dimanche 30 avril 2017

« L'assassinat d'Ilan Halimi » de Ben Izaak (5/5)


« L'assassinat d'Ilan Halimi » est un documentaire émouvant écrit et réalisé par Ben Izaak, pseudonyme du producteur Georges Benayoun, avec la collaboration d’Alexandre Levy. Grâce à des interviews, ce film revient « sur une affaire traumatique, à travers sa chronique » d’un échec de la Brigade criminelle - seul à ce jour pour la Crim en matière de kidnapping - à sauver en janvier-février 2006 ce Français Juif séquestré et torturé pendant 24 jours, « pour interroger une société ébranlée dans sa certitude égalitaire et républicaine ». Une néfaste « stratégie du silence », y compris parmi des dirigeants communautaire français. Le 15 février 2017, Jérôme Guedj, conseiller départemental de l'Essonne et alors porte-parole du candidat socialiste Benoit Hamon, a déploré sur Radio J, que le Conseil général de ce département ait cessé de procéder à un appel à projets en 2016 pour le Prix Ilan Halimi contre l'antisémitisme. Alors président de ce Conseil, il avait créé en 2014 ce Prix national, en association avec le Crif, SOS Racisme, l'UEJF et le Mémorial de la Shoah, auquel chercheurs, artistes, associations pouvaient postuler "afin de déconstruire les préjugés antisémites". En 2016, le Prix a été remis à l'Amitié judéo-musulmane. Cet édile s'est indigné que le Prix ait été rebaptisé Prix Ilan Halimi contre l'antisémitisme et pour l'amitié entre les religions : "C'est un changement fondamental. C'est une dilution... Ce Prix soulignait la singularité de l'antisémitisme... Les associations citées n'ont plus été membres du jury du Prix et n'ont pas pu relayer auprès du public l'information sur ce Prix. Seuls deux projets essonniens avaient été adressés pour ce projet !" Le 1er mai 2017, Canal + diffusera Tout tout de suite, réalisé par Richard Berry, avec Marc Ruchmann, Steve Achiepo, Romane Rauss, Richard Berry, Idit Cebula, Pascale Louange, Morgane Nairaud, Edouard Giard, Rabah Nait Oufella, Arnon Ardruber, Hedi Bouchenafa, Idrissa Diabaté. "Février 2006. La police a trouvé le corps d'Ilan Halimi sur le bord d'une route à Sainte-Geneviève-des-Bois, nu, brûlé à 80 %. Kidnappé, il a été séquestré et torturé pendant trois semaines dans une cité HLM de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine. Vendeur travaillant dans un magasin de téléphonie mobile du boulevard Voltaire à Paris, il était juif. Et donc supposé, selon ses ravisseurs, avoir de l'argent. Ilan a été la victime de Youssouf Fofana, antisémite forcené et au casier judiciaire déjà chargé, et de sa bande surnommée le gang des Barbares. Une fois arrêtés, les membres du gang passent aux aveux..."
« En France, il y aura un avant et un après Ilan Halimi », a déclaré l’ancien grand rabbin Joseph Sitruk. 

Des milliers d'articles dans les médias internationaux, six livres, un documentaire - « L'affaire Ilan Halimi, meurtre et préjugé de l'antisémitisme ordinaire », de Lewis Cohen - et deux films de fiction en 2014-2015… « Rarement une affaire, qualifiée à ses débuts de "sordide fait divers", aura provoqué autant de réactions, d'interprétations et de polémiques » : crime antisémite pour la justice, meurtre crapuleux pour certains, « meurtre raciste » pour Pierre Besnainou (Libération, 16 mai 2012), président du Congrès Juif européen (CJE) en 2006 et président du FSJU (Fonds social Juif unifié) en 2012.

« Sous la forme d’une enquête policière, ce film revient sur cet échec, ses conséquences, et sur ce que ce « fait divers », qui a fait ressortir au grand jour les clichés les plus anciens - et les plus tenaces - sur les juifs », dit de notre société. Qu’est-ce qui a empêché à ce point la hiérarchie policière – et par la suite justice et médias – d’envisager – et après les dépositions des ravisseurs, de reconnaître – qu’au-delà du crime crapuleux pourrait s’exprimer une haine viscérale, culturelle, pour ce qu’Ilan représente ? »

Un aspect que le réalisateur Alexandre Arcady, qui avait réalisé au célèbre 36 quai des Orfèvres certaines scènes de son film, 24 jours. La vérité sur l'Affaire Halimi qui sortira en DVD le 4 novembre 2014, n’avait pas souligné, mais qui était patent.

Echec policier
Ce vendredi soir de janvier 2006, après avoir dîné comme chaque chabbat chez sa mère Ruth, Ilan Halimi s’est rendu à un rendez-vous fatal avec une inconnue, un « appât » qui l’avait rencontré dans le magasin de téléphonie où il travaillait. Il est frappé violemment, kidnappé par « quatre gros bras », assommé et caché dans le coffre d’une automobile.

Séquestré et torturé pendant 24 jours à Bagneux, cité de la proche banlieue parisienne,  par ses geôliers dirigés par Youssouf Fofana, ce jeune Français Juif de 24 ans est repéré le 12 févier 2006 au matin, agonisant, bâillonné, menotté, brûlé, près de la gare de Sainte-Geneviève-les-Bois (Essonne). Il décède dans l’ambulance qui le mène à l’hôpital.

« Le processus d’élimination d’Ilan Halimi – il a été douché pour ne pas laisser de traces, il a été tondu - est bouleversant », observe Me Francis Szpiner, avocat de la famille Halimi, qui dresse un parallèle pertinent avec la Shoah. Une sourate islamique prescrit : « Ceux qui ne croient pas à Nos versets, Nous les brûlerons bientôt dans le feu. Chaque fois que leur peaux auront été consumées, nous leur donnerons d'autres peaux en échange afin qu'ils goûtent au châtiment… » (Sourate 4 verset 56),

La « chronique policière se joue alors presque entièrement entre les murs de ce lieu mythique qu'est le 36 quai des Orfèvres. Avec ses rebondissements, son suspens et ses errements parfois, mais avec toujours pour fil rouge la volonté tenace, presque surhumaine, des « meilleurs flics de France », ceux de la Brigade criminelle, de « sortir coûte que coûte » le jeune homme des mains de ses ravisseurs. Ils échoueront, un échec cuisant, inédit, terrible et qui ronge jusqu’à aujourd’hui la vie de limiers de la Crim ».

Héritière des « Brigades du Tigre », la Brigade criminelle a fêté son centenaire en 2012. "Rattachée à la direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police, cette brigade centrale est compétente à Paris et en première couronne. Dirigée par un commissaire divisionnaire, elle est composée de trois sections de droit commun, dotées de trois groupes d’enquête chacune, et d’une section anti-terroriste comptant trois groupes d’enquête et un groupe financier. Celle que l'on nomme "La Crim’" offre un chiffre exemplaire de 65% d’affaires résolues. Dans la chaîne pénale, elle est présente du début jusqu’à la fin : de la saisine à la cour d’assises, en passant par l’instruction".

Pour la Brigade criminelle, élite de la Police judiciaire, « la mort d’Ilan est vécue comme un terrible échec, le premier de son histoire pour une affaire d’enlèvement ».

Ce « retour sur l’enquête policière permettra d’essayer de comprendre pourquoi, malgré les moyens très importants déployés pendant trois semaines, la fin tragique d’Ilan n’a pu être évitée. Comment et pourquoi dans cette ville pas vraiment problématique de la banlieue parisienne, une bande de jeunes (et moins jeunes) fédérés par son leader Youssouf Fofana en un gang sauvage et meurtrier s’est jouée des meilleurs professionnels de la police française ».

« Il a fallu nouer des contacts avec les témoins et les acteurs de l’enquête (et tout particulièrement les policiers), libérer une parole, comprendre au jour le jour les pistes suivies par la police, en étroite collaboration avec la famille d’Ilan Halimi, face à des kidnappeurs qui de façon intuitive maîtrisent tous les modes de communication (téléphonique, web, etc.) ».

« On peut s’engager totalement. On peut mettre toute son énergie, toute son expérience, ses moyens. Et puis, ne pas aboutir, ne pas arriver au résultat… Notre conviction est qu’on ne travaille pas bien sous le feu des médias. Les fils sont parfois si ténus qu’il faut en avoir l’exclusivité un temps durant », déclare Jean-Jacques Herlem, directeur adjoint de la police judiciaire de Paris, à Ben Izaak.

Or, la disparition d’un enfant ou d'une joggeuse est signalée par les médias. Leur portrait sont diffusés par la presse et par les télévisions. Des informations sur les circonstances d’un enlèvement sont rendues publiques. Pourquoi avoir exclu toute publicité dans l’enquête policière sur le rapt d'Ilan Halimi ?

« Le mot d’ordre était de ne rien dire. Même les journalistes qui rôdaient au quai des Orfèvres étaient tenus au secret », confie Yaël Halimi, sœur d’Ilan.

Dans son livre, Ruth Halimi, a stigmatisé la stratégie de la police : refus d’admettre le caractère antisémite du rapt, conviction qu’il s’agissait d’une « affaire strictement crapuleuse », non perception de « la haine » et méprise sur le profil des ravisseurs, dysfonctionnements induits par une mauvaise circulation des informations, difficultés à résoudre les problèmes spécifiques de l’enquête, inexpérience de certains policiers, refus de tenir compte des conseils de la famille souhaitant un maximum de publicité autour du rapt, etc.

Longtemps, l'informatique a été perçue comme une orientation professionnelle rapide pour des élèves aux mauvais résultats scolaires. Le Gang des Barbares a bénéficié d'un informaticien qui a mis son talent exceptionnel au service du Mal et qui n'a pas été interpellé à ce jour par la police.

Ajoutons le choix cruel de l’interlocuteur unique des ravisseurs : le père, longtemps quasi-absent de la famille, qui a reçu en 24 jours plus de 600 appels téléphoniques de Fofana. Et dire que la cellule de négociation de la Brigade criminelle disposait d’une psychologue, Frédérique Balland, qui ne semble pas douter du bien-fondé de la stratégie policière et de son action… Alors qu'un ravisseur avait déclamé une sourate du Coran lors d'un appel téléphonique à la famille d'Ilan Halimi, pourquoi la police n'a-t-elle pas recouru à un ethno-psychiatre ou à un psy expert en islam ?

Janvier-février 2006. Nous sommes quelques mois après les émeutes urbaines, fomentées à l’automne 2005 par des jeunes, souvent issus de l’immigration d’Afrique du nord et sub-saharienne, qui ont embrasé de nombreuses « zones de non-droit », quartiers de villes et de banlieues ou « cités » dans toute la France, notamment à Bagneux. Déclaré le 8 novembre 2005, l'état d'urgence a été prolongé pendant trois semaines d’affilée. Dans l’affaire Halimi, environ 100 individus de Bagneux, située dans la banlieue proche de Paris, étaient au courant de l’enlèvement, la séquestration et des tortures infligées à ce jeune Français Juif. Aucun n’a brisé l’omerta. La police n’avait pas d’indicateur dans cette cité !? Ou elle faisait moins peur que les ravisseurs. Ou elle n’existait pas dans la vie quotidienne et le mental de ce gang des Barbares et ses complices ayant obéi à la loi du silence.

En outre, la Crim a mené l’enquête en acceptant d’agir sur le terrain choisi par l’adversaire qui maîtrisait de nouvelles technologies très rapides, alors qu’elle était contrainte au respect de procédures rigides chronophages. Or, c’est la bonne vieille technique du portrait-robot médiatisé qui, 48 heures après diffusion, a amené un appât (Audrey) à se rendre au commissariat de police. Grâce aux informations qu’elle donnait, la police arrêtait le Gang en quelques jours.

Quelle leçon la police en a-t-elle tirée ? « À la suite de cet échec, nous avons noué un dialogue avec les opérateurs et les fournisseurs d'accès à Internet. Ils se sont engagés à améliorer leur système d'exploitation », disait le 29 mai 2009 François Jaspart, directeur de la police judiciaire de la Préfecture de police de Paris lors de l'enquête sur l’enlèvement d’Ilan Halimi.

Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) et commissaire de police à la retraite, m’avait confié en février 2006 les écueils à éviter en matière de rapt : « Il ne faut pas laisser le temps courir ni couper le contact avec les kidnappeurs. Le silence a tué : il aurait fallu distribuer tout de suite les portraits-robots ».

Aux Etats-Unis ou en Allemagne, la direction de la Crim et le ministre de l’Intérieur auraient démissionné, ou auraient été démis de leurs fonctions. Mais pas en France.

Le 21 février 2006, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a rencontré place Beauvau la famille d’Ilan Halimi, sa compagne, des dirigeants communautaires français dont le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) . « On aurait dû prendre cette affaire directement en charge », a regretté, sous couvert d'anonymat, un membre du cabinet du ministre de l'Intérieur quelques mois plus tard  », relate le journaliste Alexandre Lévy dans Slate (19 juillet 2009).

« Pendant le procès, Fofana était dans la provocation. Pour lui, Ilan était un trophée… Six ans après, plus de 80% des condamnés sont en liberté. C’est pas cher payé », déplore Yaël Halimi.

L’assassinat d’Ilan Halimi, un crime antisémite ? Avocate du gardien de l’immeuble, Me Françoise Cotta minore l’antisémitisme imprégnant cette affaire, en s’interrogeant sur la barbarie motivant les condamnés. Ainsi que l’explique Me Francis Szpiner, la circonstance aggravante d’antisémitisme ne peut juridiquement s’appliquer qu’au meurtre et à la torture, et pas à l’enlèvement ou au vol. C’est la raison pour laquelle elle n’a visé que deux prévenus.

Annette Lévy-Willard, journaliste à Libération, souligne le cliché antisémite liant les Juifs à l’argent.
A « l’heure où l’actualité se fait l’écho de nouvelles tentations antisémites, un film qui décortique les causes et les effets d’une telle affaire nous semble plus que d’actualité ».

En fin de documentaire : des images de cris « Juif, hors de France. Juif, on n’en veut pas » lors de la manifestation « Jour de colère », le 26 janvier 2014 à Paris. Pourquoi ne pas avoir diffusé les images de la « rue islamique » criant « Mort aux Juifs  » ?

Curieusement, le réalisateur Georges Benayoun omet une autre explication fournie par Me Gilles Antonowicz, avocat de l’appât ayant attiré le jeune Ilan dans le traquenard en janvier 2006, et auteur de L’affaire Halimi, du crime crapuleux au meurtre antisémite : histoire d’une dérive (2014) : l’échange  de prisonniers palestiniens contre des Juifs israéliens morts, un deal approuvé par l’Etat d’Israël, a aussi inspiré Youssouf Fofana.

Le 31 mai 2014, Me Gilles Antonowicz a déclaré à Patricia Jolly, journaliste au Monde
« C’est un crime crapuleux fondé sur des préjugés, des idées reçues et non sur une haine antisémite. L’objectif de Youssouf Fofana était d’obtenir de l’argent. Avant de s’en prendre à Ilan Halimi, il a organisé huit tentatives d’enlèvements dont les victimes étaient musulmans, « Français jambon beurre » comme dirait Morgan Sportès, ou parfois juifs, mais ce n’était alors que le fruit du hasard. Les juifs sont devenus une cible spécifique le jour où Fofana a appris qu’Israël avait libéré plusieurs centaines de prisonniers palestiniens en échange de la dépouille de quelques soldats israéliens. Ce fut pour lui une révélation. Il s’est dit alors que la communauté juive était solidaire. Il s’est dit que s’il enlevait un juif, que ce dernier ait ou non de l’argent, la communauté paierait. Il a enlevé Ilan Halimi comme il aurait enlevé le baron Empain ou le petit-fils Peugeot s’il en avait eu les moyens. Son but est exclusivement crapuleux. Youssouf Fofana n’a en cet instant rien contre les juifs en tant que tels, ou, plus exactement, il ne les déteste pas plus que les autres puisque, en vérité, il déteste tout et tout le monde : les Blancs, la France qu’il veut « niquer », l’Europe et, plus généralement, tout le monde occidental… »
Non seulement ces décisions de gouvernements israéliens d’accepter l’échange de prisonniers palestiniens contre des Israéliens, « ces pactes signés avec du sang juif » (Caroline Glick), sont amoraux et n’ont conduit qu’à un nombre accru d’enlèvements de Juifs israéliens et d’attentats antisémites commis par ces prisonniers libérés, mais elles ont incité le chef du gang des Barbares à enlever, à torturer et à tuer un Français Juif qui songeait à faire son aliyah…

Le documentaire se conclut par des images inédites et bouleversantes d’Ilan Halimi heureux. « On a appris à vivre sans Ilan. Un grand vide… C’était une belle personne », se souvient Yaël Halimi, sa soeur.

On ne peut que regretter que ce documentaire ait été diffusé, à deux reprises, lors de chabbat, le vendredi en deuxième partie de soirée. Le 22 octobre 2014, le réalisateur Georges Benayoun a indiqué sur RCJ, radio de la fréquence Juive francilienne soutenue par le FSJU, que les dates et heures correspondaient à la case Documentaire de France 3. Or, celle-ci diffuse aussi des documentaires le lundi vers 23 h 15 et l'a rediffusé le 23 octobre 2015 vers 0 h 30…

Qui savait quoi et quand ?
Ni la police, ni la communauté française Juive institutionnalisée, ni les criminologues, tel Alain Bauer, n’ont analysé l’assassinat antisémite, en 2003, du jeune DJ Sébastien Selam par un voisin musulman en 2003. Et, on peut penser que le traitement policier et communautaire de l’affaire Halimi en a souffert.

Qui savait quoi et quand sur l’enlèvement d’Ilan Halimi parmi les dirigeants de la communauté Juive française institutionnalisée ? C’est une question dérangeante, mais qui taraude.

Un jeune Français Juif est kidnappé, et le ministre de l’Intérieur, alors Nicolas Sarkozy, « ami » de la communauté française Juive, n’aurait pas téléphoné à au moins un des principaux dirigeants communautaires pour assurer qu’il suivait avec attention cette affaire dramatique, et que la Crim avait mis ses plus fins limiers sur les traces des kidnappeurs ?! En début d’enquête, afin de déterminer le profil du jeune homme kidnappé, les policiers de la Crim ont interrogé les amis d’Ilan Halimi, et aucun d’eux n’aurait interrogé des dirigeants du FSJU, employeur de Ruth Halimi ?! Cela semble d’autant plus improbable que Ruth Halimi recevait quotidiennement de très nombreux appels téléphoniques des kidnappeurs, et que la direction du FSJU lui a accordé un congé au début de la période de séquestration d'Ilan.

Immeuble parisien moderne et sécurisé, le siège du FSJU accueille aussi les bureaux d’autres organisations françaises Juives, tel le CRIF, dont les responsables se croisent, dialoguent. Il semble difficile de croire qu’aucun des principaux dirigeants communautaires n’ait été informé d’une affaire aussi grave.

Aucune réunion de dirigeants communautaires au plus haut niveau n’a eu lieu pour fixer la stratégie communautaire : se taire ou parler ?

Si cette hypothèse de leaders communautaires informés s’avérait pertinente, diverses questions se posent : qui savait quoi et quand sur l’enlèvement, la séquestration et les tortures infligées à Ilan Halimi ? Pourquoi ceux qui savaient se sont-ils tus ? Etaient-ils au courant des exhortations de Ruth Halimi en vue d’une réorientation des enquêteurs vers la piste de l’antisémitisme ? Dans l’affirmative, pourquoi ne l’ont-ils pas soutenue ? Pourquoi n’ont-ils pas exprimé la moindre critique de bon sens à l’égard des méthodes policières inefficaces, par exemple, en demandant, en exigeant la diffusion médiatisée du portrait robot de l’appât ? Par une confiance illimitée dans le professionnalisme de la police et en Nicolas Sarkozy, soucieux de lutter contre l’antisémitisme ? Par crainte d’entraver l’enquête de la Crim ? Par ignorance de certains ratés policiers ? Par réflexe républicain ? Par conviction que les intérêts des décideurs, notamment politiques, coïncidaient avec ceux des Français Juifs ? Par habitude ? Par caractère ?

Pourquoi aucun d'entre eux n'a-t-il démissionné après l'assassinat d'Ilan Halimi ?

Ont-ils tiré les leçons de l'affaire Halimi ? On peut en douter en les voyant défendre un "dialogue judéo-musulman" évitant d'aborder l'antisémitisme islamique.

N’oublions pas que la communauté française Juive bénéficiait d’atouts : par exemple, des policiers retraités qui auraient pu dialoguer avec leurs anciens collègues.

A quand un film sur cette thématique ? Ou serait-ce un des sujets tabous communautaires ?

Ajoutons que vers janvier-février 2014, le Café des Psaumes, "café social associatif de l'OSE" (Oeuvre de Secours aux Enfants) dirigée par Patricia Sitruk, a refusé que soient déposés les tracts et collée sur une vitrine du Café l'affiche de la Fraternité judéo-noire (FJN) invitant à se réunir lors de la cérémonie de recueillement à la mémoire d'Ilan Halimi. La raison ? Le refus d'une "affiliation politique" !? "L’ouverture du café par l’OSE a été rendue possible grâce à l’aide de la Ville de Paris et aux généreux donateurs sans qui rien n’aurait été possible. Le Fonds Social Juif Unifié (FSJU) et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah ont apporté leur soutien précieux en 2011".
         
    
« L’Assassinat d’Ilan Halimi », documentaire écrit et réalisé par Ben Izaak, avec la collaboration d’Alexandre Levy
Seconde Vague Productions -Paul Saadoun, 2014
Image : Jeremy Sahel. Son : Jean-Paul Guirado
Seconde Vague Productions  – Paul Saadoun avec la participation de France 3, 72 minutes
Diffusions sur France 3  les 17 octobre 2014 à 23 h 20 et 24 octobre 2014 à 03 h 0523 octobre 2015 à 0 h 3011 février 2016 à 23 h 10
"Après avoir été séquestré et torturé pendant 24 jours dans une banlieue de Paris, Ilan Halimi est retrouvé le 12 février 2006 au matin, agonisant près d'une voie ferrée, bâillonné, menotté. Ilan meurt dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital. Il avait 24 ans. Pour la police criminelle, la mort d'Ilan est vécue comme un terrible échec, le premier de son histoire pour une affaire d'enlèvement. Ce film revient sur cet échec, ses conséquences, et sur ce que cette affaire dit de la société. Qu'est-ce qui a empêché à ce point la hiérarchie policière, et par la suite justice et médias, d'envisager, et après les dépositions des ravisseurs, de reconnaître qu'au-delà du crime crapuleux pourrait s'exprimer une haine viscérale, culturelle, pour ce qu'Ilan représente ?"

Visuels : © DR, Préfecture de police de Paris
Les citations proviennent du communiqué de presse. Cet article a été publié le 23 octobre 2014, puis le 21 octobre 2015 et le 11 février 2016.

vendredi 28 avril 2017

« M le maudit » de Fritz Lang


Arte diffusera le 1er mai 2017 Fritz Lang - Le démon en nous (Fritz Lang - Der Andere in uns), de Gordian Maugg et Alexander Häusser. « M le maudit » (M - Eine Stadt Sucht Einen Mörder) de Fritz Lang demeure un chef d’œuvre du cinéma allemand réalisé dans une république de Weimar marquée par la crise économique et la montée du nazisme.

« Dès le premier instant de ma carrière cinématographique, j'ai toujours tenu le cinéma pour l'art de notre temps et dans ce sens il est logique que le cinéma doive refléter son temps. Lorsqu'en 1922, j'ai tourné le premier « Mabuse », je l'ai appelé « Un tableau de notre temps »... et je crois que chacun de mes films est, d'une certaine manière, un tableau de son temps », a expliqué Fritz Lang.

Et ce réalisateur d’ajouter  : « Je suis profondément fasciné par la cruauté, la peur, l’horreur et la mort. Mes films montrent ma préoccupation à l’égard de la violence, la pathologie de la violence ».

M le maudit
Fritz Lang (1890-1976) naît dans une famille de la haute bourgeoisie viennoise catholique. Sa mère est d’origine Juive. Doué pour le dessin et la peintre, Fritz Lang s’intéresse enfant aux récits d’aventure, à la littérature fantastique, aux intrigues policières… Il entame en 1908 un tour du monde qui s’achève en 1913. Puis, après un séjour en Belgique où il découvre le cinéma, il débute une carrière difficile d’artiste peintre à Paris. 

Pendant la Première Guerre mondiale, il combat pour l’empire austro-hongrois, est blessé – il perd son œil droit -, distingué par des décorations militaires, et écrit des histoires. Dès 1917, il rédige des scénarios. 

Deux ans plus tard, il intègre la société de production cinématographique allemande (Deutsche Eclair) comme scénariste, puis comme réalisateur de films à succès. Il rencontre Théa von Harbou, scénariste qu’il épouse. Il s’affirme comme un des plus talentueux réalisateurs allemands dans les années 1920 - Les Trois Lumières (Der müde Tod, 1921), Docteur Mabuse le joueur (Dr Mabuse, der Spieler, 1922), Les Nibelungen (Die Nibelungen, 1924), Metropolis (1926), La Femme sur la Lune (Die Frau im Mond, 1929) – en contribuant à forger le style expressionniste.

Réalisé en 1931 sur un scénario de Thea von Harbou, et sous la république de Weimar affaiblie par la crise économique de 1929, M le maudit  est le premier film parlant de Fritz Lang. C’est aussi son film préféré. Fritz Lang a déclaré qu’il l’avait réalisé pour « alerter les mères des risques de négliger leurs enfants ». Dans ce thriller, il recourt à l’ellipse, à l'humour par un montage astucieux.

En 1931, « dans une grande ville de l'Allemagne en crise », vraisemblablement Berlin, un « tueur assassine les petites filles. Il vient de faire une nouvelle victime... Toute la presse ne parle que de ça. Deux policiers écument les bas-fonds, essayant en vain de le démasquer. Gêné dans ses affaires par l'enquête en cours, le syndicat du crime s’organise afin de mettre fin aux agissements du meurtrier maniaque... »

« L’une des œuvres maîtresses de Lang et l'un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Prémonitoire, d'une modernité absolue, il décrit le malaise d'une société à travers la traque d'un tueur en série ». Il associe aussi un thème musical, In the Hall of the Mountain King d’Edvard Grieg, au personnage du meurtrier. Et c’est Fritz Lang qui siffle cet air. Un réalisateur qui expliquait la haine qu’il suscitait à Hollywood par son perfectionnisme.

Initialement intitulé Mörder unter uns (Les assassins sont parmi nous), suggérant la violence contre les enfants sans la montrer, M le maudit est « aussi sans doute le premier film policier moderne : Lang s'inspire des faits divers de l'époque, se renseigne sur les méthodes de la police criminelle, interroge des psychiatres sur les tueurs en série ». 

« Thème majeur du film, l'alliance objective de la police et de la pègre montre des personnages aux pulsions ambiguës, souvent sadiques, les rouages d'une machine oppressive qui opère dans toutes les couches de la société. M est le grain de sable qui enraye cette mécanique infernale. Flics et truands sont forcés à une union sacrée contre son anormalité et sa folie, sa différence ».

Lorsque « la normalité tout entière se précipite dans le lynchage, on discerne au sein de cette foule hurlante les ferments d'un nazisme encore larvé, la silhouette vêtue de cuir d'un accusateur, comme si Lang, dans un accès de fièvre prémonitoire, avait pointé la tragédie à venir. Contrairement aux vices sociaux de la pègre, la folie de M n'a ni responsable ni remède. Le mal absolu est encore à venir : il ressemblera à ces justiciers ».

En 2010, M le maudit a figuré au 33e rang de la liste des cent meilleurs films au monde du magazine Empire.

Fritz Lang, le démon en nous
Arte diffusera le 1er mai 2017 Fritz Lang - Le démon en nous (Fritz Lang - Der Andere in uns), de Gordian Maugg et Alexander Häusser. "Comment Fritz Lang s’est immergé dans l’affaire du célèbre tueur en série Peter Kürten, avant de s’en inspirer pour "M le maudit", son premier long métrage parlant. Un film qui explore la part d’ombre du génial cinéaste.

"Düsseldorf, 1929. Un tueur en série massacre au marteau et aux ciseaux hommes, femmes et enfants, plongeant la cité rhénane dans la terreur. Traqué par la police, "le vampire de Düsseldorf" ne tarde pas à obséder Fritz Lang, maître du cinéma muet, en proie à une crise artistique à la veille de son passage au parlant. Avec la complicité du commissaire Ernst Gennat, l’auteur de Metropolis, fasciné par le mal, s’immerge alors pendant près d’un an dans l’enquête, n’hésitant pas à se rendre lui-même à la morgue pour découvrir l’état des victimes, jusqu’à l’arrestation de l’assassin, le désormais célèbre Peter Kürten. Une expérience qui nourrira le chef-d’œuvre à venir et premier film parlant du cinéaste, M le maudit".

"Dans un noir et blanc hommage au cinéma expressionniste de Fritz Lang, le film reconstitue le trouble compagnonnage entre le meurtrier insaisissable et le cinéaste au monocle, lequel suit les traces macabres de l’autre, non sans une certaine volupté".

"À travers le fait divers, il explore aussi le processus de création à l’œuvre. Car Fritz Lang, radiologue implacable des passions du corps et de l’âme, flaire le monstre pour mieux capter le "démon en chacun de nous", quand l’Allemagne de l’entre-deux-guerres sombre dans la tentation nazie, à laquelle la compagne et scénariste du réalisateur, Thea von Harbou, bientôt succombera. Un portrait sans concession du génial cinéaste, incarné par l’acteur Heino Ferch avec une formidable ambiguïté".

    
Fritz Lang - Le démon en nousde Gordian Maugg et Alexander Häusser
NFP, Allemagne, 2012
Avec :Heino Frech, Thomas Thieme, Samuel Finzi, Johanna Gastdorf, Lisa Friederich, Michael Mendl, Jens Kipper, Philippe Baltus
Sur Arte le 1er mai 2017 à 22 h 35

« M le maudit  » par Fritz Lang
Nero-Film AG , 108 min
Auteur ! Egon Jacobson
Image : Fritz Arno Wagner
Montage : Paul Falkenberg
Musique : Edvard Grieg
Scénario:  Thea von Harbou, Fritz Lang
Producteur : Seymour Nebenzal
Avec Peter Lorre, Ellen Widmann, Inge Landgut, Otto Wernicke, Gustaf GründgensTheo Lingen, Theodor Loos, Georg John, Ernst Stahl-Nachbaur, Paul Kemp, Friedrich Gnaß, 
Fritz Odemar, Franz Stein, Rudolf Blümner, Karl Platen, Rosa Valetti
Sur Arte les 2 décembre à 20 h 55 et 4 décembre 2015 à 1 h 20

Visuels
© ARD/Degeto


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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 1er décembre 2015.

« 50 ans de relations germano-israéliennes »


Arte a diffusé un Yourope spécial « 50 ans de relations germano-israéliennes ». Un titre ambitieux, pour un reportage sur… le « côté israélien de Berlin » et les Allemands qui s’occupent de survivants de la Shoah. Avec des oublis sur la diplomatie de l’Allemagne signataire le 14 juillet 2015 de l’accord controversé sur le programme nucléaire militaire iranien. Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, a créé un incident diplomatique lors de sa visite en Israël : il a voulu rencontrer des représentants d'ONG anti-israéliennes, largement financées par des Etats européens, l'Union européenne, etc. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annulé la rencontre prévue le 25 avril 2017 avec Sigmar Gabriel.


« En 1948, pour le Congrès juif mondial, il ne faisait aucun doute que plus jamais un Juif ne choisirait de s’installer sur la terre allemande gorgée de sang. Etre juif en Allemagne… Après la Shoah, voilà qui semblait inconcevable ». Car la responsabilité de l'Allemagne, nation pourtant cultivée, dans la Shoah s'avère fondamentale.

« L’ouverture des relations diplomatiques entre l’Etat d’Israël et la RFA ne date que de 1965".

Né à Vienne (Autriche), Asher Ben-Natan (1921-2014) est le premier ambassadeur d'Israël en République fédérale allemande (RFA), de 1965 à 1970. En 1959, il a été un artisan majeur dans la négociation d'un accord secret de fourniture d'armes par la RFA à l'Etat d'Israël. Il a aussi dirigé les recherches visant le criminel nazi Adolf Eichmann.

"En juin 1969, à l'université de Francfort, il a été hué par des membres du groupe gauchiste estudiantin SDS, des Palestiniens et des Israéliens gauchistes du mouvement Matzpen. Deux jours plus tard, Ben Nathan a été incapable de finir sa conférence à l'université de Hambourg en raison des nombreuses interruptions. Quand l'ambassadeur a voulu s'exprimer en septembre 1969 à Berlin, on lui a dit que l'atmosphère dans les universités libre et technique était tel qu'il ne devrait pas le faire. Il a alors parlé lors d'une rencontre organisée par les jeunes Démocrates chrétiens. Avant ce meeting, une publication gauchiste a attaqué Ben Nathan d'une manière que Kraushaar interprète comme une invitation à effectuer une tentative sur la vie de l'ambassadeur israélien. En décembre 1969, la conférence de Ben Nathan à l'université de Munich a été si fortement perturbé. Sur une affiche dans l'auditorium, étaient inscrits ces mots : "Il n'y aura la paix que lorsque des bombes exploseront dans 50 supermarchés en Israël", a écrit Manfred Gerstenfeld dans sa critique de Die Bombe im Jüdischen Gemeindehaus, de Wolfgang Kraushaar, Hamburger Edition HIS Verlagsges, 300 pp., 2005).

"L’année 2015 marque les 50 ans de ce rapprochement historique ».

« Au-delà des enjeux diplomatiques, la volonté de renouer le lien entre les deux nations semble primordiale de part et d’autre. Un exercice délicat qui nécessite d'envisager l’avenir tout en conservant la mémoire d'une des plus terribles pages de l’Histoire ».

« L’occasion pour Yourope de s’interroger sur l’actuelle relation entre les deux pays. Berlin est une destination tout indiquée. La capitale allemande est devenue un lieu prisé par de nombreux jeunes Israéliens ».

Présentée par le Berlinois Andreas Korn, Yourope « s’intéresse à la complexe relation germano-israélienne qui célèbre cette année son cinquantième anniversaire ».

On comptait environ 160 000 Juifs à Berlin au début des années 1930. Leur persécution par les Nazis, est représentée par l'oeuvre “Der verlassene Raum” (la pièce désertée) - une table entourée de deux chaises dont l'une renversée - en bronze, de Karl Biedermann. Inaugurée en 1996, scellée au sol de la Koppenplatz de Berlin, elle symbolise l'irruption violente de Nazis,lors de la Nuit de cristal (9-10 novembre 1938), dans le foyer d'une famille Juive contrainte de quitter précipitamment son domicile.

« Rencontre avec des Israéliens installés à Berlin, une métropole dans laquelle ils se sentent bien, même s’ils n’arrivent pas toujours à se défaire du passé. Certains d’ailleurs ne cherchent pas à l’occulter, au contraire. Un peu comme ces jeunes Allemands qui s’occupent de survivants du génocide en Israël ».

Selon l’ambassade d’Israël en Allemagne, le nombre d’Israéliens vivant à Berlin varierait de 10 000 à 15 000. Un Internaute israélien a relevé que le coût de la vie à Tel Aviv est inférieur à celui de Berlin où la gastronomie israélienne - mujaddara, salade de lentilles, et le humous - ravit les papilles notamment des Israéliens expatriés, la troisième génération de Juifs survivants de la Shoah, qui vivent souvent dans l'entre-soi dans la diaspora de cette ville cosmopolite.

Le documentaire distingue trois catégories d'expatriés. Les nouveaux arrivants qui ne sont pas à la recherche de leurs racines, veulent profiter de la vie, prendre un nouveau départ. Ainsi, Alix, diplômée en biologie marine, apprécie le "bouillonnement de la ville" et s'apprête à y vivre une nouvelle aventure... Deuxième groupe : les Israéliens venus vivre le "rêve berlinois" dans un environnement branché, parmi les cafés et les galeries. Établis depuis plus de cinq ans, Guy James Cohen et Gadi Baruch créent à Berlin de la musique avec des sculptures. Quant à Ariel Nil Levy, il voulait vivre dans un pays plus paisible :  Ma mère qui est de gauche et travaille dans le théâtre trouve a très bien accepté l'idée que je vive ici depuis 15 ans. A l’époque, toute la bande d’amis m’a dit : « Vas-y. Pars. On n'a construit que de la merde. Pars !  » (sic) Sa compagne, Hila Golan, met en scène La minute de silence, une pièce de théâtre sur la Shoah et ce qu’elle représente pour les Allemands s’interroge sur la culture dans laquelle baignera leur fille : allemande ? Israélienne ?

Environ 9 000 jeunes Israéliens et Allemands bénéficient de programmes d’échanges entre leurs deux pays. Un grand nombre d'entre eux se lient d'amitié. Yoav Sapir, historien et traducteur israélien né à Haïfa et installé à Berlin depuis neuf ans, a épousé Natalie, jeune Allemande dont la mère n'était pas emballée au début par le mariage avec un Juif. Leur photo de mariage montre le jeune couple entre les stèles du Mémorial de la Shoah, Un geste déplacé ? Provocateur ? Pour Natalie Sapir, c'est un geste symbolique pour montrer que les Nazis n’ont pas gagné.

Depuis le 12 mai 1945, les relations entre l'Allemagne et l'Etat d'Israël se sont renforcées. En 2014, 265 000 Allemands ont visité Israël, et environ 80 vols hebdomadaires relient les 2 pays. L'Allemagne est le principal  partenaire commercial dans l'Union européenne de l'Etat Juif, et le 3e dans le monde après les Etats-Unis et la Chine. Le ministre israélien du Tourisme a placé l’Allemagne au quatrième rang en nombre de touristes en Israël (194 141 en 2014), après les Etats-Unis (622 103), la Russie (555 878), et la France (298 601).

Cependant, l'opinion publique allemande n'est guère favorable à Israël. Un tiers des Allemands exprime des préjugés sur les Juifs et une majorité des Allemands a une perception négative de l'Etat d'Israël. Trois jeunes Allemands révèlent ce parti pris. Julia stigmatise la "politique d'occupation,  la manière forte d'Israël", Hendryk la "politique limite" de cet Etat "en tort, comme les Palestiniens. Dire cela, c’est être antisémite". Jan Ole abonde en ce sens : "En tant qu’Allemands, on peut se permettre de critiquer l’Etat d’Israël, des gens de ma génération, on n'est pas responsable des erreurs commises il y 50 ans. C’est le passé. On doit regarder de nouveau devant soi".

Près de 80% des Allemands veulent tirer un trait sur le passé. Directrice adjointe du musée Juif, Cilly Kugelmann, Juive allemande ayant étudié en Israël, déclare  : "On vit avec le passé, sans tirer un trait. Beaucoup des gens ne savent pas ce qu’est l'antisémitisme. L'antisémitisme ne vise pas forcément à détruire les Juifs, mais c'est une posture, une forme de paranoïa. L’opposition à l’État hébreu est de l'antisémitisme quand on dit qu'Israël est responsable de tous les maux de la Terre. Israël, c’est qui ? Le gouvernement ? La population ? On ne fait pas de distinction. Beaucoup veulent prendre position, sans réfléchir".

Lors du Jour de la Shoah, résonne pendant deux minutes la sirène. Tout le monde ne Israël s'immobilise à la mémoire des Juifs tués. Jürgen Koch dirige un groupe de volontaires allemands quadragénaires et quinquagénaires en Israël. L'association Un coup de main pour la vie de Saxe amène des volontaires allemands passer deux semaines de congés à aider des survivants de la Shoah. Depuis 2004, elle accompagne une fois par mois un groupe d'Allemands grâce aux dons prenant en charge les billets d'avions, le logement et le matériel pour les travaux. Un tiers de ces survivants vivent au-dessous du seuil de pauvreté, avec 650 €/mois. 

Survivants de la Shoah, David et Dora Katz sont heureux et émus de recevoir des volontaires allemands artisans venus repeindre leur appartement pendant deux jours. Des travaux exécutés avec soin. Pendant les travaux, on "démonte les plinthes, les interrupteurs pour les nettoyer. On aime les choses bien faites", explique Wilfried Schwotzer. Dora Katz félicite et remercie en allemand les quatre bénévoles de l'heureux résultat. Et elle partage ses souvenirs de fuites, de faim pendant la guerre. Karsten Viertel "a du mal à reprendre le travail". « La notion de réparation n’a guère de sens. Je peux juste être reconnaissant d’être d’une autre génération, et faire le contraire de ce qu’a fait la génération précédente  ». Une prière en hébreu clôt ces rencontres enrichissantes pour tous.

« Dans ce numéro spécial, Yourope se penche sur une relation anormale et pourtant presque normale. Et l’amitié dans tout ça ? »

Et la cohérence, dans tout ça ? Le 14 juillet 2015, à Vienne (Autriche), l’Allemagne, un des Etats du « P5 + 1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) a signé l’accord (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA) controversé avec l’Iran : levée des sanctions, visites de surveillances difficiles à mettre en œuvre, pans du programme nucléaire militaire iranien hors du champs du JCPOA, etc. Le 31 août 2015, la chancelière allemande Angela Merkel a qualifié de « non acceptable la manière dont l’Iran continue de parler d’Israël ». Le président iranien Hassan Rouhani venait d’alléguer que le régime israélien « a commencé son travail sur la base de l’intimidation, de la terreur et de l’occupation ».

Et la pertinence, dans tout ça ? Peu après l’enterrement d’Ariel Sharon, Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Relations étrangères a déclaré à des journalistes qu’Israêl portait atteinte au processus de paix en construisant des foyers pour les Juifs en Judée et Samarie.

Après les attentats terroristes islamistes à Paris et à Saint-Denis du 13 novembre 2015, l'Etat d'Israël a informé l'Allemagne de l'imminence d'un attentat au stade de football de Hanovre. Le match qui devait y avoir lieu a été annulé. La police a découvert trois bombes devant exploser lors de cette rencontre sportive.

Selon une édition d'avril 2016 Der Spiegel, le service allemand de renseignements (BND) a espionné le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, les ministres de l'Intérieur de l'Autriche et de la Belgique, le Secrétariat d'Etat des Etats-Unis, des départements de la NASA et de l'US Air Force, le ministère de la Défense britannique.

Historie diffusa les 3 et 12 septembre 2016 Un appartement à Berlin, documentaire de Alice Agneskirchner : "Eyal, Yael et Yohav sont trois jeunes Israéliens installés à Berlin où près de 20 000 Juifs résident désormais. Pour quelles raisons ces jeunes Israéliens de la 3e génération ont-ils été attirés par l'Allemagne ? Leur histoire a t-elle un point commun avec celle des Juifs venus s'installer à Berlin il y a 100 ans ? Les trois jeunes hommes ont choisi de remonter le temps en s'installant dans un appartement ayant appartenu à une famille juive déportée pendant la guerre, dans le but de le remeubler le plus fidèlement possible. Une expérience poignante qui leur a permis de raconter leur histoire et d'expliquer les raisons qui les ont poussés à aller vivre à Berlin". Des scènes choquantes.


« 50 ans de relations germano-israéliennes  »
ZDF, 2015, 26 min
Sur Arte les 12 septembre à 14 h, 15 septembre à 7 h 10 et 16 septembre 2015 à 3 h 25

Historie diffusera les 4, 7, 12, 16, 21 et 24 février, 3 et 12 septembre 2016 Un appartement à Berlin, documentaire de Alice Agneskirchner.

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Les citations non sourcées proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 10 septembre 2015, puis les 3 février et 12 septembre 2016.

jeudi 27 avril 2017

Josef Koudelka. La fabrique d’exils


Le Centre Pompidou présente, dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris 2017, l’exposition Josef Koudelka. La fabrique d’exils. Quatre-vingt photographies invitent « à comprendre comment a été conçu le projet Exils, éclairant ainsi pour la première fois la « fabrique » de » cette série.

« Être un exilé oblige de repartir de zéro. C’est une chance qui m’était donnée », a déclaré le photographe Josef Koudelka, qui a quitté sa Tchécoslovaquie natale en 1970.

Exils
Josef Koudelka est né en Moravie, alors en Tchécoslovaquie, en 1938. 

Ingénieur aéronautique, il s’oriente vers la photographie à la fin des années 1960. Une activité qui lui prend tout son temps.

« 22 août 1968 : un bras s’avance dans l’image. La montre à son poignet indique l’heure. La veille, les chars de l’Armée rouge sont entrés dans Prague. Un rendez-vous a été fixé pour une manifestation de contestation. Mais il s’agit là d’un piège fomenté par Moscou. Le peuple de Prague est heureusement averti à temps. À l’heure dite la place est vide. À ce moment là commence pour Koudelka un lent compte à rebours qui l’amènera bientôt à quitter son pays natal ».

En 1968, Koudelka « photographie l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie. Il publie ses clichés sous le pseudonyme P.P. (Prague Photographer) et se voit décerner anonymement le prix Robert Capa pour ses images ».

En 1970, Josef Koudelka fuit la Tchécoslovaquie communiste. 

Les « mois d’hiver, il habite à Londres puis à Paris. Le reste du temps, il est sur les routes d’Europe  à traquer les hasards ». 

Au cours des années 1970 et 1980, il crée « ses images les plus enchantées qui composeront le livre Exils publié par Robert Delpire en 1988 ». 

Les « mois d’hiver, il habite à Londres puis à Paris. Le reste du temps, il est sur les routes d’Europe à traquer les hasards ». 

Apatride, il obtient l’asile politique en Grande-Bretagne.

Josef Koudelka rejoint Magnum Photos.

En 1975 est édité son livre Gitans.

Au cours des années 1970 et 1980, Josef Koudelka crée « ses images les plus enchantées » de sa série Exils. Ses clichés seront montrées à Paris en 1988, puis rassemblées dans un livre devenu « référence de la bibliophilie photographique ».

Lors d’une exposition dans les locaux du Centre au Palais de Tokyo, le Centre national de la photographie édite la première édition d’Exils en 1988. 

« Quarante ans après avoir quitté son pays natal, un nombre important de ses photographies, accompagnées de textes de référence, est publié sous le titre Invasion Prague 68 ». 

Puis Koudelka publie dix recueils de photographies panoramiques sur la relation entre l’homme contemporain et le paysage, notamment Black Triangle (1994), Chaos (1999), Lime (2012) et Wall (2013). 

C'est à l'invitation du photographe Frédéric Brenner que Josef Koudelka se rend, en tenant à payer ses frais professionnels, en Israël et dans les territoires disputés afin de photographier la barrière de sécurité anti-terroristes. Et ce, dans le cadre du projet My Place. De 2008 à 2012, il séjourne à huit reprises dans cette région proche-orientale. Josef Koudelka y rencontre Gilad Baram. Il ne semble pas avoir compris la situation au Proche-Orient sur laquelle il a plaqué une grille d'analyse non pertinente, et en niant toute efficacité à cette barrière qui a contribué à réduire considérablement le nombre d'attentats terroristes commis par les islamikazes lors de l'Intifada II.

Le MOMA et le Centre international de la photographie à New York, la Hayward Gallery de Londres, le Stedelijk Museum d’Amsterdam ou le Palais de Tokyo à Paris ont exposé les photographies de Josef Koudelka. 

Cet artiste a été distingué par le prix Nadar (1978), le Grand Prix national de la photographie (1989), le Grand Prix Cartier-Bresson (1991), le Prix international de la photographie de la fondation Hasselblad (1992) et la médaille du Mérite de la République tchèque (2002). 

En 2012, il a été nommé commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la Culture et de la communication. 

Il partage sa vie entre Paris et Prague.

En 2016, Josef Koudelka a donné au Centre Pompidou toutes les photographies de sa série Exils, soit 75 photographies. 

La Galerie de photographies réunit « trente-cinq images parmi les plus emblématiques de cette série, accompagnées de nombreux inédits tirés pour l’occasion », des œuvres jamais montrées et tirées « pour l’occasion et les planches sur lesquelles le photographe a organisé ses tirages par forme ou par thème afin de les sélectionner. Elle est complétée d’une extraordinaire série » d’autoportraits inédits réalisés par Koudelka lors de ses voyages. 

L’exposition « présente également pour la première fois les planches sur lesquelles le photographe collait ses images, selon une organisation formelle ou thématique ». 

On « avait d’Exils une idée lacunaire et parcellaire, par images isolées. La présente exposition donne de la série une vision beaucoup plus complexe. Elle permet de mieux comprendre l’élaboration du projet, c’est-à-dire la fabrique d’Exils ». 

« Dans les années 1970 et 1980, durant le printemps et l’été, Josef Koudelka parcourt les chemins d’Europe. L’hiver, il s’arrête à Londres, puis à Paris pour développer, tirer et éditer ses photographies ». 

Il « n’a pas de domicile fixe, ne possède rien et ne s’attache pas. Toujours accompagné de son sac de couchage qu’il porte en bandoulière comme ses appareils photographiques, il dort ici et là, chez des amis, à l’agence Magnum ou à la belle étoile ». 

« À force de photographier les gitans, il en est lui-même devenu un ». 

« Ces années d’Exils correspondent pour lui à l’appropriation progressive d’une forme d’expérience du monde qui est celle des gens du voyage. Le nomadisme permanent n’est plus seulement un sujet pour lui, il est devenu son mode de vie ». 

« Cette évolution le conduit à être de plus en plus présent dans ses images. Il n’hésite pas à introduire régulièrement dans son cadre : son ombre, sa main ou ses pieds ». 

Il « poussera même l’expérience plus loin en se photographiant le soir au coucher ou le matin au réveil en tenant l’appareil à bout de bras ou en le posant à terre ». 

Ces « images avaient été tenues secrètes jusqu’à présent. » 

« Sélectionnées par le commissaire de l’exposition, ces épreuves de travail qui n’ont jamais fait l’objet d’un tirage d’exposition sont présentées ici pour la première fois ».


CITATIONS DE L’ARTISTE


« Être un exilé oblige de repartir de zéro. C’est une chance qui m’était donnée. » 

« C’est en quittant la Tchécoslovaquie que j’ai découvert le monde. Ce que je voulais surtout c’était voyager pour pouvoir photographier. Je ne voulais pas avoir ce que les gens appellent un “ chez soi ”. 
Je ne voulais pas avoir à revenir quelque part. J’avais besoin de savoir que rien ne m’attendait nulle part, je devais être là où j’étais, et si je ne trouvais plus rien à photographier, il était temps de partir ailleurs. » 

« Je savais que je n’avais pas besoin de grand chose pour vivre et photographier - juste de quoi manger et une bonne nuit de sommeil. J’ai appris à dormir partout, dans n’importe quelles circonstances. 
Ma règle était : “ Ne t’inquiète pas de savoir où tu vas dormir ; jusqu’à présent, tu as toujours dormi quelque part et tu dormiras à nouveau ce soir ”» 

« On ne revient jamais d’exil. »

EXTRAITS DU CATALOGUE

LA BELLE ÉTOILE, PAR CLÉMENT CHÉROUX 
« Prague, place Venceslas, 22 août 1968 : un bras s’avance dans l’image. La montre à son poignet indique l’heure. L’avant-bras ne se dresse pas verticalement comme dans les habituelles représentations révolutionnaires teintées de rouge. Il est tendu à l’horizontale parallèlement au bord bas de l’image. 
Le poing est cependant fermé, comme s’il s’agissait de protester avec l’arme du temps. Dans les jours qui ont précédé, les chars des armées du pacte de Varsovie sont entrés dans la ville au son stridulant des chenilles sur le pavé. La rumeur d’une manifestation de contestation s’est rapidement répandue. 
Un rendez-vous a été fixé sur la place, sous la statue équestre du saint patron de la République tchèque, en contrebas du Musée national. Mais il s’agissait là d’un piège fomenté par quelques agents provocateurs à la solde de Moscou afin de déclencher un incident qui permettrait de justifier l’invasion. Heureusement, le peuple de Prague a été averti à temps. À l’heure dite, la place est à peu près déserte, comme en témoigne l’image. Cette photographie de Josef Koudelka fait chronologiquement partie de sa série Invasion 68 dans laquelle il montre la ferveur résistante de ses compatriotes face à la détermination de l’Armée rouge à mater dans le sang l’élan démocratique du Printemps de Prague. Mais c’est aussi la première image de son livre Exils, publié vingt ans plus tard, en 1988, par Robert Delpire. De cette image devenue icône, Koudelka dit d’ailleurs que « c’est la photographie symbolique d’Exils ». Comme si ce jour d’août 1968, peut-être à cet instant précis, avait commencé un lent compte à rebours qui allait conduire le photographe à quitter son pays natal. En 1970, à la faveur d’un voyage à l’étranger, Koudelka décide en effet de ne pas retourner en Tchécoslovaquie. Commencent alors pour lui des années d’exil passées sur les chemins du monde à traquer les hasards 
[...] 
L’état latent d’inquiétante étrangeté qui innerve chacune des images d’Exils donne sa très grande homogénéité à la série. Durant les phases préparatoires à l’édition du livre, Koudelka a cherché à comprendre cette cohérence. Sur des feuilles cartonnées, il a commencé à associer les photographies selon leur composition ou leur thématique, puis les a ensuite réunies dans ce qu’il appelle un « katalog », comme s’il s’agissait là d’un répertoire méticuleusement ordonnancé. Celui-ci rassemble en effet des assortiments de matières, des bouquets de silhouettes, et quelques habitudes de composition. 
Il rend visible une manière singulière de couper les corps ou de les organiser dans le cadre. Par ces rapprochements, Koudelka crée des sortes de polyptyques qui forment des continuités. À l’horizontale ou à la verticale, ces images mises bout à bout annoncent explicitement les formats panoramiques des décennies suivantes. Publié en 1988, puis réédité en 1997 et en 2014, Exils ne conservera cependant rien de ces associations d’idées et de formes. Dans le livre, les images sont publiées une à une, isolées en page de droite avec un large espace blanc en vis-à-vis. Ce choix, qui estompe les possibles mises en relation, s’explique de diverses manières. L’époque est à la picture story : une séquence d’images qui raconte une histoire. La plupart des photographes de Magnum la pratiquent. Koudelka a rejoint l’agence en 1971, mais se distingue de la plupart de ses membres en ne réalisant aucune commande, c’est-à-dire en travaillant exclusivement pour lui-même. Par ailleurs, la date à laquelle Exils est publié correspond à un moment où la photographie cherche sa légitimité au sein de l’art. Il importe alors de se distinguer du reportage et d’une forme de sérialité inhérente à la photographie. Le modèle imposé par le monde de l’art est celui du chef-d’oeuvre, c’est-à-dire d’une image isolée, sans légende, abstraite de toute contingence utilitaire et même documentaire. Ces arguments contextuels expliquent pour partie l’autonomisation des photographies d’Exils. À travers les trois éditions successives du livre, on a finalment d’Exils une perception largement atomisée et parcellaire. La série apparaît en effet comme une succession d’images indépendantes. Réalisés à l’occasion de la donation par Josef Koudelka des soixante-quinze photographies d’Exils aux collections du Centre Pompidou, le présent ouvrage et l’exposition qu’il accompagne ont pour ambition de donner de cette série une vision plus complète et complexe. Grâce au minutieux travail d’enquête réalisé par Michel Frizot, il est désormais possible de mieux comprendre la genèse de la série ainsi que ses conditions de production. En publiant et en exposant quelques-unes des planches du katalog, en reconstituant certaines associations d’images et en y associant des inédits, l’enjeu est bien ici de mettre en évidence des récurrences de formes et de sujets, c’est-à-dire des manières de faire image. Il ne s’agit évidemment pas de raconter des histoires comme dans les picture stories des repoters, mais bien plutôt de cerner plus explicitement ce qui constitue le style du photographe. Le présent projet montre en somme qu’il existe une véritable cosmologie Koudelka avec des planètes, quelques satellites et des pluies d’étoiles. Certaines images gravitent autour d’autres, entrent dans leur champ d’attraction, ou se trouvent irradiées par leur lumière stellaire. La lucidité nous pousse à accepter de ne connaître qu’une part infime de notre univers. Il en va au fond exactement de même pour l’oeuvre de Koudelka. 
Les corpus les plus connus ont certes été publiés puis réédités. Mais une part importante de l’archive du photographe reste méconnue. De cet univers-là, on ne soupçonne encore que les premiers confins. 
Le voyage d’exploration commence à peine ».


Du 22 février au 22 mai 2017
Galerie de photographies, Forum -1
75191 Paris Cedex 04 
Tél. : 00 33 (0)1 44 78 12 33 
Tous les jours, sauf le mardi de 11h à 21h 

Visuels 
JOSEF KOUDELKA
Invasion, Prague, 1968
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste en 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
France, 1980
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
Irlande, 1972
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
Irlande, 1976
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste en 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

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