. Arte diffusera le 16 novembre 2018, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst), "Ken Loach en Irlande / Namibie / Washington" (Mit Ken Loach in Irland / Namibia / Washington) par Fabrice Michelin. 
  

Né en 1936, Ken Loach étudie le droit à Oxford et joue dans la troupe Oxford Revue. 

Postures militantes
Il « a fait ses premières armes de réalisateur engagé dans la seconde moitié des années 1960 sur la BBC, à travers une série de téléfilms imprégnés de réalisme documentaire (Up the junction, Cathy come home...), dans lesquels il capte la vie ouvrière », la pauvreté créant des familles sans domicile fixe.

En 1969, Kes, film parlé en dialecte du Yorkshire, rend célèbre ce réalisateur membre du Parti travailliste. En 1999, ce film est inscrit par le British Film Institute en septième position dans la liste des meilleurs films britanniques du XXe siècle.

Les longs métrages réalisés dans les années 1970 et 1980 » - Family Life (1971), The Price of Coal (1977) - « rencontrent un moindre succès, mais confortent sa réputation.

« Pendant la décennie thatchérienne, il s'empare des luttes sociales en cours », notamment celles des mineurs, « dans des documentaires militants, mais se heurte à la frilosité des diffuseurs ». 

Collaborant avec l’écrivain Jim Allen, Ken Loach devait mettre en scène Perdition, qui alléguait qu’un mouvement sioniste en Hongrie aurait aidé les Nazis dans la Shoah en échange de l’émigration de quelques Juifs en Palestine sous mandat britannique. En janvier 1987, 36 heures avant sa première représentation au Royal Court Theatre, la pièce de théâtre est retirée de la programmation à la suite de protestations dans le monde et d’accusations d’antisémitisme.

La « traversée du désert prend fin en 1990 avec Secret défense, Prix du jury à Cannes et coup d'envoi d'une longue succession de triomphes, entre fresques historiques (Le vent se lève) et drames sociaux (Ladybird, Sweet sixteen) ».

Vers le milieu des années 1990, Ken Loach quitte le parti travailliste, et est élu en 2004 au conseil national de la Coalition Respect, mouvement gauchiste et antisioniste créé par Salma Yaqoob et George Monbiot, dont il s’éloignera.

Sweet sixteen
"Greenock, petite ville portuaire d'Écosse sinistrée par les années Thatcher. Flanqué de son meilleur ami Pinball, Liam avance dans l'existence en dissimulant sous une éternelle casquette deux yeux brillants d'espièglerie et de rage. Car entre un beau-père violent et une mère droguée qui soigne sa dépendance en prison, Liam n'en finit plus d'encaisser des bleus à l'âme et au corps. Mais envers et contre tout, il caresse l'espoir de lendemains meilleurs. Il s'est mis en tête d'offrir à sa mère, qui doit sortir de prison pour fêter ses 16 ans, une caravane au bord de l'eau... L'itinéraire d'un jeune garçon livré à lui-même et lancé dans une quête du bonheur à l'issue tragique... Signé Ken Loach, un drame bouleversant qui puise aux sources de la chronique adolescente".

"Ce qui frappe d'abord dans Sweet sixteen, c'est sa force vitale. Ici, tout est cassures, violences, élans d'espoir et déferlantes d'émotion. Les personnages tirent leur force dramatique de leur authenticité. S'ils possèdent le goût salé de la réalité, c'est peut-être que Ken Loach a choisi pour les incarner des interprètes pour la plupart non professionnels, issus de la région sinistrée qu'il décrit. Avec ses postures et sa verve, le jeune Martin Compston incarne un Liam criant de vérité. Autour de la figure centrale de son héros, un ange promis à la déchéance, Ken Loach signe une dénonciation féroce du système libéral à l'anglaise, dont les exclus se réfugient dans la délinquance et la drogue. Liam est ainsi le symptôme d'un monde déserté par les adultes, dans lequel la désespérance se refile comme une maladie contagieuse. Tout en faisant ce constat amer, Ken Loach s'offre des échappées du côté du burlesque : à la dureté du monde des adultes, Liam oppose ses facéties et ses provocations toutes juvéniles, avant de basculer dans la tragédie. Ce Kid version écossaise des années 2000 a tout pour émouvoir".

Cannes
En 2006, la Palme d’Or du Festival de Cannes est décernée par The Wind That Shakes the Barley, de Ken Loach. Un film sur la guerre d’indépendance irlandaise.

En 2007, avec cent artistes et écrivains, Ken Loach a signé une lettre ouverte appelant le Festival international du film LGBT à San Francisco à se soumettre aux appels pour le boycott mondial des institutions politiques et culturelles israéliennes en mettant un terme au sponsoring du consulat israélien de ce festival. Il a aussi rejoint « 54 personnalités internationales littéraires et culturelles, signataires d’une lettre alléguant que « célébrer les 60 ans de l’Etat d’Israël est équivalent à danser sur les tombes palestiniennes sur l’air obsédant de la dépossession persistante et de l’injustice aux multiples facettes ». Une lettre publiée le 8 mai 2008 par The International Herald Tribune.

Au début de l’Opération israélienne Plomb durci contre le mouvement terroriste Hamas dans la bande de Gaza (2008-2009), Ken Loach a considéré qu’un rapport montrant la montée de l’antisémitisme « faisait diversion » : « S’il y a une montée de l’antisémitisme, je n’en suis pas surpris. En fait, c’est parfaitement compréhensible car Israël alimente des sentiments d’antisémitisme… Nul ne peut approuver la violence ».

En mai 2009, après avoir parlé avec Loach, les organisateurs du Festival international du film d’Edimbourg (EIFF) a rendu 300 £ à l’ambassade d’Israël. Loach soutenait un boycott du festival prôné par la Campagne palestinienne pour les boycotts académique et culturel d’Israël (PACBI). Alors directeur de Channel 4, Sir Jeremy Isaacs a qualifié l’intervention de Loach de « censure ». Le Festival a déclaré payé, sur son budget, le voyage de la réalisatrice israélienne Tali Shalom-Ezer. Loach a écrit à Tali Shalom-Ezer pour expliquer sa position. Il a aussi souligné que « le boycott vise l’Etat d’Israël ». C’est donc l’existence même de l’Etat juif que refuse Ken Loach.

En 2009, Loach, l’écrivain Paul Laverty et la productrice Rebecca O’Brien ont retiré leur film Looking for Eric du festival international du film de Melbourne dont l’ambassade d’Israël était un des mécènes, après que ce festival ait refusé de retiré ce sponsorat. Directeur du festival, Richard Moore a estimé que les tactiques de Ken Loach étaient du chantage.

Ken Loach est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine fondé en 2009 par Ken Coates, président de la Fondation Bertrand Russell pour la Paix, Nurit Peled, une israélienne enseignant à l'Université hébraïque de Jérusalem, et Leila Shahid, déléguée générale de l'Autorité Palestinienne auprès de l'Union Européenne. Inauguré par Stéphane Hessel, il visait sous couvert de régler le « conflit israélo-palestinien » à diffamer et ostraciser l’Etat Juif.

En mai 2010, lors d’une interview, Ken Loach a listé les trois films qui l’ont influencé le plus : Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica (1948), Les Amours d’une blonde de Miloš Forman (1965) et La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (1966). Le point commun ? Des films sur « des gens ordinaires et leurs dilemmes ».

En décembre 2010, Ken Loach a soutenu le droit à la sécurité pour Julian Assange.

En 2012, a condamné dans The Observer le Globe Theatre pour avoir autorisé une compagnie théâtrale israélienne à y jouer.

En mars 2013, avec Kate Hudson et Gilbert Achcar, Ken Loach a œuvré pour un nouveau parti d’extrême-gauche qui a été créé en novembre 2013 sous le nom de Left Unity.

En 2014, il a soutenu l’indépendance de l’Ecosse, puis de la Tchétchénie.

En 2015, « l'écrasante victoire des conservateurs aux élections législatives et leurs premières mesures l'arrachent à sa brève retraite ». 

En mai 2016, lors de la deuxième édition du Festival Ciné-Palestine co-organisé par l’Institut du monde Arabe à Paris, il a appelé de nouveau au boycott de l’Etat juif et a déploré de ne pas entendre les voix des Palestiniens dans les médias. 

« Palme d'or du dernier Festival de Cannes, Moi, Daniel Blake (en salles le 26 octobre) atteste d'un esprit de révolte inaltéré, ébauché sur les bancs d'Oxford, où le fils d'ouvrier tory prend conscience, au contact de la future classe dirigeante, des inégalités qui régissent le monde ».

« Le Festival de Cannes, en attribuant la Palme d’or à son dernier film, I, Daniel Blake, a pris le parti d’une récompense politique, et le discours de réception du réalisateur se voulait tel… Plus profondément, Loach est la parfaite illustration de la difficulté, pour la gauche européenne, de concilier sa détestation du « néo-libéralisme » avec la réalité des faits… On peut s’opposer au gouvernement de Cameron et à sa politique, mais doit-on le faire avec une telle mauvaise fois ni rien proposer de concret ? », a écrit Laetitia Strauch-Bonart, dans Le Point (27 mai 2016).

Et de poursuivre : « Mais les solutions pratiques intéressent moins Loach que le cri de révolte stérile, car ce cri est source de réconfort pour son auteur et son public. Loach et ses fans cannois ne s’embarrassent pas de contradictions : il se dit fer de lance d’« un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants », alors qu’il est lui-même un de ces puissants ; Cannes dénonce (régulièrement) la misère du monde depuis un promontoire de paillettes. On peut tout à fait être riche et de gauche, mais peut-on être riche, de gauche et passif devant cette misère ?... Loach est ce qu’on appelle en anglais un armchair liberal : un « progressiste de fauteuil ». Son but n’est pas réellement d’agir, mais de montrer sa supériorité morale en dénonçant la supposée abjection des autres. Que signifie Ken Loach ? Beaucoup de choses de notre temps : la persistance d’une gauche old school manichéenne ; les délices de la morale facile ; la propension étrange des artistes à se prendre pour de fins commentateurs – et du public, malheureusement, à les écouter ».
          
En 2016, Ken Loach a réalisé le documentaire In Conversation with Jeremy Corbyn, leader d’un parti travailliste gangrené par un antisémitisme qu’il refuse de reconnaître et de combattre.

On s'interroge : comment Ken Loach, documentariste qui se veut fidèle à la réalité, peut-il ânonner tant de mensonges diffamant l'Etat d'Israël ?

En juillet 2017, Ken Loach a demandé au groupe musical américain Radiohead de ne pas se produire en Israël.

Le 18 juillet 2017, Ken Loach a annoncé que les revenus de la diffusion de ses films en Israël iront au BDS (Boycott désinvestissement sanction). Dans une tribune publiée par le Guardian, il co-écrit  avec Paul Laverty et Rebecca O’Brien de Sixteen Films :
"We fully support the aims of the Boycott, Divestment and Sanctions movement as an expression of the grassroots call in Palestine for solidarity against the Israeli state’s breach of international law (Ken Loach at centre of new storm over Israel boycott, 15 July). Omar Barghouti, co-founder of the BDS movement, said: “Inspired by the cultural boycott of apartheid South Africa, BDS expects and appeals to conscientious artists to refrain from performing in Israel or participating in events that are sponsored by Israel or by entities that are complicit in Israel’s egregious human rights violations until it meets its obligations under international law.”
We have always respected this appeal and have encouraged other people working in the arts to do the same. We reject the allegation that any of us have exempted ourselves from the cultural boycott. Our film I Daniel Blake was sold to Israel by our sales agent, and is showing there now.
We are in regular contact with the BDS movement and the issue of our films being shown there has never been raised. We will speak to them again now and seek their advice. We will guarantee that every penny from the sale of I Daniel Blake that comes to Sixteen Films or the sales company from the Israeli distributors will go to grassroots Palestinian organisations fighting oppression, after consultation with the BDS movement".
Personnalité duale
« De son enfance dans les Midlands au tournage de son dernier opus, la réalisatrice Louise Osmond passe en revue le singulier parcours d'un cinéaste aussi révéré qu'abhorré par une partie de la critique et du public. Aux précieux extraits de son imposante filmographie se mêlent des interviews avec sa famille et ses collaborateurs (le producteur Tony Garnett, l'acteur Cillian Murphy, le scénariste Paul Laverty...), qui éclairent sa personnalité duale de subversif aux douces manières, autant que ses méthodes de travail, qui le poussent à cacher le script à ses acteurs et à tourner chronologiquement, au plus près du réel ». 

Dirigeant de sa maison de production Sixteen Films à Soho, Ken Loach « lui-même replonge avec malice et émotion dans ses souvenirs, évoquant ses convictions en même temps que ses renoncements ou ses blessures, dont la perte de son deuxième fils dans un tragique accident de voiture ».

Docteur honoris causa de ULB
Le 26 avril 2018, les insignes de « Docteur Honoris Causa » de l’Université libre de Bruxelles (ULB) ont été remis à Ken Loach, malgré l'indignation d'associations juives belges.

La veille, Charles Michel, "dirigeant libéral francophone, a commenté cette polémique au cours d’une visite à la Grande synagogue de Bruxelles pour les 70 ans d’Israël". « Notre fermeté doit être totale. Aucun accommodement avec l’antisémitisme ne peut être toléré. Quelle que soit sa forme. Cela vaut aussi pour ma propre alma mater », a affirmé M. Michel, université où cet avocat a étudié le droit.

"En cause, selon l’ULB, des propos tenus par Ken Loach dans une interview en septembre 2017 à la BBC, en marge d’un congrès du parti travailliste (Labour) au Royaume-Uni. A la question de savoir si nier l’Holocauste était acceptable, le cinéaste engagé à gauche avait répondu : « Je pense que l’histoire est là pour être discutée par nous tous […]. La fondation de l’Etat d’Israël, basée sur le nettoyage ethnique, peut être débattue par nous tous, le rôle d’Israël aujourd’hui est à débattre, donc n’essayez pas de noyer cela sous de fausses accusations d’antisémitisme ».

"Des propos qu’il avait cherché à éclaircir quelques jours plus tard, selon Libération, à travers deux tweets : « L’Holocauste est aussi réel que la Seconde Guerre mondiale elle-même et ne peut être remis en cause. Mais l’histoire appartient à nous tous, a-t-il dit, seul un esprit retors oserait suggérer que je puisse soutenir des révisionnistes, qui nient l’Holocauste. Il est en soi remarquable que je sois contraint de le préciser – un signe de l’époque ? »

"Dans une tribune signée par 650 personnalités mardi dans le quotidien belge L’Echo, Ken Loach est accusé de « falsifier l’histoire à des fins politiques » en évoquant la collaboration de certains dirigeants sionistes avec les Nazis à Budapest en 1944, sujet central de la pièce de théâtre, Perdition, en 1987.

"Face à l’émotion suscitée en Belgique, l’ULB – haut lieu de la libre pensée – a dû préciser cette semaine qu’elle rendait hommage à l'"œuvre militante » du cinéaste, ses positions politiques « relevant de sa liberté d’expression et n’engageant pas l’université ». Celle-ci lui a aussi demandé de « réitérer ses positions sans équivoque », ce qu’il a accepté de faire dans un communiqué."

« Je comprends que mes prises de position ne sont pas très connues à Bruxelles. Pour éviter toute ambiguïté, je tiens à déclarer, une fois pour toutes, que je condamne toute forme de déni de l’Holocauste ou ‘négationnisme’ comme vous le dites en français. En outre, toute ma vie, j’ai pris parti pour ceux qui sont persécutés et marginalisés et me dépeindre comme antisémite simplement parce que j’ajoute ma voix à ceux qui dénoncent la détresse des Palestiniens est grotesque », a écrit Ken Loach.

« J’ai compris que Charles Michel avait étudié le droit à l’université. L’enseignement était-il mauvais ? Ou n’a-t-il pas réussi son examen ? (rire). Un bon juriste doit d’abord examiner les preuves avant de donner les conclusions. M. Michel, regardez les preuves et puis formulez vos mots. J’ai remarqué que Charles Michel a fait cette sortie lors d’une réunion célébrant les 70 ans d’Israël. M. Michel est un juriste, s’est-il demandé ce qu’il en est du non-respect des lois internationales par Israël ? S’est-il posé la question de la colonisation des territoires palestiniens ? S’est-il posé la question des civils palestiniens non-armés tués par l’armée israélienne ? S’est-il posé la question des réfugiés qui vivent sous la protection des Nations Unies ? Il y a tant d’exemple du non-respect du droit international par Israel. Cela ne devrait-il pas troubler un juriste comme Charles Michel, ou si non, pourquoi ? » a rétorqué aussi depuis l’université le metteur en scène.

"De son côté, l’ULB a maintenu sa décision de décerner ce titre honorifique : « Il n’y a pas d’antisémitisme ou de négationnisme à reprocher à Ken Loach. Lui retirer le titre de docteur honoris causa aurait été paradoxal », a répondu le recteur Yvon Englert, selon La Première (RTBF)."

Eurovision 
Le Concours Eurovision de la chanson 2018 s'est déroulé à Lisbonne (Portugal). Israël était est un des quarante-trois pays participants à ce concours. Il était représenté par Netta Barzilai, choisie via l'émission Hakochav HaBa L'Eurovizion. Sa chanson "Toy" (Jouet) a été retenue en interne.

Le 12 mai 2018, lors de la finale, Israël a remporté ce Concours pour la quatrième fois de son histoire, en engrangeant 529 points.

En 2019, le Concours Eurovision de la chanson se déroulera donc en Israël.

Ken Loach est l'un des 140 artistes - Julie Christie, Mike Leigh, Roger Waters, Gérard Mordillat, Eyal Sivan, Elli Medeiros, Tardi, Francesca Solleville, etc. - signataires de la pétition demandant le boycott de l’Eurovision et adressée aux organisateurs exhortés de ne pas se rendre "complices de violations par Israël des droits humains des Palestiniens ».

Parti travailliste
Ken Loach s'est opposé à l'adoption par le parti travailliste de la définition de l'antisémitisme par l'IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance). « Si ces exemples sont admis, nous trahirons les Palestiniens... Le parti Travailliste de Jeremy Corbyn, si nous garantissons qu’il sera non seulement au gouvernement mais au pouvoir, entamera des changements qui mettent en danger l’ordre établi. C’est pourquoi on l’attaque. . », a déclaré Ken Loach.

Jeremy Corbyn est très critiqué pour des positions indignes : soutien au terrorisme, etc.

"Ken Loach en Irlande"
Arte diffusera le 16 novembre 2018, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst), "Ken Loach en Irlande / Namibie / Washington" (Mit Ken Loach in Irland / Namibia / Washington) par Fabrice Michelin. Linda Lorin "nous emmène à la découverte de trois lieux de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : Avec Ken Loach, un vent de révolte se lève en Irlande - En Namibie, un songe allemand - Le Capitole à Washington, symbole du pouvoir fédéral américain."

"Avec Ken Loach, un vent de révolte se lève en Irlande. De Cork au comté de Leitrim, le chantre britannique des révoltes populaires a puisé dans l’histoire de l’île pour Jimmy’s Hall et Le vent se lève, sa première Palme d’or."


"Ken Loach en Irlande / Namibie / Washington"
France, 2018, 39 min
Sur Arte le 16 novembre 2018 à 16 h 30
Visuels :
Le calme des plaines verdoyantes et des champs d’orges irlandais cache une histoire violente. Terre de traditions et de luttes armées, l’Irlande offre un terrain de jeu parfait à Ken Loach, cinéaste des révoltes populaires. De Cork au comté de Leitrim, le réalisateur britannique puise dans l’histoire de l’île la matière pour deux films, “Jimmy’s hall” et “Le vent se lève”, sa première Palme d’or.
© Elephant Doc

« Ken Loach, un cinéaste en colère » par Louise Osmond
Arte, 2016, 90 min
Sur Arte le 26 octobre à 22 h 35

Sweet sixteen, de Ken Loach
Arte, Allemagne, Espagne, 2002, 102 min
Image : Barry Ackroyd
Montage : Jonathan Morris
Musique : George Fenton
Production : Alta Films, BBC, Road Movies Filmproduktion, Scottish Screen, Sixteen Films, Tornasol Films
Producteur/-trice : Rebecca O'Brien
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty
Avec Martin Compston, William Ruane, Annmarie Fulton, Michelle Abercromby, Michelle Coulter, Gary McCormack, Tommy McKee, Calum McAlees, Robert Rennie, Martin McCardie, Robert Harrison, George McNeilage, Rikki Traynor, Jon Morrison, Junior Walker, Gary Maitland, Scott Dymond
Sur Arte les 26 octobre à 20 h 55 et 12 novembre 2016 à 2 h 20

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 26 octobre 2016, puis le 22 juillet 2017.

jeudi 15 novembre 2018

Alma Rosé (1906-1944)

Alma Rosé (1906-1944) était une violoniste et chef d'orchestre autrichienne née dans une famille juive d'artistes. Au camp nazi d'Auschwitz-Birkenau, elle a dirigé le Mädchenorcheste, l’orchestre de jeunes déportées, souvent amateures, qui joue lors du départ et du retour du travail des déportées, pour les SS, lors de visites de certains responsables, etc. Le 16 novembre 2018, les éditions Notes de Nuit publieront "Alma Rosé. De Vienne à Auschwitz" par Richard Newman et Karen Kirtley. Deux événements - les 4 décembre 2018 et 8 février 2019 - accompagneront cette publication.


Alma Rosé naît à Vienne (Autriche), en 1906, dans une famille Juive assimilée de musiciens : son oncle maternel est le compositeur et chef d'orchestre  Gustav Mahler (1860-1911), son père Arnold Rosenblum (1863-1946), concertmaster (premier violon) réputé pendant 57 ans de l’orchestre philharmonique de Vienne, et sa marraine Alma Mahler-Werfel.

Son père a changé son nom patronymique en Rosé en 1882 et créé le quatuor Rosé (Rose Quartet) qui a joui d’une renommée internationale.

A Noël 1921, Erich Wolfgang Korngold dédie à cette adolescente de 15 ans ses « chants d’adieu ».

Ayant débuté comme violoniste en 1926 en interprétant Bach avec son père – elle joue avec un violon du luthier Giovanni Battista Guadagnini (1757) -, Alma Rosé fonde en 1932 l’orchestre élégant Die Wiener Walzermaedeln (« Jeunes valseuses viennoises »), qu’elle dirige et qui se produit dans de nombreuses villes en Europe, malgré la crise économique, mais en étant progressivement pénalisé par les lois nazies antisémites. Cet orchestre cesse son activité en 1938.

Baptisée protestante, Alma Rosé se convertit au catholicisme quand elle épouse en 1930 le talentueux violoniste tchèque Váša Příhoda (1900-1960), dont elle divorce en 1935.

Après l’arrivée au pouvoir d’Hitler en janvier 1933, le frère, Alfred, et la belle-sœur, Maria, d’Alma Rosé fuient aux Etats-Unis.

De 1934 à 1938, Alma Rosé organise des concerts de solidarité contre les Nazis.

Après l’Anschluss – annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie dirigée par Hitler le 12 mars 1938 -, après la mort de sa mère Justine, Alma Rosé se réfugie avec son père en Grande-Bretagne. Elle se trouve aux Pays-Bas, où elle donne des récitals comme soliste, lors de l’invasion allemande, et se rend alors en France.

En 1941, elle tente vainement d'obtenir un visa pour les Etats-Unis ou Cuba.

Dénoncée, elle est interpellée par la Gestapo en décembre 1942 à Dijon, alors qu’elle prévoit de fuir vers la Suisse.

Auschwitz
Internée au camp de Drancy, elle est déportée en juillet 1943 au camp d’Auschwitz.


Là, Alma Rosé est d’abord envoyée au bloc des expérimentations « médicales » de Josef Mengele.

Comme elle avait été enregistrée dans les registres du camp sous le nom de son second mari hollandais non-Juif, les dirigeants nazis ne se rendent compte de la présence d’une telle artiste que lors de leur recherche d’une violoniste pour l’anniversaire d’une personnalité.

La virtuosité d'Alma Rosé impressionne tant les gardes du camp qu’elle est transférée à Birkenau, et en août 1943, désignée directrice du Mädchenorcheste, l’orchestre de jeunes déportées, souvent amateures, qui joue lors du départ et du retour du travail des déportées, pour les SS, lors de visites de certains responsables, etc.

Placée sous l’autorité de la commandante Maria Mandel, Alma Rosé obtient une baraque spéciale pour l’orchestre, avec une salle de répétition et un sol en bois pour protéger les instruments du froid et de l’humidité. Elle parvient à obtenir que l’orchestre ne se produise plus lors de certaines intempéries : neige, pluie.

Succédant à la professeur de musique Zofia Czajkowska comme chef de cet orchestre, Alma Rosé, autoritaire, sévère, élève le niveau de cette formation – plus de huit heures quotidiennes de répétition - et étend son répertoire, des marches allemandes et musiques folkloriques polonaires aux compositions classiques et musiques d’opérettes ou de films, afin de satisfaire les SS. Le prix de leur survie.

Alma Rosé garde les musiciennes peu talentueuses en les nommant à des postes d’assistantes ou de copistes. Ce qui évite la mort à environ une quarantaine de déportées, souvent Juives.

Alma Rosé meurt soudainement le 4 avril 1944 dans ce camp d’Auschwitz, peut-être de botulisme. De manière exceptionnelle, les nazis autorisent qu’un hommage lui soit rendu. Ils nomment l’ukrainienne Sonya Winogradowa pour lui succéder à la direction de cet orchestre.

En octobre 1944, les musiciennes Juives de cette formation sont envoyées au camp de Bergen-Belsen, et les non-Juives au camp principal d’Auschwitz.

Une polémique a surgi sur le rôle d'Alma Rosé à Auschwitz. La violoncelliste Anita Lasker-Wallfisch, ancienne musicienne dans cet orchestre, a défendu Alma Rosé en soulignant son rôle positif à l’égard des membres de cet orchestre.

La ville de Vienne a nommé une de ses rues du nom d’Alma Rosé.

« Alma Rosé : Ne m’oubliez pas, s’il vous plaît » d’Edward Arckless
« Alma Rosé : Ne m’oubliez pas, s’il vous plaît » d’Edward Arkless est un hommage sous la forme d'une exposition ainsi que d’un « spectacle de chant, danse et théâtre autour de la vie de la violoniste » autrichienne Alma Rosé « avec des thèmes musicaux d’Erich Wolfgang Korngold »

C’est au musée Juif de Vienne (Autriche) que le danseur-chorégraphe Edward Arckless découvre, près d’un « extraordinaire portrait de femme », cette phrase implorante et déchirante d’une lettre d’une violoniste autrichienne déportée : « Je m’appelle Alma Rosé, ne m’oubliez pas s’il vous plaît ». 


Edward Arckless s’intéresse alors à cette artiste dont il lit la correspondance avec sa famille.

Avec la soprano Mary Lou Sullivan-Delcroix et la pianiste Sigrid Jennes-Müller, il conçoit un spectacle composé de lectures de lettres, d’un accompagnement au piano et de danse.

Il choisit des compositions d’Erich Wolfgang Korngold (1897-1957), compositeur Juif né en Moravie, célèbre notamment pour sa suite pour piano Don Quichotte (1909) et  surtout son opéra Die tote Stadt (La ville morte) en 1920, ayant fui le nazisme, et oscarisé pour ses musiques de deux films : Anthony Adverse (Anthony Adverse marchand d'esclaves, 1936) de Mervyn LeRoy et The Adventures of Robin Hood (Les aventures de Robin des Bois, 1938) de Michael Curtiz.

Danseur au Royal Opera House de Covent Garden à Londres, au Ballet de Wallonie (1971-1975) et au Staatstheater Wiesbaden en Allemagne, Edward Arckless enseigne au Conservatoire de la Ville de Paris. Il est aussi « coach » de comédiens, tels Patrick Swayze et Valérie Lemercier.

Son spectacle « Alma Rosé : Ne m’oubliez pas, s’il vous plaît » a été présenté à Vienne, Wiesbaden (Thalhaus de Wiesbaden), Düsseldorf, Mexico et en Israël. Il a été programmé au Danemark.


Dans le cadre de l’année Gustav Mahler, avec le soutien du Forum culturel autrichienCarnegie ‘Small a présenté au studio Le Regard du Cygne, le 3 avril 2011, à 19 h, « Alma Rosé : Ne m’oubliez pas, s’il vous plaît ». Un extrait filmé a été mis sur Youtube.

Un « hommage à la lumière qui jaillit et résiste à l’obscurité de l’enfer humain ».

« L’interprétation intensive de chants combinée à la représentation chorégraphique expressive de terreur, de désespoir, de fuite, de désir ardent et d’espoir a la faculté de représenter le destin de cette prisonnière d’une manière émouvante... Les applaudissements appuyés dans ce théâtre rempli jusqu’aux dernières places récompensèrent les artistes », a observé le Wiesbadener Kurier en 2005.

Le 5 mai 2012, à 20 h, le Centre Rosengarten de Mannheim (Allemagne) a présenté « Alma Rosé : Ne m’oubliez pas, s’il vous plaît » d’Edward Arkless. 

La musique dans les camps
Le 21 janvier 2016, à 19 h 30, le Mémorial de la Shoah a accueilli, à l’occasion de la parution de L’enfer a aussi son orchestre, la musique dans les camps de Hélios Azoulay et Pierre-Emmanuel Dauzat (éd. La librairie Vuibert, 2015), la conférence De la musique dans les camps en présence de Pierre-Emmanuel Dauzat, essayiste, traducteur, Hélios Azoulay, écrivain, compositeur, clarinettiste, et les musiciens de l’Ensemble de musique incidentale. "Aussi inimaginable que cela puisse être, de la musique était jouée au sein des camps nazis. Le livre L’enfer a aussi son orchestre de Hélios Azoulay et Pierre-Emmanuel Dauzat parle des femmes, des hommes et des enfants au bord de l’abîme, qui ont pu trouver la force de vivre ou de résister grâce à la musique. Berceuses, mélodies populaires détournées et chants composés dans les camps ponctuèrent cette conférence autour du thème "la musique dans les camps".

Le 27 janvier 2018, à 19 h 30, le Grand amphithéâtre de la Sorbonne a accueilli le concert "La musique contre l’oubli", "hommage aux compositeurs juifs tués par les Nazis, avec l’Orchestre de la Garde républicaine, sous la direction de François Boulanger. Au piano : Nathalia Romanenko, présentation : Marek Halter. Un concert sous le haut patronage de M. Emmanuel Macron, Président de la République, à l'invitation de M. Gilles Pécout, Recteur de l'Académie de Paris, et de M. Éric de Rothschild, Président du Mémorial de la Shoah.

Biographie
Le 16 novembre 2018, les éditions Notes de Nuit publieront "Alma Rosé. De Vienne à Auschwitz" par Richard Newman et Karen Kirtley. "Tragique destin que celui d'Alma Rosé, nièce de Gustav Mahler et fille d'Arnold Rosé, fondateur du célèbre Quatuor Rosé et premier violon de l'Orchestre philharmonique de Vienne. Violoniste, comme son père, elle connaît une jeunesse insouciante dans la Vienne des années 1920 et crée en 1932 un orchestre féminin, les Wiener Walzermädeln. Surviennent l'Anschluss, puis la guerre. Alma, réfugiée aux Pays-Bas, tente de gagner la Suisse mais elle est arrêtée à Dijon et déportée à Auschwitz en juillet 1943. À Birkenau, elle se retrouve à la tête de l'orchestre des femmes, qu'elle dirige avec brio, ce qui permettra à la plupart des musiciennes de survivre à leur détention. Restées longtemps mystérieuses, les circonstances de la mort d'Alma Rosé, survenue le 5 avril 1944, sont élucidées ici par son biographe qui a pu établir qu'elle avait été victime du botulisme".


Quelques dates autour d’Alma :
➢ Soirée à la galerie des éditions Notes de Nuit, le mardi 4 décembre 2018 à 19 h. Notes de Nuit éditions 36, rue de Verneuil 75007 Paris. Métro Rue du Bac (ligne 12) – Métro Saint-Germain-des-Prés (ligne 4). Réservations et renseignements à contact@notesdenuit-editions.net
➢ Soirée à la Librairie Texture, le vendredi 8 février 2019, à 19 h 30. 94 avenue Jean Jaurès 75019 Paris. Métro Laumière (Ligne 5)

"Le plus beau compliment qu’Alma pût faire à l’orchestre, se souvient Anita, était d’estimer que son père, Arnold Rosé, eût apprécié de les entendre jouer. « Elle nous parlait souvent de lui et nous dit à plusieurs reprises – c’était une quasi-prémonition – que si l’une ou plusieurs d’entre nous survivaient au camp, il nous faudrait aller voir Arnold et lui parler de l’orchestre. » Lors d’une interview donnée à la BBC en 1996, Anita fut amenée à se prononcer sur les qualités musicales de l’orchestre. La réponse ne vint pas immédiatement. Anita cherchait ses mots. « Lorsque j’y repense, j’ai du mal à répondre à cette question, finit-elle par dire. Nous n’étions pas aussi mauvaises que nous l’aurions dû, étant donné qu’il n’y avait pratiquement aucune professionnelle parmi nous. Mais Alma Rosé, étant Alma Rosé – c’était le chef d’orchestre, oui – elle avait mis la barre extrêmement haut. » Alma « avait-elle compris que c’était la seule manière de garantir la vie sauve aux musiciennes » ? À cette interrogation, Anita répond de la manière suivante : « Je ne crois pas qu’elle ait été poussée par la peur – la peur des SS, celle d’être gazées si nous ne jouions pas assez bien pour eux. Je ne crois pas. C’était plutôt une évasion dans… la perfection […]. Dans le contexte, cela semble complètement absurde1. »

Manca Švalbová – une jeune déportée juive de Bratislava, étudiante en médecine, pour laquelle Alma avait une grande affection et qu’elle surnommait le Dr Mancy – estime elle aussi qu’Alma retrouvait sa liberté dans la musique. Sans musique, disait le Dr Mancy, Alma était comme un oiseau aux ailes ensanglantées, se heurtant aux barreaux de sa cage. La musique lui permettait de prendre son envol, de quitter Birkenau, « comme si elle avait recouvert le camp d’un cache-lumière2».

1. Anita Lasker-Wallfisch, interviewée par Sue Lawley dans le cadre de l’émission de BBC 4, DesertIsland Disks,août 1996.
2. Les propos attribués à Manca Švalbová proviennent d’entretiens accordés à Richard Newman (Luba Pavlovicova-Bakova assurait la traduction simultanée) en 1983 et 1985 dans sa Bratislava natale. Le Dr Švalbová devint une pédiatre de renom après la guerre. Elle consacre tout un chapitre à Alma dans ses mémoires, Vyhasnuté oci [Les yeux éteints], qu’elle rédigea en 1947, lorsque le souvenir d’Auschwitz était encore des plus vivaces. L’ouvrage ne parut pas avant 1964 en Tchécoslovaquie. Le Dr Hermann Langbein, membre de la résistance d’Auschwitz et plus tard chef de file en Autriche des recherches sur la Shoah, traduisit en allemand quelques extraits de Vyhasnuté oci (entre autres, le chapitre sur Alma) sous le titre Erloschene Augen ; le manuscrit de cette traduction, qui n’a pas été publiée, est conservé dans les archives du Centre de documentation autrichien sur la résistance (Vienne). On doit à Fred Ullman, le défunt mari de Lisl Anders, une des chanteuses des Wiener Walzermädeln, la traduction en anglais des mêmes pages. Manca Švalbová, le « Dr Mancy », est morte à Bratislavale 30 décembre 2002."

"Journaliste et ami d’Alfred Rosé, le frère d’Alma, le Canadien Richard Newman (19212011) entame à la fin des années 70 la rédaction de la présente biographie, une enquête de plus de vingt ans qui le conduit à retrouver une centaine de témoins à travers le monde pour retracer en détail le parcours de la jeune musicienne viennoise."


Richard Newman & Karen Kirtley. Alma Rosé. De Vienne à Auschwitz. Notes de Minuit, collection Le passé immédiat, 2018. Traduit de l'anglais (Canada) par Anne-Sylvie Homassel. Format : 150 x 225 mm. 495 pages. Broché avec rabats. Prix : 22 €. ISBN : 979-10-93176-15-4
Visuels :
Le violoniste virtuose tchèque Vasa Prihoda, qui épousera Alma en 1930, rencontre les Rosé à Vienne en octobre 1927. Collection GMAR, Western University, Canada
L'orchestre de femmes Die Wiener Walzermädeln fondé par Alma Rosé. Collection GMAR, Western University, Canada
Alma Rosé au volant de son cabriolet Aero, un cadeau de son mari Vasa Prihoda au début des années 1930. Collection GMAR, Western University, Canada. 

Le 5 mai 2012, à 20 h
Rosengarten n ° 2
D-68161 Mannheim
Tél : +49 (0) 621/4106-0

Le 20 novembre 2011, à 17 h
Nerotal 18, 65193 Wiesbaden
Tél. : 0611 1851266

Le 3 avril 2011, spectacle à 19 h
Exposition jusqu'au 26 avril 2011
210, rue de Belleville. 75020 Paris
Tél. : 09 71 34 23 50

Visuels de haut en bas :
© University of Western, Ontario Music Library, The Mahler-Rosé Collection
Cet article a été publié une première fois le 1er avril 2011. Il a été republié les 2 mai 2012, 16 avril 2015 - en Yom HaShoah 2015 -, 20 janvier 2016 et 27 janvier 2018.