mardi 14 juin 2016

« Un siècle d’Hollywood. Carl Laemmle, un producteur visionnaire » de Reinhardt Beetz, Ira Beetz et Kai Christiansen


La chaine Histoire a diffusé le documentaire « Un siècle d’Hollywood. Carl Laemmle, un producteur visionnaire » (The Carl Laemmle Story) de Reinhardt Beetz, Ira Beetz et Kai Christiansen, un des volets de la série Cent ans de Hollywood (100 years of Hollywood). Immigrant Juif allemand pauvre aux Etats-Unis, Carl Laemmle (1867-1939) devient directeur d’un grand magasin à Chicago, puis fonde les studios Universal et produit plus de 2000 films, dont des classiques : Frankenstein, Dracula, Showboat, Back Street... A l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne, il aide plusieurs centaines d’Allemands Juifs de sa ville natale Laupheim à se réfugier aux Etats-Unis. Le 14 juin 2016 de 20 h à 22 h, l'Institut Maïmonide proposera la conférence Les Juifs à la télévision et dans le cinéma américain. L’an prochain... à Hollywood, par Michaël Lancu, docteur en histoire et directeur de l’institut Maïmonide. 

Aujourd'hui méconnu du grand public, Carl Laemmle a été l'un des pionniers de Hollywood, récompensé par un Oscar. Il a personnifié une success story américaine.

Il est né dans une famille Juive allemande de Laupheim, petite ville de Souabe (Sud de l’Allemagne). Son père est un agent immobilier.

A la mort de sa mère, ce modeste et jeune souabe immigre en 1884 aux Etats-Unis. Aidé par son frère Joseph, il vit de petits boulots à Chicago.

Sa chance : un travail dans un grand magasin dont il gravit, à force de travail et de compétences, tous les échelons. Il en devient le directeur général à 40 ans et épouse la nièce du propriétaire, Rachel, la nièce du propriétaire avec laquelle il a deux enfants.

En 1906, il est licencié pour une campagne publicitaire jugée trop coûteuse. Il s’oriente vers la cinématographie, alors activité économique naissante et loisir populaire.

Du nickelodeon à Hollywood
Carl Laemmle ouvre son premier nickelodeon, un lieu où des spectateurs, pour un prix modeste (un nickel, soit cinq cents), voient des courts métrages. Très vite, il possède une cinquantaine de nickelodeons, et s’établit comme distributeur, intermédiaire entre le producteur de films à qui il achète les films et l’exploitant de salles de cinéma à qui il les loue. Une affaire prospère.

En 1907, Carl Laemmle s’installe à New York, où sont produits tous les films. Mais la ville manque d’espace pour des décors.

Les tournages de films de tous genres – comédies burlesques, mélodrames, westerns - se déroulent à Fort Lee, près de cette ville portuaire. Carl Laemmle achète de nombreux « films produits à Fort Lee et s’enrichit ».

« Pour augmenter sa part du gâteau, Thomas Edison revendique la paternité tous les brevets de tournage et de projection et crée le Trust Edison. Désormais, tous les producteurs, exploitants et distributeurs utilisant ses pellicules et ses appareils doivent s’affilier et lui verser des taxes ». Ce que Carl Laemmle refuse.

A partir de 1908, il fonde son studio de production.

Il recrute Mary Pickford, la « petite fiancée de l’Amérique », et produit des films où il aborde notamment des sujets tabous, telle la traite des femmes dans Traffic in Souls (1913), film qui dégage un bénéfice considérable.

En 1912, Carl Laemmle achète une ferme volaillère près de Hollywood. Il garde l’activité d’élevage, et consacre une grande part de l’espace de l’exploitation pour y produire des films à bas coût, avec une main d’œuvre peu syndiquée. Il crée ainsi Universal City, un des premiers studios de cinéma hollywoodiens devenu aujourd’hui « un parc à thèmes attirant 300 000 visiteurs par an » et un lieu de tournage de superproductions.

Il gagne son procès contre Edison : la justice américaine consacre la libre concurrence.

Carl Laemmle fonde Universal Studios en 1914 qu’il va hisser parmi les plus importantes sociétés de production.

Il offre une gamme large de genres cinématographiques : comédies burlesques avec Harold Lloyd, films fantastiques avec Lon Chaney, acteur célèbre pour ses maquillages qui le rendent méconnaissable.

Nombre de curieux assistent au tournage bruyant de films muets, mettant en scène des animaux exotiques, dans des décors variés.

Carl Laemmle vit à New York et se rend régulièrement à Hollywood et dans sa ville natale.

Lors de la Première Guerre mondiale, cet Allemand produit des films patriotiques, tel le film sur le Lusitania, navire coulé par un sous-marin allemand.

A Hollywood, Carl Laemmle consolide son entreprise familiale, délègue à Irving Thalberg, jeune producteur talentueux vite débauché par la MGM, et recrute des réalisateurs dont le style s’affirme : John Ford, Eric von Stroheim qui réalise Blind Husbands (Maris aveugles) en 1919.

Au décès de son épouse des suites de la grippe espagnole, Carl Laemmle élève seul ses enfants, puis s’installe sur la côte Ouest quand son fils atteint l’âge de 18 ans. Il nomme son fils producteur exécutif.

Le credo de Carl Laemmle : un film à bas coût pour le plus large public, tel The Phantom of the Opera (Le fantôme de l'Opéra) de Rupert Julian (1925) avec Lon Chaney, prêté par la MGM.

La crise éprouve la firme cinématographique : « Nous ne nous battons plus pour faire des bénéfices, mais pour survivre comme toute entreprise ».

A l’âge d’or de Hollywood, après l’avènement du parlant, la MGM ou la Paramount misent sur des films à grands budgets, avec des stars glamour, pour un public urbain. La Warner Bros s’illustre dans le registre des films sociaux et les films de gangsters, la RKO dans les comédies musicales avec Fred Astaire et Ginger Rogers, la Columbia dans des comédies de Frank Capra, tandis que la 20th Century Fox poursuit son essor sous la direction de Darryl F. Zanuck.

Carl Laemmle fabrique des séries B pour des salles de cinéma de l’arrière-pays, des petites salles de campagne ou de banlieue.

Universal adapte des best-sellers en comédies dramatiques, tel la comédie dramatique Back Street (1932) adapté du roman de Fannie Hurst.

Sous l’impulsion de son fils entré à 18 ans à l’Universal qu’il dirige à 21 ans en 1928, Carl Laemmle produit A l’Ouest rien de nouveau (All Quiet on the Western Front) de Lewis Milestone (1930), d'après le célèbre roman d'Erich Maria Remarque (1929). L'histoire du premier conflit mondial vu du point de vue d'un jeune soldat allemand. Ce qui lui vaut un Oscar en 1930. Dan son livre The Collaboration: Hollywood's Pact with Hitler, Ben Urwand relate l'accueil du film en Allemagne : lors de sa projection dans les salles berlinoises, des nazis jettent des boules puantes, lachent des souris et conspuent les scènes du film considéré comme "non patriote" et diffusant l'image jugée négative de soldats allemands défaits lors de la victoire française. Six jours après le début de cette campagne nazie hostile, le film est retiré des écrans allemands par décision de Ernst Seeger au motif que ce long métrage "ternit l'image nationale". Goebbels triomphe. Dans un effort d'apaisement afin de regagner un marché étranger important, Carl Laemmle ordonne de remonter le film et d'en supprimer certaines scènes, et à l'été 1931, cette version est autorisée par les autorités germaniques. Hollywood va soumettre des scripts et des films évoquant l'Allemagne à l'autorisation des autorités germaniques, nazies, pour éviter "l'article 15" de la législation allemande qui précise qu'une firme diffusant dans le monde un film "anti-allemand", tous ses films seront interdits en Allemagne.

Carl Laemmle initie aussi une série de films d’horreur et fantastiques à succès.

Très intéressé par les bandes dessinées d'horreur, le fils de Carl Laemmle produit des films dans cette veine de l'épouvante et du fantastique. Ces oeuvres cinématographiques propulsent vers la célébrité des acteurs inconnus : Boris Karloff (Frankenstein de James Whale, d'après le roman de Bram Stoker, en 1930) né dans l'empire austro-hongrois, et Bela Lugosi (Dracula de Tod Browning, adapté du roman de Mary Shelley en 1931).

En pleine crise économique consécutive au krach financier de 1929, le succès public mondial de ces films, devenus des classiques du cinéma par leur récit, leur style, leur mise en scène et leurs personnages archétypaux, induira des suites cinématographiques…

Lors du tournage de la comédie musicale reprise d'un succès de Broadway Show Boat (1936), des problèmes graves surviennent. Carl Laemmle est contraint d’emprunter aux banques qui « le roulent dans la farine ». Il vend alors son studio.

A l’avènement du nazisme, « Oncle Carl » aide des centaines de Juifs de Laupheim et Württemberg à fuir l’Allemagne nazie pour les Etats-Unis, les sauvant ainsi de la Shoah (Holocaust). Il leur accorde des aides financières, se porte garant, paie une partie de la traversée, etc. Il intervient aussi en faveur des Juifs du bateau Saint-Louis. Des aspects de sa personnalité qui ont été rendus publics récemment.

Ce documentaire bénéficie des souvenirs de Carla Laemmle, nièce de Carl Laemmle, et du réalisateur Peter Bogdanovich. Mais il souffre de carences sur la naissance du cinéma (frères Lumière), le rôle pionnier de Méliès dans le fantastique, les major studios américains et de digressions sans intérêt.

Curieusement, aucun visuel libre de droit pour la presse ne représente Carl Laemmle, pourtant le sujet de ce documentaire.

En mai 2013, le magazine Tablet a rappelé le rôle de Carl Laemmle dans le sauvetage de centaines de Juifs allemands  sous l'ère nazie.

Le 14 juin 2016 de 20 h à 22 h, l'Institut Maïmonide proposera la conférence Les Juifs à la télévision et dans le cinéma américain. L’an prochain... à Hollywood, par Michaël Lancu, docteur en histoire et directeur de l’institut Maïmonide. « De la Metro Goldwyn Mayer et de la Warner Bros à Steven Spielberg, de la Twentieth Century Fox, d’Universal et de la Paramount à J.J. Abrams, les Juifs ont bâti et continuent de bâtir Hollywood, « La Mecque » du cinéma mondial, prolongeant le mythe du rêve américain. Immigrés ou fils d’immigrés d’Europe centrale, ces producteurs juifs issus de milieux très modestes ambitionnaient de faire du 7ème art, plus qu’un simple divertissement (entertainment), un véritable art de masse. Soucieux de s’assimiler à la société US, ils espéraient atteindre les cimes de l’establishment qui leurs étaient alors fermées. Des pionniers européens fuyant la montée des périls en Europe début XXe, créant en visionnaires les premiers studios hollywoodiens et autres super-héros (Superman, Batman, Flash Gordon, etc.), aux réalisateurs talentueux, scénaristes et acteurs, les représentants de la loi mosaïque ont édifié en Californie un empire à l’image même de l’Amérique telle qu’ils la rêvent. Hollywood devient le vecteur fulgurant de l’American Way of Life. Un désir d’américanité des producteurs juifs qui aura pour conséquence de faire du cinéma américain la quintessence des Etats-Unis. Convoquons à l’esprit aux côtés des bâtisseurs, les acteurs Johnny Weissmuller, Jerry Lewis, Kirk Douglas, Paul Newman, Tony Curtis, Eli Wallach, James Caan, Dustin Hoffmann, Harrison Ford, Jeff Goldblum, Ben Stiller, Adam Sandler, James Franco, Jake Gyllenhaal et Shia LaBeouf... Pour ne citer qu’eux ! La télévision n'est pas en reste : les acteurs Léonard Nimoy et William Shatner (Star Trek), Peter Falk (Columbo), Paul Michael Glaser (Starsky), Joan Collins et John Forsythe (Dynasty), Martin Landau (Mission Impossible), Michael Landon (La Petite Maison dans la prairie), David Duchovny (X-Files), etc. Sans oublier les créateurs et producteurs de séries : David Jacobs (Dallas), Aaron Spelling (Starsky & Hutch, Drôles de dames, Dynasty, La croisière s’amuse et Beverly Hills 90210), Michael Mann (Miami Vice)... La liste est longue de ceux qui nous ont fascinés et fait rêver enfants, ou du moins naviguer entre aventures, histoire(s) et science fiction ! L'an prochain... à Hollywood ? La terre promise par le cinéma ? »
  

Documentaire de Reinhardt Beetz, Ira Beetz et Kai Christiansen
Allemagne/États-Unis, 2010, 1 h 19 mn
Gebrueder Beetz Filmproduktion Hamburg GmbH & Co. KG, SWR / ARTE
Diffusions sur :
- Histoire les 3 août à 20 h 35, 28 août à 13 h 57, 2 septembre à 10 h 50, 8 septembre à 14 h, 31 décembre 2012 à 18 h 45, 21 janvier à  20 h 35, 24 janvier à 18 h 50, et 26 janvier 2013 à 16 h 50, 20 mai 2013.
- Arte les 13 mars 2011 à 22 h 25 et 16 mars à 2 h 55.

Visuels : © SWR-Bea Müller et DR

A lire sur ce site concernant :






Cet article a été publié le 13 mars 2011. Il a été modifié le 26 février 2014.
Il a été republié le 30 juillet à l'occasion du centenaire d'Universal célébré à la Cinémathèque française et le 31 décembre 2012, puis le 20 février 2013 et 17 mai 2013, le 26 février 2014 - Arte diffuse A l’Ouest rien de nouveau (All Quiet on the Western Front) de Lewis Milestone (1930), d'après le célèbre roman d'Erich Maria Remarque (1929)- et le 23 juin 2014.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire