Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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jeudi 8 février 2018

« Liv Ullmann en plans rapprochés » par Georg Maas


« Liv Ullmann en plans rapprochés » (Liv Ullmann - Eine Nahaufnahme) est un documentaire par Georg Maas (2013). La « grande actrice norvégienne Liv Ullmann, à la carrière internationale, se livre au cinéaste Georg Maas, avec qui elle a tourné « D'une vie à l'autre ». Elle parle bien sûr de son travail avec son compagnon Ingmar Bergman, choisissant et commentant les scènes de leurs films communs, de « Persona » (1966) à « Sarabande » (2003) ». Le 7 février 2018, Arte diffusera « Persona »  réalisé par Ingmar Bergman.


Née en 1938 à Tokyo (Japon) dans une famille luthérienne, Liv Ullmann  « grande dame du cinéma aime à se présenter sans fard, au propre et au figuré. Même à l'écran, celle dont le visage est devenu si célèbre en plans rapprochés est rarement maquillée ».

Grand-père, Juste
Durant la Deuxième Guerre mondiale, son grand-père a été déporté au camp de Dachau car il avait aidé des Juifs à fuir la ville norvégienne où il vivait. Il est mort dans ce camp.

Bergman
Formée à l’art dramatique à Londres, elle débute en Norvège sa carrière au théâtre où elle interprète la jeune Anne Frank. Elle met son talent au service d’œuvres de Brecht, de Goethe, et d'Ibsen.

Le cinéma s’intéresse à elle dès 1957. Grâce à Bibi Anderson, elle rencontre Ingmar Bergman.

« Maniant émotion et humour, Liv Ullmann parle bien sûr de son travail avec son compagnon Ingmar Bergman, choisissant et commentant les scènes de leurs films communs » : Persona (1966), L’Heure du loup (1968), Une passion et La Honte (1969), Une passion (1969), Cris et Chuchotements (1972), Scènes de la vie conjugale (1973), Face à face (1976), L'Œuf du serpent et Sonate d’automne (1977) avec Ingrid Bergman, Sarabande (2003).

Avec le réalisateur Ingmar Bergman, Liv Ullmann a eu une fille, Linn, devenue journaliste.

« Persona »  
"Élisabeth Vogler est actrice. Au beau milieu d’une interprétation d’Électre, elle devient muette. Des médecins l’auscultent et ne décèlent aucune anomalie physique. Une infirmière, Alma, la prend en charge, l’emmenant dans sa villa au bord de la mer. Puisque l’actrice ne parle plus, Alma discourt pour deux, confiant à Élisabeth les secrets qui la rongent : une expérience sexuelle à plusieurs, son avortement, sa solitude. Les deux femmes s’opposent, se lient, se caressent, se fuient…"

"Un huis clos infernal entre deux femmes confrontées à la solitude. Avec une audace formelle confondante et deux actrices incandescentes (Bibi Andersson et Liv Ullmann), Ingmar Bergman signe en 1965 une œuvre fascinante sur le thème du double".

"Bergman définissait ce film comme une "sonate pour deux instruments". Ces deux "instruments", ce sont Bibi Andersson et Liv Ullmann, qui illuminent Persona d’une incandescente lumière. Leur partition, aussi touffue que la réalisation est ascétique, leur impose un perpétuel dépassement. Car c’est un rude voyage intérieur qu’effectuent les deux femmes, d’abord opposées, puis bizarrement ressemblantes, jusqu’à ne plus former qu’un même portrait. Les relations entre l'aide-soignante et sa patiente glissent vers une autodestruction mutuelle, et ce double chemin de croix s’accompagne d’une réflexion sur le septième art, reflet du réel – le film devait d’ailleurs s’intituler Cinématographie. L’écran est un miroir, mais ce miroir reste muet. Baigné dans une atmosphère fantasmagorique, "Persona" offre une multitude d’interprétations autour du thème du double et une poignante quête de "la parole d’amour".

Le 7 février 2018, à 22 h 50, Arte diffusera "Persona", le film qui a sauvé Ingmar Bergman" (54 min.). "En 1965, Ingmar Bergman réalise "Persona", film culte qui résume à lui seul toutes les obsessions du maître suédois, né il y a cent ans. Au travers de ses mots et d'entretiens (Liv Ullmann, Arnaud Desplechin, le chef opérateur Darius Khondji), une immersion dans son extraordinaire ébullition créative".

"En 1965, au sommet de la gloire, Ingmar Bergman, submergé par le doute, sombre dans une crise profonde à la veille de la cinquantaine. Entre les quatre pièces de théâtre et le film qu’il met en scène chaque année, l’auteur de Sourires d’une nuit d’été est éreinté. Hospitalisé pendant trois mois, loin des réalités du monde et de la guerre du Viêtnam qui le hante, le maître suédois est convaincu qu’il ne tournera plus. Mais, à la faveur d’une sortie, il rencontre Liv Ullmann, nouvelle muse qui ravive son imaginaire et lui inspirera, aux côtés de l’ancienne, Bibi Andersson, son chef-d’œuvre Persona. Sur l’île de Farö, le tournage est empreint de légèreté, tandis que le sondeur d’âmes entreprend de se réinventer. Car, pour ce film à la prodigieuse audace formelle, devenu culte, Bergman veut oublier son savoir-faire, même s’il retrouve ses thèmes de prédilection, à commencer par sa terreur de l’humiliation et de l’enfermement. S’appuyant sur ses deux comédiennes comme un virtuose jouerait d’un instrument, le cinéaste orchestre un vertigineux huis clos entre deux femmes, une comédienne qui a fait le choix de se taire pour ne plus mentir et son infirmière. "J’ai touché là, en toute liberté, dira-t-il, à des secrets sans mot que seul le cinéma peut découvrir."

"C’est cette année charnière – celle d’une rédemption tout à la fois artistique et amoureuse – que retrace le film, donnant largement la parole à un Bergman en pleine ébullition et merveilleusement disert sur son travail. Entre photos de tournage, entretiens, séquences solaires de making of et carnets du maître, ce documentaire restitue au plus près la création à l’œuvre. Éclairé par les témoignages de l’égérie et compagne Liv Ullmann, l’inconditionnel admirateur Arnaud Desplechin ou encore du chef opérateur Darius Khondji, un portrait nuancé et formidablement vivant de l’auteur des Fraises sauvages, né il y a un siècle et disparu en 2007 sur sa chère île de Farö".

Carrière internationale
Liv Ullmann poursuit parallèlement une carrière internationale : De la part des copains de Terence Young (1970), Le Visiteur de la nuit (The Night Visitor) de László Benedek et Les Émigrants (Utvandrarna) de Jan Troell (1971), Lost horizons (1973) de Charles Jarrot, Un pont trop loin (A Bridge Too Far) de Richard Attenborough (1977), La diagonale du fou (1983) de Richard Dembo, avec Michel Piccoli et Jean-Hugues Anglade, Un printemps sous la neige (The Bay Boy) de Daniel Petrie (1984), Speriamo che sia femmina (Pourvu que ce soit une fille, 1985) de Mario Monicelli, avec Philippe Noiret et Catherine Deneuve.

Réalisatrice
Actrice, réalisatrice, scénariste, Liv Ullman a réalisé Sofie (1992), puis Kristin Lavransdatter (1995), Infidèle (2000), Mademoiselle Julie (2014).

Sofie relate l’histoire d’une jeune femme juive, de sa vie d’épouse et de femme seule dans une petite ville du Danemark, à la charnière des XIXe et XXe siècles. A l’initiative de producteurs, elle avait écrit un scénario d’après « Mendel Philipsen et fils » (Mendel Philipsen & søn), roman de l’écrivain et du metteur en scène danois Henri Nathansen (1868-1944), puis a réalisé le film. « Sofie parle d'êtres humains qui se touchent, qui sourient, qui pleurent. De nous ! L'important n'est pas que les personnages soient juifs mais qu'ils aient des traditions et des valeurs. Qu'ils prouvent l'attachement vital à leurs racines. On ne doit jamais oublier d'où l'on vient! C'est ça le fil rouge de mon film. C'est aussi une des choses essentielles dans ma vie. Moi, je suis chrétienne mais j'ai beaucoup d'amis juifs et je suis mariée à un Juif. Je ne voulais pas que mon film soit le regard d'une chrétienne sur le monde juif. Si j'aborde le «problème» des Juifs, qui ont souffert des holocaustes ignobles que l'humain commet, c'est pour mieux atteindre une universalité et faire prendre conscience aux spectateurs des autres minorités toujours persécutés à l'heure actuelle. Songez à ce qui se passe en Yougoslavie », a confié Liv Ullmann au Soir (14 janvier 1993).

Et d’ajouter : « Il est important que la voix des femmes soit entendue. Laissons parler les émotions, la voix du cœur et des sentiments et ne cherchons pas toujours à briller uniquement par notre intelligence. Pensons aux générations futures plutôt qu'à la prochaine réunion d'affaires! La voix patriarcale a été trop loin. Nous devons êtres fières d'être ce que nous sommes: indépendantes. Les femmes de 1993 sont aussi fortes qu'hier, mais les médias dictent à travers la pub et les films... ce que nous devons être. Cela nous complexe, nous affaiblit, et je dis non à ça. Regardez-moi. Avoir réalisé un film m'a apporté des... kilos! En effet, pour me tenir éveillée dans la salle de montage, je mangeais du chocolat. Cela m'a donné de merveilleux bras pour serrer mon petit-fils ! »

La subtilité et la gravité de son jeu ont été distinguées lors de nombreux festivals cinématographiques à Venise (1980), San Sebastián (1988), Montréal (1995), Copenhague (2003), Karlovy Vary (2005).

Engagements
Liv Ullmann a écrit Devenir (1977) et Décisions (1985) sur son parcours et ses engagements : en 1980, elle a été la première ambassadrice itinérante de l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l'enfance ).

Elle « dit préférer désormais se trouver derrière la caméra, ou mettre en scène du théâtre : ses versions d’Un tramway nommé désir et d’Oncle Vania ont été très remarquées. Les répétitions à Oslo de la pièce de Tchekhov, filmées par Georg Maas, montrent une grande proximité avec les comédiens ».

Mais « Liv Ullmann parle aussi avec ce dernier, qui l’a dirigée dans D’une vie à l’autre, des divergences – notamment d’ordre esthétique – qui ont pu les opposer lors du tournage. C’était la première fois depuis très longtemps qu’elle acceptait un rôle principal. L’occasion pour elle de livrer sa vision du cinéma et de faire part des doutes qui l’assaillent encore après cinq décennies de carrière ! »

Parmi les engagements de Liv Ullmann : le soutien aux refuzniks, telle Ida Nudel, la survie de l’Etat d’Israël  où elle s’est rendue en 1980 à l’invitation de Hadassah pour le 120e anniversaire de la naissance de Henrietta Szold, fondatrice de Hadassah. Au cours du dîner organisé pour cet anniversaire, elle a chanté avec émotion une chanson de Hanoucca qu’elle avait interprété, à l’âge de 18 ans, quand elle avait interprété le rôle de Anne Frank. Puis, elle s’est rendu auprès de patients au Centre médical de l’université hébraïque, et a visité Yad Vashem.

Pourquoi une seule diffusion et à 3 h 15 ?

« Persona »  réalisé par Ingmar Bergman
Suède, 1966
Image : Sven Nykvist
Montage : Ulla Ryghe
Musique : Lars Johan Werle
Production : Svensk Filmindustri
Producteur/-trice : Ingmar Bergman
Scénario : Ingmar Bergman
Acteurs : Bibi Andersson, Liv Ullmann, Margaretha Krook, Gunnar Björnstrand, Jörgen Lindström
Visuels : © 1966 AB Svensk Filmindustri
Bibi Andersson et Liv Ullmann
 "Persona" est un film suédois réalisé par Ingmar Bergman, sorti en 1966.
Liv Ullmann
    
« Liv Ullmann en plans rapprochés » par Georg Maas
Allemagne, 2013, 53 min
Sur Arte le 10 janvier 2017 à 3 h 15

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 8 janvier 2017.

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