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vendredi 20 novembre 2020

Nezar Mickaël Pastor Alwatik devant la Cour d’assises sur les attentats islamistes de janvier 2015


Dans le cadre du procès des attentats terroristes islamistes de janvier 2015 à Paris, la Cour d’assises spéciales a entendu, les 12 et 13 octobre 2020, Nezar Mickaël Pastor Alwatik. Compte-rendu de trois audiences judiciaires où apparut une contre-société islamique extrémiste avec sa sociabilité, sa taqyia, ses tabous, ses codes vestimentaires, ses mariages religieux arrangés hors de tout cadre légal... en France.

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Depuis le 2 septembre 2020, le procès de 14 accusés, dont trois visés par un mandat d’arrêt, dans les attentats terroristes islamistes de janvier 2015 se déroule devant la cour d’assises spéciale, au Tribunal judiciaire de Paris. 

Un « procès historique », où prévenus, magistrats, public portent des masques. Coronavirus oblige.

Les audiences des 12 et 13 octobre 2020 ont été consacrées à l'accusé Nezar Mickaël Pastor Alwatik, qui a semblé dérouler « un sketch à la Guy Bedos », version première partie de carrière.

Les infractions reprochées ? Participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle, acquisition, détention et cession d’armes de catégorie B en réunion et en relation avec une entreprise terroriste, ainsi que port et transport d’armes de catégorie B en réunion et en relation avec une entreprise. La peine encourue : vingt ans de réclusion criminelle.

La justice lui reproche « un soutien logistique à l'un des auteurs principaux des faits, Amédy Coulibaly, ayant revendiqué son appartenance à l'organisation « Etat Islamique », avec lequel il a entretenu de très nombreux contacts physiques et téléphoniques jusqu'au 6 Janvier 2015, son ADN ayant de surcroit été mis en évidence sur un gant retrouvé dans le magasin Hyper Cacher, sur un pistolet semiautomatique Tokarev TT 33 et sur un revolver Nagant découverts dans l’appartement d'Amedy Coulibaly à Gentilly ».

Les trois audiences judiciaires auxquelles j’ai assisté m’ont laissée dubitative, et inquiète.

Né en 1985, Nezar Mickaël Pastor Alwatik a pour père un Français catholique et pour mère une Marocaine musulmane. 

Il est le seul accusé à avoir un lien avec des Juifs : sa demi-sœur, née d’un précédent mariage de son père, s’est convertie au judaïsme. C’est elle qui a choisi son prénom « Michaël ». 

C’est en prison qu’il se lie d’amitié avec Amedy Coulibaly.

Vengeance d’une femme répudiée ? Lutte idéologique contre un adepte présumé du takfirisme  ? En fin de journée, son ex-femme, salafiste, témoigne contre l’accusé qu’elle décrit en mari extrémiste. Et d’évoquer une séance de « rééducation islamique » co-organisée par Nezar Mickaël Pastor Alwatik.

Mais dès le lendemain, viennent témoigner la demi-sœur et sa fille, toutes deux juives françaises, en faveur de l’accusé. Un atout spécifique à Nezar Mickaël Pastor Alwatik surnommé « le juif » dans sa cité. Selon ces deux témoins, Nezar Mickaël Pastor Alwatik assistait au chabbat, aux fêtes juives, et n’aurait pas pu accepter l’idée d’un attentat contre un magasin hypercacher qu’elles auraient pu fréquenter. Tous auraient formé une « famille Beneytton »…

Expert psychiatre, le Dr Roland Coutanceau présente un rapport quasi-identique sur plusieurs prévenus qu’il considère comme pénalement responsables.

Un psychologue entrevoit un problème identitaire chez Nezar Mickaël Pastor Alwatik. Mais rapidement, une des avocates de l’accusé réagit, et le psychologue retire son observation.

Que retenir de ces trois audiences ?

Des familles éclatées, recomposées. Un père longtemps absent. Des faits inexpliqués : par exemple, la mère de l’accusé lui a trouvé à sa sortie de prison un appartement. Mais comment ? Avec quel argent ?

C’est surtout la porosité entre délinquants débrouillards et terroristes, ainsi qu’une contre-société islamique qui a défilé ou a été évoquée au fil des audiences. Avec sa sociabilité, sa taqyia, ses tabous, ses codes vestimentaires - témoins musulmanes aux vêtements amples, aux couleurs sombres ou ternes, dissimulant leur silhouette, voire ne laissant visibles que leurs yeux -, ses violations du droit – mariage religieux islamique célébré sans mariage civil préalable -. Avec sa quasi-dolce vita dans des prisons : des détenus y consomment de la drogue, y disposent de téléphones portables, s’y regroupent par affinités dans la buanderie, ne semblent pas avoir compris le sens de leur peine de détention. Avec ses armes qui circulent aisément dans un pays interdisant, sauf exceptions, le port d’armes. Avec un crédit obtenu aisément. Et le faible coût financier des attentats terroristes islamistes. Une contre-société que des instituts et livres ont analysée depuis des décennies…

Le prévenu et ses témoins musulmans ne sont guère intimidés devant la Cour, et parfois certains persiflent, ironisent, voire se montrent un brin insolents envers des magistrats, et dévident un discours mûrement préparé, parfois en contradiction avec leurs déclarations initiales aux policiers en 2015. « Je ne me souviens plus… C’était il y a cinq ans… » : telle est alors leur réponse-type. En outre, un témoin a justifié l’attentat contre la rédaction de Charlie hebdo qui aurait blessé « les musulmans ». Quelques jours plus tard, Samuel Paty, professeur d’histoire, était décapité pour avoir illustré son cours sur les libertés par des caricatures de Charlie hebdo.

On peine à comprendre la pertinence d’interroger un expert psychiatre sur l’éventuelle « irresponsabilité pénale » des accusés. S’attendait-on à ce que un, plusieurs ou tous les prévenus auraient été pris d’un soudain accès de folie, en même temps ?

C’est le 12e procès à faire l’objet d’un « enregistrement historique », et le premier en matière de terrorisme. Les personnes intéressées peuvent lire, écouter ou voir des comptes-rendus d’audience, ou les scènes croquées par des dessinateurs assis dans le prétoire. Durant le procès de Nuremberg  (20 novembre 1945 au 1er octobre 1946) à Berlin, les Actualités cinématographiques ont montré aux publics, au fil des audiences, des images filmées de la salle d’audience avec les accusés – des dirigeants nazis, et non des complices -, les magistrats, les témoins… Un procès ayant eu lieu après la capitulation du IIIe Reich, alors que des attentats islamistes ont eu lieu en France durant ce procès.

49 jours d’audience prévus, 171 tomes de procédure, 14 accusés - 10 placés en détention provisoire, un sous contrôle judiciaire, 3 visés par un mandat d’arrêt -, 200 parties civiles, 94 avocats, 90 média accrédités, dont 27 média étrangers... J’ai vu une quinzaine de journalistes dans l’auditorium Pierre Drai, dont certains partaient avant la fin de l’audience. Et des avocats des accusés particulièrement pugnaces.

Quant au public, il était rare, âgé. En plus de la salle d’audience, les journalistes peuvent voir la retransmission en direct dans trois salles.

Un procès qui a quasi-éclipsé, sur le plan médiatique, celui  de Sid Ahmed Ghlam, condamné le 5 novembre 2020 « à la réclusion  criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de vingt-deux ans et d’une interdiction définitive du territoire pour l’assassinat terroriste d’Aurélie Châtelain et la tentative d’attentat contre une église de Villejuif en 2015 ».

Comment s’organisera l’institution judiciaire pour le procès des attentats du 13 novembre 2015 où le nombre de victimes s’élève à 130 morts et de 413 blessés hospitalisés ? Le ministère prépare les salles au Palais de Justice…

Que retiendront les historiens ou chercheurs autorisés à voir dans x années les images filmées des audiences ? Les circonlocutions d’experts ou de magistrats pour éviter de désigner l’idéologie assassine et ses terroristes – « extrémistes », « djihadistes » -, et éluder l’islam omniprésent dans le procès. Des avocats de parties civiles insistent sur le tournant marqué par le témoignage de l’ex-femme de Nezar Mickaël Pastor Alwatik. Et tout le monde semble oublier qu’elle est salafiste, adepte d’une mouvance considérée par des experts comme .

Un Président, Régis de Jorna, qui rabroue un avocat pour une question trop longue ou recourant à une grille d’analyse islamique. Qui cherche ses mots pour interroger une dame musulmane qui a accueilli chez elle l’accusé – j’ai songé alors aux émissions radiophoniques de Ménie Grégoire sur RTL dans les années 1970. Qui se montre prévenant envers cette ex-femme qui en début de soirée montre sa lassitude – elle est chaudement vêtue -, et propose une pause. Et cette dame interroge à deux reprises : « Quelle heure est-il » ? « A 19 h 58, elle se sent mal, mais pas à 20 h 02 ? », persifle un journaliste.

Ces audiences ont souligné l’importance d'un réseau relationnel pour assurer la logistique dans la commission de ces attentats terroristes islamistes de janvier 2015.


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