mercredi 14 juin 2017

« Luther, la Réforme et le Pape », par Thomas Furch


« Luther, la Réforme et le Pape » (Strafsache Luther. Wie Rom die Reformation verhindern wollte), docufiction par Thomas Furch, analyse le bouleversement initié par Martin Luther (1483-1546), défiant le pape, l’empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d’Espagne Charles Quint, traduisant en allemand la Bible, placardant sur les portes de l’église de la Toussaint à Wittemberg ses 95 thèses hostiles au commerce des indulgences par l’Eglise, et acteur majeur de la Réforme protestante. Un moine augustin, théologien et professeur d’université et pamphlétaire antisémite. La semaine du 12 juin 2017, Arte rediffusera Le Monde selon Luther, série documentaire.


Depuis le XVe siècle, l’Europe chrétienne aspire à un renouveau spirituel et s’interroge sur la question du salut.

Sola scriptura
En « publiant ses fameuses 95 thèses, en 1518 à Wittemberg, le moine Martin Luther s’oppose frontalement à l’hégémonie de l’Église catholique, institution la plus puissante de son époque ».

« Alors que le commerce des indulgences – l’achat du salut de son âme en monnaie sonnante et trébuchante – bat son plein pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome, le théologien s’élève contre ce qu’il considère comme une escroquerie. Il remet ainsi en cause l’infaillibilité pontificale de Léon X, dont il amoindrit le rôle en individualisant le rapport entre Dieu et les hommes. Convoqué devant la Diète d’Augsbourg, Luther risque la mort pour hérésie. Comment ralliera-t-il à sa cause les puissants de son pays, jusqu’à mettre en marche un mouvement réformateur d’une ampleur inouïe ? »

Un mouvement qui bénéficia de l’imprimerie aux caractères métalliques mobiles inventée par Johannes Gutenberg (1400-1468), imprimeur allemand. La circulation de Bibles en langues vernaculaires a modifié la perception d’éléments de la religion chrétienne, tels les saints ou le culte de la Vierge.

« Comment Martin Luther est-il parvenu à ébranler la puissance absolue de l’Église romaine, en faisant souffler le vent de la Réforme ? Retour sur les racines du conflit qui changea à jamais la chrétienté », amenant une nouvelle scission du monde chrétien dans lequel s’opposeront, en Europe septentrionale et occidentale, l'Église catholique romaine et les Églises protestantes.

Ce « documentaire, qui s’appuie sur les archives secrètes du Vatican et le témoignage d’historiens, théologiens et experts en communication, nous plonge au cœur de cet événement et analyse ses enjeux théologiques et politiques. Il met en scène un Luther habité par la foi, aux prises avec le cardinal italien Cajétan, puis avec Johannes Eck et l’empereur Charles Quint ».

La réaction de l’Eglise catholique romaine ? Elle publie des bulles et tente d'obtenir que Luther se rétracte.

Le 3 janvier 1521, la bulle papale Decet Romanum Pontifice excommunie Luther.

En avril 1521, Luther refuse de se rétracter devant la Diète de Worms. Le 26 mai 1521, l'empereur Charles-Quint promulgue l'édit de Worms qui interdit le luthéranisme, met Martin Luther et ses fidèles au ban de l'empire, interdit les écrits suspects d'hérésie, condamne les schismatiques.

L'Eglise réunit le concile de Trente (1545-1563) au cours duquel les pères conciliaires précisent les doctrines, imposent la Vulgate (1593), la compétence du clergé pour interpréter les livres saints, publient catéchisme et bréviaire...

Par la Contre-Réforme catholique, l'Église catholique ne reconquiert qu’une partie des régions et habitants ayant été convaincus par le protestantisme.

La Réforme revêt aussi un aspect politique. Si les princes affirment leur indépendance contre une papauté favorable à une théocratie universelle, les populations s’opposent à un souverain peu apprécié (Écosse, Pays-Bas espagnols).

Au XVIe siècle, la Réforme induit de nombreux conflits, entre l'empereur Habsbourg et les princes allemands, ainsi que des guerres civiles en France, en Angleterre et en Écosse.

Juifs
Jusque vers 1536, Luther exprime de la compassion pour les Juifs persécutés et s’enthousiasme à l’idée de les convertir au christianisme.

En 1519, il stigmatise les théologiens qui prônent la haine à l’égard des Juifs : c’est contre-productif.

Leur refus de se convertir au protestantisme ulcère Luther.

Il mène une campagne antisémite en Saxe, Silésie et au Brandebourg. Sous son influence, John Frédérick, prince électeur de Sace, édite une mesure interdisant aux Juifs d’habitants en Saxe.

Trois ans avant son décès, Luther publie Des Juifs et de leurs mensonges  (Von den Juden und ihren Lügen, 1543). Un pamphlet dans lequel il préconise de mettre le feu aux synagogues, de détruire les maisons des Juifs et leurs écrits, de les spolier, etc.

Dans Vom Schem Hamphoras und das Geschlecht Christi (Du nom de Hamphoras et de la lignée du Christ), Luther assimile les Juifs au diable.

Sous le IIIe Reich, ce livre devient un best-seller.

Dans les années 1980, des églises luthériennes américaines et canadiennes ont dénoncé les écrits antisémites de Luther.

En 2015, les éditions Honoré Champion  ont publié Des Juifs et de leurss mensonges de Luther, traduit de l'allemand par Johannes Honigmann et doté d’un « un appareil critique impeccable, contextualisant tout en faisant preuve d'une condamnation ferme et lucide des horreurs énoncées : l'introduction et les notes sont signées de Pierre Savy. L'éditeur le présente ainsi : "C’est un traité d’une grande violence que publie Martin Luther en 1543, intitulé de façon injurieuse : Des Juifs et de leurs mensonges. Écrit pour les chrétiens, ce livre entend réfuter les « privilèges » que revendiqueraient les Juifs et démontrer le caractère messianique de Jésus à la lumière de la Bible juive ; il dénonce ensuite ce qu’il considère comme des « calomnies »  juives, et expose des superstitions antijudaïques ; il adresse enfin aux puissants du temps des recommandations sur l’action à mener concernant ce peuple. Les écrits antijudaïques de Luther ont fait l’objet de nombreuses récupérations antisémites, en particulier au XXe siècle. Il faut pourtant s’efforcer de les lire sans en faire un procès absurde, qui se conclurait par un jugement de culpabilité de Luther pour des crimes commis cinq siècles après lui ; mais, disons-le d’emblée, cette lecture est accablante pour le réformateur".

Cranach
En 2011, pour sa réouverture, le musée du Luxembourg avait présenté l’exposition Cranach et son temps consacrée à ce peintre important, « fécond et polyvalent » de la Renaissance allemande, à une époque de « profonds bouleversements politiques et religieux marquée en particulier par la Réforme protestante dont la doctrine sera exprimée sous forme d'iconographie par Cranach » (1472-1553). 

Cette exposition soulignait les influences des œuvres de Dürer et des artistes et humanistes des Pays-Bas sur cet artiste qui occupe une position officielle dès 1505 à la cour de Frédéric III le Sage (1463-1525), prince électeur de Saxe, Etat puissant du Saint Empire romain germanique, qui à Wittenberg protège Martin Luther (1483-1546), dont le visage sera popularisé via des tableaux et gravures par Cranach. Ce mécène  lui confia des missions diplomatiques, et offrit ses œuvres notamment à Charles Quint et à François 1er. 

La traduction allemande de la Bible est agrémentée de gravures par Cranach de Samson et Dalila ainsi que de David et Bethsabée pour illustrer le 6e commandement – « Tu ne commettras point d'adultère » -. 

Une section était dédiée à la représentation du nu au travers de personnages féminins empruntés à l'Antiquité ou à la Bible - Evedu tableau inspiré d'une gravure sur cuivre de Dürer ; Judith, veuve israélite, était transformée par Cranach en héroïne de la résistance protestante -.

Place Luther à Rome
Le 16 septembre 2015, a été inaugurée à Rome la place « Martin Luther, théologien allemand », au centre de Rome (Italie), près du Colisée, dans le parc du Colle Oppio.

"L’initiative proposée il y a six ans par l’Union des Eglises adventistes, a été approuvée par la mairie de Rome avec l’accord du Vatican. Le Bureau de presse du Saint-Siège a précisé que les catholiques s’étaient montrés favorables à la décision des autorités de la capitale italienne, car elle se situe dans le cadre du dialogue voulu par le Concile Vatican II".

"C’est une étape œcuménique importante dans la vie quotidienne des habitants de Rome et de ses nombreux visiteurs, parce que Rome a été la capitale des Etats pontificaux et que le père du protestantisme a été excommunié par le Pape en 1521 suite à la publication de ses thèses. Luther aurait d’ailleurs affirmé que si l’enfer existe, Rome est bâtie dessus".

"En Italie, l’Eglise Evangélique luthérienne compte 7 000 membres distribués dans 15 communautés. La plus ancienne est celle de Venise".

Arte diffusa les 29 et 30 octobre 2016 les six volets de la série documentaire Le Monde selon Luther (Der Luther-Code), de Wilfried Hauke et Alexandra Hardorf, ainsi que  Luther, de Eric Till. 

Le 30 janvier 2017, le Centre Mounier à Strasbourg a accueilli, dans le cadre de Reformatio : 1000 ans de réformes avant la Réforme protestante (16 janvier-30 mars 2017), la conférence de Lucie Kaennel, théologienne, assistante à la Faculté de Théologie de l’Université de Lausanne, Luther était-il antisémite ? Une conférence organisée par l’Association œcuménique Charles-Péguy.
  
« Luther, la Réforme et le Pape », par Thomas Furch
MDR, 2014, 53 min
Sur Arte le 6 juin à 22 h 20, 11 juin à 16 h 25 et 15 juin 2015 à 16 h 25

Visuels : © MDR/makido film

Cet article a été publié le 5 juin et 19 septembre 2015, puis les 30 octobre 2016 et 30 janvier 2017.

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