Citations

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jeudi 14 février 2019

Michel Legrand (1932-2019)


Compositeur, chanteur, pianiste, arrangeur, chef d'orchestre et réalisateur, ami des plus talentueux, Michel Legrand (1932-2019) a excellé dans un registre allant du jazz au classique via les variétés, tout en révolutionnant la comédie musicale avec Jacques Demy. Fidèle enthousiaste à la mélodie, cet artiste rigoureux, exigeant, généreux et ne craignant pas le lyrisme, a été ostracisé, et interdit de salles de concerts en France par « Pierre Boulez et sa famille ». Grâce à Henry Mancini, il s’est installé à Hollywood et y obtient trois Oscar. C'était un ami d'Israël. Arte diffusera le 16 février 2019 « Michel Legrand - Sans demi-mesure » (Michel Legrand. Drei Oscars für die Filmmusik) par Gregory Monro.

« Dans mon métier, je me suis toujours attaché à ne jamais me répéter. J’ai fait 150 000 choses différentes : je joue, je chante, je dirige... J’ai la prétention de pouvoir tout faire parce que, comme disait Cocteau, “le tact dans l’audace c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin », avait confié Michel Legrand au Jerusalem Post.

Michel Legrand (1932-2019) est né dans une famille musicale, en partie d'origine arménienne.

Formé au Conservatoire de musique de Paris par sa « mère en musique », Nadia Boulanger, Michel Legrand découvre émerveillé le jazz.

Il débute comme arrangeur pour son père, le chef d'orchestre Raymond Legrand. Accompagnateur de Maurice Chevalier, il compose des chansons et des musiques de films. Sans préjugé.

« Michel Legrand - Sans demi-mesure »
« Dans un même élan virtuose, il est passé de l'arrangement à la composition, du jazz au classique, de la Nouvelle Vague à Hollywood, où il remportera trois Oscars. Un portrait hommage jubilatoire de Michel Legrand, musicien aux carrières multiples, décédé le 26 janvier 2019 ».

« En quittant le domicile familial, son père, compositeur, laisse un vieux piano. Tout jeune, Michel Legrand apprend la musique seul, en reproduisant à l'oreille des airs qu'il écoute à la radio. Puis il entre au conservatoire, sous la férule d'une grande et austère pédagogue, Nadia Boulanger. Il reviendra sur le tard au classique pour composer de la musique symphonique. Mais happé par sa passion pour le jazz, il préfère d'abord s'émanciper de ce carcan, et saura retranscrire en français le swing américain, réputé insaisissable. Ce pulvérisateur de frontières a joué avec les plus grands jazzmen (Miles Davis, John Coltrane…). Il a aussi été compositeur, arrangeur, pianiste, chanteur et chef d’orchestre. Grâce à lui, la musique de film passe au premier plan. Avec Jacques Demy, c'est l'osmose. Ensemble, des Demoiselles de Rochefort aux Parapluies de Cherbourg, ils inventent le musical à la française. Compositeur de la Nouvelle Vague, Michel Legrand n'en cède pas moins aux sirènes d'Hollywood, où il remportera trois Oscars – L'affaire Thomas Crown, Un été 42, Yentl – et un plébiscite que la critique française lui refuse encore ».

« Monté avec inventivité et sur un rythme alerte, porté par le lyrisme teinté de mélancolie de ses mélodies et de nombreux extraits de films, ce documentaire épouse avec bonheur l'inimitable phrasé, tout en circonvolutions passionnées, de son sujet. De foisonnantes archives dévoilent son sens du show, son énergie débordante, le petit air intello qu'il avait à ses débuts, sa virtuosité et sa précocité. Au cours d'un émouvant entretien, Michel Legrand évoque ses années de jeunesse, sa carrière et même… son mauvais caractère, issu de sa grande exigence, qui lui vaut de piquer des colères à la de Funès. Au fil de ce portrait jubilatoire, de nombreux intervenants, de Bertrand Tavernier à Xavier Beauvois en passant par son biographe Stéphane Lerouge, portent un regard amusé et admiratif sur l'artiste et son œuvre ».

Dreyfus
En 2014, a été créé à l'Opéra de Nice "Dreyfus", opéra sur une musique de Michel Legrand et un livret de Didier van Cauwelaert d'après l'Affaire Dreyfus. Une création mondiale associant des comédiens de télévision et théâtre (Pierre Cassignard), des chanteurs de comédie musicale (Vincent Heden et Rachel Pignot dans le rôle du couple Dreyfus) et d'opéra, dans une mise en scène de Daniel Benoin qui "jongle non sans angoisse avec 130 effets de lumière et 60 effets vidéo, qui doivent servir une histoire en 53 chansons". Les "généraux, qui ourdissent maladroitement un complot contre Dreyfus au nom de la raison d'Etat, offrent un registre musical lyrique, nécessitant davantage un recours aux sous-titres, tout comme le chœur professionnel de l'Opéra de Nice qui scande "mort aux juifs" ou "non aux juifs dans l'armée".

Michel Legrand a souligné le côté « antimilitaire » de l'oeuvre : « Si j'avais vécu à l'époque de l'affaire, j'aurais été un dreyfusard convaincu ». Didier van Cauwelaert insistait sur « l'extraordinaire cynisme à l'œuvre dans cette conspiration » de l'État-major" et racontait "l'histoire du point de vue inédit du traître cabotin Esterhazy, "voyou que l'armée française va manipuler".

Les auteurs du spectacle ont voulu "une alchimie entre le rire et l'émotion", car sinon le message sur l'antisémitisme ne passe pas, résume Didier van Cauwelaert. "C'est un opéra populaire, avec une musique déchiffrable à la première audition. Je souhaite des émotions directes", explique Michel Legrand. A 82 ans, le compositeur de musiques de films, instrumentiste, jazzman, a réuni une palette d'interprètes aussi éclectiques que sa propre carrière.

"Des décors coulissants, époustouflants de prouesse technique, permettent de suivre l'intrigue simultanément dans neuf univers superposés se présentant comme les cases d'une maison de poupée. S'y ajoute la scène principale de l'Opéra de Nice, baignée dans les atmosphères de projections vidéo, tantôt les vagues de la mer, l'ambiance mouvementée d'un bordel parisien, l'état-major de l'armée... Les spectateurs ne savent plus où donner de la tête devant ce décor de prestidigitateur, sans cesse renouvelé".

Michel Legrand et Didier van Cauwelaert 3avaient déjà collaboré à la comédie musicale "Le Passe-muraille" d'après Marcel Aymé, joué en 1997 à Paris au Théâtre des Bouffes du Nord, qui a ensuite fait le tour du monde en 300 représentations“.

Israël
« Ma première expérience en rapport avec l’Histoire israélienne remonte à 1982. J’ai mis en musique un biopic américain, Une femme nommée Golda, consacré à Golda Meïr. C’est sur ce film que j’ai pu rencontrer, quatre mois avant sa mort, l’actrice sublime qui tenait le rôle : c’était Ingrid Bergman », avait déclaré Michel Legrand au Jerusalem Post.

Et d'ajouter : « En dehors de ma collaboration, fusionnelle, avec Jacques [Demy], ma plus belle expérience de comédie musicale m’a été offerte par Barbra. Pour la musique de film, il y a différentes possibilités : la résumer à de l’illustration sonore ; ou en faire, carrément, un élément de scénario, lui faire épouser absolument la forme du film. C’est le principe de la comédie musicale. Yentl a été une aventure unique, l’une des partitions les plus riches qu’il m’ait été donné d’écrire ».

Interpréter Yentl en Terre sainte suscite les applaudissements nourris du public : « C’est un passage obligé. Je ne peux pas ne pas jouer ce thème quand je viens. Je suis fier de cette partition, d’avoir ému Israéliens et Juifs de tous les pays sur un sujet qui leur appartient, d’avoir réussi à leur ‘parler’ via ma musique. »

Après sa collaboration en 1984 avec Barbra Streisand sur son film Yentl, adapté de la nouvelle » Yentl, the Yeshiva Boy » d’Isaac Bashevis Singer, Michel Legrand composera en 1995 la musique du film d'animation franco-germano-israélo-hongrois Le monde est un grand Chelm (The Real Schlemiel/Aaron's Magic Village) réalisé par Albert Hanan Kaminski d'après les oeuvres de ce romancier

"Généreux et passionné, tel s’est montré Michel Legrand le soir de son concert hiérosolymitain. « C’est une grande émotion... Chaque fois, je suis très heureux de jouer ici et j’ai eu la chance de pouvoir diriger, ce soir-là, un merveilleux orchestre philharmonique. »

Michel Legrand était sensible à la spécificité d'Israël : « Israël, ce n’est pas seulement un pays de 16 ans mon cadet. C’est le symbole, le regroupement de tout un héritage traditionnel, musical, littéraire, qui a traversé le monde entier. L’odyssée de ce peuple est universelle. Je suis un ‘homme du monde’, je me promène dans le monde entier, mais Israël a ceci de particulier, à mes yeux, que son destin me touche particulièrement. Je trouve que c’est un pays courageux, admirable. Je ne me lasse pas de le visiter. Ce sont des gens formidablement intelligents, cultivés, scientifiques, musiciens... Les orchestres israéliens sont de très belle qualité. Pour moi, c’est du bonheur. »

Ses concerts à Tel-Aviv et à Jérusalem ? « C’était comme une marque de soutien envers l’essor culturel du pays. »

Michel Legrand était un ami de Robert Parienti, directeur de l’Institut Weizmann en Europe, ou Shimon Peres. « Je l’ai rencontré à Paris, au cours d’une soirée organisée par Robert Parienti. Avec Shimon, on a tout de suite sympathisé. Il m’a fait savoir qu’il aimait ma musique. Je tâche de le voir chaque fois que je me rends en Israël. C’est un homme que j’admire beaucoup et que j’aime comme un frère. »

Et cet artiste de déplorer : « Pourquoi la guerre, la mésentente, toujours ? C’est terrible qu’il n’y ait pas plus de compréhension entre les uns et les autres. Car tout le monde a le droit de vivre, tout le monde a droit au bonheur. Tout le monde a droit, en tout cas, à la paix. Il faut impérativement que les Israéliens fassent attention... Ils ont trop souvent changé d’optique quant à un éventuel processus de paix avec les Palestiniens. La paix est indispensable. Ce serait mon souhait pour l’avenir d’Israël. »

« Peau d’âne, le plus beau conte de Jacques Demy »
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d’« Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), "Peau d’âne" de Demy / Guatemala / Monaco » par Fabrice Michelin. Linda Lorin « nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : "Peau d’âne" le plus beau conte de Jacques Demy - Au Guatemala, le paradis des Garifunas - À Monaco, le jeu de l’amour et du hasard ».

« Du château du Plessis-Bourré, bordé de larges douves, aux sous-bois de Gambais, en passant par le majestueux domaine de Chambord, Jacques Demy a sillonné l’Ouest de la France pour dénicher les décors naturels de son merveilleux Peau d’âne ».

« Blow up - Michel Legrand  »
Arte diffuse sur son site Internet « Blow up - Michel Legrand  » (Blow up. Michel Legrand aus der Sicht).

« Se réveiller dans un monde sans Michel Legrand (1932-2019)... Chronique de Thierry Jousse consacrée aux B.O. des films. Où seront évoqués les films de Jacques Demy et de Jean-Luc Godard , mais aussi quelques films américains comme "L’Affaire Thomas Crown" et "Yentl "et même quelques films récents comme "L’Amour dure trois ans" de Frédéric Beigbeder ».

CITATIONS DE MICHEL LEGRAND

"J’ai commencé à vivre le jour où je suis entré au Conservatoire"

"Grâce à Nadia Boulanger, j’ai pu tout faire"

« Un jour où j’étais dans la classe de Nadia Boulanger, je rencontre Igor Stravinski dont elle était amie intime et dont nous déchiffrions régulièrement les partitions manuscrites à trois pianos. Alors que je le questionnais sur l’analyse de ses œuvres, il me dit ‘’J’ai une confidence à te faire, mon petit : quand on est un vrai créateur, on ne sait pas très bien ce qu’on fait ’. À ses mots, je me suis libéré et me me suis enfin dit : la musique va venir à moi dans le silence. » (Michel Legrand au micro de Jean-Baptiste Urbain pour Les Grands Entretiens 2017)

J’ai fait du cinéma car je n’étais pas reconnu par le milieu musical”.

"Jacques Demy et moi, nous étions deux frères".

"J’avais envie de connaître le cinéma américain de son ventre même".

« Pendant quarante ans Boulez et sa famille ont fermé toutes les possibilités pour tous les compositeurs d'être joués. Il a décidé qu'on allait oublier tout le passé de la musique jusqu'à aujourd'hui et qu'on allait repartir à zéro. Il a fermé la porte à tous les autres compositeurs. Les compositeurs comme moi ne pouvaient pas vivre puisqu'on n'avait pas accès à la salle de concerts. [Pierre Boulez] a agi, et c'est très grave, comme un fasciste. Il y a sa musique et rien d'autre ».


« Blow up - Michel Legrand par Thierry Jousse 
Camera Lucida Productions, Jean-Stephane Michaux
France, 2015, 17 min

« Michel Legrand - Sans demi-mesure  » par Gregory Monro
France, 2017
Sur Arte le 16 février 2019 à 5 h 20

France, 2019

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Les citations sur le documentaire sont d'Arte.

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