Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 9 février 2021

John Ford (1894-1973)


John Ford (1894-1973) était un réalisateur et producteur américain d'origine irlandaise qui a excellé dans les westerns (La Chevauchée fantastique, La Prisonnière du désert) et les films dramatiques sociaux (Les Raisins de la colère) ou psychologiques (Le Mouchard). Durant la Deuxième Guerre mondiale, ce militant antinazi a dirigé une unité d'opérateurs filmant les camps nazis de concentration. Arte diffusera le 8 février 2021 "Les raisins de la colère" (The Grapes of Wrath ; Früchte des Zorns) de John Ford (1940).

Fred Astaire (1899-1987)

John Ford (1894-1973) est l'un des réalisateurs américains les plus importants du cinéma américain. Sa carrière s'étale sur quatre décennies : ayant débuté avec le cinéma muet, il a su s'adapter au cinéma parlant. Et sa filmographie compte un nombre impressionnant de chefs d'oeuvres.

En 2014-2015, la Cinémathèque française a proposé une rétrospective de John Ford. "Étalée sur cinq décennies, l’œuvre de John Ford est un monument aux entrées multiples, une cathédrale aux travées innombrables. Aussi, face à elle, a-t-on le sentiment qu’il serait non seulement impossible d’en venir à bout mais aussi incongru de prétendre lui donner un sens à la fois définitif et global. Le cinéma de John Ford échappe à toute réduction idéologique. C’est sans doute en raison de cela qu’on a souvent voulu ou pu coller à l’auteur de Stagecoach toute sorte d’étiquettes faciles, en faire l’incarnation, à chaque fois idéale, d’hétérogènes catégories cinématographiques ou morales, variables selon les périodes de sa carrière : réalisateur de films de prestige à Oscars, maître du western, progressiste rooseveltien, militariste conservateur, grand classique ou moderne brechtien. Chacun son Ford, serait-il possible de décréter, tant l’intérêt pour son œuvre s’est scindée au cours de son histoire en jugements antinomiques. On peut aimer les films de John Ford pour des raisons diamétralement opposées et sans doute, à chaque fois, pourrait-on se voir reprocher de ne se contenter que de la vision partielle et amputée d’une totalité insaisissable. L’être de son art se cache dans la contradiction", a écrit Jean-François Rauger.

Et Jean-François Rauger de rappeler : "Frank Feeney est né le 1er février 1895 à Cape Elisabeth, dans le Maine. Il est le dernier d’une famille de onze enfants d’immigrés catholiques irlandais. Son œuvre n’oubliera d’ailleurs jamais d’interroger cette généalogie, religieuse, prolétaire et irlandaise. Après avoir exercé divers métiers, il rejoint son frère Francis, qui a commencé à Hollywood une carrière d’acteur et de réalisateur à Universal, sous le nom de Francis Ford. Il en devient, sous le nom de Jack Ford, l’homme à tout faire, l’assistant réalisateur tout en interprétant divers rôles dans ses films. Il signe sa première réalisation, The Tornado, en 1917. De cette période ne subsistent que quelques titres, dont trois films avec Harry Carey en vedette. Ford est débauché en 1920 par la compagnie de William Fox. Commence une série d’œuvres plus ambitieuses, dont certaines influencées par le cinéma allemand de l’époque, premier signe d’un expressionnisme qui ne se réduira pas à la décoration pure ou à la création d’atmosphères, mais cherchera à inscrire l’Idée elle-même dans le plan. Four Sons en 1928 sera l’aboutissement de cette volonté tandis que Iron Horse aura, dès 1924, dégagé une ambition substantielle : celle d’affronter, en une vaste épopée filmée, celle du chemin de fer, les origines de l’Amérique et les progrès de ce que l’on appelle la civilisation. Il gagne son premier Oscar de réalisateur en 1935 avec The Informer (Le Mouchard), œuvre encore fortement marquée par l’expressionisme, s’attaque à des sujets historiques (Mary of Scotland/Mary Stuart) et aborde, en une superbe et discrète trilogie, avec Will Rogers en vedette, une plongée nostalgique, comique et inquiète dans un passé inoubliable et pourtant ambigu (Doctor Bull, Judge Priest, Steamboat Round The Bend)."

Et Jean-François Rauger de souligner : "En 1939, Stagecoach (La Chevauchée fantastique), résurrection du western dans un Hollywood qui avait relégué le genre dans le ghetto des compléments de programme, est une sorte de révolution. Les récits de l’Ouest s’émancipent, passent de la naïveté documentaire d’origine à une forme de vérité iconique et mythologique. S’ensuivra une série de chefs-d’œuvre : Young Mr Lincoln (Vers sa destinée), Drums Along The Mohawk (Sur la piste des Mohawks), Grapes Of Wrath (Les Raisins de la colère). Ce dernier titre vaudra à Ford un nouvel Oscar, tout comme How Green Was My Valley (Qu’elle était verte ma vallée) en 1941. Les films, notamment ceux tournés pour la Twentieth Century Fox (produit du rachat en 1935 de la vieille compagnie de William Fox) de Darryl F. Zanuck sont alors souvent le résultat d’une alchimie particulièrement réussie entre le patron du studio et le cinéaste. On le sait, Ford participe ensuite activement à l’effort de guerre, une guerre qu’il aura anticipée en créant, dès 1939, le Naval Field Photographic Unit. Il filmera notamment les combats du Pacifique, prendra partie, de façon virulente parfois, sur la manière de conduire le conflit (December 7th, sur l’attaque de Pearl Harbor) et suivra l’armée américaine sur de nombreux théâtres d’opérations, en Asie, en Afrique et en Europe.

Et Jean-François Rauger d'étudier : "La Seconde Guerre mondiale, catastrophe ayant brisé en son milieu le XXe siècle, laissera dès lors une empreinte indélébile sur son cinéma. En 1947, après My Darling Clementine (La Poursuite infernale), la collaboration avec Zanuck cessera. Ford recherche son indépendance, avec sa propre compagnie de production, Argosy Pictures, qu’il avait créée en 1939 avec Merian C. Cooper. Entre une souveraineté d’artiste constamment recherchée et les contraintes de la production hollywoodienne d’après-guerre, fréquemment entouré d’une troupe d’acteurs fidèles qu’il aime martyriser sur les tournages, John Ford va désormais construire une œuvre décisive, dont l’importance sera, malgré tout, longtemps incernable. Il n’est plus le réalisateur prestigieux des années à Oscars que certains commentateurs semblent regretter. Il tourne de nombreux westerns et des histoires de cavalerie, mythologie malgré tout toujours un peu méprisée, comme le démontrent les critiques écrites à la sortie de ses films. Jusqu’au début des années 1960, en France, les « baziniens » des Cahiers du cinéma se méfient de l’expressionnisme de son cinéma et de son supposé sentimentalisme, et lui préfèrent de loin celui qui sera finalement son envers idéologique, Howard Hawks."

Jean-François Rauger continue : "Car, dans les films de John Ford, contrairement au cinéma de l’auteur de Rio Bravo, être et agir ne peuvent coïncider. Et si Ford a ainsi pensé l’histoire et la nation américaine, c’est en s’opposant à l’idéologie pragmatique qui identifie l’agir et l’existence. Le héros fordien se défie fondamentalement de l’action (le colonel Brittles qui évite le combat avec les Indiens à la fin de She Wore A Yellow Ribbon) ou bien en est dépossédé (The Long Grey Line / Ce n’est qu’un au revoir, When Willie Comes Marching Home / Planqué malgré lui). L’action peut ainsi se réduire à un geste-reflexe (l’épisode The Civil War dans How The West Was Won / La Conquête de l’Ouest) ou à l’exécution d’un devoir réifié (Fort Apache / Le Massacre de Fort Apache). C’est que l’individu, cherchant une communauté utopique (l’armée par exemple) qui le protègerait des tensions (de classes, de races, de générations) de la société, finit toujours par se retrouver confronté à celles-ci. Il peut surtout y subir aussi la violence de sa propre pulsion, d’où le lien étroit qui unit racisme et sexualité dans certains films (The Searchers / La Prisonnière du désert, Sergeant Rutledge / Le Sergent noir, Two Rode Together / Les Deux Cavaliers). Les paysages, quant à eux, sont moins présents comme inscription réaliste et lyrique à la fois (tels qu’ils apparaissent dans les westerns d’Anthony Mann) que comme une géographie abstraite et mentale (la géologie antéhistorique de Monument Valley dans l’Utah utilisée en dépit de toute véracité géographique).

Et Jean-François Rauger poursuit : "Deux siècles se sont condensés dans le cinéma de Ford. Le XIXe et la disparition d’un monde rural, préindustriel, si bien allégorisé par la Guerre de Sécession, catastrophe hantant les « americana » de l’auteur de The Sun Shines Bright (Le Soleil brille pour tout le monde). Mais aussi le XXe, triomphe absolu et effroyable de la technique, et le désastre qui le coupe en deux et qui voit l’industrialisation mise au service de l’extermination de masse".

Et Jean-François Rauger de conclure : "L’image chez Ford plonge l’individu dans la totalité même du monde où cœxistent l’idée et sa réalité, sa trace documentaire tout au moins. Le fleuve tranquille ou tumultueux de l’histoire y est immédiatement visible comme une réalité indépendante de la volonté des individus. Ce que l’on appelle le progrès est désormais vu avec une lucidité implacable dont on ne retrouvera l’équivalent cinématographique que dans l’œuvre de Jean Renoir, autre génie irréductible à toute lecture préexistante à son art. C’est l’abyssale interrogation (The Man Who Shot Liberty Valance / L’Homme qui tua Liberty Valance) qui retourne l’idéologie « progressiste » pour se demander s’il fallait, au bout du compte, désirer ce que l’on appelle la civilisation."

"John Ford - L'homme qui inventa l'Amérique"
"John Ford - L'homme qui inventa l'Amérique" (John Ford - Der Mann, der Amerika erfand) est un documentaire réalisé par Jean-Christophe Klotz. "De "La prisonnière du désert" aux "Raisins de la colère", John Ford a contribué à bâtir la légende américaine. Avec pour fils rouges la Monument Valley qu'il immortalisa de si belle manière et le silence farouche qu'il opposait aux intervieweurs, un portrait à la mesure du géant du cinéma américain."

"À la fois conteur et bâtisseur de la légende américaine, John Ford (1894-1973) fut bien plus qu’un grand faiseur de westerns. En près de cinquante ans de carrière et cent cinquante films, dont quelques monuments de l’histoire du septième art – La chevauchée fantastique (1939), Les raisins de la colère (1940), La prisonnière du désert (1956) ou L’homme qui tua Liberty Valance (1962) –, le cinéaste le plus oscarisé d’Hollywood (quatre trophées du meilleur réalisateur) n’a cessé de fixer sur pellicule le grand récit de l’Amérique, pour dépasser le mythe et révéler ses failles. Dans les paysages somptueux de l'Ouest sauvage, notamment la Monument Valley, entre l'Arizona et l'Utah, où il revint tourner inlassablement, il a d'abord forgé sa vision rêvée de son pays – une nation humaniste, solidaire, offrant aux hommes et femmes de bonne volonté la liberté infinie de ses grands espaces. Mais son œuvre, nourrie autant de l’histoire américaine que de son propre parcours, se fera au fil du temps plus sombre et plus ambivalente."

"Le réalisateur Jean-Christophe Klotz évoque avec finesse les multiples facettes d'un cinéaste qui refusa aussi obstinément les questions des intervieweurs que l'embrigadement idéologique : le fils d’immigrant irlandais assoiffé de reconnaissance, le vétéran profondément marqué par la Seconde Guerre mondiale, le témoin révolté par l’oppression des minorités, notamment indiennes, le taiseux fuyant ses propres gouffres dans des beuveries méthodiques… Au travers notamment de somptueuses archives, d'interviews de proches et de spécialistes de l'œuvre, comme de séquences tournées dans l’Ouest américain (par exemple auprès des Navajos qui perpétuent les luttes de leurs aînés, mais aussi d'un meeting de campagne de Donald Trump, venu s'approprier l'héritage de John Wayne, acteur fétiche du cinéaste), ce documentaire fait "parler" les extraits des films les plus emblématiques de John Ford. À l'image d'un géant qui, disait François Truffaut, "a inventé le western, et peut-être engendré le cinéma lui-même", un portrait documentaire plein de souffle, qui met en valeur les multiples résonances de l'œuvre."

"Sur la piste des Mohawks"
"Sur la piste des Mohawks" est un western de John Ford (1939). "En 1776, pendant la guerre d'indépendance américaine, un couple de colons fonde un foyer dans la vallée Mohawk, où vivent des Indiens. ... Une ode lyrique aux pionniers de l'Ouest par le maître John Ford, avec Henry Fonda et Claudette Colbert."

"1776. Pendant la guerre d'indépendance américaine, un jeune colon, Gil Martin, se marie avec Lana. Après la cérémonie, le couple part en chariot pour s'installer dans la ferme de Gil et fonder un foyer dans la vallée Mohawk, où vivent des Indiens. Dans une auberge, ils font la connaissance de Caldwell, un espion anglais borgne. Ils vont comprendre que les Britanniques royalistes manipulent les Mohawks en les incitant à répandre la terreur dans la vallée afin de chasser les colons. La ferme des Martin est la première à être brûlée."

"Dans la production pléthorique de John Ford, Sur la piste des Mohawks marque une date spéciale : c'est sa première approche de la couleur, sublimée par le Technicolor, notamment dans des scènes collectives composées comme des tableaux. Cette beauté plastique se met au service d'une ode lyrique aux pionniers de l'Ouest. Le cinéaste, qui réalisera trois films en cette année 1939 (dont La chevauchée fantastique), traite d'un de ses thèmes de prédilection : la force de la communauté confrontée à l'adversité et à la violence. À partir d'un scénario à rebondissements, il passe de la vérité à la légende, du détail réaliste à l'épopée. Un tour de force qui exalte non sans humour l'esprit d'aventure et la générosité, dans la plus pure tradition fordienne."

"Les raisins de la colère"
"Brûlot politique et écologique dénonçant la misère sur fond de Grande Dépression, Les raisins de la colère, roman culte de John Steinbeck, fit scandale à sa parution en 1939. Plongée dans une œuvre à l'acuité rageuse".

"Ils ne peuvent pas m’abattre maintenant, parce que ce serait trop flagrant." Au printemps 1939, lorsque paraît Les raisins de la colère, roman de la révolte qui divise l’Amérique en révélant crûment la face sombre du capitalisme, John Steinbeck craint pour sa vie". 

"Rigoureusement documenté, ce livre, écrit sur le vif, conte la terrible odyssée de la famille Joad, métayers de l’Oklahoma, chassés de leurs terres par les tempêtes de poussière et la mécanisation de l'agriculture, sur fond de crise de 1929 et de Grande Dépression". 

"Jetés sur les routes à l’image d’autres crève-la-faim immortalisés à l’époque par Dorothea Lange, dont les photos apparaissent dans le film, ces migrants, confrontés à la misère à leur arrivée en Californie, sont parqués dans des camps". 

"D’une violence et d’une force bouleversantes, le best-seller fiévreux, porté un an plus tard à l’écran par John Ford, participe du mythe américain – l’emblématique route 66 et la traversée des frontières –, en dévoilant l’envers de la conquête de l'Ouest, au travers d’un exode rural éreintant". 

"Mais l’œuvre dénonce aussi l’exploitation cynique de tous les damnés de la terre, exilés qui subissent l’hostilité de populations plus nanties, hier comme aujourd’hui, en Europe ou en Californie."

"De son écriture à sa réception en passant par sa résonance universelle, le documentaire "Le roman de la colère" de Priscilla Pizzato plonge dans ce livre furieux et foisonnant où Steinbeck avait mis toute son âme pour provoquer la colère et éveiller les consciences". 

"Le roman, considéré comme l’un des plus grands du XXe siècle, dénonce déjà l’agriculture intensive, la financiarisation de l'économie et la déshumanisation des migrants". 

"Au fil de formidables lectures d’extraits par Denis Podalydès, d’images prégnantes de détresse de la Grande Dépression – qui rappellent d’autres tragédies contemporaines – et d’éclairages, dont les réflexions vibrantes de l’écrivain sur son œuvre, le film revisite ce livre culte, en montrant qu'il n’a rien perdu de sa prodigieuse acuité quatre-vingts ans après sa parution".

Arte diffusera le 8 février 2021 "Les raisins de la colère" (The Grapes of Wrath ; Früchte des Zorns) de John Ford (1940), avec Henry Fonda, Jane Darwell, Russell Simpson et John Carradine. 

"L’adaptation du roman éponyme de John Steinbeck par John Ford qui dénonce, dans ce chef-d’œuvre d’humanisme, les ravages de la crise de 1929 à travers l’histoire d’une famille expulsée de sa ferme. Meilleurs réalisateur et second rôle féminin (Jane Darwell), Oscars 1941".

"Alors que dans les années 1930, outre-Atlantique, la Grande Dépression provoque un chômage massif et plonge des milliers de paysans dans la misère, Tom Joad, tout juste sorti de quatre années de prison, rejoint la ferme familiale dans l’Oklahoma. L’homme, incarcéré pour homicide involontaire à la suite d’une bagarre, découvre que les siens ont été dépossédés de leurs terres. Ensemble, ils partent à bord d’un camion délabré vers la Californie, une terre promise où les emplois abonderaient. Entre espoir et nostalgie de la vie qu’ils laissent derrière eux, les Joad vont connaître la misère et les désillusions au sein d’une Amérique dévastée."

"John Ford, qui s’est d’abord illustré dans le western, expose une conquête de l’Ouest tout autre dans Les raisins de la colère. En effet, si la famille Joad se déplace bien dans cette direction, elle le fait à contrecœur, poussée par la perte de ses terres". 

"Le début de ce périple marque la naissance du cheminement idéologique de Tom Joad, le deuxième fils. Cet homme fraîchement sorti de prison qui ne veut pas faire de vagues voit sa position évoluer au fur et à mesure qu’il découvre les conséquences d’un capitalisme sans foi ni loi. Henry Fonda, son interprète, apporte son naturel à ce héros sans arrogance, prêt à quitter les siens pour défendre la justice sociale". 

"Dans une mise en scène millimétrée, le somptueux travelling qui révèle la détresse des habitants d’un camp de migrants marque une rupture avec les plans fixes qui le précèdent, et s’avère le point de départ de la colère de Tom Joad. Cette sensibilité constante contribue à faire des Raisins de la colère un grand film engagé, brossant le portrait fidèle d’un pays asphyxié par la crise."

"Adaptation du roman de John Steinbeck, qui décrit les conséquences désastreuses de la crise économique de 1929 dans le sud des États-Unis, le film de John Ford compte parmi les chefs-d’œuvre du cinéma américain. Réputé pour ses westerns, le cinéaste témoigne du même génie, et des mêmes préoccupations humanistes, dans le contexte d’un drame social profondément ancré dans l’histoire récente de son pays", analyse Olivier Père.

Et Olivier Père d'observer : "Les Raisins de la colère raconte le périple de fermiers de l’Oklahoma, chassés de leur maison et de leur terre par les banques, lancés sur la route en direction de la Californie, nouvel Eldorado où ils espèrent refaire leur vie et trouver du travail. John Ford et son scénariste Nunnaly Johnson, fidèles à Steinbeck, transforment ce voyage en véritable odyssée semée d’embûches et d’épisodes tragiques. La structure demeure proche du western, et pose les bases du « road-movie » moderne". 

Olivier Père constate : "Ford décrit la détresse terrible de populations déplacées, exploitées par des propriétaires agricoles qui ne pensent qu’au profit, réduites à un état proche de l’esclavage. Il déplore la lente dissolution d’une famille, dont les membres s’éteignent de vieillesse et de fatigue, ou prennent la fuite. Le film se concentre sur la relation de tendresse et de dévotion entre un fils et sa mère, Tom Joad, mélange de bonté, de courage et de violence, et « Ma » Joad, figure maternelle puissante et exemplaire. 

Olivier Père poursuit : "Comme souvent chez Ford, l’intime se marie à l’universel. Réquisitoire véhément contre l’injustice, la misère et les inégalités, Les Raisins de la colère n’a hélas rien perdu de son actualité. La Grande Dépression et le « Dust Bowl » trouvent un écho contemporain dans les catastrophes sociales et écologiques que subissent actuellement le monde, au-delà de la réalité américaine. La dernière séquence du film, qui se termine par la phrase « nous sommes le peuple » prononcée par « Ma », apporte une note d’espoir voulue par le producteur Darryl F. Zanuck". 

Et Olivier père de conclure : "Les Raisins de la colère n’a rien d’un tract politique. Ford y affirme sa croyance en l’individu aussi bien qu’en la communauté, et signe un film à la constante beauté formelle, nimbé de connotations religieuses. La sublime photographie de Greg Toland transfigure la réalité et lui apporte lyrisme et poésie. L’interprétation, dominée par Henry Fonda, Jane Darwell et John Carradine, se révèle admirable dans son ensemble."

"Le fils du désert"
"Le Fils du désert"(3 Godfathers) de John Ford (1948) a été écrit par Frank S. Nugent et Laurence Stallings, d'après une nouvelle éponyme de Peter B. Kyne. En 1919, John Ford avait réalisé "Marked Men" d'après ce récit, mais ce film semble avoir disparu. "Trois bandits en cavale dans le désert se retrouvent avec un bébé sur les bras... Nourri de références bibliques, un superbe western de John Ford sur l'amour, l'amitié, l'expiation, le sacrifice et le pardon. Avec John Wayne, très attachant dans un rôle inhabituel."

"Après avoir dévalisé la banque de la petite ville de Welcome en Arizona, trois bandits, Robert, Pedro et William, s'enfuient dans le désert poursuivis par le shérif Perley et ses adjoints. William est blessé et leurs gourdes sont transpercées par les balles. Pour se réapprovisionner en eau, les trois hommes se dirigent vers un tanker sur la voie ferrée, mais Perley les a précédés et ils doivent rebrousser chemin, sans eau. Près d'un puits asséché, ils découvrent une jeune femme sur le point d'accoucher. Son mari, parti chercher du secours, l'a abandonnée dans un chariot. Grâce aux soins de Pedro, le bébé naît, mais la mère, à bout de forces, meurt en confiant son fils aux bandits."

"Loin des chevauchées, des guerres indiennes et des charges de cavalerie, Le fils du désert a tout d’une parabole sur l'amour, l'amitié, l'expiation, le sacrifice et le pardon", écrivait Patrick Brion dans John Ford (Éditions de la Martinière). Remake parlant des Hommes marqués (1919) du même Ford, cette variation humaniste autour du thème des Rois mages est dédiée à l'acteur Harry Carey. Décédé quelques mois avant le tournage, ce dernier tourna une vingtaine de films avec John Ford, dont Les hommes marqués. C'est d'ailleurs son fils, Harry Carey Jr., qui joue à son tour le rôle de William, l'un des trois parrains. Tourné dans la Vallée de la Mort, ce western séduit par ses magnifiques images Technicolor, baignées d'une lumière quasi divine."

Dans "Le Fils du désert (3 Godfathers, 1948), John Ford cinéaste transpose l’épisode biblique de la Nativité dans le désert californien – une grande partie du film fut tournée dans la Vallée de la Mort et le désert Mojave. Trois hors-la-loi en cavale après l’attaque d’une banque découvrent sur leur chemin une femme abandonnée, sur le point d’accoucher. Cette dernière, avant de mourir, leur confiera le bébé. Ce western empreint de religiosité est la deuxième version, sonore et en Technicolor, d’une histoire déjà filmée par Ford en 1919, Marked Men, avec Harry Carey en vedette. John Ford dédie Le Fils du désert à son premier acteur fétiche, mort d’un cancer en 1947. Le plus jeune des nouveaux Rois Mages, aux côtés de John Wayne et Pedro Almendáriz, n’est autre que Harry Carey Jr, qui apparaîtra dans plusieurs films de Ford. Marked Men était lui-même un remake d’une précédente adaptation cinématographique d’une nouvelle de Peter B. Kyne, The Three Godfathers (1916) de Edward LeSaint. Le livre inspirera au moins deux autres longs métrages, Hell’s Heroes (1929) de William Wyler et Three Godfathers (1936) de Richard Boleslawski", analyse Olivier Père.

Et Olivier Père de poursuivre : "Ford illustre cette parabole chrétienne en l’inscrivant dans un paysage naturel sauvage et inhospitalier magnifié par la mise en scène, qui saisit le petit groupe humain perdu dans l’immensité du désert. Les scènes de tempêtes de sable sont impressionnantes. Ford y fait preuve de son habituel génie du cadre. Le mariage entre les nombreuses séquences tournées en extérieurs et certaines où surgissent les artifices théâtraux des décors en studios produit un effet poétique, qui souligne la dimension de fable biblique du film. Le Fils du désert est un film sur la bonté, qui fait l’éloge du don de soi et de l’entraide, et montre trois brigands sur le chemin du sacrifice et de la rédemption. L’imagerie sulpicienne est contrebalancée par l’humour de Ford, son sentimentalisme et son goût pour les personnages truculents et foncièrement sympathiques."

"Rio Grande"
"Rio Grande" de John Ford (1950) est interprété par John Wayne et Maureen O'Hara. "Dans un fort proche du Rio Grande, un officier (John Wayne) voit débarquer son ex-femme, résolue à arracher leur fils à l'armée. Tourné dans la Monument Valley, l'un des plus célèbres westerns de John Ford."

"Après avoir livré un difficile combat contre les Apaches, le lieutenant-colonel Kirby York rejoint son poste dans un fort proche du Rio Grande. Il y apprend que son fils, qui vient d'échouer à ses examens dans l'école militaire de West Point et s'est engagé comme simple soldat du rang, est affecté à la garnison du fort. Bientôt, la mère du jeune homme, que Kirby York n'a plus revue depuis la fin de la guerre de Sécession, vient lui demander son aide pour arracher leur fils aux mains de l'armée."

"Dernier opus de la trilogie que John Ford dédie à la cavalerie américaine, après Le massacre de Fort Apache et La charge héroïque, Rio Grande consacre à nouveau les décors sauvages et splendides de Monument Valley comme lieu absolu du western. Le cinéaste y tourne avec maestria des batailles haletantes, comme l'attaque du chariot, et des scènes intimistes, parfois légères et… musicales, qui font aussi de Rio Grande un grand film sur la famille, sur un fond historique courant de la guerre de Sécession aux guerres indiennes. Riche en émotions, Rio Grande marque aussi la première rencontre à l'écran entre John Wayne et Maureen O'Hara, bientôt scellée au panthéon du cinéma par L'homme tranquille."

"Rio Grande est le dernier volet de la trilogie que John Ford consacra à la cavalerie américaine, après Le Massacre de Fort Apache et La Charge héroïque. Si le premier film était l’un des plus graves du cinéaste, et le second teinté d’une mélancolie élégiaque, ce troisième titre illustre le goût de Ford pour les récits nonchalants. Les trois films sont interprétés par John Wayne. L’acteur reprend le rôle de Kirby York qu’il incarnait déjà dans Le Massacre de Fort Apache. L’officier se trouve à présent devant deux problèmes délicats à résoudre : un conflit avec la tribu des Navajo à la frontière mexicaine (le Rio Grande est la rivière qui sépare les États-Unis et le Mexique), et l’arrivée au fort de son fils comme simple soldat, bientôt rejoint par sa mère (Maureen O’Hara), bien déterminée à l’arracher de force à l’armée. Ce dilemme trouvera à la fin du film une conclusion généreuse et optimiste", a analysé Olivier Père

Et Olivier Père conclut : "Le scénario où se rejoignent la question du commandement et la sphère privée permet à Ford d’alterner les scènes d’action et des moments de comédie et de marivaudage. Le cinéaste mêle à la perfection les différents registres, passant de l’humour picaresque au drame, sans oublier des annotations satiriques. Comme à son habitude, Ford décrit avec tendresse une communauté humaine haute en couleur et réunie par des valeurs, des coutumes et des rituels. La cavalerie devient la métaphore de l’Amérique. Si Ford aime l’armée, il déteste la guerre. Il déteste aussi la violence et préfère toujours filmer la fatigue et la tristesse des soldats blessés de retour du front plutôt que les combats eux-mêmes, auxquels le cinéaste semble se désintéresser. Le traitement du thème indien fait de Rio Grande un western profondément antiraciste."


« L’Homme qui tua Liberty Valance » 
« L’Homme qui tua Liberty Valance » (The Man Who Shot Liberty Valance ; Der Mann, der Liberty Valance erschoss) par John Ford (1962). « Qui viendra à bout du sanguinaire Liberty Valance » dans ce Wild West ? « Quand John Ford revisite la légende de la conquête de l'Ouest, il réalise un chef-d’œuvre du western. Avec John Wayne en héros très discret, James Stewart, Lee Marvin et Vera Miles ».

« Après des années d’absence, le sénateur Stoddard et son épouse arrivent dans la petite gare de Shinbone. Intrigués, les journalistes locaux interrogent l’homme politique sur ce retour. Pressé de questions, celui-ci finit par tout raconter : au temps de la diligence, quand il n’était encore qu’un jeune avocat, il s’est fait dévaliser par Liberty Valance… »

 « On est dans l'Ouest ici. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende." (« This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend »). Cette réplique en forme d'aveu résume l’état d’esprit de John Ford, alors dans le dernier tournant de sa carrière  ».

 « Mais elle entame à peine le mythe de la conquête de l’Ouest tel qu'il l'a lui-même forgé » et du cow boy voué à la solitude et à l'oubli de l'Histoire.

 « Car si le cow-boy Doniphon, aussi vif pour dégainer que malchanceux en amour, tire sa révérence et laisse sa place à Stoddard, le frêle politicien, tous deux auront finalement contribué à briser la loi du plus fort. L'homme qui tua Liberty Valance raconte avec force le long cheminement d’une contrée sauvage vers la démocratie, à travers un triangle amoureux et une série d’affrontements ».

« La tendresse que Ford éprouve pour Tom, le héros oublié, joué par son acteur fétiche, un John Wayne à la prestance décontractée, avec un rien de mélancolie dans les yeux, rend le film très attachant »

Une réflexion cinématographique sur les apparences, sur les paradoxes entre réalité/Histoire et mensonge/mythe, sur l'amitié et l'amour, sur la fidélité, sur la victoire du droit par la force, sur l'emprisonnement dans un mythe, sur la presse - quatrième pouvoir - et l'archétype du journaliste honnête qui ose dénoncer les puissants malhonnêtes, sur le passage tumultueux de l'ère des Cattlemen vers la civilisation des Homesteaders dans un Etat en formation.

Un chef d’œuvre, à la structure très habile en flash backs, au regard parfois désenchanté, bouleversant, aux répliques cultes.

En 2007, ce film en noir et blanc a été inscrit pour le préserver sur la liste du National Film Registry de la Library of Congress car il est "culturellement, historiquement, ou esthétiquement significatif".

"L’Irlande, l’autre Far West de John Ford
Arte diffuse, dans le cadre d'Invitation au Voyage (Stadt Land Kunst), sur son site Internet jusqu'au 29 janvier 2021 "L’Irlande, l’autre Far West de John Ford" (Irland: John Fords anderer Wilder Westen).

"Dans l’ouest de l’Irlande, les landes verdoyantes du comté de Mayo et les grands lacs du Connemara font face à l’océan. Ces terres sont celles des ancêtres du réalisateur John Ford, l’un des plus grands metteurs en scène américains. En 1951, il s’installe dans l’ouest irlandais pour tourner “L’Homme tranquille”, une comédie dans laquelle il célèbre une nature préservée et rend hommage à cette Irlande tant fantasmée."


"L’Irlande, l’autre Far West de John Ford
France, 2019, 13 min

"John Ford - L'homme qui inventa l'Amérique" Jean-Christophe Klotz
France, 2018, 54 min
Sur Arte le 17 mars 2019 à 22 h 55
Visuels :
John Ford sur le tournage de "La chevauchée fantastique", 1939
© MPTV/ 1978 Ned Scott Archive
James Stewart,John Ford et John Wayne sur le tournage de "L'Homme qui tua Liberty Valance", 1962
© Alamy Stock Photo
Legende : Monument Valley depuis le "John Ford Point"
© Steve Dunleavy Photography, 2

"Sur la piste des Mohawks" de John Ford
Etats-Unis, 1939, 100 min
Scénario : Sonya Levien, Lamar Trotti
Production : 20th Century Fox
Producteur/-trice : Ralph Dietrich
Image : Bert Glennon, Ray Rennahan
Montage : Robert L. Simpson
Musique : Alfred Newman
Avec Claudette Colbert (Lana), Edna May Oliver (Gilbert Martin), Henry Fonda (Mrs. Mc Klennar), Eddie Collins (Christian Reall), John Carradine (Caldwell), Dorris Bowdon (Mary Reall)
Auteur : Walter D. Edmonds
Visuels :
Gil (Henry Fonda) et Lana (Claudette Colbert)
© 1939 Twentieth Century Fox

États-Unis, 1940, 2 h 04 mn lundi 8 février à 22 h 45
Production : 20th Century Fox
Scénario : Nunnally Johnson, d’après le roman éponyme de John Steinbeck
Avec : Henry Fonda (Tom Joad), Jane Darwell (Ma Joad), John Carradine (Jim Casy), Charley Grapewin (Grandpa Joad), Dorris Bowdon (Rosasharn Rivers), O.Z. Whitehead (Al Joad) 
Meilleurs réalisateur et second rôle féminin (Jane Darwell), Oscars 1941 
Sur Arte le 8 février 2021 à 22 h 45
Visuels :
© 1940 renewed 1967 Twentieth Century Fox Film Corporation/All rights reserved

"Le roman de la colère" de Priscilla Pizzato
France, ARTE France, Ex Nihilo, 2019, 53mn
Dans la collection "Les grands romans du scandale" 
Commentaire dit par Denis Podalydès, de la Comédie-Française
Disponible sur arte.tv du 02/10/2019 au 11/02/2020

"Le Fils du désert" de John Ford

Etats-Unis, 1948
Image : Winton C. Hoch, Charles P. Boyle
Montage : Jack Murray
Musique : Richard Hageman
Production : Argosy,
Producteur/-trice : John Ford, Merian C. Cooper
Réalisation : John Ford
Scénario : Laurence Stallings, Frank S. Nugent, Avec John Wayne, Pedro Armendáriz, Harry Carey Jr., Ward Bond, Mae Marsh, Mildred Natwick, Charles Halton, Hank Worden, Jane Darwell, Guy Kibbee

"Rio Grande" de John Ford
États-Unis, 1950, 1 h 40 mn, noir et blanc
Production : Republic Pictures, Argosy Pictures
Production : Merian C. Cooper et John Ford
Scénario : James Kevin McGuinness, d'après une nouvelle de James Warner Bellah
Costumes : Adele Palmer
Décors : John McCarthy Jr. et Charles S. Thompson
Photographie : Bert Glennon et Archie Stout (seconde équipe)
Musique : Victor Young
Montage : Jack Murray
Avec John Wayne (Kirby York), Maureen O'Hara (Kathleen York), Ben Johnson (Travis Tyree), Claude Jarman Jr. (Jeff York), Harry Carey Jr. (Sandy Boone), Victor McLaglen (Timothy Quincannon)
Visuels
John Wayne (Kirby York), Maureen O'Hara (Kathleen York),
© 2019 Paramount Pictures

Paramount Pictures, John Ford Productions, 1962
Auteur : Dorothy M. Johnson
Image : William H. Clothier
Montage : Otho Lovering
Musique : Cyril J. Mockridge, Alfred Newman
Producteur/-trice : Willis Goldbeck
Scénario : James Warner Bellah, Willis Goldbeck
Avec  James Stewart, John Wayne, Lee Marvin, Vera Miles, Edmond O'Brien, Andy Devine
Visuels : © Paramount Pictures
Sur Arte les 5 juin à 20 h 50 et 26 juin 2017 à 13 h 35, 17 mars 2019 à 20 h 50, 27 mars 2019 à 13 h 35
Visuels 
"Qui viendra à bout du sanguinaire Liberty Valance ? Quand John Ford, le maître du western, met en scène le déclin du genre qui a fait sa gloire. Avec John Wayne en héros très discret".
© Paramount Pictures

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 4 juin 2017, puis le 17 mars 2019.

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