lundi 26 juin 2017

« Molenbeek, génération radicale ? » par José-Luis Peñafuerte et Chergui Kharroubi


Arte diffusera le 27 juin 2017  « Molenbeek, génération radicale ? » (Molenbeeks verlorene Generation) par José-Luis Peñafuerte et Chergui Kharroubi. « Devenu mondialement célèbre comme un berceau du djihadisme européen », Molenbeek-Saint-Jean « est la deuxième commune la plus pauvre de Belgique, avec un taux de chômage qui atteint 45 % pour les moins de 25 ans. Portrait de groupe sensible et nuancé, à la rencontre de ses habitants et de ses travailleurs sociaux ».


La libre circulation des êtres, des biens et des services… Ce principe de l’Union européenne (UE) a été utilisé par les terroristes islamistes homegrown, nés ou pas sur le sol européen, ayant commis des attentats terroristes depuis plusieurs années. Et ce, bien mieux que les agences de renseignements européens. 

 « Non loin du centre prospère de Bruxelles » et de bâtiments de l’UE, Molenbeek, « deuxième commune la plus pauvre de Belgique, avec un taux de chômage qui atteint 45 % pour les moins de 25 ans, a vu grandir ou passer nombre des auteurs d'attentats islamistes qui ont marqué l'actualité depuis trente ans ». L’esquisse de l’explication socio-économique misérabiliste au terrorisme islamique…

Molenbeekistan
« Mais c'est au lendemain des attaques du 13 novembre 2015, dont quatre des responsables étaient des enfants du quartier, que celui-ci est devenu mondialement célèbre comme un berceau du djihadisme européen ». Ainsi, le 14 novembre 2015, Ali Oulkadi, Français vivant en Belgique, a conduit à Schaerbeek, près de Molenbeek, Salah Abdeslam, recherché par la police pour son implication dans les attentats terroristes islamistes revendiqués par ISIS (Etat islamique) à Paris et à Saint-Denis le 13 novembre 2015. Mais Arte oublie l’attentat contre le musée juif de Bruxelles du 24 mai 2014 commis par Mehdi Nemmouche, Français d’origine algérienne, qui a tué au nom de l’Etat islamique (ISIL) quatre personnes : Emanuel et Miriam Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens. Ce terroriste islamiste l’aurait préparé depuis sa chambre à Molenbeek-Saint-Jean. En outre, quelques années avant d’assassiner dans la nuit du 19 au 20 novembre 2003, à Paris, Sébastien Selam, DJ français Juif de 23 ans, Adel Amastaibou avait séjourné chez un oncle et une tante maternelle à Bruxelles (Belgique). Lors d'audiences judiciaires, il a été indiqué qu'il avait été hospitalisé à Schaerbeek, une des 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale, limitrophe de Molenbeek. L’antisémitisme islamique s’avère un des sujets tabous de la chaine publique franco-allemande.

Le « tournage de ce documentaire a commencé peu après, et ses auteurs étaient sur place quand Salah Abdeslam a été arrêté, le 18 mars 2016, et, quatre jours plus tard, quand de nouveaux attentats ont ensanglanté Bruxelles.

« À la rencontre d'habitants et de travailleurs sociaux, ils tentent de comprendre pourquoi Molenbeek a ainsi nourri le djihadisme, mais aussi comment leurs interlocuteurs vivent les événements et s'organisent pour y faire face ».

« Jeunes et vieux, parents meurtris et écoliers, imam ou curé, travailleurs sociaux et artistes, sans oublier un slameur en herbe, ils composent un portrait de groupe sensible, riche de visages et de questions, et rappellent combien la stigmatisation collective induite par des médias avides de simplification relève de l'absurde ». Une terminologie jouant sur le registre affectif, sentimental.

Rif et économie de la drogue
"Depuis des années, la Belgique, qui subit le terrorisme islamiste, est pointée du doigt par les services de renseignement européens et maghrébins. Elle abriterait des foyers de radicalisation et de narcotrafic à Bruxelles, à Anvers et en Wallonie. Les autorités marocaines sont très inquiètes devant la radicalisation hors de contrôle de leurs ressortissants, qui versent dans le crime organisé, le salafisme voire le chiisme, en rupture complète avec leur islam. Les géographes questionnent la dynamique de la communauté marocaine de Belgique, majoritaire dans les berceaux du grand Bruxelles, alors qu'à l'inverse de la France et de l'Espagne, la Belgique n'a pas de passé colonial marocain. Pourquoi la Belgique compte-t-elle plus de 500 000 Marocains, 1 habitant sur 20, et pourquoi sont-ils nombreux à verser dans un radicalisme hors de contrôle? L'histoire, l'origine et les activités des Marocains de Belgique expliquent le sanctuaire salafiste de Molenbeek, le Moulin du ruisseau", a analysé Pierre Vermeren, Normalien et agrégé d'histoire, professeur, spécialiste de l'histoire du Maghreb contemporain à l'université de Paris-I Panthéon-Sorbonne et membre du laboratoire IMAF (Institut des mondes africains), dans Le Figaro (2 décembre 2015).

Et de poursuivre : "En mars 1912, la France place l'Empire chérifien sous « protection », et concède le nord du pays, le «Rif», à l'Espagne. Ce Maroc espagnol est coupé en deux: le pays jebala arabophone à l'Ouest, le pays berbère du Rif à l'Est. Cette montagne méditerranéenne pauvre et très peuplée vit d'expédients et de trafics marchands, à l'instar de la Corse ou de la Kabylie. Des dizaines de milliers de Rifains s'embauchent chaque année en Oranie française pour travailler la vigne ou dans les mines de la région. Les Espagnols laissent faire. Quand, après la Grande guerre, ils se décident à «pacifier» la région, leur armée se fait massacrer à Anoual en juillet 1921 (12 000 morts). Avec les armes récupérées, Abdelkrim proclame un Etat, la République du Rif, et son armée. En cinq ans de guerre, l'Espagne se déchaîne contre les Rifains, qui reçoivent les surplus de gaz moutarde bradés par l'Allemagne. Mais rien ne venant à bout des Rifains, ils portent la guerre au Maroc français. Lyautey est destitué, remplacé en urgence par Pétain, qui mobilise une armada franco-espagnole ultra moderne, qui débarque à Al Hoceima, répétition du 6 juin 1944. Les Rifains, écrasés par des centaines de milliers d'hommes, reprennent leur exode saisonnier vers l'Oranie. Toutefois, Franco sait les utiliser par dizaines de milliers dans sa guerre d'Espagne pour nettoyer et conquérir au couteau les tranchées et les villes républicaines".

Et de rappeler : "Lorsque la guerre d'Algérie ralentit puis interdit la migration vers l'Algérie en 1956, la misère s'abat sur le pays, poussant les plus téméraires vers le Nord. Les houillères françaises du nord en plein boum embauchent des milliers de Marocains du Rif, où ils rejoignent les kabyles. A l'inverse de ces derniers, originaires de la région la plus francophone d'Algérie française, les Rifains berbérophones, voire hispanophones, ne pratiquent qu'un français minimaliste. Ils se réfugient dans leur religion austère et conservatrice, hermétique au réformisme musulman qui gagne le Maroc français. Pire, à l'indépendance du Maroc, quand le Rif se soulève pour ses libertés, le Rif fait l'objet d'une guerre livrée par les forces armées royales d'Oufkir et du futur Hassan II, en 1958 et 1959, aidées par l'armée française. Le Rif reçoit cette fois du napalm. On relève des milliers de morts. La haine que se vouent les Rifains et le roi du Maroc est si forte qu'en 38 ans de règne (1961-1999), Hassan II ne se rend pas dans le Rif, refuse d'y investir et d'équiper le pays. Il ne lui laisse que le monopole du kif accordé par son père".

Et de conclure : "Peuple abandonné et livré à lui-même, les Rifains émigrent comme leurs aînés. Ils s'installent dans le nord, puis suivent l'emploi vers les houillères de Wallonie, et enfin dans les Flandres et aux Pays-Bas en plein boom. Le Benelux et le Nord Pas de Calais comptent en 2015 près d'1,5 millions de « Marocains », en majorité Rifains. Après 1968 et la chute de la French Connection, les chimistes corses passés dans le Rif transforment le chanvre en pâte base pour l'exportation. La commercialisation du haschisch suit l'émigration rifaine, ouvrant les portes des marchés européens en Espagne, en France et au Benelux. Avec Anvers, la Belgique devient une plaque tournante. Le commerce et le trafic de drogue deviennent inséparables, et ces activités pallient les licenciements qui frappent en masse mineurs, sidérurgistes et salariés du textile. Les Rifains se concentrent dans des quartiers qui s'homogénéisent à Roubaix, Tourcoing, Bruxelles-Molenbeek, Rotterdam, Liège… Une partie de cette jeunesse belge frappée par le chômage et la crise se tourne vers le fondamentalisme religieux, alors que la police belge n'a aucune expérience en la matière, à l'inverse de la police française plus expérimentée, et qui laisse travailler les services marocains auprès de leurs ouailles.Austérité ancestrale et culture insulaire, hostilité viscérale au régime marocain et à son islam, rejet de l'Etat qui rappelle la Sicile, liberté religieuse à tous vents, réseaux mafieux structurés par 40 ans de business (10 milliards de $ de chiffre d'affaires annuel) au profit des mafias du Rif et de leurs obligés, du Maroc au Benelux, liberté de mouvement depuis Schengen, absence de surveillance policière efficace, antécédents historiques désastreux, ressentiment, culture de la violence dans un univers hostile, chômage de masse… la base arrière de Molenbeek a une très longue histoire. Pour la première fois, il va peut être falloir poser la question de l'économie de la drogue".

Départs des Juifs
Arte réussit l’exploit de présenter sur son site Internet ce documentaire sans utiliser les mots « islam », « musulmans », « antisémitisme », etc.

Citons ce passage d’un article prémonitoire publié par Philosemitism  le 5 juin 2012 : 
« Le magazine flamand Dag Allemaal a publié le 8 avril 2008 un article (« Les Juifs sont nos pires ennemis », crient les « jeunes » dans la rue ») sur le quartier de Molenbeek où il y avait autrefois de nombreux commerçants juifs, installés depuis de longues années le long de la rue du Prado et de la Chaussée de Gand. Mais en 2008 ils avaient tous mis la clé sur le paillasson - à l'exception d'un magasin de meubles. Dans l'indifférence générale.
L'auteur de l'article a essuyé un refus lorsqu'il a voulu interviewer les anciens commerçants juifs de Molenbeek. Ceux-ci craignaient des représailles. Un seul, René (ce n'est pas son vrai nom) a accepté de parler à condition qu'il n'y ait pas de photos et qu'il ne puisse pas être identifié. « Parce qu'ils viendraient immédiatement chez moi », avertit-il.
René a récemment [2008] fermé son salon de coiffure dans la chaussée de Gand. Les incidents violents se sont succédé. D'abord ce furent des graffitis sur la façade et des insultes « Sale youpin » et ce genre de « subtilités ». Les pires sont les « jeunes » entre 12 et 20 ans. Ils criaient dans la rue que les Juifs sont leurs pires ennemis.  La campagne de haine et d'intimidation menée contre René a connu son apogée au cours d'un raid. Six « jeunes » se sont introduits comme des fauves dans son salon en criant « Sale youpin », en cassant du matériel et l'ont frappé au visage. Après leur départ, René a appelé la police. Une heure après « les jeunes » sont revenus le punir et ont cassé tous les miroirs. La clientèle fidèle que René s'était constituée en 35 années de dur labeur a eu peur et n'est plus venue. René n'a pas eu d'autre choix que de mettre; comme les autres, la clé sous le paillasson.
On sait que ça commence avec les Juifs dans l'indifférence générale, mais une fois qu'on se débarrasse des Juifs, on sait ce qui risque d'arriver ».
       
« Molenbeek, génération radicale ? » par José-Luis Peñafuerte et Chergui Kharroubi
Belgique, 2016, 65 Min
Sur Arte le 27 juin 2017 à 22 h 55

Visuels
Zur ARTE-Sendung Alltag Terror Molenbeek 8: Straßenabriegelung während der Demonstration der verbotenen Rechtsextremen am 2. April 2016 in Molenbeek © Triangle7 Foto: ARTE/RTBF Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wölk

Articles sur ce blog concernant :
Les  citations sur le documentaire proviennent d'Arte.

« Spoliation Nazie. Trois chefs d'œuvre miraculés », d’Olivier Lemaire


Arte rediffusera le 25 juin 2017 « Spoliation Nazie. Trois chefs d'œuvre miraculés » (Nazi Beutekunst. Die wiedergefundenen Meisterwerke), documentaire d’Olivier Lemaire. Les Nazis ont volé 100 000 à 400 000 œuvres d’art en Europe. Ce documentaire s’attache au parcours de trois œuvres volées à leurs propriétaires Juifs - L'homme à la guitare de Georges Braque (collection Alphonse Kann), Soleil d’automne d’Egon Schiele (collection Karl Grünwald) et Femme assise d’Henri Matisse (collection Paul Rosenberg) - par les Nazis et restitués à ces collectionneurs ou à leurs ayants-droit. 


Peintures, sculptures, dessins, livres… En Europe, les Nazis ont pillé les collections des galeristes, amateurs d’art, souvent Juifs, musées, etc.

"Génocide artistique"
Le nombre exact des œuvres d’art volées en Europe varie de 100 000 à 400 000. En France, on estime que 100 000 œuvres d’art ont été volées et un million de livres détruits.

L’organisme chargé de ce pillage ? L’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), ou Équipe d'intervention du Reichsleiter Rosenberg, dirigée dès 1933 par Alfred Rosenberg (1893-1946), architecte nazi et ministre du Reich aux Territoires occupés de l'Est. Spécialement créée à cet effet, cette agence faisait partie du bureau de politique étrangère du NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, ou Parti national-socialiste des travailleurs allemands). : Hermann Göring, n° 2 du régime nazi, a aussi sélectionné parmi les œuvres d'art volées celles destinées à ses collections, ou à offrir au führer Adolf Hitler. L'Homme à la guitare de Georges Braque est destiné à enrichir sa collection. 

Le « circuit de spoliation nazi des œuvres d’art était proprement industriel. Alfred Rosenberg, conseiller artistique d'Hitler, avait pour mission de coordonner les milliers de pillages perpétrés en Europe puis de faire convoyer le butin à Berlin. Les œuvres maîtresses rejoignaient les bureaux et habitations des dirigeants de haut rang alors que le reste était stocké dans différents lieux ».

"Le "bon art" était destiné à Hitler, à des musées. "L'art dégénéré" était négocié, puis vendu sur le marché parisien... Nul ne pouvait imaginer une spoliation à si grande échelle", explique Hector Feliciano, journaliste auteur de Le musée disparu. Enquête sur le pillage d'œuvres d'art en France par les nazis (1998).

Le collectionneur Alphonse Kann se fait voler ses œuvres d'art dans sa maison de Saint-Germain-en-Laye.

Le marché de l'art est florissant à Paris. "Tout le monde a profité de la spoliation. Trois jours de ventes aux enchères, c'est des centaines de toiles vendues", résume Me Auguste Compte, avocat de la famille Kann.

A Lucerne, les Nazis ont vendu des œuvres d'art moderne.

En 1943, à Strasbourg, Soleil d'automne d'Egon Schiele, volé à Karl Grünwald , exilé aux Etats-Unis, est mis en vente.

"On est dans la collaboration artistique. Dans les années 1950-1960, il y a une non-mémoire sur cette spoliation", relève Emmanuelle Pollack.

Ce pillage est considéré comme un crime de guerre par le tribunal de Nuremberg.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, des œuvres ont retrouvé leurs propriétaires. Au Jeu de Paume (Paris), lieu central de la spoliation, Rose Valland a joué un rôle important. Elle a contribué à préserver des œuvres du patrimoine national convoitées par les nazis, a recueilli des informations sur celles pillées dans les collections de Juifs français. A la Libération, elle a été chargée de retrouver et a permis le rapatriement en France et la restitution aux ayants-droit d’une partie de ces œuvres. La plaque apposée sur une façade du Jeu de Paume en hommage à Rose Valland commence à se dégrader : certaines lettres s'estompent.

« Malgré la diligence d’organismes dévolus à leur restitution, des dizaines de milliers d’œuvres ont disparu ».

Le monde de l'art était petit à l'époque. Après guerre, le "marché est inondé de tableaux au passé trouble". Le pillage des œuvres d'art est considéré comme crime de guerre par le Tribunal de Nuremberg.

Au « fil des décennies, certaines d’entre elles ont resurgi dans l’espace public, donnant lieu à des batailles en paternité ».

Divers musées ont rechigné à rendre des œuvres d’art à leurs propriétaires ou à leurs ayants-droit. Leur refus a induit de longs procès, rarement couronnés de succès. « L’affaire Klimt » (Stealing Klimt), documentaire passionnant de Jane Chablani et Martin Smith (2006) retrace le combat difficile, long - 50 ans - et victorieux de Maria Altmann, octogénaire Juive américaine d'origine viennoise, pour récupérer des biens familiaux, dont cinq tableaux de Gustav Klimt (1862-1918) - deux portraits de sa tante Adèle Bloch-Bauer et trois paysages (1900-1907) - ayant appartenu à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer, spolié en 1938 par les Nazis. La femme au tableau ("Woman in Gold”), film de Simon Curtis, fondé largement sur le livre The Lady in Gold d'Anne-Marie O’Connor, évoque le combat de Maria Altmann, interprétée par Helen Mirren, et de son avocat Me Randol Schoenberg joué par Ryan Reynolds. 

Pour évoquer « ce scandaleux pillage, ce documentaire retrace l’incroyable parcours de trois œuvres majeures ayant appartenu à des collectionneurs juifs, depuis leur spoliation par les nazis jusqu'à leur restitution : L'homme à la guitare de Georges Braque (collection Alphonse Kann), Soleil d’automne d’Egon Schiele (collection Karl Grünwald) et Femme assise d’Henri Matisse (collection Paul Rosenberg) ».

Détenu secrètement par Cornelius Gurlitt, ce tableau Femme assise de Matisse a été découvert fortuitement dans son appartement munichois. En 1940, Paul Rosenberg a une collection célèbre d'impressionnistes et d’œuvres d'art moderne. Opposé aux Nazis, "il se replie sur Bordeaux. Il loue un coffre à la BNCI de Libourne. Braque loue un coffre à côté du sien", relate la journaliste Anne Sinclair, sa petite-fille. Paul Rosenberg fuit avec son épouse et leur fille. Il est spolié, et après-guerre, il récupère ses tableaux détenus par des galeristes, ses confrères qui feignent la surprise. En 2012, Femme de profil devant la cheminée de Matisse réapparaît, et est exposé au Centre Pompidou. Il est détenu par la fondation norvégienne Henie-Onstad, qui semble l'avoir acquis de bonne foi, car le tableau avait été prêté pour des expositions. Cette fondation l'a rendu à la famille Rosenberg sans y être contraint par le droit norvégien.

En 1998, les héritiers de Alphonse Kann, collectionneur spolié, demandent au Centre Pompidou la restitution du tableau volé L'homme à la guitare de Georges Braque. Jean-Jacques Aillagon, qui dirige ce Centre, refuse, en alléguant que cette oeuvre provient d'André Lefèvre. Celui-ci avait prêté après la guerre L'homme à la guitare de Georges Braque à une exposition à Fribourg. Une manière de blanchir l'opération de spoliation, estime Elisabeth Royer-Grimblat, "engagée dans la récupération des œuvres spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale". Elle détient les photocopies de précieux documents sur la spoliation artistique. La famille spoliée porte plainte pour recel : "La première spoliation date de 1940. La seconde quand le Centre Pompidou refuse de rendre ce tableau", indique  Elisabeth Royer-Grimblat. La plainte pour recel fait l'objet d'une longue instruction. L'affaire a été classée, sans suite. Le Centre a gardé le tableau, et a indemnisé la famille Kann. Il y a eu un protocole d'accord. La valeur de ce tableau, si rare, représentatif d'un mouvement majeur de l'art au XXe siècle : 60-80 millions d'euros.

Peint en 1914, Soleil d’automne d’Egon Schiele (collection Karl Grünwald) est retrouvé dans un appartement à Mulhouse (France). Il est vendu pour 21,7 millions d'euros. Les tournesols se tournent vers nous, et non vers le Soleil, dont les rayons faibles émettent une lumière froide. C'est le symbole du déclin, du vieillissement. Une vision prémonitoire de l'apocalypse de la Première Guerre mondiale. Grünwald était un collectionneur éclairé qui a soutenu l'artiste moralement, artistiquement et financièrement.

On peut regretter qu’aucun visuel pour la presse ne concerne ces trois peintures d’art moderne, si méprisé par les Nazis qui l'appelait "art dégénéré".

Les 2, 4, 8 et 14 mars 2016, Histoire diffusa A la recherche de l'art perdu. Les Monuments Men, documentaire de Cal Saville : "Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, les spoliations se sont multipliées en Allemagne. Pendant toute la guerre, les nazis se sont servis dans les collections des pays européens qu'ils soumettaient. Hitler et Goebbels ont littéralement pillé l'histoire de l'art. Aussi, dès 1943, les Monuments Men, experts d'art, se donnèrent pour mission de parcourir l'Europe à la recherche des œuvres manquantes pour les recenser et les rendre à leurs propriétaires. Des mines souterraines aux châteaux isolés qui les abritaient, ils ont tout fait pour sauver les œuvres. Les recherches continuent encore aujourd'hui, l'ensemble du trésor volé des nazis n'ayant pas été intégralement localisé".

2015, 55 min
Sur Arte le 6 septembre 2015 à 17 h 35, le 25 juin 2017 à 18 h 05

Visuels : © Archives du Ministère des affaires étrangères

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Articles in English
Les citations non sourcées proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 4 septembre 2015, puis le 29 février 2016.

dimanche 25 juin 2017

« Possédé par un djinn » par Dalia Al-Kury


Arte diffusera le 27 juin 2017 « Possédé par un djinn » (Besessen) par Dalia Al-Kury. « Dans les cultures arabes, nombreux sont ceux qui croient aux esprits malfaisants appelés « djinns ». La documentariste d’origine jordanienne Dalia Al Kury explore cet univers mystérieux et parfois dangereux ».
  
Magie. Anges et démons dans la tradition juive 
Sorcières, mythes et réalités
« Possédé par un djinn » par Dalia Al-Kury

« Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (Coran 51:56).

Le Coran indique que les djinns – l’étymologie renvoie à la dissimulation - ont été créés du feu.

« Tout comme les humains, ils peuvent avoir une religion. Les jnoun musulmans sont les moins dangereux parce qu'on peut facilement « négocier » avec eux en invoquant le nom d'Allah. Les Chrétiens sont plus difficiles, mais moins que les Juifs qui sont quasiment irrécupérables. Quant aux jnoun païens (kafrin), ce sont les plus craints, car totalement inaccessibles aux « arguments » des humains et les plus violents de tous. Le diagnostic d'existence d'un djinn « kafar » (païen) signale une grave inquiétude pour la vie du malade », a écrit l’ethnopsychiatre Tobie Nathan.

Parmi les djinns, figure le célèbre Iblis appelé parfois al shaytan (Satan, démon) représentant le Mal.

Les Mille et une nuits évoquent des djinns traduits en français par « génie ».

Les Djinns est le titre d’un poème des Orientales (XXVIII) de Victor Hugo (1802-1885).

La « documentariste et journaliste jordanienne Dalia Al Kury part sur les traces d’une croyance dont les origines remonteraient aux temps préislamiques et encore largement répandue dans la culture arabe : la crainte des djinns » ou djoun, « des êtres surnaturels qui peuvent se montrer malfaisants », sont généralement invisibles. Ils sont suspectés d’exercer une influence psychologique sur les êtres humains et vivent souvent dans des lieux déserts.

« Cette superstition est loin d’être inoffensive. L’enquête de Dalia Al Kury prend ainsi pour point de départ un fait divers dramatique survenu en Jordanie : le meurtre d’une petite fille de 4 ans par son propre père, qui la croyait possédée par l’une de ces créatures ».

« Au fil de ses investigations, la réalisatrice plonge dans un monde fascinant, peuplé d’esprits, d’exorcistes et d’ensorcelés. En explorant l’inconscient collectif de sa culture d’origine, elle se trouve elle-même confrontée à ses propres contradictions... »

Le 10 octobre 2010, Layla, Marocaine homosexuelle âgée de 18 ans, a été brûlée à mort lors d’une séance d'exorcisme à Anvers (Belgique). Elle faisait de nombreux cauchemars, et perdait du poids. Ses parents étaient persuadés qu'elle était "possédée par des esprits, appelés aussi "jins" au Maroc", et ont "décidé de la « soigner » par la roqya", consistant "en des rites de désenvoûtement avec récitation de versets du Saint Coran" et "souvent accompagnés de pratiques occultes telles la magie ou sorcellerie". Sur les conseils de voisins, ils ont recouru à "un imam connu dans la région, un certain Othman G." Celui-ci a allégué que la jeune fille "était possédée par neuf démons. L’exorcisme a duré trois jours. Le dernier jour, l’imam s’est enfermé avec Layla dans la salle de bain, et lui a versé "de l’eau bouillante sur le corps, alors qu’elle n’était couverte que d’un pyjama". "Les trois prévenus, l’exorciste et les deux parents", ont nié "toute implication dans la mort de Layla". Lors de l'enquête qui a duré cinq ans, un collège de psychiatres a considéré que Layla souffrait d'une légère schizophrénie. "Une demi-sœur de Layla s’est portée partie civile contre les parents et l’exorciste. Elle voulait que les faits soient qualifiés de tortures et non de coups et blessures ayant entraîné la mort. Ce qui aurait impliqué un procès d’assises". En 2012, à Bruxelles, la "Cour d’assises avait jugé six personnes pour le désenvoûtement mortel de Lafifa, 23 ans, morte de quasi-noyade, de coups multiples et de manœuvres d’étranglement pour "chasser les djinns en elle". Les peines s’étalaient entre 3 et 9 ans de prison, pour tortures".

Le 7 mai 2014, The Daily Beast a indiqué que, sur la chaîne publique iranienne IRIB (Islamic Republic of Iran Broadcasting), Valiollah Naghipourfar, mollah et professeur de l’université de Téhéran, a allégué que les Juifs utilisent  des djinns, « créatures surnaturelles » qui « sont le Mal », pour espionner  et miner la république islamique et que le judaïsme est particulièrement expert en magie noire : « Les Juifs ont toujours été associés à la sorcellerie et aux djinns. Vraiment, beaucoup de sorciers sont Juifs. Ceux qui sont en contact avec les djinns sont souvent Juifs… Même le Coran condamne les Juifs, appelant le prophète Salomon un infidèle et l’accusant de sorcellerie… Le Juif est très expérimenté en sorcellerie ». Il a acquiescé à la question de savoir si « les problèmes actuels en Iran proviennent de la sorcellerie et la magie, par des forces surnaturelles ». Il a estimé possible qu’un « gouvernement soit manipulé par les djinns en Israël, mais pas en Iran ». La vidéo a été postée le 4 juillet 2014 sur Youtube.

En février 2015, un fqih et son assistant ont été jugés pour meurtre avec préméditation et sorcellerie par un tribunal pénal d'Agadir (Maroc). Ils étaient accusés de la mort d'une jeune mariée lors d'une séance d'exorcisme à Anza, près d’Agadir. La famille de la victime, "prise d’une "crise de folie" interprétée comme un acte de « l’esprit qui habitait en elle », donc selon elle "possédée par le démon", avait recouru à un fqih. Lors d'une des séances d'exorcisme, le fqih a frappé la jeune femme de 22 ans, tout en lisant des passages du Coran et disant « Sors fils de Satan, tu ne veux pas sortir ? », l'a étouffée.
          
« Possédé par un djinn » par Dalia Al-Kury
2015, 73 Min
Sur Arte le 27 juin 2017 à 1 h 30

Visuels
Un spectacle bizarre, une nuit à Amman, la capitale de la Jordanie
Dans les cultures arabes, nombreux sont ceux qui croient aux esprits malfaisants appelés « djinns »
Les Bédouins ont une relation unique avec le djinn
Est-ce que le garçon possédé ? Un père inquiet avec son fils face au guérisseur
© ZDF/Mutaz M. Sinokrot

Articles sur ce blog concernant :
Les  citations sur le documentaire proviennent d'Arte.

Cuisines des terroirs : la Toscane


Arte rediffusa le volet de la série La Cuisine des terroirs consacré à la Toscane et filmé par Michael Grotenhoff (2010). Un séjour à la "tenuta Monaciano", domaine de la famille Rigoni, situé près de Sienne (Italie). La présentation d'une gastronomie Juive savoureuse et des vues de la synagogue de Sienne et de jardins de Florence. Le 25 juin 2017, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) proposera un atelier pour adultes sur la cuisine Juive italienne animé par Elisabetta Arnò. "Chacun élabore un repas sur les conseils d’une spécialiste de la cuisine italienne, puis les plats sont dégustés collectivement. Les recettes choisies illustrent les spécificités de communautés différentes et constituent une introduction gourmande à la visite sur Les Juifs d’Italie".

« Goût et saveurs d’Israël » par Mica Stobwasser et Louis Saul
« La cuisine juive tunisienne » par Andrée Zana Murat
A table au Moyen-âge
Cuisine des terroirs : la Toscane
Thé, café ou chocolat ? L’essor des boissons exotiques au XVIIIe siècle
« Une femme d'exception. Le royaume d’Anna » par Beate Thalberg
« Café Nagler » par Mor Kaplansky et Yariv Barel

Ce film nous amène au domaine de Monaciano, en Toscane (Italie). Une région de production de vin - Chianti -, d'huile d'olive et de céréales.

La galantine de Kippour
A 300 mètres d'altitudes, cet espace verdoyant de 235 hectares est recouvert de vignes, à sept kilomètres de Sienne. D'inspiration florentine, ses jardins d'agrément du XIXe siècle se déploient sur environ trois hectares.

Ce domaine de Monaciano est détenu par la famille Piperno, divisée : si Lamberto Piperno souhaite faire perdurer "avec passion" ce patrimoine historique, les autres héritiers touchés par la crise économique, dont beaucoup habitent à Rome, espèrent investir dans un projet touristique rentable : réceptions, etc.

Avec le nouveau jardinier Vincenzo, Lamberton Piperno "veut embellir un arbre d'agrément particulièrement rare. Familier des vieilles techniques horticoles, il pratique une greffe sur une branche afin d'obtenir un nouveau rameau".

Il confie une petite armoire usée et décorée d'une belle serrure mascaron, à un restaurateur florentin afin qu'il rénove sa marquetterie aux essences régionales rares : merisier, noyer, etc. Restauratrice d'art en documents anciens et archiviste, Anna Piperno, épouse de Lamberto qui a exercé jusque récemment la fonction de président de la communauté Juive siennoise, travaille à la magnifique synagogue de Sienne afin de retracer l'histoire mouvementée" des Juifs installés dans cette ville depuis le XIVe siècle et la rendre disponible au public. Leur fils, Gadi, a fait sa bar-mitsva (cérémonie religieuse marquant à 13 ans l'entrée du garçon parmi les majeurs) dans cette synagogue.

De plus, la viabilité économique du domaine est fragile, d'autant que le couple Manganelli - Dino, ancien jardinier fier de son potager et attristé par la dégradation du domaine par manque d'argent, et Ottorina, intendante et cuisinière - souhaite se retirer dans leur pavillon après 38 ans de services dévoués.

La famille Piperno demeure fidèle à la gastronomie Juive toscane. Ce documentaire présente la galantina di pollo, un pâté nappé de gelée ou galantine de poulet désossé mariné dans du vin doux et "farcie de haché de poulet et de veau, de pistaches, d’une pincée de noix de muscade" et d'oeufs durs, mêlés à des "dés de langue de bœuf et de truffes". Piquée, la galantine est ficelée, "habillée d'une toile de coton, attachée aux poignées d'une casserole pour éviter qu'elle ne touche le fond au cours de la cuisson", puis piquée. Puis, sont ajoutés dans la casserole un bouquet garni et des abbatis de la volaille (coq ou poule). Le tout mijote pendant trois heures, puis est placé pendant une journée dans le réfrigérateur. Un mets traditionnellement associé à la fête de Kippour (Grand Pardon).

Autre recette toscane appétissante : la ribollita, soupe paysanne aux légumes de saison mêlés de tendres haricots blancs (cannellini) et de restes de la veille (ciabatta, pain blanc rassis et légèrement grillé). Pour en renforcer la saveur, Ottorina Manganelli place une partie des légumes dans un fond d'huile d'olives avec des oignons et des tomates pelées en début de cuisson. Elle mouille l'ensemble avec du bouillon.

Le site d'Arte présente les recettes de ces deux mets, ainsi que celle de la crostatadi crema qu'Ottorina prépare avec Ariel, deuxième fils des Piperno. Une "variante toscane d'une tarte aux citrons". Sa particularité tient à l'adjonction dans la pâte brisée du "Vin santo", vin tiré entre fin novembre et Pâques, spécialité toscane fabriquée dans le grenier à grains du domaine "après séchage des grains de raisin sur des espaliers" et vieillie en fûts de chêne. Un "vin doux délicieux" réservé à la famille et à quelques invités".

De quoi réjouir bien des papilles...

Les 15 et 22 mars 2015, 25 octobre 201524 janvier 2016 et 6 mars 2016à 10 h 30, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) propose un atelier pour enfants et adulte sur la cuisine Juive italienne animé par Elisabetta Arnò. Au menu : un plat et un dessert à confectionner. Et le rappel de l'histoire des Juifs italiens. "Chacun élabore un repas sur les conseils d’une spécialiste de la cuisine italienne, puis les plats sont dégustés collectivement. Les recettes choisies illustrent les spécificités de communautés différentes et constituent une introduction gourmande à la visite sur Les juifs d’Italie." 


ZDF, Italie, 2010, 26 minutes
Sur Arte les :
- 5 juin 2011 à 18 h 30, 17 juin 2011 à 16 h 10, 7 octobre 2012 à 18 h 30 ;
- 13 octobre 2012 à 18 h 10 et 29 décembre 2012 à 18 h 35 ;
- 8 janvier 2013 à 11 h 10 ;
- 7 juin à 19 h 15 et 13 juin 2015 à 18 h 05.

Au MAHJ, le 7 décembre 2014 à 11 h.

Visuels : ZDF © Gerd Müller et DR

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié pour la première fois le 5 juin 2011. Il a été republié le 8 septembre 2012 à l'approche de la conférence consacrée à la cuisine Juive italienne le :
- 9 septembre 2012, à 14 h 30, par le Museum of Jewish Heritage à New York, le 2 octobre 2012 ;
- 7 janvier 2013 et 4 décembre 2014 ;
- 14 mars, 6 juin et 24 octobre 2015, 3 mars 2016.

Rose Valland (1898-1980)

Rose Valland (1898-1980), attachée de conservation au musée du Jeu de Paume à Paris, a contribué à préserver des œuvres du patrimoine national convoitées par les nazis. Elle a recueilli des informations sur celles pillées dans les collections de Juifs français. A la Libération, elle a été chargée de retrouver et a permis le rapatriement en France et la restitution aux ayants-droit d’une partie de ces œuvres. La plaque apposée sur une façade du Jeu de Paume en hommage à Rose Valland commence à se dégrader : certaines lettres s'estompent. L'exposition intéressante La dame du jeu de Paume, Rose Valland sur le front de d'art au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD), deux bandes dessinées remarquables pour la jeunesse et L'espionne aux tableaux Rose Valland face au pillage nazi, documentaire de Brigitte Chevet lui rendent hommage. Le 25 juin 2017, à 14 h 20, Planète + diffusera L'Espionne aux tableaux, documentaire de Brigitte Chevet : "Assistante au musée du Jeu de Paume pendant la Seconde Guerre mondiale, Rose Valland a suivi la trace des oeuvres dérobées par les nazis à leurs propriétaires juifs. Ensuite, elle a sillonné l'Allemagne en ruine pour retrouver leur trace. Des 100 000 oeuvres d'art expédiées en Allemagne, 60 000 reviendront en France grâce à son inlassable activité. Aujourd'hui encore, ses archives sont précieuses pour les restitutions qui se poursuivent. Résistante reconnue aux Etats-Unis, Rose Valland est longtemps restée dans l'oubli dans son propre pays, comme le sont restées ces milliers de familles spoliées".
En 1995, le livre-enquête d’Hector Feliciano Le musée disparu, enquête sur le pillage des œuvres (éd. Austral) évoquait un sujet tabou : le pillage des œuvres d’art – tableaux, manuscrits, meubles, etc. – appartenant à des marchands d’art - Paul Rosenberg et Bernheim-Jeune - ou collectionneurs Juifs - banquiers David-Weill, dynastie Rothschild, famille Schloss, Alphonse Kann, financier Fritz Gutmann, Jacques Stern, Alfred Lindon - par les Nazis, aidés par des commissaires-priseurs ou des marchands, et suivant un plan établi avant la Seconde Guerre mondiale. Le journaliste Hector Feliciano décrivait les difficultés des familles Juives spoliées sous l’Occupation pour récupérer leurs œuvres, les oppositions de musées français à ses recherches, l’absence de diligence de certaines institutions culturelles pour rechercher après-guerre les ayants-droit à qui restituer les œuvres, etc. Un livre passionnant réédité dans une version augmentée en 2009.

A la suite du débat ouvert par les révélations de ce livre, la France instituait en 1997 une Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, dite « Mission Mattéoli », et restituait des œuvres d’art.

En 2008, le MAHJ accueillait l’exposition À qui appartenaient ces tableaux ? Spoliations, restitutions et recherche de provenance : le sort des œuvres d'art revenues d’Allemagne après la guerre conçue à l’initiative de la Direction des musées de France. Y étaient présentées « 53 œuvres (Pieter Claesz, Petrus Christus, Pieter de Hooch, Vouet, Courbet, Delacroix, Ingres, Monet, Manet, Cézanne, Degas, Matisse, Ernst...) en grande majorité issues des œuvres d’art dites « MNR » (d’après l’abréviation des inventaires intitulés « Musées nationaux récupération »), œuvres rendues à la France par l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale et confiées, au début des années 1950, à la garde des Musées de France, faute d’avoir retrouvé leurs légitimes propriétaires ». Cette exposition relatait « le processus des spoliations nazies durant la Seconde Guerre mondiale, leur condamnation par les Alliés dès 1943, les opérations de restitution massives engagées à l’issue du conflit, et les nouvelles mesures individuelles de restitution rendues possibles ces dix dernières années ».

En 2009, l’exposition Le Louvre pendant la guerre Regards photographiques 1938-1947 au Louvre montrait 56 photographies de la vie quotidienne en puisant dans le fonds du photographe Pierre Jahan acheté par le musée en 2005 et des documents provenant des archives allemandes. Le célèbre musée réquisitionné avait alors été transformé alors en zone de tri des biens confisqués aux juifs.

Au domaine de Chambord, l’exposition 1939-1945 Otages de guerre à Chambord rappelle le rôle de Chambord dans la protection de 1938 à 1949 des chefs d’œuvre des musées français dont La Joconde.

« Sauver un peu de la beauté du monde » (Rose Valland)
C’est à Rose Valland, « modèle de résistance civile et figure emblématique de l’histoire de la récupération des œuvres d’art spoliées durant la Seconde Guerre mondiale, demeure souvent méconnue du grand public », que le CHRD a rendu hommage avec le soutien des membres de l’association La Mémoire de Rose Valland.

L’exposition La dame du Jeu de Paume, Rose Valland sur le front de l'art est conçue par Emmanuelle Polack, commissaire invitée, en charge des archives historiques du musée des Monuments français au sein de la Cité de l’architecture et du patrimoine et chercheuse associée au musée de Montparnasse, et Marion Vivier, attachée de conservation au CHRD.

« L’itinéraire de Rose Valland, attachée au musée du Jeu de Paume durant la guerre, constitue un témoignage marquant de la résistance qu’a su opposer le monde des musées aux convoitises allemandes sur le patrimoine artistique français. Cette histoire permet d’apporter un nouvel éclairage sur les enjeux économiques et culturels de la collaboration et met en évidence l’importance des spoliations subies par les familles juives. Courageuse et déterminée face à l’Occupant, Rose Valland réussit à se maintenir en poste au cœur même du lieu de transit des œuvres en partance pour l’Allemagne. Sa ténacité permettra de mener à bien la politique de récupération de ce patrimoine après la guerre, contribuant ainsi à la restitution des biens des victimes juives et à la reconstitution des collections nationales », écrit Isabelle Doré-Rivé, directrice du CHRD.

L'espionne aux tableaux Rose Valland face au pillage nazi, documentaire de Brigitte Chevet (2014, 55 min) soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Ce film sera diffusé les 4 mai 2015 à 23 h 45 sur France 3. " Assistante au Musée du Jeu de Paume durant la guerre, Rose Valland a documenté les spoliations artistiques nazies au péril de sa vie. Puis, elle a sillonné l’Allemagne en ruine pour retrouver les oeuvres disparues. Nommée Capitaine Beaux-Arts de l’Armée française, elle s’est entêtée, souvent seule, à "sauver un peu de la beauté du monde".  Des 100 000 œuvres d’art expédiées en Allemagne, 60 000 reviendront en France grâce à son inlassable activité. Encore aujourd’hui, ses archives sont décisives pour les restitutions aux propriétaires, pour la plupart descendants de familles juives spoliées sous Vichy. Résistante reconnue aux Etats-Unis, une des femmes les plus médaillées de France de son vivant, elle est longtemps restée dans l’oubli dans son propre pays, comme le sont restées ces milliers de familles spoliées. Pourquoi ? Que fallait-il oublier ? Que fallait-il taire ?"

Une historienne de l’art
Rose Valland est née le village de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs (Isère). A Grenoble et Lyon, cette élève studieuse et déterminée se destine à l’enseignement et aux Beaux-arts. Ses peintures révèlent ses qualités artistiques, précieuses pour apprécier les œuvres d’art.

École des Beaux-arts de Paris, École du Louvre, Institut d’art et d’archéologie et École pratique des hautes études : tels sont les institutions dont elle sort diplômées.

« C’est un esprit distingué, ferme, ouvert et bien doué pour nos études ». Ainsi la décrit un de ses maîtres les plus éminents, Henri Focillon, en 1936. Quant à Gabriel Millet, il est sensible à son dévouement désintéressé : « Elle aime sa tâche, elle est de celle sur qui l’on peut compter ».

Une attachée de conservation à la veille de la guerre
En 1932, Rose Valland entre à 34 ans comme attachée de conservation bénévole au musée du Jeu de Paume. Situé sur la terrasse surplombant la place de la Concorde, c’est un musée consacré aux avant-gardes de l’art contemporain, notamment aux écoles étrangères.

Rose Valland coorganise de grandes expositions et renforce progressivement sa position dans le musée.

Dès 1936, la France se prépare à une guerre qu’elle pressent. Sous l’impulsion de Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire, est élaboré un plan pour protéger ses œuvres d’art. La mise en œuvre de ce plan est confiée à Jacques Jaujard, sous-directeur et futur directeur des musées nationaux (1940-1944), qui a participé au plan de sauvetage des œuvres du musée du Prado (Madrid) lors de la guerre civile espagnole (1936-1939).

Des « listes de châteaux, monastères ou abbayes pouvant accueillir les collections publiques sont dressées ; des plans d’évacuation, des itinéraires sont définis. On prévoit d’accueillir certaines grandes collections privées dans les lieux de refuge des collections nationales. Le départ du premier convoi d’œuvres du Louvre a lieu en septembre 1938, un an plus tard, grâce à une incroyable logistique, une quarantaine de camions quittent Paris ».

Tout le personnel des musées nationaux est mobilisé pour ces actions de préservation. Au musée du Jeu de Paume, Rose Valland et ses collègues participent à cette action.

Chambord devient une « gare régulatrice » à partir de laquelle les œuvres des musées nationaux – La Joconde, la victoire de Samothrace, la Vénus de Milo - sont confiées à des lieux de dépôts moins célèbres, parfois privés, afin de les protéger des bombardements ou de la convoitise de l’ennemi.

Au matin du 28 août 1939 débute le grand déménagement de pièces à la valeur inestimable. En quatre mois, 5 446 caisses contenant des collections de musées parisiens et de propriétaires juifs ayant confié leurs collections aux Musées nationaux quittent Paris dans 199 camions répartis en 51 convois, vers 11 abbayes et châteaux de l’ouest et du centre de la France .

Un patrimoine artistique national et privé convoité et pillé pendant la guerre
Les troupes allemandes entrent dans Paris le 14 juin 1940.

Les nazis visent à s’emparer des œuvres d’art des pays occupés d’Europe de l’Ouest : le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas et la France.

Dès son arrivée au pouvoir en 1933, Adolf Hitler « fait des arts un enjeu majeur de la politique national-socialiste ».

Désireux d’imposer l’esthétique du IIIe Reich, le Führer stigmatise l’art moderne « dégénéré » (« Entartete Kunst » - peinture, musique, etc. - et l’exclut des cimaises des musées allemands. Les œuvres « dégénérées » confisquées sont détruites (autodafé berlinois du 20 mars 1939) ou vendues pour obtenir des devises étrangères alimentant les caisses du Parti nazi.

Hitler ambitionne de créer un immense musée des Beaux-arts à Linz (Autriche). « Pour alimenter ses collections, les services culturels nazis sous les ordres de Goebbels rédigent un catalogue des réclamations des objets culturels d’origine germanique, connu sous le nom de rapport Kümmel. Les pays conquis sont considérés comme un formidable réservoir d’œuvres aptes à nourrir les ambitions du Führer ».

Les collections appartenant à des juifs – Paul Rosenberg, les Rothschild, David-Weil, Schloss, Wildenstein, musée Camondo, Seligmann, Jacques Bacri, Alphonse Kann, Jacobson, Leven, Roger Lévy, Reichenbach, Kapferer, Erlanger, Raymond Hesse, Simon Lévy, Léonce Bernheim, Veil-Picard, etc. -, dont celles confiées aux Musées nationaux, et des francs-maçons sont systématiquement pillées par le service d’Alfred Rosenberg, l’ERR (Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, Équipe d'intervention du Reichsleiter Rosenberg) et Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne. L’ERR réquisitionne le Jeu de Paume comme siège de ses opérations et centre de transit. Là, les marchands français et allemands se servent en œuvres pour leurs trafics.

Dès novembre 1940, Rose Valland indignée assiste pendant quatre ans à « la vaste entreprise de spoliation du patrimoine artistique français » : au musée, sont triées des œuvres dérobées destinées en particulier au musée d’Adolf Hitler, à la collection d’Hermann Goering, qui se rend à 21 reprises au Jeu de Paume, ou aux musées allemands.

En 1943, un autodafé de 500 à 600 œuvres « dégénérées » signées notamment par Picasso, Kisling et Mané Katz, a lieu dans un lieu isolé du jardin des Tuileries, à l’abri du regard de curieux.
Ne pouvant entraver ce pillage, Rose Valland, germanophone, se rend indispensable pour les Allemands tout en établissant secrètement, « dans des conditions périlleuses les listes détaillées des œuvres qu’elle voit défiler dans les salles du musée avant leur expédition en Allemagne. Ces renseignements, transmis régulièrement » à Jacques Jaujard, à « la Direction des musées nationaux, s’avéreront capitaux pour l’établissement d’une stratégie de récupération après guerre ». Un rôle d’autant plus important que le conservateur du Jeu de Paume, André Dezarrois, est malade depuis 1938.

Avec minutie, courage et dévouement, Rose Valland enquête, recueille la moindre information, interroge gardiens et transporteurs… Ses notes retracent la chronologie, la nature et l’ampleur des pillages et en dessinent la cartographie européenne par les lieux de destinations des œuvres d’art volées.

Ainsi, en juin 1944, elle informe Jacques Jaujard, directeur du Louvre, que les derniers convois doivent se rendre au château de Nikolsburg, alors en Tchécoslovaquie. Ce directeur en informe le réseau de Résistance-Fer. Le train est arrêté en gare d’Aubervilliers et les œuvres d’art, notamment celles du collectionneur Paul Rosenberg, sont récupérées. « Il ne faut pas oublier qu’à cette époque des trains de juifs – convoi du 17 août 1944 avec les 50 derniers juifs -, et de déportés politiques – convoi du 15 août 1944 avec en particulier Germaine Tillon – partaient de Drancy », insiste Emmanuelle Pollack, interviewée par Vincent Lemerre, lors de l’émission Mémoires vives, le 6 décembre 2009.

Protéger et rapatrier les œuvres dans l’immédiat après-guerre
Créée le 24 novembre 1944 sous l’impulsion du ministère de l’Éducation nationale, la Commission de récupération artistique (CRA) est chargée de rechercher les œuvres d’art emportées en Allemagne. Sa mission : étudier les problèmes liés à la récupération des objets et œuvres d’art et recueillir, en collaboration avec l’Office de la récupération des biens, les déclarations des propriétaires spoliés.

Rose Valland devient la secrétaire de la CRA en raison de l’importante documentation qu’elle a rassemblée pendant les quatre années d’Occupation.

Listes des œuvres, listes des propriétaires, localisation des dépôts en Allemagne... Ces informations communiquées aux armées alliées permettent de sauvegarder des dépôts dissimulés menacés par les opérations militaires (bombardements) contre l’Allemagne nazie.

Nommée lieutenant puis capitaine dans la Première armée française, Rose Valland devient l’agent de liaison entre la CRA et le gouvernement français de la zone d’occupation en Allemagne. Dans une Allemagne en ruines, dès le 11 mai 1945, « elle est alors chargée de retrouver, en lien avec les Alliés, les pièces appartenant à des collections françaises [dans les dépôts dissimulés des zones d’occupation française, britannique et américaine] et de veiller à leur retour ». L’officier Beaux-arts américain James J. Rorimer la décrit « rude et déterminée ».

La CRA disparaît par décret du 30 septembre 1949. Son action, ainsi que celle des Alliés, aura permis de rapatrier en France environ 60 000 œuvres d’art, provenant majoritairement d’Allemagne et d’Autriche. En 1950, 45 000 œuvres d’art ont été restituées à leurs propriétaires légitimes spoliés ou à leurs ayants-droit quand les propriétaires avaient été assassinés lors de la Shoah. A noter que, sous l’Occupation, 100 000 œuvres d’art avaient été emmenées hors de France, vers l’Allemagne. Deux mille MNR ont été mis en dépôt.

Rose Valland est « à l'origine du sauvetage de plus de la moitié du patrimoine culturel juif, dès l'immédiat après-guerre ».

Une « expérience donnée en partage »
Le ministère de l’Éducation nationale et des Beaux-arts, administration de tutelle, récompense Rose Valland pour ses actions de récupération des œuvres d’art et de la mise en sécurité des collections au service de la Nation et de l’Etat. En 1952, à 54 ans, Rose Valland obtient le statut de conservateur de musée, auquel elle aspirait depuis longtemps, et se voit confier de nouvelles missions.

Certes, le contexte a changé – c’est la guerre froide -, mais des menaces pèsent sur le patrimoine artistique national.

Il importe de nouveau de concevoir de nouveaux plans de sauvetage de ce cher patrimoine. L’expérience de ceux ayant œuvré en ce but lors de la Seconde Guerre mondiale revêt alors un intérêt particulier.

Rose Valland est chargée de mettre en place un plan d’évacuation des chefs d’œuvre des musées français. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’accord international de La Haye sur la protection des biens artistiques (1907).

En 1961, est publié Front de l’art, Défense des collections françaises, 1939-1945 (Plon). Rose Valland y retrace l’histoire du sauvetage des collections particulières des familles juives et « l’âpre combat des services des musées nationaux face aux exigences allemandes ». Un livre salué par la presse. Et qui reste « jusque dans les années 1990 une référence sur l’histoire de la récupération des œuvres d’art ». Un livre republié par la RMN en 1997.

En 1964, Suzanne Flon incarne Rose Valland dans Le train réalisé par John Frankenheimer.

A sa retraite en 1968, Rose Valland continue de classer le fonds d’archives de la Commission de récupération artistique (« fonds Rose Valland »). En octobre 1979, elle donne ses archives personnelles à la Réunion des musées nationaux. En 2005, est apposée une plaque à son nom sur un mur du Jeu de Paume.

Cette exposition et les deux livres pour la jeunesse sur Rose Valland éclairent une forme peu connue de résistance : la résistance civile et administrative, via le parcours d’une « femme qui fit le choix de lutter contre la mainmise des nazis sur les collections privées et publiques du patrimoine artistique français ». Une dame qui fit partie, selon ses mots, de « ceux qui luttèrent pendant la dernière guerre, pour sauver un peu de la beauté du monde ».

On aurait aimé avoir des informations sur l’intérêt de Rose Valland pour d’autres sujets que l’art, et par exemple, les juifs persécutés.

On s’interroge aussi pour savoir si la menace terroriste islamiste aurait inspiré un plan de protection de joyaux du patrimoine artistique mondial.


Addendum :
Le colloque international Fair and just solutions? Alternatives to litigation in Nazi looted art disputes: status quo and new developments, s'est tenu le 27 novembre 2007, à La Haye (Pays-Bas).

Le Président François Hollande s'est rendu en visite officielle en Algérie (19-20 décembre 2012). La Biche morte de Gustave Courbet est un "M.N.R., c’est-à-dire un bien Juif volé pendant la " Seconde Guerre mondiale "mais dont on n’a pas réussi à retrouver le propriétaire. Bien que revendiquée également par l’Algérie - à laquelle elle n’appartient pourtant pas - elle est restée en France, au Musée d’Orsay, demeurant disponible pour une éventuelle restitution aux descendants des collectionneurs spoliés pendant la guerre".

Rue 89 a publié l'enquête de Philippe Sprang sur les Juifs spoliés de leurs bibliothèques, soit 18 000 volumes précieux conservés dans de grandes bibliothèques publiques françaises.

En janvier 2013, 2 600 catalogues de ventes aux enchères de 1930 à 1945 en Allemagne, Autriche et Suisse, avec près d'un million de données dont 250.000 sont déjà en ligne. Ils sont consultables dans German Sales 1930-1945. C'est un projet de la bibliothèque d’art du Musée national de Berlin, la bibliothèque de l’université Heidelberg et Getty Research Institute à Los Angeles.

Le 19 mars 2013, les ministères français de la Culture et des Affaires étrangères ont restitué sept chefs d'œuvre picturaux aux ayants-droit de Richard Neumann et de Josef Wiener, deux collectionneurs Juifs, l'un viennois, l'autres praguois. A l'initiative d'Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, un "groupe de travail chargé de rendre des œuvres spoliées à leurs propriétaires" et la démarche de la France sera désormais "proactive dans laquelle la France va engager des moyens pour rechercher les propriétaires, qu'il y ait ou non une demande formelle".

Dans la maison de vente aux enchères  munichoise Weinmüller, 44 carnets ont été découverts. Une liste d'œuvres confisquées, aryanisées ou vendues sous la contrainte dans les années 1930 et pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Le 26 novembre 2015 à 19 h 30, dans le cadre du Mois du film documentaire, le Mémorial de la Shoah projettera, en présence de la réalisatrice et d’Emmanuelle Polack, chercheur accueilli à l’INHA, "Espionne aux tableaux, Rose Valland face au pillage nazi" de Brigitte Chevet (France, Documentaire, 52 mn, Aber Images, France 3, 2015, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah) : "Assistante au musée du Jeu de Paume durant la guerre, Rose Valland a documenté les spoliations artistiques nazies au péril de sa vie. Puis, elle a sillonné l’Allemagne en ruine pour retrouver les oeuvres disparues. Des 100 000 oeuvres d’art expédiées en Allemagne, plus de la moitié reviendront en France grâce à son inlassable activité. Encore aujourd’hui, ses archives sont décisives pour les restitutions aux propriétaires".

La plaque apposée sur une façade du Jeu de Paume en hommage à Rose Valland commence à se dégrader : certaines lettres s'estompent.

Le 8 février 2016, à 18 h, l'INHA (Institut national d'histoire de l'art) proposa dans son auditorium  la rencontre Autour de Rose Valland (1898–1980), suivie de l'inauguration de l’espace Rose Valland dans le hall de l’INHA. Lors de cette rencontre, s'exprimeront Antoinette Le Normand-Romain (INHA), Chantal Georgel (INHA) "Le marché de l’art à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale, un programme en cours", Emmanuelle Polack (INHA) "Les catalogues de la bibliothèque Jacques Doucet au service de l’histoire des spoliations", Iris Lauterbach (Zentralinstitut für Kunstgeschichte, Munich), à l’occasion de la parution de : "Der Central Collecting Point in München. Kunstschutz, Restitution, Neubeginn.

"Rose Valland est une figure marquante de la Résistance : grâce à elle des milliers d’œuvres d’art spoliées par l’occupant pendant la Seconde Guerre mondiale, principalement aux familles juives, ont pu être, depuis la fin du conflit, retrouvées, récupérées et, pour 45 000 d’entre elles, restituées à leurs propriétaires ou ayants droit. Attachée de conservation bénévole au musée des Écoles étrangères contemporaines du Jeu de Paume à partir de 1932, Rose Valland se forme à l’enseignement du dessin et à l’histoire de l’art, à Lyon, puis à Paris (à l’École des beaux-arts, à l’École du Louvre et à l’Institut d’art et d’archéologie), et soutient sa thèse en 1942 à l’École pratique des hautes études sous la direction de Gabriel Millet – elle la publiera en 1963 sous le titre Aquilée ou les origines byzantines de la Renaissance. Sous l'Occupation, le Jeu de Paume devient le lieu de stockage et de transit des œuvres pillées. Rose Valland réussit à établir, dans des conditions périlleuses, des listes détaillées, d’œuvres, de propriétaires et de dépôts en Allemagne. Ce travail lui permettra, ainsi qu’à la Commission de récupération artistique (CRA), mise en place à la Libération et soutenue par les Alliés, de retracer et de retrouver plus de 60 000 objets culturels. Nommée conservateur des Musées nationaux en 1952, Rose Valland publie en 1961 Le Front de l’art, un ouvrage qui contribue à faire connaître son combat au service de l’art et des oeuvres d’art. Le fonds de la CRA est conservé au Centre des Archives diplomatiques de La Courneuve. Le site Rose Valland / Musées Nationaux, composé de fiches renseignant les œuvres Musées Nationaux Récupération (MNR), est aujourd’hui mis en ligne par le ministère de la Culture et de la Communication. Par la documentation historique qu’il réunit et les points juridiques qu’il développe, il constitue pour les chercheurs une ressource inestimable afin que se poursuive le travail de restitution de milliers d’œuvres".


Interview d’Emmanuelle Polack, chargée de mission au Musée des monuments français au sein de la Cité de l’architecture et du patrimoine, commissaire invité de l’exposition La Dame du Jeu de Paume, Rose Valland sur le front de l’art par Vincent Lemerre, le 6 décembre 2009, dans l’émission Mémoires vives sur RCJ.

Emmanuelle Polack, Claire Bouilhac et Catel, Rose Valland, Capitaine Beaux-Arts. Editions Dupuis, coll. Grand public, 2009. 48 pages. ISBN : 9782800145525. 11,50 €. Extraits sur le site de l’éditeur.

Emmanuelle Polack et Emmanuel Cerisier, Rose Valland, l’espionne du Jeu de Paume. Préface de Marie-Paule Arnauld, conservateur général du patrimoine. Avant-propos d'Isabelle Rivé-Doré, directrice du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation. Editions Gulfstream, Coll. L’histoire en images, 2009. 96 pages. Album jeunesse : dès 9 ans. 16,50 €. ISBN : 978-2-35488-046-0

L'espionne aux tableaux Rose Valland face au pillage nazi, documentaire de Brigitte Chevet
France, 2014,52 minutes,  Aber Images, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Sur France 3 les 4 mai 2015 à 23 h 50, 9 mai 2015 à 15 h 20 et 11 mai 2015 à 8 h 50 sur France 3 Alpes, Auvergne et Rhône-Alpes.
Emission Mémoires Vives du 26 avril 2015, consacrée à ce film.

Jusqu’au 2 mai 2010
Au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, Espace Berthelot :
14, avenue Berthelot, 69007 Lyon
Tél : 04 78 72 23 11
Du mercredi au vendredi, de 9 h à 17 h 30. Du samedi au dimanche, de 9 h 30 à 18 h
Visite commentée le dimanche 2 mai 2010 à 15h

Visuels de haut en bas :
Carte d’élève de l’École nationale des beaux-arts de Lyon, promotion 1922 Coll. Camille Garapont / Association La Mémoire de Rose Valland

Rose Valland dans les salles du Jeu de Paume, vers 1934
Coll. Camille Garapont / Association La Mémoire de Rose Valland

Rose Valland et André Dezarrois au musée du Jeu de Paume, vers 1935
Coll. Archives diplomatiques du Ministère des Affaires étrangères

Rose Valland, capitaine Beaux-Arts
Coll. Camille Garapont / Association La Mémoire de Rose Valland

Rose Valland, Edith Standen et Jean Rigaud ( ?), 1945
Coll. Archives des musées nationaux

Rose Valland sur le lac de Constance
Coll. Camille Garapont / Association La Mémoire de Rose Valland

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 1er mai 2010 et modifié le 3 mai 2012. Il a été republié le 27 novembre 2012 et le 18 décembre 2012, les 31 janvier et 19 mars 2013 ;
- 6 novembre 2013. 1406 œuvres d'art, dont une partie provenant de la spoliation de Juifs, ont été retrouvées dans l'appartement de Cornelius Gurlitt à Munich;
- 4 mai et 26 novembre 2015, 8 février 2016.