dimanche 29 octobre 2017

Hugo Pratt (1927-1995)



« Dessinateur-voyageur » polyglotte, expert en Kabbale, Hugo Pratt (1927-1995) est « l’inventeur de la bande dessinée (BD) littéraire », « à l’origine d’un genre : plus littéraire, plus graphique et moins « industriel ». D’origine Juive, il a créé le personnage du marin Corto Maltese et a adapté des romans en BD. Il a développé un style élégant et épuré, parfois « aux limites de l’abstraction ». SNCF Gare & Connexions, en étroite collaboration avec Casterman, rend un hommage fervent, en Gare de Paris-Austerlitz, à Corto Maltese à l’occasion du 50e anniversaire du héros d’Hugo Pratt. En septembre 2017, est sorti Equatoria, signé par Hugo Pratt, Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero.

Astérix

Né à Rimini, cité de la côte adriatique italienne, en 1927, Hugo Pratt grandit à Venise dans une famille cosmopolite : son « grand-père paternel, dessinateur en architecture militaire, est un lyonnais d’origine anglaise. Son grand-père maternel est un Juif marrane originaire de Tolède, qui vit à Venise. Sa grand-mère maternelle est une Juive dont les parents ont quitté la Turquie pour travailler à Murano, en Italie ». Corto Maltese est le « fils d’un marin britannique et d’une gitane, élevé dans le barrio de la Juderia à Cordoue », en Espagne.

La mère d’Hugo Pratt, Evelina Genero, se passionne pour l’ésotérisme. Une passion partagée avec son fils Hugo qui en imprègne son œuvre. Certaines « aventures de Corto Maltese, La Fable de Venise ou Les Helvétiques, témoignent de son goût pour le merveilleux ».

Une culture militaire
En 1936, muté dans la colonie italienne d’Abyssinie (Ethiopie), Rolando, père d’Hugo Pratt, enrôle son fils adolescent dans la police coloniale.
En Abyssinie, le jeune Hugo rencontre des soldats italiens, anglais, abyssiniens et sénégalais. Une étape marquante dans la vie et décelable dans l’œuvre d’Hugo Pratt fasciné par les couleurs, les armoiries, les uniformes et les insignes soigneusement dessinés dans Les Scorpions du désert.

Hugo Pratt retourne en Italie en 1943, après la mort de son père dans un camp anglais de prisonniers.

Il est scolarisé dans un collège militaire et devient interprète de l’armée Alliée (1944-1945). A Venise, il observe « sur une voiture blindée canadienne, habillé en Écossais » en avril 1945 l’entrée des Alliés libérateurs. « À l’époque, déclare-t-il, Venise était un gigantesque bordel, un carnaval improvisé ! »

Il entre dans l’armée néo-zélandaise en se faisant passer pour un Maori : il avait dessiné des motifs polynésiens au stylo sur son visage.

Il parcourt l’Autriche, l’Angleterre et le Sud de la France.

La période argentine
Sa naissance comme dessinateur de bande dessinée date de 1945 quand il dessine, au sein de l’équipe d’Albo Uragano, pour la revue Asso di Piche (L’As de Pique), « revue de comics créée avec deux amis » formant le « Groupe de Venise ».

Repéré par un éditeur argentin, Hugo Pratt s’installe en 1949 à Buenos Aires. Il découvre les comics américains, est influencé par Milton Caniff, auteur américain de bandes dessinées notamment de Terry and the Pirates qu’il avait lu en 1939

Lors de son séjour en Argentine, il réalise plusieurs histoires (Ernie Pike, Ticonderoga) avec le scénariste Héctor Oesterheld.

Pour l’éditeur Abril, Hugo Pratt crée la série Junglemen et le personnage du Sgt. Kirk (1953) « publiés en noir et blanc dans des fascicules bon marché », précise Thierry Thomas dans le catalogue de l’exposition. Hugo Pratt écrit aussi des histoires, dont Ann y Dan (Ann de la jungle). Il apprend à occuper l'espace dans le cadre enfermant le dessin. Il qualifie son dessin d'expressionniste.

"Ivre, il est persuadé pouvoir voler. Il veut tout".  "Il était le personnage de lui-même", se souvient un ami.

Il rencontre les dessinateurs Salinas et Del Castillo, le jazzman Dizzy Gillespie (1955), et enseigne à la Escuela Panamericana de Arte de Buenos Aires.

L’aquarelle
La situation économique se dégradant en Argentine, Hugo Pratt se rend au Brésil, puis à Londres (1959-1960).

« Associé à des scénaristes anglais, il réalise des histoires de guerre pour Fleetway Publications mais surtout, il se familiarise avec la technique de l’aquarelle en suivant des cours à la Royal Academy of Watercolour ». « La force visuelle de ses planches tient en effet à la violence des contrastes qui naissent de la juxtaposition des noirs et des blancs, à un graphisme très efficace et à un sens du découpage qui restitue l’âpreté des scènes de combat ou de meurtres notamment dans Ernie Pike », relève Thierry Thomas. Or l’aquarelle suppose la légère du geste effleurant la page du pinceau imbibé de watercolors, la précision dès le premier mouvement. Une période londonienne douloureuse pour Pratt. Il attend en vain son amie.
En 1959, Anne, sa compagne, l'inspire pour Ann de la jungle. Le couple a deux enfants. 

En 1960, Hugo Pratt rentre brièvement en Argentine en passant par Wheeling, en Virginie (Etats-Unis). Passionné par les Indiens, notamment ceux du Nord-est des Etats-Unis (Iroquois, Mohawks), Pratt illustre à l’aquarelle des guerres indiennes et d’indépendance en Amérique du Nord. Dans Wheeling (1962), il évoque les conflits entre les Amérindiens et les habitants d’origine européenne.
Hugo Pratt s’installe en Italie en 1962. A Gênes, il se lie d’amitié avec l’entrepreneur Florenzo Ivaldi. Il se bat pour détenir la propriété de ses planches.

Le monde des océans d’un dessinateur érudit
L’« éclectisme d’Hugo Pratt allait des écrivains voyageurs aux récits mythologiques de plusieurs civilisations, de William Shakespeare à James Joyce, de Jorge Luis Borges à John Reed ou la Bible en passant par Octavio Paz... »

L’œuvre d’Hugo Pratt est nourrie par ses lectures - Robert Louis Stevenson, Joseph Conrad, Herman Melville, Jack London, Ernest Hemingway et Antoine de Saint-Exupéry auquel il rend hommage dans son album Le dernier vol – ainsi que par ses voyages dans le monde

Après une expédition en Patagonie, Hugo Pratt publie Tango, une histoire très réaliste sur la traite des blanches en Argentine ». 

Son voyage sur l’Île de Pâques lui inspire , la dernière aventure de Corto Maltese. 

Hugo Pratt adapte Simbad le marin, Le Retour d’Ulysse, Sandokan et son livre de chevet, L’Île au trésor, de Robert Louis Stevenson. En 1992, il se rend sur les Îles Samoa pour visiter la tombe de Robert Louis Stevenson. Entre « deux voyages, il illustre des poésies de Rudyard Kipling, des sonnets érotiques de Giorgio Baffo ou les Lettres d’Afrique d’Arthur Rimbaud ». 

Avec « la célèbre Ballade de la mer salée, Hugo Pratt « atteint des sommets en s’appropriant les mondes des îles et des océans ».

Corto Maltese
En 1967, grâce au mécène génois Florenzo Ivaldi, Hugo Pratt lance Srgt. Kirk, revue transalpine réunissant ses œuvres durant son séjour en Argentine et des classiques américains.

Le premier numéro du mensuel dévoile Corto Maltese dans La ballade de la mer salée. « C’est une véritable révolution dans le neuvième art : jamais l’art du conteur et celui du narrateur n’avaient été à ce point unis ». La silhouette de Corto Maltese est proche de celle de l'acteur Burt Lancaster. Il incarne plus qu'il n'illustre.

En 1969, il recherche la tombe de son père.

Les aventures de cette « figure emblématique du marin aventurier » - Le secret de Tristan Bantam, une des 29 histoires - sont publiées en 1970 par Pif Gadget, hebdomadaire français populaire pour les enfants. Onze récits qui seront réunis en albums : Sous le signe du capricorne et Corto toujours un peu plus loin.

Pif publie Celtiques en six épisodes (1971), puis Ethiopiques en quatre parties (1972). Quand il débute une planche sur Corto Maltese, Pratt dessine d'abord les yeux de son héros. Des images figuratives et abstraites. Une série avec ses codes. Un album bref débutant par un poème. Un héros pensif. Une préférence pour les profils, les silhouettes qui soulignent la beauté du trait. Un auteur qui a "l'intelligence des doigts".

Installé à Paris, Hugo Pratt est reconnu comme un des meilleurs auteurs de BD. Une consécration marquée par la vente de plus de huit millions d’albums dans les années 1980.

Devenu citoyen d’honneur de la ville de Wheeling, Hugo Pratt est nommé chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres par Jack Lang, ministre français de la Culture.

A Paris (1970-1983), puis à Lausanne (Suisse) - dans sa maison à Grandvaux, il  dispose d'une immense bibliothèque -, Hugo Pratt poursuit les séries de Corto Maltese, Les Scorpions du désert (1969) – le 5e épisode Brise de mer est publié en 1994 -, Un uomo un’ avventura (Un homme, une aventure) dont les quatre histoires se situent dans le Sertao brésilien, en Somalie, dans les Caraïbes puis dans le Grand Nord canadien, etc.

En 1976, Hugo Pratt devient Franc-maçon au sein de la loge Hermès de la Grande Loge d’Italie. En 1977, le journal L’Europeo publie Fable de Venise. En 1978, parait A l’ouest de l’Eden, ou "le mythe originel revisité".

« Mon style actuel est le résultat de toute une vie de recherche. J’ai travaillé pendant 50 ans pour en arriver à dessiner comme maintenant. Je voudrais arriver un jour à tout faire comprendre avec une simple ligne » disait Pratt. Le désert se prête à sa quête artistique et intime de l’épure.

Dans les années 1980, Hugo Pratt écrit des scenarii pour des dessinateurs tel Milo Manara, et des romans : Le pulci penetranti, Jesuit Joe, Le roman de Criss Kenton. Il imprime de son style la publicité, des affiches de cinéma et des couvertures de disques.

En 1986, le Grand Palais consacre une exposition à l’oeuvre du « maestro de Malamocco ».

En 1987, est publié le récit ésotérique Rosa alchemica (édité sous le titre Les Helvétiques en France en 1988) et sort l’album Tango.

En 1988, Hugo Pratt reçoit un prix spécial au Festival de la bande dessinée d’Angoulême.

En 1989, les "premiers dessins de , ultime aventure du marin romantique à la recherche de l’Atlantide", paraissent dans la revue Corto.

En 1994, avec Patrizia Zanotti, sa collaboratrice et coloriste, il fonde la maison d’édition Lizard. Le magazine (A suivre) publie Le Dernier Vol, "flash-back onirique de la vie de Saint-Exupéry, dernier récit publié du vivant d’Hugo Pratt".

"La bande dessinée, c'est pour moi une littérature dessinée", résume Hugo Pratt qui se plait à citer Jean Cocteau : « J’écris mon dessin, et je dessine mon écriture » .
Hugo Pratt meurt le 20 août 1995 dans sa maison de Grandvaux sur le lac de Lausanne.

Fascination pour les femmes
Hugo Pratt est « fasciné par les femmes ayant une forte personnalité et, tout comme lui, la liberté pour credo ». Dans ses aquarelles, il rend hommage à des personnages réels ou mythiques : Pandora, Louise Brooks, Shanghaï Lil.

« La vie sentimentale d’Hugo Pratt a toujours été trépidante. En 1953, il se marie une première fois à Buenos Aires avec une jeune femme d’origine yougoslave », Maria Wogerer. Le couple a deux enfants.

Hugo Pratt divorce à Mexico en 1957 « après avoir rencontré une ravissante allemande qui deviendra sa collaboratrice ».

Il épouse sa nouvelle compagne d’origine belge, Anne Frognier, à Venise en 1963. Tous deux ont ensemble deux enfants.

En 1965, lors d’un voyage au Brésil, Hugo Pratt « apprend l’existence de Tebocua, un autre fils, que lui a donné une Indienne nommée Xavantes. La même année, cet homme à femmes reconnaît d’autres enfants : la petite Victoriana Aureliana Gloriana dos Santos qu’il a eue avec une prêtresse de Macumba, ainsi que les enfants illégitimes des quatre sœurs. Voilà comment, à Salvador de Bahia, on peut aujourd’hui rencontrer un Lincoln Pratt, un Wilson Pratt ou un Washington Pratt... »

Un art graphique épuré
Depuis la fin des années 1980, les adaptations cinématographiques et les grandes expositions rétrospectives de Hugo Pratt se succèdent.

Dédiée à son travail d’aquarelliste, l’exposition Periplo Immaginario (Périples imaginaires) a attiré à Sienne en 2005 plus de 60 000 visiteurs.

Elle a été présentée lors de la 5e biennale du 9e art à Cherbourg en 2009. C’était la première grande exposition Hugo Pratt en France depuis la rétrospective au Grand Palais en 1986. On y retrouvait l’art graphique du créateur de Corto Maltese, « figure emblématique du marin aventurier, l’épure du trait « aux limites de l’abstraction », du dessinateur, son cadrage fragmenté », influencé par le cinéma.

En 2011, la Pinacothèque de Paris a présenté plus de 150 aquarelles, souvent peu connues, et des « planches historiques », « notamment la totalité des cent soixante-quatre planches de la mythique Ballade de la mer salée », de cet « inventeur de la bande dessinée littéraire » (1927-1995) dans l’exposition Le voyage imaginaire d’Hugo Pratt articulée autour de six thèmes : îles et océans, Indiens, militaires, femmes, désert et villes. Une exposition  cependant un peu décevante.

Une abondance de dessins agrémentés d’une vidéo qui effleurent la personnalité d’Hugo Pratt et, faute de chronologie, ne permettent pas d’observer l’évolution de la création artistique de ce maestro. Cette absence de didactisme s’explique peut-être par la précipitation à installer ces œuvres après l’annulation imprévue de l’exposition Les masques de jade Mayas dans le cadre de l’année du Mexique en France. 
« Triomphe devant nos yeux, dans la transparence de ces images élégiaques peuplées d’Indiens, de magiciennes, de prostituées, de soldats, de navigateurs, dans les teintes automnales des forêts du grand Nord canadien, la lumière dorée et douce des îles du Pacifique ou l’éblouissement des déserts d’Afrique, cette passion de la contemplation qui, au beau milieu du tumulte des aventures, habitait secrètement Hugo Pratt », note Thierry Thomas.

« D’une Maçonnerie rêvée à l’initiation véritable »
« Institution humaniste, initiatique et fraternelle, la Franc-maçonnerie est présente dans la plupart des pays d’Europe depuis près 300 ans ». Elle intrigue par son mystère et l’influence prêtée à certains Maçons dans la politique, le monde des affaires, etc. Les Maçons proviennent d’horizons différents, et notamment du monde des arts : Voltaire, Mozart, David, Goethe ou Kipling.

L’intérêt d’Hugo Pratt pour la Maçonnerie est ancien. De plus, dans les années 1970, cet artiste songe à lui faire jouer un rôle dans un album sur Venise. Sur proposition de son ami Luigi Danesin en 1976 de devenir Franc-maçon, Hugo Pratt « est initié, le 17 novembre 1976, au grade d'apprenti par la loge Hermès de Venise.

La « loge Hermès « à l’orient de Venise » (c’est-à-dire siégeant à Venise) appartient à la Grande Loge d’Italie, l’une des deux grandes obédiences maçonniques italiennes. A partir de 1860, à la suite de l’unification politique de l’Italie, la Maçonnerie italienne se rassemble au sein du Grand Orient d’Italie. Mais, en 1909, une controverse interne amène un éclatement du Grand Orient et une partie de ses membres le quitte pour créer la Grande Loge d’Italie. La particularité de la Grande Loge d’Italie est, jusqu’à aujourd’hui, de pratiquer exclusivement le Rite Écossais Ancien Accepté. Depuis les années 1960, la Grande Loge s’est ouverte aux femmes et ses loges peuvent, selon leur choix, être seulement masculines ou mixtes, comme la loge Hermès ».

Hugo Pratt passe au grade de Compagnon le 27 avril 1977 et est élevé au grade de Maître le 26 septembre 1977. Il entre dans les hauts grades du Rite Ecossais Ancien Accepté en étant reçu au degré de Maître Secret le 11 novembre 1989, à Nice, lors d’une cérémonie commune des loges de Perfection La Sérénissime et L'Olivier Secret ». Il a « finalement suivi le programme dessiné par ce petit épigramme de 1744. Il sera membre de la loge Hermès de la Grande Loge d’Italie jusqu’à sa mort en 1995, soit près de vingt ans ».

Maçon actif, le frère Hugo Pratt a souvent représenté la Franc-maçonnerie dans son œuvre. Citons sa place centrale dans Fable de Venise, « l’intrigue d’El Gaucho, dessiné par Manara et dont Pratt est le scénariste, évoque une querelle de loges », et, parmi les dernières planches dessinées en 1994, une scène maçonnique dans Wheeling. Et « les allusions indirectes comme les épreuves que Corto traverse dans Les Helvétiques et qui paraissent directement décalquées de la cérémonie d’initiation au grade d’apprenti ».

Le musée de la franc-maçonnerie a présenté l’exposition Corto Maltese et les secrets de l'initiation. Imaginaires et Franc-Maçonnerie à Venise autour d'Hugo Pratt accompagnée d'un catalogue intéressant. Une quarantaine d'œuvres originales d'Hugo Pratt - aquarelles, planches pour la plupart inédites – ainsi que des pièces et documents maçonniques révèlent « son intérêt pour la démarche initiatique et sa vie en loge : le tablier et le cordon maçonnique d'Hugo Pratt ou l'épée maçonnique dérobée par son père lors du pillage de la loge par les milices fascistes dans les années 20... et restituée par le Frère Pratt en 1977 ».

L’exposition s’article autour de six thèmes : Hugo Pratt, l’homme et l’œuvre ; Le Frère Hugo Pratt, un intérêt ancien pour l'ésotérisme et les initiations ; Fable de Venise ou Corto en loge ; Fort Wheeling, une grande aventure humaniste ou le testament maçonnique d'Hugo Pratt, et une borne vidéo.

Des aquarelles rappellent la vie de Pratt et les étapes majeures dans son œuvre, en particulier l’apparition de Corto Maltese dans La Ballade de la mer salée (1967).

Puis, le parcours d'Hugo Pratt dans la Franc-maçonnerie - différents témoignages de sa vie maçonnique, l'épée maçonnique dérobée par son père lors du pillage de la loge par les milices fascistes dans les années 1920... et restituée par le Frère Pratt en 1977 – est illustré par des planches originales des Helvétiques, le tablier et le cordon maçonniques d’Hugo Pratt, des photos de sa loge à Venise, le procès verbal de sa réception au 4e grade du Rite Écossais Ancien Accepté, et une aquarelle réalisée pour une loge de « Maîtres Secrets ».

Ensuite, une séquence illustre la curiosité ancienne d’Hugo Pratt pour l'ésotérisme et les initiations, les mythes et les légendes de l’Europe au Moyen-âge, les rites et symboles de diverses cultures. Parmi les œuvres présentées : des aquarelles et planches originales des Ethiopiques et des Celtiques, ainsi que des masques africains et des parures océaniennes ayant inspiré le dessinateur.

Sur la « Fable de Venise ou Corto en loge » - la Franc-maçonnerie et les secrets de Venise, l’énigme du Baron Corvo, pseudonyme de Frederick William Rolfe (1860-1913), Fable de Venise, mystères et symboles -, onze planches originales de Fable de Venise, différentes éditions de Fable de Venise, planches d’Abraxas (« pierres taillées de l’Antiquité tardive représentant des demi-dieux, des chimères ou des animaux fabuleux ») et blasons maçonniques utilisés comme modèle pour l’album, deux documents fondateurs de la Golden Dawn (Ordre Hermétique de l'Aube Dorée à l'extérieur, société secrète anglaise) – où « Pratt enrôle le Baron Corvo –, dont un exceptionnel manuscrit ésotérique de Mina Bergson (la sœur du philosophe français Henri Bergson) ».

« Grande aventure humaniste ou testament maçonnique », Wheeling est, « d’une certaine manière, la première et la dernière des grandes aventures dessinées par Pratt. La première partie est publiée de 1962 à 1964. Mais quelques mois avant sa mort il complète encore l'histoire en ajoutant notamment une grande scène maçonnique ». Oeuvres présentées : les planches originales de la cérémonie maçonnique de Wheeling, des albums, un tomahawk iroquois.
Enfin, le visiteur voit dans une borne vidéo des films sur Pratt, son œuvre, sa vie et son engagement maçonnique.

Corto Maltese sans Pratt
En juillet 2013, un hors-série de L'Histoire et de Marianne est consacré à la période 1904-1925 de  Corto Maltese.

Publié le 30 septembre 2015 par Casterman, signé par Juan Díaz Canales pour le scénario et Rubén Pellejero pour les dessins, Sous le soleil de minuit a dépassé les 25 000 exemplaires vendus. 

C'est le premier album depuis vingt ans illustrant une aventure du marin  créé par Hugo Pratt.

Musée Hergé
Le musée Hergé de Louvain-la-Neuve près de Bruxelles (Belgique) a présenté l'exposition Hugo Pratt, Rencontres et passages (2 octobre 2015-6 janvier 2016). 

L'hommage d'un auteur célèbre à un autre auteur fameux.

"Hugo Pratt, trait pour trait"
Arte diffusa le 24 août 2016 "Hugo Pratt, trait pour trait" (Comic-Legende Hugo Pratt), documentaire de Thierry Thomas.

Ce "documentaire composé d'archives inédites part sur les traces du dessinateur Hugo Pratt, père du célébrissime Corto Maltese et épicurien notoire, à Venise, où il a passé son enfance, mais aussi en Afrique, en Argentine, en Amazonie, au Brésil, à Londres, Gênes, Paris et Lausanne - autant de lieux qui ont forgé sa personnalité hors norme. Une vie d'aventures, guidée par le hasard et l'imprévu, qui a marqué le début d'une nouvelle ère de la bande dessinée. Celle d'un amoureux de la vie au physique imposant et au verbe fort. Des archives inédites permettent également de voyager aux côtés de Pratt et de l'entendre évoquer ses souvenirs".

"Venu au monde en Italie en 1927, mort en Suisse soixante-huit ans plus tard, Hugo Pratt, né sans H et avec un seul T, grandit dans l'ombre d'un père fasciste qui l'emmène très jeune dans une Éthiopie occupée par les forces mussoliniennes. L'adolescent en retire une fascination pour les grands espaces africains, bientôt suivie d'un irrésistible attrait pour le monde indien". 

Le "point de départ d'une existence faite de voyages, de succès, de conquêtes, de rares échecs aussi, et marquée par sa vénération pour le dessinateur américain Milton Caniff, son maître absolu".

"De l'oeuvre d'Hugo Pratt émergent quelques mots clés, indissociables de sa vie : voyage, aventure, érudition, ésotérisme, mystère, poésie, mélancolie... et bien sûr, Corto Maltese, son héros et son double, qui l'a imposé comme l'un des plus grands noms de la bande dessinée".

Hommage en gare
SNCF Gare & Connexions, en étroite collaboration avec Casterman, rend un hommage fervent, en Gare de Paris-Austerlitz, à Corto Maltese à l’occasion du 50e anniversaire du héros d’Hugo Pratt en présentant l'exposition Corto Maltese, 50 ans d’aventure Gare de Paris-Austerlitz.

"Fils d’un marin de la Royal Navy et d’une gitane andalouse, Corto a grandi dans une atmosphère de sortilèges, de divinations et de spiritualité sous l’influence de sa mère magicienne et de son beau-père rabbin. Cette ascendance et cette éducation métissées lui ont permis d’acquérir une ouverture d’esprit peu commune – pour ne pas dire anachronique dans la première moitié du XXe siècle, période où Hugo Pratt a choisi de situer l’action de ses histoires. Son ouverture à toutes les cultures sans aucune forme de préjugé apparaît plus que jamais nécessaire au lecteur du XXIe siècle, au moment où les conflits identitaires, la montée des extrémismes et les dérives libérales obscurcissent les esprits. Les valeurs de l’amitié comptent davantage à ses yeux que celles d’un drapeau : son attachement envers ses camarades, hommes ou femmes, est si fort qu’il est toujours prêt à s’engager à leurs côtés, au mépris de tous les dangers", a écrit Benoît Mouchart, directeur éditorial du département bande dessinée des éditions Casterman.

Et de poursuivre : "De l’Éthiopie à la Russie, du Brésil à l’Ouzbékistan, les pays que traverse Corto Maltese sont souvent le théâtre de conflits. Lorsqu’il prend part au combat, ce n’est jamais pour servir d’autre cause que celle de ses propres intérêts, même si sa défiance envers les puissants le place souvent du côté des opprimés. Libertaire, il ne manifeste aucune adhésion à une religion ou une idéologie déterminées. Détaché de toute intention manichéenne, il refuse avec énergie l’étiquette de « héros ». Corto Maltese demeure une figure charismatique, romanesque, au look sophistiqué : c’est une icône masculine au même titre que Burt Lancaster, James Dean ou David Bowie. Son individualisme revendiqué, son célibat assumé, ses actions désintéressées, son mode de vie nomade, son sens de la dérision, son élégance et son charme l’imposent comme une incarnation idéale du trentenaire contemporain, dans lequel les lecteurs peuvent se projeter et envers lequel les lectrices ne restent pas indifférentes".

Et de conclure : Ses "aventures sont ponctuées d’action, de situations tragiques mais aussi et surtout de drôlerie, à travers des dialogues truffés d’ironie, rédigés dans une langue à la fois simple et ciselée, débarrassée des conformismes de la bienséance et de la pudeur. Bien plus qu’un personnage de bande dessinée, Corto Maltese est un mythe et, à ce titre, il s’adresse à tous les publics. Citoyen du monde avant l’ère de la globalisation, c’est un Ulysse moderne dont les aventures revêtent plus que jamais, cinquante ans après leur création, une portée universelle".

Equatoria
En septembre 2017, est sorti Equatoria, signé par Hugo Pratt, Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero.

"1911, entre Venise et les jungles d’Afrique équatoriale, Corto recherche le « miroir du prêtre Jean », un mystérieux objet rapporté des croisades. Sur sa route, il croise trois jeunes femmes aux destins étrangement complémentaires : Aïda, journaliste entreprenante, Ferida, exploratrice en quête de son père disparu, et Afra, ancienne esclave".

Voyages avec Rimbaud, Kipling et Baffo Hugo Pratt

En librairie le 5 Octobre 2017.

Dans les dernières années de sa vie, entre 1991 à 1994, Hugo Pratt choisit d’accompagner d’aquarelles des textes rares d’Arthur Rimbaud, Rudyard Kipling et Giorgio Baffo.
Ces recueils, devenus depuis introuvables, sont rassemblés pour la première fois dans un coffret et accompagnés de préfaces inédites d’un des meilleurs connaisseurs d’Hugo Pratt, Dominique Petitfaux.

L’œuvre de Pratt permet de le deviner, les livres occupèrent une place prépondérante dans sa vie. De sa découverte précoce d’écrivains comme Jules Verne et R. L. Stevenson, jusqu’à ses ultimes lectures, souvent très érudites, le célèbre dessinateur n’a eu de cesse tout au long de sa vie de constituer une bibliothèque irradiante, à la mesure de son insatiable curiosité. Au moment de sa mort, cette bibliothèque rassemblait plus de vingt mille ouvrages et avait envahi toutes les pièces de sa maison.

Voyages avec Rimbaud, Kipling et Baffo Hugo Pratt
Le 5 octobre 2017, a été publié Voyages avec Rimbaud, Kipling et Baffo Hugo Pratt. Un coffret de trois volumes : Lettres d’Afrique d’Arthur Rimbaud (64 pages), Poésies de Rudyard Kipling (150 pages) et Sonnets Érotiques de Giorgio Baffo,(80 pages).

"Dans les dernières années de sa vie, entre 1991 à 1994, Hugo Pratt choisit d’accompagner d’aquarelles des textes rares d’Arthur Rimbaud, Rudyard Kipling et Giorgio Baffo. Ces recueils, devenus depuis introuvables, sont rassemblés pour la première fois dans un coffret et accompagnés de préfaces inédites d’un des meilleurs connaisseurs d’Hugo Pratt, Dominique Petitfaux". 

 "L’œuvre de Pratt permet de le deviner, les livres occupèrent une place prépondérante dans sa vie. De sa découverte précoce d’écrivains comme Robert Louis Stevenson et Homère, jusqu’à ses ultimes lectures, souvent très érudites, le célèbre dessinateur n’a eu de cesse tout au long de sa vie de constituer une bibliothèque irradiante, à la mesure de son insatiable curiosité. Au moment de sa mort, cette bibliothèque rassemblait plus de vingt mille ouvrages et avait envahi toutes les pièces de sa maison".

"Mais pourquoi, dans le vaste inventaire de ses livres de prédilection, Hugo Pratt a-t-il privilégié des lettres d’Afrique de Rimbaud, des poésies militaires de Kipling et des sonnets érotiques de Baffo, poète vénitien du dix-huitième siècle ? Comme le souligne dans ses préfaces Dominique Petitfaux, le choix inattendu de ces textes en dit beaucoup des goûts littéraires de Pratt mais révèle aussi l’attirance du créateur de Corto Maltese pour des écrivains dont les destins font écho au sien".

"L’Éthiopie de Rimbaud et son appel de l’ailleurs, l’enfance coloniale de Kipling et sa culture militaire, la Venise de Baffo et son goût immodéré des femmes… En choisissant des auteurs à la façon d’un portrait chinois, Hugo Pratt nous offre, à la croisée de la littérature et de l’art, l’une de ses dernières et plus intimes invitations au voyage".

"A PROPOS DES LETTRES D’AFRIQUE D’ARTHUR RIMBAUD
Les lettres d’Afrique d’Arthur Rimbaud (1854-1891) se rattachent à la dernière partie de la vie du poète, la plus controversée. Écrites entre 1880 et 1891, elles révèlent le quotidien d’un homme parti chercher fortune du côté de la corne d’Afrique et de la péninsule arabique, principalement dans les villes de Harar et d’Aden. Désespérantes pour certains, qui y ont recherché en vain la trace du poète, elles témoignent au contraire pour d’autres de la liberté ultime de celui qui aura préféré la misère des soleils africains à la gloire littéraire".

"A PROPOS DES POÉSIES DE RUDYARD KIPLING
L’œuvre de Rudyard Kipling (1865-1936) a connu une fortune diverse. Ses écrits pour la jeunesse le vouent à une longue postérité, notamment grâce à ses Livres de la jungle (1894-1895) et au célèbre poème Tu seras un homme mon fils (1910). Il en va autrement pour le reste de l’œuvre, méconnu et souvent jugé comme une célébration conservatrice de l’empire colonial britannique. Le choix de poèmes rassemblés dans cette édition, principalement extraits du recueil Barrack-Room Ballads (1892), témoignent pourtant d’une sensibilité plus complexe et humaniste, concordante avec le bel essai biographique qu’Alberto Manguel a consacré à celui qui fut en 1907 le premier prix Nobel de littérature d’origine anglaise".

"A PROPOS DES SONNETS ÉROTIQUES DE GIORGIO BAFFO
Considéré comme l’un des écrivains vénitiens les plus importants du XVIIIe siècle, Giorgio Baffo (1694-1768) occupa une place de notable dans la République de Venise (il en fut à la fois un magistrat et un sénateur) tout en célébrant dans ses écrits Venise et la jouissance des corps. Poète et philosophe libertin : un tel homme ne pouvait que susciter l’intérêt d’Hugo Pratt, qui se pensait plus volontiers vénitien qu’italien (il ne se résolut à vendre son appartement de Venise qu’à la toute fin de sa vie) et dont le parcours fut marqué par les femmes (certaines ont directement inspiré les aquarelles reprises dans le recueil). La traduction des sonnets, reprenant celle établie par Alcide Bonneau en 1884, a été relue et révisée par Jean-Charles Vegliante".


Sous la direction de Pierre Mollier. Corto Maltese et les secrets de l'initiation. Imaginaires et Franc-Maçonnerie à Venise autour d'Hugo Pratt. Musée de la franc-maçonnerie, 2012. 52 pages. ISBN : 978-2-9541099-0-9. 10 euros.

Le voyage imaginaire d’Hugo Pratt. Textes de Marc Restellini, Thierry Thomas, Patrick Amsellem et Patrizia Zanotti. Casterman-Pinacothèque de Paris, 2011. 104 pages. ISBN : 978-2-203-04051-9

"Hugo Pratt, trait pour trait", de Thierry Thomas
Arte, 2015, 56 min
Sur Arte le 24 août 2016 à 22 h 20


Jusqu’au 31 octobre 2017
En Gare de Paris-Austerlitz

Jusqu’au 1er septembre 2012
Hôtel du Grand Orient de France
16 rue Cadet. 75009 Paris
Du mardi au vendredi de 10 h à12 h 30 et de 14 h à 18 h. Le samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h

Jusqu’au 21 août 2011
A la Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine, 75008 Paris
Tél. : 01 42 68 02 01
Tous les jours de 10 h 30 à 19 h 30
Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21 h 30

Visuels : © Cong SA, Lausanne
Affiche et couverture du catalogue
Les Helvétiques
1987
© 1978 Cong SA
« Corto Maltese - Les Éthiopiques »

© 1994 Cong SA
« New Ireland - J’avais un rendez-vous »

© 1973 Cong SA « Corto Maltese. 
Et d’autres Roméos et d’autres Juliettes »

© 1995 Cong SA 
« Wheeling - Le sentier des amitiés perdues »

© 1994 Cong SA 
« Saint-Exupery - Le Dernier Vol »

© 1994 Cong SA 
« Corto Maltese à Rapa Nui - J’avais un rendez-vous »

© 1989 Cong SA 
« Rapa Nui - Corto Maltese. La Ballade de la mer salée »

© 1985 Cong SA
« Corto Maltese - La Jeunesse »

© 1985 Cong SA 
« Corto Maltese (avec Raspoutine) -  La Jeunesse »

© 1984 Cong SA
« Corto Maltese - Occidente »
© 1981 Cong SA
« Les femmes de Corto Maltese »

© 1985 Cong SA
« Corto Maltese - Tango »
© 1994 Cong SA
« Lo Yankee - J’avais un rendez-vous » 

Hugo Pratt
El Giza
1989, aquarelle et encre de Chine
© Cong S.A. 

Tablier maçonnique d’Hugo Pratt
tablier de maître au Rite Ecossais Ancien Accepté
circa 1980, satin et broderie coton
© coll. Luigi Danesin. © Ronan Loaëc 

Hugo Pratt
Extrait du dessin de Casanova
1985, aquarelle et encre de Chine
© Cong S.A.  

Masque Pende
XXe siècle, Congo, plumeau, bois et tressage
© coll. E. Pierrat. © Ronan Loaëc 

Hugo Pratt
Fable de Venise
1977, Corto Maltese tombant dans la loge Hermès
© Cong S.A.

Masque articulé Ibidjo-Ogoni
XXe siècle, Nigeria, bois et ficelle
© coll. E. Pierrat © Ronan Loaëc

Hugo Pratt
Wheeling
1995
© Cong S.A.

Affiche
Hugo Pratt, La fable de Venise. 1979, (détail) © Cong SA, Lausanne
Visuel officiel de l'exposition - conception et création graphique : Gilles Guinamard
© 1979 Cong SA « Corto Maltese - Fable de Venise »

Portrait du dessinateur italien Hugo Pratt
© Cong S.A

Portrait du dessinateur italien Hugo Pratt
© Cong S.A

Portrait du dessinateur italien Hugo Pratt
© Cong S.A

La collection de BD d'Hugo Pratt de José Munoz
© Quark Productions

©SNCF Gares & Connexions - David Paquin

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Les citations sont extraites des dossiers de presse et du catalogue.
Cet article a été publié en une version concise par L'Arche en 2009, publié sur ce blog le 8 août 2011, 25 juillet 2013 et 8 octobre 2015, 4 janvier et 24 août 2016. Il a été modifié le 23 octobre 2017. 

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