jeudi 11 août 2016

Hedy Lamarr (1914-2000), actrice et inventrice


Née dans une famille Juive de Vienne (alors dans l’empire d’Autriche-Hongrie), Hedy Lamarr (1914-2000) devient célèbre grâce à Extase (1933), film de Gustav Machaty. Star hollywoodienne mythique, elle dépose en 1941 avec le compositeur américain d’avant-garde George Antheil (1900-1959) un brevet remarquable relatif à un système de codage des transmissions – étalement de spectre (spread spectrum) - utilisé par l’informatique et la téléphonie actuelles. L'attestation de dépôt de brevet par Hedy Lamarr et George Antheil de leur invention révolutionnaire commune date du 11 août 1942. Deux documentaires sont consacrés à cette actrice-scientifique : Calling Hedy Lamarr (« Portrait d'une femme fantasque et tourmentée »), documentaire de Georg Misch (2004) diffusé par Arte, et Hedy Lamarr de Matthew Barrett (2011) que la chaîne Histoire a diffusé, dans sa série Femmes extraordinaires

Ingrid Bergman (1915-1982)

Une star hollywoodienne élégante et belle, mais maintenant oubliée ? Une espionne au service des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale ? Une femme intelligente qui a contribué à concevoir une invention aux multiples applications dans la vie quotidienne contemporaine, mais n'a pas su gérer ses finances ? Une femme sociable ou solitaire ? Une Viennoise de cœur, mais qui finit sa vie en Floride ? Une femme en quête de stabilité et d'amour, aux six mariages et aux trois enfants, dont l'un adoptif qu'elle a abandonné ?

Au terme du documentaire Calling Hedy Lamarr, le mystère demeure, suprême paravent d’une personnalité difficile à cerner même par ses proches qui en brossent un portrait contradictoire.

Ceci ressort d’un documentaire qui s’apparente plus à une quête de la mère par son fils, Anthony Loder, soucieux de réaliser une biographie filmée d’Hedy Lamarr et auditionnant des actrices, qu’à une biographie classique ou tendant à l’exhaustivité.

Un documentaire qui a pour fil conducteur… le téléphone dont Hedy Lamarr qu’elle priviliégiait pour communiquer avec ses enfants et ses amis.

Le film de Matthew Barrett s'avère plus approfondi, mais perdure le mystère d'une personnalité complexe.

« La plus belle femme du monde »
Hedwig Eva Maria Kiesler est née en 1914 dans une famille de la bourgeoisie juive de Vienne : son père est un riche banquier, sa mère est pianiste. Elle bénéficie de cours de piano, de danse et d'art dramatique.

De la Vienne de son enfance heureuse, elle gardera la nostalgie. « Elle adorait Strauss et les valses viennoises. Elle les fredonnait » se souvient son fils, Anthony Loder, conseiller en télécommunication.

La jeune actrice, qui débute comme actrice dans la cinématographie viennoise, alors dynamique, est remarquée pour sa beauté, ses yeux "beaux comme des tableaux".

Formée à l’école d’art dramatique de Max Reinhardt à Berlin, elle joue au théâtre Josefstaedter, puis travaille comme scripte et actrice dès 1930.

Son apparition courant nue dans le film Extase (1933) du tchèque Gustav Machaty la rend célèbre, au-delà du cercle du cinéma d'art et d'essai. Et choque, notamment dans Hollywood, usine à rêves américaine régie par le Code Hays : le film est interdit dans de nombreux pays (Allemagne, Etats-Unis) et par le pape.

En 1933, Hedy Kiesler épouse Fritz Mandl, catholique d'ascendance juive, dirigeant d’une entreprise importante fabriquant des armes et proche de dictateurs fascistes, notamment Mussolini. Son époux lui interdit de poursuivre sa carrière cinématographique et tente d’acheter toutes les copies d’Extase. Le couple reçoit diverses personnalités, dont Freud.

Hedy Kiesler divorce, et rencontre en 1937, sur le bateau qui vogue vers les Etats-Unis, Louis B. Mayer qui dirige la MGM (Metro Goldwyn Mayer), un des principaux studios hollywoodiens ayant sous contrat les stars les plus glamour. Elle signe un contrat avantageux de sept ans avec la MGM, et est rebaptisée Hedy Lamarr, « la plus belle femme du monde ».

Son premier film à Hollywood : Algiers (Casbah), un remake en 1938 de Pépé le Moko de Julien Duvivier. Un succès qui dans un film romantique où elle incarne une beauté sophistiquée, mystérieuse, exotique.

Hedy Lamarr tourne sous la direction de talentueux réalisateurs : Cecil B. De Mille, King Vidor, Victor Fleming, Marc Allégret, Clarence Brown, Jacques Tourneur.


En donnant la réplique à des acteurs célèbres : Judy Garland, Clark Gable, James Stewart, Robert Taylor, Spencer Tracy, John Garfield, Victor Mature, George Sanders…

Hedy Lamarr participe à l’effort de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale comme actrice lors de ventes de War Bonds, etc. Lors d'une tournée, elle parvient à collecter 25 millions de dollars en vendant ces obligations de guerre. Elle travaille aussi humblement dans la Hollywood Canteen.

A l’expiration de son contrat avec la MGM, elle devient brièvement productrice : Le Démon de la chair d’Edgar Ulmer (1946) et La femme déshonorée de Robert Stevenson (1947).

Elle acquiert la nationalité américaine en 1953.

Dans sa filmographie de plus de 25 films en plus de 20 ans – Boom Town (1940), Ziegfield Girl (1941), Cargo (1942), Tortilla Flat (1942), Samson et Dalila de Cecil B. De Mille (1949) - un succès couronné de deux Oscar -, My favorite Spy (1951) -, on relève peu de classiques.

Le 23 mars 2016, à 20 h 45, Ciné + Classic diffusera Samson et Dalila, de Cecil B. de Mille (1949) avec Avec :Victor Mature, Hedy Lamarr, George Sanders, Angela Lansbury, Olive Deering, Henry Wilcoxon, Fay Holden, Julia Faye, Russ Tamblyn, William Farnum, Lane Chandler. "Mille ans avant Jésus-Christ, les Hébreux vivent sous le joug des Philistins. Aimé de la belle Dalila, Samson, un berger doté d'une force surhumaine, est très épris de la soeur de celle-ci, Semadar. Pour avoir tué un lion de ses mains, il obtient la main de sa bien-aimée. Au cours de la cérémonie de mariage, Samson, humilié par des railleries, provoque une bagarre au cours de laquelle Semadar et son père sont tués. Ivre de rage, Samson s'enfuit alors dans la montagne et fait régner la terreur dans toute la région. Le héros apprend que d'autres avaient juré sa perte et celle de sa bien-aimée..."

Une opération de chirurgie esthétique flétrit le visage harmonieux de la star, dont la vie privée est jalonnée par six mariages et autant de divorces. 

Anthony Loder, son fils conseiller en télécommunication, et Denise Loder-De Luca, sa fille esthéticienne, deux de ses trois enfants, se plaignent de la dureté de leur mère.

Denise Loder-De Luca déplore d’avoir grandi de pensions en colonies de vacances : « Ma mère me manquait tellement. Avec mon argent de poche, j’achetais une poupée Hedy Lamarr. Je regardais ma « maman » et je pleurais à chaudes larmes ».

Denise Loder-De Luca impute certains comportements de Hedy Lamarr aux cachets qu’elle prenait pour supporter le rythme intense de travail des grands studios hollywoodiens.

« Je suis très simple, mais aussi très compliquée car je suis très sensible… Comment pouvez-vous comprendre quelqu’un qui a autant de facettes que moi. J’ai joué tant de rôles ! », déclarait Hedy Lamarr, dans les années 1960.

Une visionnaire inventive
Lors de la Seconde Guerre mondiale, en décembre 1940, Hedy Lamarr rencontre George Antheil, « mauvais garçon de la musique » (Bad Boy's Piano Music) ainsi qu'il se définit dans son autobiographie (1945), compositeur avant-gardiste de musique atonale et auteur du Ballet mécanique (1926) pour 16 pianos mécaniques. George Antheil est impressionné non seulement par la beauté d'Hedy Lamarr, mais aussi par sa remarquable intelligence.


Tous deux anti-nazis, ils conçoivent un système secret et révolutionnaire de radioguidage des torpilles : « étalement de spectre » (spread spectrum) ou « commutateur de fréquences ». Leur projet consiste à « insérer un rouleau de piano mécanique dans le transmetteur et le récepteur de la torpille : chacun est perforé selon le même schéma complexe et aléatoire. La succession de trous indiquant les changements de fréquence de communication. Les deux rouleaux sont identiques et commencent à se dérouler à la même seconde. Ainsi la communication entre le transmetteur et le récepteur de la torpille est parfaitement synchronisée. Si l'ennemi peut repérer une partie du signal, il ne peut pas le suivre sur la fréquence aléatoire suivante. Ainsi, l'étalement de spectre par sauts de fréquence inventé par Hedy Lamarr et George Antheil est presque impossible à brouiller ».

Ce système de codage des transmissions permet au signal de la torpille de se déplacer parmi 88 fréquences différentes, de sauter d’une fréquence à l’autre de manière aléatoire. Ce qui évite toute détection, toute interception, tout brouillage ou toute interruption par l’ennemi lors d’une attaque sous-marine. Les fréquences de l'émetteur et du récepteur de la torpille sont synchronisées : elles varient simultanément, selon le même code enregistré sur deux cartes perforées. Ce système de coordination est conçu par George Antheil qui s'inspire de son Ballet mécanique. A noter que 88 correspond au nombre de touches d'un piano.

Un système déposé en 1940 et décrit élogieusement par des médias, breveté en 1941 et mis immédiatement par ses inventeurs à la disposition de l’armée américaine… qui ne l’utilise pas lors de ce conflit. Comment imaginer qu'une star hollywoodienne et un compositeur de musique ont résolu un problème majeur : trouver un système pour téléguider les torpilles et éviter qu'elles soient détectées et détruites par l'ennemi nazi ?!

Accrédité le 11 août 1942, cet « étalement de spectre » est brièvement utilisé par la Marine américaine, en 1957, et surtout lors de la crise des missiles à Cuba en 1962 pour sécuriser les communications entre navires américains assurant le blocus de l’île, puis dans les bombes « intelligentes ».

De nos jours, il est un élément important de la téléphonie mobile, des réseaux Wi-Fi et des communications satellitaires. Une découverte tombée depuis des décennies dans le domaine public, et qui n’a pas enrichi ses auteurs.

Hommages ou allusions à cette inventeuse ingénieuse : dans les années 1990, le packaging de Corel Draw 8 reproduit un portrait de Hedy Lamarr.

En 1997, l’Electronic Frontier Foundation (EFF) américaine décerne un Prix Pionnier spécial, pour leur Spread-Spectrum Broadcasting, à ces deux inventeurs de génie qui « avaient espéré que leur invention contribuerait à vaincre l’Allemagne nazie. De manière ironique, cet instrument qu’ils ont développé pour défendre la démocratie voici un demi-siècle promet d’étendre la démocratie au XXIe siècle », déclare alors Mike Godwin, un des responsables d’EFF.

En 2003, des publicités de la firme aéronautique Boeing associent Hedy Lamarr à la science.

L’Autriche, l’Allemagne et la Suisse ont choisi le 9 novembre, jour anniversaire de Hedy Lamarr, comme Journée de l’inventeur (Tag der Erfinder). Une dame qui a continué d’inventer - pour les handicapés, etc. -, même âgée.

Le documentaire Calling Hedy Lamarr n’analyse pas la carrière cinématographique et les rôles interprétés par Hedy Lamarr dans des genres divers, ni sa judéïté et ses relations avec sa famille en Autriche. Il émeut quand Anthony Loder dialogue avec des passants du Hollywood Boulevard Walk of Fame dont une étoile est dédiée à Hedy Lamar, une star oubliée d’eux. Il bouleverse quand Anthony Loder et Loder-De Luca, respectant la dernière volonté de leur mère, se rendent à Vienne pour disperser ses cendres dans la forêt. Et choisissent un lieu appelé Am Himmel (Au Paradis).

Le 9 novembre 2015, pour le 101e anniversaire de la naissance de Hedy Lamarr, Google a rendu hommage à l'actrice glamorous-pionnière scientifique par un Doodle, adaptation ou déclinaison temporaire du logo de Google en référence à un événement ou une personnalité. 

En cliquant sur ce Google Doodle affiché en page d'accueil du moteur de recherche, vous pouviez voir un court dessin animé sur la double vie d'Hedy Lamarr, star et scientifique.


Hedy Lamarr de Matthew Barrett
BBC TV, 2011, 52 minutes
Diffusions sur  la chaine Histoire les 22 février 2012 à 20 h 35, 5 mars 2012 à 13 h 40, 10 mars 2012 à 10 h 15, 10, 13, 15, 18, 27 et 29  décembre 2012, 3 et 5 janvier 2013

Calling Hedy Lamarr, de Georg Misch
Allemagne-Autriche, 2004, 69 minutes
Diffusion le 2 ou le 3 mars 2011 à 0 h 55 (les informations d’Arte sur son programme et sur son site Internet sont contradictoires)

Visuels :
Affiche du documentaire Calling Hedy Lamarr

Hedy Lamarr
© Hanfgarn & Ufer, Berlin

Hedy Lamarr
©  BBC

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Cet article a été publié le 1er mars 2011, puis le 21 février 2012 et le :

- 2 janvier 2013 à l'approche de la diffusion du numéro sur Hedy Lamarr de la série Femmes extraordinaires de Matthew Barrett par la chaine Histoire, et modifié le 17 février 2012 ;
- 12 août 2013 et 14 août 2014, 11 août et 9 novembre 2015, 23 mars 2016.

3 commentaires:

  1. Gustav Machaty was a Czech Director, not Hungarian.

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  2. Pour être précis, les parents d'Hedy Lamarr étaient convertis au catholicisme quand leur fille est venue au monde. Mais qu'importe pour moi qui ne suis pas juif que ses origines le fussent.
    Je contemple les photos de cette incroyable beauté, ému presque aux larmes de tant de grâce et d'élégance. Chacun de ses portraits indique qu'elle incarne la féminité dans ce qu'elle a de plus pur. En même temps, c'est une immense frustration que ceux-ci provoquent parce-qu'ils soulignent aussi l'inaccessibilité qui l'accompagne.
    "Femme d'un autre âge,j'ai tant l'impression de te connaître que je souffre d'être aussi éloigné de ton histoire. Pourtant ton image me hante au point de croire qu'elle me regarde. Alors, je me noie dans l'azur de ton regard empreint de mystère".

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  3. elle est fascinante.
    Intéressant article,merci!

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