lundi 23 mars 2015

Dieu(x), Modes d’emploi



Le Petit Palais a présenté l’exposition éponyme, consensuelle, superficielle et décevante qu’il montrait en association avec Tempora/Musée de l’Europe. Un « panorama des pratiques religieuses dans le monde d’aujourd’hui au travers de thématiques : « Divinités », « Cultes », « Passages », « Intercesseurs », « Corps », « Conflits et coexistence », « Voix », « Lieux », « Cycles », « Au-delà » ». Le 23 mars 2015, à 19 h 30, à l’occasion de la parution de son ouvrage Quand les dieux sont en guerre (La Découverte, 2015), Tobie Nathan conversera avec Victor Malka, journaliste et écrivain, au MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) : "Une idéologie humaniste, née au XIXe siècle, a installé l’idée que toutes les divinités ne sont que l’expression d’une même idée de dieu. C’est cette proposition que Tobie Nathan entend réfuter. Selon lui, il faut accepter l’hétérogénéité des dieux, malgré leurs ressemblances, malgré leurs prétentions, et même malgré l’influence qu’ils ont pu exercer les uns sur les autres. Pour l’auteur, ce principe est la condition même d’une possibilité de paix". Tobie Nathan, professeur émérite de psychologie à l’université de Paris VIII, "est le principal représentant de l’ethnopsychiatrie. Auteur de très nombreux essais, il a aussi publié des romans. Il a reçu le prix Femina essai 2012 pour Ethno-Roman (Grasset)".


« Un voyage à travers les religions d’aujourd’hui, pratiquées aux quatre coins du globe et à Paris. On y croise les trois religions du Livre (judaïsme, christianisme et islam), les religions asiatiques (bouddhisme, hindouisme, taôisme…) et l’animisme, de l’Afrique à l’Océanie en passant par les Amériques. Comment l’homme se représente-t-il le divin dans ces différents systèmes de croyance ? Comment communique-t-il avec lui et dans quel but ? Comment organise-t-il l’espace et le temps pour faire place au sacré ? Quel est l’impact de la religion dans les activités sociales – rites de passages, contrôle du corps ? Quel rôle la religion joue-t-elle dans certains des conflits qui embrasent le monde ? Autant de questions qu’aborde l’exposition en un spectaculaire parcours confrontant art sacré et anthropologie ».

L’ambition est grande. La réalisation moins que médiocre. Peut-être est-ce du à ce qui semble la volonté de gommer des aspérités, de faire comme si les mots - paix, etc. - avaient le même sens dans toutes les religions. Comme si le jihad n'existait pas, et ne menaçait pas le monde.

Pourtant les commissaires de l’exposition sont érudits : pour le Petit Palais, Raphaëlle Ziadé et chez Tempora SA/Musée de l’Europe Elie Barnavi, Isabelle Benoit, Benoît Remiche.

En effet, que d’amalgames ! Judaïsme, christianisme et islam, « trois religions du Livre. Oui, mais pas le même : la Bible hébraïque est commune au judaïsme et au christianisme, le Coran est « parole incréée d’Allah, révélée à Mahomet par l’ange Gabriel ». La Bible, « considérée comme une falsification de la vérité coranique, n’est nullement respectée ». (Bat Ye’or)

Et le  bouddhisme : religion ou philosophie ? Les commissaires de l'exposition ont tranché, mais sans expliquer leur choix. Comme si cela allait de soi !

« Des caricatures de Plantu permettent de parcourir le thème, replongeant le visiteur dans l’actualité des dernières années : par exemple, montée de l’intégrisme islamique, guerres incluant des facteurs religieux comme la guerre civile du Liban, poids des intégristes dans le conflit israélo-arabe ». Vraiment ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’un conflit né du refus du monde musulman d’un Etat Juif ? Une guerre civile au Liban… mais à laquelle ont concouru des Arabes palestiniens. Quant aux dessins de Plantu, ils sont peu éclairants. Surtout celui sur la réaction ministérielle à l'attentat contre la synagogue de Marseille.

Les lieux  de ces religions ? « Dix maquettes de projet d’architecture récents complètent le propos en voulant donner à voir la façon dont les architectes d’aujourd’hui répondent à la question de construire un édifice cultuel, en France, en Allemagne ou au Japon ». Mais pourquoi occulter la signification de la hauteur des minarets ? Et les débats sur la construction de mosquée : financement, formation des imams, etc.

On a l'impression d'une exposition "hors contexte" comme il existe des cultures "hors sol". Finalement, tout "se vaudrait", tout "se ressemblerait"...

Des parallèles entre religions existent. Mais pourquoi dissimuler les différences ?

« 160 chefs d’œuvre issus du patrimoine spirituel de l’Humanité seront ainsi prêtés par les plus grands musées. Sculptures, objets d’art, peintures, manuscrits côtoient maquettes, photos, films et bornes interactives pour tenter d’éclairer la variété des croyances et des cultes dans le monde ».


A voir sur le judaïsme : le Rideau d’arche sainte et son lambrequin du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Dieu donnant les tables de la Loi à Moïse de Chagall (dessin, Musée d’Israël), le « tableau de NicolasPoussin, La destruction du Temple de Jérusalem (Musée d’Israël), événement symbolique où les ambitions politiques du pouvoir romain s’attaquèrent au cœur de l’institution judaïque qu’était le Temple de Jérusalem, lieu du Saint des Saints, détruit en 70 par Titus ».

Le plus impressionnant se trouve en fin d’exposition : des masques et costumes africains, dont trois venus du musée national du Burkina Faso, portés lors de fêtes.

Jusqu’au 3 février 2013
Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill. 75008 Paris
Tel : 01 53 43 40 00
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 20 h

Visuel :
Chandelier de Hanouca
© RMN / Jean-Gilles Berizzi

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Cet article a été publié le 2 février 2013.

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