Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

jeudi 31 mai 2018

Mon interview sur Radio Chalom Nitsan le 31 mai 2018


J'ai été interviewée par Radio Chalom Nitsan le 31 mai 2018 à 16 h 35. J'ai évoqué l'affaire Selaml'affaire M. B.,  copropriétaires injustement condamnés par le "gouvernement des juges", l'antisémitisme musulman et la communauté juive française institutionnalisée ainsi que le dernier rebondissement dans l'affaire Krief

Mon interview par Radio Chalom Nitsan du 25 mars 2010

Radio Chalom Nitsan est la radio juive niçoise. 

Mon interview a été mise en ligne sur le site Internet de RCN - "Israël d'hier à aujourd'hui" vers 35 minutes -, disponible sur Smartphone (Appli gratuite), sur la bande FM et diffusée en Israël sur Radio Futée.

Sébastien Selam
Dans la nuit du 19 au 20 novembre 2003, à Paris, Sébastien Selam, DJ Juif de 23 ans, était assassiné par un voisin musulman, Adel Amastaibou. Le Dr Bricout, expert psychiatre, le déclarait irresponsable de son acte criminel. 

Débutait le combat de Juliette et de Stéphane Selam, respectivement mère et frère du défunt, afin d’établir toutes les circonstances de ce crime et la condamnation du ou d(es) coupable(s). Le 5 janvier 2010, la Cour d’appel de Paris a jugé Adel Amastaibou pénalement irresponsable lors de cet assassinat. Représentée de fin 2006 à 2013 par Maître Axel Metzker, avocat au barreau de Paris, puis par Me Gilles-Jean Portejoie, la famille Selam a déposé plusieurs plaintes et de multiples procédures, à la fois civiles et administratives. Une stratégie qui s'est avérée pertinente. 

Maître Axel Metzker a curieusement sélectionné les journalistes à qui il a ouvert son dossier - i24News -, en m'en écartant bien que je bénéficie de l'accord de Mme Juliette Selam. Le 27 mai 2018, sur i24news, le député français Meyer Habib a évoqué une lettre du Président Emmanuel Macron reconnaissant un crime antisémite. So what ? So after ? On tourne la page ? Circulez, y'a plus rien à voir ? C'est ce que Meyer Habib et le journaliste Julien Bahloul ont semblé suggérer en évoquant "le deuil que peut faire maintenant la mère de la victime". 

Début avril 2018, sur i24News, Francis Kalifat, président du CRIF, reconnaissait le caractère antisémite de l'assassinat de Sébastien Selam et regrettait la faible attention portée à cet assassinat en 2003.

Maître Axel Metzker a curieusement sélectionné les journalistes à qui il a ouvert son dossier - i24News -, en m'en écartant bien que je bénéficie de l'accord de Mme Juliette Selam pour étudier ce dossier. 

Le 27 mai 2018, sur i24news, le député français Meyer Habib a évoqué une lettre du Président Emmanuel Macron reconnaissant un crime antisémite. 

So what ? So after ? On tourne la page ? Circulez, y'a plus rien à voir ? C'est ce que Meyer Habib et le journaliste Julien Bahloul d'i24news ont semblé suggérer en évoquant "le deuil que peut faire maintenant la mère de la victime". Lamentable.

La célérité de Meyer Habib tranche avec son inaction dans l'affaire du Dr Lionel Krief. 

Résultats de ce refus de Me Axel Metzker et de cette lettre du Président Emmanuel Macron obtenue par le député Meyer Habib : la vérité ne sera pas établie dans cette affaire majeure. Le dossier est enterré. Un enterrement de première classe.

Sébastien Selam est mort trop jeune. Trop tôt.

« L’histoire mondiale est le tribunal du monde » (Die Weltgeschichte ist das Weltgericht). "C’est par une référence à ce vers de Schiller que Hegel annonce la section consacrée à l’histoire du monde, qui clôt le § 340 des Principes de la philosophie du droit". 

L'Histoire risque de juger sévèrement tous ceux qui ont contribué à cette situation.

Copropriétaires M. B.
En 2017, la Cour d’appel de Paris a condamné injustement  M. B., copropriétaires Juifs français d'un appartement délabré depuis des décennies par des parties communes abîmées, pour un prétendu « arriéré de charges de copropriété ». Et ce, alors qu’elle donnait des chiffres prouvant un solde créditeur de leur compte de copropriétaires. 

Absence de préparation de l’audience, carences basiques en droit, en langue française et en arithmétique, déni d’un procès équitable notamment en violant les droits de la défense des justiciables juifs par une partialité choquante et par une mansuétude généreuse au bénéfice du Syndicat des copropriétaires et de son syndic Foncia Paris fautifs…  Les trois magistrats de la Cour - Laure Comte, Jean-Loup Carrière, Frédéric Arbellot – ont infligé un déni de justice à leurs concitoyens Juifs, notamment en bafouant les droits de la défense. 

Ceux-ci sont victimes du « gouvernement des juges » et de l’absence de contrôles par diverses autorités qui ont refusé d’intervenir pour rétablir le droit : ministres de la Justice et du Logement, parquet, Groupe Foncia, Chambre du Commerce et de l’Industrie, Ordres des avocats et des huissiers de justice de Paris, etc.


Ce « gouvernement des juges » émet des jugements qui soit créent une dette, soit valident les montants allégués par des Syndicats. Ces jugements sont confiés à des huissiers de justice qui signifient aux copropriétaires des commandements de payer cette « dette », procèdent à des saisies sur les comptes bancaires – parfois sur des montants erronés -, saisissent des meubles afin de les vendre pour obtenir que soit payée cette « dette », etc. Les victimes sont affligées par ces actes comminatoires, se ruinent par des procédures coûteuses, chronophages, pour contester ces saisies.

M. B. se voient réclamer un solde aux montants différents : celui de cet arrêt inique, celui du Syndicat représenté par Foncia Paris et celui de Me Didier et Xavier Avalle, huissiers de justice de ce Syndicat !? Tous trois erronés.

Et le 18 mai 2018, Me Carine Piccio, avocate de Foncia, Foncia Paris, Jean-Patrick Jauneau et Karima Aktouf m’a adressé une mise en demeure liberticide  de supprimer immédiatement, tout ou parties de mes quatre articles sur l'affaire M. B.

Trois des quatre articles considérés par cette avocate comme « diffamatoires » bénéficient de la prescription. Quant au quatrième, il demeure factuel et argumenté sur un sujet relevant d’un débat d’intérêt général.

Résumer les pratiques de syndics, dont Foncia, fustigées par l'UFC-Que Choisir et l’ARC (Association des responsables de copropriété) ? « Diffamatoire » !

Indiquer le refus de Foncia Paris et de Foncia de répondre à mes questions ? « Diffamatoire » !

Ecrire que « Foncia se vante d’être le « premier syndic de France ! » ? « Diffamatoire » !

Constater que, durant la procédure pour « arriérés d'appels de charges », des documents versés aux débats par Foncia Paris sont erronés ? « Diffamatoire » ! Preuves qu’ils sont erronés : M. B. ont été contraints de reconstituer en un tableau toutes les écritures comptables éparpillées en divers documents carencés, et, en se fondant sur ces documents, la Cour a évalué pour 2015 et 2017 des soldes distincts de ceux du Syndicat : elle a trouvé en 2015 un solde créditeur de 121,88 €, alors que le Syndicat alléguait un solde débiteur de 3 776,45 €, et en 2017 un solde débiteur de 720,34 €, alors qu'il alléguait un solde débiteur de 2 620,67 €. Lors d'une saisie bancaire en 2013, Me Michelet, huissier du Syndicat, a prélevé 386,09 € sur le compte bancaire de M. B. ; mais ce montant est absent des relevés de leur compte de copropriétaires dans les « Appels de provisions ». Pourquoi ? Etc. Etc. Etc.

Le reste est à l’avenant. 

Au lieu de répondre à mes questions légitimes de journaliste, Foncia, Foncia Paris, Jean-Patrick Jauneau et Karima Aktouf préfèrent des mesures liberticides, et judiciariser ce qui se relève du dialogue courtois. 

Je ne me laisserai pas intimider. 

Un « gouvernement des juges » n’applique pas la loi, nie les droits de la défense, et parfois ne motive pas ses jugements ou allègue des « motifs » infondés.

Il est par essence anti-démocratique – la constitution de la Ve République reconnait une « autorité judiciaire », mais pas un « pouvoir judiciaire », a fortiori pas un pouvoir au-dessus du pouvoir législatif -, anti-républicain – il bafoue la devise républicaine -, anti-judaïque – le peuple juif a donné au monde les Tables de la Loi -, antijuifs – les Juifs sont perçus comme particulièrement attachés à la justice, à l’égalité -, christianophobe en raison des bases juives du christianisme.

Ce mécanisme judiciaire de création de fausse « dette », qui a ruiné Eva Tanger, peut aussi s’appliquer à des locataires.

Antisémitisme islamique
Longtemps, la communauté juive française institutionnalisée n'a pas osé évoquer un sujet tabou en France : l'antisémitisme musulman. Un exemple : le projet Aladin.

Lors du 33e dîner du CRIF, le 7 mars 2018, son président Francis Kalifat a souligné en présence du Président de la République Emmanuel Macron, invité d'honneur, notamment l'importance de l'antisémitisme islamique, et a demandé :
"La haine antisémite a une étrange capacité à se réinventer sous de multiples formes. Nous avons besoin, pour la combattre, d’une définition incluant toutes ses formes actuelles, y compris l’antisionisme et le négationnisme. Le Parlement européen a fait le même constat. Et le 1er juin 2017, il a voté une résolution qui, je cite, «invite les Etats membres à adopter et à appliquer la définition opérationnelle de l’antisémitisme utilisée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste».
Monsieur le Président, je forme le vœu, qu’à l’instar d’autres pays européens, la France, réponde positivement à l’invitation du Parlement européen".
Une demande ignorée du Président Emmanuel Macron.

Le 22 avril 2018, le Manifeste contre le nouvel antisémitisme a été publié par Le Parisien (22 avril 2018) et dénonçait l'antisémitisme musulman, une "épuration ethnique à bas bruit". Ce Manifeste a été rédigé par Philippe Val, ancien directeur de Charlie hebdo.

Il a été signé par 300 politiciens, intellectuels, artistes, grand rabbin de France Haïm Korsia, etc. La femme rabbin Delphine Horvilleur a refusé de le signer pour ne pas donner "l'impression d'une compétition victimaire", mais le 25 décembre 2017, sur France Inter, en présence de son co-auteur Rachid Benzine, islamologue, elle n'a pas affirmé Jérusalem comme capitale éternelle, indivisible d'Israël. Au 29 avril 2018, ce Manifeste a reçu 33 137 signatures et au 31 mai 2018 45 039 signatures.

Imam à Bordeaux, Tareq Oubrou a nié l'antisémitisme islamique. Avec une trentaine d’imams, il a dénoncé dans une tribune publiée le 24 avril 2018 par Le Monde la multiplication de « lectures et de pratiques subversives de l’islam ».

Et le 7 mai 2018, la Grande mosquée de Bordeaux a accueilli l'exposition « Fragments », pour une transmission de la Shoah" par le Dr. Stéphane Brunel. Une exposition abstraite et qui élude notamment le rôle du grand mufti de Jérusalem al-Husseini dans la Shoah. "Le Dr Stéphane Brunel propose de vous confronter à cette réalité et vérité indescriptible du génocide par l’intermédiaire de quelques œuvres d’art qu’il présentera. Il pose des questions, s’interroge sur notre place dans la transmission de la Mémoire de la Shoah, à travers les compositions de l’exposition « Fragments » qui remettent en évidence des éléments de notre mémoire que l’on a oubliés et qui portent en elles-mêmes les structures intellectuelles et mentales de cette catastrophe."

Le 22 avril 2018, sur France Inter, Nicole Belloubet, ministre de la Justice, a déclaré qu'elle aurait pu signé cette tribune "révélatrice d'une inquiétude" : « Je trouve qu'il y a là pour notre pays un danger sur lequel on doit être vigilant." Elle a souligné la "volonté farouche" de son ministère "de lutter contre l'antisémitisme" et a rappelé avoir signé "une circulaire à l'attention de tous les procureurs généraux" dans laquelle "cette dimension-là est expressément notée". Elle estime aussi que le plan de lutte contre l'antisémitisme et la violence raciste que vient de lancer le Premier ministre, Edouard Philippe, prouve qu'il y a "une volonté qui est marquée" dans ce sens. "Interrogée sur la dénonciation d'un "silence médiatique" expliqué par le fait que "la radicalisation islamiste – et l'antisémitisme qu'il véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l'expression d'une révolte sociale", Nicole Belloubet a dit ne pas savoir "si le silence coupable est partagé par toutes les élites". "Je crois qu'il faut être mesuré, il faut prendre conscience de cette violence antisémite qui est réelle, que l'on peut observer à plusieurs signes et à plusieurs niveaux. Mais le silence n'est pas partagé." Nicole Belloubet a conclu : "Nous devons tout faire pour éviter cette guerre des communautés. La France, par construction, est un pays de la mixité, c'est un pays de la cohésion et, vraiment, nous ferons tout ce qui est possible pour s'opposer à cette guerre des communautés. (…) [Cette tribune] est révélatrice d'une inquiétude. Il faut y répondre par une volonté de cohésion." Bref : éviter de lutter contre l'antisémitisme islamique.

Le 25 avril 2018, lors de sa visite officielle aux Etats-Unis, le Président Emmanuel Macron a été interrogé par des étudiants de l'université George Washington, notamment sur l'antisémitisme en France. Il a déclaré : « Il y a deux racines de ce nouvel antisémitisme. La première est liée à l'importation du conflit entre Israël et la Palestine. Certaines personnes en France souhaitent reproduire ce conflit international au sein même de la société française. La deuxième racine est une sorte d'ancien antisémitisme français, qui existait au début du siècle et qui reprend de l'ampleur. C'est une forte préoccupation pour moi. Nous devons le reconnaître ». 

Le Président a éludé les vrais problèmes. Faute de désigner l'ennemi, il ne peut pas le combattre victorieusement.

Quant à la communauté juive française institutionnalisée, après le discours du Président du CRIF et l'assassinat antisémite de Mireille Knoll, elle est demeurée silencieuse et inactive. Comme si elle n'avait pas de stratégie et était liée par le refus des plus hautes autorités politiques nationales françaises.

Dr Lionel Krief
Titulaire d’un contrat d’exclusivité, le Dr Lionel Krief est associé depuis les années 2000 avec la Dr Valérie Daneski dans la SCP Krief-Daneski dont il est gérant et actionnaire majoritaire (75%), pour exercer en alternance dans deux Centres d’imagerie médicale avancée (CIMA) en Oise (Picardie) : l’un à Compiègne, l’autre à Creil.

Fin 2008, la Dr Valérie Daneski a sollicité  la dissolution judiciaire de la SCP Krief-Daneski.

Au terme de dizaines de procès, le Dr Lionel Krief a été ruiné et spolié par le « gouvernement des juges ».

Le 15 décembre 2017, le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire de la SCP Krief-Daneski, et la société MJA  (Mandataires judiciaires associés) a été désignée en qualité de mandataire judiciaire. 

Via sa société Cirios, « la Dr Valérie Daneski devait acquérir le Centre de Creil et, en contre partie, elle devait verser 2,7 millions d’euros. Depuis 2013, Me Denis Hazane, alors administrateur judiciaire et liquidateur de la SCP Krief-Daneski, s’oppose à toute communication de pièce prouvant la transaction. Le formulaire 2035 communiqué par le Trésor public prouve que les 2,7 millions d’euros n’ont pas été versés. Nous avons réclamé auprès des différentes juridictions que Me Denis Hazane communique son relevé compte étude des années 2011 à 2016. Le relevé compte étude est un document qui atteste les transactions financières d’un mandataire. L’expert comptable dispose de ce document, mais au nom du secret professionnel, il s’oppose à communiquer sur cet élément fondamental », m’a expliqué le Dr Lionel Kriel.

Devant le Tribunal de Compiègne, son avocat, Me Alexandre Buchinger réclame que le précédent administrateur judiciaire Me Denis Hazane produise, sous astreinte de 1 000 € par jour de retard, les relevés bancaires indiquant que la Société Cirios de la Dr Valérie Daneski a versé l’argent pour acheter le CIMA de Creil.

« Les documents fournis par Me Levy, mandataire judiciaire à Paris, font apparaître dans les écritures de la comptabilité de Me Denis Hazan, une somme de 1 810 000 €. Si cette somme avait effectivement été acquittée par la Société Cirios de la Dr Valérie Daneski, il manquerait près de 900 000 € », a écrit Me Alexandre Buchinger.

Prochaine audience : le 5 juin 2018.


Articles sur ce blog concernant :

Golem ! Avatars d’une légende d’argile


Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme  a présenté l’exposition Golem ! Avatars d’une légende d’argile. Une exploration du « riche devenir de la figure du Golem, être d’argile animé à l’aide de lettres sacrées, dans les arts visuels, à travers un parcours mêlant peinture, dessin, photographie, théâtre, cinéma, littérature, bande dessinée et jeu vidéo ». Le 31 mai 2018 de 20 h 30 à 22 h, l'Association Culturelle Juive de Nancy proposera la conférence "Le Golem", avec Ada Ackermann, Chargée de recherches Cnrs, et Petr Horak, membre émérite de l'académie des Sciences et professeur des universités. 

« Etre d’argile animé à l’aide de lettres sacrées, le Golem est l’un des mythes juifs les plus célèbres et l’une des figures majeures de la littérature fantastique. Celui que l’on a coutume de représenter sous les traits d’un géant aux pouvoirs surhumains n’a cessé de fasciner et d’endosser de multiples significations au fil du temps ».

« Au Moyen Age puis à la Renaissance, c’est une entité connue des seuls mystiques, qui débattent des opérations magiques permettant de lui donner vie. Au XIXe siècle, le Golem devient une figure populaire : une créature destinée à soulager la communauté juive de travaux pénibles et à la protéger des persécutions. Mais nombre de récits insistent sur l’épisode où le Golem se retourne contre Rabbi Yehoudah Loew, son créateur, et c’est à ce moment que naissent les premières images du Golem. Hugo Steiner-Prag lui donne en 1915 une physionomie mongoloïde et inquiétante dans les illustrations du célèbre roman de Gustav Meyrink, et Paul Wegener lui confère dans son film de 1920 des traits qui marqueront durablement l’imagier du XXe siècle. Il fascine les artistes qui voient dans la création du Golem une métaphore de leur position de créateurs face à une matière inerte à laquelle « donner vie ». D’emblée, ils soulignent son ambivalence : être miraculeux et monstrueux à la fois, il oscille entre humanité et inhumanité, entre protection et menace. »

La « plasticité du mythe du Golem est à l’origine de la plupart des créatures artificielles, imaginaires ou réelles, et sa féconde descendance ne cesse de croître, notamment dans le domaine de la robotique et de l’informatique. Précurseur des super-héros et des avatars numériques, le Golem est aussi une figure qui permet de penser un monde où l’homme pourrait perdre le contrôle sur ses inventions ».

L’exposition « Golem ! Avatars d’une légende d’argile » explore, « avec 136 œuvres provenant de 28 institutions et prêteurs privés, le riche devenir de la figure du Golem dans les arts visuels, à travers un parcours mêlant peinture, dessin, photographie, théâtre, cinéma, littérature, bande dessinée et jeu vidéo ».

« De la présentation d’un remarquable Sefer Yetsirah (Livre de la création) imprimé à Mantoue en 1512 à la projection d’extraits de Terminator 2, en passant par des œuvres de Boris Aronson, Christian Boltanski, Gérard Garouste, Antony Gormley, Philip Guston, Amos Gitai, R.B. Kitaj ou Anselm Kiefer, l’exposition montre comment cette légende juive médiévale opère encore aujourd’hui dans un imaginaire mondialisé ».

Elle « est accompagnée d'un important programme comprenant des films - Le Golem de Julien Duvivier (1936, 100 min), Le Golem, comment il vint au monde, de Paul Wegener et Carl Boese (Allemagne, 1920, 84 min) - , une conférence, une performance, des activités pédagogiques et un livret-jeu ». Le commissariat général de l’exposition est assuré par Paul Salmona, mahJ, le commissariat par Ada Ackerman, Thallm-CNRS et la coordination par Dorota Sniezek

Cette « exposition est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication/Direction générale des patrimoines/Service des musées de France. Elle bénéficie à ce titre d’un soutien financier exceptionnel de l’Etat ». Elle « a reçu le soutien de la direction régionale des Affaires culturelles d’Ile de France ministère de la Culture et de la Communication, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de la fondation Pro mahJ, du Centre tchèque de Paris et de l’unité mixte de recherche théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (CNRSThallm) ». Le MahJ remercie l'Office National Tchèque de Tourisme – CzechTourism. Son partenaire est France Culture.

Curieusement, le dossier de presse de l'exposition désigne Eretz Israël par "Palestine".

Qui est le Golem ?
La « première mention du terme « golem » apparaît dans la Bible, au Psaume 139, dans la bouche d’Adam qui s’adresse à Dieu, se désignant comme une « masse informe ». Fait de glaise et animé par le souffle divin, Adam est donc le tout premier golem. Le Talmud rapporte plusieurs cas d’êtres artificiels (hommes et veaux) créés par des sages ». 

« En découlent d’intenses débats, au Moyen Age puis à la Renaissance, au sein de cercles de kabbalistes juifs et chrétiens. On discute des opérations permettant d’engendrer un golem et de leurs implications philosophiques, morales, théologiques et pratiques. Le golem doit-il être considéré comme un homme à part entière ? Quelle est sa place dans la société ? » 

« Pour le kabbaliste qui souhaiterait animer un golem, le manuel de référence est le Sefer Yetsirah (Livre de la création), qui détaille la création du monde par Dieu à l’aide de combinaisons alphabétiques et insiste sur le pouvoir de la lettre hébraïque. L’aspiration à fabriquer un golem est alors perçue comme un désir d’entrer en relation privilégiée avec Dieu. Seul le sage peut espérer y parvenir ».

Un héros protecteur
« Parmi les différents visages que les artistes ont donnés à la figure ambivalente du Golem, on trouve celui du protecteur, à l’apparence sympathique et rassurante, notamment dans les œuvres à destination des enfants. Souvent, les artistes traduisent la capacité du Golem à défendre la communauté juive contre ses ennemis en insistant sur son aspect colossal et sur ses facultés surhumaines ».

« C’est cette veine qu’explorent les comics américains, pour la plupart créés par des auteurs et des dessinateurs d’origine juive, familiers du mythe ». Le « Golem reprend ainsi du service, de manière récurrente, pour défendre les juifs contre les nazis. S’il apparaît comme un nouveau justicier, il est aussi souvent dépeint comme un défenseur impuissant, n’ayant pu mener a bien sa mission. Le Golem devient alors le symbole d’un « monde disparu », d’une communauté juive meurtrie et brisée ».

Un monstre incontrôlable
Le « caractère inhumain du Golem – créature rudimentaire et hybride, décrite comme muette et privée d’âme – conduit les artistes à en privilégier la composante monstrueuse. Ils choisissent dès lors de le dépeindre comme une entité inquiétante et terrifiante, qui échappe au contrôle de celui qui l’a façonnée ». 

Le « Golem provoque la peur, se présentant selon les cas sous les traits d’un colosse menaçant, d’un spectre ou d’un démon ». 

« Constituant ainsi l’un des premiers monstres du cinéma, il en inspirera bien d’autres. Il permet d’incarner l’« autre », celui qui inquiète par sa différence et son anormalité ».

« En tant que double de l’homme, il représente sa part obscure, pulsionnelle et inconsciente, et, à ce titre, effrayante ». 

Il « peut enfin symboliser la prétention outrancière de l’humanité à égaler Dieu, prétention qui l’amène à transgresser l’ordre naturel. Le mythe du Golem fusionne alors avec d’autres récits, tel celui du Dr Frankenstein, imaginé par Mary Shelley (1818), et de son épouvantable créature ».

Variations théâtrales
« Parmi les différentes œuvres théâtrales sur la créature d’argile, Le Golem. Poème dramatique en huit scènes est l’une de celles qui ayant engendre les images les plus variées et les plus inventives. Due à l’écrivain yiddish H. Leivick (1888-1962) et publiée en 1921, cette pièce critique la révolution russe et sa violence. Exceptionnellement dotée de la parole, le Golem supplie son créateur de ne pas lui donner la vie ».

« Pour la publication de ce texte, l’artiste américain Max Weber conçoit des illustrations qui frappent par la diversité des styles et des influences artistiques ».

« L’œuvre de H. Leivick inspire de multiples mises en scène, dont celle du théâtre Habima à Moscou en 1925, qui rencontre un succès considérable. Les esquisses de costumes et de personnages réalisées à cette occasion par Ignati Nivinski (1881-1933) constituent une interprétation très libre et imaginative du texte ».

« On retrouve une même créativité dans les décors imagines par Boris Aronson (1898-1980) pour le projet de mise en scène de Maurice Schwartz en 1931, a New York, qui ne verra pas le jour ».

Un mythe plastique
« Depuis le XIXe siècle, le mythe du Golem n’a cessé d’être représenté, probablement parce que ce récit, centré sur l’animation d’une matière inerte, affirme le pouvoir créateur de l’homme ».

« En traitant d’un être qui vit de sa vie propre et qui échappe au plan initial, il instaure un parallèle fécond avec l’activité artistique ».

« Le cinéma, domaine dans lequel la question de l’animation est centrale, a ainsi constitué un medium privilégié pour mettre en scène le Golem ».

Le « mythe comporte par ailleurs un ensemble d’enjeux plastiques : il se présente comme un récit d’opérations matérielles (modelage, pétrissage, expérimentation) ; le Golem, être rudimentaire qui finit par être détruit, est en permanence menacé par l’informe ».

Les « artistes ont parfois choisi de se représenter en golems, faisant d’eux-mêmes leur propre matériau. Ils revendiquent ainsi la possibilité, à travers un rituel, de réinterpréter leur naissance, mais aussi de se transformer, tout en interrogeant le statut de leur création : double, extension d’eux-mêmes ?

 « Enfin, ces autoportraits en golems jouent sur une équivalence entre chair et terre qui fait écho aux origines de l’homme dans la Genèse ».

Les descendants du Golem
« Nombre d’inventions contemporaines peuvent être pensées à l’aide du Golem, comme le suggérait en 1964 Norbert Wiener, père de la cybernétique, dans God and Golem, inc. Sur quelques points de collision entre cybernétique et religion ».

« L’année suivante, Gershom Scholem (1897-1982), spécialiste de la kabbale, donne officiellement le nom de « Golem I » à l’un des premiers ordinateurs israéliens ».

« De même que la créature d’argile est animée par la combinatoire des lettres, l’ordinateur et l’intelligence artificielle obéissent aux codes du langage informatique ».

« Parmi les descendants du Golem, les robots, doubles de l’homme, occupent une place particulière et partagent son ambivalence. Conçus pour améliorer le quotidien des êtres humains, ils suscitent attachement et empathie mais aussi méfiance et inquiétude, notamment en raison de leur impact sur la société et de leur possible émancipation, objet de bien des fantasmes ».

Le « robot féminin, qui connait une grande fortune, fait écho a la légende relative au poète andalou Salomon Ibn Gabirol (XIe siècle), lequel, souffrant d’une maladie de peau handicapante, se serait façonné une compagne artificielle pour tenir sa maison ».

L’homme-démiurge
Le « mythe du Golem trouve de fortes résonances aujourd’hui dans les évolutions scientifiques, médicales, technologiques, industrielles et économiques tels le clonage, le corps « augmenté », l’hybridation génétique, les nanotechnologies, l’énergie nucléaire ou les transactions informatiques ».

« L’homme étend son pouvoir de transformation à l’ensemble de la Création, qu’il entend améliorer, s’octroyant la place de Dieu ».

« Certains artistes s’emparent de cette dimension démiurgique en modifiant leur corps pour en accroitre les possibilités, ou en faisant du vivant un matériau artistique ».

« L’homme devenant pour lui-même un golem à perfectionner, on passe ainsi du golem originel, être d’argile incomplet et rudimentaire, à un golem transhumai ou post humain, aux capacités démultipliées et enrichies ».

« Toutefois, de même que le golem, initialement conçu pour soulager l’humanité, peut se retourner contre celle-ci, de même les nouvelles technologies peuvent échapper à l’homme et l’asservir alors qu’il croyait qu’elles le libéreraient ».

Der Golem
Le 13 octobre 2017 à 18 h 45, au Cinéma Impérial, le Festival du nouveau cinéma de Montréal (Canada) présenta Der Golem, ciné concert par Socalled et invités. "Les prémices du cinéma fantastique sur fond de musique déjantée. Josh "Socalled" Dolgin, artiste étonnant et touche-à-tout, et ses invités mettent en musique le célèbre film d’horreur muet Der Golem, réalisé par Henrik Galeen et Paul Wegener, sur un scénario de Paul Wegener, avec Paul Wegener, Henrik Galeen, Lyda Salmonova. Créé en 1915, ce chef d’œuvre du cinéma expressionniste allemand nous conte l’histoire de la création d’un monstre d’argile qui sèmera la terreur dans le ghetto juif plutôt que de sauver son peuple. Il est présenté dans sa version allemande. Créé pour Halloween, en 2016, à Toronto, le ciné-concert est joué pour la première fois à Montréal".

Le 31 mai 2018 de 20 h 30 à 22 h, l'Association Culturelle Juive de Nancy proposera la conférence "Le Golem", avec Ada Ackermann, Chargée de recherches Cnrs, et Petr Horak, membre émérite de l'académie des Sciences et professeur des universités. "Etre d’argile animé à l’aide de lettres sacrées, le Golem est l’un des mythes juifs les plus célèbres et l’une des figures majeures de la littérature fantastique. Celui que l’on a coutume de représenter sous les traits d’un géant aux pouvoirs surhumains n’a cessé de fasciner et d’endosser de multiples significations au fil du temps. Au Moyen Âge puis à la Renaissance, c’est une entité connue des seuls mystiques, qui débattent des opérations magiques permettant de lui donner vie. " 

Le Golem de A à Z

« Alef
Première lettre de l’alphabet hébreu. Le alef (א) est la lettre à laquelle les kabbalistes attribuent le pouvoir d’animer un golem et, à l’inverse, de lui ôter la vie lorsqu’on l’efface.

Cybernétique
Science regroupant l’ensemble des théories relatives au contrôle, à la régulation et à la communication dans l’être vivant et la machine. D’elle découleront, entre autres, l’informatique, la théorie de l’information, l’intelligence artificielle, la robotique.

Eliyah Ba’al Shem de Chelm (1550-1583)
Kabbaliste polonais crédité par des sources chrétiennes du XVIIe siècle pour avoir créé un golem a partir du Sefer Yetsirah* (Livre de la création) afin d’en faire son serviteur.
C’est avec cette légende du Golem de Chelm qu’apparait la composante menaçante et dangereuse du Golem qui, ne cessant de croitre au point de devenir incontrôlable, doit être réduit à néant.

Emet (de l’hébreu, « vérité »), met (de l’hébreu, « mort »)
Dans l’une des versions les plus populaires de la légende du Golem, le mot « emet » אמת) ) doit être gravé ou tracé sur son front pour lui donner vie. En effaçant la première lettre, alef* ( א), du mot « emet », le mot « met » ( מת ) apparaît, retirant la vie au golem et le faisant retourner à l’état inerte. L’utilisation magique des mots repose sur la croyance que les lettres hébraïques sont dotées d’une puissance créatrice.

Salomon ibn Gabirol (1021-entre 1054 et 1058)
Poète et philosophe connu pour sa poésie sacrée, il est considéré comme l’un des auteurs religieux juifs andalous les plus éminents et les plus féconds. Des récits du XVIIe siècle lui prêtent la fabrication d’un automate féminin, qu’il aurait animé pour en faire sa compagne.

Halakhah
Ensemble des lois régissant la vie religieuse juive, dont le mariage, les prescriptions alimentaires, l’observance des fêtes, etc.

Kabbale (de l’hébreu qabbalah, littéralement « réception »)
Nom donne à la tradition ésotérique juive depuis le Moyen Age. Elle traite principalement des dix sefirot*, de la création de l’univers par Dieu, de la place de l’homme dans la création et du rôle cardinal de la Halakhah* dans la rédemption divine.

Gustav Meyrink (1868-1932)
Romancier autrichien né à Vienne et mort à Starnberg en Allemagne, il passe une grande partie de sa jeunesse à Prague, qu’il dépeindra souvent dans ses œuvres.
Travaillant dans la banque, il fréquente les artistes et les intellectuels praguois, et se passionne pour l’occultisme et différentes traditions mystiques qui nourriront sa production littéraire. La popularité qu’il acquiert avec son premier roman, Le Golem (1915), ne se démentira jamais par la suite. L’ensemble de son œuvre relève du genre fantastique d’inspiration ésotérique. Das grune Gesicht (Le Visage vert, 1916) et Walpurgisnacht (La Nuit de Walpurgis, 1917) comptent parmi ses autres récits célèbres.

Mishna (de l’hébreu, littéralement « enseignement »)
Première compilation exhaustive de la Loi orale rédigée vers 200 en Palestine » - Eretz Israël -, « qui servit ensuite de base à l’élaboration du Talmud*. Se présentant comme un recueil de débats et de discussions halakhiques, elle constitue le document religieux le plus important après la Bible.

Gershom Scholem (1897-1982)
Grand spécialiste moderne de la kabbale*, ne a Berlin. Son ouvrage Zur Kabbalah und ihrer Symbolik (La Kabbale et sa symbolique, 1960) comprend un chapitre intitule « L’idée du Golem dans ses rapports telluriques et magiques », fruit de recherches entreprises à partir des années 1930, s’appuyant sur la découverte et l’examen détaillé de nombreux manuscrits et textes décisifs pour la question qui le passionna sa vie durant. Cette étude sur le Golem, premier travail scientifique digne de ce nom sur le sujet, s’applique à restituer l’aspiration à créer un être artificiel dans le contexte du mysticisme juif et permet de comprendre le passage du domaine magique à celui de la légende. Il s’agit donc d’une étape déterminante dans l’historiographie sur le Golem.
Scholem se montra par ailleurs sensible aux liens pouvant associer le récit du Golem aux technologies qui lui étaient contemporaines, telle l’informatique naissante.

Talmud (de l’hébreu, littéralement « étude, enseignement »)
L’un des textes fondamentaux du judaïsme, il traite de la Loi juive. Ce commentaire de la Mishna* a été produit par les maitres des académies de Palestine » – Eretz Israël – « et de Babylonie. Il existe deux Talmud. Le Talmud dit « de Jérusalem » (Talmud yeroushalmi) a été hâtivement compilé à Tibériade vers la fin du IVe siècle. Le Talmud de Babylone (Talmud babli) fut constitué progressivement, sa mise en forme définitive ayant été engagée par Rav Ashi (352-427), chef de l’académie de Soura, et achevée par l’un de ses successeurs, Rabina I (mort en 499). L’autorité du Talmud de Babylone prévaut dans l’ensemble du monde juif.

Sefer Yetsirah (Livre de la création)
Court traité de cosmogonie et de cosmologie hébraïque, dont il existe deux versions et dont la datation demeure incertaine (entre le IIIe et le VIe siècle). Il présente les éléments fondamentaux et les opérations à l’aide desquels Dieu a créé le monde et qui assurent le fonctionnement de ce dernier. La création du monde y est comparée à l’ouvrage d’un potier et d’un sculpteur. De nombreux commentateurs médiévaux s’en servaient pour élaborer des consignes permettant de fabriquer un golem.

Sefirot (de l’hébreu s-f-r, « nombre »)
Les dix émanations, ou puissances, à travers lesquelles se manifeste la Divinité ; elles sont au cœur de la pensée kabbalistique. Dans le Sefer Yetsirah*, les sefirot sont les dix « nombres » primordiaux qui, avec les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque, constituent les trente-deux voies mystérieuses à l’aide desquelles Dieu créa le monde.

Torah
Nommée en français « Pentateuque », la Torah se compose de cinq livres : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome.

Paul Wegener (1874-1948)
Personnalité marquante et décisive du cinéma expressionniste allemand. Apres des débuts au théâtre, Wegener réalise Der Student von Prag (L’Etudiant de Prague, 1913), film fantastique qui lui fait découvrir la ville de Prague et ses légendes, dont celle du Golem qu’il décide d’adapter au cinéma, avec l’aide d’Henrik Galeen. C’est ainsi qu’entre 1915 et 1920 il tourne une trilogie, dont les deux premiers films ont en grande partie disparu, et dont le troisième deviendra un classique du cinéma : Der Golem. Wie er in die Welt kam (Le Golem. Comment il vint au monde), réalisé avec Carl Boese. La photographie est signée Karl Freund, le chef opérateur de Fritz Lang. Auteur du scénario, Wegener y interprète également le colosse. Der Golem tient notamment sa force du recours à des trouvailles visuelles et à des techniques cinématographiques encore peu usitées, permettant de filmer les mouvements de la foule de manière spectaculaire. Wegener tire ensuite un roman de son film, illustré de photogrammes de ce dernier et publié en 1921. Sa participation a la vie culturelle sous le régime nazi, fera comparer le cinéaste lui-même à un golem.

Norbert Wiener (1894-1964)
Mathématicien américain brillant, passionne de philosophie, il est surtout connu pour avoir fonde la cybernétique*. Son travail scientifique s’accompagne toujours d’une réflexion éthique, nourrie par ses engagements – il refuse de participer à l’élaboration de l’arme nucléaire. Wiener mobilise la figure du Golem pour réfléchir à la place de la science dans le monde de l’après-guerre, aussi bien dans God & Golem, Inc. Sur quelques points de collision entre cybernétique et religion (1964), que dans son premier ouvrage, La cybernétique : Information et régulation dans le vivant et la machine (1948).

Yehoudah Loew ben Bezalel, dit le Maharal de Prague (vers 1525-1609)
Halakhiste et kabbaliste que la légende rendit célèbre en lui attribuant, des siècles après sa mort, la création d’un golem, bien que lui-même n’ait jamais écrit sur la question. Il fut grand rabbin de Moravie, de Poznań et de Prague. Auteur prolifique, ses ouvrages, eurent un profond retentissement sur la pensée et la mystique juives. Personnage à l’aura considérable, sa biographie oscille entre histoire et légende.

Zohar (Sefer ha-zohar, Livre de la splendeur)
Le plus important livre de la kabbale*, rédigé en Espagne au XIIIe siècle ».


Du 8 mars 2017 au 16 juillet 2017
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 65
Mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Samedi et dimanche de 10 h à 19 h

Visuels 
Affiche
Paul Wegener, Le Golem, comment il vint au monde, 1920.
Deutsche Kinemathek, Berlin © succession Paul Wegener

Miloslav Dvořák,
Le Golem et Rabbi Loew près de Prague, 1951
Huile sur toile,
244 x 202 cm
Prague, Židovské Muzeum © Jaroslav Horejc – heirs, 2017

Steve Niles (texte), Dave Wachter (dessin)
Breath of Bones. A Tale of the Golem
Milwaukie (Oregon), Dark Horse Comics, 2013
Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme © Dark Horse Comics

Dennis Hopper,
Wallace Berman, 1964
Tirage argentique
Paris, collection Catherine et Jean Madar
Courtesy galerie Frank Elbaz

Christian Boltanski, Le Golem, 1988
Technique mixte,
19 × 11,5 × 27 cm
New York, The Jewish Museum © Adagp, Paris, 2017

Anselm Kiefer
Rabi Löw : Der Golem
1988-2012
Plastique, bois, plomb, verre, résine synthétique, acier et charbon de bois,
95 × 95 × 58 cm

Anselm Kiefer, courtesy
galerie Thaddaeus Ropac,
Paris-Salzbourg

Sefer Yetsirah (Livre de la création)
Mantoue, 1562
Livre imprimé, 21 × 16 cm
Paris, bibliothèque de l’Alliance israélite universelle

Ignati Nivinski,
Esquisse pour les costumes de la pièce Le Golem de H. Leivick, 1925
Crayon, aquarelle, tempera sur papier,
23 × 15 cm
Moscou, Archives nationales russes de littérature et d’art

Walter Schulze-Mittendor]
Copie, réalisée par Moulages du Louvre en 1994, de Maria, le robot du film Metropolis (1926) de Fritz Lang
Résine peinte,
190 × 74 × 59 cm
Paris, Cinémathèque française

Joachim Seinfeld
Golem, 1999
Série de cinq photographies, panneaux sur verre, 39,5 × 40 cm
Prague, Židovské
Muzeum © Adagp, Paris, 2017

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Les citations non sourcées sont du mahJ. Cet article a été publié le 14 juillet 2017, puis le 9 octobre 2017.

mercredi 30 mai 2018

« Le Summertime de Gershwin à Charleston »


Arte diffusera le 31 mai 2018, dans le cadre d’Invitation au voyage (Stadt Land Kunst) par Fabrice Michelin, un reportage sur « Le Summertime de Gershwin à Charleston »  (Gershwin und Charleston). « Jusqu'à la fin du XIXe siècle, Charleston, en Caroline du Sud, était du fait de l'esclavage l'une des villes les plus riches des États-Unis". Compositeur juif américain, George Gershwin (1898-1937), "qui la découvre en 1933, y compose Porgy and Bess, le premier opéra noir et son emblématique chanson, « Summertime ».
« Linda Lorin nous emmène à la découverte de trois lieux qui appartiennent à notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : Le « Summertime » de Gershwin à Charleston, en Caroline du Sud - Hérode le Grand, bâtisseur de Judée - L’incontournable : à Versailles, le Petit Trianon ».

Le Summertime de Gershwin à Charleston
George Gershwin est né Jacob Gershowitz en 1898, à Brooklyn, New York (États-Unis), dans une famille juive nombreuse – quatre enfants -, ouvrière, d’origine russe. Il américanisera son nom en Gershwin.

Enfant prodige, il se passionne pour la musique, et étudie le piano avec des professeurs qui remarquent son génie : Charles Hambitzer, Edward Kilenyi.

Il se familiarise avec la musique Klezmer – influence notable dans « S Wonderful », « Funny Face » -, les musiques afro-américaines, dont le jazz, et développe un goût pour la musique moderne française ainsi qu’un intérêt pour la gamme pentatonique.

En 1914, il débute comme interprète, pianiste, et vendeur de chansons chez Jerome H. Remick and Co., entreprise qui fabrique des partitions musicales.

En 1916, la Harry von Tilzer Company publie sa première chanson (When you want 'em, you can't get 'em, when you've got 'em, you don't want 'em), et en 1917 il édite sa première pièce pour piano, Rialto Ripples.

George Gershwin quitte Remick’s et accompagne les spectacles de vaudeville de Fox’s City Theater. Là, il crée ses œuvres, et fait la connaissance de Jerome Kern et Victor Herbert.

1919 marque un premier tournant dans la carrière de George Gershwin. Il est employé par l’éditeur T. B. Harms Co comme compositeur. Son premier succès : I Was So Young, You Were So Beautiful (1919).

La même année, Gershwin compose tous les morceaux du musical La, La, Lucille. Pour Demi-Tasse, il compose en dix minutes, avec le parolier Irving Caesar, vingtenaire comme lui, la chanson Swanee. Al Jolson l’entend lors d’une soirée, et l’intègre dans Sinbad, spectacle à succès au Winter Garden Theatre, et l’enregistre pour Columbia Records en janvier 1920. Gershwin disait : « Swanee a pénétré les quatre coins de la Terre ». La chanson est n°1 en 1920 pendant 18 semaines dans les Charts américains. George Gershwin en vend un million de copies, et environ deux millions de disques. C’est le premier standard et la chanson best-seller de sa carrière. Ce qui lui donne la liberté de se concentrer sur son œuvre : composer pour les salles de spectacles et les films, donner des concerts pour populariser ses œuvres. Le titre « Swanee » a aussi été immortalisé par Judy Garland dans A Star Is Born (Une Etoile est née).

Avec son frère parolier Israel Gershwin (1896-1983), dit Ira Gershwin, George Gershwin compose des chansons popularisées par Fred Astaire ou le producteur de spectacles Florenz Ziegfeld - Rhapsody in Blue (1924), Concerto pour piano en fa (1925), Un Américain à Paris (1928) -, crée le jazz symphonique et conçoit des comédies musicales qui rencontrent un succès commercial et critique.

Il fait la connaissance de célèbres compositeurs européens : Maurice Ravel à New York en 1928, Alban Berg à Vienne, Arnold Schönberg… Malgré sa réussite professionnelle et ses concerts, il continue d’étudier auprès de professeurs et de compositeurs. Et peint des aquarelles.

A Hollywood, il s’installe pour composer des chansons populaires rendues célèbres notamment par Ella Fitzgerald, Louis Armstrong ou Herbie Hancock, ainsi que des partitions pour des films.

Ami des stars, il se lie avec les actrices Paulette Goddard, Simone Simon…

Signe de son succès et de sa popularité : en 1934, il anime l’émission radiophonique bi-hebdomadaire Music by Gershwin.

« Jusqu'à la fin du XIXe siècle, Charleston, en Caroline du Sud, était du fait de l'esclavage l'une des villes les plus riches des États-Unis. George Gershwin (1898-1937), qui la découvre en 1933, y compose Porgy and Bess, le premier opéra noir et son emblématique chanson, « Summertime ». Une révolution dans l’Amérique pratiquant la ségrégation raciale. Le livret est signé Ira Gershwin et DuBose Heyward. L’œuvre est adaptée de la pièce de théâtre Porgy de Dorothy et DuBose Heyward, créée à Broadway en 1927 et adaptée du roman Porgy de DuBose Heyward (1925).

Ces trois œuvres évoquent la vie d’Afro-Américains dans un quartier imaginé, Catfish Row, à Charleston (Caroline du Sud) au début des années 1930 : Porgy, mendiant handicapé, s’efforce de protéger Bess, mariée à un voyou, Crown, et que Sportin’ Life veut rendre dépendante de la cocaïne et prostituer. En 1935, a lieu la première de l’opéra de près de quatre heures, mêlant en trois actes jazz, musique populaire et style européen, Porgy and Bess à Boston et New York. Un classique de la culture outre-atlantique.

Summertime (1934) est la chanson la plus célèbre de l’opéra. Cette berceuse chantée par Clara à son enfant, puis par Bess, a été enregistrée pour la première fois en 1935 par Abbie Mitchell accompagnée au piano par George Gershwin qui dirige l’orchestre.

George Gershwin décède d’une tumeur au cerveau le 11 juillet 1937 (à 38 ans) à Los Angeles, Californie.

En 1959, Otto Preminger réalise une adaptation cinématographique de l’opéra, avec Sidney Poitier, Dorothy Dandridge et Sammy Davis Jr.


France, 2018, 39 min
Sur Arte le 31 mai 2018 à 16 h 30

Les citations sont d'Arte.