dimanche 15 juin 2014

Attaques contre les chrétiens d'Orient : la réponse des démocraties face à l'intolérance islamiste ?


L'UPJF consacre ce 15 juin à 14 h, à la Mairie du XVIIe arrondissement de Paris, un colloque sur les réponses des démocraties et des dirigeants communautaires à l'islamisme. Lors de la cérémonie de la prière pour la paix au Vatican le 8 juin 2014, l'imam palestinien a conclu sa prière par la fin d'un verset de la sura appelant à vaincre les non-musulmans.

Le 25 janvier 2011, la mairie du XVIe arrondissement de Paris a accueilli la soirée éponyme de l’UPJF (Union des patrons Juifs de France) qui a aussi résumé le bilan de son action en 2010. Des informations bouleversantes sur les violences contre les chrétiens, notamment en "terre d'islam".

Cette réunion qui ouvre l’année constitue, avec son colloque en décembre, l’un des deux évènements-phares annuels de l’UPJF.

Y sont conviés essentiellement des politiciens, des représentants d’organisations juives françaises, des intellectuels, des Berbères et l’imam Hassen Chalghoumi.

La salle bondée est essentiellement composée de Juifs.
Cette année, des nouveautés : une table-ronde réunissait des dignitaires juifs, chrétiens et musulmans, et on notait la présence parmi le public un conseiller chargé de la sécurité auprès du Premier ministre François Fillon, des représentants de l’ambassade de Chypre, de la grande mosquée de Paris et de mosquées de la banlieue parisienne (Anthony).

Bilan de l’UPJF
Vingt-trois débats politiques avec des personnalités de droite et de gauche à Paris, un dîner politique à Marseille avec Sammy Ravel, ministre plénipotentiaire de l'ambassade d' Israël à Paris, un colloque ayant attiré « plus de 1 000 personnes », une mobilisation autour de Catherine Péderzoli, professeur d’histoire « réintégrée dans ses droits grâce à une action menée par Dominique Lunel », et contre le boycott d’Israël, une vigilance à l’égard de la « médiatisation de Stéphane Hessel »… Tels sont les principaux évènements en 2010 listés par Edouard Amiach, président délégué de l’UPJF vouée à « la lutte contre l’antisémitisme, à la défense de l’Etat d’Israël, de la démocratie et des libertés individuelles.

Les projets : mobiliser plus de militants, agir à l’égard de la « mascarade » de Durban III qui se tiendra en septembre 2011 à New-York, lutter pour les chrétiens d’Orient qui subissent « d’incessantes attaques dans les pays musulmans ». Ce qui rappelle « le sort qu’ont connu les Juifs en Libye, en Algérie, en Iraq, c’est-à-dire des citoyens de seconde zone ». « Le nombre des chrétiens diminue au Moyen-Orient, sauf en Israël ».

« Un problème de civilisation en jeu » (François Pupponi)
Sous l’autorité de Michel Zerbib, directeur de l’information de Radio J, deux tables-rondes, l’une politique, l’autre religieuse, ont été dédiées à ce sujet tragique : les persécutions visant les chrétiens d’Orient.

Un thème longtemps occulté par les médias (1) qui l’ont révélé au grand public à l’occasion de deux attentats islamistes récents : celui revendiqué par al-Qaïda, le 31 octobre 2010, contre la cathédrale syriaque catholique Notre-Dame du Perpétuel Secours, à Bagdad (Irak) et qui a causé au moins 46 morts, dont deux prêtres, et 60 blessés ; celui contre une église copte d'Alexandrie (Egypte), lors de la nuit du nouvel an 2011, qui a fait au moins 21 morts et 79 blessés.

Le 7 janvier 2011, lors de ses vœux aux autorités religieuses, le Président de la République Nicolas Sarkozy avait rappelé l’accueil en France de chrétiens irakiens et avait déclaré :
« Nous ne pouvons pas non plus admettre et donc faciliter ce qui ressemble de plus en plus - j'emploie un mot fort - à un plan particulièrement pervers d'épuration du Moyen-Orient, d'épuration religieuse. En Irak comme en Egypte, les chrétiens d'Orient sont chez eux et ils le sont pour la plupart depuis 2000 ans… Les droits qui sont garantis, chez nous, à toutes les religions, doivent être réciproquement garantis dans les autres pays ».

Ce 25 janvier 2011, édiles de droite (UMP) – Eric Raoult, député-maire du Raincy (Seine Saint-Denis, banlieue au nord de Paris), Claude Goasguen, député-maire du XVIe arr. de Paris, Bernard Debré, autre député de cet arrondissement - et François Pupponi, député et maire socialiste de Sarcelles, tous ont exprimé leur indignation face à ces « persécutions et exactions » et déploré la baisse du nombre de chrétiens dans le monde arabe ou/et musulman en raison de l’exil des chrétiens.

Ils ont souligné le besoin d’unité dans cette « guerre mondiale déclarée par l’islamisme » : « Après Israël, ce sont les chrétiens qui sont visés », a asséné Claude Goasguen qui a dénoncé la « faillite de l’assemblée générale de l’Organisation des Nations unies dont une majorité refuse de définir le terrorisme et le rapport Goldstone, bombe à retardement en faveur des terroristes : la commission onusienne des droits de l’homme a privilégié les civils contre l’Etat ! C’est une régression intellectuelle ».

Eric Raoult a aussi énoncé cette « phrase terrible » des persécuteurs : « On s’est occupé du samedi. On s’occupe maintenant du dimanche ». On a chassé les Juifs de certains pays, et, en second, on chassera » les chrétiens. Et d’observer dans le département dont il est élu que les « Juifs quittent parfois les cités populaires, puis les catholiques partent ensuite ».

Quant à François Pupponi, élu d’une ville qui abrite une communauté juive importante et a accueilli des assyro-chaldéens ayant fui voici une vingtaine d’années la Turquie, il a souligné le paradoxe d’accueillir ces chrétiens persécutés et de les encourager à continuer leur combat dans leur terre ancestrale. Un discours qui doit être nécessairement complété par « le combat d’organisations internationales en faveur des chrétiens persécutés ». François Pupponi a aussi établi un lien avec « le problème de l’entrée de la Turquie qui n’a pas reconnu le génocide des Arméniens et des assyro-chaldéens en 1915 ».

Des persécutions contre les chrétiens qui ont alarmé les députés français dont « 150 sur 800 ont signé une pétition » de soutien (Claude Barouch, vice-président de l’UPJF).

Des dialogues interreligieux à développer
Puis, parole a été donnée aux religieux.

« Le terme « copte » signifie égyptien. L’Egypte est un pays chrétien depuis le 1er siècle du christianisme », rappelait le père Guirguis Lucas, prêtre de l’église copte orthodoxe de Sainte-Marie et Saint-Marc de Paris, visé par des menaces de mort. Selon lui, 5 à 10% des Egyptiens sont coptes.

Le rabbin Moshé Lewin, porte-parole du grand rabbin de France Gilles Bernheim, a déclaré que « le dialogue entre les cultes fonctionne » ». Et de citer la conférence des représentants des cultes en France.

Le rabbin Moshé Lewin a préconisé de « décliner le dialogue interreligieux dans chaque ville » et d’agir auprès des gouvernants afin d’imposer des réciprocités entre la France et les pays musulmans : nombre d’entre eux « appliquant la sharia sur leur territoire refusent toute liberté de conscience ou de religion sur leur sol et réservent aux autres religions un statut de seconde zone ».

Il a décrit des « aumôniers, notamment catholiques, envoyés en Afghanistan et horrifiés de ce qui se passe là-bas et qu’on tolère ». Exemples : « un sergent féminin, baptisée, obligée de porter le voile, ce qui pose un problème de conscience » ; « un mari de 50 ans avec sa femme, une fille âgée de dix ans, ce qui s’appelle de la pédophilie », ou cet époux qui bat à coups de pieds violents sa femme devant leurs garçons, et ceux-ci redoublent de cris de joie quand les coups atteignent le visage de leur mère. Selon ce rabbin, la consigne de l’Armée est : « Faîtes comme si vous n’avez rien vu ».

« Il n’y a pas de paix sans liberté religieuse. Le terrorisme est inexcusable », a martelé Mgr Jérôme Beau, évêque auxiliaire de Paris.

Quant à Hassan Chalghoumi, imam de Drancy, il a distingué, comme les autres orateurs l’islam de l’islamisme, a exhorté à « l’islam de France » et a « exporté avec un rabbin l’amitié en Israël et à Gaza ».

« Que les chrétiens d’Europe aient conscience comme José-Maria Aznar, ancien Premier ministre espagnol, l’a écrit : « Si Israël tombe, l’Occident tombe », a exhorté l’universitaire Emmanuel Navon pour qui le « conflit israélo-arabe a une dimension religieuse. Nous « luttons contre une folie, une idéologie qui ont besoin d’un ennemi pour exister. Dans cette lutte globale, Israël est le dernier espoir… Depuis 1967, année de la libération et de la réunification de Jérusalem, la liberté de culte » prévaut dans la capitale d’Israël.

Un public critique
« Les chrétiens ne sont pas victimes d’agressions uniquement dans des pays majoritairement musulmans », a constaté Sammy Ghozlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), qui a égrené une liste de récentes agressions contre des personnes et biens – églises vandalisées et incendiées, cimetières profanés – chrétiens. « Il y a deux agressions antichrétiennes par semaine. Le danger est là, aussi », a résumé M. Ghozlan qui a rappelé le silence occultant la vague d’actes antisémites au début des années 2000. Il a préconisé le dialogue avec les musulmans.

Josiane Sberro, de Primo-Europe, a dénoncé le « silence glacial » des chrétiens dans des associations judéo-chrétiennes quand elle aborde les assassinats de chrétiens d’Orient.

Les libertés, il faut les invoquer pour « les pratiquants et les non pratiquants », a déclaré Ferhat Mehenni, président du Gouvernement provisoire kabyle (GPK). Et d’expliciter : « L’Etat algérien envoie la police dans les maisons de Kabylie pendant le Ramadan pour arrêter ceux qui déjeunent ».

Lynda Asmani, conseillère de Paris (Nouveau centre), s’est indignée : « Il ne faut pas aller à Gaza. La France ne doit pas aller à Gaza, car c’est reconnaître et accepter le terrorisme » du Hamas qui dirige la bande de Gaza. Lynda Asmani a déploré les évènements ayant visé la ministre des Affaires étrangères te Hamas.

Des spectateurs ont interpellé Mgr Jérôme Beau sur des déclarations stigmatisant Israël lors du synode sur les chrétiens d’Orient (octobre 2010). Cet évêque auxiliaire de Paris a précisé : « Les conclusions rédigées par les patriarches latins n’ont pas valeur magistérielle. Il faut attendre deux à trois ans pour que la parole officielle s’exprime. La situation des patriarches a montré un certain parti. Cela ne dit pas la situation de l’Eglise catholique par rapport au peuple Juif et au judaïsme. La question de l’élection est indissociable de la question de l’Etat d’Israël. Celui-ci est reconnu et doit exister. La question de l’élection dans la Bible est liée à la terre ». Mgr Beau a compté sur « les Juifs pour montrer que l’image de la flottille de Gaza n’était pas semblable à la réalité ».

Monotonie
Les conférences de l’UPJF se suivent et se ressemblent. On y retrouve les mêmes politiciens. Ce qui n’est guère probant quant à l’efficacité de l’action menée, ni encourageant pour le public invité à soutenir l’action de l’UPJF et qui repart avec ses inquiétudes sur son avenir en France. Pourquoi ne pas puiser dans le vivier des groupes d’amitié France Israël du Parlement ? Celui de l’Assemblée nationale, le plus important de cette Chambre, compte 137 membres.

Il serait bon aussi de desserrer davantage l’étau enserrant la communauté juive, d’aller vers les Hindous et les athées.

De plus, la vigueur des interpellations de Mgr Beau a été inversement proportionnelle au ton précautionneux choisi à l’égard de l'imam Hassan Chalghoumi. Comme s’il fallait éviter les sujets qui fâchent sur l'islam. Pourtant, interrogé sur des questions sensibles, tels les sourates ou hadits haineux à l’égard des non-musulmans, cet imam m’avait répondu en 2010 en proposant de les contextualiser. Un de ses proches avait évoqué les autres sourates empreintes d'amour pour autrui. Mais c'est éluder le principe islamique de l'abrogation : le verset le plus récent (médinois) abroge celui qui lui est antérieur (mecquois). Et les versets plus récents sont problématiques notamment par leur appel à la violence et à la haine des Juifs.

En outre, la dhimmitude liée au jihad explique ces persécutions. Elle aurait mérité de plus amples développements.

Enfin, c’est bien de favoriser le dialogue intercultuel. Mais les participants, notamment les rabbins, doivent être formés à ce dialogue qui doit aborder tous les sujets, même ceux qui fâchent. Est-ce le cas ?


(1) Selon le Baromètre de confiance dans les médias TNS-SOFRES de janvier 2011, 33 % des Français interrogés estiment que les médias n'ont pas assez parlé des attentats contre les chrétiens au Proche-Orient. Ce sondage a été réalisé pour le quotidien La Croix les 3 et 4 janvier 2011, auprès d'un échantillon national représentatif de 1000 personnes âgées de 18 ans et plus.


A lire sur ce blog :
Article publié le 8 février 2011, puis le 11 avril 2013 en raison des violences contre les chrétiens, et à l'approche du rassemblement de soutien aux Coptes, à l’appel de l’AISCE Solidarité Copte-Europe,  le 12 avril 2013 de 16 h à 18 h 30, place Saint-Michel (Paris).. Il a été modifié pour la dernière fois le 11 avril 2013.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire