mardi 27 septembre 2016

Ingrid Bergman (1915-1982)


Ingrid Bergman (1915-1982), comédienne polyglotte, talentueuse, à la carrière internationale jalonnée par 54 films et couronnée par quatre Oscar, a infléchi sa carrière par de nombreux tournants : arrivée à Hollywood en 1939, installation tumultueuse en 1949 en Italie auprès de son futur mari Roberto Rossellini, retour triomphal à Hollywood en 1956. Les 26 septembre et 17 octobre 2016, Arte diffusera Pour qui sonne le glas, de Sam Wood avec Gary Cooper et Ingrid Bergman.



Ingrid Bergman  est née en 1915 à Stockholm (Suède). Sa mère allemande, Friedel Adler Bergman, née à Hambourg, décède d'une jaunisse quand Ingrid a trois ans. Son père Justus Samuel Bergman, propriétaire d’un magasin de photographie, élève Ingrid Bergman en la familiarisant avec l’objectif de la caméra, en filmant sa fille dans des saynètes. Il décède en 1927.

"Vive, timide, turbulente et têtue, triste et solitaire". C'est ainsi qu'Ingrid Bergman se décrit enfant se créant un monde imaginaire pour fuir une réalité triste.

Ingrid Bergman est élevée par divers membres de sa famille paternelle.

Comme d'autres membres de sa famille, elle était persuadée avoir du "sang juif" dans sa branche maternelle. Des recherches généalogiques auraient infirmé cette croyance.

A 18 ans, elle est admise à l’Ecole Royale d’Art Dramatique de Suède en interprétant un rôle comique, et entame une carrière fulgurante au théâtre et au cinéma. Elle épouse Petter Lindstrom, neuro-chirurgien, in 1937.

A 22 ans, Ingrid Bergman a tourné dans onze films populaires et est déjà une vedette.

En 1938, pour son contrat de trois films avec une société cinématographique allemande, Universum Film AG (UFA) un certificat attestant qu'elle a seulement des ancêtres aryens s'avère nécessaire.

Ingrid Bergman aime filmer les voyages effectués avec son époux en Allemagne. Là, elle saisit le panneau indiquant un commerce Juif, des jeunes nazis défilant...

Le 20 septembre 1938, le couple Lindstrom a une fille, Friedel Pia, future journaliste de télévision.

Éprise de liberté, Ingrid Bergman "veut voir le monde, et travailler dans une langue qui n'est pas la sienne".

Hollywood, Hollywood !
Repérée par Hollywood, elle arrive aux Etats-Unis en 1939, à l’invitation du producteur David O. Selznick qui souhaite faire un remake d’Intermezzo (1936) de Gustaf Molander où Ingrid Bergman brillait par le naturel de son jeu, irradiant la pellicule de l’expressivité de ses expressions et de son charme.

Très vite, elle s’oppose aux studios qui, au terme des premiers essais, veulent la métamorphoser en star glamorous : épilation des sourcils, maquillage sophistiqué, adoption d’un nom d’artiste - "Indy Lindberg" -, etc.

Ruth Roberts, coach technique et "excellent professeur d'anglais", Kay Brown, son agent, et Irène Selznick, épouse de David I. Selznick, deviennent ses meilleures amies.

Devant les refus d’Ingrid Bergman, les studios s’inclinent et promeuvent « la première actrice naturelle ». Elle avait "un rayonnement, une lumière", se souvient sa fille Isabella Rossellini.



Ingrid Bergman obtient de signer, non un contrat standard de sept ans, mais un contrat pour tourner dans quatre films. Elle s'installe à Hollywood avec sa fille. Son mari la rejoint, étudie la médecine à Rochester. Il devient neuro-chirurgien.

Casablanca
"1942. Tous ceux qui tentent d’échapper au joug nazi et de rejoindre l’Amérique échouent à Casablanca, encore sous administration française. Une foule cosmopolite se presse ainsi chez Rick’s, le cabaret-casino à la mode. Un soir, le capitaine Renault, représentant du gouvernement de Vichy, y fait arrêter Ugarte, un aventurier qui a assassiné deux courriers allemands pour leur dérober leurs lettres de transit. Avant d’être emmené, Ugarte est parvenu à confier son butin au propriétaire des lieux, Rick, un Américain qui affecte la neutralité. Le même soir, Victor Laszlo, un important chef de la Résistance, débarque au cabaret en compagnie de sa femme. Rick reconnaît aussitôt Ilsa, dont il est tombé amoureux à Paris deux ans plus tôt, et qui l’a trahi..."

"Tourné en pleine Seconde Guerre mondiale, Casablanca est un film mythique sur lequel le temps n’a pas de prise. Michael Curtiz a réalisé un film de propagande antinazie, mais c’est à coup sûr le plus original et le plus subtil jamais tourné pendant le conflit". Un chef d'oeuvre à la chanson inoubliable "As time goes by".

"D’abord, il fait entrer dans la légende le couple Bogart/Bergman, qui n’a pas fini de faire rêver. Ensuite, il présente un formidable raccourci du conflit mondial dans une vision d’une grande justesse, les différentes forces en présence étant personnifiées par les clients du cabaret".

"Enfin, il parvient à mélanger avec fluidité et élégance une multitude de genres : Casablanca est à la fois l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma hollywoodien, un film de guerre, un mélodrame exotique, un thriller et un prêche patriotique. Sur fond de guerre se joue le drame d’un trio dont chaque protagoniste incarne un mode d’engagement différent : rationnel (Laszlo), sentimental (Ilsa), chevaleresque (Rick). Résultat d’une improvisation féconde (le scénario du film était écrit au fur et à mesure du tournage), les louvoiements de l’action servent admirablement le propos d’un film où règnent l’incertitude, le hasard, le mensonge et le bluff".

Pour qui sonne le glas 
En 1943, Sam Wood a réalisé Pour qui sonne le glas  (For Whom the Bell Tolls) avec Gary Cooper et Ingrid Bergman. "En pleine guerre d'Espagne, Robert Jordan, un Américain, s'engage auprès des combattants républicains... Tiré du célèbre roman d'Hemingway, un mélodrame poignant sur fond de guerre civile espagnole".

"Dans la nuit espagnole, en pleine guerre civile, un train explose. Deux hommes s'enfuient, des soldats à leurs trousses. L'un d'eux est touché. Pour lui éviter de tomber aux mains de l'ennemi, son compagnon l'achève. Ce dernier s'appelle Robert Jordan, il est américain et combat aux côtés des républicains. Sa prochaine mission : faire sauter un pont lors d'un assaut d'envergure contre les troupes franquistes. Dans les montagnes, l'" Inglés" rejoint un groupe dirigé par une femme, Pilár. Celle-ci a recueilli la jeune María, dont les parents ont été tués par les franquistes. Robert et María tombent amoureux..."

"Sierra melodramática". "Comment traduire à l'écran l'idéalisme sec et le romantisme sombre du roman d'Hemingway ? La Paramount, qui avait racheté les droits du livre en 1949, voulut en faire une superproduction mélodramatique tournée dans la Sierra Nevada californienne. La guerre d'Espagne et la politique passent à l'arrière-plan, et l'intrigue se concentre sur les personnages : d'un côté la petite troupe de Pilár, tronches burlesques et caractères hauts en couleur, de l'autre les deux héros, beaux, passionnés et très émouvants, incarnés par Gary Cooper et Ingrid Bergman".

Oscar
"Je ne demande pas grand chose. Je veux tout".

Ingrid Bergman n'hésite pas à choisir des contre-emplois : dans Dr. Jekyll and Mr. Hyde, film de Victor Fleming (1941) avec Spencer Tracy et Lana Turner, Ingrid Bergman, lasse de jouer des rôles de femmes vertueuses, échange avec Lana Turner le rôle de la jeune première vertueuse fiancée du Dr Jekyll contre celui de la prostituée masochiste Ivy.

Mue par un goût sûr, Ingrid Bergman ne veut tourner que dans des chefs d'oeuvre. Ce qui fait sourire Alfred Hitchcock, "un homme brillant qui sait mêler comédie et drame". "Il lui apprend à se détendre", déclare Isabella Rossellini.

Casablanca (1942), For Whom the Bell Tolls (1943), Gaslight (Hantise, 1944) de George Cukor – Ingrid Bergman reçoit l’Oscar de la meilleure actrice -, Spellbound (La Maison du docteur Edwardes, 1945), The Bells of St. Mary's (Les Cloches de Sainte-Marie), Notorious (Les Enchaînés, 1946) d’Alfred Hitchcock, Joan of Arc (1948) -Ingrid Bergman "aimait ce personnage de jeune paysanne choisie pour être héroïque", confie sa fille aînée Pia -, Under Capricorn (Les Amants du Capricorne, 1949) d’Alfred Hitchcock...

C'est une filmographie brillante, variée dans les genres - drame, suspense, comédie romantique -, que constitue en quelques années Ingrid Bergman, star mondialement connue. Elle joue en Europe pour les soldats américains.

En 1945, Ingrid Bergman rencontre à Paris le photographe Robert Capa. Ils vivent une liaison amoureuse pendant deux ans. "Son influence hongroise lui fait du bien".

Ingrid Bergman "se languit de vivre quelque chose de nouveau" et sent "l'oiseau migrateur en elle".

En 1950, enthousiasmée par le néoréalisme italien (Rome ville ouverte, Païsa), elle écrit au réalisateur italien Roberto Rossellini et tourne Stromboli, sous sa direction. "L'île entière participe au tournage".

Une histoire d’amour lie ce réalisateur du "néo-réalisme" et Ingrid Bergman. Ce qui suscite la réaction courroucée de ceux stigmatisant une relation adultère. Un fait privé devenu un scandale public médiatisé et évoqué au Sénat américain.

Après leurs divorces réciproques, le couple se marie en 1950. Trois enfants naissent de leur union : Renato Roberto (1950), Isabella et Isotta (1952). "Charmante, courageuse, énergique, timide, volontaire mais pas sereine". C'est ainsi que les enfants Rossellini décrivent leur mère.

En Italie, le couple tourne quatre autres films ensembles de 1950 à 1955 : Europa 1951, Viaggio in Italia, Giovanna d'Arco al rogo (Jeanne au bûcher), La Paura (Fear). "De bons films, mais que le public n'aime pas". La relation au sein du couple s'en ressent.

Le couple se sépare au milieu des années 1950.

Deux films à succès - Elena et les hommes de Jean Renoir et surtout Anastasia (1956) d’Anatole Litvak avec Yul Brynner – relancent la carrière d’Ingrid Bergman. Le rôle de la princesse russe vaut un Oscar à Ingrid Bergman reçu, pour elle, par Cary Grant. "Jean Renoir lui a appris le rôle d'un film dans la société. Elle a appris à mieux comprendre les films de mon père", explique Isabella Rossellini.

Ingrid Bergman poursuit une carrière cinématographique - Indiscreet (Indiscret, 1957) de Stanley Donen, Cactus Flower (1969), Murder on the Orient Express (1974) de Sidney Lumet, Sonate d’automne (Höstsonaten, 1978) d’Ingmar Bergman -, théâtrale et télévisuelle. 

Elle épouse en 1958 le producteur suédois Lars Schmidt. Leur divorce est prononcé en 1975.

En 1972, le Sénat présente des excuses à Ingrid Bergman pour l’avoir attaquée lors de son union avec Roberto Rossellini.

Le 7 mars 1979, Alfred Hitchcock reçoit lors d’une soirée animée par Ingrid Bergman le Life Achievment Award de l’American Film Institute. Maitresse de cérémonie, Ingrid Bergman lui remet la fameuse clé qu’elle détenait depuis Notorious (Les Enchaînés, 1946).

Le dernier rôle incarné par Ingrid Bergman est Golda Meir, pour la série télévisée A Woman Called Golda. Un rôle significatif, outre la stature de l’ancien Premier ministre israélien, car Ingrid Bergman s’est sentie coupable, lors de la Seconde Guerre mondiale, de n’avoir pas pris conscience de la situation en Allemagne. Un personnage avec lequel elle partageait des points communs, notamment celui d’être soignée pour un cancer à l’hôpital Tel Hashomer lors du tournage. Une interprétation qui lui vaut un Emmy Award et un Golden Globe.

En 1982, Ingrid Bergman meurt d’un cancer, diagnostiqué en 1973, à son domicile londonien.

La Cinémathèque française a présenté une rétrospective de la comédienne Ingrid Bergman  (1915-1982).

Pour le centenaire de la naissance de la comédienne Ingrid Bergman (1915-1982), Arte a diffusé Casablancade Michael Curtiz (1941). Je suis Ingrid (Ingrid Bergman- In Her Own Words), documentaire de Stig Björkman (2014) a été diffusé par Arte le 30 août 2015 et par l'Institut suédois de Paris le 5 septembre 2015.

Je suis Ingrid (Ingrid Bergman- In Her Own Words)
Je suis Ingrid (Ingrid Bergman- In Her Own Words ; Ich Bin Ingrid Bergman), documentaire de Stig Björkman (2014) a été diffusé par Arte le 30 août 2015 et, dans le cadre de Cinéma en plein air #1, par l'Institut suédois de Paris le 5 septembre 2015. Au travers de documents inédits - films familiaux, dont certains tournés par Ingrid Bergman et son père, archives personnelles (journaux intimes) -, d'interviews des enfants de la comédienne, le réalisateur Stig Björkman brosse le portrait "de la sublime Ingrid Bergman. Star hollywoodienne, par deux fois oscarisée, elle fut avant tout une femme aux vies multiples, capable de choix audacieux", d'une "femme qui a toujours choisi son chemin", de "la vie exceptionnelle d’une jeune Suédoise devenue l’une des plus célèbres actrices au monde". 

"En 2011, Isabella Rossellini donne au documentariste Stig Björkman l'accès aux journaux intimes de sa mère, Ingrid Bergman, et à des films de famille jamais montrés. Le portrait d'une femme peu conventionnelle s'y dessine : dès les années 1940, à l'encontre des usages à Hollywood, la star avait refusé de se transformer pour correspondre aux canons des productions et joua toute sa vie peu maquillée, avec subtilité et dépouillement. Au fil des archives, son intimité est aussi dévoilée, de sa liaison tenue secrète avec le photographe Robert Capa, qui l'encouragea à filmer – ce qu'elle fit tout au long de sa vie dans sa sphère privée – et qui inspira Alfred Hitchcock pour Fenêtre sur cour, à sa fugue italienne avec Roberto Rossellini, qui scandalisa l'Amérique".

Je suis Ingrid "montre comment une star hollywoodienne par excellence (Casablanca, Les enchaînés, etc.) fut d'abord une femme aux vies multiples, puis une figure marquante du cinéma moderne. Étayé par des archives rares, ce portrait décrypte la manière dont une jeune Suédoise, née il y a tout juste cent ans, devint l'une des actrices les plus célébrées du cinéma américain, jusqu’à recevoir deux Oscars de la meilleure actrice (Hantise et Anastasia). En point d'orgue au documentaire, une belle rencontre entre Sigourney Weaver (qui joua au théâtre au côté de la star), sa fille Isabella et l'actrice Liv Ullman, avec laquelle Ingrid Bergman tourna son dernier film, en 1978, Sonate d'automne, sous la direction d’Ingmar Bergman".


Casablancade Michael Curtiz (1941). 
Etats-Unis, 1941, 98 min
Sur Arte le 30 août 2015 à 20 h 45
Auteur : Murray Burnett, Joan Alison
Image : Arthur Edeson
Montage : Owen Marks
Musique : Max Steiner
Producteur/-trice : Hal B. Wallis, Jack L. Warner
Production : Warner Bros.
Réalisation : Michael Curtiz
Scénario : Julius J. Epstein, Philip G. Epstein, Howard Koch
Image : HD, 16/9
Son : Mono
Acteurs : Humphrey Bogart, Ingrid Bergman, Paul Henreid, Claude Rains, Conrad Veidt, Sydney Greenstreet, Peter Lorre, S.Z. Sakall, Madeleine LeBeau, Dooley Wilson, Joy Page, John Qualen, Leonid Kinskey, Curt Bois
Sur Arte les 30 août à 20 h 45 et 31 août 2015 à 13 h 35

Pour qui sonne le glas de Sam Wood
Paramount Pictures, 1943, 150 min
Auteur : Ernest Hemingway
Image : Ray Rennahan
Montage : John F. Link Sr., Sherman Todd
Musique :Victor Young
Scénario : Dudley Nichols
Avec Gary Cooper (Robert Jordan), Akim Tamiroff (Pablo), Ingrid Bergman (María), Arturo de Cordova (Agustin), Vladimir Sokoloff (Anselmo), Fortunio Bonanova (Fernando), Katina Paxinou (Pilar)
Sur Arte les 26 septembre à 20 h 50 et 17 octobre 2016 à 13 h 35
© 1943 Paramount Pictures, EMKA

Je suis Ingrid (Ingrid Bergman- In Her Own Words)
Suède, 2015, 114 min.VOSTF.
A l'Institut suédois le 5 septembre 2015 à 21 h
11 rue Payenne. F-75003 Paris
Tél. : + 33 1 44 78 80 20

Jusqu’au 2 août 2015
51, rue de Bercy. 75012 Paris
Tél. : 01 71 19 33 33

Visuels
Casablanca de Michael Curtiz, 1952 © Théâtre du Temple et © Warner Bros
Docteur Jekyll et Mr Hyde de Victor Fleming, 1941 © Warner Bros. Picture France
Hantise de George Cukor, 1944 © Théâtre du Temple
Les Cloches de Sainte Marie de Leo McCarey, 1945 © DR
La Maison du Docteur Edwards de Alfred Hitchcock, 1944 © Les Acacias
Stromboli de Roberto Rossellini, 1949 © Films sans frontières
Jeanne au bûcher de Roberto Rossellini, 1954 © Gaumont
Elena et les hommes de Jean Renoir, 1955 © Gaumont
Les Enchaînés de Alfred Hitchcock, 1945 © Les Acacias

© "Wesleyan University Cinema Archive"
© Stina Gardell

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Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié sur mon blog le 31 juillet et 30 août 2015.

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