Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

dimanche 30 avril 2017

« L'assassinat d'Ilan Halimi » de Ben Izaak (5/5)


« L'assassinat d'Ilan Halimi » est un documentaire émouvant écrit et réalisé par Ben Izaak, pseudonyme du producteur Georges Benayoun, avec la collaboration d’Alexandre Levy. Grâce à des interviews, ce film revient « sur une affaire traumatique, à travers sa chronique » d’un échec de la Brigade criminelle - seul à ce jour pour la Crim en matière de kidnapping - à sauver en janvier-février 2006 ce Français Juif séquestré et torturé pendant 24 jours, « pour interroger une société ébranlée dans sa certitude égalitaire et républicaine ». Une néfaste « stratégie du silence », y compris parmi des dirigeants communautaire français. Le 15 février 2017, Jérôme Guedj, conseiller départemental de l'Essonne et alors porte-parole du candidat socialiste Benoit Hamon, a déploré sur Radio J, que le Conseil général de ce département ait cessé de procéder à un appel à projets en 2016 pour le Prix Ilan Halimi contre l'antisémitisme. Alors président de ce Conseil, il avait créé en 2014 ce Prix national, en association avec le Crif, SOS Racisme, l'UEJF et le Mémorial de la Shoah, auquel chercheurs, artistes, associations pouvaient postuler "afin de déconstruire les préjugés antisémites". En 2016, le Prix a été remis à l'Amitié judéo-musulmane. Cet édile s'est indigné que le Prix ait été rebaptisé Prix Ilan Halimi contre l'antisémitisme et pour l'amitié entre les religions : "C'est un changement fondamental. C'est une dilution... Ce Prix soulignait la singularité de l'antisémitisme... Les associations citées n'ont plus été membres du jury du Prix et n'ont pas pu relayer auprès du public l'information sur ce Prix. Seuls deux projets essonniens avaient été adressés pour ce projet !" Le 1er mai 2017, Canal + diffusera Tout tout de suite, réalisé par Richard Berry, avec Marc Ruchmann, Steve Achiepo, Romane Rauss, Richard Berry, Idit Cebula, Pascale Louange, Morgane Nairaud, Edouard Giard, Rabah Nait Oufella, Arnon Ardruber, Hedi Bouchenafa, Idrissa Diabaté. "Février 2006. La police a trouvé le corps d'Ilan Halimi sur le bord d'une route à Sainte-Geneviève-des-Bois, nu, brûlé à 80 %. Kidnappé, il a été séquestré et torturé pendant trois semaines dans une cité HLM de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine. Vendeur travaillant dans un magasin de téléphonie mobile du boulevard Voltaire à Paris, il était juif. Et donc supposé, selon ses ravisseurs, avoir de l'argent. Ilan a été la victime de Youssouf Fofana, antisémite forcené et au casier judiciaire déjà chargé, et de sa bande surnommée le gang des Barbares. Une fois arrêtés, les membres du gang passent aux aveux..."
« En France, il y aura un avant et un après Ilan Halimi », a déclaré l’ancien grand rabbin Joseph Sitruk. 

Des milliers d'articles dans les médias internationaux, six livres, un documentaire - « L'affaire Ilan Halimi, meurtre et préjugé de l'antisémitisme ordinaire », de Lewis Cohen - et deux films de fiction en 2014-2015… « Rarement une affaire, qualifiée à ses débuts de "sordide fait divers", aura provoqué autant de réactions, d'interprétations et de polémiques » : crime antisémite pour la justice, meurtre crapuleux pour certains, « meurtre raciste » pour Pierre Besnainou (Libération, 16 mai 2012), président du Congrès Juif européen (CJE) en 2006 et président du FSJU (Fonds social Juif unifié) en 2012.

« Sous la forme d’une enquête policière, ce film revient sur cet échec, ses conséquences, et sur ce que ce « fait divers », qui a fait ressortir au grand jour les clichés les plus anciens - et les plus tenaces - sur les juifs », dit de notre société. Qu’est-ce qui a empêché à ce point la hiérarchie policière – et par la suite justice et médias – d’envisager – et après les dépositions des ravisseurs, de reconnaître – qu’au-delà du crime crapuleux pourrait s’exprimer une haine viscérale, culturelle, pour ce qu’Ilan représente ? »

Un aspect que le réalisateur Alexandre Arcady, qui avait réalisé au célèbre 36 quai des Orfèvres certaines scènes de son film, 24 jours. La vérité sur l'Affaire Halimi qui sortira en DVD le 4 novembre 2014, n’avait pas souligné, mais qui était patent.

Echec policier
Ce vendredi soir de janvier 2006, après avoir dîné comme chaque chabbat chez sa mère Ruth, Ilan Halimi s’est rendu à un rendez-vous fatal avec une inconnue, un « appât » qui l’avait rencontré dans le magasin de téléphonie où il travaillait. Il est frappé violemment, kidnappé par « quatre gros bras », assommé et caché dans le coffre d’une automobile.

Séquestré et torturé pendant 24 jours à Bagneux, cité de la proche banlieue parisienne,  par ses geôliers dirigés par Youssouf Fofana, ce jeune Français Juif de 24 ans est repéré le 12 févier 2006 au matin, agonisant, bâillonné, menotté, brûlé, près de la gare de Sainte-Geneviève-les-Bois (Essonne). Il décède dans l’ambulance qui le mène à l’hôpital.

« Le processus d’élimination d’Ilan Halimi – il a été douché pour ne pas laisser de traces, il a été tondu - est bouleversant », observe Me Francis Szpiner, avocat de la famille Halimi, qui dresse un parallèle pertinent avec la Shoah. Une sourate islamique prescrit : « Ceux qui ne croient pas à Nos versets, Nous les brûlerons bientôt dans le feu. Chaque fois que leur peaux auront été consumées, nous leur donnerons d'autres peaux en échange afin qu'ils goûtent au châtiment… » (Sourate 4 verset 56),

La « chronique policière se joue alors presque entièrement entre les murs de ce lieu mythique qu'est le 36 quai des Orfèvres. Avec ses rebondissements, son suspens et ses errements parfois, mais avec toujours pour fil rouge la volonté tenace, presque surhumaine, des « meilleurs flics de France », ceux de la Brigade criminelle, de « sortir coûte que coûte » le jeune homme des mains de ses ravisseurs. Ils échoueront, un échec cuisant, inédit, terrible et qui ronge jusqu’à aujourd’hui la vie de limiers de la Crim ».

Héritière des « Brigades du Tigre », la Brigade criminelle a fêté son centenaire en 2012. "Rattachée à la direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police, cette brigade centrale est compétente à Paris et en première couronne. Dirigée par un commissaire divisionnaire, elle est composée de trois sections de droit commun, dotées de trois groupes d’enquête chacune, et d’une section anti-terroriste comptant trois groupes d’enquête et un groupe financier. Celle que l'on nomme "La Crim’" offre un chiffre exemplaire de 65% d’affaires résolues. Dans la chaîne pénale, elle est présente du début jusqu’à la fin : de la saisine à la cour d’assises, en passant par l’instruction".

Pour la Brigade criminelle, élite de la Police judiciaire, « la mort d’Ilan est vécue comme un terrible échec, le premier de son histoire pour une affaire d’enlèvement ».

Ce « retour sur l’enquête policière permettra d’essayer de comprendre pourquoi, malgré les moyens très importants déployés pendant trois semaines, la fin tragique d’Ilan n’a pu être évitée. Comment et pourquoi dans cette ville pas vraiment problématique de la banlieue parisienne, une bande de jeunes (et moins jeunes) fédérés par son leader Youssouf Fofana en un gang sauvage et meurtrier s’est jouée des meilleurs professionnels de la police française ».

« Il a fallu nouer des contacts avec les témoins et les acteurs de l’enquête (et tout particulièrement les policiers), libérer une parole, comprendre au jour le jour les pistes suivies par la police, en étroite collaboration avec la famille d’Ilan Halimi, face à des kidnappeurs qui de façon intuitive maîtrisent tous les modes de communication (téléphonique, web, etc.) ».

« On peut s’engager totalement. On peut mettre toute son énergie, toute son expérience, ses moyens. Et puis, ne pas aboutir, ne pas arriver au résultat… Notre conviction est qu’on ne travaille pas bien sous le feu des médias. Les fils sont parfois si ténus qu’il faut en avoir l’exclusivité un temps durant », déclare Jean-Jacques Herlem, directeur adjoint de la police judiciaire de Paris, à Ben Izaak.

Or, la disparition d’un enfant ou d'une joggeuse est signalée par les médias. Leur portrait sont diffusés par la presse et par les télévisions. Des informations sur les circonstances d’un enlèvement sont rendues publiques. Pourquoi avoir exclu toute publicité dans l’enquête policière sur le rapt d'Ilan Halimi ?

« Le mot d’ordre était de ne rien dire. Même les journalistes qui rôdaient au quai des Orfèvres étaient tenus au secret », confie Yaël Halimi, sœur d’Ilan.

Dans son livre, Ruth Halimi, a stigmatisé la stratégie de la police : refus d’admettre le caractère antisémite du rapt, conviction qu’il s’agissait d’une « affaire strictement crapuleuse », non perception de « la haine » et méprise sur le profil des ravisseurs, dysfonctionnements induits par une mauvaise circulation des informations, difficultés à résoudre les problèmes spécifiques de l’enquête, inexpérience de certains policiers, refus de tenir compte des conseils de la famille souhaitant un maximum de publicité autour du rapt, etc.

Longtemps, l'informatique a été perçue comme une orientation professionnelle rapide pour des élèves aux mauvais résultats scolaires. Le Gang des Barbares a bénéficié d'un informaticien qui a mis son talent exceptionnel au service du Mal et qui n'a pas été interpellé à ce jour par la police.

Ajoutons le choix cruel de l’interlocuteur unique des ravisseurs : le père, longtemps quasi-absent de la famille, qui a reçu en 24 jours plus de 600 appels téléphoniques de Fofana. Et dire que la cellule de négociation de la Brigade criminelle disposait d’une psychologue, Frédérique Balland, qui ne semble pas douter du bien-fondé de la stratégie policière et de son action… Alors qu'un ravisseur avait déclamé une sourate du Coran lors d'un appel téléphonique à la famille d'Ilan Halimi, pourquoi la police n'a-t-elle pas recouru à un ethno-psychiatre ou à un psy expert en islam ?

Janvier-février 2006. Nous sommes quelques mois après les émeutes urbaines, fomentées à l’automne 2005 par des jeunes, souvent issus de l’immigration d’Afrique du nord et sub-saharienne, qui ont embrasé de nombreuses « zones de non-droit », quartiers de villes et de banlieues ou « cités » dans toute la France, notamment à Bagneux. Déclaré le 8 novembre 2005, l'état d'urgence a été prolongé pendant trois semaines d’affilée. Dans l’affaire Halimi, environ 100 individus de Bagneux, située dans la banlieue proche de Paris, étaient au courant de l’enlèvement, la séquestration et des tortures infligées à ce jeune Français Juif. Aucun n’a brisé l’omerta. La police n’avait pas d’indicateur dans cette cité !? Ou elle faisait moins peur que les ravisseurs. Ou elle n’existait pas dans la vie quotidienne et le mental de ce gang des Barbares et ses complices ayant obéi à la loi du silence.

En outre, la Crim a mené l’enquête en acceptant d’agir sur le terrain choisi par l’adversaire qui maîtrisait de nouvelles technologies très rapides, alors qu’elle était contrainte au respect de procédures rigides chronophages. Or, c’est la bonne vieille technique du portrait-robot médiatisé qui, 48 heures après diffusion, a amené un appât (Audrey) à se rendre au commissariat de police. Grâce aux informations qu’elle donnait, la police arrêtait le Gang en quelques jours.

Quelle leçon la police en a-t-elle tirée ? « À la suite de cet échec, nous avons noué un dialogue avec les opérateurs et les fournisseurs d'accès à Internet. Ils se sont engagés à améliorer leur système d'exploitation », disait le 29 mai 2009 François Jaspart, directeur de la police judiciaire de la Préfecture de police de Paris lors de l'enquête sur l’enlèvement d’Ilan Halimi.

Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) et commissaire de police à la retraite, m’avait confié en février 2006 les écueils à éviter en matière de rapt : « Il ne faut pas laisser le temps courir ni couper le contact avec les kidnappeurs. Le silence a tué : il aurait fallu distribuer tout de suite les portraits-robots ».

Aux Etats-Unis ou en Allemagne, la direction de la Crim et le ministre de l’Intérieur auraient démissionné, ou auraient été démis de leurs fonctions. Mais pas en France.

Le 21 février 2006, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a rencontré place Beauvau la famille d’Ilan Halimi, sa compagne, des dirigeants communautaires français dont le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) . « On aurait dû prendre cette affaire directement en charge », a regretté, sous couvert d'anonymat, un membre du cabinet du ministre de l'Intérieur quelques mois plus tard  », relate le journaliste Alexandre Lévy dans Slate (19 juillet 2009).

« Pendant le procès, Fofana était dans la provocation. Pour lui, Ilan était un trophée… Six ans après, plus de 80% des condamnés sont en liberté. C’est pas cher payé », déplore Yaël Halimi.

L’assassinat d’Ilan Halimi, un crime antisémite ? Avocate du gardien de l’immeuble, Me Françoise Cotta minore l’antisémitisme imprégnant cette affaire, en s’interrogeant sur la barbarie motivant les condamnés. Ainsi que l’explique Me Francis Szpiner, la circonstance aggravante d’antisémitisme ne peut juridiquement s’appliquer qu’au meurtre et à la torture, et pas à l’enlèvement ou au vol. C’est la raison pour laquelle elle n’a visé que deux prévenus.

Annette Lévy-Willard, journaliste à Libération, souligne le cliché antisémite liant les Juifs à l’argent.
A « l’heure où l’actualité se fait l’écho de nouvelles tentations antisémites, un film qui décortique les causes et les effets d’une telle affaire nous semble plus que d’actualité ».

En fin de documentaire : des images de cris « Juif, hors de France. Juif, on n’en veut pas » lors de la manifestation « Jour de colère », le 26 janvier 2014 à Paris. Pourquoi ne pas avoir diffusé les images de la « rue islamique » criant « Mort aux Juifs  » ?

Curieusement, le réalisateur Georges Benayoun omet une autre explication fournie par Me Gilles Antonowicz, avocat de l’appât ayant attiré le jeune Ilan dans le traquenard en janvier 2006, et auteur de L’affaire Halimi, du crime crapuleux au meurtre antisémite : histoire d’une dérive (2014) : l’échange  de prisonniers palestiniens contre des Juifs israéliens morts, un deal approuvé par l’Etat d’Israël, a aussi inspiré Youssouf Fofana.

Le 31 mai 2014, Me Gilles Antonowicz a déclaré à Patricia Jolly, journaliste au Monde
« C’est un crime crapuleux fondé sur des préjugés, des idées reçues et non sur une haine antisémite. L’objectif de Youssouf Fofana était d’obtenir de l’argent. Avant de s’en prendre à Ilan Halimi, il a organisé huit tentatives d’enlèvements dont les victimes étaient musulmans, « Français jambon beurre » comme dirait Morgan Sportès, ou parfois juifs, mais ce n’était alors que le fruit du hasard. Les juifs sont devenus une cible spécifique le jour où Fofana a appris qu’Israël avait libéré plusieurs centaines de prisonniers palestiniens en échange de la dépouille de quelques soldats israéliens. Ce fut pour lui une révélation. Il s’est dit alors que la communauté juive était solidaire. Il s’est dit que s’il enlevait un juif, que ce dernier ait ou non de l’argent, la communauté paierait. Il a enlevé Ilan Halimi comme il aurait enlevé le baron Empain ou le petit-fils Peugeot s’il en avait eu les moyens. Son but est exclusivement crapuleux. Youssouf Fofana n’a en cet instant rien contre les juifs en tant que tels, ou, plus exactement, il ne les déteste pas plus que les autres puisque, en vérité, il déteste tout et tout le monde : les Blancs, la France qu’il veut « niquer », l’Europe et, plus généralement, tout le monde occidental… »
Non seulement ces décisions de gouvernements israéliens d’accepter l’échange de prisonniers palestiniens contre des Israéliens, « ces pactes signés avec du sang juif » (Caroline Glick), sont amoraux et n’ont conduit qu’à un nombre accru d’enlèvements de Juifs israéliens et d’attentats antisémites commis par ces prisonniers libérés, mais elles ont incité le chef du gang des Barbares à enlever, à torturer et à tuer un Français Juif qui songeait à faire son aliyah…

Le documentaire se conclut par des images inédites et bouleversantes d’Ilan Halimi heureux. « On a appris à vivre sans Ilan. Un grand vide… C’était une belle personne », se souvient Yaël Halimi, sa soeur.

On ne peut que regretter que ce documentaire ait été diffusé, à deux reprises, lors de chabbat, le vendredi en deuxième partie de soirée. Le 22 octobre 2014, le réalisateur Georges Benayoun a indiqué sur RCJ, radio de la fréquence Juive francilienne soutenue par le FSJU, que les dates et heures correspondaient à la case Documentaire de France 3. Or, celle-ci diffuse aussi des documentaires le lundi vers 23 h 15 et l'a rediffusé le 23 octobre 2015 vers 0 h 30…

Qui savait quoi et quand ?
Ni la police, ni la communauté française Juive institutionnalisée, ni les criminologues, tel Alain Bauer, n’ont analysé l’assassinat antisémite, en 2003, du jeune DJ Sébastien Selam par un voisin musulman en 2003. Et, on peut penser que le traitement policier et communautaire de l’affaire Halimi en a souffert.

Qui savait quoi et quand sur l’enlèvement d’Ilan Halimi parmi les dirigeants de la communauté Juive française institutionnalisée ? C’est une question dérangeante, mais qui taraude.

Un jeune Français Juif est kidnappé, et le ministre de l’Intérieur, alors Nicolas Sarkozy, « ami » de la communauté française Juive, n’aurait pas téléphoné à au moins un des principaux dirigeants communautaires pour assurer qu’il suivait avec attention cette affaire dramatique, et que la Crim avait mis ses plus fins limiers sur les traces des kidnappeurs ?! En début d’enquête, afin de déterminer le profil du jeune homme kidnappé, les policiers de la Crim ont interrogé les amis d’Ilan Halimi, et aucun d’eux n’aurait interrogé des dirigeants du FSJU, employeur de Ruth Halimi ?! Cela semble d’autant plus improbable que Ruth Halimi recevait quotidiennement de très nombreux appels téléphoniques des kidnappeurs, et que la direction du FSJU lui a accordé un congé au début de la période de séquestration d'Ilan.

Immeuble parisien moderne et sécurisé, le siège du FSJU accueille aussi les bureaux d’autres organisations françaises Juives, tel le CRIF, dont les responsables se croisent, dialoguent. Il semble difficile de croire qu’aucun des principaux dirigeants communautaires n’ait été informé d’une affaire aussi grave.

Aucune réunion de dirigeants communautaires au plus haut niveau n’a eu lieu pour fixer la stratégie communautaire : se taire ou parler ?

Si cette hypothèse de leaders communautaires informés s’avérait pertinente, diverses questions se posent : qui savait quoi et quand sur l’enlèvement, la séquestration et les tortures infligées à Ilan Halimi ? Pourquoi ceux qui savaient se sont-ils tus ? Etaient-ils au courant des exhortations de Ruth Halimi en vue d’une réorientation des enquêteurs vers la piste de l’antisémitisme ? Dans l’affirmative, pourquoi ne l’ont-ils pas soutenue ? Pourquoi n’ont-ils pas exprimé la moindre critique de bon sens à l’égard des méthodes policières inefficaces, par exemple, en demandant, en exigeant la diffusion médiatisée du portrait robot de l’appât ? Par une confiance illimitée dans le professionnalisme de la police et en Nicolas Sarkozy, soucieux de lutter contre l’antisémitisme ? Par crainte d’entraver l’enquête de la Crim ? Par ignorance de certains ratés policiers ? Par réflexe républicain ? Par conviction que les intérêts des décideurs, notamment politiques, coïncidaient avec ceux des Français Juifs ? Par habitude ? Par caractère ?

Pourquoi aucun d'entre eux n'a-t-il démissionné après l'assassinat d'Ilan Halimi ?

Ont-ils tiré les leçons de l'affaire Halimi ? On peut en douter en les voyant défendre un "dialogue judéo-musulman" évitant d'aborder l'antisémitisme islamique.

N’oublions pas que la communauté française Juive bénéficiait d’atouts : par exemple, des policiers retraités qui auraient pu dialoguer avec leurs anciens collègues.

A quand un film sur cette thématique ? Ou serait-ce un des sujets tabous communautaires ?

Ajoutons que vers janvier-février 2014, le Café des Psaumes, "café social associatif de l'OSE" (Oeuvre de Secours aux Enfants) dirigée par Patricia Sitruk, a refusé que soient déposés les tracts et collée sur une vitrine du Café l'affiche de la Fraternité judéo-noire (FJN) invitant à se réunir lors de la cérémonie de recueillement à la mémoire d'Ilan Halimi. La raison ? Le refus d'une "affiliation politique" !? "L’ouverture du café par l’OSE a été rendue possible grâce à l’aide de la Ville de Paris et aux généreux donateurs sans qui rien n’aurait été possible. Le Fonds Social Juif Unifié (FSJU) et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah ont apporté leur soutien précieux en 2011".
         
    
« L’Assassinat d’Ilan Halimi », documentaire écrit et réalisé par Ben Izaak, avec la collaboration d’Alexandre Levy
Seconde Vague Productions -Paul Saadoun, 2014
Image : Jeremy Sahel. Son : Jean-Paul Guirado
Seconde Vague Productions  – Paul Saadoun avec la participation de France 3, 72 minutes
Diffusions sur France 3  les 17 octobre 2014 à 23 h 20 et 24 octobre 2014 à 03 h 0523 octobre 2015 à 0 h 3011 février 2016 à 23 h 10
"Après avoir été séquestré et torturé pendant 24 jours dans une banlieue de Paris, Ilan Halimi est retrouvé le 12 février 2006 au matin, agonisant près d'une voie ferrée, bâillonné, menotté. Ilan meurt dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital. Il avait 24 ans. Pour la police criminelle, la mort d'Ilan est vécue comme un terrible échec, le premier de son histoire pour une affaire d'enlèvement. Ce film revient sur cet échec, ses conséquences, et sur ce que cette affaire dit de la société. Qu'est-ce qui a empêché à ce point la hiérarchie policière, et par la suite justice et médias, d'envisager, et après les dépositions des ravisseurs, de reconnaître qu'au-delà du crime crapuleux pourrait s'exprimer une haine viscérale, culturelle, pour ce qu'Ilan représente ?"

Visuels : © DR, Préfecture de police de Paris
Les citations proviennent du communiqué de presse. Cet article a été publié le 23 octobre 2014, puis le 21 octobre 2015 et le 11 février 2016.

mardi 25 avril 2017

« Les années Obama » par Norma Percy, Brian Lappin et Paul Mitchell


Arte rediffusera le 25 et 26 avril 2017 les quatre volets de la série documentaire « Les années Obama » (Die Ära ObamaInside Obama's White House) par Norma Percy, Brian Lappin et Paul Mitchell. « Une immersion documentaire inédite dans la réalité de la Maison-Blanche, contée avec le souffle de la fiction » et avec partialité.


« Barack Obama et ses conseillers relatent au jour le jour les péripéties d'une présidence qui voulait changer l'Amérique ». 

« Le 4 novembre 2008, un immense espoir se lève, venu des États-Unis. L'élection du premier président noir de l'histoire américaine, issu par son père d'une famille musulmane, fait rêver non seulement son pays, mais aussi le monde entier, d'une nouvelle ère politique de paix et de justice sociale, qui tournera la page des années Bush. « Vous et moi, nous allons changer ce pays, et nous changerons le monde », lance-t-il à la foule euphorique qui l'acclame. Huit ans après, quel bilan Barack Obama laisse-t-il en quittant la Maison-Blanche ? Comment a-t-il exercé le pouvoir ? »

Cette « magistrale série documentaire tente de répondre en reconstituant de l'intérieur et en détail, grâce au récit de Barack Obama lui-même et de ses conseillers, mais aussi de nombre d'autres témoins clés, ce que furent, au jour le jour, les grandes étapes de ses deux mandats ». Et en cela, cette série s'avère passionnante : elle permet aux protagonistes d'expliquer leur stratégie, de révéler les coulisses de décisions à la Maison Blanche.

« En mettant en lumière la dimension éminemment humaine du pouvoir, Norma Percy et ses coréalisateurs parviennent à faire des arcanes d'une réforme financière ou des dessous d'une négociation technique sur l'assurance santé un palpitant scénario à rebondissements ». 

« Mais si leurs Années Obama rappellent parfois les séries Borgen ou À la Maison-Blanche, d'autant que le personnage principal a le charisme, voire le glamour, d'un héros de fiction, la rigueur de l'information n'est jamais sacrifiée aux ressorts de la narration ». 

« Au-delà du bilan d'Obama, cette immersion dans les coulisses de la Maison-Blanche révèle remarquablement toutes les contradictions et la complexité de la politique américaine contemporaine ».

On peut regretter que les trois co-réalisateurs aient omis d'évoquer le passé de Barack Hussein Obama, sa culture islamique acquise en Indonésie, le milieu gauchiste dans lequel évoluent sa mère Ann Dunham et lui. Sans ces informations, on ne comprend pas les bouleversements imposés par le président Obama aux Etats-Unis.

Yes we can!
Une "ambiance de fête" règne à Washington.

« Acte I : comment, deux mois avant son investiture, Barack Obama doit mettre de côté ses ambitieuses promesses de réformes pour gérer la plus grande crise économique que le monde ait connue depuis celle de 1929, et découvre que les Républicains ont résolu de le contrer par une opposition systématique ». N'est-ce pas le rôle de l'opposition dans un régime démocratique ? A fortiori quand le président Obama méprise les Républicains, quand l'opposition, confiante dans la libre entreprise, sceptique à l'égard d'un Etat fédéral sortant de ses compétences, n'est pas convaincue de la pertinence des mesures de l'administration Obama et redoute un endettement exponentiel. Force est de constater que l'opposition des membres républicains du Congrès n'a pas été permanente ni efficace, ainsi qu'en atteste l'apparition du Tea Party et le triomphe de Donald Trump sur les candidats du parti républicain issus de l'establishment œuvrant au Capitole à Washington.

Les « mesures qu'il prend pour prévenir l'effondrement de l'économie américaine sont impopulaires (son refus de nationaliser les banques et de punir Wall Street), chères (son plan de relance est le plus grand de l'histoire américaine) et controversées (sa décision de renflouer l'industrie automobile) ». L'un des conseiller explique qu'il s'agit de "sauver le système financier". Ce volet n'explique pas l'origine de cette crise.

« L'état de grâce est terminé avant même qu'il ait concrétisé une seule de ses grandes promesses électorales - notamment celle de fermer Guantanamo, mise en échec lorsque les membres du Congrès refusent d'accueillir des détenus sur le sol américain ». 

Le président Obama « obtient néanmoins une petite victoire au sommet sur le climat de Copenhague, en s'invitant dans une réunion présidée par la Chine ».

Le plus beau jour du président
« Acte II : comment le nouveau président, contre l'avis de ses principaux conseillers, a tout risqué pour faire passer sa plus grande réforme, l'« Obamacare », lançant le chantier de l'assurance santé pour tous dès le début de son mandat. Un débat qui a exacerbé les passions américaines et coupé le pays en deux ».

Le « texte est adopté à la Chambre des représentants, largement dominée par les Démocrates. Mais, au Sénat, la bataille est plus rude et Obama est obligé de faire des compromis qui affaiblissent le texte ».

« Après une défaite surprise de la candidate des Démocrates dans le Massachusetts, Obama perd de plus sa courte majorité au Sénat. Il doit persuader Nancy Pelosi, la tenace présidente de la Chambre, d'utiliser toute son ingéniosité pour faire adopter le texte par ses troupes et négocier personnellement avec les députés anti-avortement de leur parti pour éviter une rébellion de dernière minute ».

« Le 21 mars 2010, il réussit là où sept présidents avaient échoué avant lui, mais il en paiera le prix quelques mois plus tard ».

Aux « élections de mi-mandat, il perd plus de sièges qu'aucun autre président depuis 1938, ainsi que le contrôle de la Chambre des représentants. Pendant tout le reste de sa présidence, il ne pourra faire voter aucune de ses grandes réformes par le Congrès ». Pourtant, c'est bien l'absence 

La série documentaire s'intéresse au processus politique d'adoption d'Obamacare (Affordable Care Act) - la manière de convaincre ou "soudoyer" les membres du Congrès républicains -, et non aux ratés lors du lancement d'ACA, à son bilan controversé, aux enjeux sanitaires et éthiques, etc.

La guerre à reculons
« Acte III : comment, en dépit des espoirs que son discours, au Caire, a soulevés dans le monde arabe, Obama va échouer à sortir les États-Unis du bourbier créé au Moyen-Orient par la guerre de George W. Bush en Irak ». Une vision à nuancer. N'est-ce pas plutôt la décision politique du président Obama d'abandonner précipitamment l'Irak et sa diplomatie en général qui ont  créé ce bourbier ? 

« Face aux révoltes dans certains pays arabes et à l'embrasement de la Syrie, il donne le sentiment d'hésiter à contretemps entre désengagement et intervention ». En fait, le président Obama a choisi dès 2008 de renouer à tout prix avec le régime des mollahs iraniens, et donc d'abandonner les "alliés" des Etats-Unis, telle l'Arabie saoudite. Ce qui explique l'absence du soutien américain aux manifestations de jeunes Iraniens en juin 2009. 

« Avant que, ironie de l'histoire, le pays le plus hostile aux États-Unis, l'Iran, lui accorde en 2015 sa première vraie victoire diplomatique ». Une victoire à la Pyrrhus, plutôt. Le documentaire élude la stratégie du président Obama qui s'est précipité à l'ONU pour faire agréer ce "bad deal", a refusé de le considérer comme un traité pour contourner le Sénat et l'a qualifié de "presidential agreement".

Un « bilan en demi-teinte sur lequel le président sortant livre quelques réponses surprenantes - affirmant par exemple que sa volte-face, en 2013, sur l'intervention en Syrie proposée par la France, reste l'une des décisions « dont il est le plus fier ». Quid de la diplomatie du président Obama choisissant de privilégier, de manière très disproportionnée, parmi les Syriens autorisés à immigrer aux Etats-Unis les musulmans, alors que les chrétiens et les Yézidis sont menacés de génocide par les mouvements islamistes, dont l'Etat islamique ? 

« Cet épisode revient aussi en détail sur l'opération clandestine lancée par la CIA au Pakistan pour exécuter Ben Laden ».

Le documentaire élude la diplomatie d'Obama hostile à l'Etat juif, seul allié stratégique dans la région. Dès son investiture, le président Obama a téléphoné à Abbas, faux "président" de l'Autorité palestinienne, et lors de ses deux mandats a multiplié les pressions sur le seul gouvernement israélien, en créant parfois de toutes pièces des heurts diplomatiques.

C'est une diplomatie catastrophique : incompréhension de la complexité du Moyen-Orient, soutien américain aux Frères musulmans, lâchage du président égyptien Hosni Moubarak, affaiblissement de la puissance américaine, réduction de son leadership, retour de la Russie au Moyen-Orient comme puissance incontournable, supériorité d'armes russes et chinoises, corruption de la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton - subventions à la Fondation Clinton pour la rencontrer -, conseillers liés aux Frères musulmans à des postes clés, telle Huma Abedin, etc.

Quid des attentats terroristes islamistes aux Etats-Unis durant les deux mandats de ce Prix Nobel de la Paix ? Quid de l'interdiction de les lier à l'islam ?

"L'Amérique pure et dure"
« Dernier acte. En 2012, la réélection d'Obama semble propice à réformer l'Amérique en profondeur sur des thèmes aussi capitaux que le port des armes ou l'immigration ». 

Mais, « après une série de bavures policières, c'est la question raciale qui va dominer la fin de son mandat ». 

Cet « ultime volet revient sur le massacre perpétré dans l'école primaire de Sandy Hook (Connecticut) et l'échec d'Obama pour imposer un contrôle accru des ventes d'armes ». La majorité des victimes d'armes à feu sont issues du milieu criminel. "A good guy with a gun stops a bad guy with a gun", résume de manière lapidaire Wayne La Pierre, écrivain américain vice-président exécutif de la National Rifle Association (NRA). 

« Y sont rappelés aussi les aléas de sa réforme de l'immigration, qu'il décide de faire passer en force, par décret présidentiel ». Est-ce respectueux du Congrès ?

Enfin, la « série se clôt sur la colère grandissante des Noirs à travers le pays, qui à Ferguson (Missouri), en août 2014, donne lieu à de véritables émeutes. Obama raconte comment, en tentant de ramener le calme, il a cherché à s'inspirer de l'héritage de son héros, Martin Luther King ». En fait, il divise les Américains, exacerbe les tensions raciales, intervient publiquement en faveur d'un jeune Afroaméricain tué par un vigile, au mépris de la séparation des pouvoirs et de la présomption d'innocence.

Quant au pasteur Wright, afro-américain antisémite favorable au suprématisme noir et pasteur de Barack Hussein Obama, le président Obama ne convainc pas sur sa longue tolérance à son égard et choque en dressant un parallèle avec sa grand-mère à laquelle il prête des propos racistes à l'égard des Noirs. Le racisme est condamnable. Obama occulte le fait que Jeremiah Wright était un pasteur, et non une citoyenne lambda. Comment Barack Obama a-t-il pu assister pendant des années aux sermons de ce pasteur sans s'offusquer de ses propos ?

Quid de l'instrumentalisation des associations juives américaines par Obama ? Quid de la rétrogradation par le président Obama des Juifs dans ses discours ?

Une présidence Obama d'autant plus catastrophique que le leadership américain s'avère indispensable au monde.


« Les années Obama » (Die Ära Obama) par Norma Percy, Brian Lappin et Paul Mitchell
Brook Lapping Productions en association avec Les Films d'Ici 2 pour la BBC en co-production avec al Jazeera America et ARTE France, avec SBS-TV Australia, NHK, SVT, VPRO, RTS, NRK, DR, RDI/Radio Canada, YLE, TVP, Avec le soutien du Programme MEDIA de l'Union européenne, du CNC et de la Procirep-Angoa, 2015
Yes we can (100 Days) : le 8 novembre 2016 à 9 h 25, 25 avril 2017 à 22 h 30 (58 min)
La guerre à reculons (Der ungewollte Krieg, Don’t Screw It Up) : le 8 novembre 2016 à 11 h 20 (60 min)
No I can't (The Arc of History) : le 8 novembre 2016 à 12 h 20 (52 min)
         
Visuels : © Brook Lapping Productions

Les citations sont d'Arte. L'article a été publié le 8 novembre 2016.

lundi 24 avril 2017

« Auschwitz, premiers témoignages » d’Emil Weiss


Arte a diffusé le documentaire d’Emil Weiss Auschwitz, premiers témoignages (2010), à partir des écrits datant de 1946 de quatre déportés Juifs français. Yom HaShoah, ou Jour des martyrs et des héros de la Shoah, débute ce 27 avril 2014 au soir. Un premier volet d'une trilogie historique  didactique, sobre, bouleversante sur la Shoah (Holocaust), la destruction du peuple Juif par les Nazis, dans le complexe concentrationnaire Auschwitz. Pour Yom HaShoah 2017, a lieu, sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la lecture des noms de déportés juifs de France, du 23 avril 2017 à 18 h au 24 avril 2017 à 17 h 30, au Mémorial de la Shoah. Les noms des Juifs déportés de Tunisie, protectorat français sous l'Occupation, sont-ils lus lors de cette cérémonie ?

« L’extermination des Juifs ne fut pas, une flambée de violences : elle a été doctrinalement fondée, philosophiquement expliquée, méthodiquement préparée, systématiquement perpétrée par les doctrinaires les plus pédants qui aient jamais existé ; elle répond à une intention exterminatrice délibérément et longuement mûrie ; elle est l’application d’une théorie dogmatique qui existe encore et qui s’appelle l’antisémitisme. ». Vladimir Jankélévitch, « L’imprescriptible » (1971)

A la veille du 66e anniversaire de la « libération » d'Auschwitz, le 27 janvier 1945, Arte a diffusé ce documentaire sur Auschwitz, le plus grand camp de concentration et d'extermination, ou plus précisément « complexe concentrationnaire » du IIIe Reich.

Auschwitz, « complexe concentrationnaire »
Auschwitz se situe dans la ville d'Oswiecim (Auschwitz, en allemand), annexée au Reich (province de Haute-Silésie) après l'invasion de la Pologne. Cette ville comptait avant guerre une population majoritairement juive.


Etendu sur plusieurs milliers d’hectares, Auschwitz est un « complexe concentrationnaire où convergent quatre activités : concentration, extermination, industrie et science ».

Le camp principal est Auschwitz I - le Stammlager, le « camp souche » - : ce « camp de concentration est peuplé de détenus politiques, de droit commun et d’une majorité de Juifs : camp de travail regroupant de nombreux commandos travaillant à l’intérieur et à l’extérieur du camp, et camp d’expérimentations médicales menées in vivo sur des cobayes humains ».

Dans ce « complexe concentrationnaire » Auschwitz, se trouvent aussi :

• à trois kilomètres d’Auschwitz I, Auschwitz II-Birkenau, « camp de concentration et de transit, mais aussi et surtout d’extermination massive. À partir du printemps 1944, avec la déportation massive des Juifs hongrois, progressivement, jusqu’à 18 000 personnes » sont assassinées chaque jour, « alors que les quatre crématoires en fonction jour et nuit ne peuvent brûler qu’un maximum de 8 500 corps. Pour augmenter le « rendement », plusieurs fosses géantes sont creusées à l’arrière du crématoire V et du Bunker II pour servir de bûchers à ciel ouvert » ;

• à sept kilomètres d’Auschwitz I, le camp d’Auschwitz III Monowitz, « fournisseur de main-d’œuvre pour l’usine « Buna », propriété du plus grand groupe pétro chimique allemand, IG Farben. Dans ce camp dit « de travail » exténuant, la majorité des 10 000 hommes détenus sont loués par les Nazis à cette entreprise chimique qui produit des dérivés de pétrole et construit une immense usine de caoutchouc synthétique en mai 1942, jamais achevée. Monowitz fut rasé et de rares vestiges subsistent ». Emil Weiss a donc « eu recours à une maquette construite par ses soins à l’échelle de 1/100e d’après les plans d’origine, les photographies aériennes prises par les Alliés en 1944 et par les Russes sur place ». Cette maquette a été « filmée en studio avec un équipement spécifique de macrophotographie et avec un autre permettant les mouvements fluides de la caméra, puis transportée en Pologne sur les lieux même du camp aujourd’hui disparu. Le réalisateur a confié au musée d’Auschwitz cette documentation visuelle inexistante auparavant. Il a aussi rendu hommage à Primo Lévi, chimiste à Monowitz, dont les écrits sont d’une importance inestimable.

• à environ 2 km de Birkenau et 4 km d’Auschwitz I, les laboratoires de Rajsko, « haut lieu de la recherche biologique et médicale du IIIe Reich ». Médecins, scientifiques et ouvrières détenues y travaillent ». En 1944, « plus de 110 000 analyses et diagnostics sont effectués dans ses diverses sections » ;

l’usine d’armement Union Werke et d’autres usines et filiales de grandes compagnies allemandes, telles que Siemens, Daw, Krupp ».

À « cet ensemble, il faut ajouter une quarantaine de camps auxiliaires, fermes agricoles et « kommandos » divers ». A l’usine BUNA, complexe industriel d’IG Farben en construction, déportés, prisonniers de guerre anglais, Français des chantiers de jeunesse, ouvriers français et polonais, femmes, effectuent des travaux très pénibles.

Vestiges actuels et témoignages passés
Le documentariste Emil Weiss pensait « clore son cycle consacré à l'univers concentrationnaire avec le film Sonderkommando Auschwitz-Birkenau, diffusé le 23 janvier 2008 par ARTE, sur les déportés chargés de faire fonctionner les fours crématoires ».

Or, « c'est l'inverse qui s'est passé. Il m'est apparu que ce choix radical de faire entendre, au cinéma, des textes fondamentaux jusqu'ici laissés de côté, était une approche différente et féconde et qu'il fallait poursuivre cette entreprise en décrivant les autres étapes déterminantes du parcours des victimes », explique ce réalisateur.


Leurs témoignages « rendent compte des événements vécus, avec simplicité et force », sans « écran mémoriel ».

Ces extraits proviennent de deux sources - Témoignages strasbourgeois (Presses universitaires de Strasbourg) et Une Française juive est revenue de Suzanne Birnbaum - publiées en 1946, après le retour de déportation, par :
- le Dr Marc Klein (convoi n° 75, 30 mai 1944) sur Auschwitz I et Rajsko ;
- Suzanne Birnbaum (convoi n° 66, 20 janvier 1944) et le Dr Robert Levy (convoi n° 59, 2 septembre 1943) sur Auschwitz II Birkenau ;
- et le Dr Robert Waitz (convoi n° 60, 7 octobre 1943) sur Auschwitz III Monowitz.

Mêlant ces quatre témoignages, Emil Weiss suit un plan chronologique – du voyage à l’arrivée au camp et l’affectation à un groupe –, qui rend « plus tangible encore l'angoisse de chaque instant et le lent anéantissement subi par les déportés ».

Ce documentaire « confronte les vestiges d’installations qui auraient dû être détruites – une fois leur mission achevée – à des mots qui n’auraient pas dû être écrits puisqu’il ne devait pas y avoir de survivants ». Il « rend tangible l'atroce quotidien vécu à Auschwitz.

Pour montrer la disparition de tous ces êtres humains déshumanisés - cheveux tondus, tatouage de leur numéro, etc.- à Auschwitz, Emil Weiss a choisi de ne montrer aucun visage. Seules exceptions : ces photos de femmes et d’enfants au début du documentaire et, dans l’épilogue, les quatre visages des témoins. Par contraste, chaussures, brosses, prothèses de jambes suggèrent ces êtres humains assassinés.

Sans échappatoire
Les citations se succèdent dans un ordre chronologique et logique. Du départ de Drancy dans des wagons où se trouvaient aussi des vieillards et des folles sorties de leur hospice d’aliénés à l’arrivée à la Judenrampe, rampe juive au quai d’arrivée d’Auschwitz, en activité du printemps 1942 à la mi-mai 1944.

Puis, les coups des SS. Les vociférations des gardiens. La séparation hommes/femmes, l’abandon ou l’arrachage des quelques biens personnels. La découverte des baraquements entourés de barbelés et de déportés décharnés en ensembles rayés bleu et blanc.

Le Dr Robert Waitz décrit le « triage » parmi les détenus effectué par les médecins SS : à droite, les femmes, les enfants, les malades et les plus de 50 ans, destinés à être immédiatement assassinés ; à gauche, des « hommes de 20 à 45 ans et quelques jeunes femmes ». Le tatouage sur le bras. La tonte des cheveux. Les déportés sont transformés en « clochards anonymes » portant des haillons sales et « dressés » à respecter les règles des surveillants brutaux.

A Auschwitz 1, contrôlé par des miradors et encerclé de fils barbelés électrifiés, 28 blocks sont disposés en trois rangées  : le « Canada » où s’amoncelaient les vêtements des déportés non distribués aux Allemands, le block 10 où sont isolées des femmes et entreprises des « recherches expérimentales », le block 11 ou prison, le block 27, la courette fermée où sont exécutés des détenus…

Le camp d’Auschwitz II-Birkenau a été construit, sur un terrain marécageux, en 1942 par des prisonniers de guerre russes. Le nombre de ceux-ci avait diminué rapidement de 12 500 à 150. Le camp central fournit main d’œuvre pour d’autres camps et des mines de charbon. Il comprenait un groupe de bâtiment pour les femmes, le camp de la quarantaine, celui des Tchèques, celui des hommes, celui des Tziganes, une infirmerie centrale, le « Canada », le central pour la désinfection, les chambres à gaz et les fours crématoires. Les « baraques pour 500-600 hommes étaient le plus souvent des écuries pour chevaux ».

Ces textes lus décrivent la vie quotidienne, la recherche d’informations sur proches et compagnons. La terreur et l’épouvante en apprenant la mort de certains. La peur des brutalités, des vols de pain et couteau, et de la sélection. L’absence de colis. Les expérimentations (castrations). Les pendaisons lors de l’appel.

Suzanne Birnbaum évoque en termes sobres la disparition de ses règles (aménorrhée de famine) dès le 2e mois d’internement. Elle décrit sa journée douloureuse de travail sous les coups : le réveil à 3 h 30, la marche à 5 h 30 et au pas cadencé après le long appel, la marche vers le lieu du travail, le retour au camp à 19 h30, les pieds gelés, les parties du corps infectées ou qui s'en détachent.

Tout un système – « insuffisante alimentation, travail exténuant, violences des surveillants » - tue ceux qui n’ont pas été exterminés à leur arrivée au camp. A Birkenau, ceux travaillant dans les commandos survivent pendant deux à trois mois, puis deviennent squelettiques et appelés des « musulmans », passifs, anticipant leur mort prochaine. La « durée d’évolution est de six mois si le moral est bon ». Un mois, sinon.

Avec la collaboration d’Annette Wieviorka comme conseillère historique, Emil Weiss évoque la Shoah, la destruction des Juifs, aboutissement d’un mécanisme de persécutions, d’exclusions, de déshumanisation, etc. Ce qui explique le taux si faible de survie : sur les 75 721 Juifs déportés de France, 2 500 survécurent, soit 3 %.

Un statut infligé aux Juifs distinct de celui réservé aux autres déportés, politiques ou de droit commun. Sur les 63 085 déportés de France vers les camps de concentration, 37 025 d’entre eux sont revenus, soit 60 %.

Le réalisateur prévoit un troisième et dernier volet pour « cerner l’aspect fondamental de ce processus : les expérimentations médicales et l’idéologie raciale nazie qui les sous-tend ».

ADDENDUM : En juin 2013, la collection de témoignages de Yad Vashem à Jérusalem 1954-2004 vient d'être inscrite sur le Registre Mémoire du Monde de l'UNESCO. Elle a été proposée en 2013 par l'Etat d'Israël. "Six millions de juifs ont été tués pendant l’Holocauste, leurs noms transformés en chiffres. La plupart n’ont ni cimetière, ni tombe gravée. Les pages de la collection de témoignages représentent un mémorial collectif de grande échelle pour les victimes de l’Holocauste, s’efforçant ainsi de leur rendre leurs noms et leurs visages. Ceci n’a pas de précédent dans l’histoire de l’humanité tant par ses dimensions que par sa volonté de sauver de l’oubli les noms et les identités des victimes. Constituées de précieux témoignages personnels signés, ces pages se distinguent d’essais plus tardifs utilisant ce modèle pour commémorer les victimes d’autres génocides (comme celui du Rwanda ou du Cambodge)".
Le 7 octobre 2013, l'Institut Fritz Bauer  a publié  sur Internet les témoignages audios de survivants de la Shoah et de gardiens du camp d’Auschwitz. Soit plusieurs centaines d’heures de récits.

France 2 diffusa la cérémonie du Souvenir ce 21 septembre 2014 à midi.

Des archéologues ont découvert le site de chambres à gaz dans le camp d'extermination de Sobibor.

Le 30 juin 2016, Arte diffusa le premier volet de Krupp, une famille allemande, de Carlo Rola (2009).

Pour Yom HaShoah 2017, a lieu, sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la lecture des noms de déportés juifs de France, du 23 avril 2017 à 18 h au 24 avril 2017 à 17 h 30, au Mémorial de la Shoah. "À l’occasion de Yom HaShoah, date retenue par l’État d’Israël pour la commémoration en mémoire des victimes de la Shoah et des héros de la Résistance juive pendant la Seconde Guerre mondiale, se déroule une lecture publique ininterrompue de 24 heures, de jour comme de nuit. Des 76 000 noms inscrits sur le Mur des Noms, seront prononcés, un à un, les noms des personnes déportées de France par les convois n° 32 au n° 70. Quelques 200 personnes, anciens déportés, parents, bénévoles, enfants… liront à tour de rôle, à partir des listes issues du Livre Mémorial de la Déportation de Serge Klarsfeld, (éd. Association des FFDJF), les noms de « ceux dont il ne reste que le nom » (Simone Veil)". Le 23 avril 2017, à 17 h le 23 avril 2017, six bougies du Souvenir ont été allumées par d’anciens déportés et des enfants, un symbole de la transmission de la mémoire des 6 millions de morts de la Shoah. S’en suivra le témoignage de Ginette Kolinka, ancienne déportée". Le 24 avril 2017 à 19 h, aura lieu un office solennel à la synagogue de Nazareth

France, 2010
77 minutes
Réalisateur : Emil Weiss
Coproduction : ARTE France, Michkan World Productions

Diffusions les :
17 janvier 2012 à 10 h 35
26 janvier 2011 à 20 h 40, 27 janvier 2011 à 14 h 45, 3 février 2011 à 3 h 10
21 janvier 2014 à 23 h 30 et 27 janvier 2014 2014 à 8 h 55

Cet article a été publié pour la première fois le 26 janvier 2011 et modifié le 25 décembre 2011.
Il a été republié le :
- 18 avril 2012 à l'approche de Yom HaShoah (journée de souvenir des victimes de la Shoah). Le thème central en est cette année la solidarité Juive ;
- le 7 avril 2013 à l'approche de Yom HaShoah (journée de souvenir des victimes de la Shoah) ce 8 avril 2013. Diverses cérémonies ont eu lieu ;
- 28 avril 2013 en cette Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation, ce 28 avril 2013 ;
- 13 juin 2013 à l'approche de l'inauguration par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d'une nouvelle exposition sur la Shoah au musée de l'ancien camp nazi d'Auschwitz (Pologne) ;
- 19 juin 2013 ;
- 1er septembre 2013 car France 2 a diffusé, à midi, la cérémonie du souvenir des victimes de la Shoah à la grande synagogue rue de la Victoire (Paris). Un évènement non signalé sur les sites Internet du Consistoire de Paris Ile-de-France et du Consistoire Central. A noter que la nouvelle dénomination et le nouveau logo du Consistoire Central ne mentionne plus le terme "Israélite" !
- 8 octobre 2013 ;
- 19 décembre 2013. Histoire a diffusé le numéro de la série Les Grandes évasions consacré à Auschwitz et réalisé par Jonathan Martin, ce 19 décembre 2013 ;
- 21 janvier 2014 ;
- 27 avril 2014. L'Institut français à Tel-Aviv a diffusé le 27 avril 2014, à 19 h, à la Cinémathèque  de cette ville le documentaire d’Emil Weiss Auschwitz, premiers témoignages (2010) ;
- 21 septembre 2014, 30 juin et 25 septembre 2016 - France 2 diffusa la cérémonie du Souvenir.
 -, 24 avril 2017.