mercredi 1 juin 2016

Templiers. Une histoire, notre trésor



Pour le 700e anniversaire de l’abolition de l’ordre du Temple, Troyes accueille l’exposition éponyme sur les Templiers, « pauvres chevaliers du Christ », « moines-soldats » commerçants, artisans, banquiers et exploitants agricoles de commanderies. Créé en 1118-1120, cet ordre est dissout par le pape Clément V le 13 mars 1312 après un procès en hérésie. Une aventure épique et spirituelle entre Occident et Orient : défense de la Terre Sainte lors des Croisades, protection des pèlerins chrétiens. Un voyage au cœur du Moyen-âge, de la réalité au mythe qui perdure dans l’imaginaire collectif. Un périple templier grâce à des archives et objets rares dévoilés retraçant d’« extraordinaires destins de templiers et de croisés ». Histoire diffuserale 2 juin 2016 La vérité sur les Templiers, documentaire de Mathieu Pradineau et Stéphane Begoin (2013) les . " Il y a exactement 700 ans, Jacques de Molay, dernier maître du Temple, déclarait du haut de son bûcher : « Maudits, vous serez maudits ! », point de départ de ce qui allait devenir la «malédiction» des Templiers. Mais qui étaient réellement ces Templiers, moines et soldats ? Comment cet ordre fascinant qui avait tant de pouvoir a si brutalement disparu ? Grâce à de nouvelles découvertes non seulement sur le chantier de fouilles du Carreau du Temple à Paris (dont la réouverture est prévue au printemps), mais aussi aux Archives Nationales par le biais d'un parchemin de 30 mètres de long, les plus éminents historiens de l'histoire des chevaliers de dieu nous racontent «la vérité sur les Templiers», faisant table rase des mythes et fantasmes".
Exposition à Troyes co-organisée par le Conseil général de l’Aube et les Archives nationales et assortie d’un magnifique catalogue, colloque international à Troyes et Clairvaux L’économie templière en Occident : patrimoines, commerce, finances (24-26 octobre 2012), six mois d’animations tous publics – conférences, visites de sites emblématiques - musée Hugues de Payns (fondateur de l’ordre du Temple), commanderie d’Avalleur, abbaye de Clairvaux, cathédrale de Troyes où fut adoptée la règle de l’ordre du Temple -, spectacles, balades contées en forêt d’Orient, chasse au trésor…

Sept cents ans après la dissolution de l’ordre du Temple, l’Aube en Champagne, berceau de cet Ordre, fait revivre l’histoire des Templiers.

« Hugues de Payns le fondateur, né aux portes de Troyes… Bernard de Clairvaux, le père spirituel… Le concile de Troyes de 1129, qui fixe la règle de l’Ordre… Les comtes de Champagne, grands aventuriers de l’Orient… C’est aussi, pour l’Aube en Champagne, un trésor. Une extraordinaire richesse collective, patrimoniale et symbolique... Nulle part ailleurs ne souffle si fort l’esprit des tout premiers Templiers : des commanderies d’Avalleur, de Fresnoy et de Mesnil-St-Loup aux forêts du Temple et d’Orient ; du musée de Payns à l’abbaye de Clairvaux, en passant par la cathédrale de Troyes. [Sont montrées] des pièces rares et emblématiques comme le rouleau du procès, le trésor monétaire de Payns ou les trésors archéologiques d’Avalleur –pour la première fois sortis de l’ombre », écrit Philippe Adnot, sénateur, président du Conseil général de l’Aube.

« La fascination qu’exerce encore aujourd’hui l’ordre du Temple tient en bonne part à son destin tragique et à la figure énigmatique de Philippe le Bel. Détentrices du dossier d’accusation des templiers monté par l’administration royale, les Archives nationales en ont présenté au public les pièces essentielles en 2011… Les comtes de Champagne et de Brie, devenus rois de Navarre, étaient des princes puissants ; leurs États étaient florissants, leurs foires visitées par les marchands de tout l’Occident… Les Archives nationales [font] connaître leurs trésors : le chartrier des comtes de Champagne, intégré aux archives royales à la suite du mariage de Philippe le Bel avec l’héritière du comté, Jeanne de Navarre ; les archives des commanderies champenoises, réunies aux archives de l’Hôpital et de son grand-prieuré de France, puis saisies à la tour du Temple par les révolutionnaires, avant de rejoindre le palais Soubise. Sources auboises et parisiennes se complètent ainsi à merveille pour éclaircir le mystère des débuts de l’Ordre, retracer l’expansion de son patrimoine en Champagne, témoigner du succès du recrutement des combattants nécessaires à la défense de la Terre sainte », écrit Agnès Magnien, directrice des Archives nationales.

L’Aube en Champagne et les Templiers
Au Moyen Âge, les Champenois « ont joué un rôle prépondérant dans l’ordre du Temple et dans la défense de la Terre sainte. Le destin des Templiers est étroitement lié aux croisades lancées pour sauver Jérusalem de la progression musulmane. Installé à Jérusalem, l’Ordre favorise l’accès des pèlerins et des croisés à la Ville sainte. Implanté en Occident, il contribue à financer la guerre menée par les frères installés en Orient. Berceau de l’ordre du Temple, le comté de Champagne fournit également des figures majeures des croisades ».

L’exposition retrace « l’histoire de ces hommes engagés dans une vie à la fois spirituelle et militaire. Pour la première fois, sont présentées ensemble, les archives du procès des Templiers et celles des commanderies de l’ancien comté de Champagne et de Brie », parmi les plus anciennes de France.

Cette manifestation « souligne l’importance du mythe templier, qui surgit à l’époque moderne. Toujours entretenu par les chercheurs de trésors, revendiqué depuis le XVIIIe siècle par toutes sortes de sectes et de sociétés secrètes avides d’ésotérisme, relayé avec plus ou moins de succès et de talent par la littérature, le cinéma et la bande dessinée ».

Elle révèle « la réalité historique, à la lumière des dernières découvertes scientifiques en la matière », en associant l’histoire sociale, religieuse et administrative du Moyen Âge.

« Des origines champenoises de l’Ordre jusqu’au procès, le visiteur voyage entre les forteresses de Terre sainte et les commanderies d’Occident, à la découverte de la vie quotidienne des moines-chevaliers – notamment dans les commanderies de Payns et d’Avalleur, près de Troyes ».

L’exposition présente notamment « l’immense patrimoine accumulé par l’ordre du Temple entre le XIIe et le XIIIe siècles : terres, forêts, fours, moulins, foulons à draps, etc. Elle éclaire le rôle joué par les commanderies dans le soutien des opérations militaires en Terre sainte, et illustre la place tenue par les templiers dans l’économie médiévale. Elle montre aussi combien les richesses des templiers ont généré de conflits avec les établissements ecclésiastiques environnants ».

Le parcours « insiste sur le rôle prépondérant des Champenois dans l’ordre du Temple et dans la défense de la Terre sainte au Moyen-âge. Il montre bien la faveur dont l’Ordre bénéficia, à ses débuts, sur sa terre d’origine (nombreuses donations de la part des princes et seigneurs de Champagne) ».

Enfin, l’exposition « montre combien la chute de l’ordre du Temple coïncide avec la montée en puissance du pouvoir central dans le royaume de France ».

Au total, plus de 50 documents précieux et fragiles (dont certains inédits, ou rarement présentés) et renouvelés pour des raisons de conservation, des archives - manuscrits, chartes - et objets de prestigieuses collections publiques et privées, dont :

- les documents de l’Aube sur les origines de l’ordre du Temple et l’implication des Champenois dans les croisades ;

- les archives du procès avec, en particulier, les rouleaux des interrogatoires du procès en 1307-1308 ;

- des « exemplaires de la règle du Temple et de l’Éloge de la nouvelle chevalerie illustrant le concile de Troyes et le rôle joué par Bernard de Clairvaux dans la reconnaissance de cet ordre religieux-militaire » ;

- l’équipement militaire (épées, éperon), des objets de la vie quotidienne dans l’Orient seldjoukide (vases, chandeliers, chaudron), le mobilier archéologique de la commanderie d’Avalleur près de Troyes, le trésor monétaire découvert en 1998 sur le site de la commanderie de Payns près de Troyes.

Le contexte historique aurait gagné à être plus précisé : jihad contre cet Occident chrétien, distinction entre jihad et croisade, relations avec les Juifs en France et en Terre Sainte – des Juifs sont massacrés lors de Croisades -, création de l'ordre des Chevaliers teutoniques, etc.

Les Templiers, de la Champagne à Jérusalem
« Délivrer le tombeau du Christ à Jérusalem ! L’appel du pape Urbain II est accueilli avec enthousiasme par les chevaliers d’Occident qui reprennent la Ville sainte le 15 juillet 1099.

Mais les croisés manquent de bras et d’argent. La Champagne va y pourvoir ! 

Abandonnant femme et enfants, Hugues de Payns part s’installer à Jérusalem. Il y fonde en 1118-1120, un quart de siècle après la conquête de la ville par les chrétiens, la confrérie des « pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon », chargée d’assurer la sécurité des pèlerins ».

Son seigneur, le comte de Troyes Hugues Ier, le rejoint rapidement, et devient templier.

Assurés du soutien de Bernard, le célèbre abbé de Clairvaux, les frères du Temple constituent en 1129 le premier ordre religieux-militaire de la chrétienté. « Moines et soldats, faisant vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, ils vouent leur existence à la défense de la Terre sainte, jusqu’à la mort ».

La mission que s’est fixé l’Ordre : protéger les pèlerins qui se dirigent vers l’Orient, les Lieux saints. Au service du roi de Jérusalem, l’Ordre défend les chrétiens. Les templiers participent aux batailles des croisades.

Comment concilier vie religieuse et vie militaire ? Un moine peut-il porter les armes et tuer ? Au début du XIIe siècle, après réflexions, l’Église adopte la notion de « guerre sainte » pour définir les croisades. Au concile de Troyes (janvier 1129) présidé par le cardinal-légat Matthieu d'Albano, l'ordre du Temple reçoit l'approbation canonique indispensable à son essor ». Les chevaliers sont autorisés à « entrer dans un ordre militaire et religieux. Ils s’astreignent à une règle de vie identique à celle des moines bénédictins ou cisterciens. Ils font vœu de pauvreté, d’obéissance et de chasteté. Ils doivent appliquer l’ascèse monacale et obéir au grand maître ».

Comme la société médiévale structurée en trois ordres - ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent -, l’ordre du Temple est composé de :

- chapelains (ceux qui prient) ;

- frères blancs (les chevaliers qui combattent en Orient) ;

- frères noirs (qui administrent le patrimoine temporel de l’Ordre). Les frères noirs sont responsables du patrimoine constitué en Occident progressivement, grâce aux donations princières et seigneuriales : terres, forêts, vignes, moulins, foulons à draps, etc. Ces biens sont réunis dans des commanderies. Les frères « les font fructifier par des activités agricoles et artisanales. Et les bénéfices financent la guerre en Orient à travers les responsions (paiements versés chaque année par les commanderies au quartier général de l’Ordre) » pour les frères blancs combattant en Terre Sainte ou dans la péninsule ibérique.

Vers 1135-39, le soutien du pape Innocent II a été déterminant « pour accorder aux templiers des privilèges d'exemption progressivement élargis, malgré une vive opposition du clergé séculier. La papauté, qui mesurait le prix de leur engagement en Terre sainte, de leur expertise militaire et financière, tint longtemps bon ».

Frères noirs et frères blancs portent la croix rouge sur leur manteau, port accordé par le pape Innocent II en 1139. Cette croix rouge rappelle « la promesse de rédemption pour ceux qui versent leur sang, en sacrifice pour la défense du tombeau du Christ ».

Exploitants agricoles, propriétaires fonciers, banquiers et financiers - le dépôt ou le crédit accordé à des personnes physiques et morales -, architectes… Les templiers s’affirment comme des acteurs économiques majeurs dans l’Occident médiéval « en finançant les puissants, grâce à leurs privilèges commerciaux - les « exemptions de péages et de taxes facilitèrent l’intégration des frères noirs dans les circuits d’échanges occidentaux » -, notamment dans l’aire des foires de Champagne, leur expertise financière et le développement des techniques bancaires, leur participation à l’essor de la navigation maritime et commande de navires ». La « localisation de nombreuses commanderies en bord de mer comme à Lattaquié, Tripoli ou Tyr, plaide en faveur d’une organisation ancienne de l’Ordre selon un principe appliqué en Occident dans la seconde moitié du XIIe siècle ». A partir du XIIIe siècle, le Temple se dote d’une flotte de guerre lors des cinquième et sixième croisades : il supervise des opérations logistiques dans le delta du Nil. L’ordre atteint son apogée « sous Guillaume de Beaujeu († 1291), en ravitaillant l’Orient latin à partir de la Sicile et de la Catalogne tout en lançant des opérations combinées sur le littoral syrien » (Syrie latine).

L’ordre du Temple a été « le fer de lance de la lutte contre les infidèles sur toutes les frontières de la chrétienté, en premier lieu dans l’Orient latin et en péninsule ibérique. Sa contribution à l’art de la guerre, en termes d’effectifs, de techniques de combat ou de stratégie. La castellologie est également un domaine où les apports d’un ordre militaire qui fut à l’interface entre traditions occidentales et orientales, font débat. Soumis aux vœux monastiques, parfois auréolés de la gloire du martyre, les templiers » se différenciaient des autres guerriers en raison de leur « abnégation monastique et éthique guerrière », fascinant leurs contemporains, chrétiens ou musulmans.

Ce rôle protéiforme, qui assure la richesse des Templiers (Pauperes commilitones Christi Templique Solomonici), contribue aussi à leur disparition violente sous la double conjonction royale et papale.

« Trait d’union entre l’Orient des croisades et l’Occident des cathédrales, les Templiers, installés sur les ruines mythiques du temple de Salomon à Jérusalem, ont rapidement acquis un prestige sans égal et de colossales richesses. Après l’abandon définitif de la Terre sainte au XIIIe siècle, leur rôle de troupe d’élite et de gardiens du saint Sépulcre n’a plus lieu d’être. Les templiers se replient donc en Occident dans leurs innombrables possessions, continuant d’accumuler des richesses. Tant et si bien que lorsque le roi Philippe le Bel décide de supprimer cet ordre devenu trop puissant et inutile, il charge ses hommes de ficeler un procès en hérésie accusant les Templiers des pires infamies pour être bien sûr de les voir monter sur le bûcher.

Sorcellerie, idolâtrie, perversion, reniement du Christ, tels sont les principaux motifs qui vont amener les Templiers à être arrêtés », dans le royaume de France, sous ordre royal, le vendredi 13 octobre 1307 dans toutes les maisons templières de France puis à subir un procès inique conduit pendant sept années (7 ans de malheur) par les agents du roi pour aboutir à la condamnation du dernier maître des Templiers, Jacques de Molay, a être brûlé vif devant Notre-Dame de Paris ».

Au concile de Vienne (1312), le pape Clément V en 1312, cédant à la pression du roi de France et se fondant sur la « mauvaise réputation » de l'ordre, prononça sa suppression ». Promulguée le 22 mars, la bulle du pape Clément V dissout l’ordre.

Après un long procès « arrangé » (1307-1314) – accusations fondées sur des griefs stéréotypés inintéressants - et prétexte pour supprimer leur Ordre, les Templiers sont condamnés à la disparition.

Soixante-dix Templiers sont brûlés entre 1310 et 1314 « pour être revenus sur leurs aveux (et avoir ainsi été déclarés relaps) ».

Pour connaître les relations des Templiers à la guerre, le portrait du miles Christi par saint Bernard et la grande Geste des croisades relatée par les chroniqueurs donnent des informations précieuses, tout comme les informations précieuses et rares sur leur vie personnelle et sur le fonctionnement des commanderies livrées par les templiers interrogés. Ainsi, peut-on cerner, région par région, les réalités du monde templier lors des années ayant précédé sa chute.

Philippe le Bel ne parvient pas à s’emparer de « toutes les richesses des Templiers qui furent transmises à un autre ordre religieux : les Hospitaliers de St Jean devenus aujourd’hui les chevaliers de Malte ».

Quelles étaient les véritables motifs « de l’acharnement du roi de France à l’égard des chevaliers du Temple ? Pourquoi les Templiers se réunissaient-ils toujours en secret ? Pratiquaient-ils l’alchimie ? Etaient-ils détenteur de secrets mystérieux dont voulait s’emparer le Pouvoir ? Les Templiers étaient-ils vraiment coupables des accusations portées contre eux ? Le dernier maître avait il réellement proféré une malédiction à l’encontre du Pape, du roi et de ses descendants, contribuant ainsi à faire sombrer le royaume dans le chaos de la guerre de cent ans et des épidémies ayant décimé la population française ? Mais surtout une question lancinante allait hanter les jours et les nuits de nombreux chercheurs : où était passé le fabuleux trésor des Templiers ? Beaucoup d’hypothèses ont été lancées et particulièrement depuis le XIXe siècle où les romantiques, amateurs de légendes et d’histoires fabuleuses, s’emparèrent de ce sujet si extraordinaire ».


Hugues de Payns, fondateur champenois
Hugues de Payns, fondateur et premier maître du Temple, naît vers 1070 à Payns, seigneurie aux portes de Troyes, cœur de la principauté de Champagne.

« Issu d’une famille proche de l’ordre cistercien, il surveille, du haut de son château, les boucles de la Seine, en aval de Troyes, pour son seigneur le comte Hugues de Champagne ».

En 1113, il quitte femme, enfants et seigneurie. Aux côtés du comte Hugues 1er de Champagne, il part pour l’Orient, défendre la Jérusalem chrétienne.

Durant plusieurs années en Terre sainte, Hugues de Payns met son épée au service des chanoines du Saint-Sépulcre, gardiens du tombeau du Christ.

Choisi comme maître par ses compagnons, il crée une compagnie de chevaliers afin de protéger les pèlerins qui se rendent à Jérusalem.

Baudouin II, roi de Jérusalem, autorise Hugues de Payns et son compagnon d’armes, Godefroy de Saint-Omer, à fixer leur quartier général sur le site de l'ancien Temple de Salomon. D’où, le nom de chevaliers du Temple ou Templiers, pour cet ordre fondé vers 1118-1120, premier ordre religieux-militaire de l’histoire occidentale.

A son retour en Occident, Hugues de Payns parcourt les routes de France, d’Angleterre et d’Écosse pour faire connaître l’Ordre, « recruter de nouveaux membres et acquérir des terres pour les premières commanderies. Il met ainsi en place, jusqu'en Écosse, des commanderies chargées de produire les biens et les richesses nécessaires à l'entretien des troupes templières en Orient ».

A sa demande, le pape Honorius II organise un concile à Troyes, en 1129, pour définir la règle de l’ordre du Temple. « Grande figure théologique de son temps, le cistercien Bernard de Clairvaux joue un rôle prépondérant à cette occasion. Sous son influence, la Règle impose une discipline très stricte aux moines soldats ».

Arborant « un manteau blanc à croix rouge cousue sur l'épaule, les chevaliers du Temple adoptent des principes de vie monastique, ayant fait vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance ».

Ayant incarné les deux principaux ordres de la société médiévale - ceux qui prient et ceux qui combattent -, Hugues de Payns rejoint en 1130 la Terre sainte où il décède en 1136.


Bernard de Clairvaux, le père spirituel
Né en Bourgogne, Bernard entre à l'abbaye de Cîteaux en 1113.

D’abord rétif, Bernard de Fontaines, « premier abbé de Clairvaux, personnalité cistercienne à l’aura considérable, devient le plus sûr soutien de l’ordre du Temple ».

Ce vingtenaire fonde l’abbaye de Clairvaux, à l’est de Troyes, en 1115, à la demande de l’abbé de Cîteaux, Etienne Harding. « Fille méritante de Cîteaux, l'abbaye de Clairvaux essaime elle-même dans tout l’Occident ». C’est là qu’est codifiée la règle de vie de cet Ordre. Au décès de Bernard (1153), cette abbaye « est la mère de plus de 169 abbayes » ; son architecture aux lignes pures symbolise l’ascèse monacale. Les moines convers étaient chargés des activités agricole et industrielle. Constituée dès 1115, la bibliothèque de Clairvaux constitue le premier fonds médiéval français. Confisquée à la Révolution et confiée à la ville de Troyes, elle est riche de 1450 manuscrits et a été inscrite au registre Mémoire du monde par l’Unesco le 31 juillet 2009. Les archives de l’abbaye de Clairvaux sont conservées aux Archives de l’Aube.

Autorité politique et spirituelle importante et écoutée, Bernard intervient dans les affaires publiques pour défendre les droits de l'Église, et conseille princes et papes.

Il est l’un des premiers à faire l’apologie de la guerre sainte ». Quelques mois avant le concile de Troyes, « Bernard rédige, à la demande d’Hugues de Payns, un traité qui cautionne le rapprochement entre vie monastique et activité militaire. Le De laude novae militiae, ou Éloge de la nouvelle chevalerie, oppose le mode de vie spirituel des Templiers à celui des chevaliers profanes, très attachés à leur parure ».

Pour Bernard, la guerre d’Orient est sainte parce qu’elle n’est pas agressive, mais destinée à défendre le tombeau du Christ et la terre où il a vécu : « Le chevalier du Christ donne la mort en pleine sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée ; il est le ministre de Dieu, et il l’a reçue pour exécuter ses vengeances, en punissant ceux qui font de mauvaises actions et en récompensant ceux qui en font de bonnes. Lors donc qu’il tue un malfaiteur, il n’est point homicide mais malicide. »

L’échec de la deuxième croisade, qu’il prêche à Vézelay en 1147, amène Bernard de Clairvaux à s'interroger.

Décédé en Champagne en 1153, il est canonisé en 1174, deviendra docteur de l’Église en 1830, par Pie VIII.

Le concile de Troyes, à l’origine de la règle de la Pauvre Chevalerie et du Temple de Salomon
De retour de Jérusalem avec ses compagnons, Hugues de Payns s’efforce de faire reconnaître l’ordre du Temple fondé à Jérusalem. L’appui du pape Honorius II est déterminant pour l’essor de l’Ordre. Le pape promet à Hugues de réunir un concile provincial chargé d’offrir une règle de vie à cette nouvelle communauté.

Le concile débute à la cathédrale de Troyes le 13 janvier 1129. Y Sous l’autorité du légat Mathieu d’Albano - représentant du pape - sont réunis les plus importants prélats des provinces ecclésiastiques de Sens et de Reims, et quelques laïcs : le comte de Champagne Thibaud II avec son sénéchal André de Baudement, ainsi que le comte de Nevers, Guillaume II.

Pourquoi Troyes ? Hugues de Payns a trouvé une écoute attentive dans sa Champagne natale auprès du comte Thibaud II et de son aristocratie. De plus, il a convaincu l’abbé Bernard de Clairvaux du « bien fondé de la double vocation religieuse et militaire de l’ordre ».

« Adoptée à l’issue du concile, la règle primitive est approuvée 10 ans plus tard par la bulle Omne datum optimum d’Innocent II en 1139. À l’origine, elle comprend 72 articles qui définissent des observances à la fois religieuses et militaires.

La règle consigne par écrit « des coutumes relatives à la hiérarchie, à la vie quotidienne et morale des frères. Elle précise comment un templier doit se nourrir, se vêtir, se soigner et même dormir. Ainsi, la règle impose aux frères de manger deux par deux, « afin que l’un se pourvoie de l’autre ». La viande est autorisée trois jours par semaine seulement car elle « corrompt le corps ». Le reste du temps, les templiers se nourrissent de légumes ou de soupe. La règle oblige aussi le templier à respecter un triple vœu : chasteté, obéissance et pauvreté. Le moine-chevalier doit s’astreindre aux règles liturgiques et pratiquer la prière (jours de fête et de jeûne) ». Des sanctions sont prévues en cas de faute.

La règle évolue avec la vie de l’Ordre » : des dispositions sont assouplies. Les observances religieuses sont inspirées essentiellement des règles de saint Augustin et de saint Benoît ; celles militaires sont fondées sur l’expérience d’Hugues de Payns et de ses frères.

De la Champagne à Jérusalem, des destins de templiers et de croisés
Plus que toute autre principauté médiévale, la Champagne est la terre des aventuriers de l’Orient par excellence. Les princes de la maison de Blois-Champagne et leurs vassaux sont de toutes les croisades.

Noble champenois, vassal du comte de Champagne, le pape Urbain II « initie la première croisade en 1095. Dans un célèbre prêche en clôture du concile de Clermont, il exhorte les chrétiens d’Occident à s’unir pour délivrer leurs frères d’Orient de la menace des Turcs seldjoukides – en échange du pardon de leurs fautes –« .

Après avoir participé à deux expéditions en Orient (1104 et 1113), Hugues Ier de Champagne « abdique pour s’engager, en 1125, dans l’ordre du Temple. Il meurt dans l’anonymat à Jérusalem ».

Henri Ier le Libéral se rend à deux reprises en Orient : avant son avènement, pour la deuxième croisade (1147-1149) prêchée à Vézelay par Bernard de Clairvaux, puis en 1179-1181.

Comte de Champagne, Henri II devenu roi de Jérusalem en 1192, participe à la troisième croisade. Au début du XIIIe siècle, un autre Champenois, Jean, comte de Brienne, lui succède sur le trône, avant de devenir empereur de Constantinople.

Thibaud III a l’initiative de la quatrième croisade - une croisade déviée de son but initial (Jérusalem) vers Constantinople, capitale de l’Empire byzantin, dont la mise à sac entraîna la dispersion dans tout l’Occident d’un grand nombre d’objets antiques et de reliques -, dans laquelle s’engagent des Champenois.

Devenu roi de Navarre, Thibaud IV le Chansonnier dirige la croisade des barons (1239). « S’il n’accompagne pas Louis IX lors de la septième croisade, il « confie à son sénéchal, Jean de Joinville, le soin de diriger le contingent champenoisé.

Incapables de reconquérir Jérusalem et peu enclins au dialogue avec les poulains – ces Francs nés en Orient –, les croisés sont victimes de leurs divisions et de leurs choix stratégiques ».

Thibaud V participe à la huitième et dernière croisade (1270). Comme son beau-père, le roi de France, il décède à Tunis.

Commanderies et chapelles templières de l’Aube
L’Ordre du Temple s’appuie sur un réseau de commanderies et de propriétés foncières, tourné vers l’agriculture, la vigne et l’élevage.

Le comté de Brie et de Champagne comptait alors une quarantaine de commanderies. Les revenus d’exploitation de ces fermes fortifiées contribuent à financer la mission des templiers en Terre sainte.

Une commanderie templière, c’est une « vaste exploitation agricole constituée de terres, prés, étangs, maisons, moulins et granges. Elle est généralement composée d’une chapelle, d’une salle capitulaire, d’un logis, d’une grange, d’étables et d’écuries. Groupés autour d'une cour et d’un puits, ses bâtiments sont protégés par un mur d'enceinte ».

Une douzaine de commanderies se trouvaient sur le territoire de l’actuel département de l’Aube :

- Avalleur (commune de Bar-sur-Seine). Située sur un plateau, la commanderie d’Avalleur domine la plaine de la seigneurie de Bar-sur-Seine. Elle s’est constituée grâce à des donations, sources d’enrichissement du domaine templier, aux XIIe et XIIIe siècles. C’est l’une des plus riches commanderies de l’Ordre. Au XIIIe siècle, son expansion concerne une dizaine de villages ; ses possessions s’étendent jusqu’aux portes de Troyes. Le 8 février 1520, pendant la gestion des Hospitaliers, Avalleur s’agrandit, par association avec les commanderies d’Arrentières, Lévigny et Thors, au nord-est. Devenue bien national, victime du vandalisme révolutionnaire, la commanderie d’Avalleur passe aux mains d’exploitants agricoles. Le 4 juillet 2008, le Conseil général de l’Aube devient propriétaire de la commanderie d’Avalleur (partie logis). La chapelle appartient à la ville de Bar-sur-Seine. Dans le cadre de sa politique patrimoniale, ce Conseil général a entrepris des actions curatives, et en 2012, lance des actions archéologiques (microgravimétrie, photos aériennes et sondages), une action sanitaire pour une meilleure sécurité et pour la conservation du site ;

- Bonlieu (commune de Piney) a été créée sur une donation d'André de Rosson vers 1220. Elle « comptait 4 500 arpents (soit environ 2 700 hectares) de bois, prés, étangs et viviers et terres labourables. Les templiers ont géré et exploité les étangs naturels de la région pour le drainage des terres et pour l’élevage du poisson (carpe du vendredi, etc.). Les archives attestent en tout cas que la superficie de l’étang de Bonlieu a été doublée sous leur action » ;

- Cérès-les-Montceaux (commune de Montceaux-les-Vaudes), Fresnoy (commune de Montpothier), La Loge-Lionne ou Loge d’Orient (commune de Brévonnes), Mesnil-Saint-Loup, Payns, Le Perchois (commune de Saint-Phal), Sancey (commune de Saint-Julien-les-Villas), Vallée (commune de Bercenay-en-Othe), Villiers-les-Verrières (commune de Verrières), Troyes.

Rattachées à ces commanderies, des maisons secondaires du Temple existaient à Belleville (commune de Prunay-Belleville), rattachée à la commanderie de Payns, Buxières, maison dépendant d’Avalleur, La Loge-au-Temple (commune de la Chapelle-Saint-Luc), rattachée à la commanderie de Troyes.

Témoins de cette présence templière, des vestiges subsistent à Avalleur (commune de Bar-sur-Seine), Fresnoy (commune de Montpothier), Mesnil-Saint-Loup, Payns (musée des Templiers – Hugues de Payns).

Conservés dans l’Aube, 53 cartulaires et plus de 16 000 vues numérisés des ordres religieux-militaires sont consultable sur Internet.

Une commanderie virtuelle a été reconstituée en 3D « sur des bases scientifiques issues de recherches menées dans l’Aube (plans, pavements, études de fresques templières, appareillage de pierres, fouilles archéologiques) ».  

La Forêt d’Orient
Aux portes de Troyes, le parc naturel de la forêt d’Orient conserve tout le mystère templier  avec son épaisse forêt, ses grands lacs et ses nombreux étangs.

Dans cette partie de la Champagne humide, l’ordre possédait terres, bois, étangs, vignes, villages, commanderies.

La « vaste étendue boisée de la forêt d’Orient a été profondément remaniée par les réservoirs Seine et Aube qui ont englouti une partie de son histoire. Son nom est source d’énigmes, à l’égal de la forêt de Brocéliande pour la légende arthurienne, car une commanderie était implantée au bord de cette forêt, hantée par l’histoire templière ».

Le vrai « domaine des Templiers est resté intact : c’est celui de la forêt dite « du Temple », domaine templier intact. Ce vaste massif forestier de plus de 1 000 hectares, intégré au Parc naturel de la forêt d’Orient, n’a pas varié depuis son occupation par les templiers. Mêmes limites, mêmes lieux-dits ! La forêt et le lac du Temple évoquent directement l'ordre des Pauvres Chevaliers du Christ ».


La légende des Templiers
« Procès inique ayant marqué les esprits au point de susciter des expressions populaires (vendredi 13 portant malheur ou chance…, 7 ans de malheur), secrets mystérieux (accrédités par le rôle majeur joué par les Templiers en Orient), sorcellerie, alchimie, malédiction et trésor caché »… C’est autour de ces thèmes que s’est constituée la légende des Templiers qui a parfois lié cet Ordre à la franc maçonnerie.

La « tragédie des Templiers ne s'explique-t-elle pas clairement par l'avidité financière d'un monarque toujours à court d'argent, qui a considéré le trésor du Temple comme une proie à sa portée ? Certes, mais en filigrane , les récits scolaires et populaires n'interprètent-ils pas symboliquement le bûcher des templiers comme celui du Moyen Âge idéalisé du XIIIe siècle, celui de saint Louis, modèle des souverains, des cathédrales gothiques et du rayonnement de la Sorbonne, victime de la froide raison d'Etat, instrumentalisée par les légistes de Philippe le Bel ? »

Cette légende a inspiré les romanciers – Les Rois Maudits de Maurice Druon -, la bande dessinée - série Le triangle secret, scénarisée par Didier Convard et aux dessins signés André Julliard, Christian Gine, Denis Falque, Gilles Chaillet, Eric Stalner et Pierre Wachs -, la télévision.


CHRONOLOGIE

1078
Les Turcs seldjoukides conquièrent Jérusalem.
1096-1099
Première croisade à l’appel du pape Urbain II au concile de Clermont (27 novembre 1095) pour aider l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène, les chrétiens d’Orient et libérer la Terre Sainte.
1099
15 juillet. Prise de Jérusalem par les croisés. Fondation des États latins d’Orient.
1101
Le patriarche de Jérusalem crée une confrérie de chevaliers laïcs pour assurer la défense du Saint-Sépulcre et la met sous la tutelle du prieur de ces chanoines.
Vers 1114
Hugues de Payns et quelques chevaliers champenois, appuyés par le comte Hugues de Champagne, entrent au service des chanoines du Saint-Sépulcre de Jérusalem afin de défendre et protéger les pèlerins visitant les Lieux saints.
Vers 1119-1120
Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer s’émancipent de la tutelle des chanoines du Saint-Sépulcre et fondent la milice des Pauvres chevaliers du Christ.
1120
23 janvier. Assemblée/concile de Naplouse. Fondation de l’ordre du Temple. Hugues de Payns, élu maître par les autres chevaliers, reçoit du roi Baudouin II sa résidence près du « Temple de Salomon » comme maison mère ou quartier général. Sa confrérie passe de l’obédience du prieur du Saint-Sépulcre à celle du patriarche latin de Jérusalem.
1125
Le comte de Champagne Hugues Ier se fait templier. Il mourra à Jérusalem peu après 1130.
1127-1129
Lettre de Hugues de Payns aux Chevaliers du Christ et chevauchée en Occident.
De laude novae militiae de Bernard de Clairvaux.
Avant le 31 octobre 1127
Fondation de la commanderie de Payns par Hugues de Payns.
1129
13 janvier. Concile de Troyes. Approbation et rédaction de la Règle du Temple.
1135
Mai. Concile de Pise. Le pape Innocent II présente à l’assemblée le nouvel ordre et donne aux Templiers une liste des fêtes et jeûnes à observer.
1136
24 mai. Mort d’Hugues de Payns.
1139
Bulle Omne datum optimum. L’ordre du Temple, soustrait à l’autorité des évêques, relève directement du pape.
1146
27 avril. Prédication de la deuxième croisade par saint Bernard à Vézelay.
1187
4 juillet. Bataille de Hattin. Tous les Templiers capturés sont exécutés par Saladin qui s’empare de Jérusalem le 2 octobre suivant.
1191
12 juillet. Prise d’Acre par l’armée de la Troisième croisade. Le comte Henri II interdit aux templiers d’acheter des forteresses en Champagne.
1192
Le comte de Champagne Henri II devient roi de Jérusalem.
1198
Acre. Fondation de l’ordre des Teutoniques.
1204
Quatrième croisade et prise de Constantinople.
1217-1221
Cinquième croisade.
1228
Le comte Thibaud IV soumet l’ordre du Temple au paiement de la mainmorte sur l’ensemble de ses fiefs. Refus des Templiers. Ce différend entre les comtes de Champagne et cet Ordre est résolu en 1255.
1229
Mars. L’empereur Frédéric II reprend provisoirement possession de Jérusalem.
1248
Septième croisade menée par le roi Louis IX.
1250
5 avril. Défaite de La Mansourah, suite à une charge inconsidérée des Templiers, provoquée par le comte Robert d’Artois. Saint Louis est fait prisonnier, 280 templiers sont tués.
1270
Huitième croisade : mort du roi Louis IX et du comte de Champagne Thibaud V à Tunis.
1284
16 août. Mariage de la comtesse Jeanne de Navarre avec le futur Philippe IV le Bel.
1291
28 mai. Chute d’Acre et fin des États latins d’Orient.
Mort à Acre du grand maître Guillaume de Beaujeu le 18 mai.
Les Templiers évacuent leur forteresse de Château-Pèlerin pour l’île de Chypre (12 août).
1307
13 octobre. Arrestation de tous les templiers de France sur ordre du roi Philippe IV le Bel.
1308
12 août. Bulle Faciens misericordiam du pape Clément V ordonnant la mise en place de commissions d’enquête dans l’affaire de l’ordre du Temple.
1311
16 octobre. Ouverture du concile de Vienne chargé de juger l’ordre du Temple.
1312
22 mars. Bulle Vox in excelso. Le pape Clément V abolit l’ordre du Temple.
2 mai. Bulle Ad providam. Le pape Clément V attribue les biens des Templiers aux Hospitaliers.
1314
18 mars. Jacques de Molay, dernier grand maître de l’ordre du Temple, et Geoffroy de Charnay, commandeur de Normandie, sont brûlés sur l’île aux Juifs à Paris, après s’être rétractés de leurs aveux.

Le rouleau des interrogatoires, un monument de l’histoire templière prêté à titre exceptionnel par les Archives nationales

Parmi les nombreux documents d’archives relatifs au procès engagé par l’administration de Philippe le Bel contre l’ordre du Temple, le procès-verbal d’interrogatoire des templiers à Paris, conservé dans le Trésor des chartes des rois de France aux Archives nationales (J 413, n° 18), constitue un document exceptionnel :

- par sa forme et son impressionnante longueur. Long de 22 mètres, le rouleau est constitué de 44 membranes de parchemin, soit 22 peaux de chèvres coupées en deux et cousues ensemble par des fils de lin. Chaque jonction entre deux parchemins est marquée de plusieurs signes d’authentification des notaires de la chancellerie royale, destinés à se prémunir contre toute falsification ou correction ultérieure.

- par son contenu historique.

La rédaction de ce document intervient juste après la gigantesque opération d’arrestation des templiers du royaume décidée par Philippe le Bel, et conduite par Guillaume de Nogaret, le vendredi 13 octobre 1307. Six jours plus tard, les premiers templiers sont conduits devant les dominicains Guillaume de Paris (propre confesseur du roi et inquisiteur de la province de France), et Nicolas d’Ennezat. Ces derniers les interrogent sur les accusations de reniement du Christ, d’hérésie, de pratiques idolâtres et d’homosexualité. Conduits sous la torture, les interrogatoires durent jusqu’au 24 novembre. Les réponses de 138 templiers sont recueillies et compilées dans ce rouleau, dont celles du grand maître Jacques de Molay et de nombreux templiers champenois. Seuls quatre d’entre eux nièrent les faits qui leur étaient reprochés.

Présenté pour la première fois aux Archives nationales dans l’exposition L’affaire des Templiers. Du procès au mythe (Paris, 2 mars-16 mai 2011), ce document a été restauré et numérisé. Il est consultable sur le site Internet ARCHIM. Sa présentation à Troyes, en 2012, constitue sa première exposition en province.


Ce « sceau monumental » - il représente un monument – présente une coupole ressemblant à un globe est portée sur une base étroite composée de petites arcades ; deux sont visibles. Le tout repose sur une grande base d’apparence cylindrique ouverte de trois arcades.

« Dans le siècle qui a suivi la mort de Mahomet, la politique a incité la dynastie omeyyade, basée à Damas, qui contrôlait Jérusalem, à faire de cette ville une ville sacrée en Islam. En proie à une concurrence féroce avec un leader dissident de La Mecque, les dirigeants omeyyades cherchèrent à rabaisser l'Arabie aux dépens de Jérusalem En 688-91, ils ont construit la première grande structure de l'islam, le Dôme du Rocher, au-dessus des vestiges du Temple juif de Jérusalem. Ils ont même réinterprété le Coran pour faire place à Jérusalem En 715, les Omeyyades ont construit une mosquée à Jérusalem, à nouveau sur le Mont du Temple, et ils ont appelé cela la mosquée la plus éloignée (al-Masjid al-Aqsa, ou mosquée al-Aqsa). Avec ce geste, les Umayyades post hoc ont non seulement inséré Jérusalem dans le Coran, mais rétroactivement lui ont donné un rôle de premier plan dans la vie de Mahomet. Car si «la mosquée la plus éloignée» est à Jérusalem, alors le Voyage nocturne de Mahomet et son ascension au ciel (Mi'raj) ont également eu lieu sur le Mont du Temple » (Daniel Pipes).

Le Dôme du Rocher est appelé par les chrétiens Templum Christi.

Les Templiers sont hébergés dans un premier temps à l’Hôpital Saint-Jean. Puis, en 1120, ils sont accueillis dans la mosquée d’Al-Aqsa devenue palais de Baudouin II, roi de Jérusalem.

« Quelques années plus tard, le roi Baudouin II installa son palais à côté de la tour de David, abandonnant aux Templiers l’ensemble de la mosquée ; ils devinrent alors les chevaliers du Temple ». (Thierry Leroy, Les Templiers, légende et histoire. Paris, Imago, 2007).


Templiers. De Jérusalem aux commanderies de Champagne. Editions Somogy-éditions d’Art et par le Conseil général de l’Aube, en partenariat avec les Archives nationales, 2012. 2 versions (français et anglais). 328 pages, 215 illustrations. 29 €. ISBN-9782757205297

Jusqu’au 31 octobre 2012
Rue de la Cité - Troyes
Tous les jours de 9 h 30 à 19 h


Visuels :
Epée à inscription
Europe du Nord-Ouest, XIIe-XIIIe siècle
Alliage ferreux, argent
L. : 96,5 cm ; l. : 14,3 cm
Saint-Omer, musée de l’hôtel Sandelin , inv. 6764
© Bruno Jagerschmidt./ Musée Sandelin / Saint-Omer

Moulage de l’avers de la boule de l’ordre du Temple représentant deux cavaliers sur un même cheval
Arch. Nat., sc/D 9863
Symbole de la double identité templière, ce sceau évoque l’association du moine et du soldat, unis pour la défense des Lieux saints (1259).
© Archives nationales, Pierre Grand

Le pape Clément V confirme la suspension des privilèges de l’ordre de l’Hôpital (Avignon, 18 décembre 1312).
Parchemin, 450 x 700 mm (repli : 40 mm ) ; scellé d’une bulle de plomb sur lacs de soie jaunes et rouges
Arch. Nat., J 417 n° 33
© Archives nationales, Pierre Grand

Le comte de Champagne Hugues 1er, avec l’accord de son frère Philippe, évêque de Châlons, et de Constance, son épouse, renonce aux droits qu’il avait sur le village de Rouilly [-Saint-Loup] en faveur des moines de Saint-Loup de Troyes [avant 1100].
Parchemin, 282 x 588 mm : autrefois scellé du sceau comtal, rivé en bas au centre
Arch. Dép. Aube, 4bisH9
Après les noms des serviteurs du comte et des membres du clergé, la liste énumère ceux des seigneurs et chevaliers de la cour de Troyes au rang duquel le nom d’Hugues de Payns (Hugo de Paenclis) figure en bonne place.
© Archives départementales de l’Aube, Noël Mazières

Geoffroy de Villehardouin, sénéchal de l’empire de Romanie, en accord avec sa femme Elisabeth, donne à l’abbaye de Clairvaux le village d’Harricourt (1216).
Parchemin, 97 x 228 mm (repli : 27 mm)
Arch. Dép. Aube, 3H726
© Archives départementales de l’Aube, Noël Mazières

Col d’un pichet en faïence italienne (fin XIIIe s.) provenant de la commanderie d’Avalleur. Une colombe, ailes déployées et bec ouvert, orne cette céramique émaillée.
© Collection particulière

Les citations sont extraites du dossier de presse.


Articles sur ce blog concernant :
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Cet article a été publié  pour la première fois le 29 octobre 2012. Il a été republié le :
- 28 décembre 2012 alors que TF1 diffusait Kingdom of Heaven, film de Ridley Scott évoquant les Templiers ;
- 5 mai 2013 alors que TF1 a diffusé à 20 h 50 Benjamin Gates et le trésor des Templiers, film de Jon Turteltaub ;
- 12 juillet 2013 France 5 a diffusé ce 12 juillet 2013 à 20 h 42 et le 28 juillet 2013 à 10 h 30 La déroute des Templiers, documentaire d'Andrew Killawee ;
- 7 août 2013 alors que, sur France 3, Des racines & des ailes diffuse une émission sur le Larzac templier et hospitalier., et que vient d'être découvert lors de fouilles archéologiques dans le "quartier chrétien" de Jérusalem un immense hôpital construit au XIe siècle par les Chevaliers de Saint-Jean lors de l'ère des croisades ;
- 23 septembre 2013 car D8 a diffusé ce soir à 20 h 50 Le Dernier des Templiers (Season of the Witch), de Dominic Sena. (2008) ;
- 8 novembre 2013 car Histoire a diffusé Les Templiers dans le cadre de La caméra explore le temps d'Alain Decaux, André Castelot et Stellio Lorenzi, les 9 et 14 novembre 2013 ;
- 2 décembre 2013, 14 février et 7 mai 2014 car Histoire a  diffusé Les Templiers dans le cadre de La caméra explore le temps d'Alain Decaux, André Castelot et Stellio Lorenzi, les 3 décembre 2013, 15 et 20 février 2014, 10 et 19 mai 2014. "Au début du XIVème siècle, par le biais de l'Inquisition, le légendaire Philippe le Bel mène une lutte destructrice contre les tout puissants chevaliers du Temple. Plus que le récit d'un procès qui se poursuit sur sept longues années, cette évocation dramatique met l'accent sur les personnalités respectives de Philippe le Bel et de Jacques de Molay, Grand Maître de l'Ordre, dont la malédiction sur le bûcher passe pour avoir poursuivi les descendants du roi et de son entourage au long des générations. L'action débute en 1305 et se déroule simultanément à Paris où Philippe le Bel règne depuis vingt ans et à Poitiers où réside Clément V, pape français. L'autorité du roi de France est tenue en échec par le tout puissant Ordre du Temple qui a su faire fructifier au centuple les immenses richesses rapportées de Terre Sainte. Soucieux de son prestige, Philippe le Bel qui de surcroit convoite leurs biens, décide d'anéantir les Templiers. Arrestations, tortures, procès et exécution par le bûcher du Grand Maître de ..." ;
- 6 janvier 2014. France 4 a diffusé ce soir à 22 h 25 Arn, chevalier du Temple ;
- 14 février, 26 mars et 22 juillet 2014, 28 mai 2015. Histoire  a  diffusé La vérité sur les Templiers, de Mathieu Pradineau et Stéphane Begoin (2013) les 28 mars et 30 mars 2014, 29 et 31 mai, 5, 11, 17 et 23 juin, 25, 27 et 30 août, 2, 6, 10 et 15 septembre 2015. " Il y a exactement 700 ans, Jacques de Molay, dernier  maître du Temple, déclarait du haut de son bûcher : «Maudits, vous serez maudits !», point de départ de ce qui allait devenir la «malédiction» des Templiers. Mais qui étaient réellement ces Templiers, moines et soldats ? Comment cet ordre fascinant qui avait tant de pouvoir a si brutalement disparu ? Grâce à de nouvelles découvertes non seulement sur le chantier de fouilles du Carreau du Temple à Paris (dont la réouverture est prévue au printemps), mais aussi aux Archives Nationales par le biais d'un parchemin de 30 mètres de long, les plus éminents historiens de l'histoire des chevaliers de dieu nous racontent «la vérité sur les Templiers», faisant table rase des mythes et fantasmes".

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