Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 30 janvier 2019

« La révolte jaune. Un mouvement populaire face au pouvoir »


Arte diffusa le 31 janvier 2019, dans le cadre d’« ARTE Regards », « La révolte jaune. Un mouvement populaire face au pouvoir » (Re: Rebellion in Frankreich. Widerstand gegen Macron). Un mouvement politique et social, polyphonique, polymorphe, méfiant à l'égard des "chefs", pouvoirs politiques, instances représentatives - Parlement, syndicats -, médias... Et qui révèle une grave crise de la démocratie française.
« Du lundi au vendredi, un reportage raconte les Européens dans toute leur diversité ».

Arte a consacré plusieurs reportages au mouvement des Gilets jaunes qui a surgi brusquement à l'automne 2017 dans la scène politique, dans les ronds-points et dans les rues des villes.

« Au Président Emmanuel Macron, on lui doit un merci : il a réveillé notre fraternité », explique une femme Gilet Jaune présente aux ronds points.

« Parti d’une manifestation spontanée contre les taxes sur le carburant, le mouvement des "gilets jaunes" a enflé sans prévenir, et ne semble pas vouloir s’essouffler ». Il réclamait une hausse de son pouvoir d'achat, l'indexation des retraites sur le taux de l'inflation. Et souvent la démission du Président de la République Emmanuel Macron considéré comme méprisant à l'égard de ces Gilets jaunes. A ces demandes, des Gilets jaunes ont ajouté le référendum d'initiative citoyenne (RIC) et le "rétablissement" de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui a été transformé, sous la présidence Macron, en « impôt sur la fortune immobilière ».

« Depuis plusieurs mois, des centaines de milliers de Français manifestent chaque semaine contre la politique d’Emmanuel Macron ». Et ce, dans de nombreuses cités - Bordeaux, Toulouse, etc. -, malgré un hiver particulièrement rigoureux.

A ces Gilets jaunes, se sont joints des extrémistes de gauche, notamment des Black Blocs, et de droite, ainsi que des casseurs ou vandales issus de "quartiers sensibles". Ils ne s'embarrassent pas toujours du port de ce vêtement caractéristique. Et un certain nombre d'entre eux n'hésitent pas à attaquer les forces de l'ordre et à pratiquer des razzias.

« S’élevant contre un « président des riches » qui impose aux classes populaires des taxes injustes, exigeant une hausse des salaires et des retraites, le mouvement – chose inhabituelle – n’a pas surgi à l’appel d’un parti d’opposition ou d’un syndicat ». Il exprime une méfiance à l’égard des « élites », politiques ou médiatiques, et des organisations ou institutions représentatives : syndicats, Parlement, etc. Et défie le Président de la République en imposant son tempo et ses doléances.

Les violences d'individus ou de groupes, surgissant souvent à la nuit tombée, sont condamnées par les principaux partis politiques. Elles sont endémiques en France depuis des décennies, et surgissent lors ou en marge de manifestations, lors des Journées nationales : 14 juillet, Saint-Sylvestre, etc. Et tolérées par les autorités politiques nationales au grand dam des victimes de ces violences : voitures brûlées, vols de téléphones portables, pillages de magasins, etc. Ces groupes affirment ainsi leur mépris à l'égard de la loi française ou le maintien de l'ordre public.

A ce mouvement, les autorités politiques nationales ont répondu par des "éléments de langage" - "Nous allons faire preuve de pédagogie", "Vous nous imputez une situation créée par les gouvernements successifs, de droite et de gauche, depuis les années 1980" (c'est oublier qu'Emmanuel Macron a été conseiller économique à l'Elysée sous la présidence Hollande et ministre de l'Economie pendant plusieurs années) -, des amalgames - "une foule haineuse" -, une instrumentalisation de l'Histoire - "peste brune" -, des opérations de police au bilan dramatique - utilisation d'instruments (grenades de désencerclement, LBD, lanceurs de balles de défense ou flash-balls, par des forces de l'ordre non formées au maintien de l'ordre lors de manifestations, mutilant des manifestants ou passants -, l'absence de mise en jeu de la responsabilité de dirigeants chargés du maintien de l'ordre - préfet de police, ministre de l'Intérieur, etc. -, une répression judiciaire peu digne d'un Etat de droit, des mesures politiques tardives, partielles et insuffisantes, des débats lassants avec un Président semblant être un candidat face à un public sélectionné - excluant des maires du Rassemblement national - et mener sa campagne en vue des élections européennes, ainsi que d'autres entre citoyens lambda et aux thèmes pré-définis par l'Elysée qui retiendra... ce qu'il voudra.

Pourquoi ces débats ? Le Président Emmanuel Macron est censé connaitre ses concitoyens. En effet, en 2016, bien avant sa campagne électorale, ses soutiens, les "marcheurs" avaient "parcouru la France pour l'aider à établir un "diagnostic" de la société grâce à deux outils : une campagne de porte-à-porte ultrarationalisée et un questionnaire précis sur les attentes, les désirs, les déceptions et les inquiétudes des Français. A la base des travaux de LMP [agence réunissant  Guillaume Liégey, Arthur Muller et Vincent Pons, conseillers en stratégie électorale, Nda], il y a un maillage minutieux du territoire pour optimiser les lieux à fort potentiel électoral et fournir un second souffle à un militantisme ringardisé par les réseaux sociaux. Leurs données viennent des résultats complets des dernières élections, bureau de vote par bureau de vote, publiés sur le site du ministère de l'Intérieur, et des enseignements du dernier recensement fournis par l'Insee. Age, lieu et type d'habitation, situation socioprofessionnelle et familiale, tout est pris en compte pour établir des critères objectifs et faire d'une campagne de porte-à-porte une étude scientifique grandeur nature".

Curieusement, aucun des journalistes, aucun des "experts" invités par les médias n'ont prévu cette révolte généralisée à toute la France.

"Le mouvement des Gilets jaunes n'est pas une résurgence de la révolution française ou de mai 68, cela est au contraire quelque chose de très nouveau : cela correspond à l'impact de la mondialisation sur la classe moyenne au sens large : de l'ouvrier au cadre supérieur. La classe moyenne ce ne sont pas seulement les professions intermédiaires, c'est un ensemble, ce sont les gens qui travaillent et qui ont l'impression de faire partie d'un tout, peu importe qu'il y ait des inégalités de salaires... Ce qui était malsain dans l'analyse qui en a été fait, cela a été le moment ou l'on a dit "en réalité, ils ne sont pas pauvres". On opposait une nouvelle fois les pauvres aux classes populaires alors que la presque totalité des pauvres sont issus des classes populaires. Il y a un lien organique entre eux. Quand on prend ces catégories, ouvriers, employés, paysans etc.…ils peuvent être pauvres, au chômage, et même quand ils ont un emploi, ils savent très bien que la case pauvreté est toute proche sur l'échiquier.  Surtout, ils ont un frère, un cousin, un grand parent, un ami, un voisin qui est pauvre. On oublie toujours de dire que la pauvreté n'est pas un état permanent, il y a un échange constant entre classes populaires et pauvreté. Opposer ces catégories, c'est refuser ce lien organique entre pauvres et travailleurs modestes. C'est donc ne rien comprendre à ce qui se joue actuellement", a analysé le géographe de la France périphérique, Christophe Guilluy (Atlantico, 26 janvier 2019).

Et d'ajouter : "Ce que nous constatons aujourd'hui, c'est une dysfonction entre l'économie et la société. Et cela est la première fois. Avant, l'économie faisait société, c'était les 30 glorieuses avec un modèle économique qui intègre tout le monde et qui bénéficie à l'ensemble de la société... La seule chose qui protège les catégories supérieures est qu'elles vivent aujourd'hui dans des citadelles. C'est ce qui fait aussi que la baisse du soutien des français au mouvement des Gilets jaunes touche ces catégories-là. Mais cela n'empêche pas que le socle électoral d'Emmanuel Macron se restreint comme peau de chagrin, cela est mécanique... Depuis les années 80, on a souvent compensé ces destructions d'emplois sur ces territoires par des emplois publics, mais les gens ont parfaitement compris que ce modèle était à bout de souffle. Les fonctionnaires de catégorie B et C, qui sont présents dans le mouvement, ont compris que cela était fini, qu'ils n'auraient plus d'augmentations de salaires ou que leurs enfants ne pourront plus en profiter. On a bien là une angoisse d'insécurité sociale qui s'est généralisée à l'ensemble de ces catégories qui étaient, hier, totalement intégrées à la classe moyenne, et cela démontre bien comment un mouvement parti des marges est devenu majoritaire. Cela est la limite du modèle économique néolibéral... Nous payons réellement 30 années de mépris de classe, d'ostracisation, d'insultes en direction du peuple".

Et de poursuivre : "Emmanuel Macron n'aurait pas pu être élu sans le niveau de l'État providence français. À la fin il passe, évidemment parce qu'il fait le front des bourgeoises et des catégories supérieures, des scores soviétiques dans les grandes métropoles mais aussi et surtout parce que la majorité de la fonction publique a voté pour lui, tout comme la majorité des retraités a voté pour lui. C’est-à-dire les héritiers des 30 glorieuses et surtout le cœur de la redistribution française. Emmanuel Macron se tire deux balles dans le pied en attaquant la fonction publique et les retraités. Nous assistons à un suicide en direct. C'est ce qui explique qu'il soit très vite passé de 65 à 25%. Finalement, et paradoxalement, le modèle français ne résiste au populisme et perdure dans le sens de la dérégulation néolibérale que grâce à un État providence fort. Mais en l'absence d'un État providence- ce que veulent les libéraux- nous aurons alors le populisme".

Et de conclure : "Ce que nous voyons aujourd'hui, ce sont des journalistes qui vont dans les salons des Gilets jaunes pour vérifier s'ils ont un écran plat, un abonnement Netflix, ou un IPhone. Ils sont prêts à les fouiller, cela est dingue. Lors des manifestations de 1995, les journalistes ne sont pas allés vérifier si les cheminots avaient un écran 16/9e chez eux, ou quand il y a eu les émeutes des banlieues, de vérifier si le mec qui brûle une voiture vit chez lui avec une grande télé ou pas. Cette façon de délégitimer un mouvement est une grande première. C'est la première fois que l'on fait les poches des manifestants pour savoir s'ils ont de l'argent ou pas, et s'il y en a, on considère que cela n'est pas légitime. Ce qu'ils n'ont pas compris, c'est que si on gagne le revenu médian à 1700 euros, la perspective est que, même si cela va aujourd'hui, cela ne va pas aller demain. L'élite n'a toujours pas compris que les gens étaient parfaitement capables de faire un diagnostic de leurs propres vies. Cette condescendance dit un gigantesque mépris de classe. J'ai moi-même été surpris, je ne pensais pas que cela irait si vite. En quelques heures, les Gilets jaunes sont devenus antisémites, homophobes, racistes, beaufs... Et là encore, on voit bien que l'antiracisme et l'antifascisme sont devenus une arme de classe... Les Gilets jaunes ont gagné l'essentiel, ils ont gagné la bataille de la représentation. On ne pourra plus faire comme si cette France n'existait pas, comme si la France périphérique était un concept qui ne pouvait pas être incarné par des gens. Si nous sommes encore démocrates nous sommes obligés de le prendre en compte. Ce qu'il faut espérer, c'est que les élites se rendent compte que les peuples occidentaux sont encore relativement paisibles... nous avons sous les yeux un peuple qui veut faire société et des élites qui ne veulent plus faire société, comme je le disais dans "No Society" (Flammarion). C'est un moment de rupture historique entre un monde d'en haut, intellectuels, politiques, showbiz etc.… qui a peur de son propre peuple. Ils ne veulent plus faire société avec un peuple qu'ils méprisent. C'est la thèse de Christopher Lasch de la "sécession des élites". On le voit aussi avec le discours anti-média des Gilets jaunes qui ne fait que répondre à 30 ans d'invisibilisation de ces catégories. Les classes populaires n'étaient traitées qu'au travers des banlieues et ils payent aujourd'hui ce positionnement... nous ne sommes plus au XXe siècle. C'est tout le mythe du mouvement social qui est ringardisé. Réunir des gens à République et les faire manifester jusqu'à Bastille avant qu'ils ne rentrent chez eux, c'est fini. C'est aussi une réécriture du mouvement social qui est en train de se réaliser".

« Avec Jacline Mouraud, l’une des initiatrices du mouvement, on se demande pourquoi ce mouvement hétéroclite trouve autant de partisans à travers la France » et de soutien important dans l’opinion publique.

Alors que les forces de l'ordre ont évacué certains ronds-points occupés par des Gilets jaunes, les défilés de Gilets jaunes dans les principales villes françaises ont pour effet la fermeture préventive de commerces à proximité ou sur le parcours de ces manifestations. Et ce, afin d'éviter les violences de pilleurs, de Blacks Blocs, etc. et lors d'une période cruciale pour la viabilité des magasins : la fin de l'année - fêtes de Noël et du Jour de l'An - et début d'année : soldes. Leur clientèle potentielle évite de se rendre dans ces magasins par crainte des violences. Des boutiques fragilisées par la concurrence de la vente par correspondance et le commerce sur Internet. Les actions hebdomadaires de Gilets jaunes ont entravé la liberté du commerce et la liberté de circuler des piétons, des automobilistes, etc. Nombre de ces lieux de vente, malgré l'annonce de mesures gouvernementales en leur faveur, n'ont pas recruté d'intérimaires en ces périodes, et envisagent un redressement judiciaire.

Hostile aux Gilets jaunes et aux blocages produits et attentatoires aux libertés, la manifestation des Foulards rouges n'a attiré à Paris le 27 janvier 2019 que quelques milliers de personnes selon des médias, et dix mille selon la police.

Cette révolte durable mine un Président et son gouvernement, misant sur la division des Français, tablant sur le pourrissement du mouvement, affaiblis et impopulaires, ruinent leur crédit en France et à l'international.

"J'ai été élu sur mon programme que j'applique", se justifie le Président Emmanuel Macron. Or, il a été élu par défaut et dans des circonstances particulières (ni le parti socialiste ni Les Républicains ne sont parvenus au second tour) : les partis dits républicains ont appelé à faire barrage à la candidate du Front national, Marine Le Pen. En 2017, au premier tour de l'élection présidentielle, le candidat Emmanuel Macron a obtenu 18,19% des inscrits et 24,1% des suffrage exprimés (22,23% d'abstentions, 2% de votes blancs et nuls). Au second tour, il a recueilli 43,61% des inscrits et 66,10% des suffrages exprimés (25,44% d'abstentions, 8,59% de votes blancs et nuls). Au fil des élections, le "réflexe républicain" permettant une alternance politique entre socialistes et Républicains appliquant quasiment la même politique convainc de moins en moins d'électeurs de se rendre aux bureaux de votes. Il s'avère donc de plus en plus délicat au candidat élu d'appliquer son programme, même si le parti socialiste et Les Républicains ne représentent pas une opposition audible.

Les Gilets Jaunes soulignent l'incapacité des élites politiques et médiatiques à voir la réalité, et à imaginer d'autres politiques économiques tant elles sont sclérosées dans le "politiquement correct", méprisent le libéralisme - né en Europe -, ignorent comment réduire les dépenses de l'Etat et de collectivités locales : projets pharaoniques ou/et inutiles (liaison ferroviaire Lyon-Turin, construction du canal Seine-Nordépinglés par la Cour des comptes, dérapages des coûts de travaux (Grand Paris Express), etc. Ce qui signe la faillite des grandes écoles chargées de former les élites républicaines. Notons que les résultats économiques d'autres pays - Etats-Unis, Israël, etc. - démontrent que d'autres voies sont possibles, efficientes et bénéfiques à tous.

Alain Finkielkraut a ainsi distingué la spécificité de ce mouvement : « On ne voyait pas cette France, car on ne voyait que la diversité. Toutes les réserves de curiosité et de compassion de l'opinion progressiste étaient épuisées par les banlieues et les migrants. On se rend compte que la France ne se résume pas aux grandes villes et aux quartiers difficiles. Au nom de l'ouverture, la diversité nous dissimulait l'existence d'une France majoritairement blanche qui n'est pas raciste pour un sou et qui a des fins de mois difficiles. »

Antisémitisme
Le 22 décembre 2018, dans un wagon de métro, la fille septuagénaire d'un rescapé de la Shoah est intervenue pour exprimer son indignation à trois Gilets jaunes éméchés faisant la quenelle, geste de Dieudonné, tout en scandant "Macron, dé-mi-ssion" et en alléguant : "Les chambres à gaz n'existent pas".

Les forces de l'ordre utilisent en particulier du gaz lacrymogène contre des Gilets jaunes ou autres manifestants. Que disent ces derniers ? "On a été gazé". Ce vocable s'avère choquant car il fait penser au recours au gaz par les Nazis contre les Juifs.

Qu'il y ait des antisémites chez les Gilets jaunes, c'est sûr. Mais il me semble infondé d'extrapoler à partir de quelques exemples. D'autant qu'il suffit d'enfiler un gilet jaune, de se glisser parmi un groupe de Gilets jaunes pour obtenir une visibilité médiatique. Comme en témoigne le numéro de Paris-Match avec la photographie d'Emma Prosdocimi, de l’agence Sipa, illustrant “De la colère à l’affrontement, récit d’une journée explosive” par l'écrivain Hervé Ryssen, condamné pour antisémitisme et négationnisme, parlant avec un agent assurant la sécurité à Paris.

Les vertueux choqués par cette scène demeurent silencieux quand Nathalie Loiseau, énarque, diplomate, ancienne directrice de l'ENA (Ecole nationale d'administration) et ministre chargée des Affaires européennes dans le gouvernement d'Edouard Philippe, a publié le 27 janvier 2019, Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité, deux Twitts instrumentalisation la Shoah au profit du drapeau de l'Union européenne (UE) et de la défense de la construction européenne. Et ce, à quelques mois des élections européennes.

Hormis Me Gilles-William Goldnadel, des dirigeants communautaires ont condamné les Gilets jaunes en procédant par amalgames ou en extrapolant à partir de faits circonscrits (pancarte sur la passerelle au-dessus d'une route, un Gilet jaune portant un talit, châle de prières).

"On pourrait penser que la manifestation des « gilets jaunes » hier est une formidable façon d’ouvrir la campagne nationale pour la tsedaka du FSJU avec un passage de relais aujourd’hui à travers le Radiothon national de la fréquence juive unifiée...." a écrit le 18 novembre 2018, sur son compte Facebook, Gabriel Farhi, rabbin du mouvement juif libéral français. Il semble oublier ou ignorer que le FSJU paupérise certains de ses pigistes par des rémunérations faibles, refuse de leur remettre les documents sociaux nécessaires pour qu'ils perçoivent les allocations chômage, a été condamné pour contrefaçon, etc.

Et de poursuivre : "Pourtant le parallèle est difficile à dresser. Je suis de ceux qui sont mal à l’aise avec le mouvement des gilets jaunes. Il y a des revendications légitimes sur le coût de la vie qui s’envole, tout cela cristallisé autour de la hausse des prix des carburants. Ce n’est pas vraiment cela le grand soir ou le paroxysme d’une lutte sociale. Ces revendications, aussi légitimes soient-elles, sont égoïstes. Je n’ai pas entendu de revendications pour s’émouvoir du sort des sdf ou des familles monoparentales qui ne parviennent plus à se nourrir. Non il est question des quelques dizaines d’euros que des retraités perdent chaque mois et autant pour ceux qui utilisent quotidiennement leur voiture. Ceux sont là des préoccupations de pays riches". Pourtant, les femmes Gilets jaunes ont témoigné de leurs difficultés à élever, nourrir, seules leurs enfants. Et un grand nombre de manifestants se sont suffisamment retrouvés dans ces "revendications égoïstes" pour manifester dans les principales villes françaises, malgré un hiver rigoureux...

Le  6 janvier 2019, le journaliste Yves Mamou a écrit : "Il y a chez les Français juifs – notamment ashkénazes mais pas seulement – une grande réticence vis à vis des Gilets Jaunes. Dans ce bouleversement de la République qui est en cours, ils voient un bouleversement des boucliers institutionnels, ces boucliers qui protègent les juifs (laïcité, citoyenneté, lutte contre l’antisémitisme…). Certains me disent « Mon cher Yves Mamou,ce que vous n’avez pas compris c’est qu’à terme les hommes en jaune s’attaqueront à nous les juifs, c’est ce que vous ne voulez pas voir ! » A tous ceux-là je dis : « Continuez à défendre Macron qui importe chaque année un demi million de musulmans dont la grande majorité est antisémite sur le mode pratiquant, qui vote toutes les résolutions anti-israéliennes à l’Onu et à l’Unesco, qui finance les Palestiniens et veut sauver la mise des ayatollahs en Iran. A tous ceux-là, je dis : l’antisémitisme est déjà institutionnalisé, c’est maintenant, depuis longtemps et c’est un antisémitisme de l’élite. J’ajouterais que pour l’instant, pour moi, les gilets jaunes sont les enfants de ces braves gens du peuple français qui ont sauvé les juifs, qui les ont hébergés, cachés pendant la guerre. Et si les Gilets Jaunes sont en lutte, ce n’est pas contre les juifs mais contre les descendants de ceux qui ont vendus les juifs aux nazis. Et si l’antisémitisme surgit en jaune demain, il sera toujours temps d’aviser. Est ce que c’est clair ?"

Le 16 février 2019, sur le boulevard du Montparnasse à Paris, l'essayiste et membre de l'Académie française Alain Finkielkraut a été agressé verbalement par un groupe d'individus portant des gilets jaunes, et l'un Benjamin W., habitant de Mulhouse converti à l'islam, avait un keffieh palestinien, alors que d'autres voix leur intimait l'ordre de se taire : « La France, elle est à nous ! Espèce de raciste, espèce de haineux. T’es un haineux et tu vas mourir. Tu vas aller en enfer », "Grosse merde", "Nique ta mère", "Barre toi", "Tais-toi", "Casse-toi" , "Dégage", "La France est à nous", "Enculé", "Espèce de haineux", "Espèce de sioniste", "Israel, sioniste", "Vous nous provoquez".

Le parquet a ouvert une enquête préliminaire pour injures antisémites.

Ces invectives ont été qualifiées d'antisémites par de nombreux médias et politiciens qui ont généralement désigné occulté le port du keffieh palestinien, marqueur politique partial d'une cause génocidaire, et ont extrapolé à partir de quelques faits isolés, et tous non attribuables aux Gilets jaunes, afin de ternir l'image de ce mouvement et de l'isoler.

Ceci survenait après que le Premier ministre Edouard Philippe ait annoncé sur son compte Facebook qu'en 2018 les actes antisémites avaient augmenté de 74% : 541 faits avaient été recensés cette année-là. Peu de médias ont mis en perspective cette hausse avec des pics antérieurs bien supérieurs qui n'avaient pas alors suscité le même émoi ni la même mobilisation. Les débats télévisés ont surtout évoqué l'extrémisme de droite, le nazisme... Mais pas le "palestinisme".

Un rassemblement a été organisé, à l'instigation du Parti socialiste déclinant, place de la République (Paris), le 19 février 2019 avec en particulier la rabbin Delphine Horvilleur. Il a attiré des milliers de personnes.

« Cela fait beaucoup de temps qu'une certaine intelligentsia et des journalistes me traitent de réac, de fasciste, de raciste. Ce que j'ai vécu, c'est un air de déjà-vu. Ces Gilets jaunes, cette plèbe incontrôlable, ne faisaient que traduire en acte l'hostilité d'une intelligentsia. Ils m'ont attaqué de manière très fruste, mais tout cela a été intellectualisé bien avant... C'est devenu une secte avec un autisme de secte qui refuse de s'informer en dehors de la secte. C'est un mouvement qui est en train de devenir totalitaire », a martelé Alain Finkielkraut [lors d'une réunion organisée à Pairs par la LICRA], rappelant avoir subi le même sort lors de Nuit debout.

Le 20 février 2019, lors du 34e diner du CRIF, son président Francis Kalifat a déclaré :
"Notre pays est en crise depuis longtemps.
Il aura suffi de quelques vidéos, d’une pétition sur Facebook et d’un signe de ralliement, le gilet jaune, pour que cette crise révèle ses propriétés inflammables.
Au commencement, il y avait la colère et des revendications légitimes sur le pouvoir d’achat.
Très vite, sont venus s’ajouter un climat insurrectionnel et des scènes de chaos.
Certains ont fait le choix de la violence, des menaces et de la haine.
Ils attaquent des élus, des journalistes, des policiers, des Juifs et tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Samedi dernier, sous les caméras et à visage découvert un homme vocifère sa haine des juifs en traitant Alain Finkielkraut de « sale sioniste »
Je suis consterné par leur besoin d’un bouc émissaire dont l’élimination résoudrait, par miracle, tous les problèmes.
Monsieur le Président de la République, je suis horrifié par leurs simulacres de guillotine et de gibet, mais aussi par la conviction, profondément ancrée en eux, que vous êtes une marionnette et que ce sont les Juifs, encore les Juifs, toujours les Juifs, qui tirent les ficelles.
Plusieurs propos, graffiti ou pancartes semblent tout droit sortis des poubelles de l’Histoire.
Leurs auteurs n’expriment pas une opinion. Ils commettent un délit. Ils doivent être poursuivis et sanctionnés.
Ceci vaut, évidemment, pour les agresseurs d’Alain Finkielkraut, à qui je veux renouveler notre solidarité pleine, entière et sans réserve,
L’antisémitisme se portait très bien en France avant les gilets jaunes. Il se porte encore mieux grâce à certains d’entre eux. Certains gilets jaunes, pas tous, car je refuse les amalgames..."
Dans une tribune intitulée "A quoi sert le CRIF ?" et refusée par deux grands médias, Yves Mamou a écrit le 22 février 2019 : 
"Dans un entretien accordé au Parisien le 18 février, Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des organisations juives de France (CRIF) a appelé Emmanuel Macron à "prendre des mesures drastiques pour faire cesser ces manifestations (de gilets jaunes), qui ne servent plus à revendiquer sur le pouvoir d’achat, mais à exprimer la haine des institutions, de la République et des juifs".
Tous les observateurs du fait social ont remarqué que le mouvement des gilets jaunes est aujourd'hui gravement infiltré par différentes organisations de la droite et de la gauche extrêmes, dont bon nombre sont ouvertement antisémites. Il est aussi évident que le climat social incite à une libre expression de la haine du juif : l'agression dont a été victime l'académicien Alain Finkielkraut par des pro palestiniens d'obédience salafiste revêtus d'un gilet jaune, la profanation du cimetière juif de Quatzenheim en Alsace, le tir à la carabine de jeunes de Sarcelles contre les juifs sortant de la synagogue, la publication de statistiques récentes sur la hausse importante des délits antisémites sont les signes les plus manifestes d'une dégradation de la situation.
Cette même situation autorise-t-elle le président du CRIF à réclamer bille en tête l'interdiction d'un mouvement social qui s'en prend à la personne même du président de la République ? Est-il du rôle du président d'une institution juive d'instrumentaliser l'antisémitisme à des fins politiques ? Est-il du rôle du président du CRIF de participer à l'instrumentalisation de l'antisémitisme par le pouvoir politique ? Surgit du coup la question : de qui le CRIF sert-il les intérêts ? Ceux des Français juifs ? Ou ceux du pouvoir politique ?
En ayant pris l’habitude de parader aux côtés d’officiels musulmans, généralement à la demande du pouvoir politique, en laissant entendre que le danger pour les juifs en France continue de venir de l’extrême droite, en appelant à la répression contre les gilets jaunes pour satisfaire le président de la République, le CRIF brouille les cartes. Sa proximité avec le pouvoir politique satisfait sans doute l’ego des dirigeants du CRIF, mais en agissant par complaisance, le CRIF prive les juifs d’un authentique porte-voix autant qu'il prive le pouvoir politique d’un point de repère.
CRIF ou Mémorial [de la Shoah), les élites juives [contemporaines] ont le comportement des élites modernes. Leur proximité avec le pouvoir les pousse à agir comme le pouvoir, ce qui ne rend service à personne, ni au pouvoir, ni aux juifs.
En agissant ainsi, les dirigeants de la communauté juive obéissent à un réflexe ancien: c'est le Prince qui traditionnellement protège les juifs des humeurs meurtrières de la populace. Ils oublient cependant la grande leçon du XXème siècle: c'est l'Etat (nazi) qui a exterminé six millions de juifs européens, c'est l'Etat soviétique qui a envoyé les juifs russes au Goulag par centaines de milliers. Et rien ne dit que ce tournant où l'Etat devient l'acteur principal de l'antisémitisme soit révolu. Face à un Etat qui, en France, n'a plus de républicain que le nom et qui sert les intérêts des communautés en fonction de leur importance électorale, qui peut certifier aux dirigeants du CRIF ou du Memorial que l'Etat en France protégera - autrement qu'en paroles - les Français juifs quand ils sont menacés au quotidien par l'antisémitisme d'autres communautés ? »
La Salpêtrière
Le 1er mai 2019 ont défilé des syndicalistes, des gilets jaunes, des gauchistes, etc. "Il est 20 h 18, indique l’horloge de BFM-TV. Christophe Castaner", ministre de l'Intérieur, "prend la parole face aux caméras et micros réunis devant l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le 13e arrondissement de Paris. La traditionnelle manifestation syndicale, à laquelle se sont joints « gilets jaunes » et black blocs, finit de se disperser. Flanqué de son secrétaire d’Etat, Laurent Nunez, et du préfet de police de Paris, Didier Lallement, le ministre de l’intérieur dénonce l’intrusion, quelques heures plus tôt, de manifestants dans l’enceinte de l’établissement.« Des gens ont attaqué un hôpital, lance M. Castaner. Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation, nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation. » Environ une heure plus tard, le ministre publie un message destiné aux 190 000 abonnés de son compte Twitter : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. »

« Sur quels éléments se fonde-t-il pour parler d’« attaque » ou d’« agression » ? Le lendemain matin, en tout cas, sa collègue ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, ne reprend pas ces termes à son compte et parle plutôt d’« exaction », « inqualifiable » et « indigne » à ses yeux. « Il y a peut-être des personnes qui ont voulu se réfugier, d’autres qui ont voulu commettre des vols. Les circonstances seront plus claires quand les personnes auront été interrogées », estime la ministre, au micro d’Europe 1. « Les soignants étaient sous tension, c’est un endroit stratégique pour un hôpital, un service de réanimation. Après, il n’y a pas eu de violences ou d’agressions », relève-t-on dans l’entourage de Mme Buzyn." 

Vendredi 3 mai 2019 matin, Christophe Castaner a admis durant "une conférence de presse : « Je n’aurais pas dû employer le terme “attaque” », mais plutôt celui « d’intrusion violente », évoqué devant lui par des responsables de l’hôpital parisien, dont le personnel était « choqué », et qui est « plus adapté » aux faits. « Accepter de revenir sur ses mots, ça ne me pose aucun problème, a-t-il poursuivi. C’est naturel aussi qu’un homme politique soit un homme qui (…) puisse se dire qu’une situation a évolué. » Pour autant, le ministre de l’intérieur a estimé que « cet incident, au lieu d’être nié dans une polémique absurde, devrait tous nous émouvoir ».

"En début d’après-midi, le directeur de l’AP-HP, Martin Hirsch, a par ailleurs souhaité préciser, dans un courriel envoyé à tous les personnels de l’établissement, que ni lui ni la ministre de la santé n’avaient employé le mot « attaque » pour qualifier les événements : « Nous avons parlé de “tentative d’intrusion”, ce qui est exact. Je n’ai jamais évoqué de “personnel agressé”, dans aucune déclaration. Et, de même, à la question qui m’a été posée sur le fait de savoir s’il y avait eu des dégradations, j’ai toujours répondu que non. Il m’a été également demandé s’il y avait un lien entre l’intrusion et la recherche d’un policier blessé. J’ai répondu que ce n’était pas le cas et qu’il n’y avait rien qui le laissait penser. Que certains rappellent que nous sommes exclusivement au service de la santé et des patients et non pas au service d’un quelconque autre intérêt ne me choque absolument pas. Je le partage. »

"De fait, les différents témoignages et vidéos diffusés tout au long de la journée sur les réseaux sociaux, que ce soit par des manifestants ou des membres du personnel de la Pitié-Salpêtrière, ont battu en brèche le scénario d’une attaque caractérisée. Certes, une grille d’entrée a bien été forcée. Mais les manifestants – 32 personnes ont été placées en garde en vue, mercredi, puis libérées jeudi – semblaient chercher à se replier de manière chaotique pour échapper aux charges de la police."

L'opposition politique a critiqué Christophe Castaner. « Il y a un an : les mensonges de Benalla. Cette année : le mensonge de Castaner sur la pseudo-attaque de la Pitié-Salpêtrière. La vérité, première victime des hommes de main de Macron », a déclaré le 2 mai 2019 Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI)." « Le ministre de l’intérieur doit cesser de mettre de l’huile sur le feu et doit maintenant s’expliquer sur ses déclarations démenties par les faits », a tweeté Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. « Le vrai problème n’est pas que M. Castaner emploie un mot ou un autre, mais qu’il n’ait toujours pas compris que le rôle du ministre de l’intérieur n’est pas de commenter et de publier hâtivement des photos sur Twitter, mais de diriger vraiment la Place Beauvau », cingle Guillaume Larrivé, député (LR) de l’Yonne.

"A Beauvau, on assume les déclarations du ministre : « Les faits sont là. L’enceinte de l’hôpital a été forcée, des individus ont tenté de s’introduire dans un service de réanimation. C’est un incident très grave. Il est navrant de constater qu’au lieu de condamner clairement ces faits inadmissibles certains préfèrent jouer sur les mots pour entretenir une polémique indigne. »

"Du côté de la majorité, un front semble se former autour du ministre, malgré la tourmente. « Il y a un émoi légitime, un hôpital, c’est une enceinte sacrée de la République », affirme de son côté Benjamin Griveaux, député (La République en marche) de Paris. « Quand on défonce une grille d’hôpital, c’est une attaque grave, abonde son collègue (LRM) parisien Mounir Mahjoubi. Que des manifestants se soient glissés après pour se protéger, peut-être. » Vendredi après-midi, le premier ministre, Edouard Philippe, a renouvelé sa confiance à Christophe Castaner : « S’agissant des polémiques qui ont agité le monde médiatico-politique pendant les vingt-quatre dernières heures, je crois savoir que le ministre de l’intérieur a corrigé son propos. Il a sans doute eu raison de le faire en choisissant le terme qu’il a utilisé. Et je n’ai pas d’autres commentaires à faire sinon qu’il a évidemment, et comme depuis le début, toute ma confiance. »

"Ce n’est pas la première fois que la stratégie de communication de M. Castaner est critiquée. Très réactif et friand des interventions mises en scène face caméra, principalement destinées aux chaînes d’information en continu, le ministre de l’intérieur a pris l’habitude de réagir à chaud après chaque événement lié aux « gilets jaunes ». La décision de se rendre à la Pitié-Salpêtrière a d’ailleurs été prise en fin d’après-midi, mercredi, immédiatement après les premières recensions de l’incident. Un CRS blessé au visage, auquel Christophe Castaner souhaitait rendre visite, avait par ailleurs été évacué dans le même hôpital."

"En amont de ce 1er-Mai, la Place Beauvau avait opté pour une stratégie de la tension en avertissant très largement sur les risques de débordements, quitte à surévaluer le nombre de militants radicaux finalement présents dans le cortège. A la fin de la journée, la communication devait principalement être axée sur la « réussite » globale des opérations de maintien de l’ordre. Un répit pour les autorités largement mises en cause dans ce domaine depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes ». Las, la sortie intempestive du ministre, démentie par les nombreuses vidéos, a achevé de gâcher une « séquence » politique qui s’annonçait pourtant à son avantage."

"Ce qui s’est passé dans notre pays le 1er mai a livré par un étonnant dévoilement la radiographie d’un système macronien à nu. Se pose maintenant la question des conséquences immédiates, et en particulier celle des suites judiciaires qu’appellent le comportement des gens du pouvoir et ceux qui les soutiennent. Voici une occasion supplémentaire d’interpeller la justice française sur le fait qu’elle pourrait ainsi et enfin manifester sa volonté de faire respecter l’État de droit", a écrit Régis de Castelnau, avocat animateur du blog Vu du Droit, dans sa tribune "La répression des gilets jaunes pourrait se payer cher. Le mensonge d'Etat est pénalement répréhensible", sous-titrée "On ne malmène pas impunément l’Etat de droit. Ne reculant devant aucun moyen pour réprimer le mouvement social, la Macronie pourrait l’apprendre à ses dépens" (Causeur6 mai 2019).

Et d'ajouter :
"Nous avons assisté à la production de mensonges d’État relayés par un dispositif de communication hégémonique et qui se sont cependant fracassés sur la réalité et la vérité produite grâce à Internet et aux réseaux, outils que Emmanuel Macron veut précisément faire taire. Révélation irréfutable de plusieurs choses à commencer par la duplicité liberticide d’un pouvoir qui porte atteinte aux libertés d’expression et de manifestation en prétendant les protéger. Cette fois-ci, toutes les ficelles sont à nu.
Comme est désormais irréfutable l’existence d’intolérables violences policières délibérées, depuis que lors de ses vœux du nouvel an Emmanuel Macron a annoncé son refus d’une solution politique à la crise. Pour s’en remettre exclusivement aux répressions violentes et punitives telles que les ont déployées police et justice contre une partie du peuple français. Mais cette fois-ci, des secteurs entiers de la société se sont cabrés devant l’énormité du mensonge, et précipités sur les réseaux qui dévoilaient non seulement la fake news d’État, mais étalaient au travers de vidéos et témoignages irréfutables, la réalité d’une violence policière aussi dangereuse et irresponsable que délibérément organisée.
Alors bien sûr, tous ceux, gauche politique en tête, qui avaient appelé en mai 2017 à faire barrage, se précipitent à la recherche d’un bouc émissaire. Ce sera la cible facile, du calamiteux et presque toujours grotesque ministre de l’intérieur Christophe Castaner. Il le mérite largement et on ne va pas s’apitoyer sur l’amateur de vodka. En revanche, il conviendra de ne pas oublier un Premier ministre dont on a fini par constater l’absence totale de culture démocratique, et tous ces ministres et parlementaires LREM, accompagnés des supplétifs médiatiques du pouvoir macronien qui se sont précipités pour relayer le mensonge. Nous permettant par la suite d’assister au spectacle de leur recul en désordre fait d’éléments de langage standard, de raisonnements tortueux, de contorsions, et d’analyses sémantiques hilarantes. Jamais d’excuses en revanche, il ne faut pas trop en demander.Alors qu’ont donc fait tous ces braves gens qui devrait connaître des suites judiciaires, si depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron l’État de droit dans notre pays n’était pas à ce point devenu à géométrie variable ? On ne parlera pas des violences policières largement documentées, et qui provoquent le pieux silence de parquets occupés à poursuivre d’ignoble criminels qui ont osé scander « Castaner assassin » dans une manifestation. Ce sera pour une autre fois.
En revanche, il y a au moins trois infractions pénales qui devraient encourir les sanctions prévues par la loi, tant pour l’auteur principal du mensonge que pour ceux qui l’ont délibérément relayé ou utilisé.
La première est celle qu’incrimine l’article L 97 du Code électoral, puisque nous sommes à quelques jours d’un scrutin national : «Ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses, auront surpris ou détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter, seront punis d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 15 000 euros ». L’intention frauduleuse des menteurs est assez évidente au regard de la campagne menée par Nathalie Loiseau. Aucun programme, simplement un appel au barrage des vilains populistes que sont les gilets jaunes. Mais si on lit bien le Code on constate que l’intention frauduleuse n’est pas nécessaire et qu’il suffit que le mensonge ait eu pour conséquence cette altération de la sincérité du scrutin. La propagande mensongère et sanctionnée. À notre sens, mais nous ne sommes pas le juge, l’infraction est constituée.
Il y a ensuite le droit pénal général qui avec l’article 322-14 qui n’aime pas que l’on crie « au loup ! » de façon injustifiée. « Le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information dans le but de faire croire qu’une destruction, une dégradation ou une détérioration dangereuse pour les personnes va être ou a été commise est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. » Laissons de côté tous les relais empressés de la fausse nouvelle qu’il faudra pourtant poursuivre, n’est-ce pas Monsieur le procureur ? Pour nous concentrer sur Christophe Castaner. Que nous dit Libération le 2 mai à 7h32 ? « En déplacement à l’hôpital, où un CRS a été admis pour une blessure à la tête, le ministre de l’Intérieur a évoqué une «attaque» par des dizaines de militants anticapitalistes d’ultragauche «black blocs». «Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation. Nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation ». Mensonge total confirmé dans un tweet du même ministre : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République ». Franchement, si le parquet faisait son travail républicain, on ne voit pas comment le ministre de l’intérieur pourrait échapper à une saisine de la Cour de justice de la république, à une incrimination bonne et due forme et à une condamnation. Pour les supplétifs ce devrait être les tribunaux ordinaires.
Enfin, tournons-nous à nouveau vers le droit pénal spécial c’est-à-dire vers la loi du 29 juillet 1881 qui organise la liberté d’expression notamment par le droit de la presse. Il y a l’article 27 de cette loi qui dit ceci : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros. » La première observation sera de rappeler que le droit positif permettait très bien de lutter contre les fausses nouvelles, et que la loi fake news avait donc bien pour but exclusif de porter atteinte à la liberté d’expression sur les réseaux au profit du pouvoir macronien. Une seconde observation s’impose : Christophe Castaner est bien entendu concerné comme tous ceux qui se sont précipités pour relayer ses mensonges. Et qu’il n’est pas nécessaire que ces mensonges aient troublé la paix publique mais été seulement susceptibles de le faire. Concernant l’excuse de « bonne foi » d’un des hommes les plus informés de France, on se contentera de sourire…
Pour conclure, on se tournera vers les autorités du parquet et notamment celles du tribunal de grande instance de Paris. On sait les conditions dans lesquelles le successeur de François Molins a été, grande première dans l’histoire de la République française, choisi directement par Emmanuel Macron. Et que celui-ci n’a qu’à se féliciter de son choix, face à la mansuétude dont ses amis font l’objet et au zèle déployé dans la répression des gilets jaunes. Il se trouve que la trentaine de gardes à vue consécutive aux incidents de la Pitié-Salpêtrière ont été très rapidement levées face à l’ampleur du mensonge, l’inanité des motifs des arrestations et la violence qui les avait accompagnées.
Sage décision, et il serait peut-être opportun de confirmer ce retour à une certaine rectitude juridique en ouvrant les procédures qu’exige le respect de la loi, contre les policiers gifleurs, lanceurs de pavés, matraqueurs sans raison. Et en poursuivant tout ceux, ministre de l’intérieur en tête, qui se sont permis de prendre de telles libertés avec les lois qui protègent la paix publique et l’expression démocratique en période électorale.
À ceux qui me disent qu’il ne faut pas rêver, je réponds que l’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise."
"L’imputation de cet antisémitisme à l’ensemble du mouvement des Gilets jaunes l’hiver dernier ressemblait beaucoup à une manipulation de l’opinion, comme si l’on avait cherché à discréditer ce mouvement social. Tout ce que le pays compte de bien-pensants, à gauche comme à droite, s’est alors engouffré dans ce combat douteux. Avec la complicité, hélas, d’une fraction des élites juives qui, par souci d’ordre social, par conformisme politique, voire par une triviale logique de classe, a participé à l’instrumentalisation de l’antisémitisme. Voire, au-delà, de la tragédie juive du XXe siècle", a déclaré l'historien Georges Bensoussan le 18 mai 2019.

Le 12 juillet 2019, "l'homme jugé pour avoir proféré des injures antisémites contre le philosophe Alain Finkielkraut, en marge d'une manifestation parisienne du mouvement des «gilets jaunes» en février, a été condamné à deux mois de prison avec sursis. Il était poursuivi par le seul ministère public, qui avait requis six mois avec sursis, Alain Finkielkraut ne s'étant pas constitué partie civile dans cette affaire, même s'il était venu témoigner à l'audience en mai".

"Le philosophe avait été violemment invectivé par des manifestants en marge de l'acte 14 du mouvement, le 16 février. La scène avait suscité une vague de condamnations au sein de la classe politique. Benjamin W., l'homme le plus reconnaissable sur les vidéos qui ont circulé, s'était notamment écrié : «Espèce de sioniste», «grosse merde», «elle est à nous, la France», ou encore «sale race» ou «t'es un haineux et tu vas mourir».

"Le tribunal a notamment estimé que ces propos « apparaissent viser Alain Finkielkraut comme personne de confession juive», par le recours aux stéréotypes habituels antisémites, décrivant les personnes de confession juive comme n'appartenant pas à la communauté nationale«, selon la décision consultée par l'AFP. «Les injures apparaissent ici avoir été proférées à raison de la religion de la personne visée, le terme ''sioniste'' venant ici purement et simplement dissimuler le caractère antisémite des propos«, a encore considéré le tribunal."

«Mon client conteste tout antisémitisme et on considère qu'il y a un deux poids, deux mesures, quand on voit les propos tenus régulièrement sur tous les plateaux télévisés par Alain Finkielkraut et qui n'ont jamais été repris par le ministère public», a réagi l'avocat de Benjamin W., Me Ouadie Elhamamouchi. Il a annoncé son intention de faire appel. A l'audience, son client, un père de famille, avait expliqué avoir, à la vue du philosophe, été aiguillonné par sa «cause de coeur», «la cause palestinienne». Il avait aussi assuré avoir injurié Alain Finkielkraut en raison de ses positions «sionistes» mais contesté le caractère antisémite de ses propos.»


« La révolte jaune. Un mouvement populaire face au pouvoir »
Allemagne, 2019, 31 min
Sur Arte le 31 janvier 2019 à 13 h

A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations sur le reportage sont d'Arte. Cet article a été publié le 30 janvier 2019.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire