mercredi 23 août 2017

« 50 ans de relations germano-israéliennes »


Arte a diffusé un Yourope spécial « 50 ans de relations germano-israéliennes ». Un titre ambitieux, pour un reportage sur… le « côté israélien de Berlin » et les Allemands qui s’occupent de survivants de la Shoah. Avec des oublis sur la diplomatie de l’Allemagne signataire le 14 juillet 2015 de l’accord controversé sur le programme nucléaire militaire iranien. Une enquête est menée en Israël sur l'achat de sous-marins allemands par Tsahal. Cette affaire aurait des aspects politiques et est nourrie de soupçons de corruption.


« En 1948, pour le Congrès juif mondial, il ne faisait aucun doute que plus jamais un Juif ne choisirait de s’installer sur la terre allemande gorgée de sang. Etre juif en Allemagne… Après la Shoah, voilà qui semblait inconcevable ». Car la responsabilité de l'Allemagne, nation pourtant cultivée, dans la Shoah s'avère fondamentale.

« L’ouverture des relations diplomatiques entre l’Etat d’Israël et la RFA ne date que de 1965".

Né à Vienne (Autriche), Asher Ben-Natan (1921-2014) est le premier ambassadeur d'Israël en République fédérale allemande (RFA), de 1965 à 1970. En 1959, il a été un artisan majeur dans la négociation d'un accord secret de fourniture d'armes par la RFA à l'Etat d'Israël. Il a aussi dirigé les recherches visant le criminel nazi Adolf Eichmann.

"En juin 1969, à l'université de Francfort, il a été hué par des membres du groupe gauchiste estudiantin SDS, des Palestiniens et des Israéliens gauchistes du mouvement Matzpen. Deux jours plus tard, Ben Nathan a été incapable de finir sa conférence à l'université de Hambourg en raison des nombreuses interruptions. Quand l'ambassadeur a voulu s'exprimer en septembre 1969 à Berlin, on lui a dit que l'atmosphère dans les universités libre et technique était tel qu'il ne devrait pas le faire. Il a alors parlé lors d'une rencontre organisée par les jeunes Démocrates chrétiens. Avant ce meeting, une publication gauchiste a attaqué Ben Nathan d'une manière que Kraushaar interprète comme une invitation à effectuer une tentative sur la vie de l'ambassadeur israélien. En décembre 1969, la conférence de Ben Nathan à l'université de Munich a été si fortement perturbé. Sur une affiche dans l'auditorium, étaient inscrits ces mots : "Il n'y aura la paix que lorsque des bombes exploseront dans 50 supermarchés en Israël", a écrit Manfred Gerstenfeld dans sa critique de Die Bombe im Jüdischen Gemeindehaus, de Wolfgang Kraushaar, Hamburger Edition HIS Verlagsges, 300 pp., 2005).

"L’année 2015 marque les 50 ans de ce rapprochement historique ».

« Au-delà des enjeux diplomatiques, la volonté de renouer le lien entre les deux nations semble primordiale de part et d’autre. Un exercice délicat qui nécessite d'envisager l’avenir tout en conservant la mémoire d'une des plus terribles pages de l’Histoire ».

« L’occasion pour Yourope de s’interroger sur l’actuelle relation entre les deux pays. Berlin est une destination tout indiquée. La capitale allemande est devenue un lieu prisé par de nombreux jeunes Israéliens ».

Présentée par le Berlinois Andreas Korn, Yourope « s’intéresse à la complexe relation germano-israélienne qui célèbre cette année son cinquantième anniversaire ».

On comptait environ 160 000 Juifs à Berlin au début des années 1930. Leur persécution par les Nazis, est représentée par l'oeuvre “Der verlassene Raum” (la pièce désertée) - une table entourée de deux chaises dont l'une renversée - en bronze, de Karl Biedermann. Inaugurée en 1996, scellée au sol de la Koppenplatz de Berlin, elle symbolise l'irruption violente de Nazis,lors de la Nuit de cristal (9-10 novembre 1938), dans le foyer d'une famille Juive contrainte de quitter précipitamment son domicile.

« Rencontre avec des Israéliens installés à Berlin, une métropole dans laquelle ils se sentent bien, même s’ils n’arrivent pas toujours à se défaire du passé. Certains d’ailleurs ne cherchent pas à l’occulter, au contraire. Un peu comme ces jeunes Allemands qui s’occupent de survivants du génocide en Israël ».

Selon l’ambassade d’Israël en Allemagne, le nombre d’Israéliens vivant à Berlin varierait de 10 000 à 15 000. Un Internaute israélien a relevé que le coût de la vie à Tel Aviv est inférieur à celui de Berlin où la gastronomie israélienne - mujaddara, salade de lentilles, et le humous - ravit les papilles notamment des Israéliens expatriés, la troisième génération de Juifs survivants de la Shoah, qui vivent souvent dans l'entre-soi dans la diaspora de cette ville cosmopolite.

Le documentaire distingue trois catégories d'expatriés. Les nouveaux arrivants qui ne sont pas à la recherche de leurs racines, veulent profiter de la vie, prendre un nouveau départ. Ainsi, Alix, diplômée en biologie marine, apprécie le "bouillonnement de la ville" et s'apprête à y vivre une nouvelle aventure... Deuxième groupe : les Israéliens venus vivre le "rêve berlinois" dans un environnement branché, parmi les cafés et les galeries. Établis depuis plus de cinq ans, Guy James Cohen et Gadi Baruch créent à Berlin de la musique avec des sculptures. Quant à Ariel Nil Levy, il voulait vivre dans un pays plus paisible :  Ma mère qui est de gauche et travaille dans le théâtre trouve a très bien accepté l'idée que je vive ici depuis 15 ans. A l’époque, toute la bande d’amis m’a dit : « Vas-y. Pars. On n'a construit que de la merde. Pars !  » (sic) Sa compagne, Hila Golan, met en scène La minute de silence, une pièce de théâtre sur la Shoah et ce qu’elle représente pour les Allemands s’interroge sur la culture dans laquelle baignera leur fille : allemande ? Israélienne ?

Environ 9 000 jeunes Israéliens et Allemands bénéficient de programmes d’échanges entre leurs deux pays. Un grand nombre d'entre eux se lient d'amitié. Yoav Sapir, historien et traducteur israélien né à Haïfa et installé à Berlin depuis neuf ans, a épousé Natalie, jeune Allemande dont la mère n'était pas emballée au début par le mariage avec un Juif. Leur photo de mariage montre le jeune couple entre les stèles du Mémorial de la Shoah, Un geste déplacé ? Provocateur ? Pour Natalie Sapir, c'est un geste symbolique pour montrer que les Nazis n’ont pas gagné.

Depuis le 12 mai 1945, les relations entre l'Allemagne et l'Etat d'Israël se sont renforcées. En 2014, 265 000 Allemands ont visité Israël, et environ 80 vols hebdomadaires relient les 2 pays. L'Allemagne est le principal  partenaire commercial dans l'Union européenne de l'Etat Juif, et le 3e dans le monde après les Etats-Unis et la Chine. Le ministre israélien du Tourisme a placé l’Allemagne au quatrième rang en nombre de touristes en Israël (194 141 en 2014), après les Etats-Unis (622 103), la Russie (555 878), et la France (298 601).

Cependant, l'opinion publique allemande n'est guère favorable à Israël. Un tiers des Allemands exprime des préjugés sur les Juifs et une majorité des Allemands a une perception négative de l'Etat d'Israël. Trois jeunes Allemands révèlent ce parti pris. Julia stigmatise la "politique d'occupation,  la manière forte d'Israël", Hendryk la "politique limite" de cet Etat "en tort, comme les Palestiniens. Dire cela, c’est être antisémite". Jan Ole abonde en ce sens : "En tant qu’Allemands, on peut se permettre de critiquer l’Etat d’Israël, des gens de ma génération, on n'est pas responsable des erreurs commises il y 50 ans. C’est le passé. On doit regarder de nouveau devant soi".

Près de 80% des Allemands veulent tirer un trait sur le passé. Directrice adjointe du musée Juif, Cilly Kugelmann, Juive allemande ayant étudié en Israël, déclare  : "On vit avec le passé, sans tirer un trait. Beaucoup des gens ne savent pas ce qu’est l'antisémitisme. L'antisémitisme ne vise pas forcément à détruire les Juifs, mais c'est une posture, une forme de paranoïa. L’opposition à l’État hébreu est de l'antisémitisme quand on dit qu'Israël est responsable de tous les maux de la Terre. Israël, c’est qui ? Le gouvernement ? La population ? On ne fait pas de distinction. Beaucoup veulent prendre position, sans réfléchir".

Lors du Jour de la Shoah, résonne pendant deux minutes la sirène. Tout le monde ne Israël s'immobilise à la mémoire des Juifs tués. Jürgen Koch dirige un groupe de volontaires allemands quadragénaires et quinquagénaires en Israël. L'association Un coup de main pour la vie de Saxe amène des volontaires allemands passer deux semaines de congés à aider des survivants de la Shoah. Depuis 2004, elle accompagne une fois par mois un groupe d'Allemands grâce aux dons prenant en charge les billets d'avions, le logement et le matériel pour les travaux. Un tiers de ces survivants vivent au-dessous du seuil de pauvreté, avec 650 €/mois. 

Survivants de la Shoah, David et Dora Katz sont heureux et émus de recevoir des volontaires allemands artisans venus repeindre leur appartement pendant deux jours. Des travaux exécutés avec soin. Pendant les travaux, on "démonte les plinthes, les interrupteurs pour les nettoyer. On aime les choses bien faites", explique Wilfried Schwotzer. Dora Katz félicite et remercie en allemand les quatre bénévoles de l'heureux résultat. Et elle partage ses souvenirs de fuites, de faim pendant la guerre. Karsten Viertel "a du mal à reprendre le travail". « La notion de réparation n’a guère de sens. Je peux juste être reconnaissant d’être d’une autre génération, et faire le contraire de ce qu’a fait la génération précédente  ». Une prière en hébreu clôt ces rencontres enrichissantes pour tous.

« Dans ce numéro spécial, Yourope se penche sur une relation anormale et pourtant presque normale. Et l’amitié dans tout ça ? »

Et la cohérence, dans tout ça ? Le 14 juillet 2015, à Vienne (Autriche), l’Allemagne, un des Etats du « P5 + 1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) a signé l’accord (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA) controversé avec l’Iran : levée des sanctions, visites de surveillances difficiles à mettre en œuvre, pans du programme nucléaire militaire iranien hors du champs du JCPOA, etc. Le 31 août 2015, la chancelière allemande Angela Merkel a qualifié de « non acceptable la manière dont l’Iran continue de parler d’Israël ». Le président iranien Hassan Rouhani venait d’alléguer que le régime israélien « a commencé son travail sur la base de l’intimidation, de la terreur et de l’occupation ».

Et la pertinence, dans tout ça ? Peu après l’enterrement d’Ariel Sharon, Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Relations étrangères a déclaré à des journalistes qu’Israêl portait atteinte au processus de paix en construisant des foyers pour les Juifs en Judée et Samarie.

Après les attentats terroristes islamistes à Paris et à Saint-Denis du 13 novembre 2015, l'Etat d'Israël a informé l'Allemagne de l'imminence d'un attentat au stade de football de Hanovre. Le match qui devait y avoir lieu a été annulé. La police a découvert trois bombes devant exploser lors de cette rencontre sportive.

Selon une édition d'avril 2016 Der Spiegel, le service allemand de renseignements (BND) a espionné le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, les ministres de l'Intérieur de l'Autriche et de la Belgique, le Secrétariat d'Etat des Etats-Unis, des départements de la NASA et de l'US Air Force, le ministère de la Défense britannique.

Historie diffusa les 3 et 12 septembre 2016 Un appartement à Berlin, documentaire de Alice Agneskirchner : "Eyal, Yael et Yohav sont trois jeunes Israéliens installés à Berlin où près de 20 000 Juifs résident désormais. Pour quelles raisons ces jeunes Israéliens de la 3e génération ont-ils été attirés par l'Allemagne ? Leur histoire a t-elle un point commun avec celle des Juifs venus s'installer à Berlin il y a 100 ans ? Les trois jeunes hommes ont choisi de remonter le temps en s'installant dans un appartement ayant appartenu à une famille juive déportée pendant la guerre, dans le but de le remeubler le plus fidèlement possible. Une expérience poignante qui leur a permis de raconter leur histoire et d'expliquer les raisons qui les ont poussés à aller vivre à Berlin". Des scènes choquantes.

Artiste israélien, Shahak Shapira a effectué des "photos montages contre les comportements déplacés au mémorial de la Shoah" à Berlin. Il les a publiés sur son site YOLOCAUST et dans les réseaux sociaux. Il avait découpé les silhouettes de touristes photographiés, pour des selfies, dans des attitudes irrespectueuses "pour les placer dans d'autres décors. On les voyait tout sourire dans des fosses ou des camps de la mort". Shahak Shapira "a retiré ses photos de son site Yolocaust. Il a maintenant réactualisé son site en faisant part des effets de l'expérience. « La semaine dernière j'ai lancé un projet appelé YOLOCAUST [...] Le site a été vu par plus de 2,5 millions de visiteurs. La chose folle, c'est que le projet a atteint les douze personnes que j'avais montrées. Presque tous ont compris le message, se sont excusés et ont décidé de retirer les clichés de leurs réseaux sociaux», a expliqué l'artiste sur son site en janvier 2017.

Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, a créé un incident diplomatique lors de sa visite en Israël : il a voulu rencontrer des représentants d'ONG anti-israéliennes, largement financées par des Etats européens, l'Union européenne, etc. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annulé la rencontre prévue le 25 avril 2017 avec Sigmar Gabriel.

Une enquête est menée en Israël sur l'achat de sous-marins allemands par Tsahal. Cette affaire aurait des aspects politiques et est nourrie de soupçons de corruption.

« 50 ans de relations germano-israéliennes  »
ZDF, 2015, 26 min
Sur Arte les 12 septembre à 14 h, 15 septembre à 7 h 10 et 16 septembre 2015 à 3 h 25

Historie diffusera les 4, 7, 12, 16, 21 et 24 février, 3 et 12 septembre 2016 Un appartement à Berlin, documentaire de Alice Agneskirchner.

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations non sourcées proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 10 septembre 2015, puis les 3 février et 12 septembre 2016, 28 avril 2017.

« Le port de Hambourg. Histoire d'un géant » par Cristina Trebbi et Stefan Schneider


« Le port de Hambourg. Histoire d'un géant » (Gigant Des Nordens. Hamburgs Aufstieg zum Welthafen) est un documentaire passionnant de Cristina Trebbi et Stefan Schneider. L’histoire d’un port dans l’actuelle Allemagne septentrionale, proche de l'embouchure de l'Elbe et près de la mer du Nord, de son essor dans le cadre de la Ligue hanséatique à son statut de deuxième plus grande ville allemande, précédée par Berlin, et de premier port du pays. Un développement auquel ont contribué les Juifs dont l’implantation remonte à au moins 1590. Le 22 août 2017 à 16 h 30, Arte diffusera, dans le cadre d'Invitation au voyage réalisée par Fabrice Michelin, "Hambourg, la ville portuaire vue par Siegfried Lenz". "Hambourg et son fleuve majestueux, l’Elbe, ont inspiré l’écrivain Siegfried Lenz tout au long de sa vie, comme en témoigne La leçon d’allemand, son roman le plus célèbre".

« Comment un petit port du nord de l'Allemagne est devenu une plaque tournante du commerce international. Un documentaire fouillé sur l'histoire de la ville hanséatique, de sa fondation à nos jours ».

Freie und Hansestadt Hamburg (ville libre et hanséatique de Hambourg)
« Lieu de labeur ou de rêves, le port de Hambourg, au confluent de l'Elbe et de l'Alster, a connu une évolution fascinante au fil de son histoire ».

Son « essor commence à la fin du XIIe siècle lorsqu'Adolphe III, comte de Holstein, fait construire un port franc et une ville neuve ».

Association de villes marchandes situées dans l’Europe septentrionale bordée par la mer du Nord et la mer Baltique, la Hanse – Hanse germanique ou Hanse teutonique – bénéficiait de privilèges alloués par des monarques européens et favorisant son activité commerciale. Au rôle économique, la Hanse – hansa, en latin médiéval signifie association de marchands, cotisation ou marchands titulaires de privilèges - a adjoint un rôle politique dans l’Europe, notamment lors de la découverte du Nouveau monde. Et ce, à une époque où religion et politique étaient intrinsèquement liées.

Elle est active du XIIe au XVIIe siècle, et accompagne la montée de l’Ordre des Chevaliers teutoniques.

Le 7 mai 1189, l'empereur Frédéric Barberousse aurait accordé la charte de ville libre d'Empire à Hambourg, en signe de gratitude pour l’aide apportée pendant sa croisade en Terre sainte, et affirme les privilèges de commerce, de douane et de navigation sur la Basse Elbe. Ce jour est fêté comme anniversaire du port.

Sous « l'égide de la Ligue hanséatique, qui marque la naissance du capitalisme dans le nord de l'Europe, Hambourg et ses marchands prospèrent, multipliant les échanges avec Bruges, Bergen, Londres ou Novgorod ».

En 1529, Hambourg devient cité protestante, et en 1558 accueille la première bourse allemande.

La présence de Juifs à Hambourg remonte à au moins 1577 avec l’arrivée des Juifs sépharades d’Espagne, dont ils gardent des siècles durant la pratique de la langue, et d’Anvers. Les Juifs y résident dans les quartiers de Grindel et New Town, où une communauté sépharade (Neve Salom) y est établie en 1652. Vivre dans la ville leur était interdit. Arrivés vers 1600, les Juifs ashkenazes sont expulsés de Hambourg. Les métiers de ces Juifs : financiers – certains contribuent à la création de la banque de Hambourg -, des fabricants de bateaux, des importateurs, surtout de sucre, de café et de tabac des colonies espagnoles et portugaises, tisserands, orfèvres. Citons le physicien Rodrigo de Castro (1550-1627), le grammairien Moses Gideon Abudiente (1602–1688), le poète Joseph Zarefati…

« Grand port commerçant avec le Nouveau Monde, Hambourg devient une cité cosmopolite pendant la guerre de Trente Ans ». Elle cesse quasiment toute activité en 1648, lors de la signature des traités de Westphalie marquant la fin de la guerre de Trente ans et de la guerre de Quatre-Vingts ans.

La guerre de Trente ans correspond à des conflits militaires en Europe de 1618 à 1648. Elle débute par la révolte des sujets tchèques protestants de la maison de Habsbourg. Elle oppose deux camps : celui des Habsbourg d’Espagne et du Saint-Empire, soutenus par le Pape, aux Etats allemands protestants du Saint-Empire, alliés aux puissances européennes limitrophes à majorité protestante, Provinces-Unies et pays scandinaves, ainsi que la France. Celle-ci, fille ainée de l’Eglise, combattait les protestants dans son royaume, et menait une diplomatie visant à diminuer la puissance de la maison de Habsbourg en Europe.

En 1648, la paix de Westphalie consacre un Etat absolutisme moderne, souverain, détenant le monopole de la violence légitime.

La guerre de Quatre-Vingts ans (ou révolte des Pays-Bas voire révolte des gueux) désigne le soulèvement armé, de 1568 (bataille de Heiligerlee) à 1648 (traité de Westphalie) — hormis lors de la Trêve de douze ans de 1609 à 1621 -, des provinces couvrant les actuels Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et nord de la France contre la monarchie espagnole. A la fin de cette guerre, les sept provinces septentrionales accèdent à leur indépendance sous le nom de Provinces-Unies, indépendance attestée en 1581 par l'Acte de La Haye et reconnue par l’Espagne par un traité en 1648.

Les réfugiés, Juifs et protestants, « lui apportent en retour leurs capitaux ». « Les communautés portugaises de Hambourg-Altona, d’abord celle de Bet Israël, et plus tard celle de Newe Shalom sont parmi les plus anciennes et les plus prestigieuses de la diaspora marrane. Les Portugais y ont résidé presque sans interruption dès la fin du XVIème siècle. Jusqu’aux dernières années de leur existence, elles ont gardé les caractéristiques d’une communauté marrane marquée par l’arrivée continue de “nouveaux-chrétiens” du Portugal et d’Espagne - jusqu’au XIXe siècle - et les liens étroits avec les centres de la diaspora marrane comme Amsterdam, Venise, Londres, Curaçao et Copenhague », a étudié l’historien Michaël Halévy.

« N'oublions pas les positions prises en faveur de la communauté juive de la ville de Hambourg. En effet, les autorités de cette ville qui voulaient exclure les juifs de la cité se sont vu opposer dès 1621 des avis négatifs par les autorités des facultés de théologie protestantes de Iéna et de Francfort-sur-l'Oder… Avec la Révolution et les conquêtes françaises dans les neufs départements allemands de l'empire, les quatre de la rive gauche du Rhin, français depuis 1797, et les cinq annexés le long de la mer du Nord en 1810 – incluant des villes comme Münster, Brême, Hambourg et Lübeck – s'applique le droit français : l'Israélite y est de ce fait un citoyen de plein exercice. Après Iéna, l'édit prussien de mars 1812 émancipe partiellement les juifs. Certes, après 1815, les droits acquis sont rognés et cela explique la conversion du père de Karl Marx… Il n'en demeure pas moins qu'existent dans le Reich de fortes communautés, surtout dans les grandes villes : Berlin où en 1925 se retrouve le tiers de la population juive du Reich – soit 175 000 juifs, 4 % de la population totale – Munich avec une centaine de milliers de juifs – soit près de 5 % de la population de la ville – Francfort, Leipzig, Hambourg », a écrit François-Georges Dreyfus, Ancien professeur de l'université Paris IV-Sorbonne et ancien directeur du Centre d'études germaniques de l'université de Strasbourg.

En 1800, environ 6500 Juifs vivent à Hambourg, soit 6% de la population de la ville, et s’intéressent au mouvement réformiste. En 1806, après la fin du Saint Empire romain germanique, Hambourg jouit d’une entière souveraineté et prend pour nom Freie Hansestadt (« Ville libre de la Hanse »). Elle subit de graves dommages par le blocus continental imposé par l’empereur Napoléon Ier et par l’occupation française. En 1815, grâce au Congrès de Vienne, Hambourg rejoint le Bund ou confédération germanique.

La cité « exploitera également l'essor colonial, puis la mutation du transport de marchandises, rendue possible par la révolution industrielle ». En 1817, le premier bateau à vapeur vogue sur l’Elbe. Deux ans plus tard, Hambourg est dénommée « Hambourg ville hanséatique et libre ». La ville est membre de la Confédération de l’Allemagne du nord en 1867, de l’Union douanière allemande en 1888.

« Dès lors, son histoire sera ponctuée de révolutions techniques : le percement du tunnel sous l'Elbe, en 1907, l'invention du conteneur dans les années 1960 ou l'automatisation croissante du travail de nos jours... »

Vers 1925, environ 20 000 Juifs vivent à Hambourg. Les principales synagogues sont : la « Neue Dammtor-Synagoge » (1895), la « Bornplatzsynagoge » (1906) le Temple sur Oberstrasse (1931). Sous l’ère nazie, la plupart des synagogues sont détruites, et les associations juives dissoutes. En 1945, des survivants de la Shoah fondent une communauté à Hambourg. En 1960, la nouvelle synagogue Hohe Weide est construite.

En 1949, Hambourg, incluse dans la zone britannique, accède au rang de land fédéra dans la République fédérale d’Allemagne.

L’Opéra d’Etat de Hambourg a été dirigé par Gustav Mahler et Rolf Liebermann.

Se fondant « sur des reconstitutions fictives, des documents d'archives, des interviews de spécialistes et des animations en 3D, ce documentaire retrace huit siècles d'évolutions : l'histoire des échanges économiques puis du capitalisme mondialisé, mais aussi celle des rapports de classes, des migrations, des guerres, des épidémies ou de la navigation ».


« Le port de Hambourg. Histoire d'un géant » par Cristina Trebbi et Stefan Schneider
NDR, 2015, 88 min
Sur Arte les 28 mai à 20 h 50 et 29 mai 2016 à 14 h 50

Visuels : © Martin Hutcheson, © Martin Christ, © Faber Courtial

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 27 mai 2016.

mardi 22 août 2017

« Israël : le long de la ligne verte »


Arte rediffusera le 23 août 2017 dans le cadre d’Arte Reportage « Israël : le long de la ligne verte » (Israel: Entlang der Grünen Linie) signé par Stéphane Amar, Y. Weitzman, B. Rabinovitch et D. Jakubovitch et présenté par William Irigoyen. Le « rendez-vous du grand reportage » partial, et si représentatif de la ligne éditoriale biaisée de la chaîne publique franco-allemande.


« Dédié à l’actualité européenne et internationale, ARTE Reportage témoigne des soubresauts du monde. Des documents exceptionnels et souvent exclusifs, présentés en alternance par Andrea Fies et William Irigoyen, tous les samedis ».

Le 3 mai 2017, durant chabbat, Arte diffusa deux « documents » : l’un sur Israël, l’autre sur le Soudan du Sud.

Israël : le long de la ligne verte
Une « frontière longue de 350 kilomètres sépare Israël et la Cisjordanie ». Ce n’est pas une frontière, mais une ligne d’armistice, de cessez-le-feu comme l'indique, incidemment, le reportage.

Une « ligne tracée sur une carte d’État-major en 1949, qui court de la Galilée, au nord, jusqu'au désert de Judée, au sud, en traversant Jérusalem ». Donc, des territoires bibliques.

« Censée définir les contours d’un futur État palestinien » - non, le plan de partage de la Palestine mandataire de l’ONU prévoyait un Etat Juif, un Etat arabe et un corridor autour de Jérusalem -, cette « ligne verte » est « en fait une frontière introuvable ». Donc, n’est pas une frontière.

« Depuis leur victoire lors de la guerre des Six Jours en 1967, les Israéliens ne cessent de l’effacer ». On ne peut pas effacer ce qui n’existe pas. Ces territoires n'ont pas été "conquis", mais libérés de l'occupation jordanienne non reconnue par l'ONU. A quand un reportage sur les territoires non autonomes par la France - Polynésie française, Nouvelle Calédonie - selon l'ONU ?

De Jénine à Jérusalem, « l’équipe d’ARTE Reportage l'a longée pour mesurer les bouleversements qui, depuis un demi-siècle, rendent quasi impossible le partage du territoire entre Israéliens et Palestiniens ». Pourquoi le partager avec des Arabes palestiniens qui refusent tout partage ? « Ce barrage est fait pour humilier le peuple palestinien… Tout cela est notre pays. C'est une seule terre, la Palestine. C’est l'opinion du peuple palestinien, pas mon opinion personnelle », déclare un Arabe palestinien qui ne distingue pas entre les deux côtés de la Ligne verte. Quid de la bande de Gaza ?

Jérusalem, « c’est notre ville sainte, le roi David y a été couronné, son fils y a construit le Temple, Toute notre histoire est ici. Jérusalem fait partie du peuple juif », rappelle une Israélienne.

Quel est l'intérêt de ce énième reportage qui omet des vérités historiques ? Par exemple, pourquoi les Juifs ont-ils été empêchés de se rendre au Kotel lors de l'occupation illégale de la vieille ville de Jérusalem par la Jordanie, qui en 1948 y avait détruit une  cinquantaine de synagogues et profané des cimetières juifs ? La marche des drapeaux ne marque pas "la conquête" de Jérusalem, mais sa libération, prélude à sa réunification.

Et ce sont Véronique Cayla, présidente, Alain Le Diberder, directeur des programmes, et les responsables de secteurs d’Arte France qui ont refusé de diffuser Un peuple élu et mis à part : l’antisémitisme en Europe, documentaire écrit et réalisé par Joachim Schroeder et Sophie Hafner. « Motif : on y met trop en lumière la haine antijuive qui progresse dans la sphère arabo-musulmane et dans une certaine gauche obsédée par l’antisionisme ». Un « documentaire de quatre-vingt-dix minutes, produit et financé par Arte. Ce projet était porté par le pôle allemand d’Arte, et plus précisément par la chaîne publique Westdeutscher Rundfunk (WDR), membre de l’ARD, la première chaîne allemande. Il avait été validé en avril 2015 par la conférence des programmes. Pour Arte France, « la dénonciation de l’antisémitisme se limite à l’exploration répétitive de « ce ventre fécond dont est sorti la bête immonde », le nazisme archéo et néo, l’extrême droite dans toutes ses déclinaisons régionales, du FN français au Jobbik hongrois en passant par les néerlandais de Geert Wilders », a résumé Luc Rosenzweig, journaliste. Finalement, Arte a diffusé ce documentaire une seule fois, sans l'annoncer sur les réseaux sociaux ni dans son programme le 21 juin 2017, à 23 h.

Le site Internet d'Arte reportage révèle que sur les neuf documentaires visibles en page d'accueil, deux concernent Gaza : Gaza, la grande évasion, et Gaza, la mer ne veut plus de moi. Un pourcentage disproportionné.

Rien par exemple sur le Yémen ravagé par une épidémie de choléra et sur les victimes civiles des bombardements notamment de l'Arabie saoudite luttant contre la rébellion houthiste soutenue par l'Iran. "C’est un pays aux portes de l’enfer que le patron des opérations humanitaires, Stephen O’Brien, a décrit, vendredi 18 août, au Conseil de sécurité de l’ONU... Sur les 27 millions d’habitants que compte le Yémen, deux tiers sont en état de malnutrition avancé, 7 millions sont menacés par la famine et 16 millions n’ont pas accès à l’eau potable. Et, comme si ces malédictions ne suffisaient pas, une épidémie de choléra a tué, depuis avril dernier, près de 2 000 personnes et 180 000 nouveaux cas se sont déclarés depuis juillet... La coalition militaire dirigée par Riyad est accusée d’entraver l’aide humanitaire et de crime de guerre contre les enfants". (Le Monde, 19 août 2017)

Soudan du sud : la guerre, la faim, les rebelles
Les Nuer « sont en guerre. Ce peuple de la haute vallée du Nil, qui a survécu à l'Empire Ottoman, aux colons Anglais et à la domination arabe au temps du Soudan uni, est aujourd'hui partie prenante du conflit qui déchire le Soudan du Sud ». 

« Assiégés par les troupes gouvernementales, encadrés par une armée rebelle qui les protège tout en les entraînant vers les plus grands dangers, les Nuer sont à nouveau menacés ». 

Des « dizaines de milliers de personnes sont déplacées ou réfugiées en Éthiopie. Mais les hommes n'ont d'autre choix que de se battre pour défendre la terre de leurs ancêtres ».
Pas un mot sur l’islamisme.
          

2016, 52 min
Sur Arte les 3 juin 2017 à 18 h 50, 23 août 2017 à 6 h 20

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 2 juin 2017.

« L'huile d'argan, l'or blanc du Maroc » de Roberto Lugones


Arte rediffusera le 21 août 2017 à 9 h 30, dans le cadre de 360°-Géo, « L'huile d’argan, l'or blanc du Maroc » (Arganöl - Marokkos weißes Gold) de Roberto Lugones (2008). Un documentaire daté sur l’argan, fruit de l’arganier dont on extrait une huile aux nombreux bienfaits, exportée dans de nombreux pays. D’un quasi-monopole et d’une activité traditionnelle liée aux Amazighs marocains à la concurrence israélienne.
Haut de huit à dix mètres, le tronc noueux, les branchages hérissés d’épines, le cime large et arrondie, résistant à la sécheresse, des racines pouvant chercher l’eau très profondément, embelli par des fleurs hermaphrodites apparaissant en mai-juin.

Tel apparaît l'arganier ou Argania spinosa

« Exception marocaine »
Cet arbre fruitier pousse traditionnellement dans l’Atlas marocain dans la plainte du Souss (sud-ouest du Maroc) – l’arganeraie couvre environ 800 000 hectares, soit environ un sixième de la forêt marocaine -, et dans la région de Tindouf, à l’ouest de l’Algérie. Sa durée de vie varie de 150 à 200 ans.

Longtemps, seuls les arganiers marocains donnaient des fruits, dénommés argans. Des fruits à coque dure, longs de trois centimètres, de couleur jaune-brun. 

Mûr, l’argan renferme une noix dure contenant deux ou trois « amandons ». Dromadaires et chèvres apprécient les feuilles vertes et le fruit de l’arganier, dont elles délaissent le noyau. Grimpant aux arbres, "les chèvres dévorent les jeunes pousses et épuisent les arganiers".

Dès le Xe siècle, des livres en arabe  mentionnent l’arganier, et des botanistes européens s’y intéressent. L’arganier relève d’un statut complexe : considéré comme un don de Dieu, il est aussi associé à la magie. A leurs invités, les Amazighs ou Berbères du Souss offrent thé, huile d’argan et miel.

« Depuis des siècles au Maroc, des femmes » amazighes vivant dans l’Atlas « extraient des fruits de l'arganier une huile très recherchée pour sa saveur et ses bienfaits sur la peau. Il y a peu, il aurait été impensable pour une villageoise marocaine d'avoir une activité hors de son foyer, de son douar, de son hameau. Elles sont désormais nombreuses à travailler dans des coopératives féminines », telle Marjana qui regroupe 37 membres soudées. Les nouvelles membres sont choisies en fin d'années. Les membres de Marjana touchent 1200 dirhams/mois, soit plusieurs centaines d'euros. A cette rémunération, s'ajoutent les bénéfices. Les coopératives permettent aux femmes élevant seules leurs enfants d'acquérir leur autonomie financière, et de financer des projets, tel l'agrandissement de leur maison. Les maris travaillent souvent loin du village et reviennent régulièrement au foyer familial. Marjana organise aussi l'accueil des touristes intéressés par le concassage du fruit, etc. Dans d'autres coopératives, des enfants et adolescentes travaillent pendant leurs vacances scolaires. Certaines Marocaines préfèrent travailler à domicile à concasser les fruits, afin de pouvoir s'occuper de leurs jeunes enfants. Dans cette région, les unions entre Berbères et Arabes sont fréquentes. Jeans et foulards islamiques constituent les vêtements féminins.

Ramassés en veillant à éviter les scorpions, les noix sont séchées au soleil pendant une semaine. La pulpe dégagée de la noix sert d'aliment pour le bétail. Reste le noyau cassé pour récupérer les amandons. Les coques servent de combustibles. Les amandons sont torréfiés : trop torréfiés, ils ont un goût de brûle, pas assez torréfiés, le goût devient amer. Les amandons sont alors broyés manuellement dans un moulin de pierre. Une purée fluide tombe dans la bassine. Elle est malaxée en pâtons servant à l'alimentation du le bétail. Il faut 40 kg de fruits pour produire un litre d'huile d'argan alimentaire. Cette coopérative produit quatre litres d'huile d'argan par jour. "Précieuse et recherchée", cette huile alimentaire "aux reflets d'ambre" sublime un mets. "La fabrique de tapis ne rapporte plus. Il n'y a plus que la coopérative", précise une jeune Marocaine.

Pressé, l’argan produit une huile aux vertus appréciées dans la gastronomie, en cosmétologie – soins capillaires, du corps, prévention du vieillissement de la peau -, par la médecine – risques cardiovasculaires prévenus - et la pharmacologie : riche en vitamines E, antioxydants et en acides gras, cette huile favorise la cicatrisation, contribue à la lutte contre les vergetures. L'huile d'argan est aussi utilisée pour des massages corporel.

A noter que l’huile d’argan cosmétique est produite par pression à froid, est est très chère - il faut malaxer trois à quatre heures pour extraire manuellement un litre. Par contre, les amandons sont torréfiés pour produire une huile alimentaire odorante, à la couleur plus foncée, au goût proche de celui de la noisette et moins onéreuse. La production d’un litre d’huile d’argan requiert les fruits d’une demi-douzaine d’arganiers.

Cet « or vert » joue un rôle important dans l’économie marocaine - le Maroc produit de 2 500 à 4 000 tonnes d’argan par an -, ainsi que dans les sociétés rurales. Deux millions de Marocaines vivent de l’huile d’argan, en travaillant pour des coopératives ou des industries. Essaouira se développe aussi grâce à la vente des amandons - le prix du kg a quadruplé en quelques années - et de l'huile d'argan (le prix de l'huile d'argan pure vaut 130 dirhams, soit 13 euros). Les industries privilégient des machines modernes produisant en grandes quantités : jusqu'à 50 litres par heure. Des industries exportent trois à quatre tonnes d'huiles d'argan à qualité constante.


Depuis 1998, une zone de 830 000 hectares d’arganeraies entre Agadir et Essaouira, ancienne Mogador - "un port où arrivaient les navires chargés d'épices et d'esclaves", des boutiques proposent des dérivés de l'huile d'argan -, bénéficie de l’appellation « réserve de biosphère de l’arganeraie » de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture). Les réserves de biosphère « sont des zones comprenant des écosystèmes terrestres, marins et côtiers. Chaque réserve favorise des solutions conciliant la conservation de la biodiversité et son utilisation durable. Au nombre de 651 réserves de biosphère dans 120 pays, les réserves de biosphère sont « des sites de soutien pour la science au service de la durabilité » – des lieux spéciaux où tester des approches interdisciplinaires afin de comprendre et de gérer les changements et les interactions entre systèmes sociaux et écologiques, y compris la prévention des conflits et la gestion de la biodiversité ». Le « but de la Réserve de biosphère Arganeraie est d’aider à assurer la protection et l'utilisation durable des arganiers en leur permettant de servir en tant qu’énergies renouvelables bénéficiant les communautés locales vivant dans les réserves biosphère, ainsi que pour la région en général ». 

En 2010, l'Union européenne a attribué à l’huile d’argan l’indication géographique protégée (IGP). Un avantage en termes d’image, de commercialisation.


L’argan a été inscrit en 2014 (9.COM) sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco  : « L’arganier est une espèce sylvestre endémique… Différentes tâches, dont la réalisation se transmet par voie d’imitation et par l’apprentissage non formel, sont nécessaires pour obtenir l’huile, qui trouve de nombreux usages dans l’alimentation, la médecine et la cosmétique. Ces tâches sont la cueillette des fruits, leur séchage, le dépulpage, le concassage, le tri, la mouture et le malaxage ».

Le « moulin à bras spécifique est fabriqué par des artisans locaux, et le malaxage suppose l’ajout progressif d’eau tiède selon des quantités précises. Tous les aspects culturels relatifs à l’arganier, dont la culture de l’arbre, l’extraction de l’huile, la préparation des recettes et des produits dérivés, et la confection des outils artisanaux nécessaires aux différentes tâches contribuent à la cohésion sociale, à l’entente entre les individus et au respect mutuel entre les communautés. L’huile d’argan s’offre en cadeau de mariage et s’utilise fréquemment pour la préparation de plats de cérémonie. Les savoir-faire traditionnels portant spécifiquement sur l’extraction de l’huile et ses multiples usages sont transmis par les « arganières », qui apprennent à leurs filles, dès leur plus jeune âge, à les mettre en pratique ».

Parfois trop diluée pour produire ses effets bénéfiques, souvent contrefaite, souffrant d’une commercialisation déficiente, l’huile d’argan marocaine s’avère peu satisfaisante à certains égards. 

D’autant que le Maroc  ne semble pas avoir développé les recherches horticoles et partenariats entre universitaires et les responsables de la gestion des forêts, a détruit des arganeraies pour édifier l’aéroport d’Agadir et sous l’effet de l’agriculture intensive ainsi que de la croissance démographique. 

Par ailleurs, l’arganier est menacé par sa disparition progressive – densité moindre des forêts d’argans, replantation insuffisante -, et son bois dur est utilisé par des Marocains pour leur chauffage.

Afin d’assurer « le développement durable de cette réserve de biosphère » et d’aider à satisfaire les besoins énergétiques de la communauté locale », l'UNESCO et l'Agence nationale marocaine pour le développement des énergies renouvelables et l'efficacité énergétique (ADEREE) ont organisé un séminaire, à Marrakech (Maroc) en mars 2015, pour débattre sur ces questions.

« L'accès aux sources d'énergie renouvelables est très important pour les réserves de biosphère de l'UNESCO. Grâce à l'Initiative RENFORUS - Futures d'énergie renouvelable pour les sites de l'UNESCO - l'organisation promeut l'utilisation des réserves de biosphère comme observatoires sur le terrain concernant l'utilisation durable des sources d'énergie renouvelables. Il combine l’objectif de conservation de la nature avec celui du développement durable, fondé sur la participation de la communauté locale et du secteur privé ».

Le « séminaire, qui a réuni les principales institutions nationales et parties prenantes, ainsi que des scientifiques et experts internationaux, a souligné les défis socio-économiques de gestion auxquels la forêt et ses habitants doivent faire face ». En outre, il « a démontré comment l'énergie renouvelable pourrait être une solution viable sur le long terme. Sur la base de ces discussions, ADEREE et l’Agence nationale pour le Développement des zones oasiennes et de l'arganier (ANDZOA), le Comité national MAB (Programme sur l’Homme et la biosphère) du Maroc, la Réserve de biosphère Arganeraie, et avec le soutien du bureau de l’UNESCO à Rabat et le Siège de l’UNESCO, vont développer un plan d'action pour les énergies renouvelable dans cette réserve de biosphère, formant partie du cadre général de la stratégie de l'énergie renouvelable au Maroc ».

Monopoles contestés
"Dans les années 1980, Pierre Fabre, fondateur des laboratoires du même nom, découvre cette huile pressée et récoltée par les femmes marocaines qui l'utilisent alors pour la cuisine, a confié Bernard Fabre, responsable recherche et développement des produits végétaux de l'entreprise, à M le magazine du Monde (14 février 2014). Il la rapporte en France, l'analyse et démontre son pouvoir antioxydant, puis la fait entrer dans une gamme de soins anti-âge chez Galénic."

En 1983, la société Pierre Fabre  Dermo Cosmétique avait déposé la marque « ARGANE », et vendu une crème à base d’huile d’argan. Dans un procès en contrefaçon de cette marque et opposant Pierre Fabre à la société Clairjoie, la Cour de cassation a condamné le 6 mai 2014 Pierre Fabre : elle a annulé sa marque « ARGANE » « pour dépôt frauduleux et défaut de caractère distinctif… Ce terme était exclusivement descriptif de la composition des produits désignés par la marque ».

Ce monopole du Maroc est contesté depuis 2012 par l’entreprise israélienne Sivan qui fabriquera prochainement de l’huile d’argan en Israël. 

Au terme de 25 ans de recherches agronomiques et de sélections puis clonage d’arbustes poussant à partir de graines marocaines, Sivan a découvert une souche de l’arganier appelée Argan 100, qui fournit des arbres plus productifs – jusqu’à cent kilos de noix par an, soit dix fois plus qu’un arganier marocain -, adaptés au climat méditerranéen, résistants aux maladies, et produisant des noix dix fois plus grandes que celles des arganiers marocains. 

Des forêts d’environ 2 500 arganiers ont été plantées dans la région d’Ashkelon, d’Arava et du Néguev. Il faut patienter quinze ans pour voir apparaître les noix sur l’arganier. Cinquante kilos de noix d’argans sont nécessaires pour produire un litre d’huile d’argan pure. 

A suivre…

   
Arte, 2008, 53 min
Sur Arte les 24 septembre 2015 à 12 h 25, 2 avril 201621 août 2017 à 9 h 30

Visuels :
Ces jeunes femmes montrent le changement de la mode dans la société marocaine.

© Medienkontor FFP

© Direction du patrimoine culturel de l'UNESCO

A lire sur ce blog :
Les citations sont extraites d'Arte et de l'Unesco. Cet article a été publié le 24 septembre 2015, puis le 31 mars 2016.

lundi 21 août 2017

« Une aventurière en Irak : Gertrude Bell » par Zeva Oelbaum et Sabine Krayenbuhl


Arte diffusera le 22 août 2017 « Une aventurière en Irak : Gertrude Bell » (Von Britannien nach Bagdad: Gertrude Bell ; Letters from Baghdad), documentaire par Zeva Oelbaum et Sabine Krayenbuhl. Un « portrait fascinant de Gertrude Bell (1868-1926), l'une des exploratrices les plus influentes du début du XXe siècle. Cette aventurière a contribué à façonner, avec des répercussions parfois funestes, le Moyen-Orient d'aujourd'hui » en soutenant la dynastie Hachémite dans les actuels Iraq et Jordanie. Elle était opposée à la déclaration Balfour.

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« Gertrude Bell était une femme de tête et de cœur, vertigineuse », disait d’elle T.E. Lawrence (Lawrence d'Arabie).

Voyageuse
Gertrude Bell  naît dans une famille aisée d’industriels. Son grand-père Sir Isaac Lowthian Bell était un parlementaire libéral et membre d'un gouvernement de Benjamin Disraeli.

En 1871, Mary Shield Bell, mère de Gertrude, meurt en accouchant de son fils Maurice. Cette mort prématurée marque une fille âgée alors de trois ans, et la rapproche de son père, Sir Hugh Bell.

Quatre ans plus tard, Sir Hugh Bell se remarie avec Florence Olliffe, dramaturge, auteur d'histoires pour enfants et d'une étude sur les ouvriers des usines de Bell. Le couple a trois enfants. Florence Bell instille le sens du devoir chez Gertrude Bell et contribue à son développement intellectuel.

En 1886, elle obtient un diplôme d’histoire d’Oxford en deux ans et avec mention.

« Tour à tour exploratrice, archéologue et espionne, Gertrude Bell délaisse très jeune l'Angleterre victorienne pour s'aventurer dans le désert d'Arabie qu'elle sillonne de longues années à dos de chameau, parée de ses plus belles toilettes ».

Avec son appareil photographique, elle saisit le désert et les sites archéologiques qui la fascinent.

Dotée d’une solide constitution physique, cette alpiniste polyglotte voyage au Japon, aux Etats-Unis et en Amérique du sud, en France, à Bucarest et Téhéran où elle rencontre son oncle ambassadeur, Sir Frank Lascelles. Sur son séjour en Iran, elle écrit Persian pictures (1894).

Elle effectue deux tours du monde : en 1897-1898 et en 1902-1903.

En 1899, elle se rend en Eretz Israël, alors dans l’empire ottoman, à Damas, à Bagdad, et étudie le persan, l’arabe et le turc. Ce qui lui inspire son livre Syria, the desert and the sown publié en 1907.

 Elle impressionne les dirigeants de l’Armée britannique et les sheikhs tribaux.

Adoptant une attitude hardie dans des mondes conservateurs, elle méprise les femmes luttant pour acquérir le droit de vote.

Féminine, surnommée la « dame » ou « la reine du désert », Gertrude Bell emporte avec elle sa collection de chaussures, ses robes du soir, sa baignoire, ses plats…

De 1900 et 1914, Gertrude Bell mène six expéditions archéologiques et diplomatiques entre le Levant et l'Euphrate.

« Pendant la Première Guerre mondiale, cette Anglaise à l'arrogance affichée » s'engage volontairement à la Croix-Rouge en France. Elle « est recrutée par les services de renseignements de l'armée britannique ».

Elle est bouleversée par la mort au front en 1915 du major Charles Doughty-Wylie dont elle était éprise.

Elle est témoin du génocide commis par les Ottomans à l'égard des Arméniens - un génocide dont elle saisit la spécificité par rapport aux massacres précédents - et de la vente d'Arméniennes au marché.

« Agent secret et ambassadrice occulte au service de Sa Gracieuse Majesté durant la Grande Guerre, elle est la seule femme à participer au titre de conseiller aux conférences internationales de 1919 et 1921 ».

« Appréciée pour ses connaissances pointues des ethnies locales, notamment des communautés bédouines, et sa maîtrise de la langue arabe, Gertrude Bell va dessiner les frontières du futur État irakien au sein du bureau colonial, au côté de son ami – le célèbre Lawrence d'Arabie. Dans un univers largement dominé par les hommes, elle devient la femme la plus influente de l'Empire britannique ».

Comme T.E. Lawrence, elle conjugue courage et vulnérabilité affective.

Gertrude Bell est opposée à la déclaration Balfour, et est persuadée que la terre confiée au peuple juif par cette déclaration est « pauvre, incapable d’un grand développement ». « I hate Mr Balfour's Zionist pronouncement with regard to Syria. It's my Bellief that it can't be carried out; the country is wholly unsuited to the ends the Jews have in view; it is a poor land, incapable of great development and with a solid two thirds of its population Mohammadan Arabs who look on Jews with contempt. I think myself that they will ficher themselves pas mal of Zionist ambitions, which it would be an invidious task to try and force upon them. To my mind it's a wholly artificial scheme divorced from all relation to facts and I wish it the ill-success it deserves - and will get, I fancy », écrit Gertrude Bell le 25 janvier 1918 à Dame Florence Bell, sa belle-mère.

Gertrude Bell « convainc même Winston Churchill, à l'époque secrétaire d'État aux colonies, de nommer Fayçal Ibn Husseïn, leader sunnite de la révolte arabe de 1916-1918, premier roi d'Irak. La « Khatoun » (« princesse »), comme la surnomment les Arabes, sera sa conseillère jusqu'à sa mort en 1926. Le choix de placer un souverain sunnite à la tête d'une population en majorité chiite pèse encore lourdement sur l'Irak d'aujourd'hui ».

A la fin de sa vie, Gertrude Bell est chargée des Antiquités par le gouvernement irakien et contribue à fonder le musée archéologique de Bagdad, actuel musée national d’Iraq. Elle lutte contre les voleurs et trafiquants d’objets archéologiques.

En 1927, Florence Bell publie, en deux volumes, les lettres de Gertrude Bell écrites dans les vingt années précédant la Première Guerre mondiale.

Reine du désert
« Raconté avec ses propres mots, à partir de lettres, de journaux intimes, dits par l'actrice Sandrine Bonnaire, et de documents officiels, « Une aventurière en Irak : Gertrude Bell » (Letters from Baghdad), documentaire par Zeva Oelbaum et Sabine Krayenbuhl retrace de manière singulière l'incroyable destin de Gertrude Bell ».

Ce documentaire « explore  avec subtilité la personnalité hors du commun de cette femme audacieuse, à la fois colonialiste et profondément engagée auprès du peuple irakien, qu'elle a appris à connaître et apprécier. Gertrude Bell a fondé le musée d'Irak mais aussi contribué à modeler le Moyen-Orient actuel, une influence dont elle n'imaginait sans doute pas les répercussions politiques néfastes ».

« Grâce à des images d’archives extraordinaires, en grande partie inédites et restaurées, ainsi que des interviews reconstituées de ses contemporains, l'exploratrice livre sa vision du Moyen-Orient nous transportant un siècle en arrière, au temps des empires coloniaux et du réveil nationaliste en Mésopotamie ».

C’est Liora Lukitz, historienne israélienne de l’Iraq, qui a « redécouvert » Bell à qui elle a consacré la biographie A Quest in the Middle East - Gertrude Bell and the Making of Modern Iraq (I.B. Tauris, 2006).
         
Juifs irakiens
Le blog Jewishrefugees a évoqué la perception des Juifs irakiens par Gertrude Bell en publiant un extrait des lettres de l’espionne britannique. Ces lettres sont lisibles sur un site universitaire consacré à Gertrude Bell.

Gertrude Bell décrit les Juifs comme constituant « une partie de la population importante, riche, intelligente, cultivée, active ».

Et elle espère que certains de ses illustres représentants, dont Sassoon Eskel (1860-1932), qu’elle dénomme Sasun Effendi et dont elle loue la « sagesse et la modération habituelles », seront des acteurs clés dans la construction du nouvel Iraq :

« The Jews form a very important part of the population, rich, intelligent, cultivated and active. One example of their attitude towards the new order will be enough to show their quality. It has been given out that all the subjects of the Sultan would ultimately be called upon to perform military service; the law (which has since been passed) had not yet assumed a definite shape and many were of the opinion that it would be found impossible to frame it. Not so the Jews of Baghdad. As soon as the idea of universal service had been conceived, a hundred young men of the Jewish community applied for leave to enter the military school so that they might lose no time in qualifying to serve as officers. The permission was granted, and I trust that they may now be well on the road to promotion. The Christians showed no similar desire to take up the duties of the soldier. »(Amurath à Amurath, 1911)

« I'm now going to cultivate the Jew community - there are 80, 000 in Baghdad out of a pop. of 200, 000- and find out more about them. So far, I've only met the bigwigs, such as the Chief Rabbi. There's no doubt they will be a great power here some day ». (Lettre à ses parents, 1917)

« I'm making great friends with two Jews, brothers one rather famous, as a member of the Committee of Union and Progress and a deputy for Baghdad. His name is Sasun Effendi. They have recently come back from Constantinople (Istanbul) - they were at the first tea party I gave for you here. I've known Sha'al's wife and family a long time. They are very interesting and able men. Sasun, with his reputation and his intelligence, ought to be a great help ». (Lettre à ses parents, 14 juin 1920)

« The man I do love is Sasun Eff. and he is by far the ablest man in the Council. A little rigid, he takes the point of view of the constitutional lawyer and doesn't make quite enough allowance for the primitive conditions of the 'Iraq, but he is genuine and disinterested to the core. He has not only real ablility but also wide experience and I feel touched and almost ashamed by the humility with which he seeks - and is guided by - my advice. It isn't my advice, really; I'm only echoing what Sir Percy thinks. But what I rejoice in and feel confident of is the solid friendship and esteem which exists between us. And in varying degrees I have the same feeling with them all. That's something, isn't it? that's a basis for carrying out the duties of a mandatory? »  (Lettre à son père Sir Hugh Bell, 18 December 1920)

Sassoon Eskel est né dans une famille bagdadi juive aristocratique, les Shlomo-David. Ce sioniste avait pour cousin Siegfried Sassoon (1886-1967), poète et soldat britannique.

Sassoon Eskel suit sa scolarité dans un établissement de l’Alliance Israélite universelle à Bagdad.

Son père avocat, rabbin et philanthrope, Ezra Sassoon, l’envoye ensuite se former au droit et économie à Istanbul (Constantinople), Londres et Vienne. Polyglotte, Sassoon Eskel parle neuf langues : arabe, persan, turc, hébreu, grec, allemand, français, latin et anglais.

De retour en 1881 à Bagdad, Sassoon Eskel travaille comme dragoman (interprète) pour l’administration de Bagdad, et occupe un poste important dans les services de gestion de l’eau avant son élection en 1908 au conseil municipal de Bagdad comme échevin.

Apprécié des Ottomans, il remplit deux mandats à ce titre, puis est désigné comme conseiller spécial du ministère de l’Agriculture et du Commerce.

En 1920, il joue un rôle important dans la fondation des lois et de l’infrastructure financière du gouvernement irakien. Il est ministre des Finances à cinq reprises et député de Bagdad dans le premier parlement du royaume. Un parlementaire réélu jusqu’à son décès.

En 1921, quand Winston Churchill organise la conférence du Caire pour discuter de l’avenir de l’Iraq, de la Jordanie et d’Israël, Eskell est un des deux Irakiens envoyés pour déterminer le futur du pays et choisir son roi.

En 1923, le roi George V lui décerne le titre de Chevalier.

Eskell s’est vu qualifier du vocable turc laudateur « Effendi » et reçoit la Médaille al-Moutamayez ottomane. Il est aussi distingué par le roi Faisal.

Eskell est enterré au cimetière du Père Lachaise, à Paris où il suivait un traitement médical. Sa bibliothèque réputée est pillée, et sa collection perdue après 2003.

Le 5 août 2016, la municipalité de Bagdad a annoncé qu’elle démolira la maison centenaire de Sir Sassoon Eskell et allouera le terrain à un promoteur immobilier. Cette maison était située rue Rashid, dans le centre de la ville, parallèlement à une rive du Tigre.

Sa’id Hamza, directeur du département d’investigation des sites patrimoniaux au sein du ministère irakien du Tourisme et des Antiquités, a qualifié cette décision de « violation » de la loi. Il a ajouté que « la maison d’Eskell est composée de deux parties : l’une devant aller au ministère des Finances, et l’autre à l’héritier, Albert Sassoon Eskell.

Malgré cette protestation, la maison a été détruite.

« La nouvelle de cette démolition a été reçue [à Bagdad] avec une grande tristesse. Chaque intellectuel irakien, toute personne intéressée par le passé du pays, sait qui Yechezkel Sassoon était », a déclaré Nabil al-Rube’l, historien irakien spécialisé dans l’histoire des Juifs babyloniens. Et d’ajouter ironiquement : « J’aimerais remercier notre pays, notre gouvernement et ses institutions pour avoir honoré, par cette démolition, la grande contribution de Sassoon en tant que serviteur public dévoué qui a utilisé de bonne foi et avec honnêteté l’argent public ».

Indigné par cette démolition, le poète Mohammed al-Rakabi a écrit un poème partagé sur Internet : « Sassoon, votre demeure est dans notre cœur. L’amour demeure et ne mourra pas dans les chaines. Si vous étiez né dans un pays qui reconnait ses fondateurs, les ignares ne seraient pas parvenus à devenir des maîtres ».
    

« Une aventurière en Irak : Gertrude Bell » par Zeva Oelbaum et Sabine Krayenbuhl
Between the Rivers Productions (USA) en coproduction avec YUZU Productions  en collaboration avec ARTE France, 2016, 88 min
Sur Arte le 22 août 2017 à 20 h 50

Visuels :
Un portrait de Gertrude Bell, aventurière et espionne Britannique, qui a parcouru l'Irak et ses pays limitrophes pour dessiner les frontières.
Un portrait de Gertrude Bellen 1921. Aventurière et espionne Britannique, elle a parcouru l'Irak et ses pays limitrophes pour dessiner les frontières.
Winston Churchill, Gertrude Bell et Lawrence d’Arabie au Caire lors de la Conférence du Caire de 1915
Photo non datée de Gertrude Bell, aventurière et espionne Britannique, qui a parcouru l'Irak et ses pays limitrophes pour dessiner les frontières
Une photo du site historique de Palmyre prise par l'aventurière et espionne britannique Gertrude Bell en Syrie en 1900
Une photo des ruines du palais de Mshatta prise par l'aventurière et espionne britannique Gertrude Bell en Jordanie en 1900
Une photo du palais Al-Ukhaidir prise par l'aventurière et espionne britannique Gertrude Bell en Irak en 1909
Une photo de la ville de Babylone prise par l'aventurière et espionne britannique Gertrude Bell en Irak en 1909
Une photo prise par l'aventurière et espionne britannique Gertrude Bell en Turquie en 1907, dans la région de Bin Bir Kilisse, située dans la province actuelle de Karaman
© Gertrude Bell Archive, Newcastle

A lire sur ce blog :
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Les citations sur le film sont d'Arte.