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lundi 29 juin 2020

Richard Brooks (1912-1992)


Richard Brooks (1912-1992) était un réalisateur, scénariste, producteur et romancier juif américain. Dans ses romans et films, il a défendu les principes de la démocratie. Arte diffusera le 29 juin 2020 « De sang-froid » (Kaltblütig ; In Cold Blood) de Richard Brooks, d’après une œuvre de Truman Capote, avec Robert Blake, Scott Wilson, John Forsythe.

Richard Brooks est né Ruben Sax dans une famille d’immigrés russes juifs à Philadelphie.

Après ses études universitaires de journalisme, il débute comme reporter sportif pour la presse, puis collabore à New York à la radio WNEW.

Il s’oriente ensuite vers la mise en scène théâtrale à Broadway. En 1940, il fonde la Mill Pond Theater Company avec David Loew à Roslyn, New York.

A Los Angeles, il est éditorialiste pour la NBC. Il épouse l’actrice Jeanne Kelly en 1941.

En 1942, Richard Brooks rédige les dialogues additionnels pour « Sin Town » et « Men of Texas ». L’année suivante, il écrit son premier scénario pour White Savage.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, il sert dans les Marines. Il apprend les éléments essentiels de la réalisation, de l’écriture et du montage documentaires. Il risque la cour martiale pour son roman sur la discrimination raciale, « The Brick Foxhole » (1945). Le romancier Sinclair Lewis intervient avec succès en sa faveur.

Richard Brooks divorce en 1944.

Après avoir publié des romans - The Brick Foxhole (L'Aventure du caporal Mitchell, 1945) sur l’antisémitisme, adapté en 1947 pour le grand écran par Edward Dmytryk (Feux Croisés, Crossfire) avec Robert Young, Robert Mitchum, Robert Ryan et Gloria Grahame, The Boiling Point (1948) « dénonciation des exactions du Ku Klux Klan », The Producer (1951) -, Richard Brooks est repéré par le producteur Mark Hellinger qui le recrute comme scénariste.

Il assure l’écriture de scénarios, notamment pour Les Tueurs (The Killers, 1946) de Robert Siodmak avec Burt Lancaster et Ava Gardner, Les Démons de la liberté (Brute Force) de Jules Dassin (1947)  avec Burt Lancaster, Hume Cronyn, Charles Bickford, Yvonne De Carlo et Ann Blyth et Key Largo de John Huston (1948) avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Edward G. Robinson et Claire Trevor. John Huston l’autorise à assister au tournage de ce film devenu mythique.

En 1946, Richard Brooks épouse Harriette Levin qui demandera le divorce en 1957.

En 1950, il réalise « Cas de conscience » (Crisis) avec Cary Grant et José Ferrer. Suivent Bas les masques (Deadline-USA, 1952) sur le monde de la presse et des gangsters, Graine de violence (Blackboard Jungle, 1955) avec Glenn Ford, Sidney Poitier et Paul Mazursky – la chanson "Rock Around the Clock" de Bill Haley and the Comets ouvre et clôt le film -, La Dernière Chasse (The Last Hunt, 1956), La Chatte sur un toit brûlant (Cat on a Hot Tin Roof, 1958) avec Elizabeth Taylor et Paul Newman, Elmer Gantry le charlatan (Elmer Gantry, 1960) d’après le roman de Sinclair Lewis avec Burt Lancaster et Jean Simmons, Les Professionnels (The Professionals, 1966) avec Burt Lancaster, Lee Marvin, Robert Ryan et Claudia Cardinale, À la recherche de Mr. Goodbar (Looking for Mr Goodbar, 1977)…

Soutenu par Les Cahiers du cinéma comme « auteur rebelle », Richard Brooks « est un intellectuel libéral  dont l'œuvre dénonce l'oppression sous toutes ses formes. De 1940 à 1960, il porte un regard inquisiteur et lucide sur ses contemporains, défend les causes les plus généreuses et soulève des problèmes en se refusant à apporter des réponses. Son expérience de journaliste et sa grande inspiration en font un polémiste attaché aux valeurs de la démocratie. En 1949, les studios de la Metro-Goldwyn-Mayer l'engagent. Il passe à la réalisation en 1950 avec Crisis (Cas de conscience), une parabole sur la dictature en Amérique latine. Dans Deadline USA (Bas les masques, 1952), il défend la liberté d'expression à travers la chronique d'un journal en crise. Fondé sur son expérience de soldat, Take the high ground (Sergent la Terreur, 1953) dénonce les abus de pouvoir au sein du corps militaire. 


"Avec The blackboard jungle (Graines de violence, 1955), Richard Brooks livre une vision réaliste de la délinquance et des affrontements raciaux dans un quartier pauvre de New York. A partir de 1957, il devient le spécialiste des adaptations d'oeuvres littéraires réputées difficiles : Les frères Karamazov (1957) de Fedor Dostoïevski ; The cat on a hot tin roof (Une chatte sur un toit brûlant, 1958) de Tennessee Williams ; Elmer Gantry (1960) de Sinclair Lewis, diatribe contre les sectes récompensée par trois Oscars ; Lord Jim (1964) de Joseph Conrad avec Peter O'Toole, Eli Wallach, Jack Hawkins, Paul Lukas et James Mason, où il exploite l'un de ses thèmes favoris, celui de la deuxième chance. En 1966, il propose une méditation sur l'intervention des Etats-Unis à travers un western, The professionnals (Les professionnels) ».

En 1960, il épouse l’actrice Jean Simmons. Leur union s’achève par un divorce en 1977.

Richard Brooks a été distingué par l’Oscar du Meilleur scénario adapté pour Elmer Gantry (1960).

Une étoile est attribuée à Richard Brooks sur la promenade de la gloire à Hollywood.

Sur son caveau au cimetière de Culver City (Californie) a été apposée une plaque sur laquelle est inscrit : « First comes the word… » (« D’abord, vient le mot… ») Une citation choisie par sa belle-fille, Tracy Granger.

« De sang-froid »
Arte diffusera le 29 juin 2020 « De sang-froid » (Kaltblütig) de Richard Brooks avec Robert Blake, Scott Wilson et John Forsythe. La musique est signée par Quincy Jones.

« L’adaptation fidèle » de « In Cold Blood: A True Account of a Multiple Murder and Its Consequences » (1967), "roman documentaire" de Truman Capote sur l’assassinat d’une famille de fermiers par deux paumés, arrêtés, jugés et pendus en 1965. Un manifeste contre la peine de mort ancré dans la noirceur du réel. »

« Le 15 novembre 1959 à Holcomb, bourgade du Kansas, deux jeunes ex-détenus, Perry Smith et Dick Hickock, assassinèrent dans leur maison un couple de fermiers, les Clutter, et leurs deux enfants adolescents ».

« Un meurtre sauvage, gratuit en apparence, puisque le butin se monta à quelques dizaines de dollars ».

« Arrêtés un an plus tard, en repassant la frontière après quelques mois d’errance au Mexique, ils furent condamnés à mort ».

« Avant leur pendaison, en 1965, l’écrivain Truman Capote consacra une longue enquête à l’affaire, s’installant à Holcomb pour y rencontrer les policiers et les anciens voisins des Clutter, suivant le procès, et surtout s’entretenant régulièrement avec les prisonniers qu’il accompagna vers la mort ».

"De sang-froid" fut publié l’année suivante et ce "non-fiction novel" ("roman documentaire"), selon le terme de son auteur, passionna le pays ».

« Le parallèle établi par Truman Capote entre le meurtre et le châtiment prenait pourtant à rebrousse-poil l’immense majorité des Américains ».

« Richard Brooks dut batailler contre les studios afin de conserver intacts le trouble, le réalisme et la noirceur du récit de Truman Capote ».

« Les deux comédiens qu’il choisit, quasi inconnus, composent avec justesse ces figures privées de repères et de grâce, enfants perdus devenus meurtriers ».

« Le cinéaste parvint aussi à imposer le noir et blanc – superbes images glacées des grandes plaines du Kansas sous le vent de novembre ».

« Pour plus de fidélité encore, il tourna la scène du crime là où il avait eu lieu, dans la ferme des Clutter ».

« Ce détail dérangeant alimenta la polémique lors de la sortie du film, les conservateurs lui reprochant sa violence désespérée – même si le meurtre se déroule hors champ – et sa prétendue amoralité ».

Richard Brooks « utilise un style froid, à la limite du reportage dramatisé, pour montrer du doigt le malaise profond de la société américaine et dénoncer la peine de mort ».

"De sang-froid", plaidoyer implacable contre la peine de mort, n’offre ni rédemption ni consolation ».

« Seul le jazz aérien de Quincy Jones (le film lança sa carrière hollywoodienne) apporte un soupçon de douceur ».

« En 1966, Truman Capote publie De sang-froid : récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences, un roman non-fictionnel. Capote, frappé par la violence de ce fait divers, décide de quitter New York et part enquêter sur les lieux du crime. Il recueille les témoignages des habitants de Holcomb et de la police locale, mais aussi des deux meurtriers dans leurs cellules. Il assistera aussi à leur exécution par pendaison le 14 avril 1965. Le livre est dès sa publication considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature américaine. Le réalisateur et scénariste Richard Brooks décide de l’adapter au cinéma l’année suivante, avec la complicité de son auteur. Le film est fidèle au livre dans la mesure où ce dernier adoptait déjà un style très cinématographique, attaché à la notion de réalisme dans la description des faits et les portraits psychologiques des différents protagonistes de ce drame, et plus particulièrement les deux assassins, marginaux atteints de plusieurs tares physiques et mentales. Brooks procède par retours en arrière et décide d’éluder dans un premier temps la scène du meurtre, qui n’est dévoilée que tard dans le récit, une fois les deux coupables arrêtés et interrogés. En choisissant de tourner sur les lieux-même des faits et de l’enquête, en optant pour une forme éclatée qui présente plusieurs points de vue, ou la technique du montage parallèle, le cinéaste prolonge l’écriture réaliste et chorale de Capote, sa recherche d’une explication rationnelle à un crime atroce perpétré de sang-froid. Par son intensité dramatique, le film échappe aux écueils du film à thèse, même s’il prend clairement parti contre la peine de mort en établissant un parallélisme entre la pendaison des deux coupables et l’exécution de leur crime, et en soulignant la déficience du caractère exemplaire de la peine capitale. En cela, il diffère du roman. La mise en scène de Richard Brooks a rarement été aussi inspirée. De sang froid doit beaucoup à ses interprètes, les débutants Robert Blake et Scott Wilson. Le film permet également d’admirer l’une des plus belles photographies (noir et blanc) du grand chef-op Conrad Hall, ici au sommet de son art », a analysé Olivier Père.

Richard Brooks a remporté le David di Donatello dans la catégorie du Meilleur réalisateur étranger.

Le film a été retenu par la Library of Congress pour être préservé dans le National Film Registry américain car il est « culturellement, historiquement ou esthétiquement significatif ».


« De sang-froid » de Richard Brooks
Etats-Unis, 1967, 135 minutes
Scénario : Richard Brooks
Production : Columbia Pictures Corporation, Pax Enterprises
Producteur/-trice : Richard Brooks
Image : Conrad L. Hall
Montage : Peter Zinner
Musique : Quincy Jones
Son : Dick Tyler Sr.
Avec Robert Blake, Scott Wilson, John Forsythe, Paul Stewart, Gerald S. O'Loughlin, Jeff Corey, John Gallaudet, James Flavin, Clarence Duntz, Charles McGraw
Sur Arte le 29 juin 2020 à 22 h 30
Visuels : © DR

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