mardi 27 décembre 2016

« Des hommes comme les autres, correspondants au Moyen-Orient », par Joris Luyendijk


Joris Luyendijk fait tomber les correspondants de guerre de leur piédestal d’« historien du moment présent ». La profession n’en sort pas grandie et notre foi en la réalité des « informations » livrées par ces correspondants diminue considérablement. La couverture médiatique de la guerre en Syrie suscite des polémiques.

Dans son livre best-seller aux Pays-Bas, Joris Luyendijk  relate comment, écrivain expert en arabe et en sciences sociales, quasi-débutant en journalisme, il est propulsé correspondant au Moyen-Orient (1998-2003).

« J’avais déjà perdu l’illusion que l’on est au courant de ce qui se passe dans le monde lorsqu’on suit les actualités », écrit Joris Luyendijk  qui a mis « trois ans pour écrire » ce livre « vendu à plus de 250 000 exemplaires aux Pays-Bas ».

Un livre pour « dire pourquoi au Moyen-Orient il est si difficile de dire des choses sensées à propos de problématiques aussi vastes ».

Un livre-confession passionnant, utile. Édifiant.

Grandeur du métier et désillusions
Le monde arabe ? Dictatures, corruption à tous les niveaux, bureaucratie, népotisme, mauvaise gouvernance. On comprend que les dirigeants arabes instrumentalisent le conflit contre l’Etat Juif pour détourner le ressentiment de leurs populations.

Au Moyen-Orient, le néerlandais Joris Luyendijk  y mesure l’écart entre la réalité et son image médiatisée.

Il apprend la loi des Ciseaux qui « décrit l’effet des images sur les gens. Celui de l’image est plus fort que celui du son et si le texte évoque autre chose que l’image, le spectateur ne suit plus que l’image ».

Il découvre aussi que les dictatures arabes rendent impossible l’exercice du métier de journaliste. Il conclut : « Il n’est tout simplement pas possible de faire du journalisme dans le monde arabe ». Un constat qui perdure lors de « l’hiver islamiste ».

Joris Luyendijk est confronté à la « guerre des médias » et des mots. Multiplie les désillusions.

Dans son livre préfacé par le directeur des Cahiers d’Orient Antoine Sfeir, Joris Luyendijk démystifie les conditions de travail des correspondants: rôle essentiel d’agences de presse (AFP, AP, Reuters) - les « agences s’étaient muselées elles-mêmes », donc les dictatures ne les expulsent pas, et ce sont leurs dépêches qui prévalent sur les sujets proposés par les correspondants des journaux -, dépendances à l’égard de bases de données sur Internet (Lexis Nexis), recours à un fixeur, autochtone interprète et arrangeur de rencontres, service de communication de mouvements terroristes (Hezbollah), intérêts médiatiques d’ONG et de militants des droits de l’homme, corruption pour avoir un visa pour l’Iraq et la douane, visites de presse organisées par le ministère de l’Information du Soudan/tour operator ou de l’Irak de Saddam Hussein, organisation ou tolérance par des dictatures d’« explosions de colère » médiatisées et souvent mises en scène, donor darlings qui « n’existent que grâce aux subsides occidentaux », etc.

Autres travers de la profession : vie en autarcie souvent déconnectée de la réalité locale, adaptation ou conformité de ligne éditoriale de médias néerlandais à celle des journaux anglo-saxons de référence (BBC, CNN, The New York Times), ignorances de ses collègues sur un monde arabe opaque et divers, difficultés à compléter ou nuancer l’image stéréotypée des Arabes privilégiée par le rédacteur en chef, harmonisation des sujets traités par tous les médias, suivisme de journaux, correspondants ne disant pas la vérité pour garder leur travail et correspondants alibis pour le dateline, pour présenter sur place des dépêches d’agences.

Honnêtement, Joris Luyendijk reconnaît avoir été instrumentalisé, ou avoir manqué d’informations cruciales dans certains articles. Il fait part de ses hésitations, de ses doutes.

L’auteur souligne aussi la difficulté à travailler en raison des quatre filtres : l’angoisse des interviewés au Moyen-Orient, l’absence de statistiques pour mettre en perspectives les informations, la vulnérabilité des sources, et ce qui est vérifiable ne fait pas l’actualité.

Il fait montre d’ignorance ou de naïveté à l’égard des fondamentalistes musulmans, des Frères musulmans parce qu’il veut être le plus honnête possible, et ignore leur représentativité.

Selon l’auteur, les morts chrétiens font plus l’actualité que les morts non chrétiens. On peut ne pas partager son avis.

« Jews are news »
La « foi [de Joris Luyendijk] en la possibilité d’une information impartiale s’évanouit » quand il couvre « Israël et les Palestiniens ». Joris Luyendijk s’interroge sur le lien de cause à effet entre les violences et les médias.

Il suit l’actualité côté palestinien. Il veut être neutre et renvoie souvent dos à dos Israéliens et Palestiniens, mais ne respecte pas la neutralité.

Or, la fin de son livre est à charge contre Israël. Il réécrit les négociations de Camp David en 2000 et les raisons de l’encerclement du QG d’Arafat en omettant la série d’attentats terroristes palestiniens dont celui du Seder de Pessah au Park Hotel à Netanya (27 mars 2002). Met dos à dos la « propagande israélienne » et celle palestinienne ». Recycle le mythe de la coexistence pacifique interconfessionnelle en « terre d’islam ». Ignore les liens entre les Nazis et le monde musulman. Pourquoi « l’exode oublié » d’environ un million de Juifs de pays arabes, de Turquie, d’Iran, de la partie de Jérusalem occupée par la Jordanie ? Mystère pour l’auteur du livre.

On regrette l’ignorance ou la naïveté du journaliste sur les Frères musulmans, son occultation de Pallywood et du jihad, sa vision partiale choquante d’Israël, sa réécriture erronée de faits historiques, ses énormités sur les partisans du Grand Israël, etc.

Joris Luyendijk n’a pas saisi la radicalité du Hamas. Il semble ignorer la dhimmitude, le jihad, etc.

La « guerre des médias » et des mots pour ce conflit au Proche-Orient ? Des « médias manipulés et retravaillés par les parties concernées ». Joris Luyendijk présente le service de presse israélien comme particulièrement performant pour faire passer ses messages aux correspondants de presse et des Palestiniens moins riches que les Israéliens, sur la réactive, des amateurs défaillants ou atones, gérant mal leurs relations presse, et l’affaire al-Dura occultée.

Parti pris ? Naïveté ? Ignorance ? Joris Luyendijk véhicule la propagande palestinienne – les malades palestiniens décèderaient en raison des barrages de sécurité israéliens bloquant les ambulances !? -, dont l’accusation de crime rituel pour justifier a posteriori le lynchage de deux Israéliens. Souvent, l’auteur exprime la vision palestinienne sans s’en rendre compte : prétendue puissance médiatique d’Israël, Shoah comme « atout » d’Israël, etc.

Ce livre a reçu le Prix des Assises du journalisme en 2010.

Les quatre journalistes français ont été libérés le 19 avril 2014 par les terroristes islamistes en Syrie. 

Joris Luyendijk, Des hommes comme les autres, correspondants au Moyen-Orient. Préface d’Antoine Sfeir Traduit du néerlandais par Gérald de Hemptinne. Editions Nevicata, 2009. 240 pages. 19,95 euros. ISBN : 978-2-960255-9-0

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Cet article a été commandé, mais non publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 8 décembre 2013, puis le 20 avril 2014.

2 commentaires:

  1. Le début de votre compte rendu m'a donné envie de lire ce livre mais la fin m'en a dissuadé définitivement. Apparemment ce journaliste n'a toujours rien compris du conflit arabo-israélien...

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  2. Un journaleux reste un journaleux , un antisemite restera antisemite .

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