dimanche 19 février 2017

Marlene Dietrich (1901-1992)


En 2003, le musée Galliera a rendu un hommage à Marlene Dietrich (1901-1992) star internationale, en présentant des tirages originaux et plus de 250 vêtements et accessoires, portés par Marlene Dietrich (1901-1992) des années 30 aux années 1970 à la ville, à l’écran et sur scène. Le 19 février 2017, Arte diffusera La Scandaleuse de Berlin, de Billy Wilder.

Frank Sinatra (1915-1998)
Barbra Streisand


Née le 27 décembre 1901 en Allemagne, Marlene Dietrich, inoubliable « Ange bleu » de Josef von Sternberg (1929-1930) poursuit rapidement sa carrière cinématographique aux Etats-Unis.

Citoyenne américaine, la star mythique participe à l’effort de guerre et suit la ligne de front.

Organisée avec le Filmmuseum de Berlin, l’exposition Marlene Dietrich, Création d’un mythe (2003) au musée Galliera était articulée autour de la Seconde Guerre mondiale. 

Les articles étaient présentés, seuls ou combinés, pour reconstituer la silhouette élégante d’une artiste intelligente, exigeante, cultivée, courageuse, antinazie qui construit son mythe avec Josef von Sternberg (L'Impératrice rouge, 1934) et le fait évoluer avec Billy Wilder (« La Scandaleuse de Berlin », 1948) ou Fritz Lang (« L’ange des Maudits », 1952).

L'Impératrice rouge
Le 25 juillet 2016, Arte diffusa L'Impératrice rouge (The Scarlet Empress), de Josef von Sternberg. Un film au style expressionniste.


"Promise par sa mère dès l'enfance à la plus haute destinée, la jeune princesse allemande Sophia Frederica, 16 ans, arrive à Saint-Pétersbourg pour épouser le grand-duc Pierre. Rebaptisée Catherine, la belle se languit bientôt auprès de cet être falot et sans envergure. Après s'être laissé séduire par le comte Alexeï, elle succombe aux charmes d'Orlov, le capitaine de la garde. À la mort d'Élisabeth Ière, Pierre, qui lui succède sur le trône de Russie, projette de se débarrasser de son épouse..."

 "Pour incarner ce conte tout à la fois ironique et tragique, Josef von Sternberg retrouve après L'ange bleu, Agent X 27 et Shanghaï express son impériale égérie, Marlene Dietrich". Maria Riva, fille de Marlene Dietrich, incarne Catherine enfant.

"Trame romanesque, décors glaçants du palais d'Hiver, lumières et costumes somptueux, bande originale interprétée par un orchestre symphonique... Sternberg ne lésine pas sur les moyens pour mettre en scène, avec un grand sens du baroque, l'irrésistible ascension de celle qui deviendra la Grande Catherine de Russie. Considéré comme un chef-d'oeuvre, un film à grand spectacle sur l'illusion du pouvoir.

La Scandaleuse de Berlin
La Scandaleuse de Berlinde Billy WilderDans le Berlin de 1946, une prude enquêtrice découvre les dessous de l'occupation américaine... Un "film ravageur, avec Marlene Dietrich et Jean Arthur".

"Berlin, 1946. À la tête d'une commission parlementaire, l'intransigeante Phoebe Frost vient enquêter sur les conditions de l'occupation américaine et découvre la réalité berlinoise : marché noir, immoralité, "fraternisation" des soldats avec la population, surtout féminine… Apprenant qu'un officier américain protège la chanteuse de cabaret Erika von Schlütow, une ancienne nazie, elle décide de le démasquer. Et recrute pour ce faire le capitaine John Pringle, sans se douter qu’il est celui qu’elle recherche…"

"Qui d’autre que Billy Wilder, chassé de son cher Berlin quinze ans plus tôt par l’arrivée d’Hitler au pouvoir, aurait osé tourner une comédie dans les décombres de la ville ? Si le rire, qui fuse grâce à des dialogues percutants, contraste avec le décor de fin du monde, il rend plus criante la tragédie récente. Son film documente ainsi cruellement, mais fidèlement, l'immédiat après-guerre dans l’Allemagne vaincue. Marlene Dietrich, toujours somptueuse, s’amuse à jouer les planquées tandis que Jean Arthur emporte l’adhésion en puritaine convertie par l'amour".

Styles
Traçant une ligne poreuse entre vie privée et représentation publique, créatrice et précurseur de styles vestimentaires, Marlene Dietrich personnifie la garçonne, l’androgyne, puis la femme fatale.

Les éclairages expressionnistes et le maquillage sophistiqué sculptent, voire remodèlent, le visage de la star blonde.

L’âge venant, Marlene Dietrich exalte davantage sa féminité, perpétue le glamour hollywoodien (robe « Anguille », manteau « Cygne »), et entame des tours de chant, notamment en Israël où elle a interprété des chansons en allemand.

Puis, elle se fixe à Paris où, le 12 juin 2003, a été inaugurée la place Marlène Dietrich, actrice et chanteuse, à l’angle de la rue Boissière et de la rue Hamelin (75016).

Israël
En 1966, Marlene Dietrich a séjourné une deuxième fois en Israël ; son précédent séjour remontait à 1960.

Elle a été reçue par le Président Zalman Shazar. Elle s'est rendue à Yad Vashem où elle a allumé une bougie à la mémoire des victimes de la Shoah. Elle a expliqué sa visite par sa "forte attirance" pour le peuple Juif et son admiration pour l'Etat d'Israël. Elle a donné des récitals pour un public composé notamment de survivants de la Shoah, interprété des chansons en allemand après avoir obtenu l'accord des spectateurs, et au bénéfice de Tsahal.

Elle a été distinguée par la Médaille israélienne du courage.

Guerre
Le 8 mai 2016, dans la série Tout est vrai (ou presque), Arte évoqua Marlene Dietrich dans une réalisation de Udner : "La série quotidienne qui raconte les personnalités avec des petits objets fait son grand retour. Aujourd'hui : Marlene Dietrich, qui s'engagea avec force auprès des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale, notamment en chantant pour les militaires".

Gabin
Arte a rediffusé les 1er et 8 février 2015 Un amour impossible. Marlene Dietrich et Jean Gabin, documentaire de Daniel Guthmann, Christian Buckard (2012). "L'idylle entre Marlene Dietrich et Jean Gabin avait commencé à l'été 1941 à Hollywood. L'extravagante Prussienne et le taciturne Français ont formé un couple aussi romantique que passionnel, uni dans la lutte contre le nazisme. Fondé sur une série d'entretiens et d'archives, ce documentaire émouvant retrace leur amour sans avenir". 


"C’était un homme tendre et aimant. Il m’a aimée comme je l’ai aimé. C’est une perte, à laquelle je pense jour et nuit." Ce n’est qu’à la mort de Gabin, en novembre 1976, que Marlene Dietrich perd définitivement l’espoir de revoir une dernière fois son grand amour. Pendant presque trente ans, elle avait attendu, en vain, un geste de réconciliation de l’amant d’antan. Mais lui – têtu comme il l’a toujours été – refusait de reprendre contact avec elle. L’idylle entre les deux vedettes de cinéma avait commencé pendant l’été 1941 à Hollywood. L’extravagante Prussienne et le taciturne Français ont formé un couple aussi romantique que passionnel, uni dans la lutte contre le nazisme. Tous deux sont allés au front : elle pour divertir les troupes, lui comme chef de char. À l'aide d'archives et d’entretiens avec l'animateur Louis Bozon, qui fut le confident de Marlène, Jean-Jacques Debout, les enfants de Jean Gabin, Florence et Mathias, le film retrace cette histoire d’amour franco-allemande entre la Dietrich et Gueule d’amour".



"Le succès de Marlène Dietrich dans L’ange bleu lui valut d’être sollicitée, dès son retour en Europe, par toutes les maisons de disques. Elle n’avait pourtant jamais chanté en français. Les chances de Polydor étaient minces, mais à toutes fins utiles, on me dépêcha à l’hôtel Trianon, à Versailles, où Marlène était descendue. Et puis je parlais allemand, j’étais jeune, j’y croyais.

9 heures du matin. Je me fais annoncer.

« - Vous avez rendez-vous?

- Quelle question! »

Je n’en avais évidemment aucun.

Vous voudrez bien attendre Madame, elle ne descend jamais avant midi.

Vers les 16 heures, je fais une nouvelle et timide ten­tative. On me répond que Madame est très occupée, qu’elle m’accordera cependant une minute lorsqu’elle passera. A 17h30, l’éblouissante Marlène apparaît, avec son petit chien blanc et son mari Mr. Sieber. Je m’avance, sûr de moi. Elle me dévisage.

« - Débarrassez-moi de ce gringalet! demande-t-elle en allemand, à son époux.

- Mais, madame, dis-je dans la même langue, vous êtes la chance de ma vie! Et puis j’ai les chansons que vous cherchez pour votre disque en français.

- Comment pouvez-vous savoir ce que je cherche? »

J’insiste, j’explique, j’improvise, je me fais persuasif. Je ne suis pas gêné du fait que ces chansons n’existent que dans mon esprit. Après dix minutes d’entretien, Marlène relève mon numéro de téléphone. Elle m’appellera dans quelques jours afin d’écouter les deux chansons que je lui propose.

Fou de joie, je rentre chez Polydor où l’on m’accueille avec des moues de scepticisme. Il faut faire vite. Je me mets en chasse. Par Wal-Berg et Jean Tranchant, je découvre les deux trésors qui vont séduire Marlène. Wal­-Berg ne doute pas un instant de la réussite. Tranchant me montre une chanson atrocement pessimiste qu’il vient de composer pour sa femme et qui s’intitule : Assez.

Ma visite à Versailles date de mardi. Vendredi après-midi, branle-bas de combat chez Polydor : Marlène est au bout du fil. Elle refuse de parler à Herbert Borchardt, le directeur de la maison, et réclame le « petit jeune homme amusant ». Mon prestige grimpe de deux étages. Rendez-vous est pris pour le samedi matin à Versailles avec Tran­chant et Wal-Berg. J’assiste à cet instant mystérieux où l’interprète écoute sa chanson pour la première fois. Acceptera? Refusera? Très bon pianiste, Wal-Berg est en revanche un présentateur médiocre. Tranchant au contraire est le roi du charme. Le fluide de Marlène, sa gentillesse, sa finesse me tournent la tête. Enfin l’accord se fait. Ouf!

Ma carrière phonographique venait de se décider ce jour-là. La réussite de ce doublé versaillais m’avait fait donner dans le mille. J’avais fait accepter par une star étrangère, non seulement l’idée d’enregistrer deux chansons françaises (dont elle comprenait peu les paroles), mais encore le fait que les deux compositeurs lui fussent complètement inconnus.

Cet instant a été une des « coïncidences » heureuses de ma vie.

L’enregistrement fut d’abord laborieux, mais la direc­tion de Wal-Berg vint à bout de toutes les difficultés. Mar­lène Dietrich, optimiste, étonnante de vitalité, réalisa donc un disque qui porte un Je m’ennuie sur une face et un Assez sur l’autre! Le hasard a parfois le sens de l’humour. Tout cela fit que le disque s’est vendu dans le monde entier avec un succès qui me laisse encore aujourd’hui songeur si je pense à la qualité des textes…

Herbert Borchardt profita de la présence de Marlène dans nos studios pour lui soumettre de nombreux textes, en allemand cette fois. Elle en choisit quatre du grand parolier allemand Max Kolpe. La musique en fut composée par Peter Kreuder, qui connais­sait fort bien son métier, mais avec qui le contact n’était pas des plus faciles. Kreuder ne réussit pas à enregistrer ces chansons avec Marlène. Après huit ou neuf séances pendant lesquelles le Français Wal-Berg et l’Allemand Kreuder n’arrivèrent pas à s’entendre, une intuition fulgurante me traversa l’esprit : mes musiciens noirs de Montmartre! Freddy Johnson, Arthur Briggs et les autres…

Marlène accepta, Borchardt acquiesça, Kreuder mau­gréa, Wal-Berg se vexa. Mais le soir même, les chansons étaient enregistrées. Une séance, sans arrangement, « à la feuille » comme on dit!

Quand elle quitta Paris avec ses disques, Marlène igno­rait qu’elle laissait derrière elle un jeune homme prêt à réaliser ses rêves les plus fous.

En 1964, lorsque je suis allé à New York organiser les représentations d’Yves Montand, Marlène nous a aidé pour rendre les débuts d’Yves plus agréables.

Après la seconde représentation triomphale, nous avons passé, Yves et moi, une soirée merveilleuse en compagnie de Marlène au bar de l’hôtel Algonquin. Chère Marlène, toujours aussi infatigable, aussi prodigieuse! A 4 heures du matin, lorsque nous avons évoqué les souvenirs des uns et des autres, je lui ai rappelé ces instants inoubliables pour moi : l’hôtel Trianon, Versailles, la rue Jenner…

« — Oh! so you were the funny little boy… You were about twenty years (j’en avais vingt-quatre!) and my little dog didn’t like you (oh, non alors!). Really I called you back because I wanted to help you out. And didn’t I pro­mise it to you? »

Marlène a un coeur d’or et de la suite dans les idées. A cela s’ajoute une énergie et une mémoire fabuleuses". (Extrait du livre et du coffret « Mes 50 ans de chansons françaises »)

L'Impératrice rouge, de Josef von Sternberg
Paramount Pictures, Josef von Sternberg, 1934, 104 min
Auteur : Katharina II
Image : Bert Glennon
Montage : Josef von Sternberg, Sam Winston
Musique : John Leipold, W. Franke Harling
Scénario : Manuel Komroff
Avec Marlene Dietrich, John Lodge, Sam Jaffe, Louise Dresser, C. Aubrey Smith, Gerald Fielding, Gavin Gordon
© 1992 Universal City Studios
© 1981 Universal City Studios, Inc.
Sur Arte le 25 juillet 2016 à 23 h 40

La Scandaleuse de Berlinpar Billy Wilder
Paramount Pictures, 1948, 112 min
Auteur : David Shaw
Image : Charles B. Lang Jr.
Montage : Doane Harrison
Musique : Friedrich Hollaender
Producteur/-trice : Charles Brackett
Scénario : Billy Wilder, Charles Brackett, Richard L. Breen, Robert Harari
Avec Jean Arthur, Marlene Dietrich, John Lund, Millard Mitchell, Peter von Zerneck, Stanley Prager
Sur Arte le 19 février 2017 à 22 h 50

« Marlene Dietrich, création d’un mythe ». Ed. Paris Musées, 2003

Visuels : 
© NARA (National Archives & Records Administration, Washington)

Articles sur ce blog concernant :

Cet article avait été publié par Actualité juive, et sur ce blog le :
- 22 janvier 2013 à l'approche de la rediffusion de Témoin à charge (Witness of the Prosecution), de Billy Wilder (1957), avec Marlene Dietrich, Tyrone Power et Charles Laughton, sur Arte, le 23 janvier 2013 à 13 h 55 ;
- 6 septembre 2014, 1er février et 27 décembre  2015, 8 mai et 26 juillet 2016. 

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